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Moi

Sommaire

  • Définitions du mot moi
  • Étymologie de « moi »
  • Phonétique de « moi »
  • Citations contenant le mot « moi »
  • Images d'illustration du mot « moi »
  • Traductions du mot « moi »
  • Synonymes de « moi »

Définitions du mot moi

Trésor de la Langue Française informatisé

MOI, pron. pers.

Pronom personnel tonique de la première personne du singulier.
I. − Pron. prédicatif
A. − Emploi prép. [Après une prép. ou une loc. prép. à l'exception des prép. temp. aussitôt, depuis, dès, durant, pendant, passé] Ça vous a pris des habitudes, ça ne peut pas jeûner seulement huit jours! Et lui qui me jurait de ne plus avoir de femme après moi! (Zola,Nana, 1880, p.1292).Je découvrirai sans doute ce qui se cache dans mes actes, en ce dernier fond où, sans moi, malgré moi, je subis l'être et je m'y attache (Blondel,Action, 1893, p.vii).J'ai un ami! Loin de moi, près de moi, toujours en moi. Je l'ai, je suis à lui (Rolland,J.-Chr., Maison, 1909, p.927).
1. À moi
[Avec des verbes ou des loc. verb. constr. avec à]
[Avec des verbes trans. indir. constr. avec à] Tu ne m'aimes donc plus, Élisabeth, que tu trouves la force de renoncer à moi (Mauriac,Mal Aimés, 1945, ii, 9, p.216).
[Avec des verbes ayant déjà un autre pron. pers. conjoint de la 2epers. comme compl. d'obj.] Quel désastre vous arrache à moi, au moment où j'espérais vous toucher? (Gobineau,Pléiades, 1874, p.98).Ô mon très cher, comme je remercie Dieu de t'avoir donné à moi (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p.626).
[Avec des verbes réfl. conjugués à une pers. autre que la 1re] Elle se joint à moi pour dire à Mmede Tocqueville combien nous prenons part à vos souffrances (Gobineau,Corresp.[avec Tocqueville], 1854, p.220).Tu t'es attaché à moi, malgré, comme tu dis, la différence des âges (Colette,Naiss. jour, 1928, p.51).
[Marque le terme d'un mouvement, l'appartenance, la possession]
[le terme d'un mouvement] Brigitte se joignit à moi, quoiqu'elle sût bien que cette invitation n'était qu'une plaisanterie (Musset,Confess. enf. s., 1836, p.329).
[après être, l'appartenance] Je vous aime, je vous veux. Je veux savoir que vous êtes à moi (A. France, Lys rouge, 1894, p.197).
[avec ell. du verbe] Maintenant à moi l'univers à moi les femmes à moi l'administration je vais me faire conseiller municipal mais j'entends du bruit il vaut peut-être mieux s'en aller (Apoll.,Tirésias, 1918, i, 4, p.890).
C'est à moi de + inf. Fanny, violemment: Non, non, j'ai commis une faute grave, je le sais. J'ai gâché ma vie. Tant pis pour moi. C'est moi que ça regarde. C'est à moi de me débrouiller (Pagnol,Fanny, 1932, i, 6, p.105).
[Moi est utilisé pour renforcer un adj. poss.] Et est-ce ma faute, à moi, si j'aime mieux relire un chapitre de M. Renan qu'un sermon de Bossuet, le Nabab que la Princesse de Clèves et telle comédie de Meilhac et Halévy qu'une comédie même de Molière (Lemaitre, Contemp., 1885, p.239).Je rétrograde jusqu'au mur de mon jardin à moi, et j'attends (Farrère,Homme qui assass., 1907, p.254).
[Pour lancer un appel au secours] À moi! Je suis frappé mortellement. Infâme! À moi (Leconte de Lisle,Poèmes trag., 1886, p.195).Il veut appeler: «À moi! Au secours! Antoine!» Mais c'est à peine si sa gorge laisse passer quelques sons (Martin du G.,Thib., Mort père, 1929, p.1252).
[Dans des loc.]
De vous à moi. Entre nous. «Tout ceci de vous à moi», me dit Bergotte en me quittant devant ma porte (Proust,J. filles en fleurs, 1918, p.572).
Quant à moi. En ce qui me concerne. Quant à moi, je vais dîner chez eux le 15 Août et le jour des rois (Maupass.,Contes et nouv., t.2, MllePerle, 1886, p.628).
2. De moi
[En fonction d'attribut] :
1. la comtesse: Un seul point noir. Ils parlent tous de Marivaux. La plupart ne l'ont jamais lu. le comte: Tant mieux. Ils croiront que c'est de moi. D'ailleurs il ne faut pas dire trop de mal de ces gens-là. Anouilh,Répét., 1950, I, p.22.
[En fonction de compl. de l'adj.] Je suis bien dégoûté de ma vie, bien las de moi, mais de là à mener une autre existence il y a loin! (Huysmans,En route, t.1, 1895, p.30).
[En fonction de compl. du subst., à la place du poss., quand celui-ci n'est pas de mise] :
2. Éveline ne semble du reste pas se rendre compte que, douter que j'aie vraiment mérité ma citation, c'est jeter nécessairement un discrédit sur l'honorabilité ou la compétence des chefs qui me l'ont accordée. Les phrases de moi qu'elle cite, à ce sujet, les ai-je vraiment dites, ce n'est pas avec le ton et les intentions que sa malignité leur prête. Gide,Robert, 1930, p.1315.
[Avec des verbes et des loc. verb. constr. avec la prép. de] Nous étions tous Lions et gens du meilleur ton... Il y avait MOI. Je parlai de moi, de moi, de moi et de moi, de nosologie, de ma brochure et de moi (Baudel.,Nouv. hist. extr., 1857, p.271).Mon chéri, tout mon bonheur tient dans cette minute même, où vous avez tellement besoin de moi (Bernanos,Dialog. ombres, 1928, p.42).
[Dans des exclam.] Coufontaine: Je plaisante, Sygne. Fi de moi! La voici les larmes aux yeux! (Claudel,Otage, 1911, i, 1, p.220).Tu crois, toi, que les arbres c'est tout droit planté dans la terre, avec des feuilles, et que ça reste là, comme ça. Ah, pauvre de moi, si c'était ça, ça serait facile (Giono,Colline, 1929, p.33):
3. ... un vieil homme enfin qui nous fit escorte pendant trois kilomètres, au sortir de Dickenscheid, et à qui, misère de moi, je dus renvoyer un «Heil, Hitler!» sonore en échange de celui qu'il nous adressa. Ambrière,Gdes vac., 1946, p.77.
3. Pour* moi.
4. Chez* moi.
5. À part* moi.
6. Selon* moi.
7. Littér. [Précédé des prép. à, de, par, pour et placé devant un part. passé ou un adj.]
4. Ces roses pour moi destinées Par le choix de sa main, Aux premiers feux du lendemain, Elles étaient fanées. Toulet,Contrerimes, 1920, p.10.
Rem. À moi régime indir., placé en tête de phrase, n'est pas obligatoirement repris par me auprès du verbe: Et, bien qu'à leur triste question ils n'espérassent pas de réponse: − À moi, leur dis-je, il parlera (Gide, El Hadj., 1899, p.348).
B. − [En fonction de suj. prédicatif]
1. [En appos. à je qu'il vient renforcer] V. je I D.Moi je suis bonne chrétienne comme tout le monde (Péguy,Myst. charité, 1910, p.12).
2. [Renforcé par même, seul ou non plus] Moi seul, qui ai tout fait pour la mienne, j'en suis abandonné! (Restif de La Bret.,Nicolas, 1796, p.132).Moi non plus, je ne l'aimais pas! (Gobineau,Pléiades, 1874, p.72):
5. Moi-même, j'étais prodigieusement intéressée par les péripéties de ce petit drame et, surtout, par le mystère de cet écrin que je ne connaissais pas, que je n'avais jamais vu chez madame... Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p.113.
3. [Employé seul devant un part. ou un inf. exclam., interr. ou narratif] Moi, ne plus t'aimer, pourquoi?... Je me moque de ton passé (Zola,Bête hum., 1890, p.172).Denis était en Grèce, Daniel en Russie, moi retenu, tu le sais, auprès de notre père malade (Gide,Immor., 1902, p.370).
4. [En tête de phrase (et ne renforçant ni le suj., ni le régime), moi peut servir de thème ou renforcer un adj. poss.] Moi, mon père et ma mère sont loin (A. Daudet,Pt Chose, 1868, p.78).Oh! moi, avec Verdier, ce sera bien simple, déclara Hortense brusquement (Zola,Pot-Bouille, 1882, p.320).
