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Talon

Définitions du mot « talon »

Trésor de la Langue Française informatisé

TALON, subst. masc.

A. −
1. ANAT., usuel. Partie inférieure et postérieure du pied formée par le calcanéum. S'asseoir, être accroupi sur les talons; écraser qqc. avec/sous le talon; joindre les talons (pour saluer); pivoter, tourner sur ses talons; presser un cheval du talon; chaussures qui laissent le talon libre, qui blessent le talon. On n'entendait plus que la débandade des petits pieds tapant du talon à contretemps, tandis que le piano continuait tout seul à jouer en mesure (Zola, Page amour, 1878, p. 900).Ce pas inimitable et dansant la pointe du pied en dehors, le talon effleurant à peine la terre (Colette, Mais. Cl., 1922, p. 181).
P. anal. Talon de la main. Saillie située sous les plis cutanés de la face antérieure du poignet. Un jour, il s'est enfoncé un canif dans le talon de la main. Des folies, des folies! (Duhamel, Terre promise, 1934, p. 90).
[P. allus. myth.] Le talon d'Achille. L'unique endroit du corps où Achille ne fut pas invulnérable. Au fig. Point faible de quelqu'un, aspect, partie vulnérable de quelque chose. Aux heures d'étreinte nous perdons le sentiment des finesses, tandis que l'homme que nous dominons reste maître de lui (...). Prends bien garde à cela, ma mignonne: c'est le défaut de notre cuirasse, c'est notre talon d'Achille (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Baiser, 1882, p. 607).La cour, moyen de neutraliser « les grands » par la dépendance et la dépense, devient en même temps, par son coût, le talon d'Achille de la monarchie (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr., 1967, p. 21).
Locutions
a) Avoir (donner) des ailes aux talons. (Faire) se déplacer, s'enfuir rapidement. La peur lui donne des ailes aux talons. Le besoin de me défaire le plus tôt possible d'un trésor dont elle ne connaissait pas le prix me donnait des ailes aux talons (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 104).Tout Paris chanta: Comme il est gai, comme il est leste... Il a des ailes aux talons (Dumesnil, Hist. théâtre lyr., 1953, p. 105).
b) Avoir l'estomac dans les talons. V. estomac B 1.
c) Être, marcher... sur les talons de qqn. Suivre quelqu'un de très près. La police est sur ses talons; chien qui marche sur les talons de son maître. Quand le juge suppléant entrait dans un salon, immédiatement entrait sur ses talons Toto, qui serait mort de frayeur s'il avait été séparé de son père par une porte (Champfl., Bourgeois Molinch., 1855, p. 48).Nous étions sur les talons de l'ennemi. La bataille de la Marne se terminait; c'était bien une grande victoire (Foch, Mém., t. 1, 1929, p. 144).
Au fig. Être proche de quelqu'un par l'âge, le succès. Cette cadette marche sur les talons de son aînée (Ac.1835-1935).Un instant, il s'était cru, à son tour enfin, un des maîtres du marché, ayant violé la chance, sur les talons de Saccard (Zola, Argent, 1891, p. 379).
Sur les talons (de qqn). Juste derrière quelqu'un. Il a tiré (...) sur ses talons les portes du temple de Janus (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 678).Une promenade, jugulaire au menton, avec sabre, revolver et quatre poilus sur les talons! (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 38).
Être toujours sur les talons de qqn, aux talons de qqn ; avoir toujours qqn sur les talons. Suivre quelqu'un partout, se montrer importun vis-à-vis de quelqu'un; être importuné par quelqu'un. Le Tarasconnais s'ennuya d'avoir perpétuellement sur les talons ce compagnon mélancolique, qui lui rappelait toutes ses mésaventures (A. Daudet, Tartarin de T., 1872, p. 125).Je t'en prie, ne sois pas tout le temps sur mes talons! (Feydeau, Dame Maxim's, 1914, II, 2, p. 33).
d) (Être, mettre qqn) sous le(s) talon(s) de qqn. (Être, mettre quelqu'un) sous la dépendance de quelqu'un. Monarchistes et républicains (...) se sont confondus pour maintenir la justice et le droit sous le talon de M. le ministre de la Guerre (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 1).C'est grâce à cette flamme sacrée que s'est levée et organisée, sous le talon de l'ennemi et de ses collaborateurs, l'immense résistance française (De Gaulle, Mém. guerre, 1956, p. 407).
e) Montrer les talons. S'enfuir. Misérable aristocrate (...) Songe à nous montrer les talons, ne reparais jamais ici (Balzac, Épis. Terr., 1830, p. 433).
f) Ne pas arriver, venir... au talon de qqn. Être très inférieur à quelqu'un. Synon. ne pas arriver* à la cheville de qqn.M. Jourdain ne va pas au talon du premier négociant que tu vas rencontrer dans la rue (Flaub., Corresp., 1850, p. 239).C'est un brave et honnête garçon. Vous ne lui venez pas au talon (Drieu La Roch., Rêv. bourg., 1937, p. 236).
g) Tourner les talons. S'en aller, partir brusquement. Et si (...) vous n'êtes pas augmenté de huit jours au rapport de demain matin, je veux être changé en bénitier! Voilà! Sur quoi, il tourna les talons (Courteline, Train 8 h. 47, 1888, p. 243).Tourne les talons et descends. Un seul conseil, mais un bon. On a jamais eu l'habitude d'être commandé par les autres, ici (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 126).
h) Vieilli ou littér. Voir les talons de qqn
Être débarrassé de la présence de quelqu'un. Ils voulaient se débarrasser de moi coûte que coûte (...) D'ailleurs pour qu'ils n'aient pas hésité à placer un garçon de mon âge chez une veuve encore jeune, il fallait qu'ils fussent bien pressés de me voir les talons (Mauriac, Asmodée, 1938, I, 4, p. 37).
Arriver au moment où les autres partent. Mon bataillon est entré le premier dans la Chambre, et nous n'avons pas eu grand mérite, car nous n'avons vu que les talons des factieux (Mérimée, Lettres ctessede Montijo, t. 1, 1848, p. 321).
2. ANAT. ANIM. Partie postérieure de la paroi du pied de certains ongulés. La distance du talon du pied du cerf aux os ou ergots sert à connaître son âge (Littré).Le loup a le talon gros et large (La Hêtraie, Chasse, 1945, p. 158).
[Chez les équidés] Partie inférieure et postérieure du sabot comprise entre les quartiers et opposée à la pince. Cheval qui a les talons hauts, bas, serrés, qui est relevé, bas de talon. Il fut ferré d'aluminium, les talons abattus, les fourchettes et la sole en contact avec la terre (Pesquidoux, Chez nous, 1923, p. 57).
P. méton., MARÉCHALERIE. Chacune des deux extrémités du fer à cheval prenant appui sur le talon. (Dict. xixeet xxes.).
B. − P. méton.
1. Partie d'une chaussure, d'un bas, d'une chaussette, etc., qui enveloppe le talon. Collant à talons renforcés; chaussette trouée, reprisée au talon. Achevez-moi plutôt le talon de ce bas (Reider, MlleVallantin, 1862, p. 146).
2. CHAUSSURE
a) Support placé sous la partie postérieure de la semelle d'une chaussure, qui donne à celle-ci son aplomb. Talon de bois, de caoutchouc, de cuir, recouvert de peau; chaussure à talon (= à talon haut); chaussure sans talon (= à talon plat); talons usés; faire poser des fers aux talons d'une paire de bottes. Les talons éculés empêchaient la maudite chaussure d'adhérer aux pieds de l'enfant (Balzac, L. Lambert, 1832, p. 56).[Elle] fut tout de suite au bas de l'escalier qui conduisait aux chambres, ses talons claquèrent sur les marches puis sur le palier du couloir (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 148).
En partic.
Talon aiguille. Talon Louis XV très effilé vers le bas. [Le bar romain] rempli de femmes peintes juchées sur les hauts tabourets, faisant jouer leurs talons aiguilles au bout de leurs jambes (Butor, Modif., 1957, p. 63).
Talon bobine. Talon haut, creusé sur tout son pourtour à mi-hauteur et évasé vers le bas. Une rouquine (...) toujours avec (...) de hautes bottines blanches à lacets et talons « bobines » (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 470).
Talon bottier. ,,Talon haut, en cuir ou dont le revêtement offre l'aspect de tranches de cuir superposées`` (Chauss. 1969).
Talon compensé. ,,Talon qui se prolonge vers l'avant pour se raccorder sans interruption à l'appui de la semelle`` (Chauss. 1969).
Talon haut/haut talon. Talon dont les bords inférieurs et supérieurs ne sont pas parallèles. Femme juchée, perchée sur ses hauts talons; soulier découvert à talon haut. Les deux joues de sa croupe un peu forte se balançaient sur de hauts talons fins, en petits équilibres alternés (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 414).
Talon Louis XV. Talon haut de profil concave, dont la gorge est recouverte par un prolongement de la semelle. Léon m'avait fait des petites bottes délicieuses à très hauts talons Louis XV (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p. 349).
Talon plat. Talon large et peu épais, dont les bords supérieurs et inférieurs sont plans et parallèles. Dans le clan Baudoin, les femmes (...) aimaient les vêtements longs, les écharpes, les pèlerines, les souliers à talons plats ou même les sandales de bois (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 150).
HIST. Talon rouge. Soulier à haut talon rouge porté à la cour au xviiies., ce qui était considéré comme une marque de noblesse. Une mouche au coin de l'œil, des talons rouges et des manches de dentelles (Vigny, Mém. inéd., 1863, p. 161).[Voltaire] à qui ne déplaisaient pas des talons rouges et des rubans à ses souliers était alors depuis un an à la cour du roi de Prusse (Guéhenno, Jean-Jacques, 1950, p. 20).
