La langue française

Nymphe

Définitions du mot « nymphe »

Trésor de la Langue Française informatisé

NYMPHE, subst. fém.

A. − MYTH. GR. et ROM. Divinité féminine secondaire personnifiant les forces vives de la nature, qui hantait les eaux, les bois et les montagnes, et qui est représentée sous la forme d'une gracieuse jeune fille. Nymphe bocagère, champêtre, farouche, timide; nymphe d'un fleuve; choeur, troupe de nymphes; nymphe des arbres (dryade, hamadryade); nymphe des sources, des rivières (naïade); nymphe des bois et des montagnes (oréade); nymphe de la mer (néréide). Là j'épie à loisir la nymphe blanche et nue, Sur un banc de gazon mollement étendue (Chénier, Bucoliques, 1794, p.32).Et vers vous, nymphe, nymphe, ô nymphe des fontaines, Je viens au pur silence offrir mes larmes vaines (Valéry, Alb. vers anc., 1900, p.82).J'aimai la nymphe Egérie qui inspirait à Numa, dans une grotte, au bord d'une fontaine, des lois sages (A. France,Pt Pierre, 1918, p.249).V. faune1ex. de Musset, Hugo et Rimbaud, hamadryade ex. de Durry, napée ex. de Valéry:
. Les satyres ont poursuivi dans les bois Les pieds légers des oréades. Ils ont chassé les nymphes sur les montagnes, Effarouché leurs sombres yeux, Saisi leurs chevelures comme des ailes... Louïs, Aphrodite, 1896, p.25.
P. méton. OEuvre d'art, statue représentant une nymphe sous la forme d'une femme nue, demi-nue. Les nymphes de marbre sous les marronniers (A. France, Lys rouge, 1894, p.22).Les Grecs ont à leur proue des nymphes sculptées gigantesques (Giraudoux, Guerre Troie, 1935, p.124).
[P. réf. à la beauté de la nymphe] Beauté, grâce, formes de nymphe. Notre voisine a de beaux yeux bleus, des cheveux blonds fins comme de la soie, une taille de nymphe et une main charmante (Karr, Sous tilleuls, 1832, p.81).
Cuisse* de nymphe.
B. − Littér. Jeune fille, jeune femme gracieuse et bien faite. La belle danseuse Bastienne, nymphe superbe et paisible, requérait aussi de son couturier une triple mousseline sur sa gorge pour une robe de dîner (Colette, Entrave, 1913, p.10).
P. plaisant. Jeune fille, femme attachée à un lieu, à une fonction ou ayant un comportement ou des ressemblances avec une nymphe. La nymphe des lieux. La nymphe de l'endroit [la servante], tablier blanc, les mains ruisselantes, remplit à la mesure voulue les verres qu'on lui tend (A. Daudet, N. Roumestan, 1881, p.193).Élisa nymphe des tuyaux et des vannes Cessant d'arroser (Mallarmé, Vers de circonst., 1898, p.103).Éprouver, à l'ombre de la meule, la complaisance d'une nymphe rustique que l'air chaud enivre (Adam, Enf. Aust., 1902, p.263).
C. − ANAT., gén. au plur. Replis membraneux placés de chaque côté de l'orifice vaginal sous les grandes lèvres. Synon. petites lèvres.Deux espèces de petites lèvres appelées nymphes, parce qu'on leur a attribué l'usage de diriger le jet de l'urine, qui (...) bordent la moitié supérieure de la vulve en-dedans des grandes lèvres (Cuvier, Anat. comp., t.5, 1805, p.122).
