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Fossile

Définitions du mot « fossile »

Trésor de la Langue Française informatisé

FOSSILE, adj.

A.− GÉOLOGIE
1. Vx. [En parlant de certaines substances qui proviennent soit de la terre, soit d'une autre source] Qui est extrait du sein de la terre. Charbon, sel fossile.
Emploi subst. Toute substance que l'on extrait de la terre :
1. Elle [la terre] renferme dans son sein une multitude de fossiles opaques, dont les couleurs et les formes sont d'une variété infinie. On y distingue surtout les métaux... Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 260.
2. Mod. [En parlant de débris ou d'empreintes de végétaux ou d'animaux] Qui est resté enfoui dans des couches sédimentaires anciennes et s'est conservé, généralement, par pétrification. Bois, ivoire fossile; animaux, coquillages fossiles. Que de fois j'ai ramassé le buccin pétrifié et le corail fossile sur les hauteurs pierreuses de Saint-Joseph, ravinées par l'orage! (Bertrand, Gaspard,1841, p. 48):
2. ... parmi les débris fossiles qu'on trouve de tant d'animaux qui ont existé, il y en a un très-grand nombre qui appartiennent à des animaux dont les analogues vivans et parfaitement semblables ne sont pas connus... Lamarck, Philos. zool.,t. 1, 1809, p. 77.
Emploi subst. masc. Vestige de plante ou d'animal conservé à l'état fossile. Fossiles caractéristiques. L'étude des fossiles (Ac.). Il y eut (...) un grand livre à images, traitant du monde antédiluvien. Les fossiles avaient commencé de m'initier aux mystères des créations détruites (Loti, Rom. enf.,1890, p. 233).
3. ... l'être qui a une forme domine les millénaires. Toute forme garde une vie. Le fossile n'est plus simplement un être qui a vécu, c'est un être qui vit encore, endormi dans sa forme. Bachelard, Poét. espace,1957, p. 112.
Spéc. Combustible fossile. Substance combustible provenant de la transformation de matières organiques à l'abri de l'air. La tourbe, la lignite, les charbons, les pétroles et le gaz naturel (...) sont des combustibles fossiles (LemaireEnvir.1975).
P. ext. Qui appartient aux époques géologiques antérieures. Espèce fossile. − L'homme fossile existe, répétait-il, et le voilà! Et il élevait d'un geste triomphant la mâchoire trouvée par Boucher de Perthes à Moulin-Quignon (France, Vie fleur,1922, p. 491):
4. Avec ce vieux monde de cratères affaissés et de volcans éteints, s'est enseveli un monde de nations perdues; race fossile, pour ainsi parler, dont la critique a exhumé et rapproché quelques ossemens. Cette race n'est pas moins que celle des fondateurs de la société italique. Michelet, Hist. romaine,t. 1, 1831, p. 15.
B.− Au fig., fam., péj. [En parlant d'une pers. ou d'une chose] Qui est démodé, dépassé. Littérature fossile; des idées fossiles. C'est une personne fossile (DG). Quelques théoriciens déjà fossiles, quelques idéologues desséchés (Du Bos, Journal,1922, p. 158).Du vieux landau fossile qui devait les reconduire, les deux dames les regardaient de loin (Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 376).
Emploi subst. [En parlant d'une pers.] Dont les idées sont arriérées. M. Alexandre Duval (...) se plaint amèrement d'avoir été traité (...) de « fossile », de « perruque, d'épicier » et d'« académicien » (Musset dsRevue des Deux Mondes,1833, p. 328).C'est un homme moderne [Taine]; moi, je suis un fossile. Il est plein de calme et de raison. Moi, un rien me trouble et m'agite (Flaub., Corresp.,1868, p. 385).
LING. Forme qui n'est plus vivante et n'est représentée dans la langue que sous l'aspect du fixé ou figé (d'apr. Mar. Lex. 1951).
REM. 1.
Fossilifère, adj.Qui renferme des fossiles. Calcaire, gisement, terrain fossilifère. Une couche n'est pas fossilifère sur toute son étendue (Combaluzier, Introd. géol.,1961, p. 113).
2.
Fossilité, subst. fém.,géol. Caractère de ce qui est fossile. On ne s'entendra jamais sur la fossilité, tant qu'on en fera une question chimique au lieu d'une étude géologique (Boucher de P., Antiq. celt.,t. 3, 1847-64, p. 312).
Prononc. et Orth. : [fosil] ou [fɔsil]. [o] ds Dub.; [ɔ] ds Littré, DG (qui transcrivent [ss]), Passy 1914 et Lar. Lang. fr. (cf. aussi Mart. Comment prononce 1913, p. 110); [o] ou [ɔ] ds Barbeau-Rodhe 1930, Pt Rob. et Warn. 1968. Cf. fosse. Le mot est admis ds Ac. 1718-1932. Étymol. et Hist. 1. 1556 adj. « qui peut être extrait de la terre, minéral » (Le Blanc, Trad. de Cardan, fo61 vods Gdf. Compl.); 2. 1713 géol. adj. et subst. (d'apr. Trév. 1732); 3. a) 1827 adj. fam. « vieux, suranné » (Eckstein, Le Catholique, no24, déc., 536 ds Quem. DDL t. 15); b) 1833 subst. désigne gén. une pers. (Musset, loc. cit.). Empr. au lat. class. fossilis « tiré de la terre » (lui-même du supin de fodere, fossum). Fréq. abs. littér. : 231. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 433, b) 468; xxes. : a) 219, b) 229. Bbg. Arickx (I.). Les Orthoépistes sur la sellette. Trav. Ling. Gand. 1972, no3, p. 130. − Dauzat (A.). L'Attraction paron. ds le fr. pop. contemp. Archivum romanicum. 1937, t. 21, p. 20; Ling. fr. 1946, p. 255. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 76, 235. − Quem. DDL t. 3; 5, 12 (s.v. fossilifère).

