Corps : définition de corps


Corps : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

CORPS, subst. masc.

I.− [Chez les êtres vivants organisés] Ensemble des parties matérielles constituant l'organisme, siège des fonctions physiologiques et, chez les êtres animés, siège de la vie animale. Mon corps avec ses diverses parties et ses divers organes est un, quoique composé (Senancour, Rêveries,1799, p. 174).Les végétaux sont des corps vivans organisés (Lamarck, Philos. zool.,t. 1, 1809, p. 387):
1. ... celui qui voit le corps de l'homme et ses mouvemens, voit l'homme autant qu'il peut être vu, quoique le principe de ses mouvemens, de sa vie et de son intelligence reste caché... Dupuis, Abr. de l'orig. de tous les cultes,préf., 1796, p. 5.
2. ... la substance de tout corps animal permet à la cause excitatrice d'y établir un orgasme énergique et l'irritabilité; tandis que la substance de tout corps végétal ne laisse à la cause excitatrice que le pouvoir de mettre en mouvement les fluides visibles contenus, ... Lamarck, Philos. zool.,t. 2, 1809, p. 164.
II.− En partic. [Chez l'homme]
A.− [Le corps humain du point de vue de son anatomie et de son aspect extérieur]
1. [Le corps comme formant un tout] Corps bien bâti; haut du corps; étudier le corps; être beau de corps. Une assez belle tête sur un corps nain et difforme (Sand, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 322); ce grand corps tout en os et en peau (Giono, Colline, 1929, p. 82); ce grand corps flasque est sans âge (Martin du G., Vieille Fr.,1933, p. 1087):
3. ... le corps de l'homme possède non-seulement un squelette articulé, mais encore celui de tous qui est le plus complet et le plus perfectionné dans toutes ses parties. Ce squelette affermit son corps, fournit de nombreux points d'attache pour ses muscles, et lui permet de varier ses mouvemens presqu'à l'infini. Lamarck, Philos. zool.,t. 1, 1809, p. 138.
SYNT. Corps bien/mal constitué, proportionné; corps difforme, disgracié; corps mince, svelte; corps de liane; corps dodu, épais, trapu; corps chétif, amaigri, décharné; corps osseux, squelettique; morphologie, constitution, configuration du corps; silhouette, lignes du corps; parties, partie inférieure, haut du corps; membres, attaches du corps; muscles, organes, veines du corps; beauté, difformité du corps; beau corps; corps harmonieux; (être) beau de visage et de corps; (être) sans défaut de corps; (être) mince de corps; étudier, disséquer le corps humain.
Loc. fig., vieilli. Prendre l'ombre pour le corps. Confondre de trompeuses apparences avec la réalité. [Le suj. désigne deux pers.] Être comme l'ombre et le corps. Être inséparables, ne pas se déplacer l'une sans l'autre. C'est comme l'ombre et le corps.
Spécialement
a) [Le corps féminin p. oppos. au corps masculin et dans sa représentation poétique] Corps superbe, gracieux, élégant; joli corps; corps de vierge, de fée, de déesse :
4. Tout ton essai a ce même charme grêle, timide et gauche que tu attribues au corps de la femme. La forme des phrases suggère sans cesse cette subtilité frileuse et enveloppée : toujours leur mouvement est juste et reproduit l'inflexion délicieusement déformée du corps féminin. J. Rivière, Correspondance[avec Alain-Fournier], 1907, p. 281.
b) [Le corps humain du point de vue des vêtements qui le couvrent] Jeannot avait sur le corps nu un petit pantalon blanc avec des bretelles (Triolet, Prem. accroc,1945, p. 111).
SYNT. Linge* de corps; (re)couvrir, revêtir son corps (d'un vêtement); jeter un vêtement sur son corps; avoir un vêtement autour du corps; (avoir) le corps serré dans un vêtement.
Loc. adj. [En parlant d'un vêtement] Près du corps. Très ajusté, sans être tout à fait collant. On a beaucoup remarqué l'apparition d'un smoking près du corps en fin lainage bleu pastel (Le Monde,1969ds Giraud-Pamart 1971).
2. P. méton.
a) [P. oppos., explicite ou implicite, à tête et à membres] Partie centrale et massive du corps humain, contenant l'ensemble des organes vitaux, à laquelle viennent s'attacher la tête et les membres (c'est-à-dire le tronc; plus rarement, le buste). Il avait le corps pris dans une cuirasse brune tailladée en petites écailles (Flaub., Salammbô,t. 2, 1863, p. 9).
SYNT. Inclinaisons de tête et de corps; avoir une grosse tête sur un petit corps; avoir un corps et des membres bien proportionnés. ,,Il a le corps bien fait, mais les jambes un peu trop courtes. Il a le corps long, le corps tout de travers`` (Ac.). Pencher, plier le corps en avant; rejeter le corps en arrière. Vêtement, robe qui moule le corps.
Loc. adv. À mi-corps. À mi-hauteur du corps, au niveau de la taille, de la ceinture. Portrait à mi-corps. Portrait en buste.
Loc., BOXE. Travailler (un adversaire) au corps. Frapper (un adversaire) à la poitrine et à l'estomac.
P. méton. Partie de certains vêtements qui enveloppent le tronc. Corps de chemise, de robe. ,,Les manches d'un corps. Ce corps est trop long, trop large, trop étroit. Élargir, étrécir un corps`` (Ac.). Corps d'armure, de cuirasse.
Vieux Corset. Corps rembourré ,,pour cacher les défauts de la taille`` (Ac.). Corps de baleine ou corps baleiné. Corset pourvu de baleines destiné à affiner la taille. Corps piqué.
Corps de jupe ou, p. ell., corps. Corsage d'une robe :
5. ... la robe se compose de la jupe et du buste ou corps de la jupe : ensuite toutes les femmes ayant la prétention d'être minces, le corps de la jupe est devenu par courtoisie un petit corps ou corset et il deviendra sans doute un corselet. Gourmont, Esthétique de la lang. fr.,1899, p. 207.
Rem. Cf. Leloir 1961.
b) [Dans qq. loc.] Personne dans sa totalité.
Vieilli, fam. C'est un pauvre corps. C'est un homme sans vigueur et dépourvu d'esprit. Le pauvre corps! (cf. Ac.1835, 1878).C'est un drôle de corps. C'est un homme singulier. C'est un plaisant corps. Je suis un drôle de corps comme disait Chéruel, j'ai cru me connaître dans un temps, mais à force de m'analyser je ne sais plus du tout ce que je suis (Flaub., Corresp.,1845, p. 49).Avoir (une mauvaise affaire) sur le corps. ,,Être impliqué dans une affaire compromettante, dangereuse`` (Ac. 1878).
Garde du corps. Garde attaché à la protection d'une personnalité, en particulier d'un homme d'État. Gardes du corps du roi, du général; gardes du corps personnels; uniforme, capitaine, escadron, compagnie, revue des gardes du corps. P. anal. Il me faut être son garde du corps. Jusqu'au jour où elle prendra mari, s'entend. Je suis relevé de mon serment le jour des noces (Pourrat, Gaspard,1925, p. 20).P. ext. Cinq ou six gros chiens capables de dévorer un homme, (...) sont ses gardes du corps (About, Grèce contemp.,1854, p. 92).
Rem. Cf. par ailleurs les loc. passer sur le corps de qqn; à son corps défendant; à corps perdu (infra II B 2 c, e) et répondre de qqn corps pour corps (infra II B 4).
En partic., DR.
α) [Désigne la pers. p. oppos. aux biens matériels] Séparation de corps (et de biens); demande en séparation de corps (et de biens); requérir, prononcer la séparation de corps (et de biens). − Tu ne devrais pas divorcer, Agnès, c'est mal. (...) − Tu peux simplement demander une double séparation de corps et de biens (Drieu La Roch., Rêv. bourg.,1939, p. 224).
Spéc., MAR. [Désigne le navire, p. oppos. aux marchandises appelées biens] Assurance sur corps; navire (déclaré) perdu corps et biens, qui a péri corps et biens; couler, sombrer corps et biens.
Rem. Corps ,,A pris aujourd'hui le sens de « passagers » ou d'« équipage » à la suite d'un contresens sur l'expression corps et biens...`` (Barber. 1969).
β) [Désigne la pers. en tant qu'elle peut être contrainte physiquement, arrêtée et incarcérée, par voie de justice, en cas d'infraction aux lois] Prise* de corps; jugement, ordonnance, décret de prise de corps; obtenir une prise de corps contre qqn; contrainte* par corps; exercer une contrainte par corps; condamner par corps; appréhender au corps.
B.−
1. [Le corps humain du point de vue de la physiologie, sous le rapport de la santé, de la maladie et des différentes phases de son développement] Vieillissement du corps; corps bien portant. Elle était bien de corps, mais malade de cœur (Lamart., Graziella,1849, p. 275).Le vieux corps était agité d'un tremblement convulsif (Bernanos, Imposture,1927, p. 471):
6. ... un corps bien portant qu'il faut soigner est comme un bon outil qu'on doit entretenir; un corps malade est comme une machine qu'on répare; la fatigue, le sommeil, la souffrance livrent le corps aux choses; ... Ricœur, Philos. de la volonté,1949, p. 326.
SYNT. Petit corps d'enfant; frêle corps d'adolescente; merveilleux corps de jeune fille; beau corps de femme; corps sain, vigoureux; corps gracile, frêle; corps courbatu(ré), moulu de fatigue, exténué; corps meurtri, infirme, amputé de ses bras; pauvre corps douloureux; jeune corps musclé; corps courbé par l'âge; fatigue, affaiblissement, maladie, souffrance, détresse du corps; frissonner, trembler, frémir de tout son corps; sentir son corps se glacer.
Locutions
Prendre corps. Grossir, devenir corpulent, prendre de l'embonpoint. Avoir trop de corps. Il s'était développé tout à coup, avait pris du corps et des muscles (Maran, Batouala,1921, p. 47).Spéc., MAN. [Le suj. désigne un cheval] Avoir du corps. Avoir de larges et longues côtes, bien développées.
N'avoir rien dans le corps.
α) Avoir l'estomac vide, être à jeun.
β) Être sans vigueur, sans ressort.
[Le suj. désigne un aliment] Tenir au corps. Être très nourrissant.
(Être) en bon/en mauvais corps (vx). (Être) en bonne/en mauvaise santé (cf. Littré). Avoir un corps de fer (fig., fam.). Être de constitution robuste, être résistant. C'est un corps de fer (Ac.1835, 1878).Ne pas être traître à son corps (fam.). Être attentif à son bien-être (cf. Ac. 1835, Littré).Faire de son corps une boutique d'apothicaire (p. métaph., vieilli). Faire un usage abusif des médicaments (cf. Littré).Faire corps neuf (fig.). [Après une longue maladie] Se rétablir, recouvrer ses forces en ayant le sentiment de revivre (cf. Ac. 1835, Littré).Spéc., MAN. [Le suj. désigne un cheval] Être nourri au fourrage frais, être mis au vert. ,,Ce cheval a fait corps neuf`` (Ac.1835).
En partic.
a) [Le corps humain sous le rapport de l'effort physique, du travail] Bourreau de son corps (fam.) Personne qui abuse de ses forces, se dépense sans se ménager (cf. Ac. 1878-1932).Gagner sa vie, gagner son pain, manger son pain à la sueur de son corps. Gagner sa vie... durement, en travaillant et en se donnant beaucoup de peine. Synon. usuel gagner son pain* à la sueur de son front*.,,Ce sont de pauvres gens qui gagnent leur vie à la sueur de leur corps`` (Ac.1835, 1878).[Le suj. désigne gén. une pers. laborieuse dont les résultats ne sont pas en rapport avec l'effort déployé] Se tuer le corps et l'âme. (P. hyperb., fam.). Se donner beaucoup de mal, user ses forces, s'épuiser. ,,Il s'est tué le corps et l'âme pour amasser de quoi vivre`` (Ac.1835, 1878).
b) [Le corps humain en tant que support matériel de la pensée et de son expression, et des ressources du caractère] Savoir, connaître, voir... ce que qqn a dans le corps. Savoir, connaître... ses pensées dissimulées, ses intentions secrètes, savoir, connaître... ses possibilités, ses ressources de caractère. Synon. usuel fam. savoir, connaître... ce que qqn a dans le ventre*.N'avoir rien dans le corps. N'être capable de rien manquer de caractère. Synon. usuel fam. ne rien avoir dans le ventre*.Faire rentrer à qqn ses paroles dans le corps (fig., vieilli, fam.). Lui faire retirer ses paroles de force (cf. Littré, DG).
Rem. Cf. infra la rem. sous B 2 a.
Loc. hyperbolique. Pleurer toutes les larmes de son corps (cf. Balzac, Cous. Pons, 1847, p. 299).
c) [Le corps du point de vue de la psychol., de la philos.] :
7. ... s'il est vrai que j'ai conscience de mon corps à travers le monde, (...) il est vrai pour la même raison que mon corps est le pivot du monde : je sais que les objets ont plusieurs faces parce que je pourrais en faire le tour, et en ce sens j'ai conscience du monde par le moyen de mon corps. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception,1945, p. 97.
Image du corps. Représentation qu'un sujet a de son corps. Corps objectif. Corps humain en tant qu'il est matériel. [P. oppos. à corps subjectif] Corps phénoménal, corps(-)propre, corps-sujet :
8. ... la permanence du corps propre, si la psychologie classique l'avait analysée, pouvait la conduire au corps non plus comme objet du monde, mais comme moyen de notre communication avec lui, ... Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception,1945, p. 109.
2. [Le corps humain du point de vue de la motricité en général ou appliquée aux exercices physiques, à la lutte.] Motricité, inactivité du corps; corps souple; jeux qui exercent le corps. Je ne savais rien faire de mon corps, pas même nager ni monter à bicyclette (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 162).
SYNT. Maîtrise, obéissance, mouvements, attitudes, positions, paresse, immobilité du corps; corps flexible, agile, nerveux, musculeux, athlétique; corps sans souplesse.
Loc. (souvent à sens fig.)
a) Avoir le diable au corps
[Avec l'idée d'énergie intense, infernale]
Déployer une grande activité physique, s'agiter bruyamment; être dans un état de grande excitation. [En parlant d'un enfant] Être remuant, turbulent; ne pas tenir en place. Voulez-vous me laisser tranquille! Mais vous avez donc le diable au corps tous les deux! (Barrière, Capendu, Faux bonsh.,1856, IV, 1, p. 142):
9. Au lieu de mes gros bons chevaux tranquilles d'autrefois, de petits chevaux arabes qui ont le diable au corps, se battent, se mordent, (...) et me brisent mes brancards à coups de pieds... A. Daudet, Tartarin de Tarascon,1872, p. 105.
Rem. À noter, dans le même esprit : Ce louchon d'Augustine qui venait de pratiquer un trou au milieu du marc, en enfonçant une cuiller dans le filtre. − Veux-tu te tenir tranquille! cria Gervaise. Qu'est-ce que tu as donc dans le corps? Nous allons boire de la boue, maintenant (Zola, Assommoir, 1877, p. 545).
Déployer une étonnante activité en y mettant énergie et passion, en faisant preuve de qualités d'esprit, de courage... Je ne sais où il prend tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait est prodigieux, je crois qu'il a le diable au corps, il faut qu'il ait le diable au corps (Ac.1835, 1878).
Péj. Être agressif, violent; accomplir de mauvaises actions, agir mal. Avez-vous le diable au corps de vous quereller ainsi? (Lemercier, Pinto,1800, I, 10, p. 32).
b) Couvrir qqn de son corps; faire à qqn un rempart de son corps. M. Castel, craignant (...) que les révolutionnaires n'eussent le projet d'assassiner le prince, ne le quitta pas, résolu à lui faire un rempart de son corps (Chênedollé, Journal,1833, p. 151).
c) Passer sur le corps de qqn. Une fois par terre, leurs tilburys vont vous passer sur le corps (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 248).P. méton. de l'obj. Passer sur le corps d'une troupe ennemie. Triompher d'une troupe ennemie en forçant l'obstacle qu'elle représente (cf. Ac. 1878-1932). Fig. Passer sur le corps de qqn, sur le corps à qqn. Triompher, par n'importe quel moyen et sans aucun scrupule, d'une personne qui se présente comme un obstacle sur son chemin.
d) Fig., vieilli. Tomber rudement sur le corps de qqn, sur le corps à qqn. Maltraiter quelqu'un en paroles, en sa présence ou à son insu (cf. Ac. 1835, 1878).
e) Loc. adv. ou adj. À bras*(-)le(-)corps.
Corps à corps. En saisissant l'adversaire directement au corps; corps contre corps; de très près. Lutte, combat corps à corps; se battre, lutter, combattre corps à corps avec qqn; prendre corps à corps qqn. Les deux adversaires se saisirent corps à corps, s'enlacèrent comme deux serpents et se frappèrent avec furie (Ponson du Terr., Rocambole, t. 1, 1859, p. 54).
Fig. De front, face à face :
10. ... l'auteur qui ose prendre corps à corps la prudence, l'égoïsme, toutes ces choses prétendues raisonnables derrière lesquelles les gens médiocres se croient en sûreté pour lancer des traits contre les caractères ou les talents supérieurs. Mmede Staël, De l'Allemagne,t. 3, 1810, p. 201.
Emploi subst. Un corps(-)à(-)corps. Rudes, furieux corps(-)à(-)corps; éviter le corps(-)à(-)corps avec l'ennemi. P. ext. Le corps à corps purement érotique, étroitement limité au temps du plaisir, n'admet pas non plus les tricheries (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 108).Fig. Ce que je sais, c'est l'action qui me l'a appris. Le corps à corps avec les réalités (Martin du G., Thib.,Épil., 1940, pp. 990-991).
À son corps défendant. En se défendant contre une attaque (vx; cf. Ac. 1835, 1878). Fig., fam. Contre sa volonté, de mauvais gré. Il a dû, à son corps défendant, emporter cet été à la campagne mon volumineux manuscrit (Martin du G., Notes A. Gide,1951, p. 1361).
Loc. adv. À corps perdu. De toutes ses forces, avec une fougue que ne tempère pas la perspective de la fatigue, la crainte du danger. Se jeter, s'élancer à corps perdu dans la mêlée. Fatigué de s'en être tant donné, car les enfants font tout à corps perdu, il s'endormit (Pourrat, Gaspard,1925, p. 40).
En emploi adj., plus rare. Le grand travail à corps perdu dans les blés en retard (Pourrat, Gaspard,1931, p. 202).
Fig. Avec passion, sans hésitation et sans mesure, sans retenue et sans prudence. Je me lance à corps perdu dans les lectures religieuses (Flaub., Corresp.,1846, p. 415).
3. [Le corps humain sous le rapport de la sexualité] Corps pétri de désirs; corps enlacés. Le frémissement de son corps voluptueux avouait son amour (Mille, Barnavaux,1908, p. 163).La jouissance, la grande joie fleurie des corps consentants et complices? (Camus, Homme rév.,1951, p. 63):
11. ... elle (...) regarda avec pitié son chaste corps intact, (...). Elle savait qu'il aurait droit à toute caresse, et à celle-là, mystérieuse et terrible, après quoi un enfant naîtrait, ... Mauriac, Le Baiser au lépreux,1922, p. 168.
SYNT. Corps (de femme) humide et voluptueux; corps frigide*; corps amoureux; corps noués l'un à l'autre; corps de femme pantelant d'ardeur; appétits, concupiscences du corps; enlacement de deux corps; jouissances fiévreuses du corps; s'étreindre corps à corps; couvrir un corps de baisers; posséder un corps; jouir d'un corps de femme; être un même corps et une même chair avec une femme; femme qui fait cadeau de son corps, livre son corps à un homme, aux caresses d'un homme; femme qui vend son corps.
Avoir le diable au corps (supra II B 2 a). Se laisser emporter par les passions charnelles. Le diable au corps (roman de R. Radiguet). [Le suj. désigne une femme] Être folle; faire folie; faire des folies de son corps (vieilli). Être libertine, mener une vie dissipée.
4. [Le corps humain en tant que symbole de la vie] Faire bon marché de son corps. Ne pas craindre d'exposer sa vie (cf. Ac. 1798-1878). Un soldat est habitué à faire bon marché de son corps (Lar. 19e). Répondre de qqn corps pour corps. Répondre de quelqu'un comme de soi-même, en répondre sur sa propre vie. Je connais sa probité, je répondrais de lui corps pour corps (Ac.1835, 1878).
C.− [Le corps humain en tant qu'il est matériel, sous son aspect charnel ou en tant qu'il est mortel, p. oppos. à âme et à esprit (ou, dans le même ordre d'idées, à pensée, à tête)]
1. [P. oppos. à âme « principe de vie de nature spirituelle et immortelle », dans les conceptions dualistes, chrétiennes en particulier] Le corps est homme, et l'âme est Dieu! (Lamart., Jocelyn,1836, p. 774):
12. Un journal où l'on pourrait tout dire, qui ne serait pas le journal du corps en rébellion contre l'âme, ni de l'âme opprimant le corps, mais le journal des deux, le journal de l'homme enfin réconcilié avec lui-même. Green, Journal,1948, p. 191.
SYNT. a) De corps et d'âme : (femme) parfaite de corps et d'âme; (être) fort, robuste, faible de corps et d'âme; (être) léger, malade de corps et d'âme; souffrir de corps et d'âme. b) Du corps et de l'âme : connaissance, vie du corps et de l'âme; exigences, lutte du corps et de l'âme; pain, repos du corps et de l'âme; santé, infirmités, tortures, du corps et de l'âme; netteté, grâce du corps et de l'âme. c) Autres synt. Union, relations de l'âme et du corps; subordination du corps à l'âme; souffrir dans son corps et dans son âme.