D. − ENTOMOL. Insecte arrivé au deuxième stade de son évolution au cours duquel il passe de l'état de larve à celui d'insecte parfait. Synon. pupe.Son âge premier [de l'insecte] (celui de larve) dure longtemps, et celui de nymphe, enfin son troisième âge, durent généralement très-peu (Michelet, Insecte, 1857, p.56).Dans les métamorphoses de la larve en nymphe et en insecte parfait (...) il n'y a pas de ligne de démarcation tranchée entre l'instinct de l'animal et le travail organisateur de la matière vivante (Bergson, Évol. créatr., 1907, p.140).
Nymphe (des lépidoptères). Synon. chrysalide.V. anatomie ex. 2.
REM.
Nymphatique, adj.,p.plaisant. [Sur le modèle de lymphatique, en parlant du tempérament] Porté vers les nymphes. Tu [Pluton] fais semblant de croire que le bonheur se trouve près des Grâces et des Nymphes, toi!... Ce n'est pas mon avis, à moi!... Il paraît que je [Jupiter] ne suis pas d'une nature nymphatique! (Crémieux, Orphée, 1858, I, 4, p.38).
Prononc. et Orth.: [nε ̃:f]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 2emoitié xiies. «divinité des fleuves, des bois ou des montagnes, représentée sous les traits d'une jeune fille, dans la mythologie» (Narcisse, éd. M. Thiry-Stassin et M. Tyssens, 677); b) 1630 «fille galante» (A. d'Aubigné, Les Avantures du Baron de Faeneste, II, XVIII ds OEuvres, éd. Réaume et de Caussade, t.2, p.473); 2. 1599 anat. (Hornkens, Recueil de dict. françoys, espaignolz et latins); 3. 1682 «larve d'insecte» (Journal des Savants, p.208); 4. 1780 nymphe de Ternate «espèce de martin-pêcheur» (Buffon, Hist. nat. des oiseaux, t.7, p.197). Empr. au lat. nympha, lui-même empr. au gr. ν υ ́ μ φ η «divinité», «jeune fille ou jeune femme», en anat. «clitoris» et «chrysalide de l'insecte». Fréq. abs. littér.: 851. Fréq. rel. littér: xixes.: a)1724, b) 1873; xxes.: a) 1145, b) 455.
DÉR. 1.
Nymphal, -ale, -aux, adj.[Correspond à nymphe D] , entomol. Qui se rapporte à la nymphe des insectes. État, stade nymphal; enveloppe nymphale. Ces mues (...) divisent (...) la vie de l'animal en trois périodes: la période larvaire, la période nymphale (E. Perrier, Zool., t.2, 1897, p.1402). [nε ̃fal], masc. plur. [-o]. 1resattest. a) 1530 «de nymphe (divinité)» (Le Venite des prisonniers du Chastelet de Paris ds Recueil de poésies fr., éd. A. de Montaiglon et J. de Rothschild, t.11, p.255), b) 1897 «qui concerne la nymphe des insectes» (E. Perrier, loc. cit.); de nymphe, suff. -al*.
2.
Nymphette, subst. fém.Très jeune fille au physique attrayant, au charme trouble et provocant provenant de son immaturité. Il advient parfois que de jeunes vierges, entre les âges limites de neuf et quatorze ans, révèlent à certains voyageurs ensorcelés, qui comptent le double ou le quintuple de leur âge, leur nature véritable (...) ce sont des créatures élues que je me propose de désigner sous le nom générique de «nymphettes» (V. Nabokov, Lolita, trad. par E. H. Kahane, Paris, Gallimard, 1973 [1959], p.27). [nε ̃fεt]. 1reattest. a) 1512 «petite nymphe» (J. Lemaire de Belges, 1reEpitre de l'Amant Verd ds OEuvres, éd. J. Stecher, t.3, p.12: les Fees et Nymphettes) −1611 (Cotgr.), répertorié par Guérin 1892, b) 1959 (V. Nabokov, loc. cit.); de nymphe, suff. -ette (-et*); au sens b de l'angl. nymphet (Nabokov, Lolita, 1955 ds NED Suppl.2).
BBG.Hasselrot (B.). Pt Suppl. de dimin. fr. St neophilol. 1959, t.31, p.38 (s.v. nymphette).

