La langue française

Paître

Sommaire

Définitions du mot paître

Trésor de la Langue Française informatisé

PAÎTRE, verbe trans.

A. − [Le suj. désigne un animal et gén. un animal domestique]
1. [Un animal herbivore] Brouter sur pied et sur place (des végétaux, de l'herbe, des fruits tombés, etc.).
a) [Le compl. d'obj. dir. est exprimé] Des animaux de l'espèce du renne, qui ne paît que la mousse (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p.362).Un immense troupeau de moutons paissant l'herbe rase de ces hauteurs (Gide, Journal, 1930, p.1012):
1. Toutes les bêtes de la création, les biches, les caribous, les bisons, les chevreuils, les orignaux, sortoient de leur retraite pour paître les savanes. Chateaubr., Natchez, 1826, p.393.
b) Empl. abs. Mon petit mulet et nos chevaux, qui paissaient en liberté sur le bord du lac (Dusaulx, Voy. Barège, t.1, 1796, p.225).Quatre jeunes génisses paissaient, attachées en ligne, et meuglaient par moments vers la maison (Maupass., Contes et nouv., t.1, Vieux, 1882, p.131).
[Empl. à l'inf. derrière un auxil. à valeur factitive] Et la pauvre femme du comte était presque aussi pauvre que le bouvier qui menait paître ses troupeaux avant qu'ils eussent été emportés par une maladie (Murger, Nuits hiver, 1861, p.237).En bas, sur le bord de la route, une petite fille nu-pieds dans la poussière, faisait paître une vache (Flaub., Éduc. sent., t.2, 1869, p.161).
Au fig. Envoyer* paître qqn/qqc.
2. [Un animal faisant partie d'un autre ensemble] Manger. Les oisons, les grues, les poules paissent (Ac.1798-1878).Les corbeaux paissent la lisière nord du champ, les pies la lisière sud (Giraudoux, Suzanne, 1921, p.218).
Empl. pronom., vieilli. Se repaître. Les corbeaux se paissent de charogne (Ac.1798-1878).
B. − Vieilli et littér. [En emploi factitif, le suj. désignant celui qui élève ou qui a la garde d'un animal, d'animaux]
1. [un animal herbivore] Faire brouter, faire pâturer. Depuis dix ans cette pente ne produisait que des osiers et des flèches d'eau, il y avait à peine de quoi paître une vache (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p.47).Un troupeau de chèvres que paissait sans doute un berger (Gide, Journal, 1914, p.403):
2. Une petite fille qui paissait une chèvre blanche au bord du chemin se retourne, lâche sa corde, puis se sauve en criant. Ramuz, Derborence, 1934, p.140.
RELIG. [Dans la symbolique évangélique, le prêtre étant comparé à un pasteur ayant la garde d'un troupeau] Guider spirituellement, mener en salut. Le pontife romain (...) a reçu de Jésus-Christ, dans la personne de Saint-Pierre, une pleine puissance pour paître, régir et gouverner l'Église de Jésus-Christ (Lamennais, Religion, 1826, p.140).
P.iron. Pascal paissait quelques brebis scoutes, en montagne (H. Bazin, Lève-toi, 1952, p.210).
[P.allus. à la parole du Christ adressée à Saint-Pierre Pais mes brebis (Jean XXI, 16)] :
3. ... cette cité, −aux parties de laquelle le baptême imprime ici-bas la marque de l'incorporation effective, et à laquelle tous les hommes sont faits pour être incorporés, −a pour chef invisible Jésus-Christ, pour chef visible celui qui a reçu du Christ la charge de paître ses brebis... Maritain, Primauté spirit., 1927, p.16.
[Dans un cont. métaph.] Quand solitaire au sourire de pâtre, Je pais longtemps, moutons mystérieux, Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes (Valéry, Charmes, 1922, p.149).
2. [un animal faisant partie d'un autre ensemble] FAUCONN. Donner à manger. Paître un oiseau (Ac.).
REM.
