Tombeau : définition de tombeau


Tombeau : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TOMBEAU, subst. masc.

A. − Monument funéraire élevé sur une tombe pour commémorer le souvenir d'un ou de plusieurs morts. Synon. caveau, mausolée. Élever un tombeau; mettre au tombeau; la nuit, le froid du tombeau. Le père de Condren honorait tellement la mémoire de cette fille qu'il a eu toute sa vie le désir de lui faire faire un tombeau, et de lui composer une épitaphe qui contînt ses dernières paroles (Bremond, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 387).Entre temps, je ne manque pas d'aller saluer le tombeau du soldat inconnu dans l'émouvant parc d'Arlington (De Gaulle, Mém. guerre, 1956, p. 237).
PEINT. Mise au tombeau. Représentation de l'ensevelissement du Christ. Qu'entendons-nous le mieux dans la Mise au tombeau de Titien: le chant de la nature, celui de la beauté ou celui de l'âme? Qu'il est difficile de les désolidariser (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 98).
MUS., POÉS. Le Tombeau de... Composition poétique, œuvre instrumentale écrite à la mémoire d'un grand artiste. Le Tombeau de Charles Baudelaire (par Mallarmé), le Tombeau de Couperin (par M. Ravel). Je connais E. Signoret depuis son enfance, car je n'ai jamais cessé de m'intéresser à la famille que l'auteur du Tombeau de Mallarmé a laissé, à sa mort, dans une profonde misère (Gide, Corresp.[avec Valéry], 1934, p. 516).
ÉBÉN. À, en tombeau. Lit à, en tombeau. Lit à colonnes et à baldaquin de forme lourde et carrée. Tiroir en tombeau. Tiroir à formes galbées. Commode à tombeau. Commode qui rappelle, par sa forme galbée, un sarcophage. Un lit de serge verte, dit en tombeau (...) un rouet, des chaises grossières (...) complétaient, à peu de chose près, le mobilier de Galope-Chopine (Balzac, Chouans, 1829, p. 243).
B. − P. anal.
1.
a) [À propos d'une chose]
Lieu lugubre, froid, d'aspect funèbre. Bourges a la poésie du cloître: Poitiers est un tombeau (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p. 2).Brr! soupira Laurence en secouant ses épaules, c'est un tombeau que cette chambre!... Nos cousins ne font donc jamais de feu? (Theuriet, Mais. deux barbeaux, 1879, p. 27).
Lieu, temps qui rappelle la mort, la disparition d'hommes, d'institutions, etc. Il appartenait au lion de Saint-Marc, disent les officiers vénitiens, de vérifier le proverbe que l'Italie est le tombeau des Français (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 703).Musée(-)tombeau. Dans cette demeure de type béarnais [la maison de F. Jammes] remarquablement conservée, où flottent encore les ombres de Claudel, de Mauriac, de Darius Milhaud et d'André Gide, les visiteurs les plus rétifs aux musées-tombeaux seront, cette fois, accueillis par des documents vivants, frais (Le Point, 31 juill. 1978, p. 12, col. 3).
Raison, cause de la fin de quelque chose. Celui qui croit aux atomes, il ne pense plus l'atome. Les systèmes sont les tombeaux de l'esprit. La chance de Platon, chance qui est unique, est qu'il n'a rien plâtré ni replâtré (Alain, Propos, 1931, p. 990).
b) [À propos d'une pers.] Personne dont le silence est comparable à celui d'un mort. Le secret est une tombe et ce n'est pas pour rien que l'homme discret se vante d'être le tombeau des secrets (Bachelard, Poét. espace, 1957, p. 91).
2. Expr. littér. [Le tombeau symbolisant la mort]
Descendre au tombeau. Mourir. Suivre qqn au tombeau. ,,Mourir peu de temps après lui`` (Littré).
Mener, conduire, mettre qqn au (dans le) tombeau. Être la cause de sa mort. Cette maladie le mènera au tombeau; le chagrin l'a conduit au tombeau (Ac.).
Être au bord, aux portes du tombeau. Être tout près de mourir. Conduire qqn aux portes du tombeau. Dans le dernier combat que Vitikind livra aux Français, Diaulas, blessé dangereusement, resta sur le champ de bataille: on le crut mort, et la douleur me conduisit moi-même aux portes du tombeau (Genlis, Chev. Cygne, t. 2, 1795, p. 134).
Tirer qqn (ou qqc.) du tombeau. (Le) rendre à la vie; (le ou la) tirer de l'oubli, faire renaître. Sa résignation à la volonté de Dieu éclate dans tous les momens de sa vie: il aimoit, il connoissoit l'amitié: l'homme qu'il tira du tombeau, Lazare, étoit son ami; ce fut pour le plus grand sentiment de la vie, qu'il fit son plus grand miracle (Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 361).Affecter de craindre que j'étouffe la République, quand je la tirais du tombeau, était simplement dérisoire (De Gaulle, Mém. guerre, 1959, p. 264).
3. Loc. adv., cour. À tombeau ouvert. À une vitesse telle que l'on risque la mort. Rouler à tombeau ouvert. Le général, qui n'aimait pas les jeunes gens, dit qu'il avait rencontré Le Ménil, la veille, au bois, galopant à tombeau ouvert (A. France, Lys rouge, 1894, p. 10).
Prononc. et Orth.: [tɔ ̃bo]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1155 tumblel « monument funéraire » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 11372); ca 1160 tombel (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 6491); 2. a) 1551 litt. « pièce (ou recueil de pièces) écrite(s) en l'honneur d'un mort » (Le Tombeau de Marguerite de Valois royne de Navarre, Paris, 1551 ds F. Lachevre, Bbg. des rec. coll. de poés. du XVIes., p. 232); b) 1remoit. xviies. mus. « pièce vocale ou instrumentale dédiée à la mémoire d'un mort » (E. Gaultier de Lyon, Tombeau de Mézangeau ds Mus. 1976); 3. a) déb. xviiies. ameubl. cabinet en forme de tombeau (Inventaire des meubles de la Couronne ds Havard t. 4); b) 1719 lit à tombeau (Invent. du chevalier de Piré, ibid.); 1720 lit en tombeau (Invent. de Marguerite de Saint-Martin, ibid.); c) mil. xviiies. commode en tombeau (ds Havard t. 4). B. 1. expr. a) 1550 mettre au tombeau fig. (Du Bellay, Œuvres poét., éd. H. Chamard, t. 4, p. 38: les plumes de corbeau Ont mis l'honneur des Dames au tombeau); 1553 au sens propre (Ronsard, Œuvres compl., éd. P. Laumonier, t. 5, p. 23: Catin [...] a mis Au tombeau ses plus grans amis); b) α) 1550 arracher du tombeau fig. « tirer de l'oubli » (Id., ibid., t. 1, p. 234: D'arracher vifs les hommes du tumbeau); 1568 tirer du tombeau (Du Bellay, op. cit., t. 5, p. 375: vers [...] Tirant hors du tumbeau De nous tout le plus beau); β) 1684 tirer du tombeau « sauver la vie de » (Mmede Sévigné, Corresp., 5 nov., éd. R. Duchêne, t. 3, p. 152); c) 1573 jusqu'au (pied du) tombeau « jusqu'à la mort » (Garnier, Hippolyte, éd. W. Foerster, 643: jusqu'au pied du tombeau); 1604 (Montchrestien, Hector, éd. L. Petit de Julleville, p. 45: jusques au tombeau); d) 1604 descendre au tombeau (Id., Lacènes, p. 189: Descendons avec eux sous la nuict du tombeau); 1636 (Corneille, Le Cid, 714: descendaient au tombeau); e) 1612 suivre au tombeau (Urfé, Astrée, éd. H. Vaganay, t. 1, p. 267: l'une [amour] suive le corps de Cleon au tombeau); 1625 (Camus, Palombe, p. 116: le suivre dans le tombeau); f) 1619 à la porte (aux portes) du tombeau (Urfé, op. cit., t. 3, p. 586: à la porte du tombeau); 1756 (Voltaire, Essay sur l'hist. gén., p. 333: aux portes du tombeau); g) 1798 à tombeau ouvert « à toute vitesse » (Ac.); h) 1834 se creuser un tombeau (Sainte-Beuve, Volupté, t. 2, p. 188: le tombeau [la solitude] que je m'étois creusé moi-même); av. 1848 (Chateaubr., Mém., t. 2, p. 643: ceux qui font des révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau); 2. a) 1558 fig. « lieu, temps où quelqu'un ou quelque chose a péri » (Du Bellay, op. cit., t. 2, p. 27: Et morte elle [Rome] est du monde le tumbeau); b) 1640 fig. « ce qui cause la mort, la destruction » (Corneille, Horace, 1506: elle voit avec lui son espoir au tombeau); 3. 1832 fig. « endroit lugubre, sinistre » (Hugo, N.-D. Paris, p. 239); 4. 1894 fig. tombeau des secrets « personne très discrète » (L. Daudet, Morticoles, p. 280); 1927 (Mauriac, Th. Desqueyroux, p. 207: cette fille, c'est un tombeau). Dér. de tombe*; suff. -eau*. Fréq. abs. littér.: 4 209. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 11 446, b) 6 652; xxes.: a) 4 120, b) 2 088.