Wiktionnaire

Nom commun 1

nymphe \nɛ̃f\ féminin

  1. (Mythologie) Divinité féminine grecque d’un rang inférieur qui hante les fleuves, les sources, les bois, les montagnes, les prairies, les mers, etc., et personnifie les forces vives de la nature.
    • Les voilà qui m’entourent ; les voilà qui me contemplent ; les voilà qui me disent en leurs provocations : « Jeune dieu d’Amour, enseigne aux nymphes bocagères la mollesse et le désir, l’inconstance et la passion, le sourire et le sérieux. » — (Jules Janin, La Fin d’un monde et du neveu de Rameau, E. Dentu, Paris, 1873, p. 49)
    • Ô nymphe, ô source antique aux froides transparences ! — (Jean Lorrain, Les Nymphes)
  2. (Poésie) Belle jeune fille ou jeune femme.
    • Nous eûmes hier un joli concert suivi d’un bal : on ne connaît ici que le menuet. J’eus le plaisir d’en danser plusieurs avec une Portugaise charmante de seize ans et demi : elle a une taille de nymphe, une physionomie piquante, et la grâce plus belle encore que la beauté, on la nomme Dona Theresa. — (Évariste de Parny, « Lettre à son frère, de Rio-Janéiro, septembre 1773 », dans le recueil Œuvres d’Évariste Parny, tome 1, Debray, impr. Didot l’aîné, Paris, 1808, p. 213)
    • Le visage couvert de riches éphélides,
      Une nymphe endormie en offrant ses beaux seins,
      D’une main martelée à la perle d’airain,
      Rejoint l’éternité sous des soleils torrides.
      — (Francis Étienne Sicard, « La Nymphe » dans Lettres de soie rouge, 2011)
  3. (Ironique) Jeune fille ou jeune femme attachée à un lieu, à un rôle, à une fonction.
    • Sur les deux mâles, l’un rempilait comme adjudant au 55e de ligne, en Avignon, cité des Papes et des punaises, et cueillait une flamboyante vérole parmi les nymphes de la rue des Grottes. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 27)
  4. (Entomologie) Stade de métamorphose d’un insecte, intermédiaire entre l’état de larve et celui d’imago.
    • La pupe est formée par la dernière exuvie larvaire rétractée qui constitue un puparium chitinisé, dur et résistant. La pupe enferme la nymphe et ne permet pas de distinguer les parties de l’imago. — (P. Pesson & ‎Jean Louveaux, Pollinisation et productions végétales, Éditions Quae, 1984, note bas de p. 52)
  5. (Anglicisme) (Sens non classique) Larve âgée du puceron dont les ébauches des ailes sont déjà développées.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  6. (Anatomie) (au pluriel) Petites lèvres, replis membraneux de chaque côté de l’orifice vaginal sous les grandes lèvres de la vulve.
    • On ne coupe rien aux filles Turques dans la circoncision, mais en Perse on leur coupe les nymphes. — (Joseph Pitton de Tournefort, Relation d’un voyage du Levant, fait par ordre du Roy, vol. 2, 1717, page 331)

Nom commun 2

nymphe \nɛ̃f\ féminin

  1. (Entomologie) Une espèce d’insecte lépidoptère (papillon) de nuit de la famille des noctuidés (Noctuidae) dont le dos des ailes est de couleur brune avec des bandes foncées et du jaune sur les ailes postérieures.
    • La chenille de la nymphe se nourrit sur le chêne vert ou le chêne liège.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

NYMPHE. n. f.
Chacune des divinités secondaires qui, suivant la mythologie grecque et romaine, habitaient les fleuves, les sources, les bois, les montagnes et les prairies. Les nymphes des bois, des eaux. Elle a une taille de nymphe se dit d'une Jeune fille, d'une jeune femme dont la taille est élégante et fine. En Histoire naturelle, il se dit d'un Insecte dans le degré de ses métamorphoses qui est intermédiaire entre l'état de larve et celui d'insecte parfait. On dit plutôt Chrysalide.

Littré (1872-1877)

NYMPHE (nin-f') s. f.
  • 1Dans le polythéisme gréco-latin, divinité des fleuves, des bois, des montagnes. Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse, C'est une nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse, Boileau, Art p. III. Une corneille, dit Hésiode, vit neuf fois autant qu'un homme ; un cerf, quatre fois autant qu'une corneille ; un corbeau, trois fois autant qu'un cerf ; le phénix, neuf fois autant qu'un corbeau ; et les nymphes enfin, dix fois autant que le phénix, Fontenelle, Oracl. I, 6. Tantôt, quand d'un ruisseau, suivi dès sa naissance, La nymphe aux pieds d'argent a sous de longs berceaux Fait serpenter ensemble et mes pas et ses eaux, Chénier, Élég. XVI. Et les nymphes des bois, des sources, des montagnes, Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil, Répétèrent hélas ! autour de son cercueil, Chénier, ib. XX.
  • 2En poésie, jeune fille belle et bien faite. C'est une nymphe. Une nymphe en habit de reine, Belle, majestueuse et d'un regard charmant, Vint s'offrir tout d'un coup aux yeux du pauvre amant Qui rêvait alors à sa peine, La Fontaine, Petit chien.

