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Une madeleine de Proust : définition et origine de l’expression

Un parfum de lavande, un thé à la menthe, un bibelot en porcelaine ou encore un nocturne de Chopin… Nous avons tous nos propres « madeleines de Proust », tout autant d’objets, d’odeurs, de paysages ou de mélodies dont notre enfance a été parsemée et qui ne cessent de venir nous hanter à l’âge adulte. Si le sentiment, nostalgique, est bien commun, la présence de l’expression française « madeleine de Proust » dans le langage courant est quant à elle assez récente. Nous revenons ici sur l’origine de cette expression, son auteur et son histoire. Bonne lecture !

Définition de l’expression « une madeleine de Proust »

La locution nominale « Madeleine de Proust » est une expression utilisée au sens figuré pour désigner l’impression de réminiscence provoquée par un objet, un détail, une odeur, etc. 

Le média en ligne La Philo décrit le phénomène de la façon suivante : « La madeleine est le symbole de ce passé qui surgit de manière involontaire. Si les analystes parlent de “conscience affective” pour qualifier le surgissement des souvenirs, c’est bien pour insister sur la dimension non-active et affectée du sujet : les souvenirs viennent à lui sans avoir été convoqués. »

Origine de l’expression « une madeleine de Proust »

La « Madeleine de Proust » nous vient tout droit de la littérature, et plus exactement d’une œuvre titanesque : À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, né à Paris le 10 juillet 1871 et mort à Paris le 18 novembre 1922. L’expression est une allusion littéraire qui fait directement référence à l'expérience de « la madeleine » vécue par Proust dans Du côté de chez Swann, le premier volume de « La Recherche », comme on l’appelle dans le milieu, publié le 14 novembre 1913. Voici l’extrait dont il est question : 

Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés petites madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. [...] Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin, à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot – s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.

Le philosophe Emmanuel Mounier, dans son ouvrage Traité du caractère (1946), commente ainsi le phénomène : « Cette expérience de l'éternel peut (...) s'opérer à travers une sensation vive et fraîche qui, dans une brusque fusion d'un souvenir et d'une perception mystérieusement apparentés nous détache, par un miracle léger, de la servitude avilissante du temps. On connaît les exemples célèbres de Proust : la saveur d'une madeleine trempée dans une cuillerée de thé, une cuiller cognée contre une assiette, les pieds posés sur deux pavés inégaux suffisent à ouvrir le paradis intérieur. »

Pour aller plus loin : si l’expression « Madeleine de Proust » s’est probablement imposée dans le langage courant à la fin du XXe siècle, Marcel Proust n’a pas été le premier écrivain à tenter de décrire cette impression vécue par tous. En 1894, l’écrivain américain John Muir fait part d’une expérience semblable dans The Mountains of California : 

Sans avoir toutes ces années respiré ne serait-ce qu'une bouffée d'air marin, alors que je marchais, seul, à la faveur d'une randonnée botanique, du cœur de la vallée du Mississippi jusqu'au golfe du Mexique, en Floride, loin de la côte, mon attention entièrement tournée vers la splendide végétation tropicale alentour, je reconnus soudain une brise de mer parmi les palmiers et les vignes enchevêtrées, qui sur-le-champ réveilla et libéra mille associations latentes, me faisant redevenir le petit garçon que j'avais été en Écosse, comme si toutes les années qui s'étaient écoulées depuis avaient été annihilées.

John Muir, The Mountains of California

Exemples d’usage de l’expression « Une madeleine de Proust »

Il saurait incidemment – en baisant Djamila pour la première fois – que ce parfum était Opium, d'Yves Saint Laurent, et que cette fragrance serait sa madeleine de Proust à tout jamais.

Ellen Guillemain, Esprit de famille, 2017

Les retrouvailles inattendues avec les traces d'un passé oublié sont susceptibles de les transformer en autant de madeleines de Proust.

Françoise Dolto : Archives de l'intime, par Yann Potin, Catherine Dolto-Tolitch, 2008

Je vais sans doute te faire sourire; mais quand il arrive qu'on me serve des haricots verts, ils jouent pour moi le rôle de la petite madeleine de Proust, et je revois ta mère, le tablier bleu qu'elle avait accroché pardessus sa robe…

Claude Roy, L'Ami lointain

Ma madeleine de Proust avec un parfum de couenne de porc fumé.

Marc Dugain, Heureux comme Dieu en France

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