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Tête de linotte : définition et origine de l’expression

Sommaire

  • Définition de l’expression « tête de linotte ».
  • Evolution historique de l’usage de l’expression « tête de linotte »
  • Origine de l’expression « tête de linotte »
  • Exemples d’usage de l’expression « tête de linotte »

Saviez-vous que la linotte est un oiseau, au plumage gris-fauve, dont la particularité est de construire son nid sans se soucier des éventuels prédateurs ? Non ? C’est désormais chose faite ! L’expression « tête de linotte » balance entre la critique et la remarque affective de par sa comparaison avec ce petit volatile à la tête souvent dans les nuages. C’est le cas de le dire, et nous vous dressons dans cet article le portrait de cet oiseau et de ses caractéristiques qui ont donné naissance à cette expression. N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones ! Bonne lecture !

Définition de l’expression « tête de linotte ».

L’expression « tête de linotte », locution nominale, se dit d’une personne tête en l’air, écervelée, distraite ou encore d’une personne qui ne retient pas ce qu’on lui dit, qui a peu de mémoire.  L’analogie avec l’oiseau vient du fait que ce volatile possède une boîte crânienne, et donc un cerveau – siège de la mémoire -, proportionnel à sa taille, c’est-à-dire très petite (et à peine supérieure à celui d’une huître.) C’est donc à cette caractéristique que fait référence l’idiotisme animalier utilisé dans l’expression.

Linotte mélodieuse (mâle) dessinée par Wilhelm von Wright (1810 - 1887). Source : Wiktionary

La linotte fait partie de la famille des fringillidés (oiseaux siffleurs et granivores, comme le pinson.) Son nom vient du terme « lin », dont ils sont friands, avec le suffixe « otte ». C’est un oiseau qui mesure en moyenne 13,5 cm… Pour plus de précisions sur la linotte, nous vous invitons à vous rendre sur notre dictionnaire : Linotte : définition de LINOTTE, subst. fém.

Evolution historique de l’usage de l’expression « tête de linotte »

L’étude des occurrences dans les ouvrages publiés montre l’évolution de l’usage de l’expression « tête de linotte » au fil du temps (source : Google Ngram) :

évolution tête de linotte
Occurrences de « tête de linotte » dans les sources publiées (1800 - 2008)

Origine de l’expression « tête de linotte »

L’expression « tête de linotte » fait donc référence, dans le symbolisme animalier populaire, au comportement de l’oiseau qui passe le plus clair de son temps à sautiller à terre en quête de nourriture et à construire ses nids à la vue de tous les potentiels prédateurs sans qu’elle semble se soucier du danger (moins d’un mètre cinquante de hauteur…) C’est pourquoi, au figuré et dans le langage familier, la linotte désigne une personne étourdie, qui ne fait pas attention à ce qui l’entoure. Par la suite, l’expression complète s’est construite sur la base de l’expression péjorative « tête de » : « tête de mule », « tête de pioche », « tête d’enclume » … (On dit aussi une « cervelle de moineau »).

Même si la comparaison avec l’oiseau existe certainement depuis plus longtemps, la première occurrence se trouve recensée, chose étonnante, dans l’œuvre d’un lexicographe anglais, Randle Cotgrave : A Dictionarie of the French and English tongues, un dictionnaire bilingue français-anglais, publié en 1611. On y trouve à « linotte » cette phrase : « il a une teste de linotte » accompagnée de sa traduction anglaise : « He hath but a light or giddie head of his owne », ce qui veut dire « il a un esprit léger ou étourdi ».  

Pour aller plus loin : les oiseaux se sont souvent vus attribuer une symbolique particulière, comme les autres animaux. La linotte et l’étourneau sont des oiseaux qui symbolisent l'insouciance. La chouette est le symbole de l’intelligence (et ce, depuis la Grèce antique), et le rossignol, quant à lui, est le messager des amoureux

Mais la linotte, loin de se contenter de son rôle d’écervelée, est aussi la mascotte des vignerons. Les légendes ont nourri l’imaginaire populaire en ce qui concerne la symbolique animale – et se nourrissent elles-mêmes de ces dernières où elles puisent leur inspiration. Au sujet de la linotte, il existe une légende selon laquelle Saint Vincent, patron des vignerons, un prêtre qui vivait au IIIe siècle, se promenait dans le pays de Toul (Meurthe-et-Moselle) lorsqu’il eut soif. Il entra dans une maison d’où était absent le propriétaire et se servit un verre de vin. Apparut alors une linotte qui lui dit : « Saint-Vincent, je suis la linotte, je veille sur la vigne et les vignerons depuis toujours. Pourtant, je n’ai aucune récompense pour mes services et mon chant. Les plumes du rouge-gorge sont oranges sur sa poitrine, et celles du chardonneret sont multicolores, mais moi, je reste grise ». Saint Vincent lui répondit alors qu’il ne pouvait rien faire pour elle si ce n’est de la laisser boire de son breuvage. La linotte, se penchant pour boire, tomba dans le verre et en ressortit avec une petite tâche rouge foncé sur la poitrine (et, selon cette légende, de là viendrait la petite tâche rouge de son plumage.)

Exemples d’usage de l’expression « tête de linotte »

C’est une linotte, un nuage, sans mémoire, sans discernement, sans préférence.

Benjamin Constant, Journaux, 1814

Percenoix, en vraie tête de linotte, ne s’était aperçu de rien et n’avait rien eu ; – il jasait, en ce moment-là, comme une pie borgne, et s’écoutait lui-même, les yeux au plafond. 

Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, « Le Plus beau dîner du monde », dans Contes cruels, 1883

Respect ou remords, elle chassait loin d’elle, afin de les oublier à jamais, les commandements de Dieu et de l’Église, qui mettaient en sa charmante tête de linotte le lourd plomb des angoisses depuis si longtemps inconnues.

Emile Goudeau, Le Froc, 1888

Ces jeunes gens, ça n’a pas plus de tête, de prévoyance que des linottes, parole d’honneur !

Comtesse de Ségur, L’Auberge de l’Ange-Gardien, 1888

C’est une tête de linotte, un brouillon, un évaltonné, qui ne songe qu’à s’amuser, à flâner, se trémousser, rouler sa bosse de droite et de gauche !

Albert Cim, Le Gros lot, 1913

N'hésitez pas à compléter cet article si nécessaire et à ajouter vos réflexions sur cette expression française en commentaire.


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Commentaires

Roger Rivière

Bonjour,

Il me semble —euphémisme !— qu’une faute d’accord s’est glissée dans les premières lignes descriptives et je la signale encadrée par les crochets […], voici :  »Saviez-vous que la linotte est un oiseau, au plumage gris-fauve, dont la particularité est de construire [ leur ] nid sans se soucier des éventuels prédateurs… » : faute en effet car ici le possessif ne peut être [ leur ] mais  »son » puisque le substantif référent est  »un oiseau » donc singulier !

Cordialement.

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Cauet

Bonsoir, Le site de la langue française que j’ai découvert récemment est superbe intéressant mais c’est aussi bien le fait que vous avez pu remarquer qu’il y avait une erreur de leur part Cordialement

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La langue française

Où ça ?

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F. Mouget

Une tache de vin, pas une tâche.

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