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Indivisible

Définitions du mot « indivisible »

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INDIVISIBLE, adj.

A. − [Correspond à diviser A]
1. Qui ne peut être divisé en plusieurs parties ou décomposé, analysé.
a) [En parlant d'une chose concr.] La chimie ne repose que sur la constatation des molécules, et qui dit molécule (si infinitésimale qu'elle soit) dit corps défini, c'est-à-dire indivisible (Sand, Corresp., t. 5, 1866, p. 150).À son dernier terme indivisible, la matière aboutit à l'atome, au tétraèdre (Arnoux, Rhône,1944, p. 82):
1. ... l'homme n'est pas séparable en parties. Si on isolait ses organes les uns des autres, il cesserait d'exister. Quoique indivisible, il présente des aspects divers. Ses aspects sont la manifestation hétérogène de son unité à nos organes des sens. Carrel, L'Homme,1935, p. 50.
Emploi subst. masc. Élément indivisible. Il y aurait absurdité à dire que deux atomes, deux indivisibles rigoureux d'hydrogène, se combinent avec un atome, un indivisible d'oxygène pour donner deux indivisibles d'eau (Renouvier, Essais crit. gén., 3eessai, 1864, p. 83).On ne saurait contester que la formation ou construction d'un nombre implique la discontinuité. En d'autres termes (...) chacune des unités avec lesquelles je forme le nombre trois paraît constituer un indivisible pendant que j'opère sur elle (Bergson, Essai donn. imm.,1889, p. 72).
b) [En parlant d'une chose abstr.] Savoir si la moralité forme un tout indivisible, comme le veut l'idéalisme; si vraiment, par tel acte immoral particulier, je nie globalement la moralité (G. Marcel, Journal,1919, p. 211).Le génie est indivisible. Tout Wagner est déjà contenu en puissance dans l'opéra qui sombrait alors sous les sifflets des messieurs du Jockey (Mauriac, Mém. intér.,1959, p. 42):
2. ... ce que nous croyons notre amour, notre jalousie, n'est pas une même passion continue, indivisible. Ils se composent d'une infinité d'amours successifs, de jalousies différentes et qui sont éphémères, mais par leur multitude ininterrompue donnent l'impression de la continuité, l'illusion de l'unité. Proust, Swann,1913, p. 372.
Emploi subst. Masc. sing. à valeur de neutre. Caractère d'une chose indivisible. Ici, mélange intime de vrai et de faux. Il est vrai que j'étouffe; il est faux qu'un lion me presse (...). Embarras. C'est l'inextricable ou l'indivisible de ce mélange qui est caractéristique du rêve (Valéry, Variété II,1929, p. 241).
Gén. masc. plur. MATH., vieilli. Élément infiniment petit. Cavalieri, dans sa Géométrie des indivisibles (1635), considère les plans comme formés (...) par des sommes infinies de lignes, les solides, par des sommes infinies de plans, et désigne du terme d'indivisibles les éléments infiniment petits ainsi supposés (Gds cour. pensée math.,1948, p. 246).
HIST. La République une et indivisible. Titre que s'est donné la première République, à la suite de l'agitation fédéraliste. La République n'est plus une, indivisible, elle est partagée : la bourgeoisie a ses intérêts, le peuple a les siens (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 512).Le fédéralisme était vaincu : la République une, indivisible, vaincrait tous ses ennemis (France, Dieux ont soif,1912, p. 100).
Absol., subst. fém. Et de se dépouiller, (...) de montrer au vicaire ahuri les cicatrices de deux ou trois balles reçues dans le fondement, alors que les gendarmes le pourchassaient, en l'An deux de l'Indivisible... (Pourrat, Gaspard,1922, p. 51).Un baron échappé (...) à la redoutable et nécessaire suspicion de l'Indivisible, sauvé par la réaction thermidorienne, le modérantisme arrivé au pouvoir (Arnoux, Rhône,1944, p. 68).
2. En partic. Qui ne peut être partagé (entre plusieurs personnes) généralement en raison d'une loi, d'un principe. Principauté indivisible. Chez elle [Sparte] le patrimoine était indivisible et le cadet n'avait aucune part (Fustel de Coul., Cité antique,1864, p. 99).Un chef doit être maître dans son bureau, comme un capitaine à son bord; l'autorité est indivisible, sans quoi il n'y a pas de service possible (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Opin. publ., 1881, p. 367):
3. La beauté est indivisible; celui qui l'a possédée tout entière préfère l'anéantir, maudissant tout partage de possession. Nerval, Sec. Faust,1840, p. 241.