5. [Moi peut également servir de thème, placé devant ou derrière un inf.] Cette fortune est honorable. Sans doute. − Ce qui le serait moins... ce serait d'en profiter, moi (Méré,Tentation, 1925, ii, p.7 ds Sandf. t.1 1965, § 57).
C. − [En fonction d'attribut prédicatif] Ils ont demandé à parler à l'officier de quart, qui était précisément moi (Loti,Mon frère Yves, 1883, p.177).Je tourne une page de l'album; maman tient dans ses bras un bébé qui n'est pas moi; je porte une jupe plissée, un béret, j'ai deux ans et demi, et ma soeur vient de naître (Beauvoir,Mém. j. fille, 1958, p.9).
[Parfois suivi de même, moi peut désigner l'être du locuteur ou sa personnalité considérée dans ses traits les plus individuels] À Vêpres, respexit humilitatem m'a bien touché et saisi... C'est tellement moi! (Dupanloup,Journal, 1866, p.271).Un arbre, une vache, un nuage, une brume bleue ou rousse, voilà un étrange portrait de moi. C'est que le monde peint est plus moi que l'autre (Alain,Propos, 1933, p.1166):
6. J'existe en tout ce qui m'entoure et me pénètre, Gazons épais, sentiers perdus, massifs de hêtres, Eau lucide que nulle ombre ne vient ternir, Vous devenez moi-même étant mon souvenir. Verhaeren,Mult. splendeur, 1906, p.153.
D. − Autres emplois appos. [Moi permet de mettre en relief le suj. ou le régime]
7. Eux sucent des plis dont le frou-frou les suffoque; Pour un regard, ils battraient du front les pavés; Puis s'affligent sur maint sein creux, mal abreuvés; Puis retournent à ces vendanges sexciproques. Et moi, moi, je m'en moque! Laforgue,Complaintes, 1885, p.71.
[Apposé à un régime indir., moi est précédé de la prép. à] À moi aussi, elle me parle (Colette,Vrilles, 1908, p.76).
[Juxtaposé à nous, moi coordonné à une 2eet/ou 3epers. (un subst. ou un pron.) s'emploie pour décomposer la globalité] Ils allaient à une fin sans épithète, à une dissolution sans couleur. Ils ne nous en aimaient pas moins, mes cousins et moi (Giraudoux,Bella, 1926, p.22):
8. Quand la gaîté fut apaisée, Cachelin, tout à coup, s'écria: «Dites donc, Monsieur Maze, vous ne savez pas, maintenant que nous sommes bien ensemble, vous devriez venir dîner dimanche à la maison. Ça nous ferait plaisir à tous, à mon gendre, à moi, et à ma fille qui vous connaît bien de nom, car on parle souvent du bureau. C'est dit, hein?» Maupass.,Contes et nouv., t.1, Hérit., 1884, p.516.
[Moi, non précédé de la prép. à, peut servir à accentuer le régime indir. me] Et puis elle dit des choses rudement d'aplomb pour une femme. Moi, elle me va, y en a pas beaucoup dans son genre (Maupass.,Contes et nouv., Trou, 1886, p.579).Moi, il me faut de la délicatesse, de la poésie... (Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p.63):
E. − Emplois ell.
[En prop. compar.] John, lui, n'est pas comme moi, et je crois que déjà ce pays l'enchante; depuis notre arrivée je le vois à peine (Loti,Mariage, 1882, p.7).Vous êtes belle comme le printemps cette année, et plus jeune encore que moi-même (Gide,Tentative amour., 1893, p.73):
9. Je suis heureux d'acclamer un peintre qui ait éprouvé, ainsi que moi, l'impérieux dégoût des mannequins, aux seins mesurés et roses, aux ventres courts et durs, des mannequins pesés par un soi-disant bon goût, dessinés suivant des recettes apprises dans la copie des plâtres. Huysmans,Art mod., 1883, p.262.
[En prop. exclam. où il est antécédent d'un rel.] Moi qui regardais dans tous les fossés et qui suis allée jusqu'à Verchemont comme une bête! (Zola,Joie de vivre, 1884, p.1086).Moi qui me promets toujours de ne jamais dire du mal de personne! (Gide,Journal, 1910, p.292).
[En prop. ell. du verbe] Mais les bouteilles étaient vides: «J'en paye une», déclara M. Tourneveau. «Moi aussi», annonça M. Vasse. «Moi de même», conclut M. Dupuis. Alors tout le monde applaudit (Maupass.,Contes et nouv., t.1, Mais. Tellier, 1881, p.1204).− Et vous, Mademoiselle, vous ne prenez rien? − Oh! Moi, du café au lait, simplement (Gide,Isabelle, 1911, p.607).
[Faisant phrase à lui seul, dans les questions et les réponses] Et moi? dit brusquement Christophe, pâle d'émotion (Rolland,J.-Chr., Matin, 1904, p.197).S'il me plaît d'engager toute ma vie pour elle, trouverais-tu plus beau que je lie mon amour par des promesses? Pas moi (Gide,Porte étr., 1909, p.518).
F. − Emplois en coordination. [Coordonné à un subst. ou à un pron. prédicatif, sans emploi conjoint de nous, moi peut faire partie du suj. ou régime] Je t'écris sous un azur parfait; depuis les douze jours que Denis, Daniel et moi sommes ici, pas un nuage, pas une diminution de soleil (Gide,Immor., 1902, p.369).Il n'aime pas beaucoup ni ton père, ni moi (Beauvoir,Mandarins, 1954, p.332).
[Avec la conj. de coordination et, la bienséance exige, gén., que le locuteur se nomme en dernier lieu] Mes hommes et moi, − dans les rapports je disais: «moi et mes hommes», mais ici en famille je dis: «mes hommes et moi» parce qu'il n'y a plus de discipline entre nous: il n'y a plus que de l'amitié (R. Bazin,Baltus, 1926, p.128).
[Moi peut être néanmoins cité en premier, partic. lorsqu'il est coordonné à un pron. indéf. comme personne] Car ni moi, ni vous, ni personne, aucun ancien et aucun moderne, ne peut connaître la femme orientale, par la raison qu'il est impossible de la fréquenter (Flaub.,Corresp., 1862, p.58).
G. − [Dans les tours exceptifs ou présentatifs]
1. [Après ne... que] Il n'y a dans le salon que Benedetti, le ménage Ganderax, Mmede Galbois et moi (Goncourt,Journal, 1889, p.896).
2. [Avec les tours présentatifs] C'est toujours moi qui attends les autres (Zola,Nana,1880, p.1215).− (...) Est-ce que vous croyez qu'il y a dix personnes au monde, qui aiment la musique? Est-ce qu'il y en a une seule? − Il y a moi! dit Christophe, avec emportement (Rolland,J.-Chr., Révolte, 1907, p.548).
Fam. C'est moi qui + verbe à la 3epers. Si, par aventure, il lui arrivait de faire erreur, il s'écriait: «Pardon, Monsieur! C'est moi qui se trompe» (Gide,Si le grain, 1924, p.495).
Rem. [Moi peut être déterminé] a) [par une rel., par une rel. prép.] Mais parfaitement, mon ami, je veux me faire belle comme Renée, moi qui suis si jeune! (Arland, Ordre, 1929, p.185). b) [par un adj. apposé] N'ayant pas compris encore quelles étaient ces profondeurs, je fus pris de vertige, faute d'une racine à quoi me retenir, faute d'un toit, d'une branche d'arbre entre ces profondeurs et moi, déjà délié, livré à la chute comme un plongeur (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p.177). c) [par un adj. ordinal] Ils se mirent tous deux à l'oeuvre, se grattant le cou avec une telle réciprocité de bons offices, avec une nonchalance si voluptueuse, une flânerie si suave, que je ne pus m'empêcher de sympathiser, moi troisième (Toepffer, Nouv. Génev., 1839, p.143). d) [par même, seul] Moi seul, te découvrant sous la nécessité, J'immole avec amour ma propre volonté (Lamart., Médit., 1820, p.45). Furieuse contre la mercière et contre mes maîtres, et contre moi-même (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p.44). [Pour signifier que le locuteur se suffit à lui-même au regard de l'action exprimée par le verbe, à moi seul ou à moi tout seul est apposé au suj.] Article me reprochant la mendicité de la chose et me faisant un crime de ne pas compléter à moi tout seul les 3000 francs qui manquent (Goncourt, Journal, 1887, p.630).