[L'opposition est implicite] Corps de chair; corps terrestre et passager; dompter le corps; mortifier son corps. Trois fois j'ai purifié mon corps par de longues ablutions (Du Camp, Mém. suic.,1853, p. 185).Il [le vent de la montagne] nous reprochait la vanité de nos œuvres, la turpitude de nos corps (Flaub., Tentation,1856, p. 532):
13. Le christianisme est bien dans vos moelles, et votre fameuse démoralisation d'après guerre, (...) a restauré la notion de péché. La notion de péché sans la grâce, imbéciles! Vous méprisez votre corps parce qu'il est l'instrument du péché. Bernanos, Un Mauvais rêve,1948, p. 969.
Corps et âme*; corps sans âme*; avoir l'âme* (bien) chevillée au corps.
HÉRALD. [P. oppos. à âme* d'une devise] Corps d'une devise. Figure emblématique représentée dans la devise.
2. [P. oppos. à esprit « principe et siège des facultés intellectuelles », ou, dans le même ordre d'idées, à pensée, à tête] On voit trop, dans la plupart des amants, leurs esprits s'ignorer aussi naturellement que leurs corps se connaissant (Valéry, Variété I,1924, p. 80).Une guerre est une épreuve de force qui (...) juge les corps mais aussi les esprits et les cœurs (Mauriac, Journal occup.,1944, p. 307):
14. Il faut détruire l'antagonisme du corps et de l'esprit, non pas en égalant les deux termes, mais en portant l'un des termes à l'infini, de sorte que l'autre s'anéantisse et devienne comme zéro. Cela fait, accordez au corps ses jouissances; car les lui refuser, ce serait supposer que ces misères ont quelque valeur. Renan, L'Avenir de la sc.,1890, p. 404.
SYNT. a) Le corps et l'esprit : lutte entre le corps et l'esprit; nourrir, reposer le corps et l'esprit. b) Du corps et de l'esprit : vie, forces, santé, aliment du corps et de l'esprit. c) De corps et d'esprit : occupation, fatigue, misère de corps et d'esprit; (être) sain, agile, faible, malade de corps et d'esprit. d) D'esprit et de corps : activité, repos, abattement d'esprit et de corps; (être) heureux, fatigué d'esprit et de corps.
D.− Spéc., RELIG. CHRÉT. Corps du Christ (en latin Corpus Christi), corps de Notre Seigneur. Corps humain qu'a pris le Christ par l'Incarnation (cf. Marcel 1938).
Rem. ,,Ce raffinement de la philosophie platonicienne qui a fourni à l'auteur de l'évangile de Jean, le seul morceau théologique qui se trouve dans les évangiles. « Le verbe prit un corps; il habita parmi nous, et nous avons vu sa gloire; c'est celle du fils unique du Père.» ``(Dupuis, Orig. cultes, 1796, p. 386).
Représentation du corps du Christ sur la croix :
15. Le prêtre se releva pour prendre le crucifix; (...) collant ses lèvres sur le corps de l'Homme-Dieu, elle y déposa de toute sa force expirante le plus grand baiser d'amour qu'elle eût jamais donné. Flaubert, Madame Bovary,t. 2, 1857, p. 180.
[Le corps, et le sang du Christ en tant qu'ils sont substantiellement présents dans le sacrement de l'Eucharistie, le premier sous l'apparence du pain ou de l'hostie, le second sous l'apparence du vin (cf. Saintes Espèces)] :
16. Le prêtre après qu'il a consommé le pain reçoit la substance de Jésus-Christ Sous une espèce liquide, Le corps concomitant au sang, Dieu au corps par le Verbe réuni Tient dans ce calice qu'il vide, ... Claudel, Poèmes de guerre,Le Précieux sang, 1916, p. 533.
Recevoir le corps du Christ. Recevoir l'hostie, le sacrement de l'Eucharistie; communier. Tu reçus pour la première fois le corps de Notre-Seigneur-Jésus-Christ. (...) la communication du corps de Notre-Seigneur guérit tous les maux (Péguy, Myst. charité,1910, p. 61).
Corpus Christi. ,,Nom latin officiel de la Fête-Dieu`` (Foi, t. 1, 1968).
Vx ou région., loc. interjective employée comme juron. Corps(-)Dieu! Oloferno, se débattant. Corps-Dieu! (Hugo, L. Borgia,1833, III, 1, p. 153).
E.− [Le corps humain sous le rapport de la mort; souvent en oppos. avec âme dans une perspective religieuse] Corps mortel, périssable (cf. supra II C). Elle restait là, (...) à sentir son corps s'en aller un peu plus, d'heure en heure (Zola, Bête hum.,1890, p. 32).Le sentiment de liberté que doit nous donner la mort, quand nous sommes désempêtrés du corps physique (Green, Journal,1936, p. 53).
Corps expirant, mourant, agonisant. Nous trouvons le spasme au bout de l'ombre. Il secoue un corps à l'agonie. Ce corps, nous l'avons reconnu. (...) c'est Bernier qui râle (G. Leroux, Parfum,1908, p. 136).Corps et âme qui se séparent; trancher les liens du corps et de l'âme; âme qui abandonne un corps. La chaleur s'éteindra comme la chaleur d'un corps que l'âme vient d'abandonner, et la vie disparaîtra (Verne, Île myst.,1874, p. 195).
Corps mort ou, p. ell. et plus fréquemment, corps. Cadavre. Corps inerte et raidi; corps glacé par le trépas; corps d'un défunt :
17. Entre le cadavre et le corps il y a une différence telle, que le cadavre n'est pas le corps. Le cadavre est un autre corps : il sera la matière, si vous voulez le nommer ainsi; mais il n'est pas le corps. L'être, comme dit Apollonius, a cessé de se manifester; de visible qu'il était, il est devenu latent ou invisible; et en devenant invisible, il a laissé dans le monde visible un cadavre. P. Leroux, De l'Humanité,t. 2, 1840, p. 451.
(Chambre) où repose un corps; veiller le corps; (procéder à) la levée du corps; enlever le corps; suivre le corps à l'église; départ du corps pour le cimetière; accompagner, porter le corps au cimetière; mettre, porter un corps en terre; descendre le corps dans la tombe; couvrir le corps de terre; enterrer, ensevelir un corps; inhumer le corps. Corps en décomposition; crémation du corps; restes d'un corps; embaumer, incinérer un corps; faire don de son corps; léguer son corps (à la faculté de Médecine), faire l'autopsie d'un corps. Quand nous mourons, vieux ou bambin, On vend le corps au carabin (Béranger, Chans.,t. 3, 1829, p. 232).Je veux que mon corps soit déposé dans un mausolée (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 341).
Spéc., RELIG. CATH.
Résurrection* des corps. La résurrection des corps humains détruits par la mort n'est ni une œuvre impossible à Dieu, ni une œuvre indigne de lui (Gilson, Esprit philos. médiév.,1931, p. 198).
Corps pneumatique ou spirituel, par opposition à corps psychique ou animal. ,,L'homme rené de l'Esprit de Dieu (I Co 15, 44) et promis à la résurrection avec le Christ et à la vie éternelle`` (Foi t. 1 1968), par opposition à ,,l'homme vivant, après le péché`` (Foi t.1 1968) :
18. ... les dons du Saint-Esprit dont nous nourrissons notre corps spirituel sont appuyés sur cette bonne volonté en nous dont tout le mérite consiste dans sa pureté inaltérable. Claudel, Un Poète regarde la Croix,1938, p. 183.
Rem. ,,Le corps qui nous est promis est un corps spirituel, suivant ce texte de saint Paul (I Cor. XV, 44-49) : est semé le corps animal, ressuscitera le corps spirituel. S'il est un corps animal, il en est aussi spirituel ainsi qu'il est écrit (saint Paul fait sans doute ici allusion à ce verset de la Genèse (II, 7) où Dieu insuffle dans les narines d'Adam un spiracle de vie) : ...`` (Claudel, Un Poète regarde la croix, 1938, p. 183).
Corps glorieux. Corps des Bienheureux transfiguré par la résurrection :
19. ... l'âme à son tour renaîtra à la vie totale dans un corps spirituel : car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité. (...) Cette foi en la résurrection des corps glorieux (...) résout enfin les contradictions de l'émotion, en nous rétablissant dans une unité qui défie toutes les séparations. J. Vuillemin, Essai sur la signif. de la mort,1949, p. 260.
P. plaisant. C'est un corps glorieux. C'est une personne qui ne semble pas soumise à certaines nécessités physiologiques (cf. DG). Ce n'est pas un corps glorieux.
Corps(-)saint. Dépouille mortelle d'un saint. ,,On trouva dans cette église plusieurs corps-saints`` (Ac.).Loc. Enlever qqn comme un corps(-)saint. ,,L'enlever de vive force et sans qu'il ait le temps de résister`` (Littré).
Rem. Littré précise : ,,Ainsi écrite, cette locution est inintelligible; (...) voyez-en l'explication à corsin qui est une bonne orthographe, celle-ci étant tout à fait vicieuse. [corsin : usurier, négociant en argent. (...) (les Lombards et hommes d'argent étaient, dans le moyen âge, exposés à de fréquentes violences)] (...) comme on ne comprenait plus la locution, on y a attaché un sens tout opposé et en rapport avec corps saint, c'est-à-dire enlever en pompe et avec honneur, (...)``.
III.− P. anal. [P. réf. aux idées dominantes attachées à la notion de corps humain]
A.− [P. réf. au corps humain en tant qu'il est matériel]
1. PHYS., CHIM. Ensemble inorganique de molécules. P. oppos. à corps vivant, organisé, animé (supra I). Corps inanimé, inorganique, inorganisé; étude, propriétés des corps. Tout corps brut ou inorganique n'a l'individualité que dans sa molécule intégrante (Lamarck, Philos. zool.,t. 1, 1809, p. 378):
20. ... le poids d'un corps est proportionnel à sa masse; d'autre part, (...) la masse d'un corps est quelque chose d'invariable, de fondamental et de persistant, à travers toutes les modifications que le corps est susceptible d'éprouver... Cournot, Essai sur les fondements de nos connaissances,1851, p. 183.
Corps célestes. Astres, planètes autres que la terre. Mouvements, trajectoire des corps célestes. Corps planétaires. Corps célestes, appartenant au système solaire. Le grand foyer de l'attraction est le soleil, qui l'exerce sur tous les corps planétaires qu'il fait tourner autour de lui (Bern. de S.-P., Harm. nat.,1814, p. 271).[Mécan. céleste] Problème des trois corps (cf. Lar. encyclop.).
HIST. DE LA PHILOS. [Chez Épicure] Petits corps. Synon. atomes*.
[Du point de vue de la phys.] Substance, dimensions d'un corps; conductibilité, densité d'un corps; corps physiques; corps solides, fluides, liquides, gazeux; corps soluble, friable, résistant, combustible, réfractaire, radioactif. Corps électriquement neutre, isolant, semi-conducteur (cf. Neyron1970).
[Du point de vue de la chimie] Corps chimiques, acidité d'un corps; corps oléagineux, minéral, neutre, instable, toxique, putrescible.
Corps (pur) simple. Corps constitué d'une seule sorte d'élément chimique, que l'on ne peut pas décomposer et qui est le terme ultime de l'analyse (cf. Duval 1959, p. 881 et Grand. 1962). Synon. Corps élémentaire, élément chimique.
Corps pur composé. Corps constitué par la combinaison (et non le mélange) de deux ou plusieurs corps purs simples dans un rapport fixe et possédant donc des constantes physiques et chimiques (cf. Duval 1959, p. 881 et Grand. 1962). Corps composé. Corps composé pur mélangé à d'autres corps (cf. Grand. 1962).
Corps pur. Corps pur, simple ou composé que caractérise l'identité de toutes ses molécules, (constituées ou non d'atomes différents), où l'analyse révèle toujours les mêmes éléments dans des proportions invariables et dont les propriétés physiques et chimiques sont constantes (cf. Charles 1960 et Grand. 1962).
Corps gras (neutre). ,,Graisses ou huiles animales et végétales (...)`` (Grand. 1962).
2. P. ext.
a) Objet matériel quel qu'il soit :
21. Cette coquille m'a servi, excitant tour à tour ce que je suis, ce que je sais, ce que j'ignore... (...) ce petit corps calcaire creux et spiral appelle autour de soi quantité de pensées, dont aucune ne s'achève... Valéry, Variété V,1944, p. 37.
b) Spécialement
DR. CIVIL. Corps certain. Chose caractérisée par sa matérialité et son individualité et qui n'est donc pas interchangeable (cf. Cap. 1936, Jur. 1971 et Barr. 1974). Anton. chose fongible*, chose de genre*.DR. PÉNAL. Corps du délit (corpus delicti). Objet qui constitue et prouve le délit. Confiscation du corps du délit. Si nous avons été condamnés en Amérique, nous ne le serions jamais en Europe, car devant des juges européens le corps du délit manqueroit (Balzac, Annette,1824, p. 65).
MAR. Corps flottant. Bouée, coffre... Corps(-) mort. Dispositif de mouillage solidement établi à un point fixe, comportant notamment une chaîne, maintenue en surface par un corps flottant, à laquelle peuvent s'amarrer des bâtiments. La dilatation des eaux irrésistibles détache de la boue, allège comme des bouchons les pontons et les corps-morts (Claudel, Connaiss. Est,1907, p. 98).
Rem. ,,On appelle encore corps-morts, les ancres, canons, pieux, boucles, anneaux, qui sont employés comme points d'arrêt pour les câbles ou amarres que les bâtiments, dans un port, peuvent avoir besoin de fixer le long des quais`` (Bonn.-Paris 1859).
MÉD. Corps étranger. Corps inanimé, provenant de l'extérieur ou formé sur place (caillot de sang, calcul, fragment d'os, etc.), dont la présence anormale dans l'organisme peut être cause de complications, particulièrement à certains endroits (organe, conduit, etc.). Vous pouvez guérir. La balle deviendra un corps étranger bien toléré (Bourget, Sens mort,1915, p. 159).
Corps flottant. Corps étranger mobile dans le corps vitré de l'œil (cf. Méd. Biol. t. 1 1970).
Rem. Corps vitré, infra B 3 c.
c) Région. (Canada). Corps(-)mort. Arbre abattu, mort par suite d'une tempête ou de son grand âge. Une terre à bois pillée, remplie de corps morts qu'on n'a pas su utiliser quand il en était temps (A. Thério, La Soif et le mirage,Montréal, Cercle du Livre de France, 1960, p. 222).
3. P. méton.
a) [Pour signifier la nature d'une matière]
α) [Épaisseur, solidité, tenue... en parlant de choses plus ou moins minces, souples... par nature] ,,Une étoffe qui a du corps`` (Ac. 1932). ,,Ce parchemin, ce papier n'a pas de corps, n'a pas assez de corps`` (Ac. 1932). ,,Cette lame d'épée est bien mince, elle n'a point de corps`` (Ac. 1932). Il fume. Il regarde sa fumée. Elle se déploie hors de sa pipe comme une chose vivante; elle a du corps (Giono, Regain,1930, p. 234).
TYPOGR. Corps d'un caractère. Épaisseur, mesurée verticalement, de la tige de plomb qui supporte toute la lettre, hampe et jambage compris, exprimée en points typographiques. ,,Ce caractère est fondu sur le corps dix, sur le corps douze`` (Ac. 1835-1932). Force de corps d'un caractère.
Rem. Cf. corps d'une lettre, infra A 3 b.
β) [Consistance, en parlant de substances plus ou moins liquides par nature] ,,Ce sirop n'est pas assez cuit, il n'a pas assez de corps `` (Ac. 1932). ,,Cet onguent, cet emplâtre a trop peu de corps`` (Ac. 1932). Pour donner corps à son potage, il trempait un épi dans la jarre d'huile de noix et se contentait de le laisser s'égoutter sur l'écuelle (Pourrat, Gaspard,1925, p. 25).
En partic. [P. réf. au corps humain matériel en tant qu'il est le siège de la force physique]
[En parlant d'une boisson alcoolisée, surtout d'un vin] Force, vigueur. ,,Un vin qui a du corps, qui n'a point de corps, qui prend du corps`` (Ac. 1932).
Fig. Plus le style a de corps, plus il est moral (Joubert, Pensées,t. 1, 1824, p. 319).Le chant naturel (...) est plein et soutenu sans le secours de l'harmonie; (...) nulle musique n'a autant de corps ni autant de force (Alain, Beaux-arts,1920, p. 114).
γ) Loc. verbales fig.
[Le suj. désigne une chose abstr.] Prendre corps.
Devenir perceptible, sensible, comme matériel; se matérialiser. Cet être de délicatesse et d'ineffable douceur, c'est le songe même du poète ayant pris corps dans une vision à la fois réelle et symbolique (Bourget, Nouv. Essais psychol.,1885, p. 97).Dans cette pièce, où tous les six, muets, nous nous tenions, ce silence prenait corps dans une pâte humaine (Bosco, Mas Théot.,1945, p. 275).
Prendre forme, se préciser, devenir consistant, prendre de l'importance et de la réalité. Désir, crainte qui prend corps; soupçons qui prennent corps. Il faut que l'idée de révolution sociale prenne corps dans des revendications précises (Jaurès, Et. soc.,1901, p. 105).Alors commença de prendre corps dans les journaux parisiens la honteuse légende de la captivité agréable et dorée (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 129).
[Le compl. d'obj. désigne une chose abstraite] Donner (un/du) corps à qqc.
Donner (un) corps à qqc. Lui donner forme, précision, consistance; lui donner de la réalité, le matérialiser; le réaliser, le concrétiser. Donner corps à l'espoir, à l'ambition, à une œuvre; donner un corps à une idée, à une théorie, à des rêves. L'écriture donne un corps à la parole en la mettant sous les sens (Bonald, Législ. primit.,t. 2, 1802, p. 9).La métaphore vient donner un corps concret à une impression difficile à exprimer (Bachelard, Poét. espace,1957, p. 79).
Donner du corps à qqc. Lui donner plus de consistance, plus de réalité. Donner quelque corps à qqc.; donner quelque corps à une hypothèse. Si mon mari avait été gravement malade, cela aurait donné du corps à tous ces potins (Mauriac, Nœud vip.,1932, p. 146):
22. L'imagination donne du corps aux idées et leur crée des types et des symboles vivants qui sont comme la forme palpable et la preuve d'une théorie abstraite. Vigny, Le Journal d'un poète,1824, p. 880.
b) [P. réf. au corps, et en partic. au tronc (cf. supra II A 2) en tant qu'il est le contenant des organes corporels vitaux] Partie, élément qui, du fait de sa masse, de sa situation, de sa constitution, de sa fonction... constitue la partie, l'élément central et essentiel de quelque chose, par opposition à ce qui est relativement accessoire.
α) ANAT. ANIMALE ET HUM. Partie centrale, principale de certains os, muscles ou organes.
Corps d'un os : corps de l'os hyoïde, d'une phalange, du sphénoïde, du sternum. Partie moyenne de l'os hyoïde, d'une phalange... (cf. Méd. Biol. t. 1 1970). Corps du fémur, corps de l'os maxillaire supérieur. Corps vertébral. ,,Partie antérieure, renflée et cylindrique, d'une vertèbre. (...)`` (cf. Méd. Biol. t. 1 1970). Corps des vertèbres, corps de l'atlas. Corps d'un muscle, corps du biceps brachial. Corps d'un organe : corps du clitoris, corps de la verge, corps du pancréas, corps de la vésicule biliaire.
β) BOT. Corps ligneux. Dans les branches, la tige ou la racine de certains végétaux, zone ligneuse, centrale entre la moelle et l'écorce. On n'a pas idée de la nappe qui circule dans un corps ligneux adulte pour répondre à son besoin d'eau (Pesquidoux, Livre raison,1928, p. 17).
γ) ARCHIT. Corps de logis ou corps de bâtiment. Partie centrale, ou la plus massive d'un bâtiment (isolé ou compris dans un ensemble), souvent par opposition aux ailes* où à des annexes diverses. Le pavillon (...) était situé au fond du jardin et dans un isolement complet (...) l'écurie se trouvait dans un des corps du logis de l'hôtel (Ponson du Terr., Rocambole,t. 1, 1859, p. 314).L'hôtel se dressait, ayant aux angles deux pavillons, deux sortes de tours engagées à demi dans le corps du bâtiment (Zola, Curée,1872, p. 331).
FORTIF. Corps d'une place ou d'une forteresse. ,,La place ou la forteresse considérée, abstraction faite de ses dehors`` (Ac. 1835, 1878). ,,Les assiégeants avaient pris les dehors, et étaient attachés au corps de la place`` (Ac.1835, 1878).
δ) MAR. Corps d'un bateau, d'un navire... Coque du bateau, du navire... sans les ponts, les mâts, les voiles... Corps de voile. Chacune des voiles principales d'un navire.
ε) Dans le domaine des écrits.Corps d'un livre, d'un ouvrage... Développement de la pensée de l'auteur, texte même, par opposition aux pages préliminaires, aux commentaires marginaux, aux appendices, tables et index divers. Corps d'un chapitre; corps d'un journal, d'un article. Pour le numéro d'août, dans le corps de la revue, un article sur le Saint-Jean-de-la-Croix de Jean Baruzi (Du Bos, Journal,1924, p. 48).
Dans le domaine épistolaire.Corps d'une lettre, d'une missive... Texte même, par opposition aux indications secondaires (date, formule de politesse, signature...).
Rem. Cf. corps d'une lettre infra A 3 b ζ.
ζ) TECHNOL. et divers. [Dans une machine, un appareil, une pièce...] Partie essentielle, centrale ou la plus massive. Corps de bibliothèque, de meuble, de chauffe, de roue (cf. Lar. encyclop.), corps de charrue (cf. Quillet 1965), corps de palier (cf. Poignon 1967), corps de poulie (cf. Bonn.-Paris 1895), corps de pompes (centrifuge) (cf. Colas-Cab. 1968 et Minéral. 1972). Corps de poêle. ,,Partie comprise entre le socle et la corniche`` (DG). Des lignes (...) qu'interrompaient avec symétrie de grands corps de cheminées (Gautier, Fracasse,1863, p. 88).