Paissant, -ante, part. prés. adj.Mais l'homme bientôt trouva Un autre moyen de manger que de se nourrir des bêtes paissantes, les ayant égorgées (Claudel, Violaine, 1901, I, p.588).Hérald. [En parlant d'un animal] Qui est représenté ayant la tête baissée comme s'il paissait (d'apr. Past. Hérald. 1979).
Prononc. et Orth.: [pε(:)tʀ ̭], (il) paît [pε]. Ac. 1694, 1718: paistre; dep. 1740: paître. Étymol. et Hist.I. Trans. A. Donner à manger à, nourrir 1. ca 1050 une personne (St Alexis, éd. Chr. Storey, 220, 247); fig. a) ca 1170 de joie paüz (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 6138); 1176 (Id., Cligès, éd. A. Micha, 4336: Cil seus moz la sostient et peist Et toz ses max li asoage. D'autre mes ne d'autre bevrage Ne se quiert pestre n'abevrer; Car quant avint au dessevrer, Dist Cliges qu'il estoit toz suens); b) id. peistre ses ialz de + inf. (Id., op. cit., 585); ca 1200 paistre ses ex de larmes (Jean Renart, Escoufle, éd. F. Sweetser, 5278); c) ca 1200 paistre [aucun] de blanches paroles «tromper, leurrer» (Renart, éd. M. Roques, 10117); 1269-78 id. de paroles (Jean de Meun, Rose, éd. R. Lecoy, 14395); 2. un animal a) ca 1160 paistre les oisels (Eneas, 5700 ds T.-L.; id. paistre un cerf (id., 3534, ibid.); b) ca 1200 «conduire des animaux au pâturage pour qu'ils s'y nourrissent» paistre les pors; paistre la herde de ses berbiz (Dialoge Grégoire éd. W. Foerster, 62, 18; 146, 20); c) 1erquart xiiies. fig. paistre les öeilles sens spirituel (Renclus de Molliens, Carité, 63, 2 ds T.-L.), cf. xvies. Anon., tr. Bullinger, I, 18, p.211 ds Hug.: Je susciterai sur mes brebis teur qui les paistra: asavoir mon serviteur David). B. Brouter, pâturer 1remoitié xiies. (Psautier de Cambridge, 79, 13 ds T.-L.: les bestes del champ pöurent icele [vigne de Egipte]); 1174-76 peistre herbe (en parlant d'un boeuf) (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, 1330, ibid.). II. Intrans. brouter, pâturer 1. 1119 (d'une chèvre) (Philippe de Thaon, Comput, 1428 ds T.-L.); ca 1140 (de boeufs) (Voyage de Charlemagne, éd. P.Aebischer, 318); 1169-78 mener pestre [les berbiz] (Jean de Meun, op. cit., 19965); 1544 part. prés. adj. chevres paissantes (L'Arcadie de Sannazar, trad. J. Martin, 68 vod'apr. H. Vaganay ds R. Ét. rab. t.9, p.314); 2. fig. a) 1174-76 faire pestre [aucun] od sei «attirer (quelqu'un) dans son camp par des promesses illusoires» (Guernes de Pont-Ste-Maxence, op. cit., 867 ds T.-L.); 1178 faire petre [aucun] «tromper» (Renart, 3280); b) 1456-67 chasser paistre «renvoyer, congédier» (Cent nouvelles nouvelles, éd. F. Sweetser, 68e, 31); 1461 envoyer paistre (Villon, Testament, éd. J. Rychner, 552). III. Se nourrir 1. en parlant d'une personne a) 1155 (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 1996); b) 1176-81 fig. soi pestre de son panser (Chrétien de Troyes, Charrette, éd. M. Roques, 1361); 1228 soi pestre en esgarder (Jean Renart, Guillaume de Dole, éd. F. Lecoy, 5459); 2. 1168-78 en parlant d'un animal (Jean de Meun, op. cit., 17781). Du lat. pascere «mener paître, faire paître; nourrir, entretenir», fig. «faire croître, développer; repaître, réjouir», empl. poét. «brouter, paître». Fréq. abs. littér.: 51.
DÉR.
Paissance, subst. fém.,dr. forestier. Action de faire paître des animaux domestiques sur un terrain communal, généralement sans droit explicite. Animaux trouvés en paissance dans un peuplement (Cap.1936). [pεsɑ ̃:s]. 1reattest. fin xiiies. [ms.] «nourriture» (Renclus de Molliens, Carité, éd. van Hamel, 168, 8, var.); relevé par la lexicogr. du xixes. comme terme de dr. forestier; du part. prés. de paître, suff. -ance*.
BBG.Chautard Vie étrange Arg. 1931, p.659. _Lanly (A.). Morphol. hist. des verbes fr. Paris, 1977, pp.248-249.