II. − Var. tonique de me. [À l'impér. positif, moi, portant l'accent du groupe verbe + pron., et toujours réuni au verbe par un trait d'union est une var. combinatoire de me] Elle l'aimait, crois-moi, sans vouloir le montrer (Bourget,Disciple, 1889, p.230).− Pardonnez-moi − vous m'étiez hier encore totalement inconnu (Bernanos,Crime, 1935, p.791).
Verbe + le (la ou les) + moi.Jure-moi d'abord que tu sortiras sans rien me dire. Sans même me regarder. Si tu m'aimes, jure-le-moi (Anouilh,Antig., 1946, p.158).
Fam. Verbe + moi + le (la ou les).Hein! avoue-moi-le, tu es brûlé, n'est-ce-pas? au Spectre solaire (Goncourt,Journal, 1893, p.387).
[Avec en et y]
[Le pron. garde sa forme non prédicative et s'élide devant en, plus rarement devant y] V. me D 1 a.
Pop. [Le pron., dans sa forme prédicative, est précédé de z] − On ne dit pas: donne-moi-z'en une autre, mais donne-m'en une autre. − Ne plaisantez pas sur ce chapitre, Monsieur. Avec son ânerie coutumière, elle serait capable de croire que c'est vrai (Paysan,La Veuve Lehidel, p.103 ds Dam.-Pich. t.6 1940 § 2374).Donne-moi-z-en donc un morceau (Dionne1969).
Pop. [Avec un impér. négatif, la négation n'étant exprimée que par pas] Parlez-moi pas des Bosse, Madame Daigne, puisque vous avez ce petit pavillon des Quérolle (Martin du G., Vieille Fr., 1933, p.1035).
Moi explétif. [Placé derrière un impér. positif, moi sert à marquer l'intérêt que le locuteur porte au procès qu'il exprime] Est-ce qu'on se fiche de moi! J'avais dit de mettre les ombrelles bleues en bordure... Cassez-moi tout ça et vite! (Zola,Bonh. dames, 1883, p.617).Buvez-moi ça, vous m'en donnerez des nouvelles! (Dabit,Hôtel Nord, 1929, p.24):
10. Notre si vieil ébat triomphal du grimoire, Hiéroglyphes dont s'exalte le millier À propager de l'aile un frisson familier! Enfouissez-le-moi plutôt dans une armoire. Mallarmé,Poés., 1898, p.71.
III. − Substantif
A. − [Moi, pron. qualifié par un adj.] Si je ne lui ai pas prouvé que je l'aime de toutes mes forces, que je l'aime de tout moi, comment le lui persuader jamais? (A. France,Lys rouge, 1894, p.322).
Au fém., rare (une femme parlant d'elle). Mystérieuse moi, pourtant, tu vis encore! Tu vas te reconnaître au lever de l'aurore Amèrement la même (Valéry,J. Parque, 1917, p.105).
B. − [Moi, considéré en tant que mot]:
11. Dans cette phrase, moi que vous aimez, je vous le rends, moi que vous aimez revient à ceci, moi vous aimez. Le premier moi est au nominatif, et marque la première personne; et le second est à l'accusatif, et est regardé comme étant un être dont on parle, par conséquent à la troisième personne. Destutt de Tr., Idéol. 2, 1803, p.155.
C. − Le subst. moi
1. Le moi ontologique. Principe métaphysique qui fait l'unité, le propre de la personne par delà la diversité de ses pensées, de ses sentiments, de ses actes, c'est-à-dire la ,,réalité permanente et invariable considérée comme substratum fixe des accidents simultanés et successifs qui constituent le moi empirique`` (Lal. 1960). Moi transcendental, absolu, empirique. Il suit de là que le moi humain ne peut prendre de lui-même une connaissance intégrale (Gaultier,Bovarysme, 1902, p.196).Il faut pourtant montrer sur quel pouding de terrains agglutinés repose cet art, ce sur-moi, fait de la mêlée ou de l'alliage forcé de tant de moi hétérogènes (Rolland,Beethoven, t.1, 1937, p.36).
2. Le moi psychologique. Prise de conscience de l'individualité d'une personne soit par elle-même (le moi étant à la fois sujet et objet de sa pensée) soit par une autre personne qui la prend pour objet de sa réflexion. La tradition retrouvée par l'analyse du moi, c'est la moralité que renfermait l'Homme libre, que Bourget réclamait et qu'allait prouver le roman de l'énergie nationale (Barrès,Homme libre, 1889, p.xi).
a) Un ou plusieurs des états successifs de la personnalité (si on parle d'une femme ou si une femme parle d'elle, elle peut employer l'article féminin). Et puis j'appellerai ma fillette, ma grande fille. Vous verrez comme elle me ressemble (...) elle est toute pareille à la «moi» d'autrefois, vous verrez! (Maupass.,Contes et nouv., t.1, Fini, 1885, p.1019):
12. Un texte singulièrement expressif en ce sens est la célèbre page où Proust, travaillant à se souvenir d'Albertine disparue, s'ingénie, non pas précisément à nier son moi, mais à en ressentir les composantes dans toute la diversité qui les particularise et les sépare les unes des autres, par opposé à la synthèse qui les unit: le moi qu'il était quand il se faisait couper les cheveux, le moi qui s'assied pour la première fois dans un fauteuil en l'absence d'Albertine, le moi qui aperçoit le piano dans les mules d'Albertine qui ne presseront plus les pédales, etc. Benda,Fr. byz., 1945, p.29.
P. anal.
Conscience collective d'un groupe, d'une notion, d'une société. Une nation ne prend d'ordinaire la complète conscience d'elle-même que sous la pression de l'étranger... Un moi, pour prendre le langage de la philosophie, se crée toujours en opposition avec un autre moi (Renan,Réf. intellect., 1871, p.131):
13. Même si nous n'étions obligés, théoriquement, que vis-à-vis des autres hommes, nous le serions, en fait, vis-à-vis de nous-mêmes, puisque la solidarité sociale n'existe que du moment où un moi social se surajoute en chacun de nous au moi individuel. Cultiver ce «moi social» est l'essentiel de notre obligation vis-à-vis de la société. Bergson,Deux sources, 1932, p.8.
Dieu. Sa solitude cherche un appui en le divin Solitaire, le moi sans bornes et sans second (Rolland,Beethoven, t.1, 1937, p.74).
b) S'opposant à la personnalité d'autrui, la personne en tant qu'elle désire se rendre maître de sa personnalité et en réaliser les traits les plus typiques. Culte du moi, exprimer son moi, adorer son moi, le sentiment du moi. Un même besoin nous agite, les uns et les autres, défendre notre moi, puis l'élargir au point qu'il contienne tout (Barrès,Jard. Bérén., 1891, p.65).Son objet n'est jamais l'oeuvre en soi, si grands que soient son sens de la beauté et son désir de la perfection; son objet est d'exprimer son moi, moi tout entier, dans toute sa force et sa vérité: − et c'est en quoi il est Beethoven (Rolland,Beethoven, t.1, 1937, p.155).
c) Exaltant le moi, la personne qui tend à tout rapporter à elle-même. Le vaniteux Français s'isole rapidement. Toute l'attention est profondément rappelée au moi. Il n'y a plus de sympathie (Stendhal,Hist. peint. Ital., t.1, 1817, p.262).La vanité, c'est toujours le moi (Balzac,Gobseck, 1830, p.390).Le moi remplit le monde et l'égoïsme est roi (Pommier,Colères, 1844, p.30):
14. On n'en finirait pas d'énumérer les ravages de l'affectation ou de l'insincérité dans la littérature du xixesiècle... Dans ces prairies du moi-moi-moi, le temps fauche impitoyablement... L. Daudet, Idées esthét., 1939, p.18.
3. PSYCHANAL. ,,Partie de la personnalité consciente et préconsciente, distincte du ça et du surmoi`` (Méd. Psychanal. 1971). Le moi normal est souple, flexible; il n'a pas de mécanismes de défense rigides. Le moi névrotique est faible, craintif devant la force des pulsions ou la sévérité du sur-moi (Sill.Psychol.1980).
REM. 1.
Moé, moué, var,pop. ou région. (Ouest, Canada). Elle prononçait ,,moué``, pour moi (La Varende,Caval. seul, 1956, p.249).Moé, j'ai travaillé tous les jours que le Bon Dieu m'a donnés: de la noirceur du matin à la noirceur du soir (R. Carrier,Floralie, 1974, p.11 ds Richesses Québec 1982).
2.