    Elle a une taille de nymphe, se dit d'une jeune personne dont la taille est élégante et légère. Madame la Dauphine avait une fille d'honneur jolie comme le jour, et faite comme une nymphe, Saint-Simon, 39, 197.

  • 3 Fig. Courtisane, femme galante. Avouez le vrai, ce n'est pas ce qui vous tient ; vous ne sauriez quitter vos nymphes, amenons l'innocente avec nous : je crois que vous ne vous souciez plus guère de l'autre, Retz, Mém. t. II, liv. 3, p. 100, dans POUGENS. Car du métier de nymphe me couvrir, On n'en est plus dès le moment qu'on aime, La Fontaine, Courtis. Quelques embrassades et autres menues licences qui furent si bien reçues de la nymphe…, Duclos, Œuv. t. X, p. 42. À la vérité, on le chicane [le ministre] sur l'emploi de ces neuf cents millions [du budget] ; le meilleur usage qu'il en pût faire, ce serait, selon moi, de les jouer au biribi ou d'en entretenir des nymphes d'opéra, Courier, Lett. VI.
  • 4 Terme d'histoire naturelle. Insecte parvenu de l'état de larve à son second état, principalement lorsque, sous cette forme, il possède la faculté de se mouvoir ; d'où il suit qu'une nymphe est une chrysalide mobile ; chrysalide se dit seulement de la nymphe des lépidoptères ; ainsi la chrysalide se change toujours en papillon, et jamais en mouche. Quand les vers des abeilles sont près de se transformer en nymphes, les ouvrières ont soin de fermer avec un couvercle de cire les cellules où ils sont logés, Bonnet, 5e mém. abeilles. Lorsque l'insecte, après avoir rejeté la dépouille de ver, se montre avec toutes les parties extérieures revêtues seulement d'enveloppes particulières, molles et transparentes, qui ne les tiennent point assujetties au corps, on nomme cela une nymphe, Bonnet, Contempl. nat. Œuvr. t. VIII, p. 275, dans POUGENS.

    Fig. Nous devenons chrysalides, nymphes dans l'utérus, Voltaire, Newton, I, 8.

    Les nymphes des fourmis sont ce qu'on appelle vulgairement œufs de fourmis.

    Genre d'insectes voisins des hémérobes.

  • 5 Terme d'anatomie. Nom de deux replis membraneux chez la femme, ainsi dits parce que, voisins du méat urinaire, ils servent à conduire l'urine. Les Arabes circoncirent leurs filles, en coupant une très légère partie des nymphes, Voltaire, Mœurs, circoncision.
  • 6Nymphe de Ternate, martin-pêcheur à longs brins.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

NYMPHE, s. f. (Mythol.) ce mot signifie en latin une nouvelle mariée ; mais c’est toute autre chose dans la Mythologie : les Poëtes l’ont donné à des divinités subalternes, dont ils ont peuplé l’univers. Il y en avoit qu’on appelloit uranies ou célestes, qui gouvernoient la sphere du ciel ; d’autres terrestres ou épygies : celles-ci étoient subdivisées en nymphes des eaux, & nymphes de la terre.

Les nymphes des eaux étoient encore divisées en plusieurs classes ; les nymphes marines appellées océanides, néréides, & mélies. Les nymphes des fontaines, ou naïades, crénées, pégées : les nymphes des fleuves & des rivieres, ou les potamides : les nymphes des lacs, étangs, ou lymnades.

Les nymphes de la terre étoient aussi de plusieurs classes ; les nymphes des montagnes qu’on appelloit oréades, orestiades ou orodemniades : les nymphes des vallées, des bocages, ou les napées : les nymphes des prés ou limoniades : les nymphes des forêts, ou les dryades, & hamadryades. Tous ces noms marquoient le lieu de leur habitation.

