Sans coup férir : définition et origine de l'expression
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Imaginez une armée qui entre dans une ville et s’en empare sans tirer un seul coup de feu. Les habitants ouvrent les portes, l’ennemi s’installe, et pas une épée ne sort de son fourreau. Voilà l’image que convoque « sans coup férir ». Aujourd’hui, on emploie surtout cette locution au figuré, pour dire qu’on a obtenu quelque chose sans la moindre peine. Mais d’où vient ce mystérieux « férir », ce verbe que plus personne ne conjugue ? Remontons ensemble le fil de cette expression !
Définition de l’expression « sans coup férir »
L’expression « sans coup férir » signifie sans rencontrer de résistance, sans difficulté. On l’emploie pour décrire une victoire ou une réussite obtenue sans effort, sans avoir à se battre.
Elle se présente sous deux nuances, selon le contexte :
- Au sens propre : sans combattre, sans en venir aux mains. On prend alors une ville ou une position sans livrer bataille. Exemple : « Les troupes sont entrées dans la capitale sans coup férir. »
- Au sens figuré : sans peine et sans rencontrer d’opposition. Il s’agit de l’emploi le plus courant aujourd’hui. Exemple : « Elle a décroché le poste sans coup férir. »
Dans cette locution, le mot « coup » désigne le coup porté par une arme. Quant au verbe « férir », il signifie tout simplement « frapper ».
À noter que l’usage de cette expression à l’oral reste rare et d’un registre soutenu.
Synonymes de « sans coup férir »
- Sans difficulté
- Sans résistance
- Sans combattre
- Sans encombre
- Haut la main
- Comme une lettre à la poste
Origine de l’expression
L’expression repose sur le verbe « férir », qui vient du latin ferire et signifie « frapper ». Littéralement, « sans coup férir » veut donc dire « sans frapper le moindre coup ».
Ce verbe a connu un destin singulier. Peu à peu, il s’est éteint, au point de ne plus survivre que dans cette locution figée. Les grammairiens le classent parmi les verbes défectifs.
Son participe passé nous est pourtant resté, sous une forme inattendue. Lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il est « féru » d’histoire ou de musique, on emploie cet ancien participe. Le passionné a été « frappé », touché au cœur par son sujet de prédilection.
L’expression remonte au Moyen Âge sous la forme « sans cop ferir ». Son sens militaire, prendre une place sans combat, a précédé de plusieurs siècles le sens figuré que nous lui donnons aujourd’hui.
L’expression populaire apparaît dans la seconde moitiée du XVIIIe siècle et atteint son apogée en popularité vers 1850 :

Exemples d’usage de l’expression
Elle ne doutait plus de sa victoire et se croyait assurée d’emporter, sans coup férir, le cœur de Fortunio.
Théophile Gautier, Fortunio
La seule chose qui me brise le cœur, c’est que Naples abandonne la cause de son roi sans coup férir.
Alexandre Dumas, Les Garibaldiens
Paris n’a pas attendu, Paris a conquis sa liberté sans coup férir ; j’espère que, plantée ainsi, elle est viable.
George Sand, Correspondance
C’est l’ennemi qui, à sa grande stupeur, occupe Barbotigny sans coup férir.
Alphonse Allais, Rose et Vert-Pomme
Elle affirme qu’on peut l’en croire / Mon cœur vaincra sans coup férir.
Guillaume Apollinaire, Calligrammes
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