Trésor de la Langue Française informatisé

PAÎTRE, verbe trans.

A. − [Le suj. désigne un animal et gén. un animal domestique]
1. [Un animal herbivore] Brouter sur pied et sur place (des végétaux, de l'herbe, des fruits tombés, etc.).
a) [Le compl. d'obj. dir. est exprimé] Des animaux de l'espèce du renne, qui ne paît que la mousse (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p.362).Un immense troupeau de moutons paissant l'herbe rase de ces hauteurs (Gide, Journal, 1930, p.1012):
1. Toutes les bêtes de la création, les biches, les caribous, les bisons, les chevreuils, les orignaux, sortoient de leur retraite pour paître les savanes. Chateaubr., Natchez, 1826, p.393.
b) Empl. abs. Mon petit mulet et nos chevaux, qui paissaient en liberté sur le bord du lac (Dusaulx, Voy. Barège, t.1, 1796, p.225).Quatre jeunes génisses paissaient, attachées en ligne, et meuglaient par moments vers la maison (Maupass., Contes et nouv., t.1, Vieux, 1882, p.131).
[Empl. à l'inf. derrière un auxil. à valeur factitive] Et la pauvre femme du comte était presque aussi pauvre que le bouvier qui menait paître ses troupeaux avant qu'ils eussent été emportés par une maladie (Murger, Nuits hiver, 1861, p.237).En bas, sur le bord de la route, une petite fille nu-pieds dans la poussière, faisait paître une vache (Flaub., Éduc. sent., t.2, 1869, p.161).
Au fig. Envoyer* paître qqn/qqc.
2. [Un animal faisant partie d'un autre ensemble] Manger. Les oisons, les grues, les poules paissent (Ac.1798-1878).Les corbeaux paissent la lisière nord du champ, les pies la lisière sud (Giraudoux, Suzanne, 1921, p.218).
Empl. pronom., vieilli. Se repaître. Les corbeaux se paissent de charogne (Ac.1798-1878).
B. − Vieilli et littér. [En emploi factitif, le suj. désignant celui qui élève ou qui a la garde d'un animal, d'animaux]
1. [un animal herbivore] Faire brouter, faire pâturer. Depuis dix ans cette pente ne produisait que des osiers et des flèches d'eau, il y avait à peine de quoi paître une vache (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p.47).Un troupeau de chèvres que paissait sans doute un berger (Gide, Journal, 1914, p.403):
2. Une petite fille qui paissait une chèvre blanche au bord du chemin se retourne, lâche sa corde, puis se sauve en criant. Ramuz, Derborence, 1934, p.140.
RELIG. [Dans la symbolique évangélique, le prêtre étant comparé à un pasteur ayant la garde d'un troupeau] Guider spirituellement, mener en salut. Le pontife romain (...) a reçu de Jésus-Christ, dans la personne de Saint-Pierre, une pleine puissance pour paître, régir et gouverner l'Église de Jésus-Christ (Lamennais, Religion, 1826, p.140).
P.iron. Pascal paissait quelques brebis scoutes, en montagne (H. Bazin, Lève-toi, 1952, p.210).
[P.allus. à la parole du Christ adressée à Saint-Pierre Pais mes brebis (Jean XXI, 16)] :
3. ... cette cité, −aux parties de laquelle le baptême imprime ici-bas la marque de l'incorporation effective, et à laquelle tous les hommes sont faits pour être incorporés, −a pour chef invisible Jésus-Christ, pour chef visible celui qui a reçu du Christ la charge de paître ses brebis... Maritain, Primauté spirit., 1927, p.16.
[Dans un cont. métaph.] Quand solitaire au sourire de pâtre, Je pais longtemps, moutons mystérieux, Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes (Valéry, Charmes, 1922, p.149).
2. [un animal faisant partie d'un autre ensemble] FAUCONN. Donner à manger. Paître un oiseau (Ac.).
REM.