DR. Obligation indivisible. Obligation qui ne peut pas être exécutée partiellement et à laquelle chacun des obligés est tenu pour le tout (d'apr. Lar. encyclop.). L'obligation est divisible ou indivisible selon qu'elle a pour objet ou une chose qui dans sa livraison, ou un fait qui dans l'exécution, est ou n'est pas susceptible de division, soit matérielle, soit intellectuelle (Code civil,1804, art. 1217, p. 218).
B. − [Correspond à diviser B] Qui ne peut être séparé (de quelque chose). Sing. Être indivisible de qqc.Plur. Être indivisibles.Le grade et l'emploi sont indivisibles (...). Or, votre lettre m'apprend aujourd'hui que je suis maintenu secrétaire du conseil en cessant d'être officier (Hugo, Corresp.,1830, p. 480).J'allais alors cherchant la vérité religieuse et la vérité sociale dans une seule et même vérité. Grâce à Éverard, j'avais compris que ces deux vérités sont indivisibles et doivent se compléter l'une par l'autre (Sand, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 357).L'esprit et l'humeur sont toujours ensemble, et indivisibles; il n'y a pas plus d'esprit séparé que de cercle parfait; et l'humeur pure ne serait plus humeur (Alain, Propos,1929, p. 872):
4. Dans les domaines de la création, qui sont aussi les domaines de l'orgueil, la nécessité de se distinguer est indivisible de l'existence même. Valéry, Variété II,1929, p. 133.
REM.
Indivisable, adj.,rare, synon. Cette lunette, qui a dedans des fils d'araignées, d'araignées qu'on fait jeûner, pour que leurs fils soient tout à fait ténus et deviennent des diviseurs de riens indivisables (Goncourt, Journal,1893, p. 450).
Prononc. et Orth. : [ε ̃divizibl̥]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1314 « qui n'est pas divisible » (Henri de Mondeville, Chirurgie, éd. A. Bos, § 337); 2. 1804 dr. (Code civil, loc. cit.). Empr. au b. lat.indivisibilis « qui n'est pas divisible ». Fréq. abs. littér. : 430. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 553, b) 444; xxes. : a) 565, b) 778.
DÉR. 1.
Indivisibilité, subst. fém.Caractère de ce qui ne peut pas être divisé, partagé ou analysé. Indivisibilité d'un atome, de l'âme, de la personne, de Dieu, de la République, d'une obligation. Les hommes ne passèrent pas d'un seul bond de l'indivisibilité du patrimoine au partage égal entre les frères (Fustel de Coul., Cité antique,1864, p. 328).La vie est susceptible de niveaux et de tonalités mais non de parties; ou, si l'on veut, elle est l'indivisibilité de l'étendue et du mouvement en première personne (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 387).C'est le plâtre ou le bronze qui sont divisibles : mais cette femme qui marche a l'indivisibilité d'une idée, d'un sentiment; elle n'a pas de parties parce qu'elle se livre toute à la fois (Sartre, Sit. III,1949, p. 301).[ε ̃divizibilite]. Att. ds Ac. dep. 1718. 1resattest. a) 1516 [éd.] « indissolubilité (du mariage) » (Mir. hist. de Fr., fo86 vods Gdf. Compl.), b) 1691 « caractère de ce qui est indivisible » (Bossuet, Avert. aux Prot. ds Brunot t. 4, 1, p. 485), c) 1804 dr. indivisibilité [d'une obligation] (Code civil, art. 1219, p. 219); dér. sav. de indivisible, suff. -(i)té*; cf. aussi le lat. chrét. indivisibilitas « indivisibilité (de la Trinité) » (TLL t. 7, 1, col. 1211, 39), lat. médiév. « le fait de ne pas être séparé (de Dieu) » (Blaise Latin. Med. Aev.) et le m. fr. indivisibleté « caractère de ce qui est indivisible » (fin du xives., Roques t. 2, 5865). Fréq. abs. littér. : 49.
2.
Indivisiblement, adv.De manière indivisible. L'homme est, de sa nature et par essence, sensation-sentiment-connaissance indivisiblement unis (P. Leroux, De l'Humanité, t. 1, 1840, p. 157).Le droit de déterminer ou de transmettre l'autorité réside non point partiellement dans chaque individu, mais indivisiblement dans l'unité du corps social (Blondel, Action,1893, p. 272).[ε ̃divizibləmɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. 1reattest. xves. [date du ms.] « de manière indivisible » (Corbichon, Propriétés des choses, ms. B.N. fr. 22533, fo6 ds Gdf. Compl.); de indivisible, suff. -ment2*. Cf. également le lat. chrét. indivisibiliter « de manière indivisible » (TLL; Blaise Lat. chrét.). Fréq. abs. littér. : 23.
BBG. Dub. Pol. 1962, p. 322 (s.v. indivisibilité). - Quem. DDL t. 1 (s.v. indivisiblement).

