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Gant

Définitions du mot « gant »

Trésor de la Langue Française informatisé

GANT, subst. masc.

I. − Pièce de l'habillement qui recouvre et protège toute la main, au moins jusqu'au poignet, et qui, en général, épouse la forme de chaque doigt séparément. Paire de gants; gant de femme, d'homme.
A. − [Gants à doigts séparés] L'hiver sera rude, disait-on, le père Grandet a mis ses gants fourrés (Balzac, E. Grandet,1834, p. 17).Ce qu'il avait toujours désiré, aimé d'une femme, c'était le gant, l'empreinte et le moule de la main, la chose qui dessine et suit ses doigts (Goncourt, Journal,1865, p. 167).Charruel feignit d'épousseter ses guêtres à coups de gants (Duhamel, Suzanne,1941, p. 85) :
1. Il avait un banc à part à l'église; chaque dimanche, on l'y voyait assis au premier rang des fidèles, avec son ancien costume et ses gants de cérémonie, qui lui montaient presque jusqu'au coude. Renan, Souv. enf.,1883, p. 27.
SYNT. Gant(s) de peau, de daim, de coton, de fil, de filoselle, de laine; gant(s) à frange, à boutons; gant(s) de Suède; gant(s) de deuil; gants blancs, noirs; gants beurre frais; gants assortis, dépareillés; gant ajusté, étroit, fourré, long, demi-long; gants liturgiques; porter, mettre des gants; enfiler, boutonner, défaire, ôter, enlever, quitter ses gants; saluer du gant; tenir un gant à la main.
Boîte, coffret à gants. Je l'ai cachée [la fiole] au fond de ma boîte à gants (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 575).
Gants jaunes. Gants portés notamment sous Louis-Philippe par les hommes distingués, les aristocrates. Il [Gavarni] a masqué ses instincts peuple sous des gants jaunes. Mais il est resté peuple au fond (Goncourt, Journal,1863, p. 1336) :
2. Sébastien lisait le Globe; c'est assez vous dire que c'était un jeune homme qui ne badinait pas avec l'amour. Ses opinions philosophiques le poussaient fortement vers cette moralité qui nous met des gants jaunes aux mains et des habits noirs sur le dos, qui jette une légère nuance de froideur sur les fronts, une teinte de pédantisme dans le discours, qui nous rend graves comme des méthodistes, et nous prescrit de n'avoir que des passions avec les femmes... Balzac, Œuvres div., t. 2, 1830, p. 243.
P. méton. Un gant jaune ou, plus rarement un gants jaunes. Un homme élégant; p. iron. un dandy, un muscadin. Un homme aussi distingué par sa naissance que par ses manières, par sa fortune et par ses équipages, un lion, un élégant, un gant jaune! (Balzac, Député d'Arcis,1847, p. 359).Bouvard le railla, l'appelant joli cavalier, muscadin, gants jaunes (Flaub., Bouvard, t. 2, 1880, p. 172).
Locutions
Vx. L'amitié passe le gant. L'amitié permet qu'on se salue sans retirer son gant (cf. Ac. 1835, 1878).
Baiser le gant de qqn. [En signe de respect] Cet homme dont j'irais baiser le gant, si je ne lui réservais une lame au cœur, − vous le croyez sans pareil à son époque (Sainte-Beuve, Volupté, t. 1, 1834, p. 110).Baiser le gant d'une femme. Baiser la main qui se trouve être gantée. Tous les hommes qu'elle voit lui sont dévoués, et qu'en attendent-ils? La faveur de baiser son gant (Barb. d'Aurev., Memor. 1,1837, p. 165).Il baise le gant de Marinette; elle rougit comme une petite fille (Renard, Journal,1905, p. 1010).
Laisser tomber un gant. [Le suj. est une femme] Laisser tomber un gant pour attirer l'attention d'un homme. La comtesse (...) en passant laissa tomber un de ses gants devant notre héros (Mérimée, Chron. règne Charles IX,1829, p. 89).
P. plaisant., vx. Elle a perdu ses gants. Elle a perdu sa virginité (cf. Ac. 1835, 1878).
[P. anal. de forme] BOT. Gant de Notre-Dame, gant Notre-Dame, gant de bergère. Cf. ancolie, digitale, campanule, gantelée.Et partout la pensée avec la campanule, l'œillet de la montagne et le millepertuis, le sceau de Salomon, le gant de Notre-Dame (Pourrat, Gaspard,1930, p. 301).
B. − En partic.
1. [Gants qui ne séparent que le pouce] Synon. moufle.Ganté de gants de laine qui n'ont qu'un pouce (Goncourt, Journal,1875, p. 1042).
Gant de crin. Gant de crin avec lequel on se frictionne :
3. ... pour mater l'insomnie et ramener le calme, il fut réduit aux courtes aspersions dans sa baignoire ou dans son tub, aux simples affusions froides, suivies d'énergiques frictions pratiquées, à l'aide du gant de crin, par son domestique. Huysmans, À rebours,1884, p. 133.
Gants de boxe; gants d'entraînement, de combat; gants de 5, 6, 8 onces. Remettre, reprendre les gants. Se remettre à boxer. S'ils avaient été condamnés à soutenir leurs sauvages doctrines seulement à coups de poing, et même avec des gants de huit onces (Alain, Propos,1921, p. 255).
2. Gant de toilette ou gant. Poche en tissu éponge − ne séparant pas le pouce des autres doigts − que l'on enfile pour se laver. Dans une gamme de rouge et de jaune, draps de bains, serviettes et gants de toilette permettent à chacun de choisir sa série : unie, rayée ou imprimée (Maîtresse de jeune maison,Paris, Hatier,1965, p. 172 bis).
C. − Spécialement
1. [Gants qui servent de protection à la main dans différentes activités] Gants de protection, de ménage, de décorticage; gants de travail, d'ouvrier, d'artisan; gants de ski, d'escrime. C'est une sorte de polissage qui a besoin, pour être bien exécuté, d'une force considérable. Les mains des ouvriers sont entourées de gants qui ressemblent à de véritables armures (Du Camp, Hollande,1859, p. 123).Pour les substances radioactives (...), il suffit d'utiliser des gants et des vêtements protecteurs et de ne les manipuler que dans des hottes closes et ventilées (Goldschmidt, Avent. atom.,1962, p. 224).
Gant à crispin*.