Corps de violon, de guitare. Partie creuse du violon, de la guitare, le manche n'étant pas compris. Corps de harpe. ,,Dans la harpe, le corps est concave et comprend le dos et la table d'harmonie de l'instrument`` (Rougnon 1935).
Corps d'une lettre (de l'alphabet). Principal trait parmi ceux qui dessinent une lettre.
B.− [P. réf. au corps hum. en tant qu'il constitue un assemblage qui est un modèle d'unité organique autonome; selon les emplois, l'accent est mis sur l'une ou plusieurs de ces idées dominantes]
1. [Le corps comme symbole d'union]
a) Loc. verbales fig.
[Seulement en parlant de pers.] Ne former qu'un corps; ne faire qu'un corps (et qu'une âme) :
23. Et il n'y a point de chefs, ni de soldats, mais chacun Garde sa partie comme un musicien, et ils ne forment qu'un corps. Claudel, Tête d'or,2eversion, 1901, p. 268.
[En parlant de deux ou plusieurs pers. ou choses] Faire corps avec. Être solidaire de, être uni à, ne faire qu'un avec; adhérer à, ne former qu'un tout, qu'une masse avec. Je faisais corps tout entier avec une sorte de volonté droite, dont je sentais le poids, entre mes deux seins (Bosco, Mas Théot.,1945, p. 75).Les conséquences (...) dépendent de la décision et font corps avec elle (Jankél., Je-ne-sais-quoi,1957, p. 213).
Faire corps. ,,Ces deux branches font tellement corps ensemble, qu'il est presque impossible de les séparer`` (Ac.1835, 1878).Que deviendrons-nous (...) si nous ne faisons pas corps, solidement? Unis, nous sommes invincibles (Vogüe, Morts,1899, p. 180).
b) Spéc., RELIG. Corps du Christ, corps de l'Église, corps mystique (du Christ). ,,Corps du Christ, unité organique des chrétiens rattachés, dans leur corps même (...) par les rites du baptême (...) et de l'Eucharistie (...) au corps du Christ ressuscité et vivifié, par l'Esprit`` (Foi t. 11968) :
24. − Par notre union au Christ, son chef, dans l'unité visible de l'Église, le corps des fidèles est restitué à Dieu. − Il faut communiquer au Christ. Pour tenir à la tête, il faut être corps. Nous sommes corps de l'Église par notre soumission à la forme, c'est-à-dire aux pasteurs légitimes, et par notre participation à la vie, c'est-à-dire aux sacrements qui en sont les canaux. Claudel, Correspondance[avec Gide], 1899-1926, p. 65.
2. [Le corps comme symbole d'unité d'organisation des pers.] Groupe de personnes constitué en ensemble plus ou moins organisé du fait de liens divers, d'intérêts communs et solidaires. Tout corps existant a droit à sa conservation (Destutt de Tr., Comment. Espr. des lois,1807, p. 15).
SYNT. Formation, organisation, ensemble, intérêts, d'un corps; élément(s), membre(s) d'un (même) corps; visite, repas de corps. ,,Corps respectable, influent, vénéré`` (Ac. 1835, 1878). Entrer dans un corps, appartenir à un corps. ,,Il a été agrégé au corps, reçu dans le corps`` (ibid.). Faire, former un corps à part; faire corps à part (cf. Ac.).
Loc. adv. En corps. Tous les membres de la collectivité, du corps, étant unis et solidaires :
25. ... ils se déclarent en corps contre l'État, ils s'insurgent en corps contre l'État, mais cette déclaration même, mais cette insurrection même, ils ne la font que comme corps de l'État, et au titre d'un corps de l'État. Péguy, L'Argent,1913, p. 1209.
Rem. Cf. infra les loc. esprit de corps et en corps constitué.
En partic.
a) [Au plan soc., prof.] Corps social; corps de la noblesse; corps enseignant, corps professoral; corps médical; corps savant; corps ecclésiastique, corps épiscopal; corps des avocats; corps des guides. Ces quatre-vingts petites ingénues qui composent le corps de ballet (About, Nez notaire,1862, p. 17).Les chevaliers, c'est-à-dire le corps aristocratique, ne prirent pas part à cette insurrection (Fustel de Coul., Cité antique,1864, p. 487).
Corps de métier. Ensemble organisé de personnes exerçant la même profession (cf. corporation).
HIST. [Sous l'Ancien Régime] Corps (de) marchands. Ensemble organisé et régi par des statuts particuliers, des personnes exerçant le même commerce. ,,Il y avait autrefois, en France, six corps des marchands. Les merciers étaient un corps séparé des drapiers`` (Ac.1835, 1878).
Esprit de corps. Esprit de solidarité existant entre les membres d'un même corps de métier. P. ext., esprit de solidarité, communauté de pensée... qui existe entre les différents membres de tout groupe. Esprit de corps exclusif et hostile; avoir, entretenir un esprit de corps; manquer d'esprit de corps; esprit de corps qui aveugle :
26. − La superbe? reprit le père Felletin. Ne la confondez-vous pas avec l'esprit de corps qui est une fierté mal placée, injuste quelquefois, mais qui est issue de la solidarité de gens vivant ensemble, enfermés, et dont le champ de vision est fatalement restreint. Huysmans, L'Oblat,t. 1, 1903, p. 215.
b) [Au plan pol., institutionnel] Corps d'un État, d'un royaume; corps judiciaire, de la magistrature; corps administratif, corps d'origine (cf. Admin. 1972); Corps diplomatique (cf. Jur. 1971); corps consulaire; corps municipal; corps conservateur. − En dehors des corps académiques reconnus par l'État, lui dit le secrétaire, il existe nombre de petites sociétés savantes (Champfl., Bourgeois Molinch.,1855, p. 260).
Corps constitué(s)
DR. ,,Organe collectif ayant une existence permanente (...) et une constitution unitaire (...), et investi d'une part de l'autorité ou d'une participation à l'administration publique`` (Cap. 1936).
Rem. Cap. 1936 précise : ,,L'expression est employée d'ailleurs dans des acceptions d'étendue inégale. Au sens de la loi sur la presse (L. 29 juill. 1881, art. 30), les « corps constitués », que la loi distingue à la fois et des « cours et tribunaux » et des « administrations publiques », comprennent les assemblées législatives``.
Usuel.
α) [P. oppos. aux assemblées législatives] Organes de l'Administration et tribunaux prévus par la Constitution.
β) ,,(...) surtout à l'occasion des cérémonies officielles, (...) réunion des représentants des activités participant au fonctionnement de l'État`` (Admin. 1972). Recevoir l'hommage des corps constitués.
Rem. Lar. Lang. fr. enregistre la loc. fig. ,,venir en corps constitué venir en groupe résolu et organisé pour prendre une décision grave``.
Grands corps de l'État. Corps de hauts fonctionnaires ne faisant pas partie des administrations centrales, particulièrement Conseil d'État, Cour des comptes et Inspection générale des Finances.
Corps politique.
α) Ensemble des citoyens considérés en tant qu'ils exercent des droits politiques.
β) Groupe organisé intervenant de façon active et suivie dans la vie politique d'un état. Mais est-il nécessaire que le clergé soit un corps politique dans l'État (Staël, Consid. Révol. fr.,t. 2, 1817, p. 222).
Corps électoral. Ensemble des citoyens jouissant du droit de vote. La méthode, contraire aux traditions démocratiques, qui consisterait à appeler le corps électoral à se prononcer par voie de référendum sur un projet de constitution (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 257).
HIST.
α) [Dans différentes Constitutions] Corps législatif. Assemblée délibérante chargée de voter les lois.
β) [Sous l'Ancien Régime] Corps intermédiaires. Groupes se situant entre le pouvoir politique central et le corps électoral et représentant des intérêts intermédiaires (cf. Admin. 1972). La monarchie (...) est entourée de corps intermédiaires qui la soutiennent à la fois et la limitent (Constant, Espr. conquête,1813, p. 186).
c) [Dans l'organisation milit.] Unité militaire plus ou moins importante, jouissant d'une certaine autonomie.
SYNT. Corps de régiment, de garnison; rejoindre son corps; corps d'armée; général de corps d'armée; corps de troupe(s); corps de bataille; corps aérien; corps de réserve, (par oppos.) corps actif.
En partic. Ensemble des militaires de certaines armes spéciales, de certains services. Corps d'artillerie, d'infanterie, de cavalerie; corps alpin, colonial, blindé; corps léger d'intervention; corps sanitaire, corps de santé. On ne double pas, pour de simples manœuvres, les troupes du corps d'observation sur la frontière (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 504).
Corps expéditionnaire. Corps spécialement formé pour accomplir une expédition lointaine.
Corps(-)franc.
α) Petit groupe militaire formé sur la base du volontariat spécialement constitué et entraîné pour s'acquitter d'opérations isolées et délicates.
β) Groupe plus ou moins important de volontaires levé en temps de guerre, hors du cadre de l'armée, dans des circonstances exceptionnelles. Corps francs du maquis (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 180).Ils [les Français] ont été ahuris de voir (...) les antimilitaristes prendre la tête de corps-francs pour poursuivre la lutte malgré l'armistice (Vailland, Drôle de jeu,1945p. 50).
Corps de garde. Groupe de soldats chargé d'assurer la garde d'un poste, d'un bâtiment de l'armée. Corps de garde avancé; établir un corps de garde. Synon. mod. poste* de garde.P. méton. Local où se tient le corps de garde. Salle, atmosphère, veillées du corps de garde; emmener qqn au corps de garde, passer la nuit au corps de garde. [P. réf. à la façon dont peuvent se comporter des soldats entre eux pendant les heures de garde] Langage, expressions, plaisanteries, histoire, couplets... de corps de garde. Langage, expressions... que caractérise la vulgarité. Récits exacts de toutes les querelles de cabaret, de toutes les grossièretés de corps de garde, de toutes les rixes d'ivrognes (Stendhal, L. Leuwen,t. 2, 1836, p. 338).
Spéc. Ensemble des militaires constituant les cadres d'une armée, d'une arme, d'un service. Corps des officiers, corps de l'Intendance; corps d'état-major. Ensemble des officiers sans commandement de troupes attachés à un officier supérieur, à un général dont ils constituent l'état-major.
3. [Le corps comme symbole ou principe d'unité d'organisation des choses] Ensemble d'éléments dont la réunion forme un tout organisé.
a) Ensemble formé par la réunion de textes relatifs à un même domaine. Synon. souvent vieilli de corpus*.,,Corps des poètes grecs, des poètes latins. Le corps des historiens de France, des historiens d'Allemagne. C'est un grand corps, un beau corps d'histoire`` (Ac. 1835, 1878). Corps de droit civil, de droit canon; corps de lois; corps de règles juridiques, de règles morales; corps de connaissances. ,,Il faut rassembler toutes ces pièces et en faire un corps`` (Ac.).
Loc. adv. En corps. Je ne prétends pas (...) rassembler en corps ce qui est partout disséminé dans les livres ou dans la mémoire des érudits lorrains (Barrès, Cahiers,t. 8, 1909-11).
b) Ensemble organisé d'entités matérielles ou intellectuelles.
Corps de doctrine. Ensemble de principes formant une doctrine. Corps de doctrines religieuses, corps de doctrine scientifique; corps de doctrine conforme aux traditions; créer un corps de doctrine; rassembler, réunir en corps de doctrine.
Spécialement
DR. Corps de preuves. Faisceau concordant de preuves partielles de différentes sortes dont l'ensemble constitue la preuve complète qui établit un fait.
FORTIF. Corps de place. Ensemble des ouvrages constituant l'enceinte continue de la place (cf. Lar. 19e20e; voir par ailleurs supra III A 3 b γ corps d'une place ou d'une forteresse).
MAR. Corps de voilure. Ensemble des voiles du navire (cf. DG; voir par ailleurs supra III A 3 b δ corps de voile).
MATH. MOD. Ensemble muni de deux lois internes de composition (addition, multiplication) (cf. Chamb. 1970 et 1972; Math. mod. 1972).Corps abélien* (cf. Sumpf-Hug.1973).
c) [L'ensemble unifié jouit d'une certaine indépendance]
ANAT. Élément anatomique ou organe présentant, du fait de sa constitution cellulaire, de sa fonction... une relative indépendance. Corps vitré. ,,Masse de consistance visqueuse (...) qui occupe l'espace compris entre la surface postérieure du cristallin et la rétine`` (Méd. Biol. t. 1 1970). Corps striés. Ensemble constitué par la réunion de trois amas de substance grise contrastant avec la blancheur des parties environnantes (cf. Méd. Biol. t. 1 1970). Corps calleux. Commissure interhémisphérique se présentant comme une lame de substance blanche (Méd. Biol. t. 1 1970). Corps thyroïde. Synon. (glande) thyroïde* (cf. Méd. Biol. t. 1 1970).Le corps thyroïde règle notre embonpoint (Proust, Sodome,1922, p. 603).Corps jaune. ,,Corps qui se forme dans l'ovaire, chez les Mammifères, à la place du follicule de Graaf après sa rupture et la libération de l'ovule. (...). Le corps jaune agit, comme une glande à sécrétion interne, produisant de la progestérone (...)`` (Méd. biol. t. 1 1970). Corps jaune gravidique, gestatif ou vrai; corps jaune menstruel ou périodique : corps jaune persistant.
ARCHIT. Corps de logis. Bâtiment, servant de logement, indépendant de la construction principale. ,,Il occupe un petit corps de logis sur le devant`` (Ac.).
Rem. V. par ailleurs supra A 3 b γ archit. corps de bâtiment ou corps de logis.
Prononc. et Orth. : [kɔ:ʀ]. La finale -ps n'est pas prononcée dans temps, printemps, corps, romps, corromps (cf. Kamm. 1964, p. 170 et Mart. Comment prononce 1913, p. 284 et 309). Noter que l'on fait gén. la liaison dans les expr. corps et âme [kɔ ʀzeɑ:m] (cf. Fouché Prononc. 1959, p. 441) et corps et biens [kɔ ʀzebjε ̃]. Cependant Mart. Comment prononce 1913 prononce [kɔ:ʀeɑ:m] et Barbeau-Rodhe 1930 transcrit [z] entre parenthèses. Buben 1935, § 232, relève encore : ,,On dit le corps | humain (sans liaison), les corps˘humains (avec liaison), mais des corps | épais, lutter corps | à corps (sans liaison).`` Enq. : /koʀ/. Ds Ac. depuis 1694. Homon. cor. L'expr. corps(-)mort (cf. supra III A 2 c) s'écrit avec ou sans trait d'union. Étymol. et Hist. A. « Partie matérielle des êtres animés » 1. a) ca 881 corps « l'organisme humain (p. oppos. à l'âme, à l'esprit) » (Eulalie, 2 ds Henry Chrestomathie, p. 3); 1remoitié du xiies. cors a cors « de très près (dans un combat, une lutte) » (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, 2360); 1888 corps à corps subst. masc. (Courteline, Train 8 h 47, p. 68); ca 1260 faire folie de son corps (en parlant d'une femme) « mener une vie déréglée » (Ph. de Novare, Quatre âges, 50 ds T.-L.); 1863 femme folle de son corps (Littré); ca 1243 cors « l'organisme humain (p. oppos. aux biens matériels) » (Ph. Mousket, Chron., éd. Reiffenberg, 30264); b) ca 1050 cors « cadavre » (Alexis, éd. Ch. Storey, 583); c) ca 1160 le cors Nostre Seinur « l'Eucharistie » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, t. 1, p. 188, 753); 1524 corps glorieux (Gringore, Le Blazon des hérétiques ds Œuvres complètes, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 333); 2. a) ca 1050 corps « personne, individu » (Alexis, éd. Ch. Storey, 399) − ca 1465, Maistre Pierre Pathelin, éd. R. T. Holbrook, 186; b) fin xiies. sor lor cors deffendant « en se défendant » (Conquête de Jérusalem, éd. C. Hippeau, 141); ca 1220 seur son cors deffendant « malgré elle » (Lai ombre, éd. J. Bédier, 677); 1585 en son, leur corps defendant (N. Du Fail, Contes d'Eutrapel ds Œuvres facétieuses, éd. J. Assézat, t. 2, p. 200); 1613 à mon, son corps deffendant (Régnier, Satire XV ds Œuvres complètes, éd. G. Raibaud, p. 198, 8); c) 1283 prise de (leur) cors (Ph. de Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, éd. A. Salmon, t. 2, p. 269, 1522); d) 1580 à corps perdu (R. Garnier, Antigone, 1151 ds Tragédies, éd. W. Foerster, t. 3, p. 41); e) 1549 garde du corps « ensemble de personnes chargées de la garde d'un souverain » (Est.) − 1671, Pomey ds FEW t. 17, p. 516 b; 1567 gardecors « personne chargée de la protection d'un souverain » (Baïf, Le Brave ds Euvres en rime, éd. Ch. Marty-Laveaux, t. 3, p. 213), forme isolée; 1680 garde du corps (Rich., s.v. garde); f) 1672 drôle de corps (Montfleury, La Fille capitaine, V, 3 ds Livet Molière, t. 2, s.v. drôle); 3. début xiies. cors « tronc du corps » (Roland, éd. J. Bédier, 1586); 4. ca 1170 cors « partie d'un vêtement qui couvre le buste » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, t. 2, 8120); 1575 corps de robbe (Inventaire Château Montrond ds IGLF); 1666 corps de jupe (A. Furetière, Le Roman bourgeois, éd. E. Colombey, p. 109). B. « Partie principale » 1. xiiies. [ms.] cors de la cité « partie principale de la ville » (G. de Villehardouin, Conquête de Constantinople, éd. E. Faral, 387 var.); 2. xiiies. cors de la maison [lat. : œdem] (Macchabées, éd. P. Meyer ds T.-L.); 1590 cors de logis (Comptes manoir Rouen, 500 ds IGLF); 3. 1528 typogr. corps d'une lettre (Inventaire de Louis Royer ds Mém. de la Soc. de l'hist. de Paris et de l'Île-de-France, t. 21, 1894, p. 108, 207); 1671 corps d'un discours, d'un livre, etc. « le discours, le livre lui-même, à l'exclusion de la préface, des notes, etc. » (Pomey); 1694 calligraphie corps d'une lettre « trait principal d'une lettre » (Ac.); 4. 1754 corps de délit (Encyclop. t. 4, p. 267 a); 1824 corps du délit (Balzac, Annette, t. 4, p. 65). C. « Objet matériel » 1. ca 1270 cors celestre (J. de Meung, Rose, éd. E. Langlois, 17094); 2. 1552 petitz corps « atomes » (Ronsard, Amours, éd. P. Laumonier, t. 4, p. 40); 3. 1561 anat. corps estrange (A. Paré, Œuvres, éd. J.-F. Malgaigne, t. 2, p. 76 a); 1680 corps étranger (Rich., s.v. étranger); 4. 1580 corps « tout objet matériel » (B. Palissy, Discours admirables, p. 430 ds IGLF); 5. 1585 chim. corps simple (N. Du Fail, Contes et discours d'Eutrapel, éd. J. Assézat, t. 1, p. 274). D. « Groupe (de personnes, de choses) » 1. fin xiiies. corps de lois (Couronnement Renart, éd. Méon, 2528 ds T.-L.), attest. isolée; 1671 (Pomey); 2. a) 1304 cors de ville (Roisin, éd. Brun-Lavainne, p. 345); b) 1434 corps « ensemble organisé de personnes (en gén.) » (Journal de Clément de Fauquembergue, éd. A. Tuetey, t. 3, p. 142); 1585 corps politic (N. Du Fail, op. cit., t. 2, p. 15); 1606 en corps (Nicot); 1789 corps constitué (Sieyès, Qu'est-ce que le Tiers état? p. 70); 1790 corps électoral (Mirabeau, Disc. ds Brunot t. 9, 2, p. 754, note 5); 1817 corps diplomatique (Staël, Consid. Révolution fr., t. 2, p. 273); 3. 1469 corps « groupe de soldats » (Lettre de Louis XI ds Bartzsch); av. 1662 corps d'armée (Pascal, Proph. 26 ds Littré); 1579 corps de garde [sens indéterminé] (H. Estienne, La Précellence du langage françois, éd. E. Huguet, p. 355); 1580 « local dans lequel se tiennent les soldats de garde » (R. Garnier, Antigone, 805 ds Tragédies, éd. W. Foerster, t. 3, p. 30); 1583 « groupe de soldats chargés de garder un poste, etc. » (Id., Les Juives, loc. cit., p. 124); [1689 Les quolibets que je hasarde Sentent un peu le corps de garde (La Fontaine, Lettre au duc de Vendôme ds Œuvres, éd. H. Régnier, t. 9, p. 446)]; 1694 plaisanteries, etc. de corps de garde (Ac.); 4. 1607 corps des artisans, etc. (Hulsius); 1771 esprit de corps (Turgot, Œuvres, éd. G. Schelle, t. 3, p. 521); 5. 1835 corps de ballet (Ac.). E. « Consistance » 1. 1580 d'une teinture (B. Palissy, Discours admirables, éd. A. France, p. 460 ds IGLF : les teintures sont toutes diaphanes, n'ayant aucun corps); 1680 d'un vin (Rich.); 2. av. 1715 fig. donner du corps (à une idée, etc.) (Fénelon ds Guérin). Du lat. class. corpus, attesté aux sens de base A 1, 2, 3, B 1; sens C en lat. class., repris en fr. surtout au xvies.; le sens D est également latin; corpus juris en b. lat. comme titre du Code Justinien. En a. fr., l'emploi de corps pour désigner un individu n'est possible que lorsque le mot est déterminé; ce sens ne s'est maintenu en fr. mod. que dans des expr. figées, cf. A 2, b-f. Fréq. abs. littér. : 33 119. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 50 077, b) 35 826; xxes. : a) 40 754, b) 54 417. Bbg. Cohen 1946, p. 14. − Gohin 1903, p. 354, 357, 361, 363. − Gottsch. Redens. 1930, passim.Hubschmid (J.). Zur Etymologie von span. lúa, port. luva. Vox rom. 1960, t. 19, p. 203. − La Landelle (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, p. 403. − Rog. 1965, p. 18, 102.