P. méton. Homme de la cour élégant et raffiné portant cette sorte de souliers; état d'homme de cour. L'élite des petits maîtres et des talons rouges. Un citoyen indépendant des intrigues d'en haut et d'en bas et aussi éloigné du talon rouge que du bonnet rouge (Vigny, Mém. inéd., 1863, p. 99).Ce malheureux est encore un aristocrate, une espèce de talon rouge (Bloy, Journal, 1903, p. 203).
Littér. [Avec une valeur d'adj.] D'une élégance recherchée et de belles manières. Il est très talon rouge (Ac.1935).Dans vingt ans, je suppose, les bourgeois du temps de Louis-Philippe sembleront élégants et talons rouges (Flaub., Corresp., 1853, p. 94).Monsieur Poincaré se rendit avec son huit-reflets chez Ribot pour un échange de vues. Ils les échangèrent, leurs vues, et puis Monsieur Ribot, à son tour, se saisit de son chapeau-claque et se rendit chez Poincaré pour un échange de vues. Le tout d'une courtoisie talons rouges (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 222).
b) Pièce de cuir, de caoutchouc, de métal appliquée sur la face inférieure du talon d'une chaussure et destinée à protéger celui-ci. (Dict. xxes.). Faire changer la semelle et le talon d'une chaussure (Dict. xxes.).
3. HIPP. Éperon qui garnit le talon de la botte d'un cavalier. Cheval qui connaît, entend les talons, qui obéit, répond aux talons. Or çà, sans plus discourir, donnons de l'éperon à nos montures (...) Les chevaux, sollicités du talon, prirent une allure plus vive (Gautier, Fracasse, 1863, p. 430).
Loc. Cheval qui est bien dans les talons. Cheval sensible à l'éperon (d'apr. Littré). Promener un cheval dans la main et dans les talons. ,,Le gouverner avec la bride et l'éperon`` (Ac. 1835-1935). Porter un cheval d'un talon sur l'autre. ,,Lui faire sentir tantôt l'éperon droit, tantôt l'éperon gauche dans un même manège`` (Littré). Serrer les talons, pincer des deux talons. ,,Appuyer deux coups d'éperon à son cheval`` (Littré).
C. − P. anal.
1. Extrémité inférieure ou postérieure de certains objets.
a) AGRIC. Partie inférieure du sep d'une charrue, par laquelle celle-ci s'appuie sur le fond et la paroi du sillon pendant le travail (d'apr. Agric. 1977).
b) ARMURERIE
Fer dont est garnie la partie inférieure d'une hallebarde, d'une pique, d'une lance, etc. (Dict. xixeet xxes.).
Talon de fusil. ,,Partie du canon du fusil entrant dans le bois au-dessus de la poignée`` (Leloir 1961).
c) BOUCH. Talon (de collier). Morceau de bœuf situé dans la partie musculaire profonde de la base du cou, entre le paleron et le collier. Le talon, ou talon de collier, est un bon morceau à braiser (CourtineGastr.1984).
d) CH. DE FER. Talon d'aiguille ou d'aiguillage. Extrémité la plus large d'une lame d'aiguille. On a pu, sur les lignes à double voie, disposer toutes les aiguilles qui font communiquer les voies de circulation avec les voies accessoires des gares, de telle façon que les trains les prennent par le talon (Bricka, Cours ch. de fer, t. 2, 1894, p. 147).
e) COUTELLERIE. Partie inférieure de la lame (d'un couteau, d'un bistouri, d'un rasoir, etc.) non tranchante, voisine du manche ou encastrée dans celui-ci. L'index [est appliqué] sur le dos et un peu sur le côté externe du talon de la lame (Nélaton, Pathol. chir., t. 1, 1844, p. 52).Partie renforcée de la lame d'une arme blanche, qui s'appuie contre la monture. Lame (...) frissonnante tant elle est flexible (...). Sur un côté du talon, il fera ciseler entre des rinceaux la tour enflammée et les deux glaives qui se croisent (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 523).
f) MAR. Talon de quille. ,,Extrémité postérieure de la quille sur laquelle repose l'étambot`` (Gruss 1952).
Expr. Donner un coup de talon. Synon. de talonner (v. ce mot B 3).
g) MUS. Extrémité de l'archet opposée à la pointe, que saisit la main de l'exécutant. C'est le violon qui commença tout seul (...) C'étaient des notes très fines, à peine marquées par le talon de l'archet (Giono, Triomphe vie, 1941, p. 175).
h) PÊCHE. Extrémité inférieure de la canne à pêche (d'apr. T. Burnand, Vocab. du pêcheur ds Le Grand livre de la pêche et des poissons, 1952).
i) SKI. Extrémité arrière du ski. Anton. spatule.Ruade, pour désigner le mouvement particulier des talons des skis qui lance les spatules dans le sens de la pente (...) est une métaphore excellente et neuve (Comment parlent les sportifsds Vie Lang.1953, p. 140).
2. Pièce, partie saillante à la surface de quelque chose.
a) ARCHIT., MENUIS. Talon (droit/renversé). Moulure dont le profil présente une portion convexe (ou concave) dans sa partie supérieure et une portion concave (ou convexe) dans sa partie inférieure (d'apr. Chabat 1881).
b) HORTIC. Empattement qui unit un rameau à la tige, que l'on conserve pour augmenter les chances de reprise dans les boutures dites « à talon » (d'apr. Habault Agric. 1983).
c) TABAC. Petite saillie située à la partie inférieure du fourneau d'une pipe, sur laquelle est souvent imprimée la marque de fabrique. (Dict. xixeet xxes.).
d) TECHNOL. Chacun des deux élements rigides situés sur la partie inférieure de l'enveloppe d'un pneu et servant de liaison entre celui-ci et la jante d'une roue de véhicule. [Certains pneus] possèdent un cercle métallique intérieur coinçant les talons contre le rebord de la jante (Chapelain, Techn. automob., 1956, p. 212).,,Pièce parallélépipédique formant saillie sur une surface et assurant un appui ou une butée`` (Boissier 1975).
3. Dernière partie de quelque chose; fond, reste.
a) ALIM. Extrémité d'un aliment que l'on débite en tranches. Talon de fromage, de jambon, de rôti. J'arrivais de l'école, et je marquais ma petite mâchoire, en croissants, dans un talon de pain frais, comblé de beurre et de gelée de framboises (Colette, Sido, 1929, p. 14).
b) JEUX. Cartes, dominos qui restent après la première distribution. Synon. pioche, pot2.Elles s'endormaient (...) à prendre continuellement des cartes au talon, du même geste (Zola, Nana, 1880, p. 1134).Les jeux à talon (tel le poker) (...) sont (...) les seuls à être catalogués par la légis-lation comme jeux d'argent et de hasard (Jeux et sports, 1967, p. 163).
c) Partie non détachable d'une feuille de carnet à souches qui doit porter des mentions concordantes avec celles inscrites sur le volant. Talon d'un mandat; inscrire le montant d'un chèque sur le talon. Cette allocation est mise à la disposition du préfet (...). Il n'a aucun compte à en rendre qu'à produire les talons des mandats (Baradat, Organ. préfect., 1907, p. 154).Les carnets à souche facilitent la comptabilité en évitant les erreurs, et préviennent la fraude, grâce au talon qui reste fixé au carnet (É. Leclerc, Nouv. Manuel typogr., 1897, p. 357).
Prononc. et Orth.: [talɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. 1155 d'une personne (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 9580); ca 1170 (Rois, II, XIII, 18, éd. E. R. Curtius, p. 81: La meschine fud vestue de une gunele ki li batid al talun); 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier de la charrette, éd. M. Roques, 2323: Tantost qu'il furent anz antré, Si lor lessierent avaler [...] Une porte apres les talons); ca 1200 torner le talon « s'en aller » (Renart, éd. E. Martin, XI, 1309); ca 1223 torner les talons a aucun fig. « se détourner de » (Gautier de Coinci, Miracles, éd. V. Fr. Koenig, II Pr 1, 337); ca 1330 monstrer les talons a aucun « s'enfuir » (Girart de Roussillon, 86 ds T.-L.); 2. a) 2emoit. xiiies. « partie postérieure de l'ongle du cerf » (Chace dou cerf, 89 ds T.-L., s.v. esponde); b) fin xiiies. [ms] « orteil de derrière d'un oiseau de chasse » (Ms. Oxford Bodl. Digby 86, fol. 52 d'apr. G. Tilander, Glanures lexicogr., Lund, 1932, p. 252); 3. a) 1530 « pièce de cuir servant à renforcer la partie de la chaussure couvrant le talon » (Palsgr., p. 206 b: Cloute of a sho − ung talon; ung devant; ung debout); 1611 « partie de la chaussure couvrant le talon » talon d'un soulier (Cotgr.); b) 1680 « morceau de bois, ensemble de lamelles de cuir ajoutées à la semelle à l'endroit où repose le talon » (Rich.); 1758, 4 déc. petits maîtres français en talons rouges (Voltaire, Lettre au marquis Albergati Capacelli ds Corresp., éd. Th. Besterman, t. 19, p. 268); 1771 [1reéd. 1741] p. métaph. nos talons rouges (Gaudet, Bibl. des Petits-maîtres, 4 ds Brunot t. 6, p. 1102, note 6); c) 1690 « partie du bas qui couvre le talon » (Fur.), rare av. 1832 (Raymond). B. 1.1573 « partie du gouvernail qui trempe dans l'eau » (Dupuys); 1606 talon de gouvernail (Nicot); 1643 « extrémité de la quille du navire du côté de l'arrière » (Fournier Hydrographie, p. 13); b) 1621 « le tiers du tranchant d'une lame d'épée le plus près de la garde » (C. Oudin, Tesoro de las dos lenguas fr. y esp., Paris, P. Billaine, s.v. tercio postremo de la espada); 2. 1676 (Félibien, p. 747: en terme d'archit. c'est un petit membre composé d'un filet quarré et d'un symaise droite); 3. 1645 terme de jeu « cartes qui restent après la distribution » (C. Oudin, Seconde partie des Recherches esp. et fr.); 4. 1694 « dernier morceau de quelque chose » talon d'un pain, d'un fromage (Ac.); 5. 1835 talon de souche (Ac.). Du lat. vulg. talo, -onis (class. talus « osselet du paturon de certains animaux, qui servait à jouer aux osselets »; « (chez l'homme) astragale » puis, p. ext. « cheville » et « talon ») relevé au xes. (CGL t. 3, p. 605, 18: usque ad genua et talones). Fréq. abs. littér.: 1 635. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 315, b) 3 715; xxes.: a) 2 692, b) 2 220. Bbg. Archit. 1972, p. 128. − Dossiers de mots: manutention... Néol. Marche. 1979, no10, p. 70; 1982, no32, pp. 112-113. − Quem. DDL t. 11 (s.v. talon rouge), 16, 25, 32, 36.