Wiktionnaire

Adjectif

indivisible \ɛ̃.di.vi.zibl\ masculin et féminin identiques

  1. Qui ne peut pas être divisé.
    • À coup sûr, l’essence de la laïcité, mis à part la séparation de la religion et de l’État, est l’acceptation de la proposition selon laquelle il n’y a pas de finalité des formes, pas de possession exclusive de la vérité absolue et indivisible. — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992, p. 159)
    • Un point indivisible. — L’hypothèque est, de sa nature, indivisible.
  2. (Politique) (France) Qualifie la république qui n’est pas fédérative.
    • Ces braves gens, qui n’étaient pas plus malins en l’an IX de la république une et indivisible qu’ils ne le sont aujourd’hui , se laissèrent prendre au piège et proclamèrent dans leur coterie de foyer que les Italiens étaient mis en déroute complète par un Français. — (Castil-Blaze, Étienne Nicolas Méhul, dans la Revue de Paris, 1834, vol.1, p.28)
    • La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. — (Article 1, Constitution du 4 octobre 1958, France, version consolidée au 1er décembre 2009)

Adjectif

indivisible \ˌɪn.dɪ.ˈvɪz.ə.bl̩\

  1. Indivisible.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

INDIVISIBLE. adj. des deux genres
. Qui ne peut être divisé. Un point indivisible. L'hypothèque est, de sa nature, indivisible. La question est indivisible. République une et indivisible s'est dit pendant la Révolution par opposition à République fédérative.

Littré (1872-1877)

INDIVISIBLE (in-di-vi-zi-bl') adj.
  • 1Qui n'est pas divisible. Un atome indivisible. Les essences des choses sont indivisibles ; car l'idée représente l'essence de la chose, à laquelle si on ajoute ou diminue quoi que ce soit, elle devient aussitôt l'idée d'une autre chose, Descartes, Rép. aux 5es object. 39. Comment pourrait-il se faire que ces moitiés [d'un espace divisible, quelque petit qu'il soit] fussent indivisibles ? Pascal, Espr. géom. I. Nous devons en conclure que l'attraction du soleil se communique dans un instant presque indivisible aux extrémités du système solaire, Laplace, Exp. IV, 16.

