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Perfide Albion : définition et origine de l'expression

Ah, qu’il est facile de taper sur les Anglais (qui nous le rendent bien). C’est presque une tradition lorsque l’on est Français. On s’en donne à cœur joie de les traiter de tous les noms, allant du plus prosaïque (« Rosbifs »), au plus technique (« Homards ») en passant par le simple et efficace « Engliches » (une façon de ridiculiser ses rivaux en massacrant l’orthographe de leur nationalité)

Mais, quitte à s’abaisser à l’insulte, autant le faire avec classe et esprit. Si vous tenez donc à signifier à votre ami Anglais que vous n’avez toujours pas pardonné pour le bûcher de Jeanne d’Arc (1429), Azincourt (1415) ou Nelson à Trafalgar (1805), vous pouvez opter pour le trait d’esprit teinté de mépris, à la manière de Clémenceau qui disait : « L’Angleterre, cette colonie française qui a mal tourné », ou pour l’insulte chic : « perfide Albion ». Et, pour ne pas l’utiliser sans pouvoir la justifier, nous vous conseillons de lire cet article qui en explique le sens, l’origine et l’histoire. Bonne lecture et n'hésitez pas à parcourir notre catégorie consacrée aux expressions ! 

Définition de l’expression « perfide Albion »

Toujours utilisée avec l’article féminin « la », l’expression « perfide Albion » est un nom propre dont on se sert pour désigner l’Angleterre, la Grande-Bretagne ou le Royaume-Uni. D’abord uniquement péjorative, utilisée pour discréditer les Anglais, c’est une expression dont on se sert aujourd’hui pour gentiment se moquer ou pour plaisanter au sujet des Anglais. Son sens s'entend lorsqu'on étudie son origine.

Origine de l’expression « perfide Albion »

L’expression « perfide Albion » tire son origine d’un qualificatif qui n’était point du tout péjoratif au départ. En effet, Albion est un surnom à connotation poétique et mythologique anciennement attribué à la Grande-Bretagne. On trouve la première acception de ce nom alternatif dans un ouvrage datant de 730, l’Histoire ecclésiastique du peuple anglais, par Bède le Vénérable (moine Anglo-Saxon, dit le « Père de l’histoire anglaise ») : « Le Bretagne est une île de l’Océan qui autrefois se nommait Albion ». Dans la mythologie, Albion est un Géant, fils de Neptune.

L’expression « perfide Albion » est ainsi née de l’ajout de l’épithète dépréciative « perfide » (du latin « perfidus », qui « viole sa foi, trompeur », colportant ainsi l’idée de trahison et de transgression) au toponyme d’origine, « Albion ». Cette subtile combinaison, nous la devons à un poète et auteur dramatique français, Augustin Louis de Ximénès, qui écrivit ces vers en 1793 :

Des Grecs et des Romains imitons le courage !
Attaquons dans ses eaux la perfide Albion !
Que nos fastes s'ouvrant par sa destruction
Marquent les jours de la victoire !
Que le monde vers nous, lentement attiré,
Sente de quels fardeaux nous l'aurons délivré,
Et nous pardonne notre gloire.

Augustin, Marquis de Ximénès, octobre 1793, L'Ère des Français

Le terme « perfide » était déjà implanté dans le lexique populaire français pour désigner l’Angleterre, mais l’expression « perfide Albion » est ici utilisée par l’auteur dans un contexte bien précis, celui des guerres de la Révolution française qui ont notamment vu s’opposer la France et la Grande-Bretagne, cette dernière étant défavorable aux idéaux révolutionnaires et régicides du peuple français. Cette expression sera par la suite réutilisée à plusieurs reprises (notamment durant les deux guerres mondiales) et sera même traduite en allemand : « Das perfide Albion ».

Exemples d’usage de l’expression « perfide Albion »

Et la guerre ? Et les forfanteries de la perfide Albion tournant en eau de boudin ? Farce ! Farce !

Gustave Flaubert, Correspondance, 1878 

C’est qu’à l’époque où mes amis et moi nous faisions de la propagande en faveur de la liberté commerciale, on nous en opposait un qui ressemblait tout à fait à celui-là, je veux parler de l’argument de la perfide Albion. On nous disait : Nous accepterions volontiers le libre-échange si les Anglais n’existaient pas.

Annales de l'Association internationale pour le progrès des Sciences sociales, 2e session : Congrès de Gand, Bruxelles & Leipzig : chez A. Lacroix, Verboeckhoven & Cie et Paris ; chez Guillaumin & Cie, 1864

Mes compagnons de traversée, en gens pratiques, prirent immédiatement possession des trois chambres de l’hôtel Alexandra […]. Comme la perfide Albion avait accaparé tout le logement disponible, je fus réduit à chercher ce qu’un Espagnol appellerait une casa de huespedes, et je finis par trouver une petite chambre chez la veuve Thorsdal, […].

Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883

Tout a commencé il y a environ cent trente ans, dans l’esprit d’un éminent neurologue britannique, Hughlings Jackson, véritable Charcot de la perfide Albion.

Lionel Naccache, Le Nouvel Inconscient : Freud, le Christophe Colomb des neurosciences, Odile Jacob, 2009

Où d'Artagnan se prépare à voyager réjouit fort d'apprendre que l'armée était toute levée, et que lui Planchet se trouvait une espèce de roi de compte à demi, qui, de son trône-comptoir, soudoyait un corps de troupe destiné à guerroyer contre la perfide Albion, cette ennemie de tous les cœurs vraiment français.

Alexandre Dumas, Le Vicomte de Bragelonne

N'hésitez pas à ajouter vos réflexions sur cette expression française en commentaire.

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Commentaires

Herald

Mon grand-père disait en souriant: Si l'Bondieu a mis les Anglais sur une île, c'est qu'il avait ses raisons.

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