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Tonnerre

Définitions du mot « tonnerre »

Trésor de la Langue Française informatisé

TONNERRE, subst. masc.

A. −
1. Manifestation sonore de la foudre; bruit plus ou moins violent, perçu plus ou moins longtemps après l'éclair selon la distance qui sépare le phénomène du lieu où il est entendu, et intervenant souvent plusieurs fois au cours d'un orage. Tonnerre assourdissant, continu, éloigné, grondant, ininterrompu, lointain, roulant, sourd; bruit, grondement(s), roulement de/du tonnerre; fracas du tonnerre; le tonnerre retentit; avoir peur du tonnerre. En ce moment, un éclair sillonna la nue. Le tonnerre gronda; une grêle furieuse mêlée d'une pluie abondante fondit sur la plaine (Sandeau, Sacs, 1851, p. 60).Maintenant le tonnerre ébranlait la vallée (Rollinat, Névroses, 1883, p. 131).
[Ce phénomène est envisagé dans une durée] La journée a été orageuse; le tonnerre a grondé pendant deux heures et la foudre a éclaté non loin de la maison (Delécluze, Journal, 1825, p. 212).
Au plur., littér. Une puissance occulte envahissait son âme, Des tonnerres lointains roulaient au fond des cieux (Bouilhet, Melaenis, 1857, p. 201).
Coup de tonnerre, éclat de tonnerre (vieilli). Manifestation ponctuelle de la foudre; bruit sec, violent de la foudre s'accompagnant souvent d'un phénomène de résonance. Un coup de tonnerre éclate. La nature (...) se réveille par des torrents de pluie et des éclats de tonnerre terribles (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 523).D'épais nuages avaient obscurci le ciel; un orage se préparait. Un éclair rapide brilla, suivi d'un violent coup de tonnerre, et la pluie commença à tomber lourdement (Musset, Mouche, 1854, p. 288).
2. P. méton., vieilli. Foudre. Être frappé du tonnerre. Ce jour-là de terribles orages éclatèrent du côté de Paris; la grêle dévasta les campagnes, et le tonnerre tomba en plusieurs lieux (Barante, Hist. duc Bourg., t. 4, 1821-24, p. 234).
Objet représentant la foudre, généralement sous la forme d'une flèche ou d'un faisceau enflammé. Quand Napoléon visita la Chapelle, au monde que portait dans ses serres l'aigle d'Othon on ajouta la foudre que j'ai vue encore aujourd'hui fixée aux deux côtés du globe impérial. Le suisse dévisse ce tonnerre à la demande des curieux (Hugo, Rhin, 1842, p. 74).
Loc., littér. Le maître du tonnerre. Jupiter. Jupiter insulte à sa défaite [de Typhon] par un rire moqueur (...). Le maître du tonnerre retourne au ciel, porté sur son char (Dupuis, Orig. cultes, 1796, p. 164).La région, le séjour du tonnerre. Le ciel. Ainsi l'aigle superbe au séjour du tonnerre S'élance (Lamart., Médit., 1820, p. 147).L'oiseau qui porte le tonnerre. L'aigle. Ou tel encore l'oiseau qui porte le tonnerre, Orgueilleux de sa force et dédaignant la terre Plane vers le soleil dans son vol assuré (Chênedollé, Journal, Append., 1833, p. 182).
Expr. fig. Toutes les fois qu'il tonne, le tonnerre ne tombe pas. Les menaces ne sont pas toujours mises à exécution. (Dict. xixeet xxes.).
MINÉR. Pierre de tonnerre. Synon. de céraunie:
... au moyen âge, les chroniqueurs nous ont conservé de naïfs dessins de ces chutes inexpliquées; plusieurs naturalistes les désignaient sous les noms de pierres de foudre, pierres de tonnerre, parce qu'on les regardait comme des matières lancées par la foudre. Flammarion, Astron. pop., 1880, p. 687.