Corps : définition du Wiktionnaire

Nom commun

corps \kɔʁ\ masculin singulier et pluriel identiques

  1. Portion de matière qui forme un tout individuel et distinct.
    • Tout corps a trois dimensions : longueur, largeur et profondeur.
  2. Organisme de l’être humain, d’un animal ou de tout être animé, vivant ou mort.
    • Et Pausole observait debout les révélations successives d’un corps teinté, ferme, vivace, tandis qu’elle ouvrait tour à tour la chemisette bossue, la jupe monastique, le difforme pantalon blanc. — (Pierre Louÿs, Les Aventures du roi Pausole, 1901)
    • Sous une toilette criarde, ton corps mouvant laisse derrière lui flotter un sillage embaumé. — (Francis Carco, L’Amour vénal, Éditions Albin Michel, Paris, 1927, page 16)
    • Tu te déshabilles. Le reflet de ton corps fatigué te fait sourire. Il aura été désiré et arpenté. Mais personne ne l’aura jamais possédé. Sauf, un jour, tes enfants. — (Anaïs Barbeau-Lavalette, La femme qui fuit, éditions Marchand de feuilles, Montréal, 2015, page 360)
    1. (Anatomie) Tronc, partie de l’homme qui est entre le cou et les hanches.
      • Il a le corps bien fait, mais les jambes un peu trop courtes.
    2. (Par métonymie) Partie de certains vêtements qui s’applique à la partie supérieure du corps, corset, corsage.
      • Corps de robe.
      • Il faut lui mettre un petit corps qui lui tienne la taille. — (Madame de Sévigné, Lettres)
  3. (Droit) Personne considérée par opposition aux biens, aux marchandises, etc.
    • Séparation de corps.
    1. Personne sujette à être emprisonnée par ordre de justice.
      • Prise de corps.
      • Décret de prise de corps.
    2. (Vieilli) Personne du roi.
      • Les gardes du corps.
  4. (En particulier) Cadavre ; dépouille. — Note : Dans ce sens, il ne se dit que du corps humain.
    • A mesure que les deux chars funéraires, sur lesquels étaient placés les corps du duc de Montebello et du général Saint-Hilaire, passaient, les troupes présentaient les armes et les tambours battaient aux champs. — (« Variétés : Extraits des derniers Papiers de France », dans L'Ambigu ou Variétés littéraires et politiques, n° cclix du 10 juin 1810, édité par Jean-Gabriel Peltier, tome 29, Londres : Imprimerie de Vogel & Schultze, 1810, p. 518)
    • Une autre voiture à deux roues, […], était là aussi un peu à l’écart. Cette voiture était destinée, […], à recevoir le corps après le supplice et à le porter au cimetière. — (Ivan Tourgueniev, L’Exécution de Troppmann, avril 1870, traduction française de Isaac Pavlovsky, publiée dans ses Souvenirs sur Tourguéneff, Savine, 1887)
    • Décédé à Paris le 11 novembre 1872, des suites d’une albuminurie, son corps a été transporté le soir même pour être inhumé dans un caveau de famille, à Sedan. — (Eugène Dupont‎, Notice nécrologique de François Clément Sauvage, dans La vie rémoise, volume 4, 1869-1872)
  5. (Par extension) Défunt.
    • Le corps a été retrouvé par les gendarmes.
  6. (Christianisme) Eucharistie, chair symbolique du Christ.
    • Le corps et le sang du Christ.
    • Manger le corps de Notre-Seigneur.
  7. (Mathématiques) Anneau dont l’ensemble des éléments non nuls forme un groupe pour la deuxième loi de composition interne.
    • Puisque (infini) s’injecte dans via l’application φ : ——> , le corps sera infini. — (Dany-Jack Mercier, L'épreuve d’exposé au CAPES mathématiques, volume 2, 2006, page 83)
  8. Partie principale d’un objet, son cœur, son centre.
    • Les os du métacarpe ont la structure des os longs en général, c'est-à-dire, que leur corps est compacte & que leurs extrémités sont celluleuses. — (Hippolyte Cloquet, Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières : système anatomique, tome 1, Paris : chez la veuve Agasse, 1823, page 452)
    • Dans certains cas, le corps du moulin est fixe et forme une tour en maçonnerie, sur laquelle peut tourner la toiture en entraînant avec elle l’arbre et les ailes. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 114)
    • Après une présentation rapide de l’aérogare n° 1 de Roissy-en-France, avec son corps central et ses sept satellites, l’auteur décrit successivement les divers équipements réalisés dans cet ensemble. — (Revue générale de l’électricité : organe de l’Union des syndicats de l'électricité, 1973, n° 82, page V)
  9. (Numismatique) Figure qui est représentée sur une devise, par opposition aux paroles qui accompagnent cette figure et qu’on nomme l’âme de la devise.
    • Le corps d’une devise.
  10. Consistance de certains objets qui sont minces et flexibles.
    • Une étoffe qui a du corps.
    • Ce parchemin, ce papier n’a pas de corps, n’a pas assez de corps.
    • Cette lame d’épée est bien mince, elle n’a point de corps.
  11. Consistance des choses liquides qu’on fait cuire ou épaissir par le feu ou autrement.
    • Ce sirop n’est pas assez cuit, il n’a pas assez de corps.
    • Cet onguent, cet emplâtre a trop peu de corps.
  12. Force, vigueur de certains vins, de certaines liqueurs.
    • Un vin qui a du corps, qui n’a point de corps, qui prend du corps.
  13. (Figuré) Société, union de plusieurs personnes qui vivent sous les mêmes lois, les mêmes coutumes, les mêmes règles.
    • L’état, la république, le royaume est un corps politique.
    • L’église est un corps mystique.
  14. (En particulier) Compagnie ou communauté particulière, dans l’état ou dans l’église.
    • Le rôle des syndicats d’initiative est de grouper dans une même région ou un même district toutes les forces vives du tourisme, c’est-à-dire tous les particuliers ou les corps organisés qui travaillent et peuvent travailler à accroître l’industrie du tourisme. — (Serge Gagnon, L’échiquier Touristique Québécois, Presses de l’Université du Québec, 2003, page 233)
    • Le Sénat, la Chambre des députés, etc., sont des corps politiques.
    • Corps législatif : S’est dit, à plusieurs époques, d’assemblées chargées de faire et de voter les lois.
    • Corps diplomatique : Ensemble des ambassadeurs et ministres étrangers accrédités auprès d’une puissance.
    • Repas de corps : Repas qui réunit les membres d’une corporation, d’une compagnie.
    • Des annonces de repas de corps, de noces et de festins, s’étalent sur le fronton des plus fastueux qui affichent, comme une promesse de belle tenue et de fine chère, des serviettes pliées en bateaux, en éventails, en petits canards, en fleurs, des serviettes sculptées par ces surprenants garçons de marchands de vins, dénués de favoris et porteurs d’une moustache en brosse à dents sous un nez dont les ailes rougies se piquent. — (Joris-Karl Huysmans, Le Drageoir aux épices, G. Crès et Cie, Paris, 1921, page 188.)
    • Esprit de corps : Sentiment de solidarité qui anime ceux qui appartiennent à un même milieu, ont passé par une même école, exercent la même profession, etc.
  15. (Militaire) Corps d’armée ; troupe importante.
    • Nous remontâmes alors la Dwina pendant deux jours et jetâmes un pont sur ce fleuve que le deuxième corps entier passa pour atteindre la grande route de Polotsk à Saianétersbourg. — (Campagne de Russie, 1812, d'après le journal illustré d'un témoin oculaire, avec introduction de C-G. Faber Du Faur, Paris : chez Flammarion, 1895, page 23)
    • Le 4 octobre 1911, le Premier ministre Giolitti donne le coup d’envoi au départ d’un corps expéditionnaire. Il va vite atteindre les 100 000 hommes, marins et bersagliers, transportés par des centaines de navires. — (Tewfik Farès, 1911 : la Libye en guerre, déjà, dans Libération (journal) du 18 mars 2011, page S12)
  16. (Militaire) (En particulier) Régiment ou troupe, par rapport à ceux qui en font partie.
    • Les capitaines ont ordre de se rendre, de rester au corps. — Rejoindre son corps.
  17. Réunion, ensemble de ceux qui appartiennent à certaines armes spéciales.
    • Le corps de l’artillerie, du génie, de la gendarmerie.
    • Le corps des sapeurs-pompiers, etc.
  18. (Figuré) Désigne la réalité.
    • Prendre l’ombre pour le corps, prendre l’apparence pour la réalité.
  19. (Typographie) Principal trait dont une lettre est formée ; de la dimension de la pièce fondue qui supporte l’œil de la lettre et qui se mesure par points typographiques du côté du cran.
    • Ce caractère est fondu sur le corps dix, sur le corps douze, etc.
    • La force de corps d’un caractère.
  20. Corpus, recueil, assemblage de plusieurs pièces, de plusieurs ouvrages de divers auteurs, en un ou plusieurs tomes.
    • Le corps des poètes grecs, des poètes latins.
    • Corps de Droit civil. Corps de droit canon. Un corps de lois.
  21. Corps de doctrine, réunion de principes qui forment un système.
    • Corps de preuves : (Droit) Réunion de plusieurs sortes de preuves, qui toutes ensemble forment une preuve complète.
  22. (Anatomie) Excroissances charnues, tumeurs, callosités, etc.
    • Corps calleux, corps caverneux, corps muqueux, etc.
  23. (Cartographie) Dimension variable d'un caractère typographique mesurée dans un plan parallèle à la surface imprimante parallèlement à la ligne de base[2].
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
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Corps : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CORPS. n. m.
Portion de matière qui forme un tout individuel et distinct. Tout corps a trois dimensions : longueur, largeur et profondeur. Corps simple. Corps composé. Corps organique. Corps inorganique. Corps aérien, léger, pesant, diaphane, transparent, opaque, compact, dense, spongieux. Les corps célestes. Les corps élémentaires. Les corps ne peuvent se pénétrer les uns les autres. L'impénétrabilité des corps. Fig., Prendre l'ombre pour le corps, Prendre l'apparence pour la réalité. Il désigne aussi, dans un sens particulier, la Partie matérielle d'un être animé, et principalement de l'homme. Le corps humain. Le corps d'un animal. Les diverses parties du corps. Il a le corps bien conformé, bien proportionné. J'ai le corps brisé, moulu. Les exercices du corps. Dans ce sens, il s'oppose à Esprit, âme. L'homme est composé de corps et d'âme, du corps et de l'âme. Quand l'âme est détachée, séparée du corps, est sortie du corps. Quand l'âme abandonne le corps. Corps mort, ou simplement Corps, Cadavre, corps privé de vie. Il ne se dit qu'en parlant du Corps humain. Ensevelir les corps. Mettre, porter un corps en terre. Enterrer, inhumer un corps. Le corps fut exposé. Suivre, accompagner le corps. Ouvrir un corps. Embaumer un corps. Disséquer un corps. Faire l'anatomie d'un corps. Procéder à la levée d'un corps. Voyez LEVÉE. Corps mort, se dit figurément, en termes de Marine, de Tout objet établi sur le rivage, ou sur le fond d'une rade, pour l'amarrage des navires : c'est ordinairement une très grosse ancre borgne avec une chaîne ou un câble, dont le bout est porté par un bateau ou par une caisse flottante. Les phrases suivantes se rapportent à ces diverses acceptions du mot Corps. Se donner à quelqu'un ou à quelque chose de corps et d'âme, ou se donner corps et âme. Appartenir à quelqu'un corps et âme, Se donner entièrement à lui. Fig., C'est un corps sans âme. Voyez ÂME. Fig., Folle de son corps, se dit d'une Fille qui se livre au libertinage. Fig., Avoir le diable au corps. Voyez DIABLE. Fam., Bourreau de son corps, se dit de Quelqu'un qui ne ménage pas sa santé. Fam., C'est un drôle de corps, se dit de Quelqu'un qui est d'humeur bizarre. Prendre du corps, Prendre de l'embonpoint. Fig., Passer sur le corps à une troupe ennemie, Forcer l'obstacle qu'elle oppose à une marche en avant ; la bousculer. Passer sur le corps de quelqu'un, Obtenir un emploi auquel son rang, son mérite ou l'ancienneté lui donnait droit. Fig., À corps perdu, Avec impétuosité, sans songer à se ménager. Il se jeta à corps perdu dans la mêlée, dans le danger. Il se jette à corps perdu dans les entreprises les plus hasardeuses. À son corps défendant, Malgré soi, à regret, avec répugnance. Si j'y ai consenti, ç'a bien été à mon corps défendant. Croyez qu'il ne fera cela qu'à son corps défendant. À bras-le-corps. Voyez BRAS. Corps à corps, En serrant le corps d'un autre contre le sien. Ils luttaient corps à corps avec acharnement. Il s'emploie surtout en termes de Sports. Il est quelquefois employé comme nom. Les corps à corps sont défendus dans les duels à l'épée. Ce fut un corps à corps acharné. À mi-corps, À la moitié du corps. Ce meuble lui irait à mi-corps Corps glorieux. Voyez GLORIEUX. Corps-saint, Le corps, le cadavre d'un saint. On trouva dans cette église plusieurs corps-saints.

CORPS se dit aussi en parlant du Sacrement de l'Eucharistie. Le corps et le sang de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST sont contenus sous les espèces du pain et du vin. Recevoir le corps de Notre-Seigneur. Il se disait encore, dans un sens particulier, de la Personne d'un roi. Les gardes du corps. Il se dit, en termes de Jurisprudence, des Personnes considérées par opposition aux biens, aux marchandises, etc. Un vaisseau qui a péri corps et biens. Confiscation de corps et de biens. Séparation de corps. Voyez SÉPARATION. Il se dit aussi des Personnes considérées comme sujettes à être emprisonnées par ordre de justice. Prise de corps. Décret de prise de corps. Il désigne quelquefois seulement la Partie du corps humain qui est entre le cou et les hanches. Il a le corps bien fait, mais les jambes un peu trop courtes. Il a le corps long, le corps tout de travers. Il a le corps et les membres bien proportionnés. Il se dit, par extension, de la Partie de certains habillements qui couvre depuis le cou jusqu'à la ceinture. Corps de jupe. Corps de robe. Les manches d'un corps. Ce corps est trop long, trop large, trop étroit. Élargir, étrécir un corps. Corps de baleine ou baleiné. Corps rembourré pour cacher les défauts de la taille. Il désigne par analogie la Principale partie de certaines choses. Le corps d'une guitare, d'un violon, etc., La partie creuse d'une guitare, d'un violon, etc., sans comprendre le manche. Le corps d'un vaisseau, d'un navire, Le vaisseau, le navire lorsqu'il est sans ponts, mâts, voiles, cordages, ni ancres. Le corps d'une place ou d'une forteresse, La place ou la forteresse considérée abstraction faite de ses dehors. Le corps d'un livre, d'un ouvrage, Le livre, l'ouvrage sans la préface, les annotations, les tables, etc. Le corps d'une lettre, La lettre sans les indications de lieu, de date, les formules de politesse, la signature, etc. Il se dit aussi, en termes de Calligraphie, du Principal trait dont une lettre est formée ; en termes de Typographie, de la Dimension de la pièce fondue qui supporte l'œil de la lettre et qui se mesure par points typographiques du côté du cran. Ce caractère est fondu sur le corps dix, sur le corps douze, etc. La force de corps d'un caractère. Point typographique, Voyez POINT. En termes de Botanique, Le corps ligneux, Le bois, la partie de la tige ou de la racine comprise entre la moelle et l'écorce. On dit aussi, dans le langage ordinaire, Le corps d'un arbre, La tige d'un arbre. On dit dans un sens analogue, en termes d'Anatomie, Le corps d'un os, d'un muscle. Corps de pompe, Le tuyau d'une pompe, dans lequel joue le piston. Corps de logis, ou Corps de bâtiment, La masse ou la partie principale d'un bâtiment, considérée indépendamment des pavillons, ailes et autres annexes. On appelle aussi Corps de logis un Logement détaché de la masse du bâtiment principal. Il occupe un petit corps de logis sur le devant. En termes de Droit criminel, Corps du délit, Objet qui prouve matériellement l'existence d'un délit ou d'un crime, comme une porte brisée, un cadavre percé de coups, etc. En termes de Numismatique, Le corps d'une devise, La figure qui y est représentée, par opposition aux paroles qui accompagnent cette figure et qu'on nomme L'âme de la devise. Il se dit aussi de la Consistance de certains objets qui sont minces et flexibles. Une étoffe qui a du corps. Ce parchemin, ce papier n'a pas de corps, n'a pas assez de corps. Cette lame d'épée est bien mince, elle n'a point de corps. Il se dit également de la Consistance des choses liquides qu'on fait cuire ou épaissir par le feu ou autrement. Ce sirop n'est pas assez cuit, il n'a pas assez de corps. Cet onguent, cet emplâtre a trop peu de corps. Il se dit encore de la Force et de la vigueur de certains vins, de certaines liqueurs. Un vin qui a du corps, qui n'a point de corps, qui prend du corps. Dans un sens analogue, au figuré, Prendre corps se dit d'une Idée, d'un projet qui est en train de se réaliser. Peu à peu ce dessein a pris corps. À mesure que j'y réfléchissais, mon discours prenait corps. Faire corps se dit de Deux ou de plusieurs choses qui ont contracté une forte adhérence, qui sont unies de manière à n'en faire qu'une. Ces deux branches font tellement corps ensemble qu'il est presque impossible de les séparer. Il se dit figurément de la Société, de l'union de plusieurs personnes qui vivent sous mêmes lois, mêmes coutumes, mêmes règles. L'État, la république, le royaume est un corps politique. L'Église est un corps mystique, dont JÉSUS-CHRIST est le chef et dont les fidèles sont les membres. Il se dit aussi de Certaines compagnies ou communautés particulières, dans l'État ou dans l'Église. Les corps de métiers. Marcher en corps. Ils y assistèrent en corps. Il est membre, un des membres de ce corps. Les différents corps de l'État. Le Sénat, la Chambre des députés, etc., sont des corps politiques. Le corps de la magistrature. Les corps constitués. Corps législatif s'est dit, à plusieurs époques, d'Assemblées chargées de faire les lois. Corps diplomatique, Les ambassadeurs et ministres étrangers accrédités auprès d'une puissance. Repas de corps, Repas qui réunit les membres d'une corporation, d'une compagnie. Esprit de corps, Sentiment de solidarité qui anime ceux qui appartiennent à un même milieu, ont passé par une même école, exercent la même profession, etc. Corps de ballet, La troupe des danseurs et des danseuses qui exécutent un ballet. Il se dit encore d'une Partie de l'armée, ou d'une Troupe d'une certaine importance. Corps d'armée. Corps de troupes. Corps détaché, séparé, avancé. Corps de réserve. Corps d'infanterie, de cavalerie. Corps franc. Corps auxiliaire. Il se dit encore d'un Régiment, d'une troupe quelconque, par rapport à ceux qui en font partie. Il est aimé dans son corps. Les capitaines ont ordre de se rendre, de rester au corps. Rejoindre son corps. Visite de corps. Il désigne également la Réunion, l'ensemble de ceux qui appartiennent à certaines armes spéciales. Le corps de l'artillerie, du génie, de la gendarmerie. Le corps des sapeurs-pompiers, etc. On dit dans un sens analogue Corps des mines, des ponts et chaussées. Corps de garde, Certain nombre de soldats placés en un lieu pour faire la garde. Corps de garde avancé. Poser, mettre, établir un corps de garde. On dit plutôt aujourd'hui POSTE. Il se dit surtout du Lieu où se tiennent les soldats qui montent la garde. Sa maison servait de corps de garde. On le conduisit au corps de garde. Mots, railleries, plaisanteries de corps de garde, Mots, plaisanteries, railleries épaisses, telles que s'en permettent les soldats au corps de garde.

CORPS se dit encore figurément du Recueil, de l'assemblage de plusieurs pièces, de plusieurs ouvrages de divers auteurs, en un ou plusieurs tomes. Le corps des poètes grecs, des poètes latins. Il faut rassembler toutes ces pièces et en faire un corps. On dit dans un sens analogue Corps de Droit civil. Corps de droit canon. Un corps de lois. Corps de doctrine, Réunion de principes qui forment un système. En termes de Jurisprudence, Corps de preuves, Réunion de plusieurs sortes de preuves, qui toutes ensemble forment une preuve complète. En termes d'Anatomie, il se dit de Certaines excroissances charnues, tumeurs, callosités, etc. Corps calleux. Corps caverneux. Corps muqueux, etc.

Corps : définition du Littré (1872-1877)

CORPS (kor ; l's ne se lie pas : un corps animé, dites : un cor animé ; cependant plusieurs prononcent l's dans ce cas : un cor-z animé) s. m.
  • 1Ce qui fait l'existence matérielle d'un homme ou d'un animal, vivant ou mort. Les corps vivants. Les membres du corps. Corps très bien conformé. Les maladies qui attaquent le corps humain. Un corps souple et agile. Mais garde de toucher ce misérable corps, Corneille, Médée, V, 5. La mort ne nous laisse pas assez de corps pour occuper quelque place, et on ne voit là que les tombeaux qui fassent quelque figure ; notre chair change bientôt de nature ; notre corps prend un autre nom ; même celui de cadavre, parce qu'il nous montre encore quelque forme humaine, ne lui demeure pas longtemps ; il devient un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue, Bossuet, Duch. d'Orl. Que de corps entassés, que de membres épars ! Racine, Esth. I, 5. De son corps tout sanglant le misérable reste, Racine, Esth. III, 8. À ces mots ce héros expiré N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré, Racine, Phèd. V, 6. Tout nage dans le sang, et on ne tombe que sur des corps morts, Bossuet, Anne de Gonz. Son époux en cherchait le corps Pour lui rendre en cette aventure Les honneurs de la sépulture, La Fontaine, Fabl. XIII, 16. Pensez-vous que mon corps, devenu un épi de blé, un ver, un gazon, soit changé en un ouvrage de la nature moins digne d'elle ? Montesquieu, Lett. pers. 71.

    N'être qu'un en deux corps, être lié par une étroite amitié. Il est riche en vertu, cela vaut des trésors ; Et puis, son père et moi n'étions qu'un en deux corps, Molière, F. sav. II, 4.

    Un corps de fer, un homme qui résiste aux plus dures fatigues.

    Faire de son corps une boutique d'apothicaire, prendre trop de remèdes, se droguer.

    Gagner sa vie, son pain à la sueur de son corps, manger son pain à la sueur de son corps, se procurer par un rude travail ce qui est nécessaire à la subsistance.

    Familièrement. Il faut voir ce que cet homme a dans le corps, il faut tâcher de découvrir ses opinions, ses sentiments, et aussi tâter son courage. C'est un homme qui n'a rien dans le corps.

    Passer sur le corps d'une troupe ennemie, la renverser. Quoi ! vous doutez, dit-il, qu'avec mes huit mille braves Suédois je ne passe sur le corps à quatre-vingt mille Moscovites ? Voltaire, Charles XII, 2.

    Fig. Passer sur le corps de quelqu'un, obtenir un emploi auquel son rang lui donnait droit, devenir, de son inférieur, son supérieur. On se voit passer sur le corps par des subalternes, Massillon, Pet. car. Drap.

    Familièrement. Faire rentrer dans le corps, faire rengainer, faire taire. Si tu pouvais savoir quel plaisir on a lors De leur faire rentrer leurs nouvelles au corps…, Corneille, Ment. I, 6.

    Avoir le diable au corps, être d'une audace extrême, et encore, être singulièrement habile, ingénieux. Se dit aussi en parlant d'un cheval fougueux.

    Honorer de son corps, a été dit par Molière d'un homme qui épouse une femme, quand il croit lui faire honneur en l'épousant ; mais dit pour faire ressortir le ridicule du personnage. Et celle que je dois honorer de mon corps, Non-seulement doit être et pudique et bien née ; Il ne faut même pas qu'elle soit soupçonnée, Molière, Éc. des mar. III, 2.

    Un corps mort, un cadavre d'homme ou de femme. Je ne sais ce que c'est, monsieur, mais il me semble Qu'Agnès et le corps mort s'en sont allés ensemble, Molière, Éc. des f. V, 5.

    À bras-le-corps, loc. adv. En passant les bras autour du corps d'un autre. Il le saisit à bras-le-corps et le retint sur sa chaise malgré lui. La construction est : saisir, prendre le corps à [avec les] bras.

    Corps à corps, loc. adv. En attaquant de près son adversaire. Combat corps à corps. Étant forcés de combattre de près, ils mirent tous l'épée à la main, et alors il se fit un grand carnage ; car on se battait corps à corps, et l'on se portait la pointe de l'épée contre le visage les uns des autres, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. VI, p. 244, dans POUGENS.

    Fig. Comment Voltaire ne comprit-il pas le danger d'une lutte corps à corps avec Bossuet et Pascal ? Chateaubriand, Génie, III, III, 6.

  • 2Plus particulièrement, la partie du corps humain qui est entre le cou et les hanches, le tronc. Il a un coup d'épée dans le corps.

    À mi-corps, par la moitié du corps. Il était penché à mi-corps par la fenêtre. D'autres animaux à mi-corps, quelquefois des lions en ronde bosse, sont attachés aux bras [de la statue de Diane], Barthélemy, Anach. ch. 72.

    Terme d'escrime. Plier le corps en avant, en arrière. Plier le corps sur la jambe droite, sur la jambe gauche. Avancer le corps. Effacer son corps. Tenir le corps ferme. Partir du corps.

    Fig. Prendre le lièvre au corps, attaquer, dans une affaire, le point essentiel ; locution tirée de la chasse, le chien prenant le lièvre au corps effectivement.

    Terme de manége. On dit qu'un cheval a du corps, quand ses côtes sont amples et longues.

  • 3Le corps considéré par opposition à l'âme ; la partie sensuelle de l'être humain. Macérer, mortifier son corps… Dans son premier lustre il est déjà soldat, Le corps attend les ans, mais l'âme est toute prête, Corneille, Attila, II, 5. Le ciel n'a point encor, par de si doux accords, Uni tant de vertus aux grâces d'un beau corps, Corneille, Pomp. III, 3. Il y a des gens qui plaisent, quelque défaut qu'ils aient au corps et à l'esprit, La Rochefoucauld, Max. dans RICHELET. Ce sont des filles qui n'ont ni au corps ni à l'âme aucun des défauts dont il est parlé dans les constitutions, Patru, Plaid. 16, dans RICHELET. Le corps, cette guenille, est-il d'une importance, D'un prix à mériter seulement qu'on y pense ? Molière, F. sav. II, 7. C'est cette union admirable de notre corps et de notre âme que nous avons à considérer, Bossuet, Conn. III, 2. Suis-je libre en effet ? ou mon âme et mon corps Sont-ils d'un autre agent les aveugles ressorts ? Voltaire, 2e Discours. Ce corps vil et mortel est-il donc si sacré Que l'esprit qui le meut ne le quitte à son gré ? Voltaire, Alz. V, 3.

    Tant que l'âme me battra dans le corps, tant que je serai en vie.

    Se tuer le corps et l'âme, se donner beaucoup de mal sans résultat.

    Se donner à quelqu'un corps et âme ou de corps et d'âme, se dévouer entièrement à lui.

    Faire folie de son corps, se dit d'une femme qui se livre au désordre. Une femme folle de son corps, une femme qui se livre au désordre.

    Un corps sans âme, un homme qui ne sait que faire, que devenir. … Je suis à Paris triste, pauvre et reclus, Ainsi qu'un corps sans âme ou devenu perclus, Boileau, Sat. I.

    Un corps sans âme, se dit aussi d'un parti, d'une armée sans chef.

    Familièrement. Il n'est pas traître à son corps, se dit d'un homme qui ne s'épargne rien, qui ne se refuse pas les commodités de la vie.

    Dans la justice féodale, on disait que le corps était perdu quand une condamnation capitale était prononcée, par opposition à l'âme qui pouvait toujours être sauvée. Si elle [la partie] était vaincue [en combat judiciaire], elle ne perdait point le corps, mais le témoin était rejeté, Montesquieu, Esp. XX, 15.

    Fig. Le corps d'une devise, la figure qui y est représentée, par opposition à l'âme de la devise ou mots qui accompagnent cette figure.

  • 4La personne même. Répondre de quelqu'un corps pour corps, se porter garant de sa loyauté. J'en réponds corps pour corps, Corneille, le Ment. IV, 9. Je réponds de vous corps pour corps, La Fontaine, Oies.

    Faire bon marché de son corps, s'exposer hardiment au péril, ne pas se ménager assez.

    Bourreau de son corps, celui qui ne ménage pas sa santé.

    Un drôle de corps, un homme original, plaisant. On dit dans le même sens : c'est un plaisant corps.

    C'est un pauvre corps, c'est un homme sans esprit ni vigueur.