2. VÉN. Gant d'oiseau. Gant qui recouvre la main du fauconnier et la protège des serres de l'oiseau qu'elle porte. (Dict. xixes. et Lar. Lang. fr.).
3. MÉD. Gants de caoutchouc, de chirurgien, de Chaput. Gants que porte le chirurgien par mesure d'hygiène :
4. On le voyait [le chirurgien] vivre jusqu'au bout des outils d'acier que ses longs doigts, si agiles, si souples dans le gant de caoutchouc, maniaient avec tant d'énergie tour à tour et tant de délicatesse... Bourget, Sens mort,1915, p. 16.
4. HIST. Pièce de l'armure. Gant de fer. Synon. gantelet.Le soleil dore sa cuirasse; haches, vouges, gants de fer, becs de faucons reluisent à son côté (Quinet, Ahasvérus,1833, 3ejournée, p. 224).
Loc. verb.
a) [Le suj. désigne un chevalier] Jeter le gant. Jeter le gantelet aux pieds de son adversaire pour le défier au combat. Relever ou ramasser le gant. Accepter le défi. Le roi vouloit empêcher ses chevaliers de relever le gant, et de ressentir ces insultes particulières (Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 495).
[Le gant que l'on lance au visage remplace le gantelet] Jeter, lancer, envoyer le gant à la face de qqn. Le provoquer en duel :
5. [Albert] comprit l'allusion, et fit un geste pour lancer son gant au visage du comte; mais Morrel lui saisit le poignet, tandis que Beauchamp et Château-Renaud, craignant que la scène ne dépassât la limite d'une provocation, le retenaient par derrière. Mais Monte-Cristo, sans se lever, en inclinant sa chaise, étendit la main seulement, et saisissant entre les doigts crispés du jeune homme le gant humide et écrasé : − Monsieur, dit-il avec un accent terrible, je tiens votre gant pour jeté, et je vous l'enverrai roulé autour d'une balle. Dumas père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 419.
b) Au fig. [P. réf. à cette coutume] Jeter le gant, jeter le gant à la face de qqn. Lancer un défi à quelqu'un. Il a jeté, comme par défi, dans l'arène lyrique, un gant de fer dont l'écho retentira long-temps (Sainte-Beuve, Tabl. poés. fr.,1828, p. 289).[Il] jeta le gant à la face de la Fortune (Balzac, Illus. perdues,1839, p. 387).En voilà un qui te défie, et te jette à la face le gant que vient de lui passer, pour cela, ton bon ministre de la guerre (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 5).Relever le gant. Accepter le défi. Aucun journal ne releva le gant de la polémique (Balzac, Illus. perdues,1839p. 526) :
6. ... je serai content, pourvu que je puisse ainsi t'attirer dans la carrière. Je t'envoie donc ici une de ces provocations. Je jette le gant, j'espère que tu le relèveras. M. de Guérin, Corresp.,1830, p. 34.
II. − Loc. diverses
A. − [P. réf. à diverses qualités du gant, sa souplesse, la facilité avec laquelle on le met, sa douceur]
Fam. Être souple comme un gant. Avoir la souplesse d'un gant. Quel cuir! Fort comme une semelle, souple comme un gant (Pourrat, Gaspard,1930, p. 160).
Au fig. Avoir l'humeur facile et accommodante; péj. être complètement soumis, voire servile. Rendre souple comme un gant. Tous ces galants musqués, fleuris comme des roses, qu'on voit soir et matin (...) s'assouplir comme un gant autour des jeunes filles (Musset, À quoi rêvent j. filles,1832, II, 1, p. 361).Ils sont tous comme ça, ces serins d'hommes. En public roides comme des crins; dans le tête-à-tête, souples comme des gants (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 14).
Fam. [Le suj. désigne un vêtement] Aller comme un gant à qqn. S'adapter exactement aux formes du corps. Cela me va comme un gant. Cette redingote te va comme un gant! (Romains, Copains,1913, p. 177).
[Le suj. désigne une partie du corps] Entrer comme un gant (mis pour entrer comme dans un gant). Entrer facilement. Oh! les bons souliers!... Attendez, je vais les mettre. C'est tout mon pied, ça entre comme un gant (Zola, Page amour,1878, p. 996).
Au fig. Convenir parfaitement, comme un gant bien ajusté à la main. Ce luxe héréditaire vous sied à ravir et vous va comme un gant (Sandeau, Mllede la Seiglière,1848, p. 211).Il sera cuistot... ça lui ira comme un gant (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 158).
Rare. Tout va comme un gant. Rien ne présente de difficulté. (Faire qqc.) comme un gant. (Faire quelque chose) avec facilité. Dans le commerce, c'est bien différent, et surtout dans la parfumerie où tout va comme un gant (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 117).Oh! chantez, dites, chantez... (...) chantez... vous chantez comme un gant... Elle retourne au piano (Guitry, Veilleur,1911, I, p. 8).
Retourner qqn comme un gant. Le faire changer complètement d'avis. Se retourner comme un gant :
7. En présence de leurs énergiques protestations, Bout, ébranlé, gardait pourtant un pli au front, en proie à un reste de méfiance. Il finit par être convaincu; sur quoi, retourné comme un gant, il s'amusa (...), gloussant, toussant, s'étranglant, à ravaler l'éclat d'une gaieté ironique... Courteline, Train 8 h 47,1888, 2epart., p. 139.
Retourner qqc. comme un gant. Le bouleverser entièrement. Un soupir poussé de travers par une femelle leur retourne l'intelligence comme un gant! Ils perdent la tête pour une œillade! (Balzac, Splend. et mis.,1847, p. 655).On peut faire des réformes, mais on ne retourne pas une société comme un gant (Barrès, Cahiers, t. 5, 1906-07, p. 26).
Proverbe. Être amis comme le gant et la main. D'ailleurs, en acceptant votre déjeuner, j'aurai le droit de vous avoir à dîner avec mon ami Lucien, car nous devons maintenant être amis comme le gant et la main (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 414).
Fam. Ne pas mettre ou ne pas prendre de gants (avec qqn). Agir ou parler sans précaution, sans ménagement. Mettre ou prendre des gants, prendre des gants avec qqn :