Moiïté, subst. fém.[P. anal. avec eccéité ou ipséité] Caractère individuel et irréductible du moi. Il serait absurde de dire que le monde en tant qu'il est connu, est connu comme mien. Et pourtant cette «moiïté» du monde est une structure fugitive et toujours présente que je vis (Sartre,Être et Néant, 1943, p.149).
3.
Moitrinaire, subst. masc.,plais. et péj. [P. anal. avec poitrinaire] Égotiste, poète dont la principale source d'inspiration est son moi. [Chateaubriand] est le grand-père de tout le «moi, moi, moi», de tous les moitrinaires qui se regardent pâlir et vieillir dans leurs miroirs ternis et écaillés (L. Daudet,Stup. XIXes., 1922, p.88).
Prononc. et Orth.: [mwa], [mwɑ]. Att. ds Ac. dep. 1740. Graph. plaisantes descriptives d'un accent ou d'une affectation, moa (Renard, Journal, 1893, p.174); moâ (Arts et litt., 1936, p.30-4). Étymol. et Hist. Pron. pers. de la 1repers., cas régime tonique I. A. Placé avant le verbe 1. 842 souligne une opposition mi (Serments de Strasbourg ds Henry Chrestomathie, p.2, 6 [v. E. Koschwitz, Commentar zur den ältesten frz. Denkmälern, p.41]: si salvarai [Louis le Germanique] eo cist meon fradre Karlo... in o quid il mi altresi fazet); 2.placé en initiale absolue, met en relief, exprime une insistance, une emphase ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 2834: Mei ai perdut e tute ma gent); ca 1160 (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 1752: Mesfis vos ge onques de rien? − Moi n'avez vos fait el que bien); ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 2694: ,,Biaus filz`` fet il, ,,que viax tu fere? Moi doiz tu dire ton afere``); 1170-80 (Narcisse, éd. M.Thiry-Stassin et M. Tyssens, 545: Moi a il escondite, moi!); 3. placé devant un verbe unipersonnel sans sujet exprimé, mis en début de phrase ou immédiatement auprès une conj. de subordination a) ca 1100 (Roland, 456: mei l'avent a suffrir); b) id. (ibid., 659: Mei est vis que trop targe); c) id. (ibid., 2858: Kar mei meïsme estoet avant aler); d) ca 1170 (Chrétien de Troyes, op. cit., 1551: se moi pleüst); e) id. (Id., op. cit., 4157: Moi poise molt); f) 1remoitié xiiies. (Aucassin et Nicolette, éd. M. Roques, 12: Moi ne caut); 4. placé devant les formes nominales du verbe a) 1130-40 forme en -ant (Wace, Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 645, ms. A anno 1267: Se feme est en traval d'enfant Et par besoig moi reclamant); b) ca 1170 infinitif amené par un verbe auxiliaire (Béroul, Tristan, éd. E. Muret, 168: Je ne vuel pas encore morir Ne moi de tot en tot perir); id. (Marie de France, Lais, éd. J. Rychner, Eliduc, 420: Veut il mei par amurs amer?) 5. en coordination avec un autre pronom ou un substantif ca 1165 (Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 2487: Se doinst Diex moi et vos joïr). B. Placé après le verbe 1. après l'impératif ca 1050 (Alexis, éd. Chr.Storey, 66: Oz mei, pulcele; 281: Quer mei, bel frere, ed enca e parcamin); ca 1100 (Roland, 20: Cunseilez mei; 337: dunez mei le cungied; 877: Eslisez mei. XII. de vos baruns [datif éthique]); ca 1200 (Jean Bodel, Jeu de St Nicolas, éd. A. Henry, 242: Va moi partout semonre Gaians et Quenellieus [id.]); 2. coordonné à un autre pron. ou à un subst. ca 1100 (Roland, 221: Ja mar ne crerez bricun, Ne mei ne altre); 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier au lion, éd. M.Roques, 4143: De nos deus covenra lasser Ou moi ou lui, ne sai le quel); xiiies. pronom atone de la 1 personne me, repris par mei auquel est coordonné un autre régime (Mort Artu, éd. J. Frappier, §104, 44: quant Lancelos m'en gita et moi et mes autres compaignons); 3. marque une opposition, une mise en relief a) ca 1170 (Rois, éd. E. R. Curtius, I, VIII, 8, p.16: Nen ont pas degeté tei mais mei que je ne regne sur els); 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier au lion, 1003: Et sachiez bien, se je pooie, Servise et enor vos feroie, Que vos la feïstes ja moi); b) ca 1170 avec ellipse du verbe (Béroul, op. cit. 2688: Ge vos dorrai ma druërie Vos moi la vostre, bele amie). II En autonomie: après préposition fin xes. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 262: Per me non vos est obs plorer; 295: De me t membres per ta mercet; 300: ab me venras in paradis); ca 1170 (Marie de France, op. cit., Fresne, 470 Vers mei meismes). III. Emplois ressortissant à la fonction sujet 1. ca 1135 en coordination (Couronnement de Louis, éd. E.Langlois, 536: Et mei et Deu n'avons mais que plaidier); ca 1150 (Charroi de Nîmes, éd. D. McMillan, 39: Moi et vos, oncle, i somes oublïé); 1174-87 (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 3617: Alons an, moi et vos ansanble!); 2. 1174-87 en proposition elliptique (Id., op. cit., éd. A. Hilka, 4776, leçon du ms. M, fin xiiies.: Frere, ja nus hon Ne m'an desfandra se moi non); ca 1190 (Renart, éd. M.Roques, 12156: A il dont nul part, se moi non?); 2equart xiiies. (Queste du Graal, éd. A. Pauphilet, p.176, 27: Et s'il l'eust fet, il fust mors del pechié... et moi desennoree a toz jorz mes); 3. ca 1210 en fonction d'attribut du sujet (Raoul de Houdenc, Meraugis, éd. M.Friedwagner, 4888: C'est ma main destre, c'est ma dame, C'est moi meïsmes, car c'est m'ame) [−Moi-Même −v. supra, I A 3 c; II; III 3]. − Subst. − A. 1. 1581 «ce qui constitue l'individualité, la personnalité d'un être humain» (Desportes, Epitaphes, Complainte, éd. V.E.Graham, Cartels et épitaphes, p.107: La seule mort a causé ma tristesse, La seule mort y pourra mettre cesse, Ne m'empeschant plus longuement de suivre Cêt autre moy, pour qui j'aimois à vivre); 2. av. 1662 «la personnalité s'affirmant par rapport aux autres, ne considérant que soi» (Pascal, Pensées, Irepart., V, 2, § 136, éd. J. Chevalier p.1126: Le moi est haïssable... le moi a deux qualités: il est injuste en soi, en ce qu'il se fait centre de tout; il est incommode aux autres en ce qu'il les peut asservir: car chaque moi est l'ennemi et voudroit être le tyran de tous les autres). B. 1. 1640 philos. «le sujet pensant» (Descartes, Lettre à ***, nov., éd. Ch. Adam et I. Tannery, t.3, p.247: vous m'avez obligé de m'avertir du passage de St Augustin auquel mon Je pense, donc je suis a quelque rapport... je m'en sers pour faire connaître que ce moi, qui pense, est une substance immatérielle); av. 1662 (Pascal, op. cit., IIepart., II, 1, § 443, p.1211: Je sens que je puis n'avoir point été: car le moi consiste dans ma pensée; donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que j'eusse été animé); 2. 1948 psychanal. (S. Freud, Essai de psychanal., p.172: le Moi et le Soi). Du lat. me «moi» en position accentuée; v. aussi me; pour l'emploi de moi comme pron. suj. par suite de l'évolution faisant des pron. pers. suj. des pron. conjoints, v. lui. Moi subst. B 2 traduit l'all. Ich (S. Freud, Das Ich und das Es, 1923), v. aussi ça (cela*) et je*. Fréq. abs. littér.: 152582. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 211927, b) 218285; xxes.: a) 210662, b) 224428. Bbg. Bourgeacq (J.A.). Moi, je ou c'est moi qui? Fr. R. 1970, t.43, pp.452-458. _ Foulet (L.). L'Ext. de la forme oblique du pron. pers. en anc. fr. Romania. 1935, t.61, pp.403-419, 453-463. _ Hatcher (A.G.). From Ce suis-je to c'est moi... PMLA. 1948, t.63, pp.1053-1100. _ Jacob (L.). De ce suis je à c'est moi. B. de la Soc. roum. de ling. rom. 1970, t.7, pp.91-96. _ Quem. DDL t.18.