Paissant, -ante, part. prés. adj.Mais l'homme bientôt trouva Un autre moyen de manger que de se nourrir des bêtes paissantes, les ayant égorgées (Claudel, Violaine, 1901, I, p.588).Hérald. [En parlant d'un animal] Qui est représenté ayant la tête baissée comme s'il paissait (d'apr. Past. Hérald. 1979).
Prononc. et Orth.: [pε(:)tʀ ̭], (il) paît [pε]. Ac. 1694, 1718: paistre; dep. 1740: paître. Étymol. et Hist.I. Trans. A. Donner à manger à, nourrir 1. ca 1050 une personne (St Alexis, éd. Chr. Storey, 220, 247); fig. a) ca 1170 de joie paüz (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 6138); 1176 (Id., Cligès, éd. A. Micha, 4336: Cil seus moz la sostient et peist Et toz ses max li asoage. D'autre mes ne d'autre bevrage Ne se quiert pestre n'abevrer; Car quant avint au dessevrer, Dist Cliges qu'il estoit toz suens); b) id. peistre ses ialz de + inf. (Id., op. cit., 585); ca 1200 paistre ses ex de larmes (Jean Renart, Escoufle, éd. F. Sweetser, 5278); c) ca 1200 paistre [aucun] de blanches paroles «tromper, leurrer» (Renart, éd. M. Roques, 10117); 1269-78 id. de paroles (Jean de Meun, Rose, éd. R. Lecoy, 14395); 2. un animal a) ca 1160 paistre les oisels (Eneas, 5700 ds T.-L.; id. paistre un cerf (id., 3534, ibid.); b) ca 1200 «conduire des animaux au pâturage pour qu'ils s'y nourrissent» paistre les pors; paistre la herde de ses berbiz (Dialoge Grégoire éd. W. Foerster, 62, 18; 146, 20); c) 1erquart xiiies. fig. paistre les öeilles sens spirituel (Renclus de Molliens, Carité, 63, 2 ds T.-L.), cf. xvies. Anon., tr. Bullinger, I, 18, p.211 ds Hug.: Je susciterai sur mes brebis teur qui les paistra: asavoir mon serviteur David). B. Brouter, pâturer 1remoitié xiies. (Psautier de Cambridge, 79, 13 ds T.-L.: les bestes del champ pöurent icele [vigne de Egipte]); 1174-76 peistre herbe (en parlant d'un boeuf) (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, 1330, ibid.). II. Intrans. brouter, pâturer 1. 1119 (d'une chèvre) (Philippe de Thaon, Comput, 1428 ds T.-L.); ca 1140 (de boeufs) (Voyage de Charlemagne, éd. P.Aebischer, 318); 1169-78 mener pestre [les berbiz] (Jean de Meun, op. cit., 19965); 1544 part. prés. adj. chevres paissantes (L'Arcadie de Sannazar, trad. J. Martin, 68 vod'apr. H. Vaganay ds R. Ét. rab. t.9, p.314); 2. fig. a) 1174-76 faire pestre [aucun] od sei «attirer (quelqu'un) dans son camp par des promesses illusoires» (Guernes de Pont-Ste-Maxence, op. cit., 867 ds T.-L.); 1178 faire petre [aucun] «tromper» (Renart, 3280); b) 1456-67 chasser paistre «renvoyer, congédier» (Cent nouvelles nouvelles, éd. F. Sweetser, 68e, 31); 1461 envoyer paistre (Villon, Testament, éd. J. Rychner, 552). III. Se nourrir 1. en parlant d'une personne a) 1155 (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 1996); b) 1176-81 fig. soi pestre de son panser (Chrétien de Troyes, Charrette, éd. M. Roques, 1361); 1228 soi pestre en esgarder (Jean Renart, Guillaume de Dole, éd. F. Lecoy, 5459); 2. 1168-78 en parlant d'un animal (Jean de Meun, op. cit., 17781). Du lat. pascere «mener paître, faire paître; nourrir, entretenir», fig. «faire croître, développer; repaître, réjouir», empl. poét. «brouter, paître». Fréq. abs. littér.: 51.
DÉR.
Paissance, subst. fém.,dr. forestier. Action de faire paître des animaux domestiques sur un terrain communal, généralement sans droit explicite. Animaux trouvés en paissance dans un peuplement (Cap.1936). [pεsɑ ̃:s]. 1reattest. fin xiiies. [ms.] «nourriture» (Renclus de Molliens, Carité, éd. van Hamel, 168, 8, var.); relevé par la lexicogr. du xixes. comme terme de dr. forestier; du part. prés. de paître, suff. -ance*.
BBG.Chautard Vie étrange Arg. 1931, p.659. _Lanly (A.). Morphol. hist. des verbes fr. Paris, 1977, pp.248-249.