Elles ont encore eu plusieurs autres noms : comme ionides, isménides, lysiades, thémistiades, & cent autres qu’elles tiroient du lieu de leur naissance, ou plutôt des lieux où elles étoient adorées, comme Pausanias & Strabon les interpretent.

On n’accordoit pas tout à fait l’immortalité aux nymphes ; mais Hésiode les fait vivre quelques milliers d’années. On leur offroit en sacrifice du lait, de l’huile, & du miel, & on leur immoloit quelquefois des chevres.

Il n’est pas aisé de découvrir l’origine de l’existence des nymphes, & des fables qu’on a débitées sur leur compte. Cette idée des nymphes est peut-être venue de l’opinion où l’on étoit anciennement, que les ames des morts erroient auprès des tombeaux, ou dans les jardins & les bois délicieux qu’elles avoient fréquentés pendant leur vie. On avoit même pour ces lieux un respect religieux ; on y invoquoit les ombres de ceux qu’on croyoit y habiter ; on tâchoit de se les rendre favorables par des vœux & des sacrifices, afin de les engager à veiller sur les troupeaux & sur les maisons. Meursius remarque que le mot grec nymphé, n’est autre que le mot phénicien néphas, qui veut dire ame ; & il ajoute que cette opinion, ainsi que plusieurs autres de ce tems-là, tiroient leur origine des Phéniciens.

Cette conjecture sur l’origine des nymphes peut encore être appuyée par l’idée que l’on avoit que les astres étoient animés ; ce qu’on étendit ensuite jusqu’aux fleuves, aux fontaines, aux montagnes & aux vallées, auxquelles on assigna des dieux tutélaires.

Dans la suite on a pris pour des nymphes des dames illustres par quelques aventures ; c’est pour cela sans doute qu’Homere appelle nymphes, Phaëtuse & Lampetie, qui gardoient en Sicile les troupeaux du soleil.

On a même été jusqu’à honorer de simples bergeres du nom de nymphe, & tous les poëtes anciens & modernes ont embelli leurs poésies de cette nouvelle idée. Mais comme Diodore rapporte que les femmes des Atlantides étoient communément appellées nymphes, il semble que c’est dans ce pays-là, que prit naissance l’opinion de l’existence de ces déesses ; parce qu’on disoit que c’étoit dans les jardins délicieux de la Mauritanie tingitane, auprès du mont Atlas, qu’habitoient après leur mort les ames des héros.

Quant aux métamorphoses de tant de personnes changées en nymphes, en naïades, en oréades, en néréïdes, en dryades, en hamadryades, &c on peut penser que lorsque quelques dames illustres étoient enlevées à la chasse, qu’elles périssoient dans la mer, dans les bois ; la ressource ordinaire étoit de dire que Diane ou quelqu’autre divinité les avoit changées en nymphes. Tel étoit la prétendue Egérie, cette célebre nymphe que Numa Pompilius alloit souvent consulter dans la forêt d’Aricie. Après la mort de ce prince, les Romains ne trouvant plus cette nymphe merveilleuse, mais seulement une fontaine, ils imaginerent la métamorphose de la nymphe en fontaine.

Nous ne dirons rien ici de la belle description que fait Homere de l’antre des nymphes, ni de ces vers où Horace nous représente Bacchas instruisant ces déesses : vidi Bacchum docentem nymphas. On ne seroit sûrement pas content des allégories que quelques auteurs y ont trouvées, & encore moins des obscénités qu’un philosophe stoïcien, homme grave & sérieux, a débitées sur ce sujet dans son hexaméron rustique.

Mais nous pouvons bien dire un mot de la fureur qu’éprouvoient ceux qui par hasard avoient vû quelque nymphe dans le bain. Ovide lui même craignoit cet evénement, comme il nous l’apprend au IV. liv. des Fastes, quand il dit,

Nec Dryadas, nec nos videamus labra Dianæ,
Nec faunum medio dùm premit aura die.

« Jamais ne puissions-nous appercevoir Diane, Ni les nymphes des bois, ni les faunes cornus, Lorsqu’au milieu du jour ils battent la campagne ».