3. THÉÂTRE. Machine qui sert à imiter le tonnerre. On dressait alors un véritable théâtre. Il y avait un magasin de décors ad hoc, une rampe, un tonnerre (Sand, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 239).
B. − P. anal.
1.
a) Bruit violent, assourdissant. Tonnerre des camions, des eaux, des orgues, des roues, d'un train; tonnerre souterrain; dans le tonnerre de qqc.; un tonnerre, des tonnerres d'applaudissements, de bravos, de cris, de rires, de vivats. Le petit commerce du quartier Saint-Roch s'en allait sous une pioche invisible, avec de brusques tonnerres de charrettes qu'on décharge (Zola, Bonh. dames, 1883, p. 747).Bien des jours encore s'écouleraient avant qu'on entendît de nouveau le tonnerre lointain des grandes chutes (Hémon, M. Chapdelaine, 1916, p. 238).
Coup de tonnerre. Bruit sec, violent. Les coups de tonnerre à l'intérieur, lorsque les obus éclataient, faisaient briller les hautes fenêtres peintes (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 119).
b) P. méton. Dans l'assourdissement de ce tonnerre rebondi et secoué aux pavés de la rue [un camion chargé de charpentes de fer], on perçut les clameurs affolées du pauvre homme (Courteline, Ronds-de-cuir, 1893, p. 128).
En partic., littér. Canon. Les jeunes princes étaient dès longtemps investis des commandements généraux qui mettaient dans leurs mains tous les tonnerres du mont Calvaire et de Vincennes (Vigny, Mém. inéd., 1863, p. 143).
Expr. C'est un tonnerre. C'est un homme à la voix forte, puissante. (Dict. xixeet xxes.).
ARMUR. Partie du canon d'une arme à feu portative où se place la charge et où se produit l'explosion. Les soldats sortirent du cabaret, marchant avec précaution, la main au tonnerre du fusil et regardant au loin sur la route (Coppée, Vingt contes nouv., 1883, p. 14).
2. Locutions
a) Loc. adj. De tonnerre. Qui a des caractéristiques rappelant le bruit violent du tonnerre. Nous avions pourtant (...) un bruit de tonnerre sur la route d'Orléans à Paris toute pavée (E. de Guérin, Lettres, 1838, p. 192).Prédicateur à la voix de tonnerre (Bremond, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 591).
b) Loc. adv. En tonnerre. Avec des caractéristiques rappelant le bruit, la violence du tonnerre. Une immense ovation roule en tonnerre, s'élève, retombe (Martin du G., J. Barois, 1913, p. 440).En coup de tonnerre. Avec des caractéristiques rappelant le bruit, la violence, la brutalité d'un coup de tonnerre. [Le grand leit-motiv] monte, il monte avec fureur (...) et il éclate en coup de tonnerre (Rolland, Beethoven, t. 2, 1937, p. 474).
C. − Au fig.
1. Événement violent, qui survient brutalement. Depuis le tonnerre de la révolution (Bonstetten, Homme Midi, 1824, p. 211).Ce fut à cette minute, à deux heures moins un quart, que le tonnerre éclata en pleine Bourse: l'Autriche cédait la Vénétie à l'empereur, la guerre était finie (Zola, Argent, 1891, p. 210).
Expr. vieillie. Attirer le tonnerre. Attirer le malheur. Malheureux enfants, vous avez tous deux un nom qui attire le tonnerre (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p. 269).
Coup de tonnerre. Événement étonnant, imprévu; en partic., catastrophe imprévue. Le coup de tonnerre qui tombe sur l'Autriche en 1809, qui la ruine (...):la prise de Vienne par Napoléon (Rolland, Beethoven, t. 1, 1937, p. 68).Le neutron était découvert. Ce fut un coup de tonnerre dans le monde scientifique (Leprince-Ringuet, Atomes et hommes, 1957, p. 29).
