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Faire la grasse matinée : définition et origine de l'expression

Sport le plus pratiqué chez les 15-17 ans, la grasse matinée fait partie des plaisirs que l'on ne peut s'accorder qu'à de rares occasions une fois l'âge adulte venu (exception faite aux rentiers et virulents partisans du week-end prolongé).

Quel luxe de rabattre sur ses oreilles un duvet molletonneux tandis que les travailleurs du dimanche besognent dans la fraîcheur matinale. Si l’expression « faire la grasse matinée » est bien connue du peuple français, on en ignore souvent l’origine exacte. Notre article est là pour vous aider à saisir les choses en profondeur. N’hésitez pas à parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions francophones. Bonne lecture !

Définition de l'expression « faire la grasse matinée »

L’expression « faire la grasse matinée » signifie rester couché au lit, éveillé ou non, plus longtemps que de coutume ou passée l’heure habituelle du réveil – et de façon volontaire (à ne pas confondre avec la panne d’oreiller).

Origine de l'expression « faire la grasse matinée »

L’expression « faire la grasse matinée » est entrée dans le langage courant au XXe siècle, mais existait déjà au XVIe siècle où l’on disait « dormir la grasse matinée ». Le dictionnaire de l’Académie françoise datant de 1694 en donne par ailleurs une définition : « On dit au sens figuré “dormir la grasse matinée” pour dire “dormir bien avant le jour, se lever fort tard” ».

Pour certains, le latin serait à l’origine de l’utilisation de l’adjectif « grasse ». En effet, le terme français s’est calqué sur le latin « crassus » qui signifie « épais, dense » et qui, à l’époque romaine, était déjà utilisé au sens figuré (crassus infortunium : un gros malheur). Il faudrait donc ici comprendre que « grasse matinée » fait référence à la profondeur et l’épaisseur du sommeil.

Mais, si l’on fouille un peu plus avant dans les archives de la Bnf, on découvre qu’un autre dictionnaire, Le Dictionnaire universel, compilé par Antoine Furetière et publié en 1701, donne à l’expression une définition qui diffère légèrement : « On dit aussi “dormir la grasse matinée” pour dire “dormir jusqu’à midi pour devenir gras” ». Cela voudrait donc signifier que dormir jusque tard dans la journée permettrait de prendre du poids (chose positive à l’époque puisque synonyme de forme olympienne).

Pour aller plus loin : faire la grasse matinée, bonne ou mauvaise idée ? Ces derniers temps, la question du sommeil est abordée partout et tout le temps. Combien de temps faut-il dormir par nuit, à quelle heure se coucher, à quelle heure se lever, faut-il pratiquer le sommeil biphasique, a-t-on encore le droit d’avoir une peluche-fétiche à 35 ans, etc. ?

La toile regorge d’article sur le sujet : pour certains, la grasse matinée serait source de stimulation intellectuelle, pour d’autres, elle serait au contraire négative puisqu’elle romprait le cycle de sommeil. Bref, on vous laisse vous faire votre propre opinion sur le sujet. Cas extrême : certaines personnes sont atteintes d’hypersomnie ou de clinophilie, un trouble psychiatrique propre à des états dépressifs, qui consiste à ne vouloir plus se lever, à passer ses journées au lit, parfois pendant plusieurs jours.

Pour aller encore plus loin : Jacques Prévert est l’auteur d’un poème en vers libres intitulé « La grasse matinée », publié dans son recueil Paroles en 1946 et dans lequel il dénonce les inégalités sociales. En voici un extrait :

Il est terrible
le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim elle est terrible aussi la tête de l'homme
la tête de l'homme qui a faim
quand il se regarde à six heures du matin
dans la glace du grand magasin
une tête couleur de poussière [...]

Jacques Prévert, Paroles, La grasse matinée

Exemples d'usage de l’expression « faire la grasse matinée »

Peut-être qu'ils dormaient, pensa-t-il. Le 4 Juillet, ils devaient faire la grasse matinée. Il cogna plus fort. Une femme en chemise de nuit, avec de grosses lunettes, ouvrit la porte et le regarda du haut de son long nez.

Marjorie Kellogg, La Dent du fauve, 1977

Qui a la réputation de se lever avant l’aube, il peut sans crainte faire la grasse matinée.

Le bâtard de Bouillon, chanson de geste anonyme, début XIVe siècle

Le patron, qui fait la grasse matinée, s’habille en hâte pour courir chez l’étoile.

Marie Colombier, Les Mémoires de Sarah Barnum, 1883

Tandis que le père, à partir de cinq heures, s'enrageait au lit, s'habillait quand même, les enfants faisaient jusqu'à neuf heures la grasse matinée.

Émile Zola, Germinal

Il donna cinq sous à un garçon d'avoine pour lui permettre d'aller se coucher dans la paille. Il s'y trouva comme un coq en pâte. Le roi n'était pas son cousin. Il s'endormit. Il aurait fait la grasse matinée, mais le goujat le fit décamper. C'était le petit jour.

Jean Giono, L'Iris de Suse

Mon sommeil et ma grasse matinée du lendemain n'étaient plus qu'un charmant conte de fées. Charmant ; bienfaisant peut-être aussi. Je me disais que les pires souffrances ont leur lieu d'asile, qu'on peut toujours, à défaut de mieux, trouver le repos.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu

N'hésitez pas à ajouter vos réflexions sur cette expression française en commentaire.

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