tombeau .« Monument funéraire »

Tombeau : définition du Wiktionnaire

Nom commun

tombeau \tɔ̃.bo\ masculin

  1. Sépulcre, monument élevé à la mémoire d’un (ou plusieurs) mort(s) à l’endroit de l’enterrement. Note : Les marbriers et professionnels des activités funéraires distinguent un tombeau, monument au-dessus du sol naturel, d’un caveau, également destiné à recevoir le(s) corps, mais qui est creusé dans le sol et peut être couvert par une pierre tombale affleurant le sol naturel.
    • Cette chapelle renferme le tombeau de l’évêque Radulphe, dont l’inscription donne la date de 1266, comme étant celle de la mort du prélat. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
    • L’archéologie et l’anthropologie locales sont coutumières, on le sait, d’une grande sérénité dans l’affirmation. Ledit Poignant ne s’en est pas tenu là : à une portée de fusil du tombeau de Merlin, l’« archidruide », il a retrouvé le tombeau de « son épouse » Viviane ! — (Charles Le Goffic, Brocéliande, avec la collaboration d’Auguste Dupouy, La Renaissance du Livre, 1932, p. 95)
    • Tous les millions que je possède je les ai mis dans un grand coffre, sous le tombeau de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle. — (Raymond Queneau, Les Derniers Jours, Gallimard, collection Blanche, 1936)
  2. (Figuré) Personne à qui l’on peut confier un secret en toute sûreté, sans crainte qu’elle le trahisse.
    • C’est le tombeau des secrets.
  3. (Figuré) La mort.
    • Chaque moment de notre vie nous approche du tombeau.
    • Je vous serai fidèle jusqu’au tombeau.
    • La nuit du tombeau.
  4. (Figuré) Fin, destruction.
    • L’anarchie est le tombeau de la liberté.
  5. (Littéraire) Oraison funèbre ou recueil d’oraisons funèbres.
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Tombeau : définition du Littré (1872-1877)