Trésor de la Langue Française informatisé

TALON, subst. masc.

A. −
1. ANAT., usuel. Partie inférieure et postérieure du pied formée par le calcanéum. S'asseoir, être accroupi sur les talons; écraser qqc. avec/sous le talon; joindre les talons (pour saluer); pivoter, tourner sur ses talons; presser un cheval du talon; chaussures qui laissent le talon libre, qui blessent le talon. On n'entendait plus que la débandade des petits pieds tapant du talon à contretemps, tandis que le piano continuait tout seul à jouer en mesure (Zola, Page amour, 1878, p. 900).Ce pas inimitable et dansant la pointe du pied en dehors, le talon effleurant à peine la terre (Colette, Mais. Cl., 1922, p. 181).
P. anal. Talon de la main. Saillie située sous les plis cutanés de la face antérieure du poignet. Un jour, il s'est enfoncé un canif dans le talon de la main. Des folies, des folies! (Duhamel, Terre promise, 1934, p. 90).
[P. allus. myth.] Le talon d'Achille. L'unique endroit du corps où Achille ne fut pas invulnérable. Au fig. Point faible de quelqu'un, aspect, partie vulnérable de quelque chose. Aux heures d'étreinte nous perdons le sentiment des finesses, tandis que l'homme que nous dominons reste maître de lui (...). Prends bien garde à cela, ma mignonne: c'est le défaut de notre cuirasse, c'est notre talon d'Achille (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Baiser, 1882, p. 607).La cour, moyen de neutraliser « les grands » par la dépendance et la dépense, devient en même temps, par son coût, le talon d'Achille de la monarchie (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr., 1967, p. 21).
Locutions
a) Avoir (donner) des ailes aux talons. (Faire) se déplacer, s'enfuir rapidement. La peur lui donne des ailes aux talons. Le besoin de me défaire le plus tôt possible d'un trésor dont elle ne connaissait pas le prix me donnait des ailes aux talons (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 104).Tout Paris chanta: Comme il est gai, comme il est leste... Il a des ailes aux talons (Dumesnil, Hist. théâtre lyr., 1953, p. 105).
b) Avoir l'estomac dans les talons. V. estomac B 1.
c) Être, marcher... sur les talons de qqn. Suivre quelqu'un de très près. La police est sur ses talons; chien qui marche sur les talons de son maître. Quand le juge suppléant entrait dans un salon, immédiatement entrait sur ses talons Toto, qui serait mort de frayeur s'il avait été séparé de son père par une porte (Champfl., Bourgeois Molinch., 1855, p. 48).Nous étions sur les talons de l'ennemi. La bataille de la Marne se terminait; c'était bien une grande victoire (Foch, Mém., t. 1, 1929, p. 144).
Au fig. Être proche de quelqu'un par l'âge, le succès. Cette cadette marche sur les talons de son aînée (Ac.1835-1935).Un instant, il s'était cru, à son tour enfin, un des maîtres du marché, ayant violé la chance, sur les talons de Saccard (Zola, Argent, 1891, p. 379).
Sur les talons (de qqn). Juste derrière quelqu'un. Il a tiré (...) sur ses talons les portes du temple de Janus (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 678).Une promenade, jugulaire au menton, avec sabre, revolver et quatre poilus sur les talons! (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 38).
Être toujours sur les talons de qqn, aux talons de qqn ; avoir toujours qqn sur les talons. Suivre quelqu'un partout, se montrer importun vis-à-vis de quelqu'un; être importuné par quelqu'un. Le Tarasconnais s'ennuya d'avoir perpétuellement sur les talons ce compagnon mélancolique, qui lui rappelait toutes ses mésaventures (A. Daudet, Tartarin de T., 1872, p. 125).Je t'en prie, ne sois pas tout le temps sur mes talons! (Feydeau, Dame Maxim's, 1914, II, 2, p. 33).
d) (Être, mettre qqn) sous le(s) talon(s) de qqn. (Être, mettre quelqu'un) sous la dépendance de quelqu'un. Monarchistes et républicains (...) se sont confondus pour maintenir la justice et le droit sous le talon de M. le ministre de la Guerre (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 1).C'est grâce à cette flamme sacrée que s'est levée et organisée, sous le talon de l'ennemi et de ses collaborateurs, l'immense résistance française (De Gaulle, Mém. guerre, 1956, p. 407).
e) Montrer les talons. S'enfuir. Misérable aristocrate (...) Songe à nous montrer les talons, ne reparais jamais ici (Balzac, Épis. Terr., 1830, p. 433).
f) Ne pas arriver, venir... au talon de qqn. Être très inférieur à quelqu'un. Synon. ne pas arriver* à la cheville de qqn.M. Jourdain ne va pas au talon du premier négociant que tu vas rencontrer dans la rue (Flaub., Corresp., 1850, p. 239).C'est un brave et honnête garçon. Vous ne lui venez pas au talon (Drieu La Roch., Rêv. bourg., 1937, p. 236).
g) Tourner les talons. S'en aller, partir brusquement. Et si (...) vous n'êtes pas augmenté de huit jours au rapport de demain matin, je veux être changé en bénitier! Voilà! Sur quoi, il tourna les talons (Courteline, Train 8 h. 47, 1888, p. 243).Tourne les talons et descends. Un seul conseil, mais un bon. On a jamais eu l'habitude d'être commandé par les autres, ici (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 126).
h) Vieilli ou littér. Voir les talons de qqn
Être débarrassé de la présence de quelqu'un. Ils voulaient se débarrasser de moi coûte que coûte (...) D'ailleurs pour qu'ils n'aient pas hésité à placer un garçon de mon âge chez une veuve encore jeune, il fallait qu'ils fussent bien pressés de me voir les talons (Mauriac, Asmodée, 1938, I, 4, p. 37).
Arriver au moment où les autres partent. Mon bataillon est entré le premier dans la Chambre, et nous n'avons pas eu grand mérite, car nous n'avons vu que les talons des factieux (Mérimée, Lettres ctessede Montijo, t. 1, 1848, p. 321).
2. ANAT. ANIM. Partie postérieure de la paroi du pied de certains ongulés. La distance du talon du pied du cerf aux os ou ergots sert à connaître son âge (Littré).Le loup a le talon gros et large (La Hêtraie, Chasse, 1945, p. 158).
[Chez les équidés] Partie inférieure et postérieure du sabot comprise entre les quartiers et opposée à la pince. Cheval qui a les talons hauts, bas, serrés, qui est relevé, bas de talon. Il fut ferré d'aluminium, les talons abattus, les fourchettes et la sole en contact avec la terre (Pesquidoux, Chez nous, 1923, p. 57).
P. méton., MARÉCHALERIE. Chacune des deux extrémités du fer à cheval prenant appui sur le talon. (Dict. xixeet xxes.).
B. − P. méton.
1. Partie d'une chaussure, d'un bas, d'une chaussette, etc., qui enveloppe le talon. Collant à talons renforcés; chaussette trouée, reprisée au talon. Achevez-moi plutôt le talon de ce bas (Reider, MlleVallantin, 1862, p. 146).
2. CHAUSSURE
a) Support placé sous la partie postérieure de la semelle d'une chaussure, qui donne à celle-ci son aplomb. Talon de bois, de caoutchouc, de cuir, recouvert de peau; chaussure à talon (= à talon haut); chaussure sans talon (= à talon plat); talons usés; faire poser des fers aux talons d'une paire de bottes. Les talons éculés empêchaient la maudite chaussure d'adhérer aux pieds de l'enfant (Balzac, L. Lambert, 1832, p. 56).[Elle] fut tout de suite au bas de l'escalier qui conduisait aux chambres, ses talons claquèrent sur les marches puis sur le palier du couloir (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 148).
En partic.
Talon aiguille. Talon Louis XV très effilé vers le bas. [Le bar romain] rempli de femmes peintes juchées sur les hauts tabourets, faisant jouer leurs talons aiguilles au bout de leurs jambes (Butor, Modif., 1957, p. 63).
Talon bobine. Talon haut, creusé sur tout son pourtour à mi-hauteur et évasé vers le bas. Une rouquine (...) toujours avec (...) de hautes bottines blanches à lacets et talons « bobines » (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 470).
Talon bottier. ,,Talon haut, en cuir ou dont le revêtement offre l'aspect de tranches de cuir superposées`` (Chauss. 1969).
Talon compensé. ,,Talon qui se prolonge vers l'avant pour se raccorder sans interruption à l'appui de la semelle`` (Chauss. 1969).
Talon haut/haut talon. Talon dont les bords inférieurs et supérieurs ne sont pas parallèles. Femme juchée, perchée sur ses hauts talons; soulier découvert à talon haut. Les deux joues de sa croupe un peu forte se balançaient sur de hauts talons fins, en petits équilibres alternés (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 414).
Talon Louis XV. Talon haut de profil concave, dont la gorge est recouverte par un prolongement de la semelle. Léon m'avait fait des petites bottes délicieuses à très hauts talons Louis XV (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p. 349).
Talon plat. Talon large et peu épais, dont les bords supérieurs et inférieurs sont plans et parallèles. Dans le clan Baudoin, les femmes (...) aimaient les vêtements longs, les écharpes, les pèlerines, les souliers à talons plats ou même les sandales de bois (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 150).
HIST. Talon rouge. Soulier à haut talon rouge porté à la cour au xviiies., ce qui était considéré comme une marque de noblesse. Une mouche au coin de l'œil, des talons rouges et des manches de dentelles (Vigny, Mém. inéd., 1863, p. 161).[Voltaire] à qui ne déplaisaient pas des talons rouges et des rubans à ses souliers était alors depuis un an à la cour du roi de Prusse (Guéhenno, Jean-Jacques, 1950, p. 20).