    La république une et indivisible, titre que prit la république française, par opposition aux tendances fédéralistes.

    Fig. Que les rois n'ont qu'un trône et qu'une majesté, Que leurs enfants entre eux n'ont point d'égalité, Et qu'enfin la naissance a son ordre infaillible Qui fait de leur couronne un point indivisible, Corneille, Perth. I, 1.

    Terme de jurisprudence. Obligation indivisible, obligation à laquelle chacun des obligés est tenu pour le tout.

    Substantivement. La vérité consistant dans un indivisible, il peut arriver que ce que nous ne croyons pas être tout à fait certain, pour probable qu'il nous paraisse, soit néanmoins absolument faux, Descartes, Rem. sur les 7es obj. 67. En géométrie, nous ne considérons que l'objet de nos pensées… voilà pourquoi M. de Malézieux, dans ses éléments de géométrie, paraît se tromper en ne distinguant pas l'indivisible physique et l'indivisible mathématique, Voltaire, Mél. litt. à M. de Formont.

  • 2Qui ne peut être séparé de. La famille royale est indivisible du trône, et ce n'est point là que la royauté peut trouver ni barrière ni contre-poids, Mirabeau, Collection, t. V, p. 384.

HISTORIQUE

XIVe s. Un meisme pannicle, continue, indivisible en soi meismes, H. de Mondeville, f° 25.

XVIe s. Cela se fait pour noter la simple unité et indivisible qui est en l'essence divine, Calvin, Inst. 91. Cette parfaicte amitié de quoy je parle est indivisible ; chacun se donne si entier à son amy, qu'il ne luy reste rien à despartir ailleurs, Montaigne, I, 216.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

INDIVISIBLE, adj. (Géométrie.) on entend par ce mot en Géométrie ces élémens infiniment petits, ou ces principes dans lesquels un corps ou une figure quelconque peut être résolue en dernier ressort, selon l’imagination de quelques Géometres modernes. Voyez Infini.

Ils prétendent qu’une ligne est composée de points, une surface de lignes paralleles, & un solide de surfaces paralleles & semblables ; &, comme ils supposent que chacun de ces élémens est indivisible, si, dans une figure quelconque, l’on tire une ligne qui traverse ces élémens perpendiculairement, le nombre des points de cette ligne sera le même que le nombre des élémens de la figure proposée.

Suivant cette idée, ils concluent qu’un parallélogramme, un prisme, un cylindre, peut se résoudre en élémens ou indivisibles, tous égaux entre eux, paralleles & semblables à la base ; que pareillement un triangle peut se résoudre en lignes paralleles à sa base, mais décroissantes en proportion arithmétique, & ainsi du reste.

On peut aussi résoudre un cylindre en surfaces courbes cylindriques de même hauteur, mais qui décroissent continuellement à mesure qu’elles approchent de l’axe du cylindre, ainsi que le font les cercles de la base sur laquelle s’appuient ces surfaces courbes.

Cette maniere de considérer les grandeurs s’appelle la Méthode des indivisibles, qui n’est au fond que l’ancienne méthode d’exhaustion déguisée, & dont on prend les conclusions comme principes sans se donner la peine de les démontrer ; car toutes les raisons que les partisans des indivisibles ont imaginées pour établir leurs élémens, sont de purs paralogismes ou des pétitions de principe, ensorte que l’on est absolument obligé de recourir à la méthode d’exhaustion pour démontrer à la rigueur les principes des Indivisibilistes ; d’où il suit que leur méthode n’en est point une nouvelle, puisqu’elle a besoin d’une autre pour être démontrée, ainsi que nous le verrons bientôt quand nous aurons donné un exemple de la maniere de procéder dans une démonstration de Géométrie par la prétendue méthode des indivisibles. Voyez Exhaustion.