    Fig. Tomber sur le corps de quelqu'un, l'attaquer vivement en paroles, soit présent, soit absent.

    Avoir une mauvaise affaire sur le corps, être impliqué dans quelque affaire compromettante, dangereuse.

    La personne du prince. Les gardes du corps.

    Terme de jurisprudence. La personne, par opposition aux biens ou aux marchandises. Séparation de corps et de biens. La contrainte par corps. Il ordonna que personne ne serait obligé par corps pour dettes civiles, Montesquieu, Esp. XII, 21. Solon ordonna à Athènes qu'on n'obligerait plus le corps pour dettes, Montesquieu, Esp. XX, 15.

    Le par-corps, la contrainte par corps. Craindre le par-corps.

    Terme de marine. Périr corps et cargaison, corps et biens, se dit quand tout périt, vaisseau et marchandises.

    À corps perdu, loc. adv. sans ménagement pour sa personne, sans circonspection. Il se jeta a corps perdu dans la mêlée. Il se jeta à corps perdu dans les entreprises. Je te veux découvrir les maux qui sont attachés à cette profession ; tu t'y jetteras, si tu veux, à corps perdu, Perrot D'Ablancourt, Lucien, t. I, dans RICHELET.

    À son corps défendant, loc. adv. En résistant à une attaque. S'il l'a tué, c'est à son corps défendant. La construction est : à [en] défendant son corps.

    Fig. malgré soi, à regret. Je n'y ai consenti qu'à mon corps défendant. Or si parfois j'écris suivant mon ascendant, Je vous jure, encore est-ce à mon corps défendant, Régnier, Sat. X. Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant, Molière, Tart. I, 1.

  • 5Bon corps, mauvais corps, bon état, mauvais état de la constitution. Ce roi vit un troupeau qui couvrait tous les champs, Bien broutant, en bon corps…, La Fontaine, Fabl. X, 10.

    Absolument. Corps, l'embonpoint. Prendre du corps.

    Faire corps neuf, se dit du rétablissement après une longue maladie. Cela se dit aussi des chevaux mis au vert.

    Terme de fauconnerie. Être trop en corps, se dit d'un oiseau, quand il est trop gras et qu'il vole avec difficulté.

  • 6 Terme de théologie. Il se dit en parlant du sacrement de l'Eucharistie. Recevoir le corps de Notre-Seigneur.

    Corps saint, le corps d'un saint. On trouva dans cette église plusieurs corps saints. Enlever un homme comme un corps saint, l'enlever de vive force et sans qu'il ait le temps de résister. Ainsi écrite, cette locution est inintelligible ; car les corps des saints ne sont enlevés ni de vive force ni sans qu'ils aient le temps de résister ; voyez-en l'explication à CORSIN qui est une bonne orthographe, celle-ci étant tout à fait vicieuse. Aussi, comme on ne comprenait plus la locution, on y a attaché un sens tout opposé et en rapport avec corps saint, c'est-à-dire enlever en pompe et avec honneur, ainsi qu'on le voit par cette phrase d'une traduction de Don Quichotte, citée par LEROUX DE LINCY, Prov. t. I, p. 9 : " On vint le [Sancho] recevoir sous les armes, on l'enleva en pompe comme un corps saint, et on le porta sur les épaules à la grande église. " Mais le fait est qu'en ce sens la locution n'existe ni dans les textes ni dans les dictionnaires.

    Corps glorieux, état où seront les corps des bienheureux après la résurrection.

    Familièrement et par antiphrase. C'est un corps glorieux, ce n'est pas un corps glorieux, c'est ou ce n'est pas une personne qui reste longtemps sans éprouver certains besoins corporels.

  • 7Partie des vêtements qui s'applique à la partie supérieure du corps. Je crois toujours que c'est qu'on voit mes pensées au travers de mon corps de jupe, Sévigné, 75. Il faut lui mettre un petit corps qui lui tienne la taille, Sévigné, 271. Elle paraît en simple déshabillé, sans corps, Sévigné, 3.

    Corset. Sa santé [de Mme de Chevreuse] ne lui permettait pas depuis quelque temps de mettre un corps, Saint-Simon, 238, 174. Ces modes étaient extravagantes ; c'était un corps qu'on laçait par derrière, Voltaire, Mœurs, 82. Leurs femmes ignoraient l'usage de ces corps de baleine, Rousseau, Ém. V. Les bandages du maillot peuvent être comparés aux corps que l'on fait porter aux filles dans leur jeunesse, Buffon, De l'enfance.

    Corps de baleine, ancien corset de femme fait avec des baleines. D'habiles naturalistes ont soutenu que ces espèces de cuirasses (les corps de baleines serrés) pour renfermer et contenir la taille des enfants sont très pernicieuses, parce qu'elles gênent la nature, la forcent et souvent l'étouffent ; ce fut Catherine de Médicis qui en introduisit l'usage en France, Saint-Foix, Ess. Paris, t. IV, p. 265, dans POUGENS.

    Corps de cuirasse. Il leur avait passé un corps de cuirasse, La Bruyère, XII.

  • 8Par extension de l'idée de corps d'animal à celle d'un objet quelconque, tout ce qui frappe nos sens par des qualités spéciales. L'air, la terre, une pierre, un arbre, un animal, sont autant de corps. L'impénétrabilité des corps. Le corps n'est autre chose qu'une étendue solide et bornée par une figure qui est une manière d'être de cette étendue, Boullainvilliers, Réfut. de Spinosa, p. 31. Les corps ne sont figurés, mobiles, etc. que parce qu'ils sont étendus, Condillac, Gramm. Précis des leçons préliminaires, art. 4. Il est certain que nous n'avons aucune démonstration de l'existence des corps l'auteur célèbre des causes occasionnelles l'avait déjà prouvé ; et les raisons qu'allègue le théologien anglais ne font que mettre cette proposition dans un plus grand jour, Bonnet, Essai psychol. ch. 33. Cependant le cerf vole ; et les chiens sur la voie Suivent ces corps légers que le vent leur envoie, Delille, Homme des champs, I.

    En physique, on distingue les corps en solides et en fluides, et ceux-ci en liquides et en fluides élastiques.

    Terme de chimie. Corps simples, ceux dont on n'a pu tirer, jusqu'à ce jour, qu'une seule espèce de molécules. Corps composés, ceux qui sont formés de deux ou de plusieurs espèces de molécules.

    Les corps célestes, le soleil, les étoiles fixes, les planètes, les satellites et les comètes. Toute leur félicité consiste en ce qu'elles y entendent l'harmomie que les corps célestes font par leurs mouvements, Fontenelle, Mondes, 3e soir. Le fameux problème que les géomètres ont appelé problème des trois corps, parce qu'il consiste à déterminer l'orbite d'un corps céleste attiré par deux autres, D'Alembert, Encycl. Disc. prélim. Œuvres, t. XIV, p. 93, dans POUGENS.

    Terme de physiologie. Corps organisé, tout corps ou portion de corps appartenant ou ayant appartenu à un corps vivant, végétal ou animal.

    Terme de chirurgie. Corps étrangers, corps qui sont introduits accidentellement ou qui se développent dans l'économie.

    Prendre l'ombre pour le corps, prendre l'apparence pour la réalité.

    C'est l'ombre et le corps, se dit de deux personnes inséparables.

    Faire corps, se dit des choses unies ou adhérentes. Le bourgeon fait corps avec l'écorce.

    Fig. Les nouvelles prières faisaient corps avec les anciennes, Bossuet, Messe. Une magistrature qui ne fait point corps avec les autres, Rousseau, Contr. IV, 5.

  • 9 Terme de droit. Corps de délit, fait matériel qui constate le crime.

    Corps certain et déterminé, un objet désigné, comme par exemple le cheval qui est dans l'écurie : cela se dit par opposition aux choses de genre.

    Corps héréditaire, la masse des biens qui composent une succession.

  • 10La partie principale ou la plus grosse de certains objets. Le corps d'un violon, d'une pompe, d'un carrosse, d'un édifice, d'un vaisseau.

    Par extension. Ce n'est là que l'ouvrage d'un académicien ; si celui de l'Académie était publié, non-seulement il nous résoudrait une infinité de doutes, mais encore il est vraisemblable qu'il affermirait et fixerait en quelque sorte le corps de la langue, Pellisson, Hist. Acad. t. I, p. 150, dans POUGENS.

    Corps de sonde, ensemble d'allonges ajustées les unes à la suite des autres.

    Dans l'écriture, le corps d'une lettre, le principal trait de cette lettre.

    Quand on parle d'une lettre missive, le corps d'une lettre est cette lettre sans les compliments, la date, la signature, etc.

    En typographie, la dimension de la pièce fondue qui supporte l'œil de la lettre et qui se mesure par points typographiques du côté du cran. Au lieu de trismégiste, gros canon, etc. on dit corps 36, corps 44, en sous-entendant points.

    La partie d'un poêle, comprise entre le socle et la corniche.

    Terme de serrurerie. La tige d'une espagnolette.

  • 11Collection, recueil de pièces. Le corps de l'histoire de France par les bénédictins. Le corps du droit civil. Dans un temps où chaque ville, bourg ou village, avait sa coutume, donner un corps général de lois écrites, c'était vouloir renverser dans un moment toutes les lois particulières sous lesquelles on vivait dans chaque lieu du royaume, Montesquieu, Esp. XXVIII, 37. Dès l'âge de vingt ans, le jeune Montesquieu préparait déjà les matériaux de l'Esprit des lois, par un extrait raisonné des immenses volumes qui composent le corps du droit civil, D'Alembert, Éloges, Montesquieu.
  • 12Corps de doctrine, ensemble de principes religieux ou philosophiques.

    Corps de la conduite, ensemble de la conduite que tient une personne. Lorsque l'œil est simple et éclairé, il répand la lumière sur tout le corps de la conduite, Massillon, Confér. Conduite.

    Terme de jurisprudence. Corps de preuves, réunion de plusieurs sortes de preuves qui toutes ensemble concourent à former une preuve complète.

  • 13Épaisseur ou consistance que présentent certaines choses. Ce papier, cette étoffe, ce sirop n'a pas de corps. Un vin qui a du corps, de la force.

    Fig. Ce sont viandes creuses qui n'ont pas assez de corps pour la sustenter, Bossuet, Bonté, 2. Il faut donner du corps à toutes les instructions qu'on veut insinuer dans l'esprit de l'homme, Fénelon, XXI, 49.

  • 14Réunion de personnes vivant sous les mêmes lois. L'État est un corps politique dont le souverain est le chef. L'Église est un corps mystique dont J. C. est le chef. À moins que d'une tête, un si grand corps chancelle, Corneille, Othon, III, 2. Le corps politique, aussi bien que le corps de l'homme, commence à mourir dès sa naissance et porte en lui-même les causes de la destruction, Rousseau, Contr. soc. III, 11. Le corps politique, pris individuellement, peut être considéré comme un corps organisé vivant, semblable à celui de l'homme, Rousseau, Économie polit. Le corps entier du peuple n'affecte, ne flatte ni ne dissimule, Montesquieu, Rom. 14. Vois l'empire romain tombant de toutes part, Ce grand corps déchiré dont les membres épars Languissent dispersés sans honneur et sans vie, Voltaire, Fanat. II, 8. Il est venu de tous les États ne former qu'un corps, Massillon, Car. Immut. Pour faire de tout un même corps, Bossuet, Hist. II, 13. Les Juifs demeurent toujours en corps de peuple, Bossuet, ib. II, 7.

    Le corps de l'Église, l'ensemble des fidèles. La profession du christianisme suffit pour faire partie du corps de l'Église ; ce qu'il avance contre M. Claude, qui ne compose le corps de l'Église que de vénérables fidèles, Bossuet, Variat. 3e avert. § 1. C'était un corps d'église qu'il fallait montrer, un corps où l'on prêchât la vérité et où l'on administrât les sacrements, Bossuet, Variat. XV, § 6.

  • 15Compagnie qui, réunie par un certain lien, a une existence et une fonction dans l'État ou dans l'Église. Le corps du clergé, de la noblesse. Les grands corps de l'État. Le corps législatif. Ce grand corps tous les ans change d'âme et de cœurs, C'est le même sénat et d'autres sénateurs, Corneille, Tite et Bérén. V, 2. Son inimitié Voulut de ce grand corps retrancher la moitié [des janissaires], Racine, Baj. I, 1. Les grands corps s'attachent toujours si fort aux minuties, aux vains usages, que l'essentiel ne va jamais qu'après, Montesquieu, Lett. pers. 109. De sorte que tout notre corps est responsable des livres de chacun de nos pères [jésuites], Pascal, Prov. 9. Un si grand corps [l'ordre des jésuites] ne subsisterait pas dans une conduite téméraire et sans une âme qui le gouverne et qui règle tous ses mouvements, Pascal, Prov. 5. Quel parti prenez-vous dans la querelle des deux médecins, Théophraste et Artemius ? car c'est une affaire qui partage tout notre corps, Molière, Amour méd. II, 3. Les corps, aussi peu infaillibles que les particuliers, payent comme eux le tribut à l'erreur et à la fragilité humaine, D'Alembert, Éloges, J. Test. de Mauroy. Corps constitués, les divers tribunaux ou administrations, par opposition soit au corps de la nation, soit au corps législatif ou constituant.

    En droit, collection d'individus qui a une existence légale, exerce des droits propres, pris par opposition aux personnes individuelles.

    Le corps de ville, les magistrats de la municipalité. Pierre le Grand reçut les respects du corps de ville, Voltaire, Russie, II, 8.

    Le corps diplomatique, les ambassadeurs et les ministres étrangers.

    Corps de métier, réunion des ouvriers d'un même état.

    Corps d'état, réunion des personnes d'un même état.

    Esprit de corps, opinions bonnes et mauvaises communes aux divers membres d'une corporation. Ce n'est pas seulement dans le militaire qu'on prend l'esprit de corps, Rousseau, Ém. IV. Hélène, la plus célèbre des belles, à laquelle vous devriez, madame, par le même esprit de corps, vous intéresser aussi bien qu'à la dixième muse, Courier, I, 21. Admis enfin, aurai-je alors Pour tout esprit l'esprit du corps ? Béranger, Académ. et Cav.

    Repas de corps, repas d'apparat où se réunissent les membres d'un corps.

    En corps, loc. adv. En masse, collectivement. Et le sénat en corps vient exprès d'y monter, Pour jurer sur vos lois, aux yeux de Jupiter…, Corneille, Othon, V, 10. Toute la ville en corps reconnaîtra ce zèle, Molière, l'Étour. III, 2. La faculté a été consultée en corps, Bossuet, Comet.

  • 16Terme du langage militaire. Corps d'armée, grande division d'une armée. Le troisième corps d'armée, ou, simplement, le troisième corps prit position. Corps de bataille, la partie centrale de l'armée. Corps de réserve, corps tenu en arrière pour être appelé au besoin. Il formera un grand corps d'armée, Pascal, Proph. 26. Il paraît que les Asiatiques ont été des siècles avant de savoir diviser une armée en différents corps, Condillac, Hist. anc. I, 18. Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention à placer sa droite ou son corps de réserve…, Montesquieu, Lett. pers. 110. Ses ordres de mouvement avaient été exécutés avec une telle précision, que tous ces corps, partis du Niémen à des époques et par des routes différentes, malgré des obstacles de tout genre, après un mois de séparation et à cent lieues du point où ils s'étaient quittés, se trouvèrent à la fois réunis à Beszenkowiczi, où ils arrivèrent le même jour et à la même heure, Ségur, Hist. de Nap. IV, 7.

    Un corps d'infanterie, de cavalerie. Il est aimé dans son corps. Il a rejoint son corps, il a rejoint son régiment. Chaque corps ennemi qui se présenta sur nos flancs comme assaillant fut assailli ; la cavalerie fut refoulée dans le bois, et l'infanterie rompue à coups de sabre, Ségur, Hist. de Nap. IV, 7.

    L'ensemble de ceux qui appartiennent à certaines armes spéciales. Le corps du génie. Le corps d'artillerie. Nos dragons, notre corps d'artillerie, Voltaire, Lett. Mme de St-Julien, 21 sept. 1775.

    Corps francs, petits corps de troupes qui n'appartiennent pas à la ligne, qui d'ordinaire ne reçoivent pas de solde, et qui souvent ont un caractère insurrectionnel.

    Dans l'ancienne armée française les premiers corps d'infanterie étaient les régiments des gardes françaises et suisses ; après marchaient les six vieux corps, qui étaient les régiments de la plus ancienne création, Picardie, Piémont, Champagne, Navarre, Normandie et le Maine ; ensuite les six petits vieux corps, qui portaient chacun le nom de son colonel.

    Corps de garde, petite troupe qui monte la garde. J'aime les sobriquets qu'un corps de garde impose ; Ils conviennent toujours…, La Fontaine, Ballade, sur le nom de Louis le Hardi.

    Lieu où se tient cette petite troupe.

    Plaisanteries de corps de garde, plaisanteries grossières. Les quolibets que je hasarde Sentent un peu le corps de garde, La Fontaine, Lett. XXIII.

    Habitudes de corps de garde, se dit d'habitudes de sans-gêne, comme fumer, se coucher nonchalamment, etc.

  • 17Corps d'harmonie, se dit quelquefois d'un corps de musique militaire.

    Le corps de ballet, la troupe des danseurs qui exécutent un ballet, par opposition à ceux qui dansent un pas. Corps de ballet désigne aussi la troupe des danseurs.

  • 18Corps de logis, la masse ou la partie principale d'un bâtiment, considérée séparément des pavillons ou ailes. Quand l'architecte travaille au corps du bâtiment, s'il ne songe ni à la cour ni au portail, son ouvrage n'est qu'un assemblage confus de parties magnifiques qui ne sont point faites les unes pour les autres, Fénelon, Tél. XXII. Trois corps de logis, formant avec l'église un carré long, composent l'édifice des Invalides, Chateaubriand, Génie, III, I, 6.

    Corps de logis simple, celui qui ne renferme qu'une pièce ou qu'une seule suite de pièces. Corps de logis double, celui qui, dans son épaisseur, renferme deux pièces ou une suite de pièces.

    Corps de logis se dit aussi d'un édifice détaché de l'édifice principal. Il occupe un petit corps de logis au fond du jardin.

  • 19 Terme d'architecture. Corps, toute partie qui, par sa saillie, excède le nu du mur et sert de champ à quelque décoration.

    Terme de construction hydraulique. Corps mort, pièce de bois pour assujettir les mâts au fond de l'eau.

  • 20 Terme de marine. Corps mort, objet établi solidement sur le rivage ou sur le fond d'une rade pour l'amarrage des navires.

    Corps de voile, voile principale.

    Corps de pompe, l'ensemble des pompes principales.

    Corps de voilure, la voilure entière.

    Corps organisés, nom des équipages de ligne et des compagnies d'ouvriers mécaniciens.

    La partie d'un bateau de pêche comprise depuis le mât jusqu'à peu près les deux tiers de sa longueur, tant à l'avant qu'à l'arrière.

  • 21 Terme d'anatomie, nom de certaines parties. Le corps calleux. Le corps vitré.

    La partie principale de chaque os ou de chaque muscle. Le corps du sphénoïde. Le corps du fémur. Le corps du triceps fémoral.

    Le corps jaune, petite vésicule qui est dans l'ovaire.

  • 22 Terme de botanique. Le corps ligneux, le bois, la partie de la tige comprise entre la moelle et l'écorce.

    Corps cotylédonaire, les cotylédons rapprochés et soudés, de manière à ne faire qu'un seul corps.

  • 23 Terme de numismatique. Se dit de toutes les figures empreintes sur les médailles.
  • 24 Terme de gravure. La largeur et l'épaisseur de la partie du burin qui est aiguisée en losange.

    Terme de peinture. Corps percé, couleur claire placée sur une autre couleur claire.

HISTORIQUE

Xe s. Bel avret [elle avait] corps, bellezour anima, Eulalie.

XIe s. Home qui plaide en curt, à cui curt que ço soit, fors là où li cors le rei est…, L. de Guill. 28. Gent ad le cors et contenance fiere, Ch. de Rol. VIII. Je conduirai mon cors [ma personne] en Roncevauz, ib. LXIX. Franceis descendent, si adoubent lur cors, ib. CXXXIV. Li amirals en jure quanqu'il puet De Mahomet les vertuz et le cors, ib. CCXXXIV.

XIIe s. Et ton saint cors livras à la passion, Ronc. p. 48. Outre, cuivers ! [que] li cors Dieu te honnie, ib. p. 58. Dusque je soie de vostre cors [sur votre personne] vengez, ib. p. 107. Car je mon cors de traïson defent, ib. p. 181. Mais [ils] n'i voient rien qui fasse à desplaire N'en cors, n'en bras, n'en bouche, n'en menton, Couci, II. Et ses beaus bras et son cors bel et gent, ib. V. Comment me puet li cuers au cors durer Qu'il ne s'en part ? ib. XXII. Se par bataille ne me puis esploitier Tot cors à cors encontre un chevalier, Li coronemens Looys, V. 2353. Si m'est au cors une autre amour emprise, Qui me requiert et allume et esprent, Quesnes, Romancero, p. 90. Qui puis derraisna [défendit la cause de] France cors à cors à [contre] Broier, Sax. IV. De tout vostre gaain ne vous demant-je mie Fors li cors Helissant [la personne d'Helissant], ib. VII. Et si dui fil ocis et sa fame au cors gent, ib. XI. Jofroiz li Angevins se dresse en son estage ; Bel chevalier i ot de cors et de visage, ib. XXVI. [Que chaque baron aille chez soi] Pour aprester ses homes, son cors et son afaire, ib. XXX.

XIIIe s. Et mande à tous ceus de l'os, et à petis et grans, que ses cors [sa personne] meismes ira avecques vous en la terre d'outre mer, Villehardouin, II. Et d'autre part del bras saint Jorge ne tenoient fors que seulement le cors de la cité, Villehardouin, CL. Et li Venicien leur firent marchié plenteureus de toutes choses que il convenoit à cors d'ome et à cors de cheval, Villehardouin, XXXIII. Mainte ame en fu de cor sevrée et departie, Berte, II. Après [ils] le marierent pour son cor [sa personne] honorer, ib. III. C'ert [c'était] la fille à la serve, ses cors soit lui [à elle] honnis, ib. V. Or soit Diex de mon cor et de m'ame gardere, ib. XVIII. À Dieu [elle] s'est comandée et au cor [de] saint Denise, ib. XXX. [Il] n'ot plus d'hoirs de son cor fors Berte la courtoise, ib. LXII. En la serve [il] avoit mis cuer et cor et desir, ib. LXIII. Dont [donc] ne lui faites mie du cor la vie oster, ib. XCVII. Plus [j'] eüsse vo cor [votre personne] honoré et servi, ib. CXVIII. D'un samit portret à oysiaus, Qui ere tout à or batus, Fu ses cors richement vestus, la Rose, 826. Et aussi quant feme est condampnée à perdre le cors par jugement, et ele dit que ele est grosse, li jugemens ne doit pas estre fes ne mis à execussion, Beaumanoir, VII, 12. En tel cas doit estre fete recreance à cix qui poent baillier bons pleges, cors por cors, de revenir à jor et de penre droit, Beaumanoir, LVIII, 18. Li rois ne cil qui tient en baronnie ne doivent lever nul ronci de service, porce qu'il poent penre les cors armés et montés toutes les fois qu'il veulent et qu'il en ont mestier, Beaumanoir, XXVIII, 9. Selon le [la] coustume, nus cors d'omme n'est pris por dette, s'il n'a par letres son cors obligié à tenir et à metre en prison, Beaumanoir, XXIV, 12. Li Sarrazins distrent que il n'en feroient riens, se en ne leur lessoit le cors [la personne] le roy en gage, Joinville, 237. Nous trouvames que le roy son cors [de sa personne] avoit fait enfouir les cors des crestiens que les Sarrazins avoient occis, Joinville, 278. À l'onneur du vrai cors saint, Joinville, 192.