C’est à quoi Properce, liv. III. élég. xij. fait allusion, lorsque décrivant la félicité des premiers siecles il dit :

Nec fuerat nudas pœna videre deas.

« Alors pour avoir vû quelques déesses nues,
« On n’étoit point puni si rigoureusement ».

Ceux qui étoient épris de cette fureur des nymphes, s’appelloient en grec νυμφολήπτοι, en latin lymphatici. Les eaux, dit Festus, s’appellent lymphes, du nom de nymphes ; car on croyoit autrefois que tous ceux qui avoient seulement vû l’image d’une nymphe dans une fontaine, étoient épris de fureur le reste de leur vie. Les Grecs les nommoient nympholepti, & les latins lymphatici.

Plutarque dans la vie d’Aristide, dit : « la caverne des nymphes sphragitides est située à l’une des croupes du mont Cythéron ; il y avoit anciennement un oracle, de l’esprit duquel plusieurs devenoient insensés ; ce qui les fit nommer nympholepti ». (D. J.)

Nymphe, (Littérat.) ce mot se prend quelquefois dans les auteurs grecs & latins pour une femme simplement. C’est ainsi que l’emploie Homere, Iliad, p. v. 130. Callimaque, hymn. in Del. v. 215. Hymn. in Apoll. v. 90. &c. Ovide applique ce mot aux femmes des Grecs, lorsqu’il dit : Grata ferunt nymphæ pro salvis dona maritis. C’est une chose assez commune dans les auteurs, d’appeller nymphes, les épousées & les nouvelles mariées. Elles portent le nom de nymphes, dit Phornutus, parce qu’alors elles paroissent en public pour la premiere fois, ayant été auparavant cachées, pour ainsi dire, dans leurs maisons. (D. J.)

Nymphes, s. f. pl. (Anatom.) Ces deux especes de crêtes d’un rouge vermeil dans les jeunes filles, une de chaque côté, qui descendent en grossissant jusque vers le milieu de la vulve, s’appellent nymphes, parce qu’on a cru qu’elles dirigeoient le cours de l’urine. Elles ne sont ni de même longueur dans tous les sujets, ni toujours de même grosseur l’une que l’autre ; & elles s’alongent tellement dans quelques femmes, particulierement de certains pays, qu’on est obligé de les couper.

Les nymphes, en latin nymphæ, sont deux plis prominens de la peau intérieure de la grande aîle extérieure, étendus depuis le prépuce du clitoris jusqu’au grand orifice de la matrice, de l’un & de l’autre côté. Ces plis sont d’abord fort étroits ; ils prennent de la largeur à mesure qu’ils descendent, & ils vont ensuite en se retrécissant vers leur extrémité inférieure.

Ils sont d’une substance spongieuse, composée de membrane délicate, de vaisseaux très-deliés & parsemés de petites glandes sebacées, dont plusieurs sont sensibles à la vûe. Cette disposition intérieure les rend capables de se gonfler à proportion du clitoris, lorsque le sang & les esprits leur sont portés en abondance.

La situation des nymphes est oblique ; leurs extrémités supérieures sont fort approchées : la distance qui est entre leurs extrémités inférieures est plus grande ; elles sont pourvues de quantité de mamelons qui les rendent fort sensibles ; elles reçoivent des arteres & des veines des vaisseaux honteux, & leurs nerfs viennent des intercostaux.

Les filles ont ces parties si fermes & si solides, que l’urine sort de l’uretre entre leurs parois avec une espece de sifflement ; mais elles sont plus ou moins flasques & flétries dans les femmes mariées, à proportion des enfans qu’elles ont eu & de leur âge.

Les nymphes sont quelquefois si larges ou si alongées, qu’elles prominent hors des levres des parties naturelles, & qu’elles incommodent en marchant, en s’asseyant, & même dans les plaisirs de l’amour : quand ce cas existe, on est obligé de les couper. Mauriceau dit avoir fait à Paris le retranchement des deux nymphes à une femme qui l’en pria très-instamment, tant parce qu’étant obligée, à ce qu’elle lui dit, d’aller souvent à cheval, l’alongement de ses nymphes, qu’elle avoit très-grandes, lui causoit par le froissement une douloureuse cuisson, que parce que cette difformité lui déplaisoit fort, aussi bien qu’à son mari.