Ce qui a gagné des partisans aux indivisibles, c’est que par leur moyen on abrege merveilleusement les démonstrations mathématiques ; on peut en voir un exemple dans le fameux théorème d’Archimede, qu’une sphere est les deux tiers du cylindre qui lui est circonscrit.

Supposons un cylindre, une demi-sphere, & un cône renversé (Pl. de Géom. fig. 99.), tous de même base & de même hauteur, & coupés par un nombre infini de plans paralleles à la base, & que dg soit un de ces plans ; il est évident qu’en quelqu’endroit qu’on la prenne, le quarré de dh sera égal au quarré du rayon de la sphere, que le quarré eh = le quarré ch ; ainsi, puisque les cercles sont entr’eux comme les quarrés de leurs rayons, & que l’on trouvera par-tout que le quarré de ck ou de hd, rayon du cylindre, égale la somme des quarrés de hk & ch ou eh rayons de la demi-sphere & du cône, on voit que le cercle du rayon du cylindre vaut la somme des cercles correspondans des rayons de la demi-sphere & du cône, par conséquent tous les cercles qui composent le cylindre, c’est-à-dire tout le cylindre est égal à la somme des cercles qui constituent la demi-sphere & le cône, c’est-à-dire que le cylindre est égal à la somme de la demi-sphere & du cône, ainsi le cylindre moins le cône vaut la demi-sphere ; mais on sait d’ailleurs que le cône n’est que le tiers du cylindre, donc les deux autres tiers du cylindre sont égaux à la demi-sphere ; & en prenant le cylindre total & la sphere entiere, on voit évidemment qu’une sphere est les deux tiers du cylindre qui lui est circonscrit.

Il faut avouer qu’il n’y a rien de plus aisé ni de plus élégant que cette démonstration ; c’est dommage qu’elle ait besoin elle-même d’une autre démonstration, ainsi qu’on le trouve prouvé d’une maniere invincible (& à laquelle les Géometres qui y avoient le plus d’intérêt n’ont osé répliquer) dans un ouvrage intitulé institutions de Géométrie, &c. imprimé à Paris chez Debure l’aîné en 1746, en 2 vol. in-8°. voici ce qu’on lit à ce sujet pag. 309 du second tome : « La seule maniere dont on pourroit concevoir que des surfaces viendroient à composer un solide, c’est qu’elles fussent posées immédiatement les unes sur les autres : or il est impossible de disposer de cette façon plus de deux surfaces. Prenez-en trois ; mettez l’une des trois entre les deux autres, celle du milieu touchera l’inférieure par-dessous, & la supérieure par dessus : elle sera donc composée de deux surfaces, qui auront entre elles quelque distance ; mais deux surfaces attachées ensemble qui laissent entre elles quelque distance composent un vrai solide, en regardant comme un tout ces surfaces & la distance qui les sépare. On a donc supposé l’impossible quand on a demandé que l’on mît une surface immédiatement entre deux surfaces : or, si l’on ne peut pas mettre une surface immédiatement entre deux surfaces, on n’en pourra jamais faire résulter un solide, qui n’est autre chose, ainsi que le prétendent les Indivisibilistes, qu’un assemblage de surfaces posées immédiatement les unes sur les autres ».

Cependant malgré cette absurdité & bien d’autres, que l’on peut voir dans l’ouvrage même, « les Indivisibilistes ne se rendent pas, poursuit l’auteur ; au lieu de tranches superficielles, avec lesquelles nous prétendons engendrer ou constituer les solides, vous n’avez qu’à supposer, disent-ils, des solides d’une épaisseur infiniment petite, & vous serez pleinement satisfaits, car des solides pourront apparemment composer un solide.

» Depuis cette réponse il paroît que l’on n’a plus inquiété les partisans des indivisibles, & que leurs principes ont acquis toute l’autorité des premiers axiomes. Cette autorité s’est d’autant plus fortifiée, que les indivisibles aboutissent à des conclusions qui sont démontrées à la rigueur par des voies incontestables. Un rapport si juste pourroit-il être la production d’un faux principe » ?