2. Colère, puissance de quelqu'un; manifestation, expression de colère, de puissance. Livre qui n'atteint en rien le génie propre à Mirabeau et ne cherche point à lui dérober ni à lui soutirer son tonnerre (Sainte-Beuve, Portr. contemp., t. 2, 1834, p. 285).Et nous questionnons en vain notre âme pleine De tonnerre et de nuit! (Hugo, Contempl., t. 3, 1856, p. 245).
En partic. Colère, puissance divine. Dans leur démence avide, ils [des bandits] bravaient les tonnerres De Zeus (Banville, Exilés, 1874, p. 31).Ce monument étant une injure gratuite au Pape, on peut espérer le voir réduit en poudre, au jour de l'achèvement, par le tonnerre de Dieu! (Larbaud, Barnabooth, 1913, p. 125).
D. − [Loc. à valeur superl. ou jurons]
1. Loc. pop., fam.
a) Du tonnerre
α) Loc. adj. Formidable, extraordinaire; admirable. Synon. fam. terrible.C'est du tonnerre! Une fille du tonnerre. Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre (Aragon, Rom. inach., 1956, p. 59).
β) Loc. adv. Formidablement. Ça marche du tonnerre (GDEL).
b) Un tonnerre de + subst.[Avec la valeur d'un superl.; exprime l'admiration] Un tonnerre de pays où chacun pouvait prendre ses arpents de terre (Balzac, Méd. camp., 1833, p. 174).
c) Loc. adv. Le tonnerre. Très bien, très vite; puissamment et violemment. La Reine: J'ai galopé comme une rafale. Pollux allait le tonnerre (Cocteau, Aigle, 1946, iii, 6, p. 398).Jouer le tonnerre (Esn.1965).
SPORTS. Marcher le tonnerre. ,,Tenir la grande forme`` (Petiot 1982).
2. [Sert de juron ou entre dans de nombreuses loc. interj. à valeur de jurons] Tonnerre de sort! Tonnerre de tonnerre! Tonnerre de Brest, de Zeus, du diable! Tonnerre et sang! Nom d'un tonnerre! Mille (millions de) tonnerres! Tonnerre! je veux me fâcher bien fort; ma malle n'est pas encore arrivée (Stendhal, Corresp., t. 1, 1804, p. 83).Sacré tonnerre de nom de nom! Eh bien, me voici dans de beaux draps! (Martin du G., Gonfle, 1928, ii, 8, p. 1213).
[Dans des formules imprécatoires] (Que) le tonnerre l'emporte, l'enlève! Que le tonnerre écrase cette vieille qui nous fait droguer pour rien! (Sue, Myst. Paris, t. 7, 1843, p. 3).
3. Tonnerre de Dieu. V. ce mot 2eSection II B 3 b α et γ.
Au tonnerre de Dieu/dieu. Très loin. Il y avait des étoiles jusqu'au tonnerre de dieu! (Giono, Baumugnes, 1929, p. 188).Je suis à Toul, tu comprends? Toul! Une ville moisie, au tonnerre de Dieu (Duhamel, Jard. bêtes sauv., 1934, p. 154).
Prononc. et Orth.: [tɔnε:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 tuneire « bruit retentissant qui accompagne la foudre » (Roland, éd. J. Bédier, 1424); 2. a) 1552 tonnoirre « grand bruit » (Rabelais, Quart Livre, éd. R. Marichal, p. 267); b) 1553 voix de tonnerre (Bible, R. Olivetan, Apoc., VI, t. 2, fo96 ro); 3. a) 1623 coup de tonnerre « événement fatal » (Viau, Œuvres poét., 2epart., p. 46); b) 1646 (Maynard, Poésies, p. 57: l'auguste potentat dont l'Espagne craint le tonnerre); 4. a) 1790 jurons triple million de tous les cinq cens milliards de tonnerres de Dieu, Tonnerre de Dieu (Jean Bart, no67, p. 6; no93, p. 3 ds Quem. DDL t. 19); b) 1873 (Zola, Ventre Paris, p. 725: Il fait un froid du tonnerre de Dieu). Du lat. tonitrus « tonnerre » et « bruit retentissant comme le tonnerre »; la forme régulière tonnoire est att. jusqu'en 1572 (Amyot ds Hug.), cf. aussi tonnaire ds Dupuys 1573-Nicot 1606. Fréq. abs. littér.: 1 716. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 2 097, b) 3 175; xxes.: a) 3 336, b) 1 799. Bbg. Göhri (K.). Die Ausdrücke für Blitz und Donner im Galloromanischen. R. de dialectol. rom. 1912, t. 4, p. 45, 140. − Quem. DDL t. 12, 16, 17, 19, 21, 32.