8. ... il disait leur fait aux chalandes, et sans mettre de gants, je vous prie de le croire. Si elles tâtaient un peu longtemps la marchandise, il les appelait proprement râleuses et purées... A. France, Crainquebille,1904, p. 46.
Rare. Manquer de gants. Malaucène et Vertaizon furent éliminés pour leur manque de gants, au figuré (Péladan, Vice supr.,1884, p. 169).
Prendre qqc. avec des gants. Prendre quelque chose avec précaution, avec douceur. La vie n'est pas raffinée. La vie ne se prend pas avec des gants (Rolland, J.-Chr., Foire, 1908, p. 698).
Une main de fer dans (sous) un gant de velours. Un caractère ferme ou autoritaire sous des apparences de douceur. Il aperçut la main de fer sous le gant de velours; la personnalité, l'égoïsme, sous les manières (Balzac, Goriot,1835, p. 137).
B. − Au fig., au plur. [P. réf. à la coutume espagnole qui voulait que le messager porteur d'une bonne nouvelle reçût en gratification une paire de gants]
1. Vx. Avoir les gants d'(une nouvelle). Recevoir une gratification pour avoir annoncé une nouvelle. Ne pas avoir les gants d'une chose (Littré).
P. ext., vx. Toute gratification. Ce qui serait curieux, c'est qu'il eût réclamé son petit cadeau, ses petits gants (Huysmans, Là-bas, t. 1, 1891, p. 227).
Vx. Donner des gants ou donner pour les gants à (une prostituée). Donner une gratification à (une prostituée). Donner à (une prostituée) pour ses gants; demander des gants. On donne ce qu'on veut à la femme pour ses gants (F. d'Urville, les Ordures de Paris, 1874) (Rigaud, Dict. arg. mod.,1881, p. 190).Méfiez-vous des intrigants Et surtout des femmes galantes Qui vous demanderont des gants (A. Gratigny) (France1907).
Arg. En être pour ses gants. En être pour ses frais. Celui qui a fait une mauvaise opération en est pour ses gants (Rossignol, Dict. arg.,1901, p. 53).P. méton. Mes (-) gants, tes (-) gants... Moi, toi... C'est bien fait pour ses gants. C'est bien fait pour lui (cf. Sandry-Carr. 1963).
2. P. ext. [Pour signifier le profit que l'on peut tirer de qqc. de nouveau]
a) Vx. Avoir les gants d'(une nouveauté). Avoir le mérite, le prestige d'avoir découvert ou inventé quelque chose, d'avoir été le premier à formuler une idée, annoncer une nouvelle. Ce n'est pas vous qui avez les gants de cette nouvelle (Lar. 19e).
b) P. dérision. Se donner les gants de (qqc.). [Littéralement : se donner à soi-même un pourboire] . S'attribuer à tort le mérite, le prestige d'avoir été le premier à faire quelque chose. [Il a] voulu se donner les gants près de son parti d'une exécution sur nous, au nom des saines doctrines littéraires et des principes révolutionnaires (Goncourt, Journal,1875, p. 1093).Elle nous peint ensuite Dumas fils se donnant les gants de mots spirituels qu'il aurait dits aux gens, mais qu'il n'a trouvés qu'après leur départ (Goncourt, Journal,1893, p. 465).
Absol. Se donner des gants. Exagérer ses mérites, se vanter :
9. « Il [Victor Hugo] a comme cela trop de fantaisie à tout moment, trop de fierté. » C'est ainsi qu'elle appelle son fastueux et son pomposo. − Elle dit encore de lui : Il se donne trop de gants. Sainte-Beuve, Cahiers,1869, p. 33.
Se donner les gants de + inf. S'approprier indûment le bénéfice d'une attitude que l'on ne fait que simuler, précisément pour le profit que l'on sait pouvoir en tirer. Fam. Se payer les gants de + inf. Combien peut-il [le libraire] encore gagner après s'être payé les gants de faire le gentilhomme devant moi? (Bourget, Cosmopolis,1893, p. 14).Je me donnai les gants de flétrir ceux qui encombraient le conseil de guerre de plaintes dérisoires (Vercel, Cap. Conan,1934, p. 86).Les femmes sont des femmes, mon cher, toujours, même quand elles se donnent les gants d'être des anges (Anouilh, Répét.,1950, III, p. 90).
Prononc. et Orth. : [gɑ ̃]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 guant « pièce de l'habillement qui recouvre la main en épousant la forme de chaque doigt isolément » (Roland, éd. J. Bédier, 2664); b) 1558 comme un gant « très bien ajusté » (B. Des Périers, Œuvres françoises, Nouv. récréations, 106 ds Quem. DDL t. 9); 2. a) ca 1100 presenter sun guant symbole de défi, signifie qu'on accepte un combat en remettant le gant à un suzerain comme gage de ce combat (Roland, éd. cit., 3851); b) 1432 gietter son gant « défier » (Ch. d'Orléans, Poésies, éd. P. Champion, p. 65, 1); c) 1803 relever le gant « accepter le défi » (Chateaubr., loc. cit.); 3. 1872 gant « accessoire analogue servant à protéger la main pour exercer différentes activités » (Lar. 19e); 4. 1538 bot. gant de Notre-Dame (Est.), v. gantelée. Empr. de l'a. b. frq.*want « moufle, mitaine », cf. le m. néerl. want « id. » (Verdam), l'a. h. all. wantus « id. » (Graff) et le lat. médiév. wantus « id. » (Nierm.). Ce mot a sans doute été introduit en gallo-roman du Nord parce que les Romains ne connaissaient pas ce type de gants. Les Francs ayant l'habitude d'offrir une paire de gants en symbole de la remise d'une terre, gant était dès le début un terme juridique de l'investiture (ca 1150, Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 2681), v. Du Cange, s.v. investitura, t. 4, p. 415a; cf. DEAF, col. 121-127. Fréq. abs. littér. : 1 679. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 813, b) 3 365; xxes. : a) 2 523, b) 2 271. Bbg. Boulan 1934, p. 73. - Lebel (P.). Gant. Fr. mod. 1950, t. 18, p. 5. - Lew. 1960, p. 74. - Pezard (A.) Manche et mancia. In : [Mél. Monteverdi (A.)]. Modène, 1959, t. 2, pp. 571-593. - Tilander (G.). Orig. et évolution sém. de gant et mitaine « pourboire ». St. neophilol. 1947, t. 20, pp. 14-20.