Wiktionnaire

Verbe

paître \pɛtʁ\ intransitif ou transitif 3e groupe (voir la conjugaison) (orthographe traditionnelle)

  1. Brouter l’herbe, la manger sur la racine, ou se nourrir de certains fruits tombés par terre, en parlant des animaux.
    • (Intransitif)[…] il allait probablement être réduit à l’expédient ordinaire des chevaliers errants, qui, en pareille occasion, laissaient leurs chevaux paître et se couchaient eux-mêmes sur la terre […]. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • (Intransitif)La laine est achetée soit dans les endroits où transhument les moutons, soit dans les endroits où ils paissent pendant la saison sèche. — (D. de Prat, Nouveau manuel complet de filature; 1re partie: Fibres animales & minérales, Encyclopédie Roret, 1914)
    • (Intransitif)Ils paissent sur des landes granitiques ou dans les dépressions plus humides des plateaux caussenards. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • (Transitif) Le sol, au pied des collines, se tapissait d’une herbe courte, que les rennes paissaient avec avidité, et qui devait les nourrir pendant l’hiver. — (Jules Verne, Le Pays des fourrures, J. Hetzel et Cie, Paris, 1873)
    • (Transitif)Deux ou trois chevaux qui n’avaient pas eu la velléité de fuir, paissaient tranquillement leurs pois grimpants. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • (Transitif)Une vache qui paissait l’herbe abroutie du talus, leva son mufle vers lui… — (Octave Mirbeau, Rabalan)
  2. (Poétique) (Soutenu) Faire paître, mener paître.
    • Allons voir le chevrier qui paît ses chèvres barbues. — (Pierre Louÿs, Les Aventures du roi Pausole, 1901)
    • Eh bien ! voilà Toine Balou, notre berger, qui s’en va paître ses moutons autour du bosquet de la Chapelle. — (Charles Deulin, Les Muscades de la Guerliche)
    • Est-ce la cabane des bûcherons […], ou celle des bergers qui paissent leurs chèvres exténuées sur ces pentes stériles? — (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842)
  3. (Figuré) (Rare) Conduire dans la religion.
    • Le curé de Melotte paissait depuis trente longues années le petit troupeau que le Seigneur, par l’intermédiaire de son archevêque, […], avait commis à sa garde. — (Louis Pergaud, Le Sermon difficile, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  4. (Fauconnerie) Donner à manger (à un oiseau).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PAÎTRE. (Ils paissent. Il paîtra. Qu'ils paissent.) v. tr.
Il se dit proprement des Animaux qui broutent l'herbe, qui la mangent sur la racine, ou qui se nourrissent de certains fruits tombés par terre. Les vaches, les moutons paissent l'herbe. Les cochons paissent le gland, la faîne dans les forêts. Il s'emploie aussi intransitivement. Mener paître des moutons. Faire paître ses chevaux dans un pré. Les mettre à paître dans un champ. Fig. et fam., Envoyer paître quelqu'un, Se débarrasser d'un importun.

PAÎTRE s'emploie quelquefois transitivement et signifie Faire paître, mener paître. Joseph et ses frères paissaient les troupeaux. Dans cette acception, il ne s'emploie guère qu'en poésie et dans le style soutenu. En termes d'Écriture sainte, Paissez mes agneaux, paissez mes brebis. En termes de Fauconnerie, Paître un oiseau, Lui donner à manger.

Littré (1872-1877)

PAÎTRE (pê-tr') v. a.