Wiktionnaire

Adjectif

fossile \fɔ.sil\ masculin et féminin identiques

  1. (Géologie) Qui se tire de la terre.
    • Sel, charbon fossile.
  2. (En particulier) Pétrifié ; fossilisé.
    • Malheureusement nous avons rarement des éléments suffisants pour reconstituer cette histoire avec vraisemblance. Les documents fossiles tertiaires sont assez rares. — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, page 69)
    • En 1845, New York s’ébaudissait devant le squelette d'Hydrargos, « le grand serpent des mers », long de 34 mètres. Albert Koch, qui exhibait sous ce nom le cétacé fossile Basilosaurus, avait pris soin de l’allonger en multipliant ses vertèbres, et l’imposteur fit fortune. — (Bernard Teyssedre, Le Diable et l’Enfer, Albin Michel, 1985, page 179)

Nom commun

fossile \fɔ.sil\ masculin

  1. Reste très ancien d’organisme pétrifié dans une roche sédimentaire.
    • Le professeur Haug,[…], nous signala l’intérêt qu’il y avait à recueillir des ammonites et autres fossiles sur la Terre de Jameson ; ce paradis des géologues, côte Nord de L’Hurry Inlet, était à une vingtaine de milles de la station de Rosenving. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Il faut être académicien, plus mort qu’un fossile, - pour parfaire un dictionnaire, de quelque langue que ce soit. — (Arthur Rimbaud, Lettre à Paul Demeny, 15 mai 1871)
    • Il possédait si bien la carte des fossiles du département qu’il ne donnait jamais un coup de piochon sans exhumer un spécimen rare. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958, p. 70)
    • Pour le démontrer, il suffira donc de découvrir le « chaînon manquant », c'est-à-dire l'espèce qui fera le lien entre le singe et l'Homme. On pensera le découvrir en 1891, avec la mise au jour, à Java, du premier fossile d'Homo erectus. — (Romain Pigeaud, Comment reconstituer la préhistoire ?, EDP Sciences, 2007, éd. numérique : 2013)
  2. (Ironique) Quelqu’un de très arriéré, ou très vieux.
    • C’est égal, je lui dirai : « Vieux crétin, […], j’ai envie de me marier, […], j’ai envie de faire un plongeon dans la misère avec une femme au cou, c’est mon idée, il faut que tu y consentes ! et le vieux fossile consentira. » — (Victor Hugo, Les Misérables : Le vieux cœur et le jeune cœur en présence, 1865)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FOSSILE. adj. des deux genres
. T. d'Histoire naturelle. Qui se tire de la terre. Sel, charbon fossile. Il signifie particulièrement Qui est resté enfoui dans les couches sédimentaires du globe terrestre et qu'on retrouve généralement pétrifié. Animal fossile. Homme fossile. Ivoire fossile. Coquillage fossile. Plante fossile. Bois fossile. Il s'emploie aussi comme nom masculin dans les deux acceptions. L'étude des fossiles. Il y a des fossiles dont on ne retrouve point les analogues parmi les espèces vivantes. Il s'emploie ironiquement pour désigner Quelqu'un de très arriéré.