Wiktionnaire

Nom commun

tonnerre \tɔ.nɛʁ\ masculin

  1. (Météorologie) Bruit de la foudre.
    • Il est possible que les coups de tonnerre se produisent en raison du roulement du vent dans les cavités des nuages, comme c’est le cas dans nos viscères, […]. — (Épicure, Lettre à Pythoclès, traduction anonyme.)
    • Bientôt les roulements d’un tonnerre lointain, se prolongeant dans ces bois aussi vieux que le monde, en firent sortir des bruits sublimes. — (François-René de Chateaubriand, Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert)
    • Le tonnerre éclata avec une force épouvantable, un tourbillon de vent s’engouffra dans la salle en défonçant une fenêtre. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • De tradition ardennaise, la fête de l’Assomption est un jour d'orage. Ce dicton, aujourd'hui, se confirmera: le tonnerre commence de se faire entendre. — (Isabelle Rimbaud, Dans les remous de la bataille (Journal de guerre), vol.1 : 28 juillet-28 août 1914, Le Mercure de France, 15 Juillet 1916)
  2. (Vieilli) (Par métalepse) La foudre elle-même.
    • Remarquez, d’autre part, cette tendance du tonnerre à choir non sur le clocher vieux, mais sur le clocher neuf ; […]. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Le temps s’était gâté tout à fait, […]. Les rafales, accompagnées de grêle et de tonnerre, se succédaient, accourant du sud sud-est, […]. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 238 de l’éd. de 1921)
    • Les éclairs sillonnaient les nuages sombres et je vis à quelque distance tomber le tonnerre. — (Sainte Thérèse de Lisieux, Manuscrits autobiographiques, Éditions de l’Office central de Lisieux, coll. Le Livre de Vie, Lisieux-Paris, 1962, page 50)
  3. (Figuré) (Par hyperbole) Manifestation bruyante, grondement.
    • Un tonnerre d’acclamations s’ensuivit, et le prince Jean lui-même, dans son admiration pour l’adresse de Locksley, oublia pour un moment l’aversion que le yeoman lui avait inspirée. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Le curé de Melotte […] n’était plus craint. Ses foudres de carton, ses tonnerres lointains, l’évocation des bûchers infernaux, la promesse des félicités paradisiaques dans un éden, somme toute, passablement morne et fort problématique, ne faisaient plus guère frémir que quelques vieilles dévotes et les gosses de neuf à onze ans […] — (Louis Pergaud, Le Sermon difficile, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  4. (Armement) Endroit du canon d’un fusil, d’un pistolet où se met la charge et où se produit l’explosion au moment du tir.
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Littré (1872-1877)

TONNERRE (to-nê-r' ; d'après Palsgrave, p. 7, au XVIe siècle, la première syllabe se prononçait ton, comme dans le substantif ton) s. m.
  • 1Bruit plus ou moins fort et plus ou moins prolongé qui accompagne la foudre. Un jour, un jour viendra que par toute la terre Rome se fera craindre à l'égal du tonnerre, Corneille, Hor. III, 5. Je veux suivre l'Écriture de mot à mot et de parole à parole ; il ne faut point que l'homme parle, et je ne veux pas ici contrefaire la voix de Dieu, ni imiter le tonnerre, Bossuet, 3e sermon pour le premier dimanche de l'Avent, Préambule. Ô nuit effroyable, où retentit tout à coup comme un éclat de tonnerre cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte ! Bossuet, Duch. d'Orl. Ma voix ferait sur eux les effets du tonnerre, Voltaire, Mahom. II, 5. [à l'Opéra] le tonnerre est une lourde charrette qu'on promène sur le cintre, et qui n'est pas le moins touchant instrument de cette agréable musique, Rousseau, Hél. II, 23. La voix du tonnerre lointain, P. Lebrun, Voy. de Grèce, III, 1.

    Fig. Voix de tonnerre, voix très forte, très éclatante. N'allez pas dès l'abord… Crier à vos lecteurs d'une voix de tonnerre : Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre, Boileau, Art p. III. Il a un teint basané, une voix de tonnerre, Al. Duval, les Héritiers, SC. 17.

    Fig. C'est un tonnerre, se dit d'un homme dont la voix est assourdissante.

    Fig. Un coup de tonnerre, coup fatal. Trône, à t'abandonner je ne puis consentir ; Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir, Corneille, Rodog. v, 1. M. de Pompone demanda s'il ne pourrait point avoir l'honneur de parler au roi, et savoir de sa bouche quelle faute avait attiré ce coup de tonnerre [la disgrâce], Sévigné, 22 nov. 1679.

    En un autre sens, événement étonnant. Quand je vois des gens fort heureux, je suis au désespoir : cela n'est pas d'une belle âme ; mais le moyen aussi de souffrir des coups de tonnerre de bonheur comme il y en a, dit-on, pour les inclinations ? Sévigné, à Bussy, 19 déc. 1670.

    Familièrement. Il est fait en coup de tonnerre, il est mal bâti, tout de travers, par allusion à la forme en zigzag des traits de la foudre qui éclate.