Je pais, tu pais, il paît, nous paissons, vous paissez, ils paissent ; je paissais ; point de passé défini ; je paîtrai ; je paîtrais ; pais, paissons ; que je paisse, que nous paissions ; point d'imparfait du subjonctif ; paissant, pu (usité seulement en fauconnerie) ; les deux temps qui manquent sont conservés dans le composé repaître.

  • 1Nourrir (ce qui est le sens premier du latin pascere, conservé seulement en termes de fauconnerie). Paître un oiseau, lui donner à manger.

    Fig. Mais la dame voulait paître encore ses yeux Du trésor qu'enfermait la bière, La Fontaine, Matr. d'Éphèse.

    Fig. Dans le langage de la religion. Il faut qu'un curé paisse les fidèles du pain de la parole.

    Paître la meule, amener, à l'aide d'une pelle, les olives sous le passage de la meule.

  • 2Mener des animaux dans les champs pour qu'ils y mangent (ce qui est le second sens de pascere). Il mènera son troupeau dans les pâturages, comme un pasteur qui paît ses brebis, Sacy, Bible, Isaïe, XL, 27. Ce grand homme [Moïse] …avait passé quarante ans à paître les troupeaux de son beau-père Jéthro, Bossuet, Hist. I, 3. Des pasteurs qui paissent les troupeaux de gros et de menu bétail, sans venir aux villages ni aux villes, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 482, dans POUGENS. Le dieu puissant des ondes, Dont il [Protée] paît les troupeaux dans les plaines profondes, Delille, Géorg. IV.

    Fig. Il faut un grand amour pour paître un grand troupeau, Fénelon, t. XVII, p. 166.

  • 3En parlant des animaux, brouter l'herbe, la manger sur racine, se nourrir de certains fruits tombés par terre (ce qui est le sens du latin pasci, déponent de pascere). Ils sont devenus semblables au foin qui se sèche dans les champs, aux herbages que paissent les troupeaux, et à cette herbe qui croît sur les toits, Sacy, Bible, Isaïe, XXXVIII, 27. La bique allant remplir sa traînante mamelle Et paître l'herbe nouvelle, La Fontaine, Fabl. IV, 15. L'herbe était amère, et les troupeaux qui la paissaient ne sentaient pas la joie qui les fait bondir, Fénelon, Tél. XVIII. Les pourceaux paissent le gland sous les chênes, Le P. Catrou, dans DESFONTAINES.

    Absolument. Hélas ! petits moutons, que vous êtes heureux ! Vous paissez dans nos champs, sans soucis, sans alarmes, Deshoulières, Idylle, les Moutons. La meilleure façon de conduire les dindons devenus forts, c'est de les mener paître par la campagne dans les lieux où abondent les orties et autres plantes de leur goût, Buffon, Ois. t. III, p. 204. Là paissent la génisse et le taureau superbe, Delille, Géorg. II.

    Fig. et familièrement. Envoyer paître, renvoyer avec colère, avec mépris. Vous me faites peur de votre vieille veuve qui se marie à un jeune homme ; c'est un grand bonheur de n'être point sujette à se coiffer de ces oisons-là ; il vaut mieux les envoyer paître, que de les y mener, Sévigné, 239. Les remèdes que j'ai faits n'ont servi qu'à empirer mon état, et je ne me trouve mieux que depuis que j'ai envoyé paître les remèdes et le médecin, D'Alembert, Lettre à Voltaire, 29 août 1764. Je donne des gages à un homme pour faire paître mon troupeau ; mais cela ne m'ôte pas le droit de le mener paître moi-même, et d'envoyer paître le berger si j'en suis mécontent, Voltaire, Quest. miracl. Lett. 10. Quand l'Agnelet, petit Cotin champêtre, Dans son grenier rimaillant sous un hêtre, Nous peint la chèvre et ce qu'elle a brouté, Au pâturage on voit qu'il a goûté, Et désir vient de l'y renvoyer paître, Lebrun, Épigr. I, 82.

    Envoyer paître quelque chose, s'en débarrasser. Si je croyais mon cœur, j'enverrais paître toutes mes petites affaires, et m'en irais à Grignan, Sévigné, 21 août 1675.