TOMBEAU (ton-bô) s. m.
  • 1Monument élevé à la mémoire d'un mort au lieu même où il est enterré. Que ce tombeau nous convainque de notre néant, pourvu que cet autel nous apprenne en même temps notre dignité, Bossuet, Duch. d'Orl. Que le monde voit peu de ces veuves qui s'ensevelissent, pour ainsi dire, elles-mêmes dans le tombeau de leurs époux ! Bossuet, Anne de Gonz. Ne perdez point le temps que vous laisse leur fuite [des Romains] à rendre à mon tombeau des soins dont je vous quitte, Racine, Mithr. v, 5. Les morts, après huit ans, sortent-ils du tombeau ? Racine, Ath. I, 1. Si tu [Darius] veux nous [Scythes] forcer au combat, viens attaquer les tombeaux de nos pères, et tu sentiras qui nous sommes, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 96, dans POUGENS. La dépense du superbe tombeau que ce prince [Alexandre] fit bâtir à l'honneur d'Éphestion, jointe à celle de toute la pompe funèbre, monta à plus de douze mille talents, c'est-à-dire à plus de trente-six millions, Rollin, ib. t. VI, p. 580. En 1646, on découvrit, dans l'abbaye de Saint-Germain des Prés, le tombeau de Childéric II ; et l'on y trouva un baudrier, des épées…, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. IV, p. 141, dans POUGENS. Comme les lois de Sicyone défendent avec sévérité d'enterrer qui que ce soit dans la ville, nous vîmes, à droite et à gauche du chemin, des tombeaux dont la forme ne dépare pas la beauté de ces lieux, Barthélemy, Anach. ch. 37. Qu'importe alors que ces édifices aient été des amphithéâtres ou des sépulcres ? tout est tombeau chez un peuple qui n'est plus, Chateaubriand, Itin. 6e part. Non, la lyre aux tombeaux n'a jamais insulté, Lamartine, Nouv. Médit. Bonaparte. Il faut cacher sa vie, et même son tombeau, P. Lebrun, Poés. t. II, 8.

    Les tombeaux sont sacrés, il faut respecter les lieux où les morts sont enterrés.

    Tombeau de famille, tombeau dans lequel les membres d'une famille se font enterrer.

    Cette famille a son tombeau à tel endroit, on enterre ordinairement à tel endroit les membres de cette famille.

    Vain tombeau, s'est dit quelquefois pour cénotaphe.

  • 2 Par extension, lieu où l'on périt. Et Rome, unique objet d'un désespoir si beau, Du fils de Mithridate est le digne tombeau, Racine, Mithr. III, 1. Le Milanais, source intarissable de guerre et le tombeau des Français, Voltaire, Mœurs, 125. Sans parler de la croisade du nord et de celle contre les Albigeois, on trouvera que l'Orient fut le tombeau de plus de deux millions d'Européens, Voltaire, ib. 58. Si ma détention à la Bastille avait duré huit jours encore, elle aurait été mon tombeau, Marmontel, Mém. VI.

    Faire un tombeau d'un pays, en exterminer les habitants. C'est ce fier Gengis-kan, dont les affreux exploits Font un vaste tombeau de la superbe Asie, Voltaire, Orphel. I, 1.

  • 3 Fig. La mort. Et que mon souvenir jusque dans le tombeau Attache à son esprit un éternel bourreau, Corneille, Médée, I, 4. Il y a peu d'actions plus belles, et j'en conserverai avec tendresse la mémoire jusqu'au tombeau, Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 28, dans POUGENS. Nous allons sans cesse au tombeau, ainsi que des eaux qui se perdent sans retour, Bossuet, Duch. d'Orl. Ceux qui sont morts sont morts ; Le tombeau contre vous ne peut-il les défendre ? Boileau, Sat. IX.

    On dit poétiquement dans un sens analogue : l'horreur du tombeau, la nuit du tombeau. Prince aimable, dis-nous… Ou si dans la nuit du tombeau La voix du Dieu vivant a ranimé ta cendre ? Racine, Athal. IV, 6. Bientôt de Jézabel la fille meurtrière, Instruite que Joas voit encor la lumière, Dans l'horreur du tombeau viendra le replonger, Racine, ib. IV, 3.

    Descendre, entrer au tombeau, mourir. Ce sang pour vous servir prodigué tant de fois, Ce bras jadis l'effroi d'une armée ennemie, Descendaient au tombeau tout chargés d'infamie, Corneille, Cid, II, 9. Mais qu'un sceptre est pesant, quand on entre au tombeau ! Ducis, Hamlet, II, 5.

    Tirer quelqu'un du tombeau, lui sauver la vie. Le médecin me veilla, ne me quitta pas, il me retira des portes du tombeau, Genlis, Vœux témér. t. II, p. 196, dans POUGENS.

    Mettre, conduire, mener au tombeau, causer la mort. Pleurez, pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau, La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau, Corneille, Cid, III, 3. Les beautés que son absence allait mettre au tombeau, Hamilton, Gramm. 11.

    Suivre quelqu'un au tombeau, mourir peu de temps après lui. Sa femme n'a pas tardé à le suivre au tombeau.

  • 4 Fig. Lieu sombre, prison comparée à un tombeau. Suis-je de mon tombeau remontée à la vie ? P. Lebrun, Marie St. III, 1.
  • 5 Fig. En parlant des choses, fin, destruction. Cette douleur pressante Que la mort d'un amant jette au cœur d'une amante, Quand, près d'être éclairés du nuptial flambeau, Elle voit avec lui son espoir au tombeau, Corneille, Hor. v, 2. Trouvez, si vous le pouvez, la même sûreté dans les vertus humaines ; nées le plus souvent dans l'orgueil et dans l'amour de la gloire, elles y trouvent, un moment après, leur tombeau, Massillon, Petit carême, Fausse gloire hum. L'opinion est le tombeau de la vertu chez les hommes, Rousseau, Ém. v.
  • 6Lit à tombeau, ou en tombeau, voy. LIT.
  • 7Chaudière en tombeau, espèce de chaudière à basse pression.

HISTORIQUE

XIIe s. E il mostrerent le temple de Dagon qui ars [brûlé] estoit, e les homes oscis, e les tombeaus e les os des ars [des brûlés], Machab. I, 11. [Il] Venuz est à merci al saint à sun tumbel, Th. le mart. 53. Pespundi Achimas : Un grant tumbel vi, quant Joab chà m'enveiad, et el [autre] ne sai, Rois, p. 189.

XIIIe s. Car faisons faire un tomblel gent, De marbre fait et de cristal, Fl. et Bl. v. 544. Ele prist ladite Adete en ses bras qui einsi estoit malades, et la porta au tombel du benoiet saint Loys, Miracles St Loys, p. 133.

XVe s. Et avoit un petit tombel de marbre sur lui [le sire de Mauny, tué par des meurtriers], que ses varlets y avoient fait mettre, Froissart, I, I, 241.