Wiktionnaire

Nom commun

gant \ɡɑ̃\ masculin

  1. (Habillement) Objet d’habillement, qui couvre la main et chaque doigt séparément.
    • Une vieille ordonnance pour la création des chevaliers du Bain mentionne entre autres parties du vêtement une paire de gants blancs suspendue à un lacet de soie. — (La main et le gant, traduit d'un article de Frazer's Magazine, dans Le miroir des arts: feuille artistique des Pays-Bas, La Haye : Frères Belinfante, 1845,)
    • — Un gant de cardinal en soie rouge avec monogramme du Christ brodé or, xve siècle.
      — Une paire de gants de haut dignitaire ecclésiastique en tricot de fil avec monogramme du Christ et broderies or et soies de couleur. xvie siècle.
      — (Union centrale des Beaux-arts appliqués : Quatrième exposition 1874: musée historique du costume, Paris : A. Chaix & Cie, 1874, p.11)
    • Les gants fourrés sont plus gros et plus chauds que les autres, parce qu'ils sont garnis au dedans de fourrures fines ou communes. — (Philippe Macquer, Dictionnaire raisonné universel des arts et métiers, nouvelle édition remise en ordre par l'abbé Jaubert, Lyon : Amable Leroy, 1801, vol.2, page 113)
    • Dans « Remarques sur le rapport de D. Lagache », Lacan donne à penser le corps comme un gant que l'on pourrait retourner, ce qui donne à la peau cette réversibilité à partir des anneaux orificiels : […]. — (Bernard Andrieu, La nouvelle philosophie du corps, Toulouse : éd. Erès, 2002, chap. 5)
  2. Objet qui protège la main.
    • Renaud leva ses bras maigres que les gants de six onces garnissaient comme deux paquets de pansement et sourit. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Les travailleurs chargés de l’oxycoupage et leurs aides découpent jour et nuit des plaques d’acier sans masques, vêtements, gants ou chaussures de protection. — (Paul Bailey, L’impact dans le domaine social et du travail de la mondialisation dans le secteur de la fabrication du matériel de transport, Genève, Bureau International du Travail, 2000, page 154)
  3. (Héraldique) Meuble représentant le vêtement du même nom dans les armoiries. Il est généralement représenté en main droite, vu de dessus (pouce à dextre), avec un léger rabat au niveau du poignet pour éviter la confusion avec la main (autre meuble héraldique). À rapprocher de gantelet, main, dextrochère et senestrochère.
    • D’azur à une tour d’argent flanquée de deux gants d’or ; au franc quartier des villes de seconde classe qui est à dextre d’azur à un N d’or, surmonté d’une étoile rayonnante du même, qui est de la commune de Niort des Deux-Sèvres au Premier Empire → voir illustration « armoiries avec 2 gants »
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GANT. n. m.
Objet d'habillement, qui couvre la main et chaque doigt séparément. Porter des gants. Mettre ses gants. Ôter ses gants. Tailler des gants. Coudre des gants. Des gants glacés. Gants de peau. Gants de daim, de chamois. Gants de fil, de laine, etc. Gants de Suède. Gants fourrés, Ceux qui sont faits de peaux auxquelles on a laissé, dans l'intérieur, le poil ou la laine de l'animal. Fig. et fam., Être souple comme un gant, Être d'une humeur facile et accommodante. Il se dit souvent en mauvaise part, pour signifier Être d'une complaisance servile. On dit aussi Rendre quelqu'un souple comme un gant, Le rendre traitable, de difficile qu'il était. Aller comme un gant signifie, en parlant d'un Vêtement, S'adapter exactement aux formes. Fig., Vous n'en avez pas les gants, se dit pour faire entendre à quelqu'un qu'il n'est pas le premier à donner l'avis, à dire quelque chose, ou à faire la découverte dont il parle. On dit de même Se donner les gants d'une chose, S'en attribuer mal à propos l'honneur, le mérite. Fig., Jeter le gant, Défier quelqu'un au combat. Ramasser le gant, relever le gant, Accepter le défi. Ces phrases s'emploient par allusion à la coutume des anciens chevaliers qui jetaient leur gant ou gantelet, par manière de défi, à ceux contre qui ils voulaient combattre. Fig. et fam., Mettre ou Prendre des gants, Prendre beaucoup de précautions pour faire ou dire une chose sans blesser celui à qui on a affaire. Cet homme est très susceptible : il faudra prendre des gants pour lui faire cette proposition.

Littré (1872-1877)

GANT (gan ; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire ; au pluriel, l's se lie : des gan-z en peau) s. m.
  • 1Partie de l'habillement qui, couvrant la main, couvre aussi chaque doigt séparément. Des gants, blancs. Gants d'homme. Gants de femme. Gants de Grenoble. Gants d'Espagne. Une paire de gants. Gants de cuir ouvrés et non garnis de soie, et gants parfumés d'Espagne, la douzaine de paires payera une livre, Tarif, 18 sept. 1664. Elle avait ôté ses gants, Sévigné, 27. Les gants de Martial [nom d'un marchand] étaient fort à la mode dans ce temps-là, Hamilton, Gramm. 7. Quoi ! Martial fait-il des vers ? je croyais qu'il ne faisait que des gants, Molière, Escarb. I, 16. Il trouva ce conquérant [Charles XII] vêtu d'un habit de gros drap bleu, avec des boutons de cuivre doré, de grosses bottes, des gants de buffle qui lui venaient jusqu'au coude, dans une chambre sans tapisserie, Voltaire, Charles XII, 2.

    Gants de peau, gants de daim, de chamois, gants de chien, gants de fil, gants de soie, de laine, etc. gants faits avec ces différentes matières.

    Gants d'ambre, gants de fleur d'orange, gants de jasmin, gants parfumés avec ces différentes odeurs.

    Gants fourrés, ceux qui sont faits de peaux auxquelles on a laissé, dans l'intérieur, le poil ou la laine de l'animal, ou ceux qui ont à l'intérieur une ouate ou un tricot quelconque recouvert par la peau.

    Gant bourré, gant dont on se sert dans les salles d'escrime.

    Terme de fauconnerie. Gant d'oiseau, gant que le fauconnier met à la main dont il porte l'oiseau.

    Prendre ses gants, se disposer à sortir. Et, voyant arriver chez lui le damoiseau, Prend fort honnêtement ses gants et son manteau, Molière, Éc. des f. I, 1.

    Les gants jaunes, sobriquet donné quelquefois aux dandys.

  • 2Jeter le gant, se disait autrefois d'un chevalier qui jetait effectivement son gant quand il défiait au combat un autre chevalier, qui, le relevant, acceptait le combat. Le roi [Charles VI] voulait empêcher ses chevaliers de relever le gant et de ressentir ces insultes particulières, Chateaubriand, Génie, IV, V, 4.

    Fig. Aujourd'hui, jeter le gant, défier quelqu'un au combat ou à toute autre lutte.

    Relever, ramasser le gant, accepter le défi.

  • 3 Fig. et familièrement. Être souple comme un gant, être d'une humeur facile, accommodante, se laisser manier sans peine. Voyez, elle se rend Plus douce qu'une épouse et plus souple qu'un gant, Corneille, le Ment. IV, 6. Tout vous rit, votre femme est souple comme un gant, La Fontaine, Coupe.

    Être souple comme un gant, se dit souvent en mauvaise part, en parlant d'une complaisance servile.