XIVe s. En un champ de bataille, corps à corps, per à per, Guesclin. 2397. Vassaus, dist Polibans, tu scés d'encanterie, Qui desarmés te veus combatre, à cheste fie [à cette fois], Contre mi corps à corps ; tu penses à folie, Baud. de Seb. XI, 253. Les exposans trouverent un jeune homme couchié sur Pautel de la Magdalaine, où l'en chante et celebre continuelement le corps nostre Seigneur, Du Cange, corpus.

XVe s. Qui garde le corps ne garde rien, Froissart, II, II, 206. Dont le roi eut si grand joie de sa venue [messire Jean de hainaut] qu'il le retint pour son corps et de son plus privé et especial conseil, Froissart, I, I, 269. À l'un des lez de la ville sied le chastel ; au corps de la ville estoient le comte d'Eu et de Ghines, Froissart, I, I, 271. Ils ne cuidoient mie que nul François corps à corps s'osast combattre contre un Anglois, Froissart, II, II, 69. La tierce bataille eut le roi pour son corps [de sa personne], Froissart, I, I, 284. Et fut delivrée à Mgr Jean de hainaut une abbaye de blans moines pour son corps et son tinel tenir, Froissart, I, I, 30. Or avint ainsi que messire Henri de Flandre, en sa nouvelle chevalerie, et pour son corps avancer et accroistre son honneur, se mit un jour en la compagnie de plusieurs chevaliers, Froissart, I, I, 86. Et s'elle veult aller au corps [enterrement] De Gautier, hersant ou Jehannette, Deschamps, Poésies mss. f° 496. Et que sa femme soit de corps [serve], Deschamps, ib. f° 551. Mauldit soit mon corps, se vous ne vous repentez de la parolle que avez dicte, Lancelot du lac, t. II, f° 116. Le pauvre corps de luy n'aura jamais repos, fors tribulation et peine, Les 15 joyes du mariaige, p. 166, dans LACURNE.

XVIe s. La contemplation embesongne nostre ame à part du corps, Montaigne, I, 68. Avoir encores vingt ans dans le corps, Montaigne, I, 73. Je n'en cognoissois pas seulement le nom [de ces livres], ny ne foys encores le corps, Montaigne, I, 196. À corps perdu, Montaigne, I, 254. Il portoit un corps de cuirasse soubs un habit de religieux, Montaigne, I, 309. Un corps d'ennemis, Montaigne, II, 6. Les autres, luy donnans de loing de grands coups de piques, luy faulserent son corps de cuirace, Amyot, Pélop. 60. Il accusa tout le corps de la ville, ne plus ne moins que si c'eust esté une seule personne privée, du meurtre commis, Amyot, Cimon, 4. Les assiegeans firent un grand retranchement bien tenaillé, avec platte forme et cazemattes, par lequel (comme on dit en telles choses) ils mirent ce corps de logis dehors, D'Aubigné, Hist. II, 154. Ils n'avoient qu'un corps de logis, qui ne pouvoit attendre un canon, D'Aubigné, ib. 193. Ils ne prenoient de l'eau beniste en entrant en l'eglise qu'en leurs corps deffendant, Satyre Mén. p. 70. Un corps [corset] de fer, un pourpoint contre-pointé, afin de tenir le corps droit et menu, Paré, Introd. II. Une once de suc de laictue et de morelle, avec un peu de cire pour luy donner corps, Paré, XXI, 2. Corps vuide, ame desolée ; Et bien repeu, ame consolée, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 212. Ce que n'entre au corps Entre aux manches ou aux bords, Leroux de Lincy, ib. Et est entendu le corps de la chastellenie la principale ville ou le principal bourg d'icelle, et les branches sont les autres lieux, Coust. génér. t. II, p. 123. Ce feu estoit au corps d'hostel de devant, l'Amant ressuscité, p. 524, dans LACURNE. Bon chasteau garde qui sçait son corps garder, Cotgrave Homme endormi, corps enseveli, Cotgrave Quand les biens viennent, les corps faillent, Cotgrave Dans les livres de la discipline militaire de Langey vous ne trouverez ny corps de garde ny sentinelle, ains au lieu du premier il l'appelle guet, et le second estre aux escoutes, Pasquier, Recherches, p. 662, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CORPS. Ajoutez :
25 Terme de fortification. Corps de place ou enceinte, ligne continue de fortification qui entoure une ville forte.
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Corps : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

CORPS, s. m. (Métaphys. & Physiq.) C’est une substance étendue & impénétrable, qui est purement passive d’elle-même, & indifférente au mouvement ou au repos, mais capable de toute sorte de mouvement, de figure & de forme. Voyez Substance, Solide, &c.

Les corps, selon les Péripatéticiens, sont composés de matiere, de forme & de privation ; selon les Epicuriens & les Corpusculaires, d’un assemblage d’atomes grossiers & crochus ; selon les Cartésiens, d’une certaine portion d’étendue ; selon les Newtoniens, d’un système ou assemblage de particules solides, dures, pesantes, impénétrables & mobiles, arrangées de telle ou telle maniere : d’où résultent des corps de telle ou telle forme, distingués par tel ou tel nom. Voyez Atome.

Ces particules élémentaires des corps doivent être infiniment dures, beaucoup plus que les corps qui en sont composés, mais non si dures qu’elles ne puissent se décomposer ou se briser. Newton ajoute que cela est nécessaire, afin que le monde persiste dans le même état, & que les corps continuent à être dans tous les tems de la même texture & de la même nature. Voyez Matiere, Particule, Solidité, Dureté, &c.

Il est impossible, selon quelques philosophes, de démontrer l’existence des corps. Voici, disent-ils, la suite d’argumens par laquelle nous pouvons arriver à cette connoissance.

Nous connoissons d’abord que nous avons des sensations ; nous savons ensuite que ces sensations ne dépendent pas de nous, & de-là nous pouvons conclure que nous n’en sommes donc pas la cause absolue, mais qu’il faut qu’il y ait d’autres causes qui les produisent ; ainsi nous commençons à connoître que nous ne sommes pas les seules choses qui existent, mais qu’il y a encore d’autres êtres dans le monde conjointement avec nous, & nous jugeons que ces causes sont des corps réellement existans, semblables à ceux que nous imaginons. Le docteur Clarke prétend que ce raisonnement n’est pas une démonstration suffisante de l’existence du monde corporel. Il ajoûte que toutes les preuves que nous en pouvons avoir, sont fondées sur ce qu’il n’est pas croyable que Dieu permette que tous les jugemens que nous faisons sur les choses qui nous environnent, soient faux. S’il n’y avoit point de corps, dit-on, il s’ensuivroit que Dieu qui nous représente l’apparence des corps, ne le feroit que pour nous tromper. Voici ce que dit là-dessus le philosophe dont nous parlons. « Il est évident, s’objecte-t-il, que Dieu ne peut pas nous tromper ; & il est évident qu’il nous tromperoit à chaque instant, s’il n’y avoit point de corps : il est donc évident qu’il y a des corps. On pourroit, selon quelques philosophes, nier la mineure de cet argument. »

En effet, quand même il seroit possible qu’il existât des corps, c’est-à-dire des substances solides, figurées, &c. hors de l’esprit, & que ces corps fussent analogues aux idées que nous avons des objets extérieurs, comment nous seroit-il possible avec cela de les connoître ? Il faudroit que nous eussions cette connoissance ou par les sens, ou par la raison. Par nos sens, nous avons seulement la connoissance de nos sensations & de nos idées ; ils ne nous montrent pas que les choses existent hors de l’esprit telles que nous les appercevons. Si donc nous avons connoissance de l’existence des corps extérieurs, il faut que ce soit la raison qui nous en assûre, d’après la perception des sens. Mais comment la raison nous montrera-t-elle l’existence des corps hors de notre esprit ? Les partisans même de la matiere nient qu’il puisse y avoir aucune connexion entr’elle & nos idées. En effet on convient des deux côtés (& ce qui arrive dans les songes, dans les phrénésies, les délires, les extases, en est une preuve incontestable), que nous pouvons être affectés de toutes les idées que nous avons, quoiqu’il n’existe point hors de nous de corps qui leur ressemblent. De-là il est évident que la supposition des corps extérieurs n’est pas nécessaire pour la production de nos idées. Si donc nous avons tort de juger qu’il y ait des corps, c’est notre faute, puisque Dieu nous a fourni un moyen de suspendre notre jugement. Voici encore ce que dit à ce sujet le docteur Berckley, Principes de la connoissance humaine, p. 59. « En accordant aux Matérialistes l’existence des corps extérieurs, de leur propre aveu ils n’en connoîtront pas davantage comment nos idées se produisent, puisqu’ils avouent eux-mêmes qu’il est impossible de comprendre comment un corps peut agir sur un esprit, ou comment il se peut faire qu’un corps y imprime aucune idée ; ainsi la production des idées & des sensations dans notre esprit, ne peut pas être la raison pour laquelle nous supposons des corps ou des substances corporelles, puisque cela est aussi inexpliquable dans cette supposition que dans la contraire. En un mot, quoiqu’il y eût des corps extérieurs, il nous seroit cependant impossible de savoir comment nous les connoissons ; & s’il n’y en avoit pas, nous aurions cependant la même raison de penser qu’il y en a que nous avons maintenant. » Id. ibid. pag. 60. 61.

« Il ne sera pas inutile de réfléchir un peu ici sur les motifs qui portent l’homme à supposer l’existence des substances matérielles. C’est ainsi que voyant ces motifs cesser & s’évanoüir par degrés, nous pourrons nous déterminer à refuser le consentement qu’ils nous avoient arraché. On a donc crû d’abord que la couleur, la figure, le mouvement & les autres qualités sensibles, existoient réellement hors de l’esprit ; & par cette même raison il sembloit nécessaire de supposer une substance ou sujet non pensant, dans lequel ces qualités existassent, puisqu’on ne pouvoit pas concevoir qu’elles existassent par elles-mêmes. Ensuite étant convaincus que les couleurs, les sons & les autres qualités secondaires & sensibles, n’avoient point leur existence hors de l’esprit, on a dépoüillé ce sujet de ces qualités, en y laissant seulement les premieres, comme la figure, le mouvement, &c. qu’on a conçû toûjours exister hors de l’esprit, & conséquemment avoir besoin d’un support matériel. Mais comme il n’est pas possible (c’est toûjours Berckley qui parle), qu’aucune de ces qualités existe autrement que dans l’esprit qui les apperçoit, il s’ensuit que nous n’avons aucune raison de supposer l’existence de la matiere. » Id. ibid. p. 115. 119. Voyez Qualité, Existence.

Voilà en substance les raisons du docteur Berckley. Leibnitz ajoûte que quand nous examinons les propriétés des corps, telles que nous les concevons, ces propriétés paroissent renfermer contradiction. De quoi les corps sont-ils composés, peut-on se demander ? Qu’on cherche tant qu’on voudra une réponse à cette question, on n’en trouvera point d’autre, sinon que les corps sont eux-mêmes composés d’autres petits corps. Mais ce n’est pas là répondre, car la difficulté reste toûjours la même, & on redemandera ce qui forme les corps composans. Il semble qu’il en faille venir à quelque chose qui ne soit point corps, & qui cependant forme les corps que nous voyons. Mais comment cela est-il possible ? On peut faire la même objection sur la cause de la dureté, qui tient de près à celle de l’impénétrabilité. Ces deux propriétés, ainsi que le mouvement & la divisibilité de la matiere, sont sujettes à des difficultés très-fortes. Cependant le penchant que nous avons à croire l’existence des corps, sur le rapport de nos sensations, est si grand, qu’il seroit fou de ne s’y pas livrer, & c’est peut-être le plus grand argument par lequel on puisse prouver que ce penchant nous vient de Dieu même : aussi personne n’a-t-il jamais révoqué vraiment en doute l’existence des corps. Au reste cette opinion de Berckley est encore exposée dans un ouvrage intitulé Dialogues entre Hilas & Philonoüs (ami de l’esprit). Il a été traduit depuis quelques années en françois par un homme d’esprit, métaphysicien subtil & profond. On voit à la tête d’un de ces dialogues, une vignette du traducteur extrèmement ingénieuse. Un enfant voit son image dans un miroir, & court pour la saisir, croyant voir un être réel ; un philosophe qui est derriere lui, paroît rire de la méprise de l’enfant ; & au bas de la vignette on lit ces mots adressés au philosophe : Quid rides ? fabula de te narratur.

Le principal argument du docteur Berckley, & proprement le seul sur lequel roule tout l’ouvrage dont nous parlons, est encore celui-ci : « Notre ame étant spirituelle, & les idées que nous nous formons des objets, n’ayant rien de commun ni d’analogue avec ces objets mêmes, il s’ensuit que ces idées ne peuvent être produites par ces objets. L’objet d’une idée ne peut être qu’une autre idée, & ne sauroit être une chose matérielle ; ainsi l’objet de l’idée que nous avons des corps, c’est l’idée même que Dieu a des corps : idée qui ne ressemble en rien aux corps, & ne sauroit leur ressembler. » Voilà, comme l’on voit, le Malebranchisme tout pur, ou du moins à peu de chose près. L’auteur fait tous ses efforts pour prouver que son sentiment differe beaucoup du systême du P. Malebranche ; mais la différence est si subtile, qu’il faut être métaphysicien bien déterminé pour l’appercevoir. Le P. Malebranche, intimement persuadé de son système des idées & de l’étendue intelligible, étoit fermement convaincu que nous n’avons point de démonstration de l’existence des corps ; il employe un grand chapitre de son ouvrage à le prouver Il est vrai qu’il est un peu embarrassé de l’objection tirée de la réalité de la révélation, & il faut avoüer qu’on le seroit à moins ; car s’il n’est pas démontré qu’il y ait des corps, il ne l’est pas que J. C. soit venu, qu’il ait fait des miracles, &c. aussi le Pere Malebranche a-t-il de la peine à se tirer de cette difficulté. L’imagination de ce philosophe, souvent malheureuse dans les principes qu’elle lui faisoit adopter, mais assez conséquente dans les conclusions qu’il en tiroit, le menoit beaucoup plus loin qu’il n’auroit voulu lui-même ; les principes de religion dont il étoit pénétré, plus forts & plus solides que toute sa philosophie, le retenoient alors sur le bord du précipice. Les vérités de la religion sont donc une barriere pour les philosophes : ceux qui les ayant consultées ne vont pas au-delà des bornes qu’elles leur prescrivent, ne risquent pas de s’égarer.

Berckley se propose une autre difficulté qui n’est pas moins grande que celle de la révélation : c’est la création, dont le premier chapitre de la Genese nous fait l’histoire. S’il n’y a point de corps, qu’est-ce donc que cette terre, ce soleil, ces animaux que Dieu a créés ? Berckley se tire de cette difficulté avec bien de la peine & avec fort peu de succès, & voilà le fruit de toute sa spéculation métaphysique ; c’est de contredire ou d’ébranler les vérités fondamentales. Il est fort étrange que des gens qui avoient tant d’esprit, en ayent abusé à ce point ; car comment peut-on mettre sérieusement en question s’il y a des corps ? Les sensations que nous en éprouvons ont autant de force que si ces corps existoient réellement : donc les corps existent ; car eorumdem effectuum eadem sunt causæ. Mais nous ne concevons pas, dit-on, l’essence des corps, ni comment ils peuvent être la cause de nos sensations. Et concevez-vous mieux l’essence de votre ame, la création, l’éternité, l’accord de la liberté de l’homme & de la science de Dieu, de sa justice & du peché originel, & mille autres vérités dont il ne vous est pourtant pas permis de douter, parce qu’elles sont appuyées sur des argumens incontestables ? Taisez-vous donc, & ne cherchez pas à diminuer par des sophismes subtils, le nombre de vos connoissances les plus claires & les plus certaines, comme si vous en aviez déjà trop.

Nous avons exposé, quoique fort en abrégé, dans le Discours préliminaire de l’Encyclopédie, p. ij. comment nos sensations nous prouvent qu’il y a des corps. Ces preuves sont principalement fondées sur l’accord de ces sensations, sur leur nombre, sur les effets involontaires qu’elles produisent en nous, comparés avec nos réflexions volontaires sur ces mêmes sensations. Mais comment notre ame s’élance-t-elle, pour ainsi dire, hors d’elle-même, pour arriver aux corps ? Comment expliquer ce passage ? Hoc opus, hic labor est.

Nous avancerons donc dans cet article comme un principe inébranlable, malgré les jeux d’esprit des philosophes, que nos sens nous apprennent qu’il y a des corps hors de nous. Dès que ces corps se présentent à nos sens, dit M. Musschenbroeck, notre ame en reçoit ou s’en forme des idées qui représentent ce qu’il y a en eux. Tout ce qui se rencontre dans un corps, ce qui est capable d’affecter d’une certaine maniere quelqu’un de nos sens, de sorte que nous puissions nous en former une idée, nous le nommons propriété de ce corps. Lorsque nous rassemblons tout ce que nous avons ainsi remarqué dans les corps, nous trouvons qu’il y a certaines propriétés qui sont communes à tous les corps ; & qu’il y en a d’autres encore qui sont particulieres, & qui ne conviennent qu’à tels ou tels corps. Nous donnons aux premieres le nom de propriétés communes ; & quant à celles de la seconde sorte, nous les appellons simplement propriétés.

Parmi les propriétés communes il y en a quelques-unes qui se rencontrent en tout tems dans tous les corps naturels, & qui sont toûjours les mêmes ; il y en a d’autres encore qui, quoiqu’elles soient toûjours dans les corps, ont pourtant des degrés d’augmentation ou de diminution. Celles de la premiere classe sont l’étendue, l’impénétrabilité, la force d’inertie, la mobilité, la possibilité d’être en repos, la figurabilité, &c. Celles de la seconde classe sont la gravité ou pesanteur, & la force d’attraction.

Il ne s’est trouvé jusqu’à présent, selon M. Musschenbroeck, aucun corps, soit grand ou petit, solide ou liquide, qui ne renfermât en lui-même ces propriétés. Il n’a même jamais été possible d’ôter ou de faire disparoître par quelqu’art que ce soit, aucune de ces propriétés, que nous appellons pour cette raison propriétés communes. Plusieurs physiciens excluent pourtant la derniere. Voyez Attraction.

Les autres propriétés des corps sont la transparence, l’opacité, la fluidité, la solidité, la colorabilité, la chaleur, la froideur, la saveur, l’insipidité, l’odeur, le son, la dureté, l’élasticité, la mollesse, l’âpreté, la douceur, &c. Ces propriétés ne se remarquent que dans certains corps, & on ne les trouve pas dans d’autres, de sorte qu’elles ne sont pas communes.

Il y a encore une autre sorte de propriétés qui tiennent le milieu entre les premieres & les dernieres. Ces propriétés sont aussi communes, mais seulement à certains égards. Expliquons cela par un exemple. Tous les corps qui sont en mouvement, ont la force de mettre aussi en mouvement les autres corps qu’ils rencontrent ; cette propriété doit être mise par conséquent au rang de celles qui sont communes. Cependant comme tous les corps ne sont pas en mouvement en tout tems, il s’ensuit que cette propriété commune ne devra avoir lieu, & ne pourra être regardée comme telle, que dans les cas où l’on suppose les corps en mouvement ; mais les corps ne sont pas toûjours en mouvement, & par conséquent cette propriété ne peut passer pour commune, puisqu’elle n’est pas toûjours dans tous les corps.

Rien n’est plus propre que les observations, pour nous faire conclure que nous ne connoissons pas en effet la nature des corps ; car si nous la connoissions, ne pourrions-nous pas prédire par avance un grand nombre d’effets que les corps qui agissent l’un sur l’autre devroient produire ? C’est ainsi que les Mathématiciens déduisent plusieurs choses de la nature du cercle. Mais nous ne connoissons d’avance aucun effet, il faut que nous en venions aux expériences pour faire nos découvertes. Dans tous les cas ou les observations nous manquent, nous ne pouvons pas commencer à raisonner sur ce que nous ne connoissons pas encore des corps ; & si nous le faisons, nous nous exposons à tirer des conséquences fort incertaines. Nieuwentit a commencé à démontrer cette vérité dans ses Fondemens de la certitude, & nous pourrions aussi confirmer la même chose par cent exemples. Ces philosophes qui croyent connoître la nature des corps, ont-ils jamais pû prédire par la seule réflexion qu’ils ont faite sur les corps, un seul des effets qu’ils produisent en agissant l’un sur l’autre ? En effet, quand même on leur accorderoit que la nature des corps consiste dans l’étendue, ils n’en seroient pas pour cela plus avancés, parce que nous ne pouvons rien déduire de-là, & que nous ne pouvons rien prévoir de ce qui arrive dans les corps, puisqu’il faut que nous fassions toutes nos recherches en recourant aux expériences, comme si nous ne connoissions point du tout la nature des corps. Mussch. Essais de Physiq. l. I. ch. 1. Voyez Etendue & Impénétrabilité. Par rapport à la couleur des corps, voyez l’article Couleur. (O)

Corps, en Géométrie, signifie la même chose que solide. Voyez Solide. Nous avons expliqué dans le Discours préliminaire de cet Ouvrage, comment on se forme l’idée des corps géométriques. Ils different des corps physiques, en ce que ceux-ci sont impénétrables ; au lieu que les corps géométriques ne sont autre chose qu’une portion d’étendue figurée, c’est-à-dire une portion de l’espace terminée en tout sens par des bornes intellectuelles. C’est proprement le phantôme de la matiere, comme nous l’avons dit dans ce discours ; & on pourroit définir l’étendue géométrique, l’étendue intelligible & pénétrable. Voyez Etendue.

Les corps réguliers sont ceux qui ont tous leurs côtés, leurs angles & leurs plans égaux & semblables, & par conséquent leurs faces régulieres.

Il n’y a que cinq corps réguliers, le tétrahedre composé de quatre triangles équilatéraux ; l’octaedre de huit ; l’icosaedre de vingt ; le dodécaedre de douze pentagones réguliers ; & le cube de six quarrés. Quand on dit ici composé, cela s’entend de la surface ; les figures que nous venons de dire, renferment ou contiennent la solidité, & composent la surface de ces corps. Voyez Régulier, Irrégulier, &c. (O)

Corps. (Physiq.) Corps élastiques, sont ceux qui ayant changé de figure parce qu’un autre corps les a frappés, ont la faculté de reprendre leur premiere figure ; ce que ne sont point les corps qui ne sont point élastiques.

De quelque façon qu’on ploie un morceau d’acier, il reprendra sa premiere figure : mais un morceau de plomb reste dans l’état où on le met. Voyez Elasticité.

Corps mous, sont ceux qui changent de figure par le choc, & pe la reprennent point. Voy. Mollesse.

Corps durs, sont ceux que le choc ne sauroit faire changer de figure. Voyez Dureté.

Corps fluide, est celui dont les parties sont détachées les unes des autres, quoique contiguës, & peuvent facilement se mouvoir entre elles. Voyez Fluide. (O)

Corps, (Med.) dans les animaux, c’est l’opposé de l’ame, c’est-à-dire cette partie de l’animal qui est composée d’os, de muscles, de canaux, de liqueurs, de nerfs. Voyez Ame.

Dans ce sens, les corps sont le sujet de l’anatomie comparée. Voyez Anatomie.

Corps, dans l’Œconomie animale, partie de notre être étendue suivant trois dimensions, d’une certaine figure déterminée propre au mouvement & au repos. Boerhaave.