Pour faire cette opération, on étend la personne sur le dos, on lui écarte les cuisses & les levres des parties naturelles : ensuite le chirurgien prend avec sa main gauche l’une ou l’autre des nymphes, & en coupe, avec une paire de ciseaux qu’il tient de la droite, autant qu’il est nécessaire. Il a soin de se pourvoir de styptiques pour arrêter l’hémorrhagie, & des autres remedes dont il pourroit avoir besoin si la malade tomboit en défaillance. Il panse ensuite la blessure avec quelques baumes vulnéraires, & il parvient facilement à la guérir d’après cette méthode. On trouve dans Solingen, observat. 80. un cas dans lequel la mortification des nymphes en rendit l’amputation nécessaire.

L’excision des nymphes a été pratiquée chez les Egyptiens, & dans quelques endroits de l’Arabie & de Perse. Strabon dit que les femmes égyptiennes recevoient la circoncision. Bélon nous apprend, dans ses observations, livre III. chap. xxviij. que cet usage, qui subsistoit encore de son tems, étoit simplement fondé sur des raisons naturelles qui même n’ont pas lieu dans toutes les femmes de ce pays-là.

Cette incommodité est assez commune en Afrique, & il y a des hommes, si l’on en croit Léon l’africain, qui n’ont d’autre métier que de savoir retrancher aux femmes les nymphes trop alongées ; ils crient à haute voix dans les rues : Qui est celle qui veut être coupée, &c. (D. J.)

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Étymologie de « nymphe »

(Date à préciser) Du latin nympha, lui-même du grec ancien νύμφη, númphē (« jeune mariée », « promise », « jeune fille »).
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Lat. nympha, du grec νύμφη, proprement jeune fille ; comparez nubere, nubilis.

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Phonétique du mot « nymphe »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
nymphe nɛ̃f

Citations contenant le mot « nymphe »