    Rendre quelqu'un souple comme un gant, le rendre traitable, de difficile qu'il était.

  • 4 Au plur. Gants se disait jadis pour bonne main, et se dit encore en quelques circonstances quand il s'agit de femmes ; locution qui vient de l'Espagne où l'on donne pour avoir des gants, para guantes, tandis qu'en France on donne pour boire. On dit en proverbe, quand un homme apporte une nouvelle qu'on sait déjà, qu'il n'aura pas les gants, pour : le présent qu'on donne aux messagers qui apportent quelque bonne nouvelle, Furetière, Dict.

    Fig. Avoir les gants d'une chose, en avoir la première idée, ou le mérite, ou le profit. M. de Bouillon me dit que je ne devais pas avoir au moins seul les gants de ma proposition, Retz, II, 388.

    En un sens contraire. Vous n'en avez pas les gants. …C'était pièce assez fine Pour en devoir l'exemple à d'autres gens ; J'ai grand regret de n'en avoir les gants, La Fontaine, Troq. Certainement il n'y a que l'art, et la nature est une chimère ; vous avez raison, me répondit M. Sidrac ; mais vous n'en avez pas les gants, cela a été dit, Voltaire, Oreilles, 2.

    Avoir les gants d'une chose, c'est, proprement, recevoir la gratification d'une chose qu'on annonce, et n'avoir pas les gants d'une chose, c'est ne pas recevoir la gratification pour une chose qu'on annonce, attendu qu'elle a déjà été annoncée.

    Se donner les gants d'une chose, s'en attribuer l'honneur mal à propos. Se donner les gants de quelque chose : l'espagnol n'a pas cette expression ; le français a saisi d'abord le ridicule de la hâblerie, et l'a caractérisé par l'image d'un homme qui s'offre à lui-même un pourboire, Génin, Récréat. t. I, p. 415.

  • 5Elle a perdu ses gants, s'est dit jadis, dans un langage libre, d'une fille qui a perdu sa virginité. Ceux de son temps disent que, la première fois qu'elle sortit du logis, elle trouva à dire ses gants et son pucelage, Guez de Balzac, liv. III, lett. 16. Mainte fille a perdu ses gants, Et femme au retour s'est trouvée, Qui ne sait la plupart du temps Comme la chose est arrivée, La Fontaine, Fianc.
  • 6Fil à gants, espèce de fil bis ou écru que l'on tirait de Lille.
  • 7Gant de Notre-Dame, nom de différentes plantes : ancolie, digitale, gantelée.

PROVERBES

L'amitié passe le gant, se disait lorsqu'en se saluant on se touchait la main sans se donner le loisir de se déganter par politesse ; le sens est : l'amitié permet le gant.

Cela me va comme un gant, c'est-à-dire très bien, parce que les gants doivent être très justes.

HISTORIQUE

XIe s. Livrez m'en ores le guant et le baston [signes qu'on chargeait quelqu'un d'un message], Ch. de Rol. XVII.

XIIIe s. Ot ambdeus [les deux] cousues ses manches, Et, pour garder que ses mains blanches Ne halaissent, ot uns blans gans, la Rose, 565. Il y a tex [telles] viles là où on ne doit que deus deniers de saisine… et de teles où on doit trois deniers de gans ou douze deniers de vin, Beaumanoir, XXVII, 6. Aus festes et aus diemanches, Ne metoit ganz, ne vestoit manches, Tant que midis estoit passez, Rutebeuf, II, 164.

XIVe s. Ainsi, sans coup ferir, ne sans perdre un seul gant [un seul homme], Arons-nous des pourceaux assez de remenant, Guesclin. Variante du vers 1220. Quarante huit boutons d'or pour deux paires de gants de chien, couvers de chevrotin, garnis au bout de IV boutons de perles, De Laborde, Émaux, p. 327.

XVe s. Uns autres petits gants à prelat, de broderie sur champ d'or, et sont tous plains à esmaux, et y faut plusieurs perles, De Laborde, ib. Ceux du Franc de Bruges estoient armés… d'hauquetons et de gands de baleine, Froissart, II, II, 193. Dangier, je vous gecte mon gant… Car vous m'avez mainte saison Fait douleur à tort endurer, Orléans, Ball. 43. Ung petit paquet de gans de Parpeignan à usaige de femme, Bibl. des ch. 6e série, t. I, p. 363.

XVIe s. Quand les seigneurs investissoient et ensaisinoient les acquereurs de quelque fond, ils se servoient toujours de gans qui restoient au sergent des seigneurs, et dans la suite, ces formalitez s'estant abolies, les gants ont esté dus aux sergents en argent et ont fait partie des droits seigneuriaux, Laurière, Gloss. du droit fr. L'espée et le coustel et lance pour jouster, et riche bacinet, et gans à broiches de fer qui bien faisoient à doubter, Menard, Hist. de du Guesclin, p. 55, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

GANT. Ajoutez :
8Les gants jaunes, les hommes qui portent des gants jaunes, les muscadins. Les gants jaunes, selon l'expression d'un journaliste du temps, applaudissaient à la résistance, E. Ténot, Paris en décembre 1851, p. 220.
9 Fig. Les gants en la main, mollement, sans force ni énergie. L'entreprise n'est point petite ; il y faut aller d'autre façon que les gants en la main, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* GANT, s. m. (Art méchan.) espece de vêtement d’hyver, destiné à défendre les mains du froid. Les anciens en ont eu qu’ils appelloient chiroteques. Ils étoient de cuir fort. Les paysans s’en servirent pour se garantir les mains de la piquûre des épines ; ensuite le reste de la nation en prit en hyver contre le froid. Il y en avoit de deux especes. Les uns étoient sans doigts, & les autres avec des doigts. On les fit de drap, & on les garnit quelquefois par les bords avec de la soie. Les gants s’introduisirent dans l’Eglise vers le moyen âge. Les prêtres en porterent en célébrant. Le don du gant marqua le transport de propriété. Le gant jetté fut un cartel ; le gant relevé, un cartel accepté. Il étoit autrefois défendu aux juges royaux de siéger les mains gantées, & aujourd’hui on n’entre ni dans la grande ni dans la petite écurie du Roi, sans se déganter.

Les gants se font de peaux d’animaux passées en huile ou en mégie. Voyez l’article Mégissier. Ces peaux sont celles du chamois, de la chevre, du mouton, de l’agneau, du daim, du cerf, de l’élan, &c. On fait des gants à l’aiguille ou sur le métier, avec la soie, le fil, le coton, &c. Il y en a de velours, de satin, de taffetas, de toile, & d’autres étoffes.