  • 2 Par extension, la foudre. Le tonnerre est tombé sur l'église. [Dans la Fable] Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre, C'est Jupiter armé pour effrayer la terre, Boileau, Art p. III. Dieu fit choix de Cyrus avant qu'il vît le jour… Le fit naître et soudain l'arma de son tonnerre, Racine, Esth. III, 4. Le tonnerre n'est qu'un grand phénomène électrique ; Franklin le force à descendre tranquillement sur la terre ; et, s'il foudroya Ajax Oïlée, ce n'est pas assurément parce que Minerve était irritée contre lui, Voltaire, Dict. phil. Tonnerre, 1. Il y a des grands seigneurs dont il ne faut approcher qu'avec d'extrêmes précautions ; le tonnerre est de ce nombre ; on sait que le professeur de mathématiques Richman fut tué à Pétersbourg, en 1753, par la foudre qu'il avait attirée dans sa Chambre, Voltaire, ib. 2. Avant les expériences de Franklin sur l'électricité, on se faisait des idées bien fausses du tonnerre, Sennebier, Ess. art d'obs. t. III, p. 7, dans POUGENS.

    Fig. Attirer le tonnerre, attirer les malheurs, et, en particulier, ceux de la guerre. Seigneur, n'attirez point le tonnerre en ces lieux ; Rangez-vous du parti du destin et des dieux, Corneille, Pomp. I, 1.

  • 3Image du tonnerre. Il sera dieu ; même je veux Qu'il ait en sa main un tonnerre, La Fontaine, Fabl. IX, 6. Les anciens peignaient Jupiter prenant le tonnerre composé de trois flèches brûlantes dans la patte de son aigle, et le lançant sur ceux à qui il en voulait ; la saine raison n'est pas d'accord avec ces idées poétiques, Voltaire, Dict. phil. Tonnerre, 1.
  • 4 Poétiquement, le séjour, la région du tonnerre, le ciel.

    Le maître du tonnerre, le dieu qui lance le tonnerre, Jupiter. C'est le pur sang du dieu qui lance le tonnerre, Racine, Iphig. v, 4. J'ai vu [à l'Opéra] le maître du tonnerre, Attentif au coup de sifflet, Pour lancer les feux sur la terre, Attendre l'ordre d'un valet, Panard, Description de l'Opéra.

    L'oiseau qui porte le tonnerre, l'aigle, oiseau de Jupiter. Regardez dans Denain l'audacieux Villars Disputant le tonnerre à l'aigle des Césars, Voltaire, Henr. VII.

  • 5 Par analogie et poétiquement, canon. Cent/tonnerres de bronze ont donné le signal, Voltaire, Fontenoi.
  • 6 Fig. Il se dit de tout ce qui renverse comme la foudre. Mélanchthon l'avait pris du beau côté, et voulait croire au commencement que, pour réveiller le monde, il ne fallait rien moins que les violences et le tonnerre de Luther, Bossuet, Var. v, 3. Et sur le couple pâle et déjà demi-mort Fait tomber à deux mains l'effroyable tonnerre [un énorme in-folio], Boileau, Lutr. v. Ah ! c'est ici seulement, au milieu de tant de scandales, qu'il fallait faire retentir la parole sainte dans toute la force de son tonnerre, Bridaine, cité par MAURY, Éloq. de la chaire, XX.
  • 7Partie renforcée du canon des armes à feu portatives, qui correspond à l'emplacement de la charge.

    Dans certains obusiers, la partie qui est autour de la chambre.

  • 8Pierre de tonnerre, sorte de pierre qu'on croyait tomber avec le tonnerre, et qu'au XVIIe siècle on appelait carreau.
  • 9Un des noms du malapterurus electricus, poisson électrique.

    PROVERBE

    Toutes les fois qu'il tonne, le tonnerre ne tombe pas, c'est-à-dire des menaces ne sont pas toujours suivies d'effet.

HISTORIQUE

XIe s. Orez [orages] i ad de tuneire e de vent, Ch. de Rol. CIX.

XIIIe s. Cel jour [il] fist moult mal temps de tonnoirre et d'ecliste, Berte, XCII. N'il ne cort mie doucement, Ains descent si hideusement, Qu'il tempeste l'air en son oire [sa marche] Plus que nul orrible tonnoire, la Rose, 6054. Et quant espar [éclair] vient en tonnoire, Si repuet l'en sovent veoir Des vapeurs les pierres cheoir, Qui ne monterent mie pierres, ib. 16304. Chascun de ces deux anemis A l'un de cels sur son col mis ; D'iluec s'en tornerent grant oire ; Lor petit pas sanble tonoirre, Rutebeuf, 322.

