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Hospitalité

Sommaire

  • Définitions du mot hospitalité
  • Étymologie de « hospitalité »
  • Phonétique de « hospitalité »
  • Citations contenant le mot « hospitalité »
  • Traductions du mot « hospitalité »
  • Synonymes de « hospitalité »

Définitions du mot hospitalité

Trésor de la Langue Française informatisé

HOSPITALITÉ, subst. fém.

A. − ANTIQ. Droit réciproque pour ceux qui voyageaient de trouver, selon des conventions établies entre des particuliers, des familles, des villes, gîte et protection les uns chez les autres. Les devoirs, le droit, la loi de l'hospitalité. Mais les Romains ne violèrent jamais l'hospitalité : Sylla trouva un asile dans la maison de Marius (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 142) :
1. Jupiter était le dieu de l'hospitalité; c'est de sa part que venaient les étrangers, les suppliants, « les vénérables indigents », ceux qu'il fallait traiter « comme des frères. » Fustel de Coul., Cité antique,1864, p. 155.
B. − Vieilli
1. Accueil, hébergement des pèlerins, des voyageurs, des indigents dans des maisons hospitalières. (Ds Rob., Lar. Lang. fr.).
2. ,,Obligation où étaient certaines abbayes de recevoir les voyageurs`` (Ac.). En général, les monastères étoient des hôtelleries où les étrangers trouvoient en passant le vivre et le couvert. Cette hospitalité, qu'on admire chez les Anciens, (...) étoit en honneur chez tous nos religieux (Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 549).
C. − Action de recevoir chez soi l'étranger qui se présente, de le loger et de le nourrir gratuitement. Il n'est besoin d'emporter avec soi ni armes, ni provisions, ni argent; l'hospitalité vous est offerte partout, cordiale et gratuite (Loti, Mariage,1882, p. 123).Cette hospitalité tout espagnole, généreuse et sans réserve, m'est offerte par un homme que je connaissais à peine (T'Serstevens, Itinér. esp.,1963, p. 310) :
2. Aucun peuple n'a porté plus loin l'hospitalité que les anciens Écossais : chaque souverain avait dans son palais une salle des fêtes; tous les étrangers y étaient admis sans distinction. Baour-Lormian, Ossian,1827, p. 27.
3. ... de tous les coins de France, des caravanes s'acheminaient vers ce château où les artistes, les poètes, les savants trouvaient une hospitalité princière, une aise bon enfant, des dons de bienvenue et des largesses de départ. Huysmans, Là-bas, t. 1, 1891, p. 78.
SYNT. a) Hospitalité des montagnards, des paysans; aimable, bonne, charmante hospitalité; demander, proposer, refuser l'hospitalité à qqn; accepter, exercer, pratiquer l'hospitalité; remplir le devoir de l'hospitalité; remercier qqn de son hospitalité; donner l'hospitalité à qqn pour la nuit. b) [P. réf. aux traditions de l'hospitalité] Salut d'hospitalité; repas, sel de l'hospitalité; rompre le pain de l'hospitalité.
P. ext. Action de recevoir chez soi une ou plusieurs personnes de sa connaissance. Jamais non plus je n'oublierai votre maison de la rue de Grammont, l'exquise hospitalité que j'y trouvais, ces dîners du mercredi, qui étaient une vraie fête dans ma semaine (Flaub., Corresp.,1856, p. 127).Madame de La Sablière est surtout connue pour avoir accordé à La Fontaine une hospitalité gracieuse (...). La maison de madame de La Sablière était l'hôtellerie des savants (A. France, Vie littér.,1892, p. 325).
P. métaph. Il y a des moments où on a besoin de sortir de soi, d'accepter l'hospitalité de l'âme des autres (Proust, Guermantes 1,1920, p. 144).
D. − Asile, protection accordée à un exilé, à un réfugié. Tu sais, tu es hors la loi, mais il y a une maison où je t'offre l'hospitalité et où tu seras en sûreté (Goncourt, Journal,1890, p. 1185).C'est sous une inspiration à la fois généreuse et calculée que l'Angleterre offrait l'hospitalité à ces états réfugiés (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 82) :
4. Il oublie qu'il m'a probablement sauvé la vie en m'accordant un asile à une époque où l'hospitalité passait en France pour le plus grand des crimes. Jouy, Hermite, t. 2, 1812, p. 284.
E. − Générosité de cœur, sociabilité qui dispose à ouvrir sa porte, à accueillir quelqu'un chez soi, étranger ou non. Un cœur plein de bienveillance et d'hospitalité. Notre voyage dans la Turquie d'Europe, chez les Bulgares et chez les Serviens, a été, de la part des Turcs, des Bulgares et des Serviens, un enchaînement continuel de prévenances, d'hospitalité, de bontés inexprimables (Lamart., Corresp.,1833, p. 343).
Prononc. et Orth. : [ɔspitalite]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1200 « hébergement gratuit des étrangers, pélerins, indigents » (Dial. S. Grégoire, 127, 6 ds T.-L.); 2. 1538 antiq. (Est. ds FEW t. 4, p. 498 b). Empr. au lat.hospitalitas « action de recevoir comme hôte, liens d'hospitalité, rapports entre les hôtes » à l'époque class.; « droit de gîte » à l'époque médiév. ([863] xies. ds Nierm.). Fréq. abs. littér. : 913. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2237, b) 1833; xxes. : a) 918, b) 438.

