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Trope

Variantes Singulier Pluriel
Masculin trope tropes

Définitions de « trope »

Trésor de la Langue Française informatisé

TROPE, subst. masc.

A. − RHÉTORIQUE
1. [Dans l'anc. rhét.] Figure par laquelle un mot prend une signification autre que son sens propre. Les Tropes sont certains sens plus ou moins différens du sens primitif, qu'offrent, dans l'expression de la pensée, les mots appliqués à de nouvelles idées (P. Fontanier, Les Figures du disc., Paris, Flammarion, 1968, [1821], p. 39).
2. P. ext. Figure entraînant, pour un mot ou une expression, un changement ou un détournement de sens. C'est là [dans la vente du bétail] que le paysan, le maquignon, le fermier, déploient les ressources d'une éloquence pleine de tropes et de métaphores inouïes (Sand, Nouv. lettres voy., Mél., 1876, p. 265).La rhétorique, née de la nuance et du sens psychologique de l'impalpable, se prend à classer des tropes et des figures; « tropes de sens » ou « tropes de diction », ils ne sont jamais que des clichés et des formules stéréotypées (Jankél., Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 10).
B. − PHILOS. Argument que les sceptiques grecs utilisaient pour démontrer l'impossibilité d'atteindre une vérité certaine et pour conclure en conséquence à la suspension du jugement. Plusieurs historiens pensent que les dix tropes, connus depuis longtemps, étaient le bien commun de l'école sceptique. Mais (...) c'est Aenesidème qui le premier les mit en ordre, les énuméra avec une certaine méthode, leur donna, en un mot, la forme qu'ils ont gardée (Brochard, Les Sceptiques grecs, p. 253 ds Lal. 1968).
C. − MUS. Ornement du plain-chant grégorien au moyen d'additions, de substitutions ou d'interpolations de textes musicaux ou poétiques. Le tr[ope], comme d'ailleurs la (...) séquence, constitue un genre nouveau au sein de la catégorie des formes liturgico-musicales qui a favorisé une évolution plus rapide, dans des directions nouvelles, de la composition monodique (Mus.1976).
Prononc. et Orth.: [tʀ ɔp]. Att. ds Ac. dep. 1740. Étymol. et Hist. 1. Ca 1375 rhét. tropus (Raoul de Presles, trad. Cité de Dieu, l. XVI, chap. 21, ms. Paris BN fr. 171 [ca 1380], fo156 vo: autres figures qu'il appellent tropus); 1554 trope (J. de Maumont, Les Œuvres de Saint Justin, fo73 rods Gdf. Compl.: exposant ce manger par trope et par figure); 2. 1842 philos. tropes des pyrrhoniens (Ac. Compl.); 3. 1852 mus. médiév. (Coussemaker, Hist. harm. Moy. Âge, p. 225: la première [pièce que nous citons] est un fragment de « Kyrie » paraphrasé, appelé trope par quelques auteurs). Empr. au lat.tropus « trope (en rhét.); chant, mélodie », et celui-ci au gr. τ ρ ο ́ π ο ς « tour, tournure; manière, façon »; en parlant du chant « mode, mélodie, ton, chant »; en rhét. « manière de s'exprimer, style », en partic. « figure de mots, trope ». Fréq. abs. littér.: 34. Bbg. Du Marsais (C.). Traité des tropes: 1730. Paris, 1977. − Kerbrat-Orecchioni (C.). L'Énonciation de la subjectivité ds le lang. Paris, 1980, passim. − Morel (M.-A.). DRALV. 1982, no26, p. 27. − Perrin-Naffakh (A.-M.). Le Cliché de style en fr. mod. Lille; Bordeaux, 1985, p. 28. − Reboul (O.). La Rhét. Paris, 1984, p. 42. − Senderovich (S.). Rythm, trope, myth: the early poetics of Roman Jakobson. Semiotica. 1982, t. 40, pp. 347-370. − Soublin (Fr.). Langages. 1979, no54, pp. 41-64. − Todorov (T.). Tropes et figures. Mél. Jakobson (R.). The Hague, 1967, t. 3, pp. 2 006-2 023.