XVe s. Lors, comme se le tonnoire cheist du ciel…, Chastelain, Expos. sur verité mal prise.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

TONNERRE, s. m. (Physiq.) bruit excité dans l’air, à l’occasion des exhalaisons sulphureuses qui s’y allument subitement. Voyez Exhalaison, Foudre, &c.

Séneque, Rohault & d’autres auteurs, tant anciens que modernes, expliquent le tonnerre en supposant deux nuages, dont l’un est suspendu sur l’autre, & dont le supérieur & le moins dense venant à se condenser par une nouvelle addition d’air, que la chaleur fait monter jusqu’à lui, ou que le vent porte de ce côté-là, tombe aussi-tôt avec beaucoup de violence sur le nuage inférieur & plus dense. Au moyen de cette chûte, l’air se trouvant comprimé entre les deux nuages, sort en partie par les extrémités qui venant ensuite à se joindre exactement, enferment une grande quantité d’air ; & l’air se faisant enfin un passage, s’échappe, &, en brisant le nuage, fait ce bruit, que nous appellons tonnerre. Voyez Nuage, &c.

Mais cette explication ne pourroit tout-au-plus s’étendre qu’aux phénomenes d’un tonnerre qui n’est point accompagné d’éclairs. On a donné depuis une solution plus satisfaisante de la question, savoir que le tonnerre n’est point occasionné par des nuages qui tombent les uns sur les autres, mais par le feu qui prend tout-à-coup aux exhalaisons sulphureuses, & qui fait du bruit en s’enflammant, de la même maniere qu’on voit l’or fulminant produire de pareils effets.

Newton dit qu’il y a des exhalaisons sulphureuses qui, pendant que la terre est seche, montent continuellement en l’air où elles fermentent avec les acides nitreux & où quelquefois elles s’allument, engendrent le tonnerre, les éclairs, &c.

Il n’est pas douteux qu’outre les vapeurs qui s’élevent de l’eau, il n’y ait aussi des exhalaisons qui se détachent du soufre, du bitume, des sels volatils, &c. la grande quantité de matieres sulphureuses & bitumineuses répandues sur toute la surface de la terre, & les sels volatils des plantes & des animaux, produisent une telle abondance de ces exhalaisons, qu’il n’est point étonnant que l’air soit rempli de particules sulphureuses, qui s’arrêtent plus bas ou s’élevent plus haut, suivant leur degré de subtilité & d’activité, & suivant la direction des vents qui les portent en plus grande quantité dans un endroit de l’air que dans un autre.

Au reste, les effets du tonnerre ressemblent si fort à ceux de la poudre à canon, que le docteur Wallis croit que nous ne devons pas faire difficulté de les attribuer à la même cause : or les principaux ingrédiens de la poudre sont le nitre & le soufre ; & le charbon ne sert qu’à tenir les parties de la poudre séparées les unes des autres, afin qu’elles s’allument plus aisément. Voyez Poudre.

Si donc nous concevons que les causes ci-dessus mentionnées puissent former dans l’air un tel mélange de particules nitreuses & sulphureuses, & qu’elles puissent y être allumées par quelque cause naturelle, nous n’aurons point de peine à comprendre l’éclat qu’elles font en même tems, & qui est accompagné de bruit & d’éclairs, semblables à ceux que fait la poudre, aussi-tôt qu’on y a mis le feu : ces matieres étant une fois allumées, le feu doit courir de côté & d’autre, suivant qu’il se communique successivement aux exhalaisons, à-peu-près comme il arrive dans une traînée de poudre.

Quand cet éclat se fait fort haut dans l’air & loin de nous, il ne peut causer aucun malheur ; mais quand il se fait près de nous, il peut détruire & détruit souvent des édifices, des arbres, des animaux, &c. comme fait la poudre dans les mêmes circonstances.

On peut juger de cette proximité ou de cet éloignement par l’intervalle du tems qu’il y a entre l’éclair & le bruit. Le docteur Wallis observe que cet intervalle est ordinairement d’environ sept secondes, qui, à raison de 170 toises que le son fait par secondes, font à peu-près la distance d’une lieue : mais cet intervalle n’est quelquefois que d’une seconde ou deux, ce qui fait connoître que l’éclat se fait fort près de nous, &, pour ainsi dire, dans le même air que nous respirons.