Wiktionnaire

Nom commun

moi \mwa\ masculin au singulier uniquement

  1. Amour-propre.
    • Le moi est haïssable. — (Blaise Pascal, Pensées)
  2. Préoccupation égoïste de soi-même.
    • Vous ne trouverez pas non plus cette douce égalité de sentiments, […], en épousant […] un homme qui ne pense qu’à lui, dont le moi est la note unique. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
  3. (Philosophie) Individualité d’une personne, dans son expérience personnelle, par opposition au reste de la collectivité, voire à l'humanité.
    • Le perfectionnement du moi est le fondement de toute la doctrine de Confucius. — (Jean-Jacques Ampère, La Chine et les travaux d’Abel Rémusat, Revue des Deux Mondes, 1832, tome 8)
    • Si, par une analyse psychologique plus complète, Descartes avait reconnu l'importance de la notion de cause, s'il avait vu que la liberté est le fond même de la conception du moi, cela seul eût nécessairement modifié tout l'ensemble de sa doctrine ; …. — (Jules Simon, Introduction de: « Œuvres de Descartes », édition Charpentier à Paris, 1845)
    • Et il ne comprenait plus combien cette première forme de son moi conscient avait été meilleure et plus belle que la seconde, celle qui devait à l’esprit moderne vaniteux, égoïste et frondeur qui l’avait pénétré peu à peu. — (Isabelle Eberhardt, Yasmina, 1902)
    • Sous le règne de ces savoirs, la littérature et une certaine philosophie qui se fait toujours plus poétique deviennent l'ultime refuge de cette part irréductible de notre expérience qu'est le moi et ses innombrables méandres; si goulûment décrits, si méticuleusement exposés, par tous les poètes et les romanciers au service de cette entreprise, chacun ajoutant son petit témoignage à soi à la montagne de nos recensions intimes. — (Argument, vol. xxi, n° 2, printemps-été 2019, p. 53)
  4. (Religion) Sentiment individuel de la personne comme séparée de Dieu dans une optique trompeuse d'émancipation.
    • Ce qui s'est éveillé en nous à un certain moment, c'est le vieil Adam que saint Paul appelle le vieil homme, le « moi » au sens égocentrique du mot qui, au lieu d'écouter la voix de Dieu, a préféré s'écouter lui-même. — (Jean Lafrance, Persévérants dans la prière, MédiasPaul & Éditions Paulines, Paris/Montréal, 1982, p. 170)
  5. (Spiritualité) Individualité d'une personne, perçue par elle-même comme distincte des autres vivants, du reste du monde, par opposition au Soi, à savoir la dimension de l'humain qui est universelle et se confond avec le reste de l'univers, du cosmos, de la création. Syn. : ego.
    • Pascal professe que « le moi est haïssable ». Le Bouddha va plus loin. Il affirme que le moi n'existe pas, qu'il est illusion, petite fumée, lueur dans la nuit. — (Hervé Clerc, Les choses comme elles sont, Gallimard, coll. « Folio essais », 2011.)
    • Mais, s'il est juste que le disciple puise sa joie dans la progression, il faut cependant se méfier du piège subtil qui guette tout chercheur spirituel et qui consiste à renforcer le moi, un super ego auréolé de spiritualité. — (Arnaud Desjardins, L'audace de vivre, Éditions de la Table Ronde, Paris, 1989, p. 73)
  6. (Psychanalyse) L’être humain, unique, différent des autres, dans ses pensées, ses actions; etc.
  7. (Plus rare) Personne qui se considère elle-même en un état différent.
    • Quand l’auteur rencontrait quelque passage obscur, et, à vrai dire, souvent cela lui arrivait, il croyait toujours que c’était le moi d’aujourd’hui qui avait tort. — (Stendhal, De l’Amour, 1re préface de 1826)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MOI. Pronom singulier de la première personne, qui est des deux genres
.

MOI s'emploie comme sujet, à la place de Je : dans une proposition elliptique : Qui veut aller avec lui? Moi. Il est aussi fatigué que moi. Feriez-vous comme moi? - dans une proposition dont le verbe est à l'infinitif : Moi, trahir le meilleur de mes amis! Faire une lâcheté, moi! - dans une proposition participe : Moi parti, ils ont continué à délibérer. Comme sujet réel : Il n'y eut que moi de cet avis. Il s'emploie en outre comme sujet coordonné à un nom ou à un autre pronom : Mon avocat et moi sommes de cet avis. Son père, sa mère et moi, le lui avons défendu. Lui et moi l'avons ainsi décidé. Ni vous ni moi ne sommes contents de notre sort. Nous irons à la campagne lui ou moi. Il s'emploie comme attribut : C'est moi. Il s'emploie comme complément direct à la place de Me : dans une proposition elliptique : Qui a-t-on voulu désigner? Moi. On vous a désigné ainsi que moi; - dans une proposition dont le verbe est accompagné de ne... que... (au sens de seulement) : Je ne plains que moi; - après un verbe à l'impératif sans négation : Écoutez-moi. Récompensez-moi. Il s'emploie en outre comme complément direct coordonné à un nom ou à un autre pronom : Il a renvoyé son frère et moi. Il a mécontenté ses parents et moi. Il est venu nous voir mon frère et moi. Il viendra nous voir, vous et moi. Il s'emploie comme complément indirect sans préposition après un verbe à l'impératif non accompagné d'une négation : Pardonnez-moi. Obéissez-moi. Rendez-moi compte. Dites-moi la vérité. Mais avec le mot en, on dit : Donnez-m'en. Rendez-m'en compte. Dites-m'en la cause. Quelquefois, et dans le langage familier, Moi, complément indirect, s'emploie d'une manière explétive et marque seulement une insistance plus vive de la part de celui qui parle : Faites-moi taire ces gens-là? Prends-moi le bon parti.

MOI s'emploie comme complément indirect ou circonstanciel après une préposition : Vous servirez-vous de moi? Il a parlé de moi. Il tient cela de moi. Pense-t-on à moi? Ils auront besoin de moi. Ils auront affaire à moi. Cela vient de moi. Cela est à moi. Cela est pour moi. Je prends cela pour moi. Selon moi, vous avez raison. Vous serez remboursé par moi. Cela retombera sur moi. Tout est contre moi. Venez avec moi. Il s'emploie de même avec une préposition comme complément du nom : C'est un homme à moi, un ami à moi, de l'argent à moi. De moi, après un nom de personne ou un pronom personnel également précédé de la préposition de, se met quelquefois pour Le mien, etc. C'est l'opinion de mon père et de moi que je vous exprime. C'est le sentiment de lui et de moi. Il s'emploie aussi pour donner plus d'énergie à la phrase et pour mettre en relief la personne qui parle. Il peut ainsi s'ajouter à Je : Je dis, moi; je prétends, moi. Moi, je dis; moi, je prétends. Tu es tranquille; moi je suis inquiet. Moi, dont il déchire la réputation, je ne lui ai jamais rendu que des services. Moi, à qui il fait tant de mal, je cherche toutes les occasions de lui être utile. Moi, ne songeant à rien, je suis allé tout bonnement lui dire ce qui se passait. Il peut de même s'ajouter à Me, soit comme complément direct, soit, précédé de à, comme complément indirect. Voudriez-vous me perdre; moi votre allié? Moi! vous me soupçonneriez de vous avoir trahi! Vous me feriez cela, à moi. Il figure aussi dans certains tours particuliers, soit comme sujet, soit comme complément. C'est moi qui vous en réponds. Si c'était moi qui avais fait cela... C'est de moi qu'il s'agit! C'est à moi qu'il faudra vous adresser. C'est moi qu'il a pris à partie. Il s'emploie avec la même valeur d'insistance dans les locutions quant à moi, pour moi : Vous en direz ce qu'il vous plaira; quant à moi, pour moi, je sais bien ce qui en est.

MOI, joint à un nom ou à un autre pronom, ne doit, d'après les convenances de notre politesse, être placé qu'en second : Vous et moi, un tel et moi; à moins que le nom auquel il est joint ne soit celui d'une personne qui lui doit le respect; ainsi un père dira : Moi et mon fils; un maître : Moi et mon domestique. À part moi. Voyez PART. À moi! Sorte d'exclamation, pour faire venir promptement quelqu'un auprès de soi ou pour appeler à l'aide. À moi! à moi! mes amis! À moi! au secours!

MOI se prend substantivement pour désigner l'Attachement de quelqu'un à ce qui lui est personnel. Le moi choque toujours l'amour-propre des autres. Il se prend aussi, en termes de Philosophie, pour l'Individualité métaphysique d'une personne. Malgré le changement continuel de l'individu physique, le même moi subsiste toujours. On dit par opposition le non-moi. C'est un autre moi-même se dit de Quelqu'un que celui qui parle aime particulièrement et en qui il a une absolue confiance.

QUANT-À-MOI s'emploie parfois comme nom masculin dans la phrase suivante et autres semblables, où il signifie Air fier et réservé. Je me suis tenu sur mon quant-à-moi.

CHEZ-MOI s'emploie comme nom masculin pour désigner la Maison, l'intérieur de celui qui parle. J'aime mon chez-moi.

Littré (1872-1877)

MOI (moi), pronom singulier de la première personne et des deux genres, dont la destination principale est de servir de régime, mais que l'usage emploie comme sujet quand on a besoin d'une forme qui ne soit pas enclitique, comme le sont je et me ; nous en est le pluriel.
  • 1Moi sert de complément aux prépositions. Selon moi. Il parle de moi. Il vint à moi. Loin de moi une pareille idée. Venez avec moi. Il est injuste qu'on s'attache à moi… car je ne suis la fin de personne, Pascal, Pens. XXIV, 39 ter, éd. HAVET.

    Il n'est pas en moi de faire telle chose, c'est-à-dire il n'est pas en mon pouvoir, il n'est pas dans mon caractère de la faire.

  • 2À moi, avec le verbe être, signifie : m'appartient. Ce livre est à moi.

    Il signifie aussi : est à mon service. Ayez soin tous deux de marcher immédiatement sur mes pas, afin qu'on voie bien que vous êtes à moi, Molière, Bourg. gentil. III, 1. M. Grifon ne sait pas que son fils a l'honneur d'être à moi, Regnard, Sérénade, sc. 3. Allez, Brunon, voilà qui est fini, vous êtes à moi, et je souhaite que vous vous en trouviez bien, Marivaux, Marianne, 10e part.

    Fig. Je suis à moi, je m'appartiens. Un corps qui souffre ôte à l'esprit sa liberté ; désormais je ne suis plus seul, j'ai un hôte qui m'importune, il faut m'en délivrer pour être à moi, Rousseau, 3e lettre à M. de Malesherbes.