P. méton. Homme de la cour élégant et raffiné portant cette sorte de souliers; état d'homme de cour. L'élite des petits maîtres et des talons rouges. Un citoyen indépendant des intrigues d'en haut et d'en bas et aussi éloigné du talon rouge que du bonnet rouge (Vigny, Mém. inéd., 1863, p. 99).Ce malheureux est encore un aristocrate, une espèce de talon rouge (Bloy, Journal, 1903, p. 203).
Littér. [Avec une valeur d'adj.] D'une élégance recherchée et de belles manières. Il est très talon rouge (Ac.1935).Dans vingt ans, je suppose, les bourgeois du temps de Louis-Philippe sembleront élégants et talons rouges (Flaub., Corresp., 1853, p. 94).Monsieur Poincaré se rendit avec son huit-reflets chez Ribot pour un échange de vues. Ils les échangèrent, leurs vues, et puis Monsieur Ribot, à son tour, se saisit de son chapeau-claque et se rendit chez Poincaré pour un échange de vues. Le tout d'une courtoisie talons rouges (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 222).
b) Pièce de cuir, de caoutchouc, de métal appliquée sur la face inférieure du talon d'une chaussure et destinée à protéger celui-ci. (Dict. xxes.). Faire changer la semelle et le talon d'une chaussure (Dict. xxes.).
3. HIPP. Éperon qui garnit le talon de la botte d'un cavalier. Cheval qui connaît, entend les talons, qui obéit, répond aux talons. Or çà, sans plus discourir, donnons de l'éperon à nos montures (...) Les chevaux, sollicités du talon, prirent une allure plus vive (Gautier, Fracasse, 1863, p. 430).
Loc. Cheval qui est bien dans les talons. Cheval sensible à l'éperon (d'apr. Littré). Promener un cheval dans la main et dans les talons. ,,Le gouverner avec la bride et l'éperon`` (Ac. 1835-1935). Porter un cheval d'un talon sur l'autre. ,,Lui faire sentir tantôt l'éperon droit, tantôt l'éperon gauche dans un même manège`` (Littré). Serrer les talons, pincer des deux talons. ,,Appuyer deux coups d'éperon à son cheval`` (Littré).
C. − P. anal.
1. Extrémité inférieure ou postérieure de certains objets.
a) AGRIC. Partie inférieure du sep d'une charrue, par laquelle celle-ci s'appuie sur le fond et la paroi du sillon pendant le travail (d'apr. Agric. 1977).
b) ARMURERIE
Fer dont est garnie la partie inférieure d'une hallebarde, d'une pique, d'une lance, etc. (Dict. xixeet xxes.).
Talon de fusil. ,,Partie du canon du fusil entrant dans le bois au-dessus de la poignée`` (Leloir 1961).
c) BOUCH. Talon (de collier). Morceau de bœuf situé dans la partie musculaire profonde de la base du cou, entre le paleron et le collier. Le talon, ou talon de collier, est un bon morceau à braiser (CourtineGastr.1984).
d) CH. DE FER. Talon d'aiguille ou d'aiguillage. Extrémité la plus large d'une lame d'aiguille. On a pu, sur les lignes à double voie, disposer toutes les aiguilles qui font communiquer les voies de circulation avec les voies accessoires des gares, de telle façon que les trains les prennent par le talon (Bricka, Cours ch. de fer, t. 2, 1894, p. 147).
e) COUTELLERIE. Partie inférieure de la lame (d'un couteau, d'un bistouri, d'un rasoir, etc.) non tranchante, voisine du manche ou encastrée dans celui-ci. L'index [est appliqué] sur le dos et un peu sur le côté externe du talon de la lame (Nélaton, Pathol. chir., t. 1, 1844, p. 52).Partie renforcée de la lame d'une arme blanche, qui s'appuie contre la monture. Lame (...) frissonnante tant elle est flexible (...). Sur un côté du talon, il fera ciseler entre des rinceaux la tour enflammée et les deux glaives qui se croisent (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 523).
f) MAR. Talon de quille. ,,Extrémité postérieure de la quille sur laquelle repose l'étambot`` (Gruss 1952).
Expr. Donner un coup de talon. Synon. de talonner (v. ce mot B 3).
g) MUS. Extrémité de l'archet opposée à la pointe, que saisit la main de l'exécutant. C'est le violon qui commença tout seul (...) C'étaient des notes très fines, à peine marquées par le talon de l'archet (Giono, Triomphe vie, 1941, p. 175).
h) PÊCHE. Extrémité inférieure de la canne à pêche (d'apr. T. Burnand, Vocab. du pêcheur ds Le Grand livre de la pêche et des poissons, 1952).
i) SKI. Extrémité arrière du ski. Anton. spatule.Ruade, pour désigner le mouvement particulier des talons des skis qui lance les spatules dans le sens de la pente (...) est une métaphore excellente et neuve (Comment parlent les sportifsds Vie Lang.1953, p. 140).
2. Pièce, partie saillante à la surface de quelque chose.
a) ARCHIT., MENUIS. Talon (droit/renversé). Moulure dont le profil présente une portion convexe (ou concave) dans sa partie supérieure et une portion concave (ou convexe) dans sa partie inférieure (d'apr. Chabat 1881).
b) HORTIC. Empattement qui unit un rameau à la tige, que l'on conserve pour augmenter les chances de reprise dans les boutures dites « à talon » (d'apr. Habault Agric. 1983).
c) TABAC. Petite saillie située à la partie inférieure du fourneau d'une pipe, sur laquelle est souvent imprimée la marque de fabrique. (Dict. xixeet xxes.).
d) TECHNOL. Chacun des deux élements rigides situés sur la partie inférieure de l'enveloppe d'un pneu et servant de liaison entre celui-ci et la jante d'une roue de véhicule. [Certains pneus] possèdent un cercle métallique intérieur coinçant les talons contre le rebord de la jante (Chapelain, Techn. automob., 1956, p. 212).,,Pièce parallélépipédique formant saillie sur une surface et assurant un appui ou une butée`` (Boissier 1975).
3. Dernière partie de quelque chose; fond, reste.
a) ALIM. Extrémité d'un aliment que l'on débite en tranches. Talon de fromage, de jambon, de rôti. J'arrivais de l'école, et je marquais ma petite mâchoire, en croissants, dans un talon de pain frais, comblé de beurre et de gelée de framboises (Colette, Sido, 1929, p. 14).
b) JEUX. Cartes, dominos qui restent après la première distribution. Synon. pioche, pot2.Elles s'endormaient (...) à prendre continuellement des cartes au talon, du même geste (Zola, Nana, 1880, p. 1134).Les jeux à talon (tel le poker) (...) sont (...) les seuls à être catalogués par la légis-lation comme jeux d'argent et de hasard (Jeux et sports, 1967, p. 163).
c) Partie non détachable d'une feuille de carnet à souches qui doit porter des mentions concordantes avec celles inscrites sur le volant. Talon d'un mandat; inscrire le montant d'un chèque sur le talon. Cette allocation est mise à la disposition du préfet (...). Il n'a aucun compte à en rendre qu'à produire les talons des mandats (Baradat, Organ. préfect., 1907, p. 154).Les carnets à souche facilitent la comptabilité en évitant les erreurs, et préviennent la fraude, grâce au talon qui reste fixé au carnet (É. Leclerc, Nouv. Manuel typogr., 1897, p. 357).
Prononc. et Orth.: [talɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. 1155 d'une personne (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 9580); ca 1170 (Rois, II, XIII, 18, éd. E. R. Curtius, p. 81: La meschine fud vestue de une gunele ki li batid al talun); 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier de la charrette, éd. M. Roques, 2323: Tantost qu'il furent anz antré, Si lor lessierent avaler [...] Une porte apres les talons); ca 1200 torner le talon « s'en aller » (Renart, éd. E. Martin, XI, 1309); ca 1223 torner les talons a aucun fig. « se détourner de » (Gautier de Coinci, Miracles, éd. V. Fr. Koenig, II Pr 1, 337); ca 1330 monstrer les talons a aucun « s'enfuir » (Girart de Roussillon, 86 ds T.-L.); 2. a) 2emoit. xiiies. « partie postérieure de l'ongle du cerf » (Chace dou cerf, 89 ds T.-L., s.v. esponde); b) fin xiiies. [ms] « orteil de derrière d'un oiseau de chasse » (Ms. Oxford Bodl. Digby 86, fol. 52 d'apr. G. Tilander, Glanures lexicogr., Lund, 1932, p. 252); 3. a) 1530 « pièce de cuir servant à renforcer la partie de la chaussure couvrant le talon » (Palsgr., p. 206 b: Cloute of a sho − ung talon; ung devant; ung debout); 1611 « partie de la chaussure couvrant le talon » talon d'un soulier (Cotgr.); b) 1680 « morceau de bois, ensemble de lamelles de cuir ajoutées à la semelle à l'endroit où repose le talon » (Rich.); 1758, 4 déc. petits maîtres français en talons rouges (Voltaire, Lettre au marquis Albergati Capacelli ds Corresp., éd. Th. Besterman, t. 19, p. 268); 1771 [1reéd. 1741] p. métaph. nos talons rouges (Gaudet, Bibl. des Petits-maîtres, 4 ds Brunot t. 6, p. 1102, note 6); c) 1690 « partie du bas qui couvre le talon » (Fur.), rare av. 1832 (Raymond). B. 1.1573 « partie du gouvernail qui trempe dans l'eau » (Dupuys); 1606 talon de gouvernail (Nicot); 1643 « extrémité de la quille du navire du côté de l'arrière » (Fournier Hydrographie, p. 13); b) 1621 « le tiers du tranchant d'une lame d'épée le plus près de la garde » (C. Oudin, Tesoro de las dos lenguas fr. y esp., Paris, P. Billaine, s.v. tercio postremo de la espada); 2. 1676 (Félibien, p. 747: en terme d'archit. c'est un petit membre composé d'un filet quarré et d'un symaise droite); 3. 1645 terme de jeu « cartes qui restent après la distribution » (C. Oudin, Seconde partie des Recherches esp. et fr.); 4. 1694 « dernier morceau de quelque chose » talon d'un pain, d'un fromage (Ac.); 5. 1835 talon de souche (Ac.). Du lat. vulg. talo, -onis (class. talus « osselet du paturon de certains animaux, qui servait à jouer aux osselets »; « (chez l'homme) astragale » puis, p. ext. « cheville » et « talon ») relevé au xes. (CGL t. 3, p. 605, 18: usque ad genua et talones). Fréq. abs. littér.: 1 635. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 315, b) 3 715; xxes.: a) 2 692, b) 2 220. Bbg. Archit. 1972, p. 128. − Dossiers de mots: manutention... Néol. Marche. 1979, no10, p. 70; 1982, no32, pp. 112-113. − Quem. DDL t. 11 (s.v. talon rouge), 16, 25, 32, 36.