  • 4 V. n. En termes de fauconnerie, manger, en parlant de l'oiseau. Un faucon qui a pu.
  • 5Se paître, v. réfl. Se nourrir. Les corbeaux se paissent de charogne. Et le corps ne se paît aux banquets de la Muse, Régnier, Sat. III. Les princes qui prennent, pour ainsi dire, l'Église sans se donner à elle, sont pour elle de grands fardeaux… ils ne paissent point le troupeau, c'est du troupeau qu'ils se paissent eux-mêmes, Fénelon, Sacre de l'élect. de Cologne, II, 2.

    Fig. Où les désirs comme vautours Se paissent de sales rapines, Malherbe, VI, 10.

    Fig. Se paître d'imaginations, de chimères, entretenir son esprit de choses vaines.

    On dit plus souvent : se repaître.

    Se paître de vent, se complaire aux louanges.

HISTORIQUE

XIIe s. Palefrois ne chevaus L'erbe sanglante ne paist par ces terraus, Ronc. p. 149. Mangiers à l'anrme [âme] est estre poüte des esgars de la sovraine lumiere, Job, p. 470. Li boef aroient, et les alnesses paissoient, ib. 499.

XIIIe s. S'il nos faut faire et otriier par force chose que nous ne doions, en non Dieu, la force paist le pré [la faux tond le pré], et on doit moult faire pour issir hors de prison, H. de Valenciennes, XIX. Et quant Renart fu bien peüz, Ren. 3992. Renart fet tot le monde pestre ; Renart atrait, Renart acole, Renart est de moult male escole, ib. 6478. Ele [la pensée] me paist et replenist De joie et de bonne aventure, la Rose, 2466. Lor maris et lor parentés Sevent bien de paroles pestre, ib. 14627. Car povre n'a dont s'amor pesse, Si cum Ovide le confesse, ib. 8023. Tu vodras moult ententis [attentif] estre à tes yex [yeux] saouler et pestre, ib. 2349. Et li ami as enfans requirent au conte, que Pierres… fust contrains à paistre et à vestir les enfans, Beaumanoir, XV, 6. Mondes, tu pais ceus que tu tiens D'une viande qui les tue, Les vers du monde.

XIVe s. Et tels sont ceulx qui se paissent ou menjuent du gaing des folles femmes incontinentes, Oresme, Eth. 111.

XVe s. Le roy d'Angleterre ne respondit riens… et entendit à ses fauconniers, et meit un faucon sur son poing, et oubliant tout en le paissant, Froissart, liv. IV, p. 348, dans LACURNE. Mais est abesté li bon homme, et paist d'herbe, et est transfiguré en une beste sans enchantement, Les 15 joyes du mariage, p. 116, dans LACURNE. Mon cueur, il me faut estre mestre à ma foiz, aussi bien que vous… Trop longuement m'avez fait pestre, Et toujours tenir au dessous, Orléans, Rondel 36. Si s'avisa après à chef, qu'il la chasseroit paistre hors d'avec lui, Louis XI, Nouv. LXVIIII.

XVIe s. Puisque voulez en sa prairie paistre, Marot, I, 271. En cette leçon l'ame treuve où mordre, et où se paistre, Montaigne, I, 174. Mon appetit est accommodable à toutes choses de quoy on se paist, Montaigne, I, 184. Si tu es un dieu fier qui te paisses de chair et de sang, mange les, Montaigne, I, 229. Vain espoir qui de vent nous vient paistre, Ronsard, 1.

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Étymologie de « paître »

Bourg. pâtre, poître ; prov. pascer, paiscer ; anc. cat. peixer ; esp. pacer ; port. pascer ; ital. pascere ; du lat. pascere, forme inchoative du radical sanscrit pā, nourrir.