    Fig. Je ne suis plus à moi, je suis éperdu, hors de sens par colère ou chagrin. Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage, Molière, Mis. IV, 3.

  • 3Je suis avec moi, je suis seul et occupé de mes réflexions. Je vous avoue que les trois heures que je suis dans ces bois toute seule, avec Dieu, moi, vous, vos lettres et mon livre, ne me durent pas un moment, Sévigné, 563.
  • 4Moi sert de régime direct ou indirect, au verbe à l'impératif (on met un tiret). Menez-moi. Dites-moi. Là, regardez-moi là durant cet entretien. Et jusqu'au moindre mot imprimez-le-vous bien, Molière, Éc. des f. III, 2. Ah ! cruel ! par pitié, montrez-moi moins d'amour, Racine, Bérén. V, 5.

    Si le verbe a pour complément direct le, la, les, ces mots se mettent après le verbe et devant moi, avec des tirets. Donnez-le-moi. Prêtez-les-moi.

    Quant à menez-y-moi, voy. la REM. I.

    Il en est de même avec leur, lui, complément indirect. Donnez-leur-moi sur les oreilles.

  • 5Donnez-moi, parlez-moi, etc. sans préposition, ou donnez à moi, parlez à moi, etc. avec la préposition à, ne s'emploient pas indifféremment l'un pour l'autre. On dit donnez-moi lorsqu'on se borne à demander une chose ; et l'on dit donnez à moi lorsqu'on la demande à quelqu'un qui, paraissant ne savoir à qui la donner, est au moment de la donner à un autre. Va, bienheureux amant, cajoler ta maîtresse, à cet objet si cher tu dois tous tes discours ; Parler encore à moi, c'est trahir tes amours, Corneille, Médée, V, 7. Qu'il entre ; à quel dessein vient-il parler à moi ? Corneille, Héracl. II, 4. Unulphe, oubliez-vous Que vous parlez à moi, qu'il était mon époux ? Corneille, Perthar. I, 1. Mais il est mon époux, et tu parles à moi, Corneille, Poly. III, 2. Messala, songez-vous que vous parlez à moi ? Voltaire, Brutus, III, 7. Donnez-lui donc la main, ajouta-t-il en parlant à moi, Crébillon Fils, Lett. de la marq. de M*** XXX.
  • 6Moi s'emploie comme régime indirect d'une façon explétive et pour donner plus de force à ce qu'on dit (l'idée qui est au fond de cet explétif est : pour moi, en ma faveur, pour me satisfaire). Faites-moi taire ces gens-là. Donnez-leur-moi sur les oreilles. Allons, monsieur, faites le dû de votre charge, et dressez-lui-moi son procès comme larron et comme suborneur, Molière, l'Av. V, 3. Prends-moi le bon parti, laisse là tous les livres, Boileau, Sat. VIII. Prends-moi dans mon clapier trois lapins de garenne, Racine, Plaid. I, 6.
  • 7Moi, employé seul comme réponse, peut être sujet ou régime direct, et tenir lieu d'une phrase entière. Je partirai demain ; et vous ?Moi, la semaine prochaine. Dans cette phrase il est sujet. Qui a-t-on voulu désigner ? - Moi ; c'est-à-dire on a voulu me désigner. Dans cet exemple il est régime direct.

    Moi peut aussi être complément d'un verbe intransitif. Dans un si grand revers que vous reste-t-il ? - Moi, Moi, dis-je, et c'est assez, Corneille, Médée, I, 5.

  • 8Moi est régime direct dans les phrases où il est ajouté à d'autres mots qui sont régimes directs. Il a mécontenté ses parents et moi. Il est venu nous voir mon frère et moi.
  • 9Dans un sujet composé où entre le pronom de la 1re personne, c'est de moi qu'on se sert et non de je. Mon avocat et moi sommes de cet avis.

    On peut ajouter explétivement le pronom nous. Vous et moi nous sommes contents de notre sort. Mme de Vins et moi nous en attrapons ce que nous pouvons [des relations écrites par Mme de Villars], Sévigné, 408.

    Ce sujet composé peut être placé à la fin du membre de phrase. Nous irons à la campagne, lui et moi.

  • 10Moi, joint à un nom ou à un autre pronom, ne doit, d'après les convenances de notre politesse, être placé qu'en second, à moins que le nom auquel il est joint ne soit celui d'une personne très inférieure. Vous et moi, sommes de cet avis. Monsieur et moi, nous partons pour la campagne.

    Mais un père dira : moi et mon fils ; un maître dira : moi et mon domestique.

  • 11Moi, joint à je, par opposition et réduplication, pour donner plus d'énergie à la phrase, et placé avant le verbe. Vous le voulez, vous ; et moi, je ne le veux pas. Moi, je m'arrêterais à de vaines menaces ! Racine, Iphig. I, 2. Moi, des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire, Racine, Ath. II, 7. Elle ajouta que les gens qui parlaient toujours d'eux-mêmes étaient insupportables, et la force de l'habitude lui fit dire au moment même : moi, je ne parle jamais de moi, Genlis, Ad. et Théod. t. III, p. 340, dans POUGENS.

    Moi placé après le verbe ; cette tournure est souvent familière, tandis que la précédente ne l'est pas. Je le savais bien, moi, que vous l'épouseriez, Molière, Femm. sav. V, 5. Est-ce que j'ai une de ces physionomies-là, moi ? est-ce qu'on ne saurait s'empêcher de m'aimer quand on me voit ? Marivaux, Serm. indiscr. II, 8. Et pourquoi ne pas travailler ? je travaille bien, moi, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie.

    Moi employé absolument. Moi, l'espérance amie est bien loin de mon cœur, Chénier, Élég. X.

  • 12Moi précédant le pronom relatif qui, dont, pronom qui veut nécessairement un antécédent. Peut-être que moi qui existe n'existe ainsi que par la force d'une nature universelle, La Bruyère, XVI. Si c'est Dieu qui l'a fait [le mal], pourquoi moi qui l'expie ? Lamartine, Joc. VI, 207.

    Le plus souvent dans cette tournure, on reprend la phrase par je. Moi, à qui il a fait tant de mal, je cherche toutes les occasions de le servir. Et moi qui l'amenai triomphante, adorée, Je m'en retournerai seule et désespérée, Racine, Iphig. IV, 4.

    Quelquefois moi, au lieu d'être suivi du pronom relatif, l'est d'une apposition. Moi, votre ami, je ne puis vous approuver en cela. Moi, ne songeant à rien, j'allai lui dire ce qui se passait. Moi votre ami ? rayez cela de vos papiers, Molière, Mis. I, 1. Moi, là-dessus : monsieur, je m'en rapporte à vous qui devez savoir ces choses, Courier, Pamphlet des pamphlets.

    Lorsque moi précède le pronom relatif et une proposition incidente, le verbe de cette proposition incidente doit être mis à la première personne, et l'on doit dire : moi qui t'aimai et non pas moi qui t'aima. C'est moi qui me nomme Pierre, et non c'est moi qui se nomme Pierre.

    Cette règle n'existait pas au XVIIe siècle, et l'on y trouve moi construit avec qui et un verbe à la 3e personne. Et que me diriez-vous, messieurs, si c'était moi Qui vous eût procuré cette bonne fortune ? Molière, Dép. am. III, 7. Ce ne serait pas moi qui se ferait prier, Molière, Sgan. sc. 2. Il n'y a que moi qui passe sa vie à être occupée et de la présence et du souvenir de la personne aimée, Sévigné, 408.

    Dans ce dernier genre de construction, qui est considéré comme étant de la troisième personne ; quelques langues en usent ainsi, par exemple l'allemand.

  • 13Quelquefois moi est seul, et il y a ellipse de je et d'un verbe. Moi, trahir le meilleur de mes amis ! Faire une lâcheté, moi ! (c'est-à-dire : Moi, je pourrais trahir le meilleur de mes amis ! Je pourrais faire une lâcheté, moi !) Moi ! le faire empereur ! ingrat, l'avez-vous cru ? Racine, Brit. IV, 2. Je me suis laissé dire que tu voulais nous sabrer. - Moi vous sabrer, bonhomme ? Courier, 2e lettre particulière.

    Dans cette tournure elliptique, on se sert quelquefois de que exclamatif. Moi, que j'ose opprimer et noircir l'innocence ! Racine, Phèdre, III, 3.

    Dans ces sortes d'exclamations, moi peut se construire avec un adjectif. Moi jalouse ! et Thésée est celui que j'implore ! Racine, Phèdre, IV, 6.

    Cette tournure s'emploie quelquefois dans des phrases interrogatives. Si ma femme a failli, qu'elle pleure bien fort ; Mais pourquoi moi pleurer, puisque je n'ai point tort ? Molière, Sgan. SC. 17.