XVIe s. Du ventre des tombeaux Naissent des enterrez les visages nouveaux, D'Aubigné, Tragiques, Jugement.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

TOMBEAU. Ajoutez :
8Sorte de morceau de musique. On doit citer de lui [le violoniste Leclair] un grave (voy. GRAVE 1 au Supplément) en ut mineur, connu sous le nom de tombeau de Leclair ; on appelait alors un tombeau une sorte de déclamation instrumentale d'un caractère triste et douloureux… on lui doit aussi [à Gavinies] un tombeau qui est resté classique, et une romance amoureuse pour le violon, Journ. offic. 25 oct. 1875, p. 8846, 3e col.
9Brosse en tombeau, brosse à mains dont la surface formée par l'extrémité des crins est bombée comme un bahut.
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Tombeau : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

TOMBEAU, s. m. (Antiq.) partie principale d’un monument funéraire où repose le cadavre. C’est ce que les anciens nommoient arca, & qu’ils faisoient de terre cuite, de pierre ou de marbre, creusé au ciseau quarrément ou à fond de cuve, & couvert de dales de pierre ou de tranches de marbre, avec des bas-reliefs & des inscriptions. Il y avoit aussi des tombeaux faits d’une espece de pierre, qui consumoit les corps en peu de tems. On les appelloit sarcophages, mange-chair, d’où est venu le nom de cercueil.

Tombeau, (Antiq. rom.) sépulcre plus ou moins magnifique, où l’on met le corps des princes, des grands ou des riches après leur mort.

Les rois d’Egypte pour se consoler de leur mortalité, se bâtissoient des maisons éternelles, qui devoient leur servir de tombeaux après la mort ; voilà l’origine de leurs obélisques & de leurs superbes pyramides.

Les Romains avoient trois sortes de tombeaux, sepulchrum, monumentum & cenotaphium.

Sepulchrum étoit le tombeau ordinaire, où l’on avoit déposé le corps entier du défunt. Voyez Sepulchrum & .

Le monument, monumentum, offroit aux yeux quelque chose de plus magnifique que le simple sépulcre ; c’étoit l’édifice construit pour conserver la mémoire d’une personne, sans aucune solemnité funebre. On pouvoit ériger plusieurs monumens à l’honneur d’une personne ; mais on ne pouvoit avoir qu’un seul tombeau. Gruter a rapporté l’inscription d’un monument élevé en l’honneur de Drusus, qui nous instruit en même tems des fêtes que l’on faisoit chaque année sur ces sortes de monumens.

Lorsqu’après avoir construit un tombeau, on y célébroit les funérailles avec tout l’appareil ordinaire, sans mettre néanmoins le corps du mort dans ce tombeau, on l’appelloit cenotaphium, cénotaphe, c’est-à-dire tombeau vuide. L’idée des cénotaphes vint de l’opinion des Romains, qui croyoient que les ames de ceux dont les corps n’étoient point enterrés, erroient pendant un siecle le long des fleuves de l’enfer, sans pouvoir passer dans les champs Elysées. Hæc omnis quam cernis inops inhumataque turba est. On elevoit donc un tombeau de gazon, ce qui s’appelloit injectio glebæ. Après cela, on pratiquoit les mêmes cerémonies que si le corps eut été présent. C’est ainsi que Virgile, Eneide, liv. VI. fait passer à Caron l’ame de Déiphobus, quoiqu’Enée ne lui eût dressé qu’un cénotaphe. Suétone, dans la vie de l’empereur Claude, appelle les cénotaphes, des tombeaux honoraires, parce qu’on mettoit dessus ces mots, ob honorem ou memoriâ, au-lieu que dans les tombeaux où reposoient les cendres, on y gravoit ces lettres D. M. S. pour montrer qu’ils étoient dédiés aux dieux manes.

Cependant comme ce n’étoit point en réalité que l’on faisoit les funérailles de la personne en l’honneur de laquelle ce tombeau vuide étoit construit, les Jurisconsultes ont beaucoup disputé, si le cénotaphe étoit religieux. Marcian le prétend, Ulpien le nie ; & tous deux se fondent sur divers endroits de l’Enéide : mais il est aisé de les concilier, en distinguant le cénotaphe consacré dans les formes, de celui qui ne l’a point été avec les cérémonies requises. Virgile lui-même a décrit les cérémonies de cette consécration, en parlant du cénotaphe élevé à l’honneur d’Hector sur le rivage feint du fleuve Simoïs.

Solemnes tùm fortè dapes, & tristia dona
Ante urbem in luco falsi Simoentis ad undam
Libabat cineri Andromache, manesque vocabat
Hectoreum ad tumulum, viridi quem cespite inanem
Et geminas, causam lacrimis, sacraverat aras.

On ne peut pas douter que la consécration n’ait été nécessaire pour rendre le cénotaphe religieux, puisque l’on apprend par plusieurs inscriptions, que ceux qui faisoient construire leur tombeau pendant leur vie, le consacroient dans la pensée qu’il ne pourroit passer pour religieux, si par quelque avanture leur corps n’y étoit pas mis après leur mort.

Les gens de naissance avoient aussi dans leur palais des voûtes sépulcrales, où ils mettoient dans différentes urnes, les cendres de leurs ancêtres. On a trouvé autrefois à Nismes une de ces voutes pavée de marqueterie, & garnie de niches dans le mur, lesquelles niches contenoient chacune des urnes de verre remplies de cendres.

La pyramide de Cestius, qui contenoit intérieurement une chambre admirablement peinte, n’étoit que le tombeau d’un particulier ; mais il faut considérer ici principalement les tombeaux ordinaires de la nation.

Il y en avoit de famille, d’autres héréditaires, & d’autres qui n’avoient aucune destination. On trouve cette différence dans les lois du digeste & du code, sous le titre de religiosis, ainsi que dans le recueil d’inscriptions publiées par les savans.

Les tombeaux de famille étoient ceux qu’une personne faisoit faire pour lui & pour sa famille, c’est-à-dire pour ses enfans, ses proches parens, & ses affranchis. Les tombeaux héréditaires étoient ceux que le testateur ordonnoit pour lui, pour ses héritiers, ou pour ceux qui l’acquereroient par droit d’héritage.