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(Date à préciser) Du latin pascere, qui donna d’abord paistre (vers 1050).
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Phonétique du mot « paître »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
paître paitr

Citations contenant le mot « paître »

  • Il ne faut pas craindre de laisser notre esprit paître un peu, chaque jour, des herbes narcotiques dans les champs illimités du rêve. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • Des imprudentes ont même envoyé paître leur soutien-gorge, en oubliant que les seins aussi obéissent à la pesanteur. De Paul Guth / Lettres à votre fils qui en a ras-le-bol
  • On peut éprouver ses habitudes. On peut les varier, les nuancer, les envoyer paître, les perdre, les renouveler. De Suzanne Paradis / Emmanuelle en noir
  • Tous les pasteurs n'emmènent pas leur brebis paître vers les sommets de l'esprit. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
  • Du bétail mis à paître illégalement dans des zones protégées de la forêt amazonienne brésilienne s’est retrouvé dans la chaîne d’approvisionnement de JBS, la plus grande entreprise de transformation de viande au monde , a déclaré Amnesty International le 15 juillet dans un rapport de 70 pages intitulé From forest to farmland. , Brésil. Du bétail mis à paître illégalement en Amazonie a été retrouvé dans la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise de transformation de viande JBS | Amnesty International
  • Abandonner son troupeau ? Trouver un autre boulot ? Tout envoyer paître ? Pour Stijn, c'est NO WAY. Il se battra jusqu'au bout, contre vents, marées et loi du marché. Et il n'est pas seul. , « No way »: synopsis
  • C’est aux alentours de 8 heures, ce lundi 27 juillet 2020, que les pompiers sont intervenus. Des agriculteurs voisins leur ont prêté main-forte. Aidés d’une tractopelle et de treuils, les bovins sont tous revenus sur la terre ferme, non sans difficulté. Une bête, en gestation, s’est ainsi retrouvée enlisée 200 mètres en aval de la rivière par rapport au reste du troupeau. L’animal a donné du fil à retordre aux sauveteurs. Une fois remontée sur les berges, visiblement fatiguée par sa baignade forcée, elle est retournée paître tranquillement. « On ne sait pas exactement comment les vaches se sont retrouvées dans la Sée. Sûrement une bête qui a lancé le mouvement. Mais elles sont toutes saines et sauves », explique Christian Gaillard, adjoint à la mairie de Marcey-les-Grèves. , Quatorze vaches tombent dans une rivière à Marcey-les-Grèves - Redon.maville.com
  • « Force est de constater que JBS contrôle uniquement les exploitations finales auxquelles elle achète la viande et non celles où ce bétail a pu paître auparavant. Comme l’ont montré nos recherches, dans plusieurs affaires en 2019, cela concernait du bétail mis à paître sur des exploitations illégales dans des zones déforestées de la forêt tropicale amazonienne protégée. , Brésil. Le transformateur de viande JBS se sert d’audits pour affirmer que sa chaîne d’approvisionnement en Amazonie est respectueuse, ce qui déplaît fortement à l’auditeur | Amnesty International
  • Nicolas et Sandie Tumbarello résident avec leurs deux enfants Enzo et Arwen dans le hameau des Mourèdes. Maraîchers en couple depuis plus de dix ans, ils ont décidé au début de l’année de se reconvertir. Ils ont constitué un élevage de 20 chèvres productrices, d’espèces différentes, que Pierre mène paître en plein air cinq heures par jour. Sandie, titulaire d’un bac professionnel de gestion animale, a suivi un stage de spécialisation à Pradel. La mise en place des mesures de confinement a coïncidé avec le début de leur installation, ce qui n’a pas facilité la mise en route de leur projet. Néanmoins, depuis quelques semaines, ils sont heureux de pouvoir enfin commercialiser leur production sur les marchés de Malbosc, le dimanche et de Saint-Paul-le-Jeune le vendredi. midilibre.fr, Les fromages de chèvres de Sandie aux marchés - midilibre.fr
  • Résultat, les brebis se retrouvent parfois à paître au plus près des habitations et de leurs prédateurs. Les conflits d'usage entre riverains et associations pastorales sont donc fréquents et aboutissent parfois à des situations critiques.  France Bleu, VIDÉO - Dans le Lot, le "fléau" des chiens errants qui s'attaquent aux troupeaux de brebis

Images d'illustration du mot « paître »

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Traductions du mot « paître »

Langue Traduction
Anglais graze
Espagnol pacer
Italien pascolare
Allemand grasen
Chinois 轻擦
Arabe خدش
Portugais pastar
Russe клевок
Japonais こする
Basque bazkatzen
Corse pastu
Source : Google Translate API

Synonymes de « paître »

Source : synonymes de paître sur lebonsynonyme.fr
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