Ce sont les Gantiers qui fabriquent les gants de peau, les Bonnetiers qui font les gants au tricot & à l’aiguille, & les marchands de modes qui vendent les gants d’étoffes & autres.

Voici le travail du Gantier. Cette profession est une de celles qui exigent le plus de propreté. Les instrumens de cet ouvrier sont le ciseau de Tailleur, ou la force ; le couteau à doler, le tourne-gant, &c.

Le Gantier ne prépare point ses peaux, il les prend chez le mégissier ; il doit seulement apporter quelques précautions dans l’achat qu’il en fait, sur tout lorsque la partie de peaux qu’il achete est considérable. On les lui présente en douzaine, sans être parées. Celui qui les lui vend, répand toûjours deux ou trois peaux de rebut sur chaque douzaine de peaux de recette. Le gantier intelligent en fera le triage, & les achetera séparément ; ou il les examinera bien avant que de les prendre, comme on dit, les unes dans les autres, & il comptera le plus exactement qu’il lui sera possible ce qu’elles peuvent toutes lui fournir d’ouvrage. Toute peau percée est censée de rebut, quoique le gantier habile puisse assez souvent en tirer le même parti que si elle n’avoit aucun défaut. Son art doit alors consister à placer dans la coupe les trous entre les fentes des doigts, ou à l’enlevûre qui se pratique pour le pouce de la main.

Le gantier commence par faire parer ses peaux, ou à en ôter le pelun. S’il a à couper des chevreaux en blanc, & que ces peaux soient un peu plus épaisses au dos qu’à la tête, ou sur les flancs, il commence par lever une petite lisiere de la seconde peau, vers la tête. A l’aide de son pouce & de son ongle, il suit la coupe de cette portion de sa peau dans toute sa longueur. C’est ainsi qu’il la rend d’égale épaisseur, & plus maniable. C’est ce qu’on appelle effleurer à la main. Cela fait, il a une brosse de crins rudes ; il brosse chacune de ses peaux du côté de la chair, pour en ôter ce qu’il peut y avoir de crasse & de velu. Il range toûjours ses peaux la fleur sur la chair. Il en place un grand nombre sur une table bien nettoyée. Il a une éponge qu’il trempe dans de l’eau fraîche. Il passe cette éponge le plus legerement qu’il peut sur chaque peau. Il prend sa peau par les pattes de derriere ; il la retourne, & l’étend sur une autre table du côté où elle a été mise en humide, sur la fleur. Il éponge une seconde peau qu’il étend sur la premiere, chair contre chair. Il en éponge une troisieme qu’il étend sur la seconde, fleur contre fleur, & ainsi de suite, un côté humide d’une peau toûjours sur un côté humide de la suivante, & la chair de l’une toûjours contre la chair d’une autre.

Après cette premiere manœuvre, il roule toutes ses peaux & en fait un paquet rond, ce qu’il appelle les mettre en pompe. Il les tient dans cet état jusqu’à ce qu’il soit assure que ses peaux ont bû assez d’eau. Alors il ouvre le paquet. Il prend une de ces peaux qui a conservé un peu de son humidité. Il tire la tête à deux mains, l’étend & la met sur son large ; il continue de la manier ainsi & mettre sur son large de la tête à la culée, & il cherche à en tirer le plus d’ouvrage qu’il est possible. C’est l’étendue de la peau qui décidera de la longueur des gants. Si l’ouvrier est un mal-adroit, & que sa coupe soit mal entendue, il perd beaucoup, & les ouvriers disent alors que les forces ont dîné avant le maître.

Après qu’il a tiré la peau sur son large, il la manie & la tire sur son long ; il la dépece, & donne à ses étavillons la forme & les dimensions convenables. On appelle étavillons, les grandes pieces d’un gant coupé. Il renferme ses étavillons dans une nape, où ils conservent encore un peu de leur humidité, jusqu’à ce qu’il puisse les dresser. Il les assortit de pouces & de fourchettes. Il observe de donner à la peau du pouce un peu plus d’épaisseur qu’à celle de l’étavillon, & un peu moins à la fourchette. Il colle ses fourchettes trois à trois les unes sur les autres. Il reprend les étavillons, les dresse, les fend ; observant que la fente du milieu détermine la longueur & les autres dimensions du gant. La fente est d’autant plus longue que le gant doit être plus large, & les fentes suivent l’ordre de celles des doigts de la main ; c’est-à-dire que la fente du premier au second doigt est un peu moins profonde que celle du second au troisieme, celle-ci un peu moins profonde que celle du troisieme au quatrieme, & cette derniere un peu moins profonde que celle du quatrieme au cinquieme. Il faut les dégager toutes, selon la douceur de la peau.

Vos enlevûres faites à une distance proportionnée pour placer le pouce, vous pratiquez vos arriere-fentes ; vous repliez votre étavillon ; vous posez le pouce ; vous donnez aux doigts leur longueur ; vous les rafilez ; vous posez les pieces aux rebras ; vous pliez votre gant en deux ; vous le garnissez de ses fourchettes, & vous l’envoyez à la couturiere.

Les gants se cousent avec de la soie, ou avec une sorte de fil très-fort qu’on appelle fil à gant.

Il ne faut perdre ni le pelun ni les retailles ; le pelun se vend aux Tissiers ; les retailles de peaux blanches, aux Blanchisseurs de murailles.

Les gants, au retour de chez la couturiere, sont vergettés paire par paire avec une brosse qui ne soit ni dure ni molle ; dure, elle endommageroit la couture ; molle, elle ne nettoyeroit pas. On prend ensuite du blanc d’Espagne, & non de la céruse, qui brûle la peau. On en répand avec la brosse sur toute la surface du gant. On fait prendre ce blanc à la peau. On ôte le superflu en battant les gants par un tems sec, sur une escabelle, six paires à six paires, jusqu’à ce qu’ils n’en rendent plus. On les brosse, & alors les gants sont prêts à être gommés.

Pour cet effet, ayez de la gomme adragant la plus blanche & la plus pure ; deux ou trois jours avant le blanchissage, versez sur cette gomme un peu d’eau ; que l’eau couvre à peine la gomme. A mesure que la gomme se dissout, ajoûtez de l’eau : quand votre gomme sera bien fluide, passez-la à-travers un linge blanc & serré ; recevez la gomme passée dans un petit pot de fayence bien net ; foüettez-la avec des verges ; à-mesure que vous la foüettez, elle blanchit & s’épaissit : redélayez-la par une petite addition d’eau. Quand elle vous paroît avoir une consistence legere, étendez votre gant sur un marbre, trempez dans la gomme dissoute une éponge fine, & gommez votre gant à toute sa surface : c’est ainsi que vous y attacherez le blanc qu’il a reçû.