Tout le monde pouvoit se réserver un tombeau particulier, où personne n’eût été mis. On pouvoit aussi défendre par testament, d’enterrer dans le tombeau de famille, aucuns des héritiers de la famille. Pour lors on gravoit sur le tombeau, les lettres suivantes : H. M. H. N. S. hoc monumentum hæredes non sequitur ; ou ces autres : H. M. ad H. N. TRANS. hoc monumentum ad hæredes non transit, le droit de ce monument ne suit point l’héritier, c’est-à-dire que les héritiers ne pourroient disposer de l’endroit où étoit le tombeau, & que ni l’endroit, ni le tombeau, ne feroient partie de l’héritage.

On peut voir dans les anciennes inscriptions sépulcrales, les précautions que l’on prenoit pour que les tombeaux subsistassent dans les différens changemens de propriétaires. Outre qu’on le gravoit sur la tombe ; outre les imprécations qu’on faisoit encore contre ceux qui oseroient violer la volonté du testateur, les lois attachoient aux contraventions de très grosses amendes.

En un mot, les tombeaux étoient du nombre des choses religieuses. Celui, dit Justinien dans ses institutes, liv. II. tit. 1. §. 9. qui fait inhumer le corps d’une personne décédée, dans un fonds qui lui appartient, le rend religieux. On peut même inhumer un corps dans le fonds d’autrui, avec le consentement du propriétaire ; & s’il arrive qu’il l’oblige dans la suite d’enlever ce cadavre, le fonds restera toujours religieux.

Non seulement la place occupée par le tombeau étoit religieuse, il y avoit encore un espace aux environs qui étoit de même religieux, ainsi que le chemin par lequel on alloit au tombeau. C’est ce que nous apprenons d’une infinité d’inscriptions anciennes, que Gruter, Boissard, Fabreti, Reinesius, & plusieurs autres ont recueillies. On y voit qu’outre l’espace où le tombeau étoit élevé, il y avoit encore iter, aditus & ambitus, qui étant une dépendance du tombeau, jouissoit du même privilege. S’il arrivoit que quelqu’un eût osé emporter quelques-uns des matériaux d’un tombeau, comme des colonnes ou des tables de marbre, pour l’employer à des édifices profanes, la loi les condamnoit à dix livres pesant d’or, applicables au trésor public ; & de plus, son édifice étoit confisqué de droit au profit du fisc. La loi n’exceptoit que les sépulcres & tombeaux des ennemis, parce que les Romains ne les regardoient pas pour saints ni religieux.

Ils ornoient quelquefois leurs tombeaux de bandelettes de laine, & de festons de fleurs ; mais ils avoient sur-tout soin d’y faire graver des ornemens qui servissent à les distinguer, comme des figures d’animaux, des trophées militaires, des emblèmes caractéristiques, des instrumens, en un mot, différentes choses qui marquassent le mérite, le rang, ou la profession du mort.

Dans les tems de corruption, les particuliers du plus bas étage, mais favorisés des biens de la fortune, se bâtirent des tombeaux somptueux. Le tombeau de Licinus, barbier d’Auguste, égaloit en magnificence ceux des plus nobles citoyens romains de son tems. On connoît le distique que Varron indigné fit dans cette occasion.

Marmoreo Licinus tumulo jacet, at Cato parvo,
Pompeius nullo ; quis putet esse deos ?

Mais que dire de celui de Pallas, affranchi de Tibere, portant cette inscription superbe, que le sénat eut la bassesse de laisser graver ?

Tib. Claudius. Aug. I.
Pallas
Huic. Senatus. ob. Fidem.
Patronos. Ornamenta.
Prætoria. Decrevit.
Et. H. S. Centies. Quin.
Quagies. Cujus. Honore.
Contentus. Fuit.

Je sai que l’orgueil ne perce pas moins sur nos épitaphes modernes ; mais ce n’est point pour les recueillir que je visite quelquefois les tombeaux dans nos églises : je le fais parce que je puis envisager la nature sans effroi, dans ces sortes de scènes muettes ; & de plus, parce que j’en tire quelque profit. Par exemple, quand je jette les yeux sur les tombeaux de ces hommes détestés, dont Virgile dit :

Vendidit hic auro patriam, dominumque potentem
Imposuit. Ille fixit leges pretio, atque refixit,
Ausi omnes immane nefas, ausoque potiti.

Enéid. liv. VI. vers 620.

« Celui-ci a vendu sa patrie & l’a soumise au despotisme ; celui là, corrompu par l’argent, a porté des lois vénales, & en a abrogé de saintes. Ils ont commis ces énormes forfaits, & en ont joui indignement ». Quand, dis-je, je vois ces illustres coupables couchés dans la poussiere, j’éprouve une secrette joie de fouler leurs cendres sous mes piés.

Au contraire, quand je lis les plaintes des peres & des meres, gravées sur la tombe de leurs aimables enfans moissonnés à la fleur de leur âge, je m’attendris, & je verse des larmes. Lorsqu’avançant mes pas vers le chœur de l’église, je vois de saints personnages, qui déchiroient le monde par leurs cruelles disputes, placés côte-à-côte les uns des autres, je sens une vive douleur de toutes ces factions, & de tous ces petits débats qui mettent en feu le genre humain. Enfin, quand revenu chez moi, je lis la description des superbes tombeaux de la Grece & de Rome, je me demande ce que sont devenus ces grands hommes qui y étoient renfermés.

Dans ces tas de poussiere humaine,
Dans ce cahos de boue & d’ossemens épars,
Je cherche, consterné de cette affreuse scène,
Les Alexandres, les Césars,
Cette foule de rois, fiers rivaux du tonnerre ;
Ces nations la gloire & l’effroi de la terre,
Ce peuple roi de l’univers,
Ces sages dont l’esprit brilla d’un feu céleste :
De tant d’hommes fameux, voilà donc ce qui reste,
Des urnes, des cendres, des vers !


(Le chevalier de Jaucourt.)

