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L’anagramme - Figure de style [définition et exemples]

Définition de l'anagramme

L'anagramme est une figure de style qui consiste à inverser les lettres d'un mot ou d’une expression en les transposant dans un ordre différent afin de créer un nouveau mot. 

Par exemple, le mot « aube » est l'anagramme du mot « beau », comme l'expression « la crise économique » pour « le scénario comique ».

Au-delà du concept de figure de style, l’anagramme est considérée comme un jeu de mot littéraire et un procédé d’écriture, s'agissant de jouer avec les lettres et d’explorer ainsi les subtilités de la langue française.

L’Oulipo, acronyme de l’Ouvroir de Littérature Potentielle, réunit des écrivains, mathématiciens et peintres célèbres, les oulipiens, comme Raymond Queneau, Georges Pérec, Jacques Bens, Claude Berge, et bien d’autres. L’objectif de ce regroupement est de proposer de nouvelles règles du langage, d’inventer des structures selon un système de contraintes formelles à la littérature, permettant ainsi la création de phrases et de textes nouveaux.

Selon Noël Arnaud, un des membres fondateurs de l’Oulipo, cité par Patrick Bacry, dans Les figures de style, « […] il y a des structures que l’Oulipo met à la disposition des écrivains, et qui peuvent produire, selon le tempérament de l’usager, des œuvres romantiques ou symbolistes ou surréalistes ou tuttiquantistes. L’Oulipo se borne à donner, agrémentant une structure, un exemple (ou deux) afin de prouver la v(f)iabilité de cette structure. »

Pierre Bacry, dans le même ouvrage, évoque également la notion de contrainte : « D’une manière générale, on peut dire qu’en fait, la notion de contrainte se trouve plus ou moins à la base de toute création ; décider qu’on va écrire un sonnet, par exemple, c’est évidemment se donner une contrainte. »

L’anagramme fait partie de ces contraintes, à l’instar du lipogramme ou du filigrane.

En ce qui concerne l’anagramme, l’oulipien Olivier Salon a publié un texte intitulé « Le Saint nu » dans lequel il suit la contrainte de l’anagramme, dans chacun des 9 paragraphes du récit :

« […] Monsieur Palomar marche devant une église presque déserte d’une petite ville de la côte Adriatique. Et pour Palomar, celui qu’il a entr’aperçu est l’homme à part

[…] Palomar est conscient d’être présent lui aussi devant l’église, mais il se rassure en se disant que son âme est ailleurs, car Palomar laisse l’âme au port.


[…] Pourtant, d’habitude, Palomar n’est 
pas mollard.


[…] Palomar pense qu’à vouloir être trop morale, son attitude n’est 
pas morale.

 
[…] Regarder en coin, songe Palomar, ce n’est 
pas la mort.

 
[…] Me voilà rude pour les hommes, les vrais, les saints : je suis 
âpre au mâle.


[…] Un regard politique en somme, presque ministériel, pense Palomar qui pourtant n’est 
pas Malraux.
 
[…] Palomar se 
pâme alors.

[…] Le poids mort d’une pénible incompréhension empêche d’apprécier à leur juste mérite les intentions les plus éclairées : c’est ce que conclut amèrement Palomar, qui prononce enfin : Ma parole ! »

Olivier Salon, Le Saint nu

Les anagrammes sont utilisées en littérature mais aussi au cinéma et à la télévision, où ils participent à dévoiler l’intrigue d’un film au public.

Citons les plus célèbres :

Des pseudonymes de quelques auteurs et de personnages de romans sont fondés sur des anagrammes : 

  • Pauvre Lélian (Paul Verlaine) ;
  • Alcofribas Nasier (François Rabelais) ;
  • Marguerite de Crayencour (Marguerite Yourcenar). 
  • Sébastien Japrisot (quasi anagramme de son nom Jean-Baptiste Rossi)
  • Tout au long de sa carrière de cambrioleur, le gentleman Arsène Lupin de Maurice Leblanc a utilisé des quelques anagrammes : Paule Sinner, Prince Paul Sernine, Don Luis Perenna…

La plupart des énigmes du roman de Dan Brown Da Vinci Code sont également construites sur des anagrammes.

Faust Federel dans le thriller policier américain Le Silence des agneaux, est le faux nom donné par Hannibal Lecter pour désigner un tueur en série. Il s’agit en fait de l’anagramme de « sulfate de fer ».

Anacyclique et Palindrome

La notion d’anacyclique représente un mot ou un groupe de mots qui peut être lu indifféremment de gauche à droite et de droite à gauche. Il s’agit d’un cas particulier d’anagramme. Les mots lus conservent un sens mais ils n’ont pas la même signification selon le sens de lecture. 

Quelques exemples pour illustrer ces particularités de la langue française : « trop » et « port » ; « super » et « repus » ; « ados » et « soda ». 

Dans une phrase anacyclique, ce ne sont pas les lettres qui sont inversées, mais les mots.  La phrase « souffrir sans amour, l’oublies-tu parfois ? » donne en sens inversé « Parfois, tu oublies l’amour sans souffrir ».

Comme pour l’anagramme, de nombreux auteurs ou réalisateurs s’inspirent d’anacycliques pour nommer leurs personnages ou pour laisser des indices au cours du récit.

Alors les yeux dilatés par l’horreur, Danny put lire, reflétées sur le globe, les lettres inversées du mot TROMAL : LA MORT.

Stephen King, Shining

Pour être encore plus précis sur les définitions, lorsque l’anacyclique garde le même sens, il s’agit d’un palindrome. Un palindrome est une figure style qui caractérise un mot ou un groupe de mots qui peut être lu dans les deux sens, indifféremment de gauche à droite et de droite à gauche. Les palindromes sont donc identiques à l’endroit et à l’envers, ils peuvent être par exemple : 

  • des noms communs : ici, radar, été, tôt, selles… 
  • des prénoms : Anna, Eve, Bob… 
  • des phrases : « Ésope ici se repose » (Jacques Capelovici, alias Maître Capello), « L’âme des uns n’use de mal » (Étienne Pesquier), « Ce reptile lit Pérec » (Georges Perec)
  • mais aussi des verbes, des adjectifs, des pronoms…

Origine et étymologie de l’anagramme

Le terme anagramme provient du grec « Ἀνάγραμμα, anagramma » qui signifie « renversement de lettres ». Composé du préfixe « ἀνὰ » signifiant « en arrière, à rebours, à nouveau », et de « γράμμα» qui signifie « lettre, écriture », il représente donc l’idée de placer les lettres dans un ordre différent.

La création d'anagrammes remonte à l’Antiquité. Très populaire au Moyen Âge, de nombreux écrivains ou poètes se sont exercés à ce jeu littéraire captivant et renversant.

Aujourd’hui, on trouve des générateurs d’anagrammes (outils, jeux) sur Internet qui réalisent toutes les transpositions possibles des lettres, en proposant des nouveaux mots.

Exemples d’anagrammes

Les anagrammes de mots 

  • Café – Face
  • Trousses - Roustes
  • Arbre – Barre
  • Désir – Rides
  • Poires - Proies
  • César – Sacré 
  • Verre - Rêver
  • Migraine – Imaginer
  • Chien – Niche - Chine
  • Silence – Enclise
  • Réussite – Trieuses- Tireuses

Les anagrammes de groupes de mots ou de phrases 

  • Tour de main - Dominateur
  • Albert Einstein – Rien n’est établi 
  • Le commandant Cousteau – Tout commença dans l’eau
  • La vitesse de la lumière = Limite les rêves au-delà 

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