Wiktionnaire

Nom commun

talon \ta.lɔ̃\ masculin

  1. (Anatomie) Partie postérieure du pied.
    • Il a le talon écorché.
    • S’asseoir sur ses talons.
    • On disait qu’Achille ne pouvait être blessé qu’au talon.
    • On peint Mercure avec des ailes aux talons.
    • Montrer les talons, s’enfuir.
    • Avoir des ailes aux talons, s’enfuir rapidement.
    • On lui a fait montrer les talons.
    • Tirer des soupirs de ses talons, s’efforcer de soupirer pour avoir l’air affligé.
    1. Se dit également en parlant de certains animaux.
      Ce cheval a les talons hauts, les talons bas, est relevé de talon, bas de talon.
      La distance du talon du cerf aux os ou ergots sert à connaître son âge.
  2. (Équitation) (Par métonymie) Éperon.
    • Serrer les talons, pincer les deux talons.
    • Ce cheval est bien dans les talons, il est sensible à l’éperon, il y obéit, il le craint.
    • Promener un cheval dans la main et dans les talons, le gouverner avec la bride et l’éperon.
  3. (Vêtement) Partie d’une chaussure sur laquelle pose le derrière du pied.
    • Il y en avait même qui portaient, sous leur talon, une épaisse rondelle de caoutchouc, tenue en place par une croix de métal que traversait une vis nickelée. C’était le « talon tournant », le comble du luxe moderne. Ce talon imprimait dans la poussière une sorte de médaille, avec cette croix en relief au milieu. — (Marcel Pagnol, Le temps des secrets, 1960, collection Le Livre de Poche, pages 320-321)
    • Mais super, super catholique pratiquante : les scouts, les rallyes, les premières communions, les jupes bleu marine, les cols Claudine, les talons plats, les madeleines confectionnées pour les vendre à la kermesse de monsieur le curé. — (William Rejault, Tous ces jours sans toi, Plon, 2010)
    • Elles sont là, placées au premier rang pendant les défilés, […]. Toutes ces rédactrices brindezingues qui arrivent en chaloupant sur leurs talons... — (Marc Lambron, Théorie du chiffon, éd. Grasset, 2009, séquence 4)
  4. (Vêtement) (Par métonymie) Chaussure équipée d’un talon haut.
    • Je passe en revue les ballerines, les talons, les slippers et les tennis, mais rien ne retient mon attention. — (Sarai Walker, (In)visible, traduit de l’anglais américain par Alexandre Guégan, Gallimard, 2017, page 264.)
  5. (Par analogie) Fer dont est garnie la partie inférieure d’une hallebarde, d’une pique, d’un esponton, etc.
  6. (Par extension) Partie inférieure ou postérieure de certaines autres choses.
    • Le talon d’une pipe, La petite saillie qu’on laisse au bas du godet d’une pipe.
    • Le talon d’une lame de couteau, de rasoir, La partie inférieure de la lame qui s’appuie sur le manche.
    • Le talon d’un bâtiment, l’extrémité de la quille, du côté de l’arrière.
    • Le navire donna un coup de talon en passant sur cet écueil.
  7. (Ornement) Sorte de moulure qui est composée d’une partie concave surmontée d’une partie convexe.
    • talon droit, talon renversé.
  8. (Cartes à jouer) Ce qui reste de cartes, après qu’on a distribué à chacun des joueurs le nombre qui lui en revient.
    • Il manque une carte dans le talon, au talon.
  9. (Finance) Partie d’un carnet à souche souvent marquée d’un chiffre ou d’une vignette, dont on détache le feuillet mobile ou volant.
    • Le talon d’un chèque, d’un mandat.
  10. (Billard) Extrémité de la queue côté manche.
  11. (Marine) Extrémité arrière de la quille, au bas de l’étambot.
  12. (Cartographie) Prolongement d’une échelle graphique en deçà de son origine, gradué en sens inverse selon une subdivision de l’unité choisie[1].
  13. (Familier) Dernière tranche d’un aliment qu’on a découpé.
    • Il ne faut pas vendre mais éventuellement offrir le talon d’un pâté.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TALON. n. m.
Partie postérieure du pied. Il a le talon écorché. Il souffre du talon. S'asseoir sur ses talons. On disait qu'Achille ne pouvait être blessé qu'au talon. L'os du talon. On peint Mercure avec des ailes aux talons. Fig. et fam., Marcher sur les talons de quelqu'un, Le suivre de très près. Je vous l'annonce; il vient, il marche, il est sur mes talons. Cette phrase s'emploie aussi dans un sens figuré et signifie Suivre quelqu'un de près pour l'âge, pour la fortune, pour les succès. Cette cadette marche sur les talons de son aînée. Fig. et fam., Il est toujours sur mes talons, Il me suit partout, il m'importune en ne me quittant pas. Fig. et fam., Montrer les talons, S'enfuir. On lui a fait montrer les talons. Fig. et fam., Tirer des soupirs de ses talons, S'efforcer de soupirer pour avoir l'air affligé. Fig. et fam., Avoir l'estomac dans les talons, Avoir grand-faim. Fig., Avoir des ailes aux talons, S'enfuir rapidement. En termes de Manège, Serrer les talons, pincer les deux talons, Appuyer deux coups d'éperon à son cheval. Ce cheval est bien dans les talons, Il est sensible à l'éperon, il y obéit, il le craint. Promener un cheval dans la main et dans les talons, Le gouverner avec la bride et l'éperon. Porter un cheval d'un talon sur l'autre, Lui faire fuir tantôt l'éperon droit, tantôt l'éperon gauche, dans un même manège.