A mesure que vous gommez, vous jettez les gants, paire par paire, sur une petite ficelle tendue : quand ils sont à moitié secs, vous les pliez en deux ; vous les dressez, vous veillez à ce qu’il ne s’y forme point d’écailles, c’est-à-dire qu’il n’y ait point d’endroits où la gomme paroisse : vous les renformez sur le large ; vous les dressez encore ; vous les rétendez sur les cordeaux, d’où vous les portez au magasin.

La premiere fois qu’on les dresse au sortir de dessus le cordeau, il faut qu’ils soient encore humides. Si les gants gommés étoient trop secs, il seroit impossible de les bien dresser : alors il faudroit les tenir en presse pendant vingt quatre heures, avant que de les mettre en paquets.

Lorsqu’il s’agit de mettre des peaux de chamois en humide, on se contente de les exposer au brouillard pendant quelques heures. ou de les suspendre en un lieu frais ; elles y prendront assez d’eau.

Tout ce que nous venons de dire des peaux d’agneaux ou de moutons, doit s’entendre des autres : seulement s’il arrivoit qu’on eût à en employer de trop épaisses, on se serviroit du couteau à doler, pour les rendre plus minces en tout ou en partie.

Il y a un grand nombre de sortes de gants ; ceux de canepin sont faits de la superficie déliée qu’on enleve de la peau des agneaux & chevreaux passés en mégie : on en fait aisément tenir la paire dans une coque de noix.

Les gants de Blois sont de peaux de chevreaux bien choisies, & sont cousus à l’angloise ; ils portent le nom de la ville d’où on les tire.

Les Parfumeurs appellent gants de castor des gants de peau de chamois ou de chevre, apprêtée d’une maniere si douce qu’on peut aisément s’y tromper.

Le gant de Fauconnier est un gros ouvrage fait de peau de cerf ou de bufle qui couvre la main & la moitié du bras ; on le fait de peau forte, pour garantir de la serre de l’oiseau.

On appelle gants fournis ceux qui sont faits de peaux auxquelles on a laissé pour le dedans du gant le poil ou la laine de l’animal.

Les Parfumeurs préparent les gants glacés, de la maniere suivante : ils battent des jaunes d’œuf avec de l’huile d’olive ; ils arrosent ensuite le mélange d’esprit-de-vin & d’eau, & passent les gants dans ce mélange, du côté de la chair. Cela fait, ils reprennent du même mélange, mais sans eau, & ils foulent les gants pendant un quart-d’heure.

Les gants se parfument d’une maniere assez simple ; en les tenant enfermés bien exactement dans des boîtes, avec les odeurs qu’on veut qu’ils prennent.

Gants, (Droit coûtumier.) droit seigneurial qui dans la plûpart de nos coûtumes, est dû à chaque mutation ; ce droit est reglé à une petite somme, savoir deux sous en quelques lieux, & en d’autres, quatre deniers, qui suivant la coûtume de Dunois, art. 36. doivent être payés par l’acheteur, huit jours après le contrat de vente. Je n’en savois guere davantage sur ce terme de coûtume : mais M. Aubert, dans ses additions au Richelet, m’a éclairé completement & agréablement : je vais transcrire sa glose, pour n’y pas renvoyer le lecteur.

« Le droit de gants, dit-il, est ancien, selon Galant, dans son traité du franc-alleu : il est dit dans la coûtume de Lorris, art. 4. tit. des cens, &c. aucunes censives sort à droit de lods & ventes, les autres, à gants & ventes. Les coûtumes d’Orléans, art. 106. de Chartres, art. 47. & plusieurs autres, s’expliquent de même ; & Boutillier, dans sa somme, ch. v. en fait mention en ces termes : gants blancs pour les deux livres de tenure ».

Ces gants étoient une reconnoissance de l’investiture accordée par le seigneur au nouvel acquéreur. La tradition réelle se faisoit autrefois de différentes manieres, ou par un fétu de bois ou de paille, ou par un morceau de terre, ou par des gants, que le seigneur féodal recevoit comme une marque de la gratitude de son vassal, ou de son emphitéote : on en voit la formule dans Marculphe ; & l’on seroit sans doute ennuyeux, si l’on rapportoit ici toutes les preuves que l’on trouve dans plusieurs auteurs de cet ancien usage. Je me contenterai, ajoûte M. Aubert, de ces endroit du loman de la Rose, où l’amante parle :

Vienne, dit-elle, à point aux gants.

L’amant répond,

Aux gants, dame, ains vous dis sans lobe,
Que vous aurez mantel & robe.

Le glossaire latin de Ducange est à consulter sur le fréquent usage de la délivrance d’un gant, pour marque de l’investiture. Si aliquam territorii partem, dit une loi anglo-saxonne, venundari contigerit, domini venditiones (les ventes) habebunt, scilicet tot denarios quot venditor indè habuerit solidos : major verò terræ illius, pro wantis (les gants) accipiet duos denarios. Il arriva de cette loi, que les gants devinrent un droit personnel au baili du fief du seigneur : de-là s’établit encore la coûtume, dans la plûpart des marchés, de donner aux domestiques de l’argent pour une paire de gants. (D. J.)

Gants de Notre-Dame, digitalis, (Botan.) Voyez Digitale.

Gants de Notre-Dame, aquilegia, (Botan.) Voyez Ancolie.

Gant, (Géog.) bourg de France dans le Béarn, à deux lieues de la ville de Pau : nous n’en parlons que parce qu’il est la patrie de M. de Marca (Pierre), un des plus célebres prélats de l’église gallicane. On fait qu’après avoir été conseiller d’état & marié, il eut plusieurs enfans, devint veuf, & entra dans l’église ; obtint l’archevêché de Toulouse ; & étoit nommé à celui de Paris, lorsqu’il mourut en 1662, âgé de 68 ans. Son livre, intitulé Marca hispanica, est plein de savantes observations géographiques ; & son traité de la concorde de l’empire & du sacerdoce, de concordiâ sacerdotii & imperii, est très estimé ; il faut l’avoir de l’édition de M. Baluze. Enfin son histoire de Béarn est la meilleure que nous ayons. L’abbé Faget a écrit la vie de M. de Marca ; on peut la consulter. (D. J.)

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Étymologie de « gant »

Provenç. gan, guan ; catal. guant ; espagn. guante ; ital. guanto ; bas-lat. wantus, dans un texte de Bède ; du germanique : suédois, wante, anc. scand. vöttr.