Quelques Medecins modernes Allemands ont admis pour troisieme partie un certain genre d’archée ; mais je ne sais ce qu’ils veulent dire, & je pense qu’ils ne se sont pas entendus eux-mêmes. Voyez Archée.

Le corps humain est composé de solides & de fluides. Voyez Solide & Fluide.

Il y a quelques variétés dans les corps des hommes ; c’est ce que prouvent les divers effets des remedes, sur-tout en différens pays : c’est de-là que vingt grains, par exemple, de jalap lâchent à peine le ventre, & dix suffisent dans un autre où l’on transpire moins. Il n’en faut pas conclure de-là qu’il y ait une diversité sensible, dans la nature même des parties qui le composent, & qu’ainsi on ne puisse compter sur aucune pratique générale. L’homme qui mange des alimens de toute espece, & le bœuf qui ne vit que d’herbe, ont à-peu-près le même sang : l’analyse chimique ne montre aucune différence que les sens puissent appercevoir, si ce n’est une odeur de poisson dans les brebis qui vivent de poisson au détroit de Perse, & dans les hommes qui vivent de même. Aussi Tabor dit-il que le sang de l’homme & du bœuf ont le même poids & les mêmes propriétés. Ceci s’accorde avec le mémoire que M. Homberg donna à l’académie des Sciences, an. 1712 ; & avec Baglivi qui avant ce célebre chimiste, avoit observé très peu de différence dans la bile de l’homme & du mouton. Or toute cette analogie n’a rien qui doive surprendre les Physiciens, puisque les sucs des animaux ne different des végétaux que d’un seul degré, & que les nôtres ne sont pas différens de ceux des animaux. N’est-ce pas encore de la même maniere que les plantes ont toutes un suc qui leur est propre, & tout-à-fait différent des sucs qui les ont nourries & qui les ont fait croître ? En effet les sucs de la terre qui forment l’aloès, la mélisse, & le cerfeuil, sont tous les mêmes ; cependant telle est la vertu séminale de chacune, que les uns deviennent amers, les autres doux & aromatiques. Dans cent mille végétaux, le même suc se change donc en autant de diverses liqueurs ; comme notre corps de cent mille sucs différens, fait un chyle doux qui lui est propre. Il y a donc dans le corps humain un principe, qui au moyen de deux choses d’une nature étrangere, le pain & l’eau, forme les parties solides & liquides de ce corps ; & si ce principe vient à manquer, jamais toutes les forces de l’univers réunies ensemble, ne pourroient faire les mêmes productions par les mêmes moyens. Boerhaave.

Comme il n’est rien de plus important pour les maladies que de bien connoître la situation des parties, & qu’on se sert très-souvent dans la description de ces parties des mots interne & externe, antérieur & postérieur, supérieur & inférieur, on doit pour éviter la confusion, concevoir le corps divisé par un plan que l’on suppose partager le corps en deux parties égales & symmétriques, de la tête aux piés ; un autre plan sur la tête, & perpendiculaire sur le premier ; un autre qui aille de la face vers les piés, & qui soit de même perpendiculaire au premier. Toutes les parties tournées vers le premier plan (le plan de division) sont dites internes, & on appelle externes toutes celles qui sont dans un sens opposé : de même on nomme supérieures toutes les parties qui regardent le plan sur la tête (horisontal) dans quelque attitude que le corps puisse être ; inférieures, celles qui sont opposées à ces premieres : enfin on appelle antérieures, les parties tournées vers le troisieme plan (vertical) ; & postérieures, &c. On doit outre cela supposer les bras pendans sur les côtes, le dedans de la main tourné vers le plan de division.

L’anatomie étant une espece de géographie dans laquelle la précision est nécessaire, on a divisé le corps comme la terre, en plusieurs régions ; mais comme je craindrois de fatiguer mon lecteur par un trop long détail, je le renvoye aux Pl. anatomiques, où il trouvera l’explication de ces différentes régions à côté de la figure.

On se sert aussi en Anatomie du mot corps, pour désigner quelques parties ; telles que les corps bordés, les corps olivaires, les corps cannelés, les corps caverneux, le corps pyramidal, le corps réticulaire le corps pampiniforme, &c. Voyez Pyramidal, Réticulaire, &c.

Le corps humain étant considéré par rapport aux différentes motions volontaires qu’il est capable de représenter, est un assemblage d’un nombre infini de leviers tirés par des cordes ; si on le considere par rapport aux mouvemens des fluides qu’il contient, c’est un autre assemblage d’une infinité de tubes & de machines hydrauliques ; enfin si on le considere par rapport à la génération de ces mêmes fluides, c’est un autre assemblage d’instrumens & de vaisseaux chimiques, comme philtres, alembics, récipients, serpentines, &c. & le tout est un composé que l’on peut seulement admirer, & dont la plus grande partie échappe même à notre admiration. Le principal laboratoire chimique du corps est celui du cerveau. Voyez Œconomie animale. (L)

Corps, (Hist. nat. des Ins.) Il y a tant de diversités dans la figure extérieure du corps des insectes (car il ne s’agit pas ici de l’intérieure ni des détails), qu’il seroit impossible d’épuiser cette variété. Contentons-nous donc de remarquer que le corps des uns, comme celui des araignées, est de figure à peu-près sphérique ; & celui des autres, comme des scarabées de Sainte-Marie, ressemble à un globe coupé par le milieu : il y en a qui sont plats & ronds, comme le pou des chauve-souris ; d’autres ont la figure ovale ; un troisieme, comme le ver qu’on trouve dans les excrémens des chevaux, à celle d’un œuf comprimé ; & un quatrieme, comme le mille-piés rond, ressemble au tuyau d’une plume : beaucoup ont le corps quarré, plat ; plusieurs sont courbés comme une faucille, & pourvûs d’une longue queue comme celle de la fausse guêpe. L’on ne remarque pas moins de diversité dans la couleur dont ils sont parés.

Quelques-uns de ceux qui n’ont point de piés, ont en divers endroits de petites pointes qui leur en tiennent lieu : ils s’en servent pour s’accrocher & se tenir fermes aux corps solides.

Le corps des insectes qui vivent dans l’eau, est naturellement couvert d’une espece d’huile qui empêche l’eau de s’y arrêter, & de retarder leur mouvement ; d’autres, comme l’araignée blanche de jardin, ont le corps entouré d’un rebord rouge qui en fait le cercle ; quelquefois ils ont de petits tubercules, qui non-seulement leur servent pour empêcher qu’en entrant & en sortant de leur trou le frottement ne les blesse, mais qui encore leur sont un ornement comme dans la chenille blanche à tache jaune, qui vit sur le saule. Ces tubercules ne sont pas tout-à-fait de la grandeur d’un grain de millet ; cependant on y apperçoit un mêlange des plus belles couleurs, & ils ressemblent à ces petites boules remplies d’eau & diversement colorées. Enfin l’on en voit qui, comme les chameaux, ont une bosse sur le dos : telles sont les araignées.

De la partie postérieure du corps des insectes. Les uns l’ont unie, & les autres revêtue de poils. Les araignées y ont des mammelons, dont elles tirent leurs fils ; quelques-uns ont le derriere couvert d’une espece d’écusson ; d’autres ont dans le même endroit une membrane roide qui leur sert de gouvernail, pour se tourner en volant du côté qu’il leur plaît : elle est à ces insectes ce que la queue est aux oiseaux. L’on en trouve qui ont des soies au derriere ; d’autres ont des especes de queues, qui sont ou droites, ou courbes, ou circonflexes. Il y en a encore qui ont des barbillons ou pointes, qui leur servent à différens usages, tantôt pour appercevoir ce qui les approche par derriere, tantôt pour s’accrocher, tantôt pour pousser leur corps en avant. La partie postérieure est encore le lieu de l’aiguillon de quelques insectes, ou de leur pincette faite en faucille. Enfin l’on trouve des insectes qui ont au derriere une fourche à deux dents.

Des parties de la génération des insectes. Les parties de la génération sont ordinairement placées au derriere dans les mâles ; l’on en voit cependant qui les portent pardevant sous le ventre, même d’autres à la tête. Ces parties sont ordinairement couvertes d’un poil extrèmement fin, à cause de leur délicatesse infinie. La queue des femelles leur sert de conduit, pour pondre leurs œufs dans les corps où elles veulent les introduire : cette queue ou ce conduit est creux en-dedans, & se termine en pointe. Comme les œufs ne descendent point par la pression de l’air, la nature y a formé plusieurs demi-anneaux vis-à-vis l’un de l’autre, qui facilitent cette descente. Les insectes les resserrent successivement, en commençant par celui qui est le plus près du ventre, & font tomber les œufs d’un anneau à l’autre par une espece de mouvement péristaltique. La fente de ce canal est presque invisible pendant que les insectes sont en vie ; mais elle s’ouvre un peu davantage quand ils sont morts.

Toutes les femelles n’ont pas un pareil canal : celles qui déposent leurs œufs sur la surface des corps, les font passer immédiatement par les parties génitales. Il n’y a que celles qui les déposent dans la chair, dans d’autres insectes, dans les feuilles, ou dans la terre, qui ayent besoin d’un semblable tuyau, afin qu’elles puissent les introduire aussi profondément qu’il est nécessaire.

Ce tuyau ne sert pas toûjours de canal aux œufs. L’on trouve certains insectes aquatiques, dont les mâles ont ce canal aussi-bien que les femelles ; ils s’en servent comme d’un soûpirail, par lequel ils respirent un air frais. On les voit souvent avancer sur la superficie de l’eau l’ouverture de ce canal ; & l’on remarque même que quand ils sont rentrés sous l’eau, il s’éleve de petites bulles d’air qu’ils en laissent échaper.

Pour ce qui concerne en particulier chaque partie du corps des insectes, voyez-les chacune dans leur ordre alphabétique. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Corps étranger, (Chirurgie.) on entend par corps étrangers, toutes les choses qui n’entrent point actuellement dans la composition de notre corps. On les partage en deux classes : on met dans la premiere ceux qui se sont formés au-dedans de nous ; dans la seconde, ceux qui sont venus du dehors. Les uns & les autres peuvent être animés ou inanimés.

Ceux qui se sont formés chez nous, sont de deux especes. Les uns se sont formés d’eux-mêmes : telles sont la pierre dans les reins, ou dans les ureteres, ou dans la vessie, ou dans la vésicule du fiel, ou dans tout autre endroit du corps ; la mole dans la matrice, les vers, & d’autres insectes dans les intestins, ou dans quelque autre partie du corps. Les autres sont devenus corps étrangers, parce qu’ils ont séjourné trop long-tems dans le corps : tel est un enfant mort dans la matrice ; ou parce qu’ils se sont séparés du tout : telles sont les esquilles d’os, une escarre, &c.

Les corps étrangers venus de dehors, sont entrés dans le corps en faisant une division, ou sans faire de division. Ceux qui entrent en faisant une division, sont tous les corps portés avec violence : tels qu’un dard, une balle de fusil, un éclat de bombe, de la bourre, &c. Ceux qui entrent sans faire de division sont de toutes especes, & s’introduisent dans les ouvertures naturelles, dans les yeux, dans le nez, dans le gosier, dans les oreilles, dans l’anus, dans l’urethre, & dans la vessie.

On doit mettre parmi les corps étrangers l’air qui peut causer, en s’insinuant dans l’interstice des parties, des tumeurs qui prennent des noms différens, selon les parties où elles se trouvent. La tumeur faite d’air qui se trouve au ventre, s’appelle hydropisie tympanite ; celle qui se trouve aux bourses, se nomme pneumatocele ; celle qui se trouve à l’ombilic, s’appelle pneumatomphale. Si l’air s’est insinué dans tout le tissu cellulaire de la peau, le gonflement universel qui en résulte s’appelle emphyseme universel ; si l’air ne s’est insinué que dans une certaine étendue, on appelle la tumeur qu’il produit, emphyseme particulier. Le détail de toutes ces maladies appartient à une Pathologie particuliere. Voyez-en les articles.

Tous les corps étrangers doivent être tirés, dès qu’il est possible de le faire, de peur que ceux qui sont engendrés dans le corps, tels, par exemple, que les pierres contenues dans la vessie, n’augmentent en volume, ou que ceux qui sont venus en-dehors, n’occasionnent par leur pression des accidens qui empêchent leur extraction, ou qui la rendent difficile. Mais il y a différentes manieres d’extraire les corps étrangers ; on ne peut tirer les uns que par une ouverture qu’on est obligé de faire ; on peut tirer les autres sans faire aucune division.

Si on tire un corps par l’endroit par lequel il est entré, cette maniere s’appelle attraction ; si au contraire on le fait sortir par une ouverture opposée à celle où il est entré, cette maniere s’appelle impulsion.

La diversité des corps étrangers qui peuvent entrer, les différens endroits où ils se placent, les moyens singuliers qu’il faut quelquefois inventer pour en faire l’extraction, enfin les accidens que ces corps étrangers occasionnent, demandent quelquefois de la part des Chirurgiens, beaucoup de génie & d’adresse.

Avant que de faire l’extraction d’un corps de quelque espece que ce soit, on doit se rappeller la structure de la partie où il est placé ; s’informer & s’assurer, s’il est possible, de la grosseur, de la grandeur, de la figure, de la matiere, de la quantité, de la situation du corps étranger, & de la force avec laquelle il a été poussé dans le corps, s’il est venu de dehors : il faut outre cela mettre le malade & la partie dans une situation commode, & telle que les muscles soient dans un état de relâchement, & faire choix des instrumens les plus convenables pour en faire l’extraction.

Les corps étrangers entrés & engagés dans quelque ouverture naturelle, doivent être tirés promptement. On doit auparavant faire des injections d’huile d’amande douce, pour lubrifier le passage & faciliter par ce moyen la sortie du corps. Quant aux corps étrangers qu’on ne peut tirer sans faire de division, ou sans aggrandir l’ouverture déjà faite par le corps, il faut, en faisant cette division, éviter les gros vaisseaux, les tendons, & les nerfs, la faire suivant la rectitude des fibres, des muscles, & proportionnée au volume du corps étranger, & même plus grande que petite, sur-tout si la partie qu’on ouvre est membraneuse & aponévrotique, pour éviter les accidens qui accompagnent presque toûjours les petites divisions.

Les instrumens dont on se sert pour faire l’extraction des corps étrangers, sont des curettes pour tirer ceux qui sont engagés dans l’oreille, ou dans l’urethre ; les différentes especes de repoussoir & de pincettes pour tirer ceux qui sont engagés dans le gosier ; les tenettes, les pinces, les tire-bales de différentes especes, grandeur, & figure, pour tirer les pierres, les balles, & les corps étrangers semblables. On employe encore plusieurs autres instrumens, suivant les circonstances qui s’y rencontrent : mais on préfere toûjours la main à tout instrument, lorsque le corps étranger est situé de façon qu’on peut le saisir avec les doigts.

On jugera par ce précis court, net, & méthodique, que j’ai tiré de M. de la Faye, combien cette partie de l’art est étendue, combien le chirurgien doit posséder de talens, de connoissances, & d’instrumens différens, pour ce genre particulier d’opérations. Mais il y a plus : quelques lumieres que le chirurgien ait acquises par ses études, quelques instructions qu’il ait prises dans les écoles, dans les hôpitaux, & dans les armées, quelques sommes qu’il ait pû employer pour se fournir d’un arsenal complet d’instrumens, il faut qu’il compte souvent davantage sur son génie, que sur toutes autres ressources ; parce qu’il se présente plusieurs cas extraordinaires & imprevûs, dans lesquels il ne peut être guidé que par son bon sens & son invention. Il faut alors qu’il sache tirer de son industrie seule, les moyens de procurer l’extraction des corps étrangers, arrêtés ou enclavés dans une partie. Pour prouver ce que j’avance, je vais transcrire à ce sujet une observation fort curieuse, rapportée dans Dionis, & qui servira d’exemple.

« Un homme âgé de 27 ans, ayant reçu un violent coup de couteau sur la partie antérieure de la quatrieme des vraies côtes, fut pansé très-simplement pendant les trois premiers jours ; mais une toux extraordinaire & un crachement abondant de sang étant survenus, on eut recours à M. Gerard. Il reconnut que les accidens dépendoient de la présence d’une portion de la lame du couteau qui traversoit la côte, & dont la pointe excédoit d’environ six lignes dans la cavité de la poitrine. Ce corps étranger débordoit si peu l’extérieur de la côte, & y étoit tellement fixé, qu’il ne fut pas possible de le tirer avec différentes pincettes ou tenailles, ni même de l’ébranler au moyen des ciseaux & du marteau de plomb ; & quoique dans un cas aussi pressant il semble qu’on n’eût d’autre parti à prendre, que de scier ou de couper la côte, M. Gerard crut avant d’en venir à cette extrémité, devoir tenter de dégager ce corps étranger, en le poussant de dedans en-dehors.

» Dans ce dessein il alla choisir un dé dont les tailleurs se servent pour coudre ; il en prit par préférence un de fer, un peu épais, & fermé par le bout ; il y fit creuser une petite gouttiere pour y mieux fixer la pointe du couteau ; & ayant suffisamment assujetti ce dé sur son doigt index, il porta ce doigt ainsi armé dans la cavité de la poitrine, & réussit par ce moyen à chasser le morceau de couteau, en le poussant avec force de dedans en-dehors.

» Ayant tiré le corps étranger, il quitta le dé & remit le doigt index à nud dans la poitrine, pour examiner si le couteau en traversant la côte, ne l’auroit point fait éclater en-dedans ; il trouva un éclat capable de piquer, & qui tenoit trop fortement au corps de la côte pour qu’on pût l’en séparer entierement : il prit donc le parti de l’en rapprocher, & pour le tenir au niveau de la côte, il se servit du doigt qui étoit dans la poitrine pour conduire une aiguille courbe enfilée d’un fil ciré. Il fit sortir cette aiguille au-dessus de la côte, qui par ce moyen se trouva embrassée par le fil en-dehors de la poitrine sur une compresse épaisse d’un pouce, & serra assez le nœud pour appliquer exactement & remettre au niveau l’esquille saillante.

» On sent aisément que l’effet d’une manœuvre aussi ingénieuse a dû être non-seulement la cessation des accidens, mais encore une prompte guérison. »

Je n’ai pas parlé des médicamens attractifs pour tirer des plaies les corps étrangers, parce qu’il n’y a point de tels remedes. Je sai bien qu’il se trouve des auteurs qui en distinguent de deux sortes, dont les uns, disent-ils, agissent par une qualité manifeste, comme la poix, la résine, le galbanum, & plusieurs autres gommes ; mais ce ne sont-là que des maturatifs ! & les autres, ajoûtent-ils, attirent par des qualités occultes, comme l’ambre jaune, l’aimant, &c. mais un très-bon chirurgien n’y donne aucune confiance ; il ne connoît de moyens de tirer les corps étrangers, que ses doigts, ses instrumens, & son génie pour en forger au besoin. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Corps, se dit aussi en matiere de Littérat. de plusieurs ouvrages de la même nature rassemblés & reliés ensemble.

Gratien a fait une collection des canons de l’Eglise, que l’on appelle corpus canonum. V. Canon. Le corps du droit civil est composé du digeste, du code, & des institutes. Voyez Droit civil. Voyez aussi Code & Digeste. Voyez aussi plus bas Corps (Jurisprudence.) Nous avons aussi un corps des poëtes grecs & un autre des poëtes latins. (G)

* Corps de J. C. (religieux du) Hist. ecclésiast. ordre institué vers le commencement du xjv. siecle. Le fondateur n’en étant pas connu, on a supposé qu’après l’institution de la fête du saint Sacrement par Urbain IV. quelques personnes dévotes s’étoient associées pour adorer particulierement la présence de J. C au sacrement de l’autel, & réciter l’office composé par saint Thomas d’Aquin ; & que c’est de là que sont venus les religieux du corps de J. C. ou les religieux blancs du saint Sacrement, ou les freres de l’office du saint Sacrement ; & qu’on les assujettit à la regle de saint Benoît. Après avoir erré en plusieurs endroits, Boniface IX. les unit en 1393 à l’ordre de Cîteaux. Ils en furent ensuite séparés par différens évenemens ; & ils subsisterent indépendans jusques sous Grégoire XIII. qui unit leur congrégation à celle du mont Olivet.

Corps, (Jurisp.) est l’assemblage de plusieurs membres ou parties qui forment ensemble un tout complet. Ce terme s’applique à différens objets qui vont être expliqués dans les subdivisions suivantes. (A)

Corps & Communautés. Ce terme comprend tous les corps politiques en général, c’est-à-dire toutes les personnes auxquelles il est permis de s’assembler & de former un corps ; car on ne peut faire aucunes assemblées sans permission du prince ; & ceux même auxquels il permet de s’assembler ne forment pas tous un corps ou communauté. Par exemple, les ordres de chevalerie ne sont pas des corps politiques, mais seulement un ordre, c’est-à-dire un rang & titre commun à plusieurs particuliers ; les avocats forment de même un ordre, sans être un corps politique.

Pour former un corps ou communauté, il faut que ceux qui doivent le composer ayent obtenu pour cet effet des lettres patentes dûment enregistrées, qui les établissent nommément en corps & communautés, sans quoi ils ne seroient toûjours considérés que comme particuliers. Il ne leur seroit pas permis de prendre un nom collectif, ni d’agir sous ce nom ; & l’on pourroit leur ordonner de se séparer : ce qui est fondé sur deux motifs légitimes ; l’un d’empêcher qu’il ne se forme des associations qui puissent être préjudiciables au bien de l’état ; l’autre, d’empêcher que les biens qui sont dans le commerce des particuliers ne cessent d’y être, comme il arrive lorsqu’ils appartiennent à des corps & communautés. V. au mot Communauté. (A)

Corps de Droit, est la collection des différentes parties du Droit ; il y a deux sortes de corps de Droit, savoir le canonique & le civil. (A)

Corps de Droit canonique, est la collection des différentes parties qui composent le droit canonique Romain : savoir le decret de Gratien, les decrétales de Grégoire IX. le sexte, les clémentines, les extravagantes communes, les extravagantes de Jean XXII. (A)

Corps des Canons, est la collection ou code des canons des apôtres & des conciles. Voyez Canon & Concile. (A)

Corps de Droit civil Romain ou de Droit civil simplement, est la collection des différens livres de Droit composés par ordre de l’empereur Justinien, qui sont le code, le digeste, les institutes, les novelles, treize édits du même empereur ; on y comprend aussi les novelles de Justin, quelques constitutions de Tibere, quelques-unes de Justinien & de Justin, les novelles de Léon, & celles de plusieurs autres empereurs ; les livres des fiefs, les constitutions de l’empereur Frédéric II. les extravagantes d’Henri VII. le livre de la paix de Constance. Dans quelques éditions du corps de Droit, on a encore compris les fragmens de la loi des douze tables, qui est en effet la source de tout le droit Romain, quelques fragmens d’Ulpen, les institutions de Caius. (A)

Corps, (contrainte par) voyez ci-devant Contrainte. (A)

Corps de Cour, c’est le corps d’une compagnie de justice, soit souveraine ou autre. Le terme de cour étant pris en cet endroit pour compagnie de justice en général, celui de corps est opposé à députation. Les compagnies vont aux cérémonies en corps de cour ou par députation. Elles sont en corps de cour, lorsque toute la compagnie y est censée présente, quoiqu’elle n’y soit pas toûjours complette. Elles vont par députation, lorsque la compagnie commet seulement quelques-uns de ses membres pour la représenter. Une compagnie qui va en corps de cour, marche avec plus de pompe & de cérémonie ; & on lui rend de plus grands honneurs qu’à de simples députés. (A)

Corps de délit, est l’existence d’un délit qui se manifeste de maniere qu’on ne peut douter qu’il ait été commis, & qu’il ne soit plus question que d’en découvrir l’auteur, & ensuite de le convaincre. Par exemple, on trouve le cadavre d’un homme assassiné, ou des portes enfoncées la nuit, voilà un corps de délit.