Littré (1872-1877)

FOSSILE (fo-ssi-l') adj.
  • 1 Terme de géologie. Qui est extrait, qui provient du sein de la terre, en parlant de certaines substances, par opposition à d'autres substances de même espèce qui proviennent d'une autre source. Sel fossile. Charbon fossile.
  • 2Qui est trouvé dans le sein de la terre, en parlant des restes de corps organisés. Bois, plantes, animaux fossiles. Personne ne doute de cette identité de nature entre les coquilles fossiles et les coquilles marines, Buffon, Addit. et corr. Théor. terr. Œuv. t. XII, p. 414, dans POUGENS. Les grands ossements fossiles qu'on déterre dans l'Amérique annoncent qu'elle a possédé autrefois des éléphants, des rhinocéros, et d'autres énormes quadrupèdes dont l'espèce a disparu de cette région, Raynal, Hist. phil. XVII, 3. Mon objet sera d'abord de montrer par quel rapport l'histoire des os fossiles d'animaux terrestres se lie à la théorie de la terre, Cuvier, Révol. p. 10.

    Fig. et par plaisanterie, fossile se dit de ce qui est arriéré, hors de mode. Littérature fossile.

    En ce sens il se dit aussi substantivement. C'est un fossile.

  • 3 S. m. Toute substance qui se tire de la terre, telles que minéraux, roches, etc.

    Particulièrement. Coquilles, plantes, et tous restes de corps organisés que l'on trouve enfouis à différentes profondeurs et incrustés ou imbibés de diverses matières solubles, et qui présentent encore leurs formes primitives malgré leur pétrification.

HISTORIQUE

XVIe s. Les diverses especes de sels et autres choses fossiles, Palissy, 147. Fossiles sont les matieres minerales pour lesquelles recouvrer faut creuser la terre, Palissy, 378.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

FOSSILE, sub. m. (Hist. nat. Minéralogie.) On appelle fossiles en général toutes les substances qui se tirent du sein de la terre. Souvent on se sert indistinctement du nom de fossiles & de celui de minéraux, pour designer les mêmes substances. C’est ainsi que l’usage veut que l’on dise le regne minéral, & non pas le regne fossile. Cette derniere façon de parler seroit pourtant plus exacte, attendu que la signification du mot fossile est plus étendue, & comprend des substances dont les minéraux ne font qu’une classe. Voyez l’article Minéraux.

On distingue deux especes de fossiles, 1°. ceux qui ont été formés dans la terre, & qui lui sont propres ; on les appelle fossiles natifs. Tels sont les terres, les pierres, les pierres précieuses, les crystaux, les métaux, &c. 2°. ceux qui ne sont point propres à la terre, que l’on appelle fossiles étrangers à la terre. Ce sont des corps appartenans, soit au regne minéral, soit au regne vegétal : tels que les coquilles, les ossemens de poissons & de quadrupedes, les bois, les plantes, &c. que l’on trouve ensevelis dans les entrailles de la terre où ils ont été portés accidentellement.

On se sert encore souvent du mot fossile comme d’un adjectif, en le joignant au nom de quelque matiere qui, sans devoir son origine à la terre, se trouve pourtant dans son sein ; & alors l’épithete de fossile sert à la distinguer de celle qui est naturelle, & qui se trouve ailleurs que dans la terre. C’est ainsi que l’on dit de l’ivoire fossile, du bois fossile, des coquilles fossiles, &c.