TALON se dit également en parlant de Certains animaux. Ce cheval a les talons hauts, les talons bas, est relevé de talon, bas de talon. Ce cheval a les talons serrés. La distance du talon du cerf aux os ou ergots sert à connaître son âge. Il désigne, par extension, la Partie d'une chaussure sur laquelle pose le derrière du pied. Talons de cuir, de bois. Le talon d'une botte. Remettre des talons à des chaussures. Talon plat. Talon bas. Talon haut. Par apposition, Talon Louis XV. Fig. et fam., Talon rouge se disait autrefois d'un Homme de la cour qui avait des talons rouges à ses souliers, ce qui était une marque de noblesse. Les talons rouges de Versailles. C'est un talon rouge. Il se dit aujourd'hui familièrement de Quelqu'un qui a des prétentions à l'élégance, aux belles manières. Il est très talon rouge. Des manières talon rouge.

TALON se dit encore, par analogie, du Fer dont est garnie la partie inférieure d'une hallebarde, d'une pique, d'un esponton, etc. Il se dit également de la Partie inférieure ou postérieure de certaines autres choses. Le talon d'une pipe, La petite saillie qu'on laisse au bas du godet d'une pipe. Le talon d'une lame de couteau, de rasoir, La partie inférieure de la lame qui s'appuie sur le manche. Le talon d'un bâtiment, L'extrémité de la quille, du côté de l'arrière. Le navire donna un coup de talon en passant sur cet écueil. En termes d'Architecture, il désigne une Sorte de moulure qui est composée d'une partie concave surmontée d'une partie convexe. Talon droit, talon renversé. En termes de jeux de Cartes, il désigne Ce qui reste de cartes, après qu'on a donné à chacun des joueurs le nombre qui lui en revient. Il manque une carte dans le talon, au talon. En termes de Finance et d'Administration, il désigne, dans un carnet à souche, la Partie, souvent marquée d'un chiffre ou d'une vignette, dont on détache le feuillet mobile ou Volant. Le talon d'un chèque, d'un mandat.

Littré (1872-1877)

TALON (ta-lon) s. m.
  • 1Partie postérieure du pied de l'homme, et, anatomiquement, partie du pied formée par le calcanéum. On dit qu'Achille ne pouvait être blessé qu'au talon. Il a mal au talon. Joignez les talons. Il [Alexandre] lui fit percer [à Bétis, prisonnier de guerre] les talons, y fit passer une corde, et, la faisant ensuite attacher à un char, il le fit traîner ainsi autour de la ville, jusqu'à ce qu'il en mourût, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 323.

    Fig. Le talon d'Achille, la partie vulnérable. Quoique Despréaux ne se reposât sur personne du soin de louer ses ouvrages, il a plus d'une fois avoué que, dans tout ce qu'il avait écrit, il restait un côté faible, et, comme il s'exprimait lui-même, le talon d'Achille, qu'aucun de ses ennemis n'avait pu trouver, D'Alembert, Élog. Despréaux. Achille était invulnérable partout, le talon excepté : or tout homme a, dans sa position, son caractère, son esprit ou sa personne, un point qui est pour lui ce qu'était le talon pour Achille ; c'est là qu'il faut frapper, Ch. de Bernard, la Chasse aux amants, § 2.

    Fig. et familièrement. Tirer des soupirs de ses talons, s'efforcer de soupirer pour avoir l'air affligé. [à la nouvelle de la mort du grand Dauphin] Le plus grand nombre, c'est-à-dire les sots, tiraient des soupirs de leurs talons, Saint-Simon, 293, 211.

    Sur les talons de quelqu'un, derrière lui. En entrant, je vis une grosse porte à barreaux de fer, qui, dès que je fus passé, fut fermée à double tour sur mes talons, Rousseau, Conf. II.

    Familièrement. Marcher sur les talons de quelqu'un, le suivre de très près.

    On dit de même : suivre sur les talons. Monseigneur le duc de Bourgogne nous suivait sur les talons, Saint-Simon, 273, 193.

    Fig. Marcher sur les talons de quelqu'un, le suivre de près pour l'âge, la fortune, le succès. Faites difficulté après cela [des exemples pris à l'histoire] d'ôter de votre chemin un homme qui vous presse dans le monde et qui vous marche sur les talons, Guez de Balzac, De la cour, 7e disc. Tantôt c'est M. de la Harpe, tantôt c'est vous [qui avez le prix de l'Académie] ; vous marchez tous deux sur les talons l'un de l'autre, quand vous courez, Voltaire, Lett. Gaillard, 23 janv. 1769.

    Être sur les talons de quelqu'un, le suivre de très près. J'entends venir des gens qui sont sur nos talons, Molière, l'Ét. III, 12. La princesse de Modène était sur mes talons à Fontainebleau ; elle est arrivée ce soir, Sévigné, 2 novembre 1673. Hé ! mort de ma vie ! voilà votre père sur nos talons ! Dancourt, Mais. de camp. sc. 3.

    Être toujours sur les talons de quelqu'un, aux talons de quelqu'un, le suivre partout de manière à l'importuner. Car depuis quinze jours, partout où nous allons, C'est rendez-vous pour elle, elle est à nos talons, Hauteroche, Esp. foll. I, 1.

    Montrer les talons, s'enfuir, se retirer de quelque lieu.

    Montrez-moi les talons, sortez d'ici, déguerpissez.

    Tourner les talons, se retirer. Allons, cela étant, hors d'ici, tournez-moi les talons avec toutes ces canailles-là ! Marivaux, Double inconst. I, 9. Dès que le général eut les talons tournés, je voulus aller dire un mot à la belle, Courier, Lett. I, 92.

    Voir les talons de quelqu'un, être débarrassé de sa présence. Une autre raison me fait désirer beaucoup de voir, comme on dit, leurs talons, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 2 mars 1764.

    Fig. et populairement. Il a l'esprit au talon, se dit d'un homme qui, par étourderie ou par préoccupation, ne pense pas à ce qu'il dit.

    Familièrement. Se donner du talon dans le derrière, faire un saut pour partir. Elle ouvrit la fenêtre, mit le petit prince dans un panier, et, se donnant du talon dans le derrière, elle glissa sur les airs, comme elle aurait pu faire avec des patins, Comte de Caylus, Féeries, Œuv. t. VIII, p. 209. dans POUGENS.

    Fig. et populairement. Se donner des talons, du talon dans le derrière, donner de grandes marques de joie, et aussi se moquer de tout ce qui peut arriver, ou bien encore, vivre en toute liberté.

  • 2 Par extension, partie postérieure du pied de quelques animaux. La distance du talon du pied du cerf aux os ou ergots sert à connaître son âge.

    Chez le cheval, partie de derrière du bas du pied, qui est comprise entre les quartiers, et opposée à la pince.

    Chez le cheval, pied à talons hauts : lorsque les talons sont trop élevés, l'appui se fait principalement sur la pince, et le boulet se redresse ; le cheval tend à devenir pinçard ; ce pied est ordinairement accompagné d'une fourchette maigre.

    Pied à talons bas : dans ce pied, le poids du corps se porte principalement sur les talons, qui se fatiguent, et sur la fourchette, qui, généralement forte dans cette espèce de pied, est exposée aux contusions.

  • 3Partie d'un soulier, d'une botte, d'une chaussure où pose le derrière du pied. Souliers à talons de cuir. Des souliers à talons plats, à talons hauts. Talon de soulier : oh ! que cela est bien tourné ! que voilà un habile ouvrier ! Pascal, Pens. XXV, 80 ter, édit. HAVET. Les hauts talons sur lesquels elles [les femmes] sont juchées les font paraître autant de sauterelles qui voudraient courir sans sauter, Rousseau, Ém. v. Sophie est légère et porte des talons bas, Rousseau, ib. Je suis fâchée d'être si petite pour mon âge ; si vous me permettiez de porter des talons, je parie qu'elle me respecterait bien davantage, Genlis, Ad. et Th. t. III, p. 8, dans POUGENS.

