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Ouvrir la boîte de Pandore : définition et origine de l’expression

L’expression « ouvrir la boîte de Pandore » est rarement utilisée dans notre langage courant, au grand regret des mordus de culture antique. Cette expression, que l’on retrouve donc plus communément à l’écrit, est tirée de la mythologie grecque.

Pour vous en expliquer la signification et l’origine, et afin de déterminer qui est cette Pandore et que vient faire sa boîte dans cette histoire, nous devons donc nous replonger dans le monde merveilleux des mythes qui ont façonné pendant des siècles la vision du monde des Anciens, et influencent encore aujourd’hui la nôtre. N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones. Bonne lecture !

Définition de l’expression « ouvrir la boîte de Pandore »

La locution verbale « ouvrir la boîte de Pandore » s’emploie, au sens figuré, pour désigner une situation lors de laquelle quelqu’un déclenche de manière inconsidérée une série d’événements ou une suite de conséquences inévitables et malheureuses. Ainsi, si l’on vous dit que vous avez « ouvert la boîte de Pandore », nulle raison de se réjouir, vous êtes désigné comme l’auteur, volontaire ou non, d’une ribambelle de problèmes. L’expression peut aussi bien désigner les paroles ou les faits à l’origine du malheur ou les conséquences du malheur eux-mêmes.

Si l’on veut être encore plus proche du mythe original tout en restant sur le plan métaphorique, l’expression peut désigner quelqu’un qui, malgré l’avis général et les conseils des uns et des autres, a décidé malgré tout de mener une action dont les conséquences seront au mieux, embarrassantes, au pire, catastrophiques.

Origine de l’expression « ouvrir la boîte de Pandore »

Cela ne date pas d’hier que notre langue emprunte aux histoires qui ont bercé notre enfance pour enrichir son vocabulaire et sa manière de décrire les choses. Déjà, dans l’Antiquité, les mythes étaient une manière de concevoir le monde, et d’aucuns les considèrent aujourd’hui comme de vastes métaphores inventées afin d’illustrer certains comportements humains ou leçons morales. L’expression « ouvrir la boîte de Pandore » tire son origine du mythe éponyme, le « mythe de Pandore ». Mais qui est Pandore ?

Dans la mythologie grecque, Pandore est la première femme humaine créée par Zeus (le dieu des dieux). C’est le poète Hésiode qui nous en parle le premier, dans les Travaux et les Jours. Pandore fut façonnée dans de l’argile par Héphaïstos, dieu du feu et de la métallurgie, et c’est la déesse Athéna (déesse de la sagesse) qui lui insuffla la vie. « A cette femme il donne le nom de 'Pandore', parce que ce sont tous (pan en grec) les habitants de l'Olympe qui, avec ce présent (dôron en grec), font présent du malheur aux hommes qui mangent le pain », explique encore Hésiode.

En effet, Pandore est loin d’être une femme comme les autres : tout d’abord parce que c’est la première, mais aussi parce qu’elle a été mise sur terre afin que Zeus puisse se venger de Prométhée, Titan qui avait volé le feu aux dieux pour le donner aux hommes. C’est peu flatteur pour le genre féminin, mais c’est un fait : Pandore sera celle qui apportera le malheur aux hommes.

Le plan de Zeus est bien rodé : il offre la main de Pandore au frère de Prométhée, Epithémée et donne à Pandore elle-même la fameuse boîte – qui, en réalité, est une jarre – et lui interdit de l’ouvrir. Pour cause, cette jarre contient la totalité des maux terrestres : la vieillesse, la famine, la guerre, la misère, la maladie, les épidémies (oui, oui), les vices, entre autres, mais aussi l’espérance (aussi étonnant que cela puisse paraître).

La fin de l’histoire est moins joyeuse puisque Pandore, cédant à la curiosité (dont Hermès, le dieu messager, lui avait fait don à sa « naissance »), ouvrit la boîte et libéra tous les maux qui s'abattirent alors sur la race humaine – sauf l’espérance, qui, plus lente que le reste de la troupe, resta au fond de la boîte (manque de chance…).