De tous les phénomenes que présente l’Histoire naturelle, il n’en est point qui ait plus attiré l’attention des Naturalistes, que la prodigieuse quantité de corps étrangers à la terre qui se trouvent ensevelis dans son sein & répandus à sa surface ; ils ont donc fait des hypotheses & hasardé des conjectures, pour expliquer comment ces substances appartenantes originairement à d’autres regnes ont été, pour ainsi dire, dépaysées & transportées dans le regne minéral. Ce qui les a sur-tout frappés, c’est l’énorme quantité de coquilles & de corps marins, dont on rencontre des couches & des amas immenses dans toutes les parties connues de notre globe, souvent à une distance très-grande de la mer, depuis le sommet des plus hautes montagnes jusque dans les lieux les plus profonds de la terre. En effet, sans sortir de l’Europe, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie, &c. nous en fournissent des exemples frappans. Les environs de Paris même nous présentent des carrieres inépuisables de pierres propres à bâtir, qui paroissent uniquement composées de coquilles. En général il y a tout lieu de croire que toutes les terres & pierres calcaires, c’est-à-dire qui sont propres à se changer en chaux par l’action du feu, telles que les marbres, les pierres à chaux, la craie, &c. doivent leur origine à des coquilles qui ont été peu à-peu détruites & décomposées dans le sein de la terre, & à qui un gluten a donné de la liaison, & fait prendre la dureté & la consistance plus ou moins grande que nous y remarquons. Voyez l’article Calcaire.

Ces couches immenses de coquilles fossiles sont toûjours paralleles à l’horison ; quelquefois il y en a plusieurs couches séparées les unes des autres par des lits intermédiaires de terre ou de sable. Il ne paroît point qu’elles ayent été répandues ni jettées au hasard sur les différentes parties de notre continent ; mais il y en a qui se trouvent toûjours ensemble & forment des amas immenses. Il semble que les animaux qui les habitoient ayent vêcu en famille & formé une espece de société. Une chose très-digne de remarque, c’est que suivant les observations des meilleurs naturalistes, les coquilles & corps marins qui se trouvent dans nos pays ne sont point des mers de nos climats ; mais leurs analogues vivans ne se rencontrent que dans les mers des Indes & des pays chauds. Quelques individus qui sont de tous les pays, & que l’on trouve avec ces coquilles, ne prouvent rien contre cette observation générale. Il y en a plusieurs dont les analogues vivans nous sont absolument inconnus : telles sont les cornes d’Ammon, les bélemnites, les anomies, &c. Il en est de même de beaucoup de plantes, de bois, d’ossemens, &c. que l’on trouve enfoüis dans le sein de la terre, & qui ne paroissent pas plus appartenir à nos climats que les coquilles fossiles.

L’on avoit observé déjà dans l’antiquité la plus reculée, que la terre renfermoit un très-grand nombre de corps marins ; cela donna lieu de penser qu’il falloit qu’elle eût autrefois servi de lit à la mer. Il paroît que c’étoit le sentiment de Xénophane fondateur de la secte éléatique ; Hérodote observa les coquilles qui se trouvoient dans les montagnes de l’Egypte, & soupçonna que la mer s’en étoit retirée. Tel fut aussi, suivant le rapport de Strabon, le sentiment d’Eratosthene qui vivoit du tems de Ptolemée Philopator & de Ptolemée Epiphane. On croyoit la même chose du tems d’Ovide, qui dans un passage connu de ses métamorphoses, liv. XV. dit :

Vidi ego, quod fuerat quondam solidissima tellas,
Esse fretum. Vidi factas ex æquore terras,
Et procul à pelago conchæ jacuêre marinæ
. &c.

Ce sentiment fut aussi celui d’Avicenne & des savans arabes ; mais quoiqu’il eût été si universellement répandu parmi les anciens, il fut oublié par la suite ; & les observations d’Histoire naturelle furent entierement négligées parmi nous dans les siecles d’ignorance qui succéderent. Quand on recommença à observer, les savans à qui la philosophie péripatéticienne & les subtilités de l’école avoient fait adopter une façon de raisonner fort bisarre, prétendirent que les coquilles, & autres fossiles étrangers à la terre, avoient été formés par une force plastique (vis plastica) ou par une semence universellement répandue (seminium & vis seminalis). D’où l’on voit qu’ils ne regardoient les corps marins fossiles que comme des jeux de la nature, sans faire attention à la parfaite analogie qui se trouvoit entre ces mêmes corps tirés de l’intérieur de la terre, & d’autres corps de la mer, ou appartenans au regne animal & au regne végétal ; analogie qui eût seule suffi pour les détromper. On sentit cependant qu’il y avoit des corps fossiles auxquels on ne pouvoit point attribuer cette formation, parce qu’on y remarquoit clairement une structure organique : de-là vint, par exemple, l’opinion de quelques auteurs qui ont regarde les ossemens fossiles que l’on trouve dans plusieurs endroits de la terre, comme ayant appartenu aux géans dont parle la Sainte-Ecriture ; cependant un peu de connoissance dans l’Anatomie auroit suffi pour les convaincre que ces ossemens, quelquefois d’une grandeur demesurée, avoient appartenu à des poissons ou à des quadrupedes, & non à des hommes. Ces prétendues forces plastiques & ces explications, quelque absurdes & inintelligibles qu’elles fussent, ont trouvé & trouvent encore aujourd’hui des partisans, parmi lesquels on peut compter Lister, Langius, & beaucoup d’autres naturalistes, éclairés d’ailleurs.