    Fig. et familièrement. Femme de court talon, femme qui se laisse aller aisément.

  • 4Talon rouge, soulier à talon rouge que la noblesse avait seule le droit de porter à l'ancienne cour. Je n'ai pas osé le risquer [le gémissement de l'ombre de Ninus, dans Sémiramis] sur la scène de Paris, qui est plus remplie de petits-maîtres français à talons rouges que de héros antiques, Voltaire, Lett. Albergati, 4 déc. 1758. Je vous suis caution que le marquis, malgré son élégance et ses talons rouges, ne remettrait jamais les pieds dans la maison, Poinsinet, Cercle, sc. 1.

    Fig. Homme de la cour. Il vaudrait cent fois mieux reprendre le train des éducations ordinaires, et faire un petit talon rouge, que de…, Rousseau, Lett. à M. L. A. M. Corresp. t II, p. 187, dans POUGENS.

    Il se dit quelquefois aujourd'hui de ceux qui imitent les manières de l'ancienne aristocratie de cour. La Tulipe, homme de cour, a quitté son briquet pour se faire talon rouge… on n'a pas meilleur ton que monsieur ou monseigneur le comte de la Tulipe, Courier, Lett. x.

  • 5Dans le fer du cheval, les talons sont les extrémités qui font suite aux quartiers et qui se terminent par les éponges.

    Dans le mors, c'est la partie de l'embouchure comprise entre la liberté de langue et les canons.

  • 6 Terme de manége. Éperon dont le talon d'un cavalier est armé. Ce cheval entend les talons, connaît les talons, obéit, répond aux talons. Il n'est bon qu'à presser des talons une mule, Hugo, Orient. 5.

    Talon de dehors, le talon du cavalier qui est du côté de la muraille ; on dit par opposition talon de dedans.

    Ce cheval est bien dans les talons, il est sensible à l'éperon.

    Promener un cheval dans la main et dans les talons, le gouverner avec la bride et l'éperon.

    Porter un cheval d'un talon sur l'autre, lui faire sentir tantôt l'éperon droit, tantôt l'éperon gauche dans un même manége.

    Serrer les talons, pincer des deux talons, appuyer deux coups d'éperon à son cheval.

  • 7Fer qui garnit la partie inférieure d'une lance, d'une pique, etc. Le talon d'une hallebarde.
  • 8La partie renforcée de la lame d'une arme blanche, qui s'appuie contre la monture.

    Partie inférieure de la lame d'un couteau, d'un rasoir.

  • 9Talon de culasse, partie de la culasse d'une arme à feu portative à percussion, qui est engagée dans le bois, et par l'intermédiaire de laquelle se transmet l'action du recul.
  • 10Dans les essieux, saillie ménagée sur le corps de l'essieu, pour l'empêcher de glisser longitudinalement.
  • 11Le talon d'une pipe, la petite saillie qu'on laisse au bas du godet d'une pipe.
  • 12Talon de jet, pièce en bois qui se place à la partie inférieure du jet, pour le coulage des projectiles.
  • 13 Terme d'architecture. Petit membre composé d'un filet carré et d'une cimaise droite ; différent par conséquent de l'astragale, qui est un membre rond. Talon droit. Le talon renversé est celui dont la partie concave est en haut.

    Terme de menuiserie. Le derrière d'une moulure, lequel est arrondi et dégagé.

    Terme de serrurerie. Se dit de tous les coudes de peu de longueur que l'on fait aux deux bouts d'une poignée tournante, à l'extrémité d'une bande, au bout d'une plate-bande, d'un harpon, d'une penture.

  • 14 Terme de marine. L'extrémité de la quille, vers l'arrière du vaisseau. Nous donnâmes quelques coups de talon, mais si faibles qu'ils n'endommagèrent pas le bâtiment, La Pérouse, Voy. t. II, p. 149, dans POUGENS.

    Talon des varangues, la partie qui repose sur la quille.

  • 15Partie de la potence qui soutient la verge du balancier d'une horloge.
  • 16Dans les instruments de musique à cordes, partie du manche qui est collée sur le tasseau.
  • 17Partie du sep de la charrue qui traîne sur le sol.
  • 18La partie basse et la plus grosse d'une branche coupée.

    Portion inférieure d'une bouture coupée sur du vieux bois.

  • 19Petite feuille échancrée qui soutient la feuille des orangers ; c'est un pétiole commun dilaté.
  • 20 Terme de zoologie. Sommet de la valve concave de quelques coquilles bivalves. On pourrait les appeler huîtres tronquées, ailées et lisses, parce qu'elles ont le talon aplati, et qu'elles sont comme tronquées en devant, Buffon, Add. et corr. th. terr. Œuv. t. XII, p. 421.

    Terme d'entomologie. Extrémité du tibia qui s'unit avec le tarse. Renflement qui se trouve à la base de l'étui de l'aiguillon chez les hyménoptères.

  • 21Outil en fer servant à sculpter les ornements en plâtre.
  • 22Dernier morceau, reste d'une chose entamée. Le talon du pain, du fromage.
  • 23 Terme de jeux de cartes. Ce qui reste de cartes après qu'on en a donné à chacun. Le talon est faux. Compter le talon.
  • 24Talon de souche, vignette imprimée à l'endroit d'un registre à souche, où l'on coupe les feuillets qui doivent être détachés.
  • 25 Terme de boucherie. Talon de collier, partie du cou du bœuf qui longe le paleron, la surlonge, et qui va en pointe jusqu'à l'échine

HISTORIQUE

XIIe s. Sanglanz [il] ot les talons de tost esperonner, Sax. XII. Uns huem, fait lur li reis, qui a mun pain mangié, Qui à ma curt vint povres, e mult l'ai eshalcié, Pur mei ferir as denz ad sun talun drescié, Th. le mart. 134. Que est par lo talun, en cui li fins est del cors, signifiiet se li termes non del oevre ? Job, 446.

XIIIe s. Les cheveus ot [Beauté] blons et si lons, Qu'il li batoient as talons, la Rose, 1012. Presque tous jours à pié alons ; Moult avons poudreus les talons, ib. 12364.

XIVe s. Par foi, ce dit Girars, demain nous en alons ; Et, pourque le voulés, monstrons lor les talons, Girart de Ross. v. 1931. Veez cy une telle ; elle est moult courtoise de son corps, et a les talons bien cours, et tel et tel se esbat avec elle, Le Chev. de la Tour, Instr. à ses filles, f° 57, dans LACURNE.

XVe s. Les quarante jours dessus diz Du siege faiz et accompliz, Desloga environ minuit Le roy [anglais qui assiégeait Reims], et li autres trestuit à Reims montrerent les talons, Deschamps, Miroir de mariage, p. 155. Elle a les talons si cours qu'il ne faut la pousser guere fort pour la faire choir, Caquets de l'accouchée, p. 148, dans LACURNE.

XVIe s. Il se faisoit marcher sur les talons avant lascher pied devant les regimens de Brissac et de Goas, D'Aubigné, Hist. I, 281. Le duc eust bien voulu oster cette espine de son talon, D'Aubigné, ib. II, 295. Quand l'orgueil va devant, suivez-le bien à l'œil, Vous verrez la ruine aux talons de l'orgueil, D'Aubigné, Tragiques, éd. LALANNE, p. 278.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

TALON.
1Ajoutez :

Faire tête du talon, fuir. Il ne s'y est rien passé de dangereux, et je crois que, si ce malheur fût arrivé. vous auriez vaillamment fait tête du talon, les Maistres d'hostel aux Halles, p. 175, 1671, dans CH. NISARD, Parisianismes, p. 195.

26 Terme de comptabilité. Pièce que le comptable détache de la souche et qu'il remet à l'agent chargé du payement ou du contrôle. On a imaginé des factures à talon dont les deux parties reproduisent les mêmes énonciations ; la facture est apportée au payeur et sert au paiement de la fourniture, qu'elle justifie dans le compte-deniers ; le talon est adressé au garde-magasin et devient la justification de l'entrée dans le compte-matières, L. Bouchard, Rev. des Deux-Mondes, 1er fév. 1872, p. 688.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

TALON, s. m. en terme d’Anatomie, signifie la partie postérieure du pié. Voyez Pied.

En hiver, les enfans sont sujets à avoir des mules au talon ; ce sont des angelures fort dangereuses & incommodes. Voyez Mule.

L’os du talon s’appelle calcaneum ou l’os de l’éperon. Voyez Calcaneum.

Talons du cheval, les talons sont toujours deux à chaque pié, & forment la partie du pié qui finit le sabot, & commence à la fourchette. Leurs bonnes qualités sont d’être hauts, ronds & bien ouverts ; c’est-à-dire séparés l’un de l’autre. Leurs mauvaises qualités sont d’être bas & serrés. Voyez Encastelure.