Tombeaux des Péruviens, (Hist. du Pérou.) la description des tombeaux qu’avoient les anciens habitans du Pérou, n’est pas moins curieuse que celle de la plupart des autres peuples. Ces tombeaux bâtis sur le bord de la mer, étoient les uns ronds, les autres quarrés ; d’autres en quarrés longs. Les corps renfermés dans ces tombeaux, étoient diversement posés : les uns debout appuyés contre les murailles, les autres assis vers le fonds sur des pierres ; d’autres couchés de leur long sur des claies composées de roseaux. Dans quelques-uns on y trouvoit des familles entieres, & des gens de tout âge ; & dans d’autres le seul mari & son épouse. Tous ces corps étoient revétus de robes sans manches, d’une étoffe de laine fine, rayées de différentes couleurs ; & les mains des morts étoient liées avec une espece de courroie. Il y avoit dans quelques-uns de ces tombeaux de petits pots remplis d’une poudre rouge ; & d’autres étoient pleins de farine de maïs. Voilà ce qu’en rapporte le P. Feuillée.

Le P. Plumier étant dans la vallée de d’Ylo, y vit une vaste plaine remplie de tombeaux, creusés dans la terre, semblables aux sépulcres ; ma curiosité, dit-il, me porta à voir leur construction. J’entrai dans un, par un escalier de deux marches hautes & larges chacune de quatre piés, & faisant un quarré long d’environ sept piés. Le tombeau étoit bâti de pierres, sans chaux & sans sable, couvert de roseaux sur lesquels on avoit mis de la terre. Son entrée étoit tournée vers l’orient ; & les deux morts encore entiers, étoient assis au fond du tombeau, tournant leur face vers l’entrée. Cette seule attitude fait voir que ces peuples adoroient le soleil, & que ces morts étoient ensévelis devant la conquête du Pérou par les Espagnols, puisque le soleil n’avoit été adoré dans ce vaste empire, que depuis le gouvernement des incas. Les deux morts, ajoute-t-il, que je trouvai au fond du sépulcre, avoient encore leurs cheveux nattés à la façon de ces peuples ; leur habit d’une grosse étoffe d’un minime-clair, n’avoit perdu que leur poil ; la corde paroissoit, & marquoit que la laine dont les Indiens se servoient, étoit extrèmement fine. Ces morts avoient sur leur tête une calotte de la même étoffe, laquelle étoit encore toute entiere ; ils avoient aussi un petit sac pendu au col, dans lequel il y avoit des feuilles de cuca. (D. J.)

Tombeau, s. m. (Tapissier.) espece de lit dont le ciel ou le haut, tombe vers le pié en ligne diagonale. On dit un lit en tombeau, ou absolument un tombeau. Ces sortes de lits ont été inventés pour placer dans les galetas, parce que le toît ou le comble empêchoit qu’on ne leur donnât autant de hauteur aux piés qu’à la tête. Depuis on a mis des tombeaux indifféremment par-tout dans les appartemens qui ne sont pas de parade. (D. J.)

Tombeau de Pallas, (Hist. rom.) nos lecteurs connoissent bien Pallas, affranchi de l’empereur Claude ; il eut la plus grande autorité sous le regne de ce prince. Il avoit été d’abord esclave d’Antonia belle-sœur de Tibere ; c’est lui qui porta la lettre où elle donnoit avis à l’empereur de la conspiration de Séjan. Il engagea Claude à épouser Agrippine sa niece, à adopter Néron, & à le désigner son successeur. La haute fortune à laquelle il parvint, le rendit si insolent, qu’il ne parloit à ses esclaves que par signes. Agrippine acheta ses services, & de concert avec elle, Claude mourut. Quoique Néron dût la couronne à Pallas, il se dégoûta de lui, le disgracia, & sept ans après le fit perir secrettement pour hériter de ses biens ; mais il laissa subsister le tombeau de cet orgueilleux affranchi.

Ce tombeau magnifique étoit sur le chemin de Tibur, à un mille de la ville, avec une inscription gravée dessus, & ordonnée par un decret du sénat, sous l’empire de Claude. Pline le jeune nous a conservé seul entre tant d’écrivains, cette inscription & ce decret, dans une de ses lettres, qui m’a paru trop intéressante à tous égards, pour n’en pas orner cet ouvrage. Voici ce qu’il écrit à Montanus lettre 6. l. VIII.

L’inscription que j’ai remarquée sur le tombeau de Pallas est conçue en ces termes :

« Pour récompenser son attachement & sa fidélité envers ses patrons, le sénat lui a décerné les marques de distinction dont jouissent les préteurs, avec quinze millions de sesterces (quinze cent mille livres de notre monnoie) ; & il s’est contenté du seul honneur ». Cela me fit croire, continue Pline, que le decret même ne pouvoit qu’être curieux à voir. Je l’ai découvert. Il est si ample & si flatteur, que cette superbe & insolente épitaphe, me parut modeste & humble.

Que nos plus illustres romains viennent, je ne dis pas ceux des siecles plus éloignés, les Africains, les Numantins, les Achaiques ; mais ceux de ces derniers tems, les Marius, les Sylla, les Pompées, je ne veux pas descendre plus bas ; qu’ils viennent aujourd’hui faire comparaison avec Pallas. Tous les éloges qu’on leur a donnés, se trouveront fort au-dessous de ceux qu’il a reçus. Appellerai-je railleurs ou malheureux les auteurs d’un tel decret ? Je les nommerois railleurs, si la plaisanterie convenoit à la gravité du sénat. Il faut donc les reconnoître malheureux.

Mais personne le peut-il être jamais, jusqu’au point d’être forcé à de pareilles indignités ? C’étoit peut-être ambition & passion de s’avancer. Seroit-il possible qu’il y eût quelqu’un assez fou pour desirer de s’avancer aux dépens de son propre honneur, & de celui de la république, dans une ville où l’avantage de la premiere place, étoit de pouvoir donner les premieres louanges à Pallas ? Je ne dis rien de ce qu’on offre les honneurs, les prérogatives de la préture à Pallas, à un esclave ; ce sont des esclaves qui les offrent. Je ne releve point qu’ils sont d’avis, que l’on ne doit pas seulement exhorter, mais même contraindre Pallas à porter les anneaux d’or. Il eût été contre la majesté du sénat, qu’un homme revêtu des ornemens de préteur eût porté des anneaux de fer. Ce ne sont-là que des bagatelles qui ne méritent pas qu’on s’y arrête.