Cependant dès le xvj. siecle plusieurs savans, à la tête desquels on peut mettre Fracastor, en considérant les substances fossiles étrangeres à la terre, trouverent qu’elles avoient une ressemblance si parfaite avec d’autres corps de la nature, qu’ils ne douterent plus que ce ne fût la mer qui les eût apportés sur le continent ; & comme on ne voyoit point de cause plus vraissemblable de ce phénomene que le déluge universel, on lui attribua tous les corps marins qui se trouvent sur notre globe, que ses eaux avoient entierement inondé. Burnet, en suivant le système de Descartes, prétendit expliquer comment cette grande révolution s’étoit faite, & d’où étoit venue l’immense quantité d’eau qui produisit cette catastrophe. L’hypothèse de Burnet, en rendant raison de la maniere dont le déluge avoit pu se faire, n’expliquoit point comment il avoit pu apporter les corps marins que l’on trouve si abondamment répandus sur la terre. Woodward crut remédier & suppléer à ce qui manquoit à la théorie de Burnet par une idée assez ingénieuse, mais qui par malheur ne s’accorde point avec les observations que l’on a eu occasion de faire. Il prétendit que toutes les parties non organisées du globe terrestre avoient été parfaitement détrempées & mises en dissolution par les eaux du déluge universel, & que toutes les substances organisées qui s’y trouvoient, après avoir été quelque tems suspendues dans ces eaux, s’étoient affaissées peu à-peu, & enfin s’étoient précipitées chacune en raison de leur pesanteur spécifique. Ce sentiment fut adopté par un grand nombre de naturalistes, & entr’autres par le célebre Scheuchzer. Cependant il est difficile de concevoir que le tems de la durée du déluge ait suffi pour détremper une masse, telle que le globe de la terre, au point que Woodward le prétend. D’ailleurs l’expérience prouve que les corps marins que l’on trouve dans l’intérieur de la terre, n’y ont point été jettés au hasard, puisqu’il y a des individus qui se trouvent constamment les uns avec les autres. Outre cela, ces corps ne se trouvent point disposés comme étant tombés en raison de leur pesanteur spécifique, puisque souvent on rencontre dans les couches supérieures d’un endroit de la terre des corps marins d’une pesanteur beaucoup plus grande que ceux qui sont au-dessous. Enfin, des corps fort pesans se trouvent quelquefois mêlés avec d’autres qui sont beaucoup plus légers.

Plusieurs naturalistes, sans adopter les sentimens de Burnet sur la cause du déluge, ni l’hypothese de Woodward, n’ont point laissé que de regarder le déluge de Noé comme la cause qui avoit porté les corps étrangers sur la terre ; ils ont cru que par un changement dans la position de l’axe de la terre, la mer pouvoit avoir été jettée avec violence sur le continent qu’elle avoit entierement inondé, & que de cette maniere elle y ayoit apporte les productions & les animaux qui lui sont propres.

