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Une image d’Épinal : définition et origine de l’expression

Savez-vous ce qu’est une image d’Épinal ? Sans doute avez-vous déjà entendu ce terme, fréquent dans la langue française, sans trop le comprendre ni même savoir ce qu’est « un Épinal » (ou « une Épinal »). En vérité, Épinal est un nom propre, et non un nom commun, et « l’image d’Épinal » est aujourd’hui une formule consacrée, à la signification bien particulière.

Alors, qu’est-ce qu’une « image d’Épinal », et d’où vient cette locution ? Découvrez ci-dessous la définition et l’origine de l’expression « une image d’Épinal ».

Définition de l’expression « une image d’Épinal »

Lorsqu’on parle d’une « image d’Épinal » au sens figuré, on fait référence à une représentation idéalisée et quelque peu naïve de la réalité. L’expression décrit une vision embellie et simpliste, le plus souvent déconnectée de la complexité du réel, voire carrément fausse.

Dans le langage courant, « l’image d’Épinal » est voisine du « cliché », du « stéréotype », du « lieu commun » ou de « l’idée reçue » ; autant d’histoires, d’anecdotes et d’informations qui, bien que largement diffusées et popularisées, manquent souvent de profondeur, de véracité et de nuance. 

Plus rare, la formule « tarte à la crème » est également employée pour traduire la même idée : une rumeur ou une image tant et maintes fois rebattue et rabâchée, qu’elle en devient vide de sens, si tant est qu’elle en ait eu un jour.

Retenez enfin que l’on écrit toujours « Épinal » avec une majuscule, et pour cause : il s’agit du nom d’une ville de France, comme nous allons le découvrir à présent, en remontant aux origines de cette expression.

Origine de l’expression « une image d’Épinal »

La formule apparait au XIXe siècle et trouve sa source dans la ville d’Épinal, située dans les Vosges, en France. À l’époque, Jean-Charles Pellerin, un imprimeur local, commence à produire en série des estampes populaires, connues sous le nom « d’images d’Épinal ».

Ces images traitent de sujets quotidiens et triviaux, et sont vendues par des colporteurs à travers le pays. Fabriquées par lithographie (une technique d’impression à partir de pierre calcaire), elles se distinguent par leurs couleurs vives et bariolées, employant généralement des tons primaires tels que le rouge, le bleu, le jaune et le brun. Vous pouvez en trouver un grand nombre d’exemples dans la banque d’images de Wiki Commons.

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Planche appartenant à la série de 50 planches réalisées par l'éditeur Gaston Lucq (dit Glucq) entre 1880 et 1884.
Exemple d’images d’Épinal. Planche appartenant à la série de 50 planches réalisées par l’éditeur Gaston Lucq (dit Glucq) entre 1880 et 1884. Source : Wiki Commons

Bien que les premières estampes populaires aient vu le jour à Paris, c’est à Épinal que cette forme d’art prend véritablement son essor, la ville s’imposant comme le centre de production d’images le plus important de France. 

Dès 1815, les illustrations de Pellerin jouent un rôle notable dans la propagation de la légende napoléonienne, en diffusant, parmi les classes populaires, la figure du Premier Empire et de son dirigeant, Napoléon Ier. 

Avec le temps, l’expression « image d’Épinal » évolue et passe dans le langage commun avec son sens figuré actuel, évoquant une vision simplifiée et embellie de la réalité, souvent trompeuse ou fallacieuse — tout comme les estampes de Pellerin employaient des couleurs criardes et irréalistes.

Exemples de l’usage de l’expression « une image d’Épinal »

Comme l’enfant, la femme se représente le bien et le mal en simples images d’Épinal ; le manichéisme rassure l’esprit en supprimant l’angoisse du choix ; décider entre un fléau et un moindre fléau, entre un bénéfice présent et un plus grand bénéfice à venir, avoir soi-même à définir ce qui est défaite, ce qui est victoire, c’est prendre de terribles risques ; pour le manichéiste le bon grain est clairement distinct de l’ivraie, et il n’y a qu’à arracher l’ivraie ; la poussière se condamne elle-même et la propreté est parfaite absence de souillure ; nettoyer, c’est expulser déchets et boue.

Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe

Nos danses dans les rues et dans des bastringues, elles-mêmes quasi désuètes, en ont à leur manière pris la suite, mais désacralisées, sauf peut-être pour quelques lampées de patriotisme, motivées seulement dans la conscience claire des danseurs par quelques images d’Épinal de notre histoire.

Marguerite Yourcenar, Le Temps, ce grand sculpteur

Sous la vigne grimpante, il y avait des tables peintes en vert, tandis que, dans la vaste cuisine, par la porte grande ouverte, on apercevait l’horloge sonore, les images d’Épinal collées parmi les faïences, l’hôtesse énorme activant le tournebroche.

Émile Zola, Les Rougon-Macquart

Le mort est encore en morceaux. Le jour où l’on enterre, nous nous dispersons en piétinements, en mains d’amis vrais ou faux à serrer, en préoccupations matérielles. Le mort mourra demain seulement, dans le silence. Il se montrera à nous dans sa plénitude, pour s’arracher, dans sa plénitude, à notre substance. Alors nous crierons à cause de celui-là qui s’en va, et que nous ne pouvons retenir. Je n’aime pas les images d’Épinal de la guerre.

Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre
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Nicolas Lafarge-Debeaupuis

Nicolas Lafarge-Debeaupuis

Nicolas Lafarge-Debeaupuis est rédacteur indépendant, et prête ses mots à différents médias et entreprises. Se décrivant volontiers comme « un geek avec une plume », il se sent dans son élément naturel lorsqu’il écrit sur des sites web tels que La langue française.

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