  • 14Moi se met aussi par opposition devant ou après me. Voudriez-vous me perdre, moi votre allié ? Moi ! vous me soupçonneriez de vous avoir trahi.
  • 15Moi se construit avec les pronoms ce et il dans certaines tournures impersonnelles. C'est moi qui vous en réponds. Il n'y a que moi à qui ces choses-là arrivent. C'est moi, prince, c'est moi dont l'utile secours Vous eût du labyrinthe enseigné les détours, Racine, Phèdre, II, 5. Je portai ma main sur ce nouvel être ; quel saisissement ! ce n'était pas moi, mais c'était plus que moi, mieux que moi, Buffon, Hist. nat. homme, Œuv. t. IV, p. 520.
  • 16Après une conjonction c'est toujours moi qu'il faut employer. Mon frère et moi. Mon frère ou moi. Mon frère aussi bien que moi. Ni mon frère ni moi. Personne que moi ne lira cette lettre. Nul autre que moi.
  • 17De moi, après un nom de personne ou un pronom personnel également précédé de la préposition de, se met quelquefois pour le mien, la mienne. C'est l'opinion de mon frère et de moi que je vous exprime.
  • 18À moi, sorte d'exclamation pour faire venir promptement quelqu'un auprès de soi. À moi, à moi, soldats ! À moi, Girot, je veux que mon bras m'en délivre [du lutrin], Boileau, Lutr. IV.
  • 19De vous à moi, façon de parler dont on se sert pour témoigner à une personne qu'on lui parle avec sincérité, mais qu'on lui demande le secret. De vous à moi, il ne vaut pas sa réputation.

    On dit dans le même sens : Ceci est de vous à moi, ceci de vous à moi.

    De vous à moi, signifie aussi entre nous deux. …Seigneur bandit, de vous à moi Pas de reproche ! Hugo, Hernani, II, 3.

  • 20Quant à moi, pour moi, façons de parler dont on se sert pour marquer plus particulièrement ce qu'on pense. Quant à moi, pour moi, je sais bien ce qui en est. Pour moi, je vous demande un portrait qui soit moi, et qui n'oblige point à demander qui c'est, Molière, le Sicil. 12.

    Quant-à-moi, employé comme un substantif masculin et un seul mot, et signifiant un air fier ou réservé (il est du langage familier). Garder son quant-à-moi. Quand nous avons quelque différend, ma sœur et moi, si je fais la froide et l'indifférente, elle me recherche ; si elle se tient sur son quant-à-moi, je vais au-devant, La Fontaine, Psyché, II, p. 140.

  • 21Moi, après le verbe être, s'emploie comme adjectif. Pourtant quand je me tâte et que je me rappelle, Il me semble que je suis moi…, Molière, Amph. I, 2. Et peux-tu faire enfin, quand tu serais démon, Que je ne sois pas moi, que je ne sois Sosie, Molière, ib. Ces heures sont les seules où je sois pleinement moi, Rousseau, Prom. 2.
  • 22De moi, dans le sens de pour moi, se disait dans le commencement du XVIIe siècle.
  • 23Moi se construit avec l'adverbe même pour appuyer sur le mot. Il est véritable que, pour pouvoir dire : je veux être content de moi-même et me suffire à moi-même, il faut aussi pouvoir dire : je me suis fait moi-même, ou plutôt, je suis de moi-même, Bossuet, la Vallière. Dans un âge plus mûr moi-même parvenu, Je me suis applaudi quand je me suis connu…, Racine, Phèdre, I, 1.

    Il se met en apposition soit après je, soit avant. Moi-même j'irai présenter votre pétition. Je viendrai moi-même chercher mes brebis, et je les visiterai moi-même, Sacy, Bible, Ézéchiel, XXXIV, 11.

    Moi-même s'emploie quelquefois comme sujet du verbe, sans je. En longs habits de pourpre attirant les regards, Moi-même au bord des eaux ferai voler les chars, Delille, Géorg. III.

    Substantivement. Un autre moi-même, voy. MÊME.

  • 24Chez moi, dans ma maison. Vous me trouverez chez moi.

    Substantivement. Un chez moi, une maison où l'on habite, où l'on a sa famille. Ils [certains auteurs] sentent leurs bourgeois qui ont pignon sur rue, et toujours un chez moi à la bouche, Pascal, Pens. XXIV, 68, éd. HAVET.

  • 25 S. m. Le moi, l'attachement de quelqu'un à ce qui lui est personnel. Le moi est haïssable ; vous, Miton, le couvrez, vous ne l'ôtez pas pour cela ; vous êtes donc toujours haïssable, Pascal, Pens. VI, 20, éd. HAVET. Le moi a deux qualités : il est injuste en soi, en ce qu'il se fait centre de tout : il est incommode aux autres, en ce qu'il les veut asservir ; car chaque moi est l'ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres, Pascal, ib. La nature de l'amour-propre et de ce moi humain est de ne considérer que soi, Pascal, ib. II, 8. La piété chrétienne anéantit le moi humain ; la civilisation le cache et le supprime, Pascal, ib. dans COUSIN. Le mot moi, dont l'auteur [Pascal] se sert, ne signifie que l'amour-propre ; c'est un terme dont il avait accoutumé de se servir avec quelques-uns de ses amis, Port-Royal, dans HAVET, Rem. sur les Pensées de Pascal, art. 6. Le moi, à qui je rapportais tout autrefois, doit être anéanti pour jamais, Fénelon, t. XVIII, p. 224. À tout propos, dans chaque phrase, Le moi régnant, le moi vainqueur, Est dans sa bouche ainsi que dans son cœur, Delille, Convers. II.
  • 26Le moi, la personne même. Oui moi, non pas le moi d'ici, Mais le moi du logis qui frappe comme quatre, Molière, Amph. II, 1. Un moi de vos ordres jaloux, Que vous avez du port envoyé vers Alcmène, Et qui de vos secrets a connaissance pleine, Comme le moi qui parle à vous, Molière, ib. Parlez-moi sans cesse de tout cela [les affaires de sa fille]… toutes ces choses composent mon vrai moi, Sévigné, 3 juill. 1689. Vous voyez bien, ma très chère, que ce que je dis de mon moi est aussi ennuyeux que le récit que vous me faites du vôtre est divertissant, Sévigné, 26 juin 1680. Le voilà donc mort, ce grand ministre [Louvois], cet homme si considérable, qui tenait une si grande place ; dont le moi, comme dit M. Nicole, était si étendu, Sévigné, 26 juillet 1691. S'il peut renoncer à sa vie, à sa raison, à son moi, Rousseau, Ém. V.

    Il peut se dire au pluriel et il ne prend pas d's. De ce moi qui n'est plus d'autres moi vont renaître, Lamartine, Médit. II, Réflexion.

  • 27 Terme de philosophie. Le moi, la personne humaine en tant qu'elle a conscience d'elle-même, et qu'elle est à la fois le sujet et l'objet de la pensée. Le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurais point été si ma mère eût été tuée avant que je fusse animé, Pascal, Pens. I, 11. Et l'idée du moi, qui exprime si bien l'idée de l'âme, ne marque-t-elle pas une substance unique, simple et absolument indivisible ? Boulainvilliers, Réfut. de Spinosa, p. 331. La conscience de son existence, ce sentiment intérieur qui constitue le moi, est composé chez nous de la sensation de notre existence actuelle et du souvenir de notre existence passée, Buffon, Nature des animaux. Ce n'est qu'en comparant le sentiment de son état présent avec le souvenir de ses états passés, que l'être pensant juge qu'il est la même personne ou le même moi ; je veux dire que le moi qui éprouve actuellement une telle perception sent qu'il est le même qui avait éprouvé autrefois cette même perception, Bonnet, Contempl. nat. IV, 13, note 6.

    Le non-moi, tout ce qui n'est pas le moi ; c'est le synonyme de monde extérieur ou d'objet.

REMARQUE

1. Quand le verbe est suivi de y, moi se met après y (avec des tirets). Attendez-y-moi. Menez-y-moi. Vous allez dans votre voiture, donnez-y-moi une place. Ces constructions sont données par le Dictionnaire de l'Académie, qui dit dans un endroit qu'elles sont bizarres, et, dans un autre, ne leur inflige aucun blâme. Des grammairiens veulent qu'on dise : attendez-m'y, menez-m'y, comme on dit : tirez-m'en.

2. Quand le verbe est suivi de en, moi ne s'emploie plus, c'est me : Donnez-m'en. Voilà l'embarras ; tirez-m'en.

3. Quand le verbe à l'impératif est accompagné d'une négation, le pronom régime est me, et non pas moi. Ne m'en parlez pas, et non, n'en parlez pas à moi ; ou du moins cette dernière tournure aurait un sens différent ; voy. ci-dessus le n° 5.