Voici des faits bien plus dignes d’attention. « Le sénat pour Pallas (& le palais où il s’assemble n’a point été depuis purifié) : pour Pallas, le sénat remercie l’empereur de ce que ce prince a fait un éloge magnifique de son affranchi, & a bien voulu permettre au sénat de combler un tel homme d’honneurs. Que pouvoit-il arriver de plus glorieux au sénat, que de ne paroître pas ingrat envers Pallas ? On ajoute dans ce decret, qu’afin que Pallas, à qui chacun en particulier reconnoît avoir les dernieres obligations, puisse recevoir les justes récompenses de ses travaux, & de sa fidélité.... »

Ne croiriez-vous pas qu’il a reculé les frontieres de l’empire, ou sauvé les armées de l’état. On continue. « Le sénat & le peuple romain ne pouvant trouver une plus agréable occasion d’exercer leurs libéralités, qu’en les répandant sur un si fidele & si desintéressé gardien des finances du prince ». Voilà où se bornoient alors tous les desirs du sénat, & toute la joie du peuple ; voilà l’occasion la plus précieuse d’ouvrir le trésor public ! Il faut l’épuiser pour enrichir Pallas !

Ce qui suit n’est guere moins remarquable : « que le sénat ordonnoit qu’on tireroit de l’épargne 15 millions de sesterces (quinze cens mille livres), pour les donner à cet homme ; & que plus il avoit l’ame élevée au-dessus de la passion de s’enrichir, plus il falloit redoubler ses instances auprès du pere commun, pour en obtenir, qu’il obligeât Pallas de déferer au sénat ». Il ne manquoit plus en effet que de traiter au nom du public avec Pallas, que de le supplier de céder aux empressemens du sénat, que d’interposer la médiation de l’empereur, pour surmonter cette insolente modération, & pour faire ensorte que Pallas ne dédaignât pas quinze millions de sesterces ! Il les dédaigna pourtant. C’étoit le seul parti qu’il pouvoit prendre par rapport à de si grandes sommes. Il y avoit bien plus d’orgueil à les refuser qu’à les accepter. Le sénat cependant semble se plaindre de ce refus, & le comble en même tems d’éloges en ces termes :

« Mais l’empereur & le pere commun ayant voulu à la priere de Pallas, que le sénat lui remît l’obligation de satisfaire à cette partie du decret, qui lui ordonnoit de prendre dans le trésor public quinze millions de sesterces, le sénat déclare, que c’est avec beaucoup de plaisir & de justice, qu’entre les honneurs qu’il avoit commencé de décerner à Pallas, il avoit mélé cette somme pour connoître son zèle & sa fidélité ; que cependant le sénat, pour marquer sa soumission aux ordres de l’empereur, à qui il ne croyoit pas permis de résister en rien, obéissoit ».

Imaginez-vous Pallas qui s’oppose à un decret du sénat, qui modere lui-même ses propres honneurs, qui refuse quinze millions de sesterces, comme si c’étoit trop, & qui accepte les marques de la dignité des préteurs, comme si c’étoit moins. Représentez-vous l’empereur, qui, à la face du sénat, obéit aux prieres, ou plutôt aux commandemens de son affranchi ; car un affranchi qui, dans le sénat, se donne la liberté de prier son patron, lui commande. Figurez-vous le sénat, qui, jusqu’à l’extrémité, déclare qu’il a commencé avec autant de plaisir que de justice, à décerner cette somme, & de tels honneurs à Pallas ; & qu’il persisteroit encore, s’il n’étoit obligé de se soumettre aux volontés du prince, qu’il n’est permis de contredire en aucune chose. Ainsi donc, pour ne point forcer Pallas de prendre quinze millions de sesterces dans le trésor public, on a eu besoin de sa modération & de l’obéissance du sénat, qui n’auroit pas obéi, s’il lui eut été permis de résister en rien aux volontés de l’empereur !

Vous croyez être à la fin ; attendez, & écoutez le meilleur : « C’est pourquoi, comme il est très-avantageux de mettre au jour les faveurs dont le prince a honoré & récompensé ceux qui le méritoient, & particulierement dans les lieux où l’on peut engager à l’imitation les personnes chargées du soin de ses affaires ; & que l’éclatante fidélité & probité de Pallas, sont les modeles les plus propres à exciter une honnête émulation, il a été résolu que le discours prononcé dans le sénat par l’empereur le 28 Janvier dernier, & le decret du sénat à ce sujet, seroient gravés sur une table d’airain, qui sera appliquée près de la statue qui représente Jules-Cesar en habit de guerre ».

On a compté pour peu que le sénat eût été témoin de ces honteuses bassesses. On a choisi le lieu le plus exposé pour les mettre devant les yeux des hommes de ce siecle, & des siecles futurs. On a pris soin de graver sur l’airain tous les honneurs d’un insolent esclave, ceux même qu’il avoit refusés ; mais qu’autant qu’il dépendoit des auteurs du decret il avoit possédés.

On a écrit dans les registres publics, pour en conserver à jamais le souvenir, qu’on lui avoit déféré les marques de distinction que portent les préteurs, comme on y écrivoit autrefois les anciens traités d’alliance, les lois sacrées. Tant l’empereur, le sénat, Pallas lui-même, eut montré de… (je ne sais que dire), qu’ils semblent s’être empressés d’étaler à la vue de l’univers, Pallas son insolence, l’empereur sa foiblesse, le sénat sa misere.

Est-il possible que le sénat n’ait pas eu honte de chercher des prétextes à son infamie ? La belle, l’admirable raison que l’envie d’exciter une noble émulation dans les esprits, par l’exemple des grandes récompenses dont étoit comblé Pallas. Voyez par-là dans quel avilissement tomboient les honneurs, je dis ceux-même que Pallas ne refusoit pas. On trouvoit pourtant des personnes de naissance qui desiroient qui recherchoient avec ardeur, ce qu’ils voyoient être accordé à un affranchi, être promis à des esclaves. Que j’ai de joie de n’être point né dans ces tems, qui me font rougir comme si j’y avois vécu !