  • Ces nymphes, je les veux perpétuer. Stéphane Mallarmé, Poésies, l'Après-midi d'un faune
  • Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras ! Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ; Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ? Pierre de Ronsard, Élégies, XXIV, Contre les bûcherons de la forêt de Gastine
  • Le poète a inventé la nymphe mais la nature avait déjà créé l’océan, le nuage et la femme. De Anatole France / Le livre de mon ami
  • Le succès est merveilleux, mais il implique l'effort de suivre le rythme de cette nymphe infidèle qu'est la popularité. De Charlie Chaplin / Ma vie
  • Pour cette nouvelle édition limitée, c’est un coffret de cinq mouches de pêche, soigneusement épinglées dans un coffret en bois qui arrive sur le marché. Cinquante sont blancs et cinquante bleus. Chaque exemplaire est accompagné d’une lithographie numérotée par l’artiste Olivier Masmonteil. Dans cette boîte, se trouve : une nymphe, un streamer, une mouche tropicale, un papillon et une mouche victorienne. « On est assez loin du merchandising du club », s’amuse Fabien Allègre. , Insolite | Le PSG lance une collection de mouches de pêche "made in" Doubs
  • Eh oui, la belle nymphe en question du nom de Nabou Touré est souvent aperçu aux locaux de Faramareen music et à croire nos radars, elle y travaillerait à temps plein. Ce qui peut peut etre expliqué sa proximité avec son patron ? Vous jugerez de vous meme en regardant la video ! , (10 Photos) Qui est cette femme « Trop proche » de Wally Seck ! –
  • Depuis la nuit des temps, les Dieux ne se refusent rien, enlevant à leur guise des beautés mortelles, jouant les transformistes tout en justifiant leurs méfaits par des considérations morales. Autour des Métamorphoses d’Ovide, Guillaume Vincent transpose le mythe antique de Callisto et Arcas au présent, dans un contexte de casting de cinéma. Nulle trace de la langue d’Ovide, pourtant le mythe est bien là. Le jeune Arcas a perdu sa mère, la nymphe Callisto, depuis si longtemps qu’il n’a plus aucun souvenir d’elle. Mais qu’est-elle devenue ? 15 ans plus tôt, Jupiter s’éprend de la sublime Callisto. Comme sa réputation de coureur de jupons n’est plus à faire et que toutes les nymphes sont sur leurs gardes, il se travestit pour mieux amadouer sa proie. Emilie Incerti Formentini, Camélia Jordana et un enfant donnent chair à cette relecture qui oscille entre réalité et fiction, mythologie et présent le plus trivial. Le Dieu des romains est un puissant producteur de cinéma (l’affreux Weinstein ou autre canaille du genre), Callisto, une actrice en galère qui rend une visite nocturne à Jupiter, déguisé en directrice de casting. Radio Intensité, MORTAGNE-AU-PERCHE (61) - Callisto et Arcas | Radio Intensité
  • Cette fresque s’inscrit dans une série pour cet artiste du Havre. « C’est la septième ou la huitième œuvre sur le même thème que j’ai appelée « Les nymphes ». D’un côté, c’est un message un peu écolo, qui montre que de toute façon, la nature reprendra toujours le dessus sur l’homme. » , Une fresque écolo et féministe au cœur de la rue Saint-Sever pour Rouen impressionnée | 76actu
  • Aux courts extraits du film de Grifi, se juxtaposent, se superposent, s’interposent le casting de Constanze pour incarner Anna, les images d’archives des luttes féministes, mais aussi celles de la Daphné du Bernin figée dans le marbre à la Villa Borghese -Le Bernin qui signe les fontaines de la piazza Navone où tout a commencé-, la re-création du mythe de la jeune nymphe transformée en laurier pour échapper au viol d’Apollon, une séquence de jeu vidéo, des mises en scène posées, des mouvements de foule et des instants arrêtés. Il suffit de changer de fréquence comme à la radio. Un grésillement et on accède à un autre temps, à d’autres formes. Comme les questions éthiques du documentaire, la forme est au cœur du propos : il y a métamorphose. Une métamorphose réversible : de l’humain à la chose, de la chose à l’humain. Zibeline, Gli appunti di Anna Azzori | Zibeline
  • Tourné dans des ruines antiques près de Rome, réalisé par Matteo Garrone, le court métrage met en scène une tribu de nymphes, de sirènes, de faunes et de créatures mythologiques vagabondant dans un jardin d'Éden traversé par une réédition du "Théâtre de la Mode". À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les couturiers français créaient des pièces miniatures sur des mannequins en taille réduite, puis envoyées en tournée en Europe et aux États-Unis pour relancer le secteur de la mode.Dans le film de Matteo Garrone, la rêverie de ces belles créatures sylvestres est troublée par deux portiers d'hôtel promenant une énorme malle décorée dans le style du flagship de la vénérable maison, sur l'avenue Montaigne. Immédiatement intriguées, les nymphes nageant à moitié dénudées sous un ancien pont romain interrompent leur baignade pour découvrir dans la malle une série de robes taille poupée. Ce petit joyau cinématographique fait partie des 33 présentations qui figurent sur le calendrier officiel de la semaine de la Haute Couture. Mais dès la première demi-journée de cette Fashion Week Haute Couture unique en son genre — puisqu'elle est entièrement numérique —, la proposition de Dior est peut-être déjà le point culminant de l'événement. FashionNetwork.com, D'humeur surréaliste, Dior présente son nouveau Théâtre de la Mode - Actualité : defiles (#1229286)
  • Les femelles pondent ensuite leurs œufs juste à côté d’une colonie de pucerons. Une sorte d’open bar pour les larves. Au bout de trois semaines, la larve passe à l’état de nymphe. Elle met huit jours à se transformer en coccinelle adulte. Franceinfo, Jardin. La coccinelle, meilleure ennemie des pucerons

Images d'illustration du mot « nymphe »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « nymphe »

Langue Traduction
Anglais nymph
Espagnol ninfa
Italien ninfa
Allemand nymphe
Chinois 若虫
Arabe حورية
Portugais ninfa
Russe нимфа
Japonais ニンフ
Basque ninfa
Corse ninfa
Source : Google Translate API

Synonymes de « nymphe »

Source : synonymes de nymphe sur lebonsynonyme.fr

Nymphe

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