On ne peut douter de la réalité du déluge, de quelque voie que Dieu se soit servi pour opérer cette grande révolution ; mais il paroît que, sans s’écarter du respect du au témoignage des saintes Ecritures, il est permis à un naturaliste d’examiner si le déluge a été réellement cause des phénomenes dont nous parlons, sur-tout attendu que la Genese garde un silence profond sur cet article. D’ailleurs rien n’empêche de conjecturer que la terre n’ait, indépendamment du déluge, encore souffert d’autres révolutions. Cela posé, il y a lieu de croire que ce n’est point au déluge dont parle Moyse, qui n’a été que passager, que sont dus les corps marins que l’on trouve dans le sein de la terre. En effet l’énorme quantité de coquilles & de corps marins dont la terre est remplie, les montagnes entieres qui en sont presque uniquement composées, les couches immenses & toujours paralleles de ces coquilles, les carrieres prodigieuses de pierres coquillieres, semblent annoncer un séjour des eaux de la mer très-long & de plusieurs siecles, & non pas une inondation passagere & de quelques mois, telle que fut celle du déluge, suivant la Genese. D’ailleurs si les coquilles fossiles eussent été apportées par une inondation subite & violente, comme celle du déluge, ou par des courans d’eaux, comme quelques auteurs l’ont prétendu, tous ces corps auroient été jettés confusément sur la surface de la terre ; ce qui est contraire aux observations, comme nous l’avons dejà remarque. Enfin s’ils avoient été apportés de cette maniere, on devroit plutôt les trouver dans le fond des vallées que dans les montagnes ; cependant on trouve presque toûjours le contraire. On voit par tout ce qui vient d’être dit, que le sentiment le plus probable est celui des Anciens qui ont cru que la mer avoit autrefois occupé le continent que nous habitons. Tout autre système est sujet à des difficultés invincibles, & dont il est impossible de se tirer.

Il seroit trop long d’entrer dans le détail des fossiles étrangers à la terre : les principaux sont, comme on l’a déjà remarqué, les coquilles de toute espece, qui sont quelquefois si bien conservées, que l’on y remarque un émail aussi brillant & la même vivacité de couleurs, que dans celles qu’on vient de tirer de la mer ; d’autres fois elles sont plus ou moins détruites & décomposées : on en trouve qui sont comme rongées des vers & percées d’une infinité de trous ; d’autres enfin sont si parfaitement détruites, qu’il est impossible d’y remarquer aucune trace de structure organique. Les ouvrages d’une infinité de naturalistes sont remplis de descriptions de ces corps marins, & plusieurs ont fait l’énumération de ceux qui se rencontroient dans les différens pays qu’ils habitoient. M. Rouelle, de l’académie royale des Sciences, fait espérer un ouvrage sur la matiere dont nous parlons : c’est le fruit de ses recherches & des observations qu’il a eu occasion de faire dans un grand nombre de voyages qu’il a entrepris dans le dessein de vérifier ses soupçons. Cet habile naturaliste ayant remarqué que certains corps marins se trouvent toujours constamment ensemble dans de certains endroits, pense qu’il est plus naturel & plus commode de diviser les coquilles fossiles par familles ou par classes qu’il nomme amas ; il compte donc décrire les individus qui se trouvent toûjours ensemble dans un même amas, & en donner les figures, & prouver que certains coquillages, quoique de différentes especes, vivent toûjours constamment ensemble dans certains endroits de la mer, & forment une espece de société semblable à celle que l’on remarque dans quelques animaux terrestres, & dans un grand nombre de plantes qui croissent dans le voisinage les unes des autres. Cette méthode ne peut qu’être infiniment avantageuse, en ce qu’elle épargnera beaucoup de recherches inutiles, & facilitera la description des fossiles d’un district ; puisque, sans entrer dans le détail minutieux de toutes les coquilles qu’on trouvera dans un tel district, & s’exposer par-là à redire ce qui a déjà cent fois été dit par d’autres, il suffira de connoître deux ou trois des individus qui s’y rencontrent, pour savoir quelles sont les autres coquilles qui s’y doivent encore trouver. Si par hasard il en étoit échappé quelques-unes à l’auteur, on pourroit aisément donner par supplément celles qu’il n’auroit point décrites, ou celles qui dans de certains pays feroient des exceptions à la regle générale. Ces avantages joints à un grand nombre d’autres observations intéressantes, doivent faire desirer à tous les curieux d’être bien-tôt mis en possession de l’ouvrage de M. Roüelle.

Outre les corps marins, tels que les coquilles, madrépores, &c. il se trouve encore beaucoup d’autres fossiles étrangers dans les entrailles de la terre : tels sont les dents de poissons ou glossopetres, les ossemens d’animaux, soit pétrifiés, soit dans leur état naturel, c’est-à-dire sans avoir souffert de décomposition, des bois, des plantes, &c. Voyez Figurées (pierres), Pétrifications, Deluge, &c. (—)

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Étymologie de « fossile »

Lat. fossilis, de fossum, supin de fodere, fouir.