John William Waterhouse, Pandore, 1896, Huile sur toile

Morale de l’histoire ? La curiosité est un vilain défaut. Mais ce que l’expression « ouvrir la boîte de Pandore » a surtout retenu, c’est qu’une seule personne, par ses actions, peut être à l’origine de malheurs à la chaîne, quelle que soit leur importance.

Pour aller plus loin : La figure de Pandore ne vous rappelle-t-elle personne ? Pandore ressemble à peu de choses près à Eve, compagne d’Adam, le premier homme et figure clé des écrits chrétiens. Elle n’est certes pas présentée de la même manière dans la religion catholique, mais elle n’en est pas moins, elle aussi, à l’origine de la misère humaine. Si Adam est créé à partir de la terre, et Eve à partir de l’une de ses côtes, c’est elle qui croquera la pomme de l’arbre interdit, tentée par le Serpent, et qui proposera à Adam d’y goûter lui aussi, entraînant par cet acte leur bannissement du jardin d’Eden et les maux de la race humaines :

Puisque tu as écouté ta femme, et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger, la terre sera maudite à cause de toi ; c'est avec peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. Elle fera pousser pour toi des épines et des chardons, et tu mangeras l'herbe de la campagne. C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes au sol, puisque c'est de là que tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras à la poussière.

La Bible, Genèse, 3 :17-19

Exemples d’usage de l’expression « ouvrir la boîte de Pandore »

En bouleversant les critères d'attribution des privilèges au détriment du lignage, du droit des vieilles maisons, Louis XIV ouvre la boîte de Pandore. En effet, à partir du moment où la filiation généalogique n'est plus l'élément objectif, déterminant et incontesté du rang, et que ce dernier oscille, varie au gré de la volonté omnipotente du roi, tous les coups sont permis.

Cécile Guilbert, Saint-Simon ou l’encre de la subversion, Gallimard, 1994

Et si réellement par toutes mes questions je venais d'ouvrir des souterrains ? Des souterrains où rôdent des forces obscures, la jalousie, l'orgueil, le désespoir, l'ambition, la cruauté, le goût du sang... Je viens d'ouvrir la boîte de Pandore et les puissances du mal jaillissent, noires, dangereuses, horribles.

René Frégni, Maudit le jour, Gallimard, 2006

C’était en fait ouvrir la boîte de Pandore. Ceux qui avaient inclus ce projet dans le programme du Congrès en 1920 avaient oublié le fait qu’il pouvait aussi précipiter l’éveil des nationalismes locaux aux dépens d’un nationalisme purement indien […].

Amaury De Riencourt, L’âme de l’Inde, Julliard/L’Âge d’Homme, 1985

On parlait alors de « variété », de « totalité », de « classe » et Cantor a inventé non seulement un tout autre langage, mais l’axiomatique qui va avec, ouvrant la boîte de Pandore d’une théorie alors incongrue, dont il n’avait sans doute pas prévu tous les développements ni tous les excès.

Élisabeth Busser, Une approche des mathématiques qui dérange, Bibliothèque Tangente no 61, novembre 2017

De la boîte de Pandore où grouillaient les maux de l'humanité, les Grecs firent sortir l'espoir après tous les autres, comme le plus terrible de tous. Je ne connais pas de symbole plus émouvant.

Albert Camus, Noces

Laetitia, petit ange, pourquoi as-tu ouvert si facilement ? On ne t'a pas appris qu'il faut demander qui c'est avant d'ouvrir la boîte de Pandore ?

Frédéric Beigbeder, Nouvelles sous ecstasy

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Commentaires

junior
Merci beaucoup pour ce sujet,car c'est une découverte pour moi.Je n'avais jamais lu de telles publications.C'est vraiment intéressant.
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