Quoi qu’il en soit, il est certain que l’éclair est suivi d’une vapeur sulphureuse, comme il paroît par ce goût de soufre, que l’on sent après le tonnerre & par cette chaleur étouffante qui le précede ordinairement : le même auteur croit que l’air est accompagné aussi d’une vapeur nitreuse, parce qu’on ne connoît point de corps qui soit aussi capable de produire un éclat subit & violent que le nitre. A l’égard de la maniere dont s’allument ces exhalaisons, l’on sait qu’un mélange de soufre & de limaille d’acier avec un peu d’eau fait naître la flamme sur le champ. Il ne manque donc à ces matieres pour faire l’éclat qu’un peu de vapeur qui tienne de l’acier & du vitriol ; & Wallis ne doute point que parmi les évaporations de la terre, il n’y ait quelque chose de semblable ; & M. Chambers croit pouvoir en apporter une espece de preuve.

L’histoire rapporte, dit-il, comme des faits constans qu’il a plu du fer en Italie, & des pierres de fer en Allemagne. Jules Scaliger dit qu’il avoit chez lui un morceau de fer tombé avec la pluie en Savoie. Cardan rapporte qu’un jour il tomba du ciel 1200 pierres, dont quelques-unes pesoient 30, d’autres 40, & une 120 livres, toutes fort dures & de couleur de fer.

Ce fait, ajoute-t-il, est si bien constaté, que le docteur Lister, dans les Transactions philosophiques, a fondé là-dessus un système entier sur la cause des éclairs & des tonnerres, soutenant que l’un & l’autre doivent leur matiere à l’exhalaison des pyrites. Quoi qu’il en soit de ces faits que bien des gens auront grande peine à croire & avec raison, il est possible qu’il y ait dans l’air des particules hétérogenes de la nature de celles du fer. Voyez Pyrites. Chambers.

Ce roulement que fait le bruit du tonnerre ne peut venir que du son qui se forme entre les différens nuages qui sont suspendus les uns sur les autres, & de l’agitation de l’air qui passe entr’eux. Les nuages & les objets qui se trouvent sur la surface de la terre renvoyent le son, & le multiplient à-peu-près comme autant d’échos. De-là vient que le tonnerre retentit d’une maniere affreuse dans les vallées, parce que les montagnes réfléchissent le son de toutes parts. Car le tonnerre par lui-même ne doit presque jamais produire qu’un seul coup, à-peu-près comme un boulet de canon qu’on tire, cependant lorsque la flamme allume en même tems trois ou quatre traînées, elle peut former de cette maniere des pelotons qui s’enflamment l’un après l’autre, & produire par ce moyen des coups redoublés.

On a observé que lorsqu’il fait du tonnerre & des éclairs, certains fluides cessent alors de fermenter, comme le vin & la biere, tandis que d’autres qui ne fermentoient pas auparavant, commencent alors à fermenter par le grand mouvement qui est excité dans l’air, & qui se répand de toutes parts. Apparemment le mouvement que produit la foudre se trouve contraire au mouvement qui étoit déja dans les parties des liqueurs qui fermentoient, & au contraire produit de l’agitation dans les parties des fluides qui auparavant étoient en repos. Il y a bien des choses qui se corrompent aussi-tôt qu’il a tonné, c’est ce qu’on remarque principalement dans le lait, à-moins qu’il ne soit dans une cave bien fermée & très-profonde. On peut rompre & détourner le tonnerre par le son de plusieurs grosses cloches, ou en tirant le canon ; par-là on excite dans l’air une grande agitation qui disperse les parties de la foudre ; mais il faut bien se garder de sonner lorsque le nuage est précisément au-dessus de la tête, car alors le nuage en se fendant peut laisser tomber la foudre. En 1718, le tonnerre tomba dans la basse Bretagne sur vingt-quatre églises, dans l’espace de côte qui s’étend depuis Landerneau jusqu’à S. Paul-de-Léon, & précisément sur des églises où l’on sonnoit pour l’écarter. Des églises voisines où l’on ne sonnoit point furent épargnées. Mussch. Essai de Physique.