4. Dans l'ancien français, moi n'était jamais employé comme sujet, et l'on disait : je qui vous parle, et non, comme aujourd'hui, moi qui vous parle. On voit la transition se faire au XVIe siècle. Tandis que Montaigne emploie moi comme nous faisons, Rabelais se sert de je : Voulant donc (je, votre humble esclave) accroistre vos passe-temps, Pant. II, Prol. ; et Calvin : Ce ne suis-je pas qui en suis cause, Inst. 146 ; et Marot : Je qui avois ferme entente et attente D'estre en sepulchre honorable estendu, Suis tout debout à Montfaulcon pendu, I, 394. Même au XVIIe siècle, Scarron commence son Virgile travesti par ce vers : Je qui chantai jadis Typhon.

5. Dans l'ancienne langue, je n'était pas ou du moins pouvait ne pas être enclitique. Mais, quand il le devint constamment, alors la nouvelle langue usa de moi pour sujet, en place de je. Par le même principe, toutes les fois qu'on a besoin d'une forme qui ne soit pas enclitique, on met moi et non pas me. Me reprend son emploi quand on a besoin d'une forme enclitique.

HISTORIQUE

IXe s. In o quid [pourvu que] il mi altresi fazet [m'en fasse autant], Serment.

XIe s. Si me direz à Charlemagne rei, Qu'il ait merci de mei, Ch. de Rol. VI.

XIIe s. S'irons tornoier, moi et vos, Chev. au lyon, V. 2501. Jamais crerez [croirez] bricon, moi ne autrui, Ronc. 11. Porprenez moi ces puis [monts] et ces lariz [champs], ib. 57. Moi ai perdu et trestote ma gent, ib. 124. Baron, amenez moi mon felon boisseor [traître], ib. p.198. Par tantes fois [j'] ai esté assailliz, Que je n'ai mais pooir de moi defendre. Couci, V. Ensemble convient remanoir Moi et amour par estouvoir [par devoir], ib. XVIII.

XIIIe s. Tant que la vraie histoire [j'] emportai avec mi, Berte, I. Sire, dist-elle, adieu ! saluez moi mon frere, ib. IV. Moi ne chaut qu'on en fasse, mais qu'ele soit tuée, ib. XVI. La moy place [la place de moi] il prist delez la place le conte d'Eu, pource que il savoit que le conte d'Eu amoit ma compaignie, Joinville, 278. Quant ge voi que losengeor, Et traïtor, et envieus Sunt de moi nuire curieus, la Rose, 4056.

XVIe s. Reveille-moi, belle ; Mon cœur est tout endormy, Reveille le my, Marot, I, 197. Ce suis-je moi qui suis, et n'y a autre Dieu que moy, Calvin, Instit. 92. La seule mort a causé ma tristesse, La seule mort y pourra mettre cesse, Ne m'empeschant plus longuement de suivre Cet autre moy, pour qui j'aimois à vivre, Desportes, Épitaphe, Diane, Complainte. Ce seroit cesser d'estre moy, Que de cesser d'aimer ma dame, Desportes, Amours d'Hippolyte, XXII, chanson. Las ! que puis-je avoir fait, o moy, pauvre insensé, Qu'Amour de plus en plus mes douleurs renouvelle ? Desportes, ib. XXIII. Laisse moy l'astrologie divinatrice et l'art de Lullius, comme abuz et vanitez, Rabelais, Pant. II, 8. Moy qui ay…, Montaigne, I, 16. Moy, selon leur licence et impunité, admire de les voir…, Montaigne, I, 170. Ceuxlà se moquent de toi, Diogenes. Et je ne me sens pas mocqué, moy, respondit-il, Amyot, Comm refréner la col. 30.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MOI, (Gramm.) On sait que ce pronom personnel signifie la même chose que le je ou ego des latins. On a condamné le je au mot égoïsme, mais cela n’empêche pas qu’on ne doive l’employer dans certaines occasions ; il s’ensuit encore moins, que le moi ne soit quelquefois sublime ou admirablement placé ; en voici des exemples.

Démosthène dit dans sa harangue pour Ctésiphon. « Qui empêcha l’Hellespont de tomber sous une domination étrangere ? Vous, Messieurs ; or quand je dis vous, je dis l’état ; mais alors, qui est-ce qui consacroit au salut de la république, discours, conseils, actions, & se dévouoit totalement pour elle ? Moi. Il y a bien du grand dans ce moi ».

Quand Pompée, après ses triomphes, requit son congé dans les formes ; le censeur lui demanda, dit Plutarque, s’il avoit fait toutes les campagnes portées par les ordonnances ; Pompée répondit qu’il les avoit toutes faites ; sous quels généraux, repliqua le censeur, les avez-vous toutes faites ? Sous moi, répondit Pompée ; à cette belle réponse, sous moi, le peuple qui en savoit la vérité, fut si transporté de plaisir, qu’il ne pouvoit cesser ses acclamations & ses battemens de mains.

Nous ne cessons pas nous mêmes encore aujourd’hui, d’applaudir au moi de Médée dans Corneille ; la confidente de cette princesse lui dit, act. 1. scène 4.


Votre pays vous hait, votre époux est sans foi,
Contre tant d’ennemis, que vous reste-t-il ?


A quoi Médée répond,

Contre tant d’ennemis, que vous reste-t-il ?Moi ;
Moi, dis-je, & c’est assez.


Toute la France a senti & admiré la hauteur & la grandeur de ce trait ; mais ce n’est ni dans Démosthène, ni dans Plutarque, que Corneille a puisé ce moi de Médée, c’est en lui-même. Les génies du premier ordre, ont dans leur propre fonds les mêmes sources du bon, du beau, du grand, du sublime. (D. J.)

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Étymologie de « moi »

Pic. et wall. mi ; provenç. mi, mei ; espagn. portug. et ital. mi ; du lat. mihi ; allem. mich ; angl. me ; sanscr. ma. La forme ancienne est mei, mi, à côté de moi ; ce qui exclut l'accusatif latin me.

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De l’ancien français mei, forme tonique de me, cas régime de jo, je « je », du latin , accusatif de ego, « je, moi » (pronom personnel de la première personne du singulier).
L'emploi comme substantif (« le moi ») est attesté pour la première fois dans les Pensées de Blaise Pascal[1] (1670).
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Phonétique du mot « moi »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
moi mwa

Citations contenant le mot « moi »

  • En le suivant, je ne suis que moi-même. William Shakespeare, Othello, I, 1, Iago
  • Je dis je en sachant que ce n'est pas moi. Samuel Beckett, L'Innommable, Éditions de Minuit
  • Quelqu'un qui soit en moi plus moi-même que moi. Paul Claudel, Vers d'exil, Mercure de France
  • De notre naissance à notre mort, nous sommes un cortège d'autres qui sont reliés par un fil ténu. Jean Cocteau, Poésie critique, Gallimard
  • - Dans un si grand revers, que vous reste-t-il ?- Moi, Moi, dis-je, et c'est assez. Pierre Corneille, Médée, I, 5
  • Vivre pour mes amis, mes livres et moi-même. abbé Jacques Delille, L'Homme des champs
  • Je me suis mis d'accord avec moi-même, ce qui est bien la plus grande victoire que nous puissions remporter sur l'impossible. Eugène Fromentin, Dominique
  • Le moi est haïssable, dites-vous. Pas le mien. André Gide, Journal, Gallimard
  • Ce que je sens divers, c'est toujours moi. André Gide, Les Nouvelles Nourritures, Gallimard
  • Le moi n'est pas seulement haïssable : il n'a pas de place entre un nous et un rien. Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, Plon
  • Mais si l'on veut les séparer, Le coudrier meurt promptement, Le chèvrefeuille mêmement. Belle amie, ainsi est de nous ; Ni vous sans moi ni moi sans vous. Marie de France, Lais, Lai du chèvrefeuille
  • Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : Parce que c'était lui, parce que c'était moi. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 28
  • Le moi est haïssable. Blaise Pascal, Pensées, 455 Pensées
  • Le moi est haïssable. Aimer le prochain comme soi-même, c'est tout dire. Pierre Reverdy, Le Livre de mon bord, Mercure de France
  • Le moi est haïssable mais il s'agit de celui des autres. Paul Valéry, Mélange, Gallimard
  • Écrire en Moi-naturel. Tels écrivent en Moi-dièse. Paul Valéry, Rhumbs, Gallimard
  • Les choses extérieures ne dépendent pas de moi ; ma volonté dépend de moi. Où chercher le bien et le mal ? En moi-même, dans ce qui est mien. Épictète, Entretiens, II, 5, 4-5 (traduction E. Bréhier)
  • Je suis seul avec moi. Mon être est ma prison, Car je demeure, hélas ! ma cause et ma raison, L'alpha et l'oméga de mon vocabulaire ! Mihály Babits, Épilogue, 4e strophe, 1908
  • Mon sujet favori, moi-même. James Boswell, Letter to Temple, 22 juillet 1763

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Traductions du mot « moi »

Langue Traduction
Anglais me
Espagnol yo
Italien me
Allemand mich
Chinois
Arabe أنا
Portugais mim
Russe меня
Japonais 私は
Basque me
Corse mi
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Synonymes de « moi »

Source : synonymes de moi sur lebonsynonyme.fr
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