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(1080) De l’ancien français guant (Chanson de Roland), issu du vieux-francique *want « moufle, mitaine », d’abord dans le vocabulaire militaire.
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Phonétique du mot « gant »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
gant gãnt

Évolution historique de l’usage du mot « gant »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « gant »

  • Quand il gèle et qu’on n’a pas de gants, on supporte l’alliance. De José Artur
  • La main de Dieu nous paraît souvent rude parce qu'il traite ses amis débiles avec un gant de crin. De Pierre Reverdy / Le gant de crin
  • Les dangers de la vie font sa valeur. Le héros est celui qui relève le gant quand toutes les chances sont contre lui. De Eschyle
  • La vie n'est pas raffinée. La vie ne se prend pas avec des gants. De Romain Rolland / Jean-Christophe
  • Elle me prenait gentiment la main et moi que voyais-je ? Une main molle, blanchâtre, avec la consistance d’un gant Mappa. De Frédéric Beigbeder / L’Amour dure trois ans
  • Avec quelqu’un de très sale, il ne suffit pas de passer un savon, il faut prendre des gants. De José Artur
  • On a mal regardé la vie, quand on n'a pas aussi vu la main qui tue en gant de velours. De Friedrich Nietzsche / Par-delà bien et mal, 1886
  • Des vers, c'est de la prose avec des gants et des bretelles américaines ; c'est de la prose qui pose, qui fait plastron comme un invité en soirée. De Jules Renard / Journal 1887-1892
  • Ces grands airs arrogants ! - Un hobereau qui... qui... n’a même pas de gants ! - Et qui sort sans rubans, sans bouffettes, sans ganses ! De Edmond Rostand / Cyrano de Bergerac
  • Mettez-vous du coton dans les oreilles et des cailloux dans vos chaussures. Enfilez des gants de caoutchouc et barbouillez vos lunettes de vaseline. Et ça y est, vous y voilà : en un instant, vous êtes devenu vieux. De Malcolm Cowley
  • Ne croyez pas les mains sans les gants plus robustes que les autres. De Gustave Flaubert / Par les champs et par les grèves
  • Une conversation ressemble à un échange de balles : un bon partenaire vous envoie la balle droit dans le gant, de sorte qu'il est presque impossible de la rater ; quand c'est à lui de recevoir, il rattrape tout ce qui arrive de son côté. De Paul Auster / Moon Palace
  • Si les chats portaient des gants ils n'attraperaient pas de souris. De Proverbe hindou
  • Vous n'êtes que le gant, et moi je suis la main. Victor Hugo, Ruy Blas, III, 5, Don Salluste
  • Choisis ta femme avec un gant de velours, et garde-la avec un gant de fer. De Proverbe tchèque
  • Le rire est le propre de l’homme et je suis son gant de toilette. De Smaïn / Sur la vie de ma mère
  • Après les difficultés d’approvisionnement en masques pendant l’épidémie de coronavirus, c’est au tour des gants de devenir une denrée rare… La semaine dernière, le syndicat CGT Santé a alerté la direction de l’hôpital d’Albi sur « la situation extrêmement tendue » à laquelle font face les personnels. « Ça représente une situation très anxiogène et des risques que les agents ne soient pas suffisamment protégés », affirme Brigitte Laroche, déléguée départementale. « On a besoin de savoir quand est-ce qu’on va recevoir les boîtes de gants. » ladepeche.fr, Coronavirus : tensions sur les stocks de gants dans le Tarn - ladepeche.fr
  • Autrement dit, avec ce gant équipé, celles et ceux qui utilisent la langue des signes peuvent “parler” à celles et ceux qui ne comprennent pas cette langue. Selon Jun Chen, professeur assistant de bio-ingénierie, “notre espoir est que cela offre un moyen facile aux gens qui utilisent la langue des signes de communiquer avec ceux qui ne signent pas sans avoir besoin de traducteur.” Et de préciser : “De plus, nous espérons que cela pourra aider davantage de personnes à apprendre la langue des signes.” Begeek.fr, Ce gant traduit la langue des signes en anglais en temps réel
  • Le système comprend une paire de gants avec des capteurs minces et extensibles qui parcourent la longueur de chacun des cinq doigts. Ces capteurs, fabriqués à partir de fils électriquement conducteurs, captent les mouvements de la main et le placement des doigts qui représentent des lettres, des chiffres , des mots et des phrases individuels . Mode in Textile, Ce gant intelligent traduit la langue des signes en discours en temps réel
  • La Malaisie est le plus gros fournisseur mondial de gants en latex. Les mesures sanitaires imposées par la pandémie de Covid-19 ont permis aux industriels de s’enrichir, rapporte Bloomberg. Courrier international, En Malaisie, l’industrie des gants en caoutchouc fabrique des milliardaires
  • Le photographe japonais Koji Ishii prend en photo un gant perdu, le 25 mai 2020 à Tokyo Courrier picard, Balade à Tokyo avec un amoureux des gants perdus
  • Et soudain, Ricardo ressent le besoin urgent de retirer ses gants. Une brutale allergie au cuir ? Un hommage à ses camarades du handball ? Même pas. Face à lui, l’Anglais Darius Vassell pose son ballon, l’air inquiet et interloqué. Après avoir vu filer la frappe de David Beckham dans le ciel de Lisbonne et du stade de la Luz ce 24 juin 2004, Ricardo est allé chercher le ballon au fond de ses filets sur les cinq tirs au but suivants. Alors, une voix lui ordonne de changer sa routine. « Elle m’a dit : “Ricardo, tu dois faire quelque chose pour modifier le cours des événements. Tu dois arrêter ce penalty pour mettre un terme à la souffrance des gens.” Alors j’ai enlevé mes gants et j’ai arrêté le tir à mains nues. » Le Monde.fr, Retour sur... Portugal – Angleterre 2004 et les aventures du gardien sans gants
  • Footjoy présente sa nouvelle gamme de gants de golf 2020, authentique et innovante elle est axée sur la performance et la qualité. Swing Féminin, FootJoy : présente une nouvelle gamme 2020 de gants de golf

Images d'illustration du mot « gant »

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Traductions du mot « gant »

Langue Traduction
Anglais glove
Espagnol guante
Italien guanto
Allemand handschuh
Chinois 手套
Arabe قفاز
Portugais luva
Russe перчатка
Japonais グローブ
Basque eskularru
Corse guanti
Source : Google Translate API

Synonymes de « gant »

Source : synonymes de gant sur lebonsynonyme.fr

Gant

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