Tonnerre artificiel, (Théatre des Romains.) on appelloit les tonnerres artificiels qu’on faisoit entendre sur le théatre de Rome, Claudiana tonitrua, dit Festus, parce que Claudius Pulcher imagina d’imiter le fracas du tonnerre, en faisant rouler beaucoup de pierres arrondies sur un assemblage de planches mises en talus ; au-lieu qu’auparavant on n’imitoit qu’imparfaitement & foiblement ce bruit avec des clous & des pierrettes, qu’on agitoit fortement dans un bassin d’airain. (D. J.)

Tonnerre, s. m. terme d’Armurerie, c’est l’endroit du fusil, mousquet ou pistolet, où l’on met la charge. Les armes qui ne sont point assez renforcées par le tonnerre, sont sujettes à crever. (D. J.)

Tonnerre, (Géog. mod.) en latin moderne Tornodurum ; petite ville de France, dans la Champagne, chef-lieu d’un comté sur la riviere d’Armanson, à 9 lieues d’Auxerre, & à 40 de Paris. Il y a élection & grenier à sel, une collégiale, & quelques couvens. Les vins de son territoire sont en réputation. Long. 21. 37. latit. 47. 50. (D. J.)

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Étymologie de « tonnerre »

Wallon, tonîr, bourg. tonnarre ; namur. tonoire ; prov. toneire, tonedre ; du lat. tonitru.

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(1560) Fait tonnoire, tonnaire en moyen français, tuneire en ancien français (1080). Du latin tonitrus, avec accentuation paroxytonique (sur la syllabe pénultième) en latin populaire : \tɔ.ˈnɪ.trus\.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « tonnerre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tonnerre tɔnɛr

Citations contenant le mot « tonnerre »

  • Le tonnerre... c'est une affaire entre le diable et le bon Dieu. De Pierre Gougaud / L'Oeil de la source
  • Le mariage est comme le tonnerre ; les premiers coups font soupirer d'aise, puis ce sont les éclairs et les éclats. De Proverbe malgache
  • L'amoureux sur le chemin qui conduit à la case de la femme aimée n'entend pas le grondement du tonnerre. De Massa Makan Diabaté / Le Boucher de Kouta
  • Le tonnerre proclame les hauts faits de l'éclair. Octavio Paz, Libertad bajo palabra, I, Condición de nube
  • Celui que frappe la foudre n’entend pas le tonnerre. De Proverbe magyar
  • Toutes les fois qu'il tonne, le tonnerre ne tombe pas. De Proverbe français
  • Il n'est si grand sur terre Que n'abatte un coup de tonnerre. De Proverbe français
  • Le tonnerre est impressionnant, mais c'est l'éclair qui est important. De Mark Twain
  • Si l'homme savait ce qu'est le tonnerre, il deviendrait cendre et poussière. De Anonyme
  • Si le sourd n’a pas entendu le tonnerre, il verra bien la pluie. De Proverbe malinké
  • Quand le tonnerre gronde, chacun pose sa main sur sa tête. De Proverbe bambara
  • Le ciel ne s'éclaircit pas tant que le tonnerre se fait entendre. De Lao She / Quatre générations sous un même toit
  • Ceux qui sont pour la liberté et contre l’agitation sont des gens qui veulent avoir la pluie, mais pas le tonnerre. De Mark Twain
  • Si la vertu ne se montrait parfois, le tonnerre à la main ; pour rappeler les vices à l'ordre, la raison de la force serait toujours la meilleure. De Louis Antoine de Saint-Just
  • Un coup de tonnerre pourrait retentir à l’unisson des averses, qui menaceront le centre et l’est du pays tout au long de l’après-midi. L’ouest bénéficiera lors d’un temps plus sec et même d’éclaircies. Le thermomètre affichera 18 à 19 degrés à la mer et dans les Hautes-Fagnes, et grimpera jusqu’à 22 degrés localement, sous un vent faible à modéré. sudinfo.be, Météo: des possibles coups de tonnerre et averses avant le retour de températures caniculaires, les prévisions région par région
  • Eglise Notre-Dame eglise notre dame tonnerre Tonnerre Yonne Unidivers, Samedi 15 août 2020 à 18h00 Eglise Notre-Dame Tonnerre samedi 15 août 2020

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Traductions du mot « tonnerre »

Langue Traduction
Anglais thunder
Espagnol trueno
Italien tuono
Allemand donner
Chinois
Arabe صوت الرعد
Portugais trovão
Russe гром
Japonais サンダー
Basque trumoiak
Corse tronu
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Synonymes de « tonnerre »

Source : synonymes de tonnerre sur lebonsynonyme.fr

Tonnerre

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