Reprenons la méthode des Indivisibilistes. Quand ils veulent démontrer, par exemple, que les pyramides de même base & de même hauteur sont égales, ils imaginent que ces pyramides soient coupées par un nombre infini de plans paralleles à leur base, & comme le nombre de ces plans est mesuré par la perpendiculaire qui désigne leur hauteur commune, il s’ensuit que « ces pyramides ont un même nombre de coupes ou de tranches ; on l’accorde. Il est démontré géométriquement que toutes les tranches de l’une sont égales à toutes les tranches de l’autre, chacune à sa correspondante ; on en convient encore : or les pyramides sont composées de ces tranches. Il est bon de s’expliquer : sont-ce des tranches superficielles, c’est-à-dire, ces tranches ne sont-elles que des surfaces ? les défenseurs des indivisibles en ont reconnu l’impossibilité. Il faut donc que ce soient des tranches solides qui composent les pyramides ; ainsi il reste à démontrer que ces tranches solides sont égales, chacune à sa correspondante : les Indivisibilistes le supposent. Leur démonstration est donc une pétition de principe.

» A la vérité ils prouvent à la rigueur que les bases entre lesquelles sont comprises les tranches élémentaires, ou les petites pyramides tronquées, ont une égalité correspondante ; mais c’est changer l’état de la question. Je demande que l’on m’établisse une égalité de solides, & l’on n’aboutit qu’à une égalité de surfaces. Quel paralogisme !

» Je conviendrai, tant qu’on voudra, que ces tranches élémentaires correspondantes ont une épaisseur infiniment petite ; mais la difficulté qui étoit d’abord en grand revient ici en petit, la petitesse ne faisant pas l’égalité. Que l’on me prouve donc que chaque tranche infiniment petite est égale en solidité à sa correspondante ; car c’est-là précisément l’exposé de la proposition.

» On voit maintenant pourquoi la méthode des indivisibles fait parvenir à des vérités démontrées d’ailleurs, c’est qu’il est fort aisé de trouver ce que l’on suppose.

» Ainsi ceux qui se conduisent par cette méthode tombent dans une pétition de principe ou dans un paralogisme. S’ils supposent que les petites tranches élémentaires correspondantes ont une égale solidité, c’est précisément l’état de la question. Si après avoir démontré l’égalité des surfaces qui terminent ces tranches par-dessus & par-dessous, on en déduit l’égalité de ces petits solides, il y a un paralogisme inconcevable ; on passe de l’égalité de quelques portions de surfaces à l’égalité entiere des solidités ».

S’il n’étoit pas honteux de recourir à des autorités dans une science qui ne reconnoît pour maître que l’évidence ou la conviction qui en naît, on citeroit M. Isaac Newton, que l’on ne soupçonnera pas d’avoir parlé sur cette matiere d’une maniere inconsidérée : contractiores, dit-il, redduntur demonstrationes per methodum indivisibilium ; sed quoniam durior est indivisibilium hypothesis, & proptereà methodus illa minus geometrica censetur, malui, &c. Voyez la sect. prem. du prem. liv. des Princ. de M. Newton, au schol. du lem. xj.

Au reste, Cavalleri est le premier qui ait introduit cette méthode dans un de ses ouvrages intitulé Geometria indivisibilium, imprimé en 1635. Torricelli l’adopta dans quelques-uns de ses ouvrages, qui parurent en 1644 ; & Cavalleri lui-même en fit un nouvel usage dans un autre traité publié en 1647, & aujourd’hui même un assez grand nombre de Mathématiciens conviennent qu’elle est d’un excellent usage pour abréger les recherches & les démonstrations mathématiques. Voyez Géométrie. (E)

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Étymologie de « indivisible »

De divisible avec le préfixe privatif in-.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. endevisible ; espagn. indivisible ; ital. indivisibile ; du lat. indivisibilis, de in… 1, et divisibilis, divisible.