Wiktionnaire

Nom commun - français

trope \tʁɔp\ masculin

  1. (Rhétorique) Figure de style, emploi d’une expression dans un sens figuré.
    • Ce nom de « Sainte-Barbe » était ce que la rhétorique appelle « un trope ; » il signifiait que cette association, exposée au hasard et au danger, pouvait sauter d’un moment à l’autre, comme la soute aux poudres d’un navire de guerre. — (Hector Malot, Un mariage sous le Second Empire, 1873)
    • Je n’ai pas regardé, comme on l’enseigne à la Sorbonne, si ce que j’écrivais ressemblait à du Pascal ou à du Marmontel, à du Juvénal ou à du Paul-Louis Courier, à Saint-Simon ou à Sainte-Beuve, je n’ai eu ni le respect des tropes, ni la peur des néologismes, je n’ai point observé l’ordre nestorien pour accumuler les preuves. — (Jules Vallès, L’Insurgé, G. Charpentier, 1908)
    • Il y a quelque chose de l’activité du verbicruciste dans la cure, à la différence que la grille d’origine échappe à la conscience de l’analysant. L’on part en tout cas d’une grille constituée, et l’on cherche les questions qui peuvent la rendre possible. Encore ces questions se révèlent-elles énigmatiques, en ce qu’elles jouent des tropes du langage (métaphores, métonymies). — (Alain Cochet, De la Lettre à l’Être : essai d’anthropologie clinique, L’Harmattan, 2015, page 20)
    • La dissociation du corps et de l’esprit est un vieux trope. — (Romain Sardou, Pardonnez nos offenses, page 243)
  2. (Musique) Développement musical, ou littéraire, de la musique liturgique médiévale.
    • Des tropes étaient insérés dans les chants de l’ordiaire et du propre de la messe pour expliquer le sens de chaque jour de fête. — (Magazine Goldberg, Traduction Dominique Lange, 2003)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TROPE. n. m.
T. de Rhétorique. Figure, emploi d'une expression dans un sens figuré. La métonymie, la métaphore, la synecdoche, la catachrèse, l'antonomase sont des tropes. Un trope hardi. Le Traité des Tropes.

Littré (1872-1877)

TROPE (tro-p') s. m.
  • Terme de rhétorique. Expression employée dans un sens figuré. Cent voiles pour dire cent vaisseaux, est un trope. Il ne faut pas croire que les tropes n'aient été inventés que par nécessité, à cause du défaut et de la disette des mots propres… les hommes n'ont point consulté s'ils avaient ou s'ils n'avaient pas des termes propres pour exprimer leurs idées, ni si l'expression figurée serait plus agréable que l'expression propre ; ils ont suivi les mouvements de leur imagination et ce que leur inspirait le désir de faire sentir vivement aux autres ce qu'ils sentaient eux-mêmes vivement, Dumarsais, Tropes, VII, 2. Les avantages des tropes sont premièrement de désigner les choses qui n'auraient pas de nom ; secondement, de donner du corps et des couleurs à celles qui ne tombent pas sous le sens ; enfin, de faire prendre à chaque pensée le caractère qui lui est propre, Condillac, Art d'écr. II, 8.

    Le Traité des tropes, ou, simplement, les Tropes de Dumarsais. Je vous donne toutes les figures de Quintilien, tous les tropes de Dumarsais, et tout le sublime de Longin… pas un ne vous écoutera [dans la chambre des députés], Courier, Lett. au Censeur, 10.

    Terme de philosophie. Tropes des pyrrhoniens, les considérations fondées sur l'instabilité des choses par lesquelles Pyrrhon a prétendu détruire les fondements de la certitude.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

TROPE. Ajoutez :
2Nom d'un signe musical, chez les Hébreux. Ces signes mystérieux appelés par les Hébreux neguiroths ou tropes ; ces signes, comme les vieux neumes du plain-chant, ne sont ni des lettres ni des notes ; ils représentent des groupes d'inflexions, des mouvements de la voix…, E. Gautier, Journ. offic. 25 janv. 1876, p. 748, 3e col.
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Étymologie de « trope »

Du latin tropus (sens identique), issu du grec ancien τρόπος, trópos (« changement »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « trope »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
trope trɔp

Fréquence d'apparition du mot « trope » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « trope »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « trope »

  • Quand on aime s'informer sur les séries, on se heurte parfois à leur jargon. Des barbarismes, des anglicismes ou des termes bien français mais un peu obscurs... Pas toujours facile de s'y retrouver. Pas de panique, on vous file un coup de main pour devenir incollable sur le sujet ! Aujourd'hui, on vous parle trope.
    Le lexique des séries : c'est quoi un trope télévisuel ?
  • WASHINGTON — Les leaders juifs américains ont condamné mardi le président Donald Trump après que ce dernier a accusé les Juifs votant pour les Démocrates de « grande déloyauté », soulignant qu’il utilisait là un trope antisémite dangereux.
    Trump reprend le trope antisémite de "déloyauté", et choque des groupes juifs US | The Times of Israël
  • Ennemis des amoureux, And Then There Were None, et les autres tropes de l’opéra spatial révolutionnaire de Tamsyn Muir.
    Les tropes de genre remixés de Gideon the Ninth, expliqués – News 24

Traductions du mot « trope »

Langue Traduction
Anglais trope
Espagnol tropo
Italien tropo
Allemand trope
Chinois 比喻
Arabe مجاز
Portugais tropo
Russe троп
Japonais trope
Basque tropela
Corse tropu
Source : Google Translate API

Synonymes de « trope »

Source : synonymes de trope sur lebonsynonyme.fr

Combien de points fait le mot trope au Scrabble ?

Nombre de points du mot trope au scrabble : 7 points

Trope

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