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Du latin fossilis (« tiré de la terre »), dérive de fodio (« fouir, creuser »). Apparenté à fosse.
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Phonétique du mot « fossile »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
fossile fɔsil

Évolution historique de l’usage du mot « fossile »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « fossile »

  • Les gens qui croient que tout est facile, Ce sont toujours de vieux fossiles. De Jacques Dutronc / Le plus difficile
  • Des paléontologues argentins ont découvert des restes fossiles d'un poisson géant qui a vécu au même moment que les dinosaures, il y a 70 millions d'années, en Patagonie, au sud de l'Argentine, a annoncé lundi une équipe scientifique. Dans un communiqué, l'équipe fait état de la découverte des "restes d'un poisson qui dépassait les 6 mètres de longueur". , Un fossile de poisson géant découvert en Argentine
  • Un paléoanthropologue a réussi à extraire des fossiles sonores de peintures rupestres. Ces sons préhistoriques nous projettent au cœur de la légende de Tsinaka, qui serait la plus ancienne histoire de l’Humanité. Cette découverte fait la Une du magazine scientifique "Nature". France Culture, Fossile sonore
  • Le plus vieil œuf fossile découvert en Antarctique aurait été pondu par un reptile marin de l’époque des tyrannosaures Courrier picard, Un œuf fossile de 66 millions d’années livre ses secrets
  • Contrairement aux énergies vertes (les énergies renouvelables comme les énergies solaires, éoliennes ou hydrauliques), le gaz naturel, combustible fossile, est une bonne énergie “de transition”. “Il émet 20% de dioxyde de carbone de moins que le pétrole et 40% de moins que le charbon, ce qui en fait le combustible fossile le plus propre”, souligne Mirabaud Securities. En remplaçant les centrales électriques au charbon par celles au gaz naturel, les pays peuvent réduire leurs émissions. Capital.fr, Pourquoi Warren Buffett mise gros sur le gaz naturel - Capital.fr
  • Photographie de la larve de cigale fossile incluse dans l’opale. Sciences et Avenir, Découverte d'une cigale dans une opale - Sciences et Avenir
  • Aujourd’hui, chaque source d’énergie est évaluée sous le prisme de ses émissions de gaz à effet de serre et conséquences climatiques induites. Or, toute production d’énergie est assortie d’émissions, que cela soit au cours de son exploitation ou cycle de vie. De nombreux experts estiment que le gaz naturel est la plus verte des énergies fossiles. Elle garantirait la transition d’un mix énergétique reposant sur le charbon et le pétrole vers un mix plus équilibré et moins polluant. Pour rappel, le gaz naturel émet 20% de CO2 de moins que le pétrole et 40% de CO2 de moins que le charbon. Toutefois, le gaz naturel et notamment le gaz naturel liquéfié s’accompagnent d’émissions de CO2 et de méthane, qui ne sont pas sans risques pour le réchauffement climatique. Si l’on compte en termes de molécules, pour 100 molécules extraites au niveau d’un gisement de gaz, 90 seront livrées au consommateur final. Il y a environ 10% de pertes sur l’ensemble de la chaîne (production, traitement, liquéfaction, transport, regazéification et distribution). Forbes France, Le GNL : L’Énergie Fossile De Demain ? | Forbes France
  • C’est le genre de trouvaille qu’on ne fait pas tous les jours ! Un énorme fossile d’ammonite pesant un peu plus de 96 kilos et mesurant environ 55 centimètres de diamètre a récemment été découvert à Chale Bay, sur l’île de Wight (sud de l’Angleterre), par les étudiants universitaires Jack Wonfor, 19 ans, et Theo Vickers, 21 ans. Un record pour la région Sciencepost, Deux étudiants découvrent un énorme fossile d'ammonite de 96 kg en Angleterre

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Traductions du mot « fossile »

Langue Traduction
Anglais fossil
Espagnol fósil
Italien fossile
Allemand fossil
Chinois 化石
Arabe حفرية
Portugais fóssil
Russe ископаемое
Japonais 化石
Basque fosila
Corse fossili
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Synonymes de « fossile »

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Antonymes de « fossile »

Fossile

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