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Phonétique du mot « indivisible »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
indivisible ɛ̃divizibl

Citations contenant le mot « indivisible »

  • La musique, comme la république, est une et indivisible. De Jack Lang
  • Nous vivons dans un monde indivisible où les riches ne peuvent plus ignorer les pauvres. De Amartya Sen
  • Rien n'est moins que le moment présent, si vous entendez par là cette limite indivisible qui sépare le passé de l'avenir. De Henri Bergson / Matière et mémoire
  • Les droits de l'homme sont universels et indivisibles. De Vaclav Havel / Méditations d'été
  • Pour cette structure, le prix Nobel de la paix dit non à la balkanisation de la RDC et prône un Congo «un et indivisible» et estime qu'il s'agit des «bassesses régionalistes et tribalo-ethniques» visant à nuire à sa personne. Actualite.cd, RDC : Denis Mukwege prône Congo «un et indivisible», réaction d’une association culturelle face aux rumeurs impliquant le prix Nobel dans un prétendu projet d'une «République du Kivu» | Actualite.cd
  • L'UNESCO défend donc fermement les principes de la ROAM - fondés sur des normes internationales – en tant que cadre et recommandations holistiques tout en protégeant tous les droits de manière indivisible, et en considérant également leur impact sur la préservation de l'ouverture et de l'accessibilité de l'Internet dans un esprit de participation multipartite aux normes, réglementations et programmes qui régissent les technologies numériques. UNESCO, L'UNESCO réaffirme la nécessité de l'universalité de l'internet, au milieu d'intensification des menaces
  • La myriade de défis auxquels la communauté internationale est confrontée a fait prendre conscience du fait qu'il s'agit d'une ère où les intérêts de tous les pays sont interconnectés et que le monde devient "de plus en plus une communauté de destin indivisible", a-t-il poursuivi. , La Chine exprime son soutien au multilatéralisme lors d'une conférence des Nations Unies
  • Pourtant les mots ont un sens, et une portée historique : les Accords de Grenelle renvoient à la négociation de mai 1968 entre gouvernement, patronat et syndicat (aboutissant à des augmentations massives de salaires). Le Plan Marshall est le programme de prêts massifs accordés par les USA à l'Europe pour sa reconstruction après la Seconde Guerre Mondiale (il représentait l’équivalent actuel de plus de 200 milliards d’euros ajustés à l’inflation, à comparer donc aux 100 milliards d’euros que l’Union Européenne souhaite apporter aux États membres face à la crise du Covid-19). Les États Généraux renvoient à des événements encore plus lointains. Puisqu'il s'agit de réunir les trois États de la Nation sous l'Ancien Régime (noblesse, clergé et tiers-état), ils sont traditionnellement associés dans l'imaginaire collectif à la Révolution française, or les États-Généraux de 1789 sont en fait les derniers, et pour cause puisqu’ils mèneront à la Révolution et à l’abolition de la monarchie et donc des trois États au profit de l’État-Nation indivisible. Les premiers États-Généraux furent convoqués dès 1302, par Philippe le Bel. Depuis, des États Généraux de la Culture se sont déjà tenus en 1987 et des États Généraux des Industries Culturelles et Créatives ont été lancés en novembre dernier. Olyrix.com, États Généraux des Festivals : pourquoi et pour quoi ? - Actualités - Ôlyrix

Traductions du mot « indivisible »

Langue Traduction
Anglais indivisible
Espagnol indivisible
Italien indivisibile
Allemand unteilbar
Chinois 不可分割的
Arabe غير قابل للتجزئة
Portugais indivisível
Russe неделимый
Japonais 不可分
Basque zatiezina
Corse indivisibile
Source : Google Translate API

Synonymes de « indivisible »

Source : synonymes de indivisible sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « indivisible »

Indivisible

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