Il n’en faut pas davantage au juge du lieu pour informer de ce délit & en poursuivre la vengeance, quand il n’y auroit ni dénonciateur ni partie civile, parce qu’il importe pour le bien public que les crimes ne demeurent point impunis.

Quand il n’y a point de corps de délit bien constaté, on doit être fort circonspect à ne pas se déterminer trop légerement par des présomptions, même pour ordonner la question, parce qu’il peut arriver que l’on impute à quelqu’un un délit qui ne soit point réel. On a vû plusieurs fois des gens accusés, & même condamnés pour prétendu assassinat de gens qui ont ensuite reparu. (A)

Corps, (femmes de) sont des femmes de condition servile. Voyez Serfs & Mortaillables. (A)

Corps du Fief, c’est le domaine du fief, tant utile que direct ; il est opposé aux droits incorporels du fief. On appelle aussi corps du fief, ce qui en fait la principale portion relativement à celles qui en ont été démembrées, ou dont le seigneur s’est joüé. Voyez Fief, Démembrement, Jeu de Fief. (A)

Corps, (gens de) c’est un des noms que l’on donne en quelques endroits aux serfs de main-morte. (A)

Corps héréditaires, signifient des biens de la succession tels qu’ils sont en nature. La légitime doit être fournie en corps héréditaires, c’est-à-dire que le légitimaire doit avoir sa part des meubles & immeubles en nature, & qu’on ne peut, au lieu de meubles & immeubles, lui donner de l’argent. (A)

Corps d’Héritages, se dit dans le même sens que corps héréditaires. (A)

Corps, (hommes de) sont des serfs. Voyez Serfs & Mortaillables. (A)

Corps d’Hôtel, signifie une maison entiere. Plusieurs coûtumes disent que l’aîné pour son préciput a droit de prendre un corps d’hôtel. (A)

Corps des Marchands, voyez Marchands & Corps (Commerce.). (A)

Corps des Métiers, voyez Métiers. (A)

Corps de Preuve ; c’est l’assemblage de plusieurs sortes de preuves, qui toutes ensemble forment une preuve complete. Voyez Preuve. (A)

Corps, (six) voyez Corps des Marchands, Corps (Commerce.) (A)

Corps de Ville, est une compagnie composée des officiers municipaux, tels que sont à Paris, & dans quelques autres villes, les prevôt des marchands & échevins, & autres officiers ; ailleurs, les maire & échevins ; à Toulouse, les capitouls ; à Bordeaux, & dans quelques autres villes, les jurats ; & ailleurs, les consuls, les bailes, syndics, &c. (A)

Corps, en Architecture, est toute partie qui par sa saillie excede le nud du mur, prend naissance dès le pié du corps-de-logis. On appelle le corps principal avant-corps du bâtiment, qui dans son extérieur est capable de contenir toutes les pieces nécessaires pour l’habitation du maître qui l’a fait bâtir, aussi bien que pour ses domestiques ; alors on l’appelle principal corps-de-logis. On dit corps-de-logis particulier, de celui qui ne contient qu’un petit appartement destiné pour les personnes de dehors, ou bien pour placer des caisses, des écuries, des remises ; & on appelle ces différens corps-de-logis suivant leur situation ; corps-de-logis de devant, lorsqu’il est sur la rue ; de derriere, lorsqu’il donne sur une cour ou sur un jardin ; corps-de-logis en aile, lorsqu’il est placé à la gauche ou à la droite d’une grande cour, & qu’il communique à ceux de devant & de derriere. (P)

Corps-de-Garde, (Archit.) est devant un grand palais un logement au rez-de-chaussée pour les soldats destinés à la garde du prince. Ce lieu doit être voûté de peur du feu, & avoir une grande cheminée & des couchettes pour les paillasses, comme ceux du château de Versailles. (P)

Corps de Bataille, (Art. milit.) c’est, lorsqu’une armée est divisée en trois lignes, la ligne du milieu, ou celle qui est entre l’avant-garde, & l’arriere-garde. (Q)

Corps-de-Garde, (Art-milit.) est dans l’Art militaire un petit détachement de soldats pour faire une garde particuliere. On en tire des sentinelles pour les poser dans les lieux où il en est besoin.

On appelle aussi corps-de-garde, dans les places de guerre, de petits bâtimens pratiqués dans les places & dans les dehors, pour mettre les soldats & les officiers de garde à l’abri du mauvais tems. (Q)

Corps-de-Garde, (Art milit.) est un poste quelquefois couvert, quelquefois découvert, destiné pour mettre des gens de guerre qui sont de tems en tems relevés par d’autres, pour veiller tour-à-tour à la conservation d’un poste considérable. Voyez Garde.

Le nom de corps-de-garde ne signifie pas seulement le poste, mais encore les troupes qui l’occupent. Chambers.

On pose ordinairement un grand & un petit corps-de-garde à une distance considérable des lignes, pour être plus promptement averti de l’approche de l’ennemi. Voyez Gardes ordinaires. (Q)

Corps d’une Place, dans l’Art militaire, est proprement ce qui en forme immédiatement l’enceinte. Ainsi les bastions & les courtines forment le corps de nos places fortifiées à la moderne. (Q)

Corps de Bataille, (Marine.) on donne ce nom à l’escadre qui est placée au milieu de la ligne. Dans un combat naval, c’est ordinairement l’escadre ou la division du commandant qui se place au milieu, & qui fait le corps de bataille. (Z)

Corps-de-Garde dans un vaisseau, (Marine.) c’est ordinairement la partie qui se trouve sous le gaillard de l’arriere, qu’on appelle demi-pont. Voyez Marine, Pl. I. lett. K. (Z)

Corps-mort, (Marine.) c’est une grosse piece de bois qu’on enfonce fortement dans la terre, & un peu inclinée, & à laquelle tient une chaîne de fer qui sert à amarrer les vaisseaux. (Z)

Corps, (Marine.) on dit le corps du vaisseau ; c’est le corps du bâtiment sans ses agrés & apparaux, comme voiles, cordages, &c. (Z)

Corps, dans le Commerce, se dit de plusieurs marchands ou négocians dans un même genre, qui forment une compagnie réglée par les mêmes statuts, & soûmise aux mêmes chefs ou officiers.

Il y a à Paris six corps de marchands, qui sont regardés comme les principaux canaux & instrumens du commerce de cette grande ville.

Le premier est celui de la Draperie. Voyez Draperie.

Le second, celui de l’Epicerie. Voyez Epicerie.

Le troisieme, celui de la Mercerie. Voyez Mercerie.

Le quatrieme, celui de la Pelleterie. Voyez Pelleterie.

Le cinquieme, celui de la Bonneterie. Voy. Bonneterie.

Le sixieme est le corps de l’Orféverie Voyez Orféverie.

Chacun de ces corps a ses maîtres & gardes en charge, qui en sont comme les chefs ou officiers.

Les assemblées particulieres de chaque corps se font dans le bureau de ce corps ou maison commune qu’a chacun d’eux pour traiter de sa police & de ses affaires particulieres. Mais les assemblées générales se font ordinairement dans le bureau des Drapiers, qui seuls sont en droit de les convoquer, à cause du premier rang qu’ils y tiennent ; & c’est toûjours le premier grand-garde de la Draperie qui préside.

Ce sont les maîtres & gardes des six corps des marchands qui ont l’honneur de porter le dais sur les Rois, les Reines, & autres princes, princesses, & seigneurs qui font leur entrée publique à Paris, chaque corps alternativement, depuis le throne dressé hors des barrieres de la porte Saint-Antoine, jusque dans le Louvre.

Les six corps de marchands de Paris ont une devise, qui a pour corps un homme assis tenant en ses mains un faisceau de baguettes qu’il s’efforce de rompre sur le genou, & pour ame ces mots : Vincit concordia fratrum. Voyez le Dict. de Commerce. (G)

Corps, se dit aussi des communautés des arts & métiers, c’est-à-dire de toutes les sortes d’artisans & d’ouvriers qui ont été réunis en divers corps de jurande. On dit plus ordinairement communauté. Voyez Communauté. Ibid. (G)

Corps de Jurande ; ce sont les communautés d’artisans à qui, par des lettres patentes des rois, il à été accordé des jurés, le droit de faire des apprentis, la maîtrise, & des statuts de police & de discipline. Voyez Jurés & Jurande. Ibid. (G)

Corps de Pompe, voyez Pompe.

Corps d’Entrée, (Danse.) ce sont les chœurs de danse qui figurent dans un ballet, & qu’on nomme aussi figurans. Le corps d’entrée est ordinairement composé de huit danseurs & danseuses ; quelquefois ils sont jusqu’à seize. Voyez Entrée, Figurant, & Quadrille. (B)

Corps, en Venerie, se dit quand il s’agit de la tête d’un cerf, d’un dain, & d’un chevreuil, & des perches & du marrain où sont attachés les andouillers ; & quand il s’agit du pié, il se dit des deux côtés du pié d’une bête fauve, & des pinces qui forment le bout du pié.

Corps ligneux, (Hist. nat. botan.) ce qui est renfermé dans la tige couverte de l’écorce dont il tire son origine, aussi-bien que de la graine ; son tissu est plus serré, & forme un cercle plein de pores, plus ouverts que ceux de l’écorce. (K)

Corps, dans les Arts méchaniques, se dit ordinairement de quelque partie principale d’un ouvrage, d’une machine : en voici quelques exemples.

Corps de Seau, en terme de Boisselerie ; c’est une planche de hêtre fendue très-mince, haute d’environ un pié, dont on fait le milieu ou corps du seau.

Corps de Carrosse ; c’est ainsi que les Selliers appellent le carrosse avant qu’il soit posé sur ses roues & sur son train.

Corps, dans l’Ecriture, est relatif à la hauteur & à la force du caractere : ainsi une écriture qui peche par le corps, est ou trop maigre ou trop courte, &c. Le corps a la hauteur de huit becs de plume & cinq & demi de large pour le titulaire ; quatre & demi pour la hauteur de la ronde, & quatre environ de large ; pour la coulée, sept & demi de hauteur & cinq de large.

Les majeurs ou mineurs qui excedent les autres lettres, se partagent en trois parties ; le corps intérieur ou médial de la figure, le corps supérieur qui excede au-dessus du caractere, & l’inférieur qui excede en-dessous.

* Corps, (Fonderie en caracteres d’Imprimerie.) Les caracteres d’Imprimerie ont une épaisseur juste & déterminée, relative à chaque caractere en particulier, & sur lesquels ils doivent être fondus : c’est cette épaisseur qui s’appelle corps, qui fait la distance des lignes dans un livre ; & on peut dire qu’il y a autant de corps dans une page, qu’il y a de lignes : c’est ce corps qui donne le nom au caractere, & non l’œil de la lettre. Cependant pour ne rien confondre, lorsque l’on fond, par exemple, un cicéro sur le corps de saint-augustin, pour donner plus de blanc entre les lignes de ce cicéro, pour les ouvrages de poésie ou autres, on dit pour lors œil de cicéro sur le corps de saint-augustin. Voyez Caracteres.

On dit corps foible & corps fort, par un abus qui vient de l’ignorance des premiers tems de l’Imprimerie, qui n’a été remarqué qu’en 1742 par le sieur Fournier le jeune, graveur & fondeur de caracteres à Paris. Il a donné un plan qui assigne au corps des caracteres une épaisseur fixe & déterminée, & une correspondance générale entre eux. N’y ayant point de regle sûre pour exécuter les caracteres avant que le sieur Fournier on ait donné, il est arrivé que chaque Imprimeur a fait faire ces caracteres suivant les modeles qu’il a trouvé chez lui, ou qu’il a voulu choisir : ainsi il commande, par exemple, un caractere de cicéro, sans connoître la mesure déterminée & exacte que devroit avoir ce corps ; un autre a le même caractere, dont le corps est un peu plus fort ; un troisieme en a un plus foible, & ainsi des autres. D’un même caractere ainsi différent de corps, on appelle le plus épais corps fort, & les autres corps foible. Ces corps ainsi confondus, n’ont ni mesure, ni justesse, ni correspondance ; ce qui jette une grande confusion dans l’Imprimerie, & elle subsistera tant qu’on n’exécutera point les proportions données par ledit sieur Fournier. V. l’art. Caractere.

Corps, en termes de Fondeur de cloches, est la troisieme partie de la plus grande épaisseur du bord de la cloche, ou la quarante-cinquieme du diametre. Voyez l’article Fonte des Cloches.

Corps, (Joüaillerie.) il se dit de l’anneau d’une bague. Lorsqu’une bague a une tête, l’anneau qui la supporte s’appelle le corps de bague.

Corps, (Maréchall.) on appelle ainsi les côtes & le ventre du cheval. Avoir ou n’avoir point de corps. Voyez l’article suivant. (V)

Corps, (avoir du) Maréchall. se dit d’un cheval qui a le flanc rempli, & les côtes évasées & arrondies. N’avoir point de corps, se dit d’un cheval qui a les côtes plates, & dont le ventre va en diminuant vers les cuisses, comme celui d’un levrier. Les chevaux d’ardeur sont sujets à cette conformation. Avoir de la noblesse, se dit principalement d’un cheval qui a le cou long & relevé, & la tête haute & bien placée. Avoir du ventre, se dit en mauvaise part d’un cheval qui a le ventre trop gros, ce qui est un signe de paresse. Avoir de l’haleine & du fond, se disent communément des chevaux qu’on employe à courir, quand ils résistent long-tems à cet exercice sans s’essouffler, & qu’ils le peuvent recommencer souvent sans se fatiguer. Avoir des reins ou du rein, se dit d’un cheval vigoureux, ou de celui dont les reins se font sentir au cavalier, parce qu’ils ont des mouvemens trop durs & trops secs. Avoir le nez au vent, se dit d’un cheval qui leve toûjours le nez en-haut ; c’est un défaut qui provient souvent de ce que le cheval ayant les os de la ganache serrés, a de la peine à bien placer sa tête : ce défaut vient aussi quelquefois de ce qu’il a la bouche égarée, c’est-à-dire déreglée. Avoir l’éperon fin, se dit d’un cheval fort sensible à l’éperon, & qui s’en apperçoit pour peu qu’on l’approche. Avoir de la tenue à cheval, se dit du cavalier qui y est ferme & ne se déplace point, quelques mouvemens irréguliers que le cheval fasse. Avoir du vent, se dit d’un cheval poussif. (V)

Corps de Rang, terme de Perruquier ; ce sont des tresses qui se cousent au dessus des tournans, en allant depuis les temples jusqu’à la nuque. Voyez l’art. Perruque.

Corps, (Manufact. en soie.) c’est l’assemblage de toutes les mailles attachées aux arcades : Voyez Arcades & Velours.

Corps ; c’est, chez les Tailleurs, la partie d’un habit qui couvre depuis le cou jusqu’à la ceinture : ainsi ils disent un corps de pourpoint ; doubler un habit dans le corps.

Quoique nous ayons rapporté un grand nombre d’acceptions différentes du mot corps, nous ne nous flatons pas de n’en avoir omis aucune ; mais celles qui précedent suffisent pour donner une idée de l’étendue dans la langue, de ce mot qui désigne une chose qui en a tant dans la nature.

Corps de Refend, (Architect.) Voyez Refend.

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Étymologie de « corps »

Étymologie de corps - Wiktionnaire

(Vers 881)[1] Du latin corpus (même sens) ; cors (début du XIIe siècle)
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Étymologie de corps - Littré

Provenç. cors ; espagn. cuerpo ; ital. corpo ; du latin corpus ; comparez le celtique : gaél. corp ; irland. cuirp ; cornw. coref ; kymri, corf, cwrf ; bas-bret. corf ; d'après Burnouf. Yaçna, p. CXIX et p. 137, le même que le zend kehrpa ( avec un e bref), corps, sanscrit kripita, ventre. Dans l'ancien français, le nominatif est li cors, et le régime, par une faute devenue habituelle, le cors, aussi avec l's ; cependant quelques textes ont la forme régulière le cor.

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Phonétique du mot « corps »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
corps kɔr play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « corps »

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Citations contenant le mot « corps »

  • Nous nous sommes toutes et tous déjà baladé sur la plage les pieds dans l'eau. "Mais le longe-côte est un sport bien différent, explique Hervé Dourver, responsable sport aux Thermes Marins de Saint-Malo. L’idée est d’évoluer dans un milieu aquatique où l’on garde toujours pieds, avec de l’eau jusqu’à la poitrine". Et d’insister : "C’est le point le plus important. Si vous avez de l’eau seulement jusqu’à mi-cuisses ou jusqu’aux hanches, vous risquez de vous faire mal au dos. Le déplacement du corps face à la puissance de l’eau peut inciter à se cambrer et à adopter une mauvaise posture". Marie Claire, Le longe-côte, la rando dans l’eau qui tonifie le corps - Marie Claire
  • Les sauveteurs turcs ont retrouvé mardi dans un lac de l'est du pays les corps de six migrants, après le naufrage de leur embarcation composée d'environ 60 personnes. Le ministère turc de l'Intérieur a annoncé mercredi l'arrestation de 11 individus en lien supposé avec cet accident. InfoMigrants, Turquie : six corps retrouvés après un naufrage dans un lac - InfoMigrants
  • À tous ceux qui veulent commémorer l’héritage de la Confédération, s’ils veulent des monuments, voici mon corps qui est une trace de cette histoire. Ma peau est un témoignage. Courrier international, “Mon corps est un monument raciste”
  • Le corps d’une femme a été découvert ce mardi matin au niveau du barrage du Freney, en Maurienne (Savoie) France Bleu, Savoie : le corps d’une femme retrouvé au barrage du Freney
  • Après avoir fait ouvrir la porte suite à des loyers impayés et à de nombreuses relances, l'huissier a découvert un corps momifié dans le logement. Dans le réfrigérateur et dans les armoires des aliments ont été retrouvés. Ils étaient périmés depuis 2017, laissant supposer que le décès date de cette année là. De plus la locataire des lieux, une dame d'une soixantaine d'années n'a plus donné de signe de vie depuis plusieurs années. Une enquête pour "recherche des causes de la mort" est en cours... , NÎMES Un corps momifié retrouvé dans un appartement ce mercredi : le décès remonte à 2017 – Objectif Gard
  • Des travailleurs au corps-à-corps avec la mort, sur France 3 Le Monde.fr, Des travailleurs au corps-à-corps avec la mort, sur France 3
  • Homme sans femme, tête sans corps ; femme sans homme, corps sans tête. De Jean-Paul Richter / Blumen, Frucht und Dornenstücke
  • La nudité est antérieure au corps, et le corps quelquefois s'en souvient. De Roberto Juarroz / Tercera Poesia Vertical
  • A la guerre, comme en amour, le corps à corps seulement donne des résultats. De Blaise de Montluc
  • Naturiste : corps sage sans corsage. De Alain Finkielkraut / Petit fictionnaire illustré
  • Pleurer, c'est diminuer son corps. De Edmond et Jules de Goncourt / Journal
  • Un corps débile affaiblit l'âme. De Jean-Jacques Rousseau / Emile ou de l'éducation
  • Le mot est le corps du temps. De Dominique Fourcade
  • La langue est le gouvernail du corps. De Aménhémhat
  • Esclave de corps, d’esprit libre. De Sophocle
  • Un esprit sain dans un corps sain. De Juvénal / Satires
  • Le corps conditionnne le raisonnement. De Hélène Grimaud / Variations sauvages
  • Rappelez-vous : corps-esprit, esprit-corps, tout est lié. De Olivier Lockert / Hypnose
  • La terreur que l'esprit ressent devant le corps a rendu fous d'innombrables mortels. David Herbert Lawrence, Le Serpent à plumes, Préface The Plumed Serpent, Preface
  • Dans le corps malade, l'âme se sent toute seule. Joseph d'Arbaud, Le Laurier d'Arles
  • Une âme saine dans un corps sain. Juvénal en latin Decimus Junius Juvenalis, Satires, X, 356
  • Le corps d'un ennemi mort sent toujours bon. Charles IX,
  • Il* disait que l'âme d'un homme amoureux vivait dans un corps étranger. Plutarque, Vies parallèles, Vie de Caton l'Ancien, IX (traduction D. Ricard)
  • Un esprit solide dans un corps humain, c'est la plus grande force dans la plus grande faiblesse. Isocrate, À Démonicos, 40 (traduction Mathieu et Brémond)
  • Car l'âme est l'essence et l'acte d'un corps. Aristote, Métaphysique, VIII, 3 (traduction J. Tricot)
  • Pourquoi, après une âme, nous avoir offert un corps ? J'aurais mieux aimé n'être qu'une âme - ou seulement un corps, mais pas les deux à la fois ! Armand Salacrou, Une femme trop honnête, Gallimard
  • La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle. Blaise Pascal, Pensées, 793 Pensées
  • Le travail du corps délivre des peines de l'esprit, et c'est ce qui rend les pauvres heureux. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Le corps est dans l'esprit. Jules Lagneau, Fragments
  • Mon corps, ô ma sœur, a bien mal à sa belle âme […]. Jules Laforgue, Derniers Vers, Dimanches
  • La robe est parfois plus humaine que le corps. Jean Follain, Usage du temps, Gallimard
  • Le corps est un parasite de l'âme. Jean Cocteau, La Comtesse de Noailles, oui et non, Perrin
  • […] Ce n'est pas l'esprit qui est dans le corps, c'est l'esprit qui contient le corps, et qui l'enveloppe tout entier. Paul Claudel, Le Soulier de satin, I, 6, le roi , Gallimard
  • Qui a le cœur, qu'il ait aussi le corps. Chrétien de Troyes, Cligès
  • Le corps s'en va, le cœur séjourne. Chrétien de Troyes, Le Chevalier à la Charrette
  • Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine ! Son beau corps a roulé sous la vague marine. André de Chénier, La Jeune Tarentine
  • Nous n'accordons une âme aux gens que lorsqu'ils n'ont plus de corps. Malcolm de Chazal, Sens plastique, Gallimard
  • […] la réhabilitation de ce pauvre corps, si calomnié par l'âme. François René, vicomte de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe
  • L'âme, c'est la vanité et le plaisir du corps tant qu'il est bien portant. Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Gallimard
  • L'esprit n'est pas aussi solide que le corps. Alexis Carrel, L'Homme, cet inconnu, Plon
  • Le corps et l'âme sont des vues prises du même objet à l'aide de méthodes différentes. Alexis Carrel, L'Homme, cet inconnu, Plon
  • Les attitudes, gestes et mouvements du corps humain sont risibles dans l'exacte mesure où ce corps nous fait penser à une simple mécanique. Henri Bergson, Le Rire, P.U.F.
  • Le corps est un des noms de l'âme, et non pas le plus indécent. Marcel Arland, Où le cœur se partage, Gallimard
  • Désordre dans le corps, erreur dans l'esprit, l'un nourrissant l'autre, voilà le réel de l'imagination. Émile Chartier, dit Alain, Système des beaux-arts, Gallimard
  • Le corps humain est le tombeau des dieux. Émile Chartier, dit Alain, Système des beaux-arts, Gallimard
  • L'âme, c'est ce qui refuse le corps. Émile Chartier, dit Alain, Définitions, Gallimard
  • Mon corps n'en fait qu'à sa tête. Marcel Achard, L'Idiote, III, Josefa , Gallimard

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Traductions du mot « corps »

Langue Traduction
Corse corpu
Basque body
Japonais
Russe тело
Portugais corpo
Arabe الجسم
Chinois 身体
Allemand körper
Italien corpo
Espagnol cuerpo
Anglais body
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Synonymes de « corps »

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Antonymes de « corps »


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