Talon se dit en parlant du cavalier, de l’éperon dont il arme ses talons, & on dit en ce sens, qu’un cheval entend les talons, obéit, répond aux talons ; qu’il est bien dans les talons, pour dire qu’il est sensible à l’éperon, qu’il y obéit, qu’il le craint & le fuit. Le talon de dedans, de dehors, voyez Dedans & Dehors. On dit promener un cheval dans la main & dans les talons, pour dire le gouverner avec la bride & l’éperon, lui faire prendre finement les aides de la main & des talons. Voyez Aides.

Talon, s. m. (Botan.) on appelle talon, la petite feuille échancrée qui soutient la feuille des orangers ; on appelle aussi talon, la partie basse & la plus grosse d’une branche coupée. Enfin, on appelle talon, l’endroit d’où sortent les feuilles de l’œilleton que l’on détache d’un pié d’artichaud. (D. J.)

Talon, (Conchyl.) ce mot se dit de la partie la plus épaisse d’une moule, faite en forme de bec, où est la charniere. (D. J.)

Talon, s. m. (Archit.) moulure concave par le bas, & convexe par le haut, qui fait l’effet contraire de la doucine ; on l’appelle talon renversé, lorsque la partie concave est enhaut. (D. J.)

Talon, (Marine.) c’est l’extrémité de la quille, vers l’arriere du vaisseau, du côté qu’elle s’assemble avec l’étambord.

Talon de rode, terme de Galere ; c’est le pié de la rode de proue ou de la rode de pouppe qui s’enchâsse à la carene.

Talon, (terme de Cordonnier.) ce sont plusieurs petits morceaux de cuir collés & chevillés les uns sur les autres, qu’on attache au bout du soulier ou de la botte, pour répondre à la partie du pié de l’homme qu’on nomme le talon. (D. J.)

Talon de potence, terme d’Horlogerie. Voyez Potence, & les fig. de l’Horlogerie, & leur explication.

Talon, (Jardinage.) se dit d’un artichaut, & exprime la partie basse d’une branche d’arbre où il se trouve un peu du bois de l’année précédente. Ce sont ces branches que l’on prend pour planter, & que l’on appelle boutures.

Talons, (Lutherie.) dans l’orgue, sont de petits morceaux de bois (a, o, fig. 17.), collés les uns comme a sur les touches du clavier inférieur, les autres o au-dessus du clavier inférieur. Ces petits morceaux de bois sont faits en console, comme on le peut voir dans la figure : lorsque l’on a tiré le second clavier sur le premier, les talons, rencontrant ceux du clavier inférieur au-dessus desquels ils sont alors ; si donc l’organiste abaisse une touche du clavier supérieur, le talon de cette touche rencontrant celui de la touche correspondante du clavier inférieur, la fera baisser en même tems, ce qui fera parler les tuyaux qui répondent à cette touche.

Talon, en terme de Metteur en œuvre, c’est la partie inférieure de la brisure d’une bouche d’oreille, à l’extrémité de laquelle est attachée la beliere, à qui elle donne son nom. Voyez Belieres du talon.

Talon, (Serrur. & autres ouvriers en fer.) c’est, dans un pêne de serrure, l’extrémité qui est dans la serrure vers le ressort. Elle est derriere le pêne, & fait arrêt contre le cramponnet. Le talon sert de barbe pour le demi-tour, quand on le souhaite. (D. J.)

C’est, dans un couteau à ressort, la partie inférieure de la lame ; le talon est percé d’un trou où l’on passe un clou ; la lame tourne sur ce clou, & l’échancrure du talon va se placer sur la tête du ressort qui l’arrête.

Talons gros & petits, ou ébauchoirs de fer, dont se servent les Sculpteurs en plâtre & en stuc. Voyez Stuc, & Pl. de stuc.

Talon, (terme de Talonnier.) petit morceau de bois léger, propre, bien plané, qu’on met aux souliers & aux mules de femmes, & qui répond, quand elles sont chaussées, à la partie du pié qu’on appelle le talon. (D. J.)

Talon, (Vénerie.) le talon est au haut du pié du cerf ; il sert à distinguer son âge ; dans les jeunes, le talon est éloigné de quatre doigts des os ou ergots ; dans les vieux, il joint presque les os ; plus il est près, plus le cerf est vieux.

Talon, (Jeu de cartes.) c’est la portion de cartes qui reste après qu’on a distribué à chaque joueur celles qu’il doit avoir pour jouer.

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Étymologie de « talon »

Du latin talus (« cheville du pied », « talon », « osselet (pour jouer) », « dé »).
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Bourguig. taulon ; provenç. talo ; espagn. talon ; portug. talào ; ital. tallone ; d'une forme fictive talonem, dérivée du lat. talus, cheville du pied, talon, que les étymologistes dérivent de taxillus, osselet, comme ala de axilla.

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Phonétique du mot « talon »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
talon talɔ̃

Citations contenant le mot « talon »

  • Les seuls généraux qu'on doit suivre aux talons Ce sont les généraux des p'tits soldats de plomb. De Georges Brassens / Les deux oncles
  • L'idéaliste a la marche des orteils ; et le matérialiste a la marche des talons. Malcolm de Chazal, Sens plastique, Gallimard
  • Venez, esprits qui assistez les pensées meurtrières ! Du crâne au talon, remplissez-moi de toute la plus atroce cruauté ! De William Shakespeare / Macbeth
  • Si Dieu m'avait fait l'honneur de me consulter, je lui aurais conseillé de placer les rides des femmes sous le talon. De Ninon de Lenclos
  • Quand les talons claquent, l'esprit se vide. De Louis Hubert Lyautey
  • Quand les talons claquent à mon apparition, j'entends les cerveaux se fermer. De Louis Hubert Lyautey
  • Si les talons hauts étaient si merveilleux, les hommes en porteraient. De Sue Grafton
  • Les talons hauts ont été inventés par une femme que l'on embrassait toujours sur le front ! De Marcel Achard
  • La maîtrise de soi est de laisser cracher jusqu'à ce que la salive se tarisse, puis tourner les talons. De Moses Isegawa / Chroniques abyssiniennes
  • Les sots usent des gens d'esprit comme les petits hommes portent de grands talons. De Vauvenargues / Réflexions et maximes
  • Chaque dimanche est talonné de près par un lundi, quoi qu’on y fasse. De Hans Fallada / Quoi de neuf, petit homme
  • Quand je commence à me prendre au sérieux, je me sens comme un clown qui porterait des talons hauts. De Robin Williams
  • - J'ai l'estomac dans les talons. - On aimerait mieux avoir l'étalon dans l'estomac. De Raymond Queneau / Un dimanche de la vie
  • Je ne veux pas devenir comme ces vieilles dames qui continuent à mettre du rouge et des talons aiguilles pour rester avec les jeunes De Ettore Scola / Il Tempo, août 2011
  • Si l'on devait vivre éternellement, tout deviendrait monotone. C'est l'idée de la mort qui nous talonne. C'est la hantise et le désir de l'homme de laisser une trace indélébile de son éphémère passage sur cette terre qui donnent naissance à l'art. De Brassaï
  • Sold-out partout, les escarpins signés Amina Muaddi font l'unanimité. Un talent qui n'a pas échappé à Rihanna qui vient de recruter la jeune femme pour signer une première collection chez Fenty. Une page qui s'ouvre dans l'histoire de la nouvelle reine de la chaussure à talon. Rencontre. Madame Figaro, Qui est Amina Muaddi, la spécialiste des talons recrutée par Rihanna pour Fenty ? - Madame Figaro
  • Caroline Garcia a confié au Progrès qu'elle souffrait du talon gauche, ce qui l'a empêchée de participer à l'exhibition de Berlin cette semaine. Orange Sports, WTA : Garcia touchée au talon
  • Le talon semble moulé dans une coque pour plus de stabilité. Cette coque est dotée d’un renfort intérieur pour limiter les risques d’irritation. , Test Hoka Clifton Edge | Running4all
  • Les carottes sont cuites pour La République en Marche : il va falloir songer à tourner les talons. midilibre.fr, Jérôme Talon : "La République En Marche a été un boulet pour les municipales dans le Gard" - midilibre.fr
  • « L'opposition pense depuis le début du quinquennat que le talon d'Achille du président, c'est le régalien et les territoires, glisse un proche du chef de l'Etat. Or ce procès est plus compliqué depuis que Jean Castex est à Matignon. Et à la rentrée, on va dérouler un agenda régalien. » En septembre, un projet de loi sur le séparatisme sera dévoilé, débattu au parlement à la fin de l'année. leparisien.fr, Polémique sur les «incivilités» : le régalien, talon d’Achille du président Macron ? - Le Parisien

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Traductions du mot « talon »

Langue Traduction
Anglais heel
Espagnol tacón
Italien tacco
Allemand hacke
Chinois 脚跟
Arabe كعب
Portugais salto
Russe пятка
Japonais ヒール
Basque orpo
Corse taccu
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Synonymes de « talon »

Source : synonymes de talon sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « talon »

Talon

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