En avoir ras le bol : définition et origine de l'expression
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Parfois, les ennuis s’accumulent. La coupe est pleine et vous lâchez : « J’en ai ras le bol ! » Cette formule familière, tout le monde l’a déjà prononcée. Pourtant, son origine est plus surprenante qu’il n’y paraît, car le « bol » dont il est question n’a rien à voir avec le récipient de petit-déjeuner. Je vous propose de remonter à la source de cette expression dans cet article. Bonne lecture !
Définition de l’expression « en avoir ras le bol »
L’expression « en avoir ras le bol » signifie être excédé, en avoir assez, avoir atteint la limite de sa patience. On l’emploie pour exprimer la lassitude, l’agacement ou le dégoût face à une situation que l’on ne supporte plus.
L’image est simple : quelque chose s’est rempli jusqu’au bord, à ras, et menace de déborder. La formule rejoint donc l’idée de la goutte d’eau qui fait déborder le vase, autre expression très populaire.
L’expression appartient au registre familier. Elle a d’ailleurs donné naissance à un nom commun, le ras-le-bol (avec traits d’union), qui désigne un sentiment de saturation émotionnelle ou psychologique face à une situation.
Employée seule, l’interjection « ras-le-bol ! » traduit enfin un mouvement d’exaspération.
Synonymes de « en avoir ras le bol »
- En avoir assez
- En avoir marre
- En avoir par-dessus la tête
- En avoir sa claque
- En avoir plein le dos
- En avoir ras la casquette
Origine de l’expression
Pour comprendre cette expression, il faut décomposer ses deux ingrédients. D’abord l’adverbe « ras », issu du latin rasus, « rasé, tondu de près ». Depuis longtemps, « à ras » signifie aussi « au plus près de la surface », d’où l’idée de remplir un récipient à ras bord.
Reste le « bol », qui réserve la vraie surprise. Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas de la tasse du matin. D’après le Dictionnaire étymologique et historique du français (Larousse), cette formule familière est née au milieu du XXe siècle comme un euphémisme argotique.
Dans l’argot, le mot « bol » a en effet remplacé un terme nettement plus cru, désignant l’anus ou, par extension, le postérieur. « En avoir ras le bol » reprend ainsi une tournure plus directe, « en avoir ras le cul ». Cette version assagie a peu à peu supplanté l’originale dans la langue courante.
Le nom « ras-le-bol » s’est imposé à la fin des années 1960. La période de Mai 68, marquée par la contestation et la fatigue d’un ordre établi, lui a offert une formidable caisse de résonance. Depuis, il sert régulièrement à nommer les colères sociales, des mouvements syndicaux aux protestations contre la complexité administrative !

Exemples d’usage de l’expression « en avoir ras le bol »
L’écrivain Jacques Perret note lui-même la nouveauté de la formule lorsqu’il évoque ses souvenirs.
Toujours est-il que des menus plaisirs, faveurs et emplois dérisoires qui m’étaient octroyés, si gentiment le fussent-ils, j’en avais ras le bol. Cette locution, je crois, n’était pas encore en usage mais peu importe et le sentiment qu’elle traduit n’avait rien à voir avec l’ingratitude.
Jacques Perret, Belle lurette
Plus près de nous, l’expression ponctue les dialogues du quotidien, comme dans ce roman primé.
– Eh bien moi j’en ai ras le bol de répondre à tes questions !
Anne Berest, La Carte postale
Les habitants de la résidence des lierres à Avignon (Vaucluse) en ont ras le bol. Depuis mai 2025, ils ne reçoivent plus régulièrement leur courrier et cela impacte leur quotidien.
« On ne reçoit plus de courrier » : le ras-le-bol des habitants de la résidence des lierres à Avignon, Ici
Plusieurs femmes de gendarmes vivant à la caserne de Saint-Malo en ont ras le bol.
« Ras le bol » : sans chauffage ni eau chaude, des femmes de gendarmes dénoncent l’état de la caserne de Saint-Malo, Ouest-France
Si cette plongée dans l’argot populaire vous a plu, découvrez l’origine d’une autre formule née dans la rue et scandée en Mai 68 : « mort aux vaches ».