Cette lettre de Pline nous offre tout-à-la-fois un exemple des plus singuliers de la stupidité d’un prince, de la bassesse d’un sénat, & de l’orgueil d’un esclave. Cette épitaphe nous apprend encore combien il y a de momerie & d’impertinence dans les inscriptions prostituées à des infames & à des malheureux, car il n’y a guere eu d’infame plus grand que ce Pallas. Il est vrai d’un autre côté que quand le caprice de la fortune éleve si haut de tels misérables, elle ne fait que les exposer davantage à la risée publique. (D. J.)

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Étymologie de « tombeau »

Étymologie de tombeau - Littré

Dimin. du bas-lat. tumbus, tombe.

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Étymologie de tombeau - Wiktionnaire

(Date à préciser) De l’ancien français tumblel.
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Phonétique du mot « tombeau »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tombeau tɔ̃bo play_arrow

Citations contenant le mot « tombeau »

  • Il s’agit en fait d’un tombeau, véritable témoin d’une histoire intimement liée au village. En effet, Vézénobres, par l’accueil du jeune Jean Cavalier, futur chef camisard, est un haut lieu des guerres de religions qui ont sévi durant des décennies dans la région. midilibre.fr, Un tombeau au milieu des oliviers, témoignage du passé - midilibre.fr
  • Mais ce roman n'est pas qu'un récit de voyage détaillé, de l'hôpital au cimetière. C'est un tombeau ­littéraire, un mausolée de mots pour un défunt, comme ceux qu'édifièrent Baudelaire ou Ronsard, à ceci près que, au lieu de magnifier le disparu, Anne Pauly le révèle dans sa vérité, assez bigarrée et émouvante pour qu'il ne soit pas besoin de l'orner. Issu d'un milieu rural très modeste, Jean-Pierre Pauly fut un élève sans crayons, doté d'une carrure impressionnante, et qui parvint tout de même à monter dans le dernier ascenseur social pour devenir programmateur informatique – avant de se heurter au plafond de verre dévolu à ceux qui déparent. Il fut aussi, treize ans durant, un mari violent capable de poursuivre femme et enfants couteau en main, et à qui l'ivresse conférait un étonnant sens de la repartie. lejdd.fr, "Avant que j'oublie" : un tombeau littéraire, lumineux et juste
  • La découverte de deux momies issues de la même époque que Cléopâtre pourrait offrir des indices quant à la localisation du tombeau de la célèbre reine d'Égypte antique. Site-LeVif-FR, Le mystère du tombeau de Cléopâtre bientôt élucidé ? - Histoire - LeVif
  • Des fouilles archéologiques dans la région d’Alexandrie ont mis au jour deux momies, datant du règne de Cléopâtre. D’autres indices laissent à penser que le site pourrait abriter le tombeau de la célèbre reine d’Égypte. , Des archéologues sur la piste du tombeau de Cléopâtre - Sputnik France
  • Elle en aura vécu des péripéties cette petite statuette avant de retrouver le tombeau d'où elle avait été arrachée il y a plus de 200 ans. Haute d'une quarantaine de centimètres, elle avait échappé de justesse à la destruction lors de la Révolution. Passée dans le domaine privé au XIXe siècle, la pièce son long périple historique et judiciaire prend fin. Le Figaro.fr, Le tombeau de Philippe le Hardi retrouve l'un de ses Pleurants après deux siècles de séparation
  • Un tombeau reste toujours la meilleure fortification contre les tempêtes du destin. De Georg Christoph Lichtenberg / Aphorismes
  • Le temps est le lieu transitoire des événements, mais surtout le tombeau des heures, pour toujours. De Raul Pompéia / L'Athénée
  • Ton ami te fait un château et ton ennemi un tombeau. De Proverbe russe
  • Le mariage est le tombeau de la femme, le principe de toute servitude féminine. De Charles Fourier
  • Coucher de poule et lever de corbeau Ecartent l'homme du tombeau. De Proverbe franc-comtois
  • A quoi bon ces amis qui t’entourent ? Tu seras seul en ton tombeau. De Roudaki
  • Etudiant, voilà bien un titre qu’on ne dépose qu’au tombeau. De Jean Guitton / Art de penser
  • Le vrai tombeau des morts, c'est le coeur des vivants.
  • Le corps est le tombeau de l'âme. De Platon / Cratyle
  • Le tombeau des héros est le coeur des vivants. De André Malraux / Oraisons funèbres
  • L'exilé est un mort sans tombeau. De Publius Syrus / Sentences
  • Le bien a pour tombeau l'ingratitude humaine. De Alfred de Musset
  • La mémoire est aussi un tombeau. De Claire France / Autour de toi, Tristan
  • Habitude du berceau dure jusqu’au tombeau. De Proverbe allemand
  • Causons de tombeaux, de vers et d'épitaphes. William Shakespeare, Richard II, III, 2, le roi Richard
  • Des hommes illustres ont pour tombeau la terre entière. Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, II, 43, 3 (traduction J. de Romilly)
  • Chaque fois qu'on me loue, je respire mon tombeau. Henry Millon de Montherlant, La Reine morte, I, 2, Ferrante , Gallimard
  • Le tombeau des héros est le cœur des vivants. André Malraux, Oraisons Funèbres, Jeanne d'Arc , Gallimard
  • Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière, et je ne veux pas mourir ! Denis Diderot, Salon de 1767
  • Le moment d'être sage est voisin du tombeau. André de Chénier, Élégies
  • Les danses s'établissent sur la poussière des morts, et les tombeaux poussent sous les pas de la joie. François René, vicomte de Chateaubriand, Vie de Rancé
  • Le corps humain est le tombeau des dieux. Émile Chartier, dit Alain, Système des beaux-arts, Gallimard

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Traductions du mot « tombeau »

Langue Traduction
Corse tomba
Basque hilobia
Japonais
Russe гробница
Portugais túmulo
Arabe قبر
Chinois
Allemand grab
Italien tomba
Espagnol tumba
Anglais tomb
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Synonymes de « tombeau »

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