Wiktionnaire

Nom commun

hospitalité \ɔs.pi.ta.li.te\ féminin

  1. Charité, libéralité qu’on exerce en recevant en logeant gratuitement les étrangers, les passants.
    • Il se dirigea donc vers la première maison dont il vit les fenêtres briller dans l’ombre, se présenta comme un voyageur égaré, […], et l’hospitalité lui fut accordée avec toute la franchise et la discrétion allemandes. — (Alexandre Dumas, Othon l’archer, 1839)
    • […] , il m'apprend que les troupes chérifiennes viennent de lui razzier un troupeau de plusieurs centaines de moutons. Cela ne l'empêche pas d'en sacrifier un à l’hospitalité et de le faire transformer en cous-cous et en tâjin excellents. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 38)
  2. (Par extension) (Plus généralement) Action de recevoir chez soi.
    • […] ; et, voulant en ce moment éblouir le peuple par son hospitalité et sa magnificence, il avait ordonné de grands préparatifs afin de rendre ce festin aussi splendide que possible. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Toutes les fois qu'un Indien peau-rouge n'a pas été froissé par l'injustice, l’accueil qu'il fait à son frère blanc est un exemple touchant de cette hospitalité qu'on ne rencontre que chez les peuples sauvages. — (LesPeaux-Rouges (Extrait du Quarterly Review, n°130), dans Bibliothèque universelle de Genève, Vol.28, page 43, 1840)
    • La maîtresse de maison a, dans Homère, la moitié du gouvernement, tous les soins intérieurs, ceux même de l’hospitalité. — (Jules Michelet, La Bible de l'Humanité, chap.II, 4e éd., Paris, Calmann Lévy, 1876, p.172)
  3. (Histoire) (Religion) Obligation où étaient certaines abbayes de recevoir les voyageurs pendant quelques jours.
    • Il y avait hospitalité dans telle abbaye.
  4. (Antiquité) Droit réciproque de loger les uns chez les autres ; droit qui s’exerçait non seulement de particulier à particulier et de famille à famille, mais encore de ville à ville.
    • Droit d’hospitalité. - Il y avait hospitalité entre ces deux familles. - Violer les droits de l’hospitalité. - Il y avait droit d’hospitalité entre Athènes et Lacédémone.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

HOSPITALITÉ. n. f.
Charité, libéralité qu'on exerce en recevant et logeant gratuitement les étrangers, les passants. Exercer l'hospitalité. L'hospitalité se trouve souvent parmi les barbares. L'hospitalité était fort en usage chez les anciens Germains, et elle est sacrée chez les musulmans. Les lois de l'hospitalité. Donner l'hospitalité à quelqu'un. Je reçus partout une hospitalité généreuse. Par extension, dans un sens plus général, il signifie Action de recevoir chez soi. Je vous remercie de l'hospitalité que vous m'avez donnée, de l'hospitalité que j'ai reçue chez vous. Il se dit aussi de l'Obligation où étaient certaines abbayes de recevoir les voyageurs pendant quelques jours. Il y avait hospitalité dans telle abbaye. En parlant des Anciens, il se dit d'un Droit réciproque de loger les uns chez les autres; droit qui s'exerçait non seulement de particulier à particulier et de famille à famille, mais encore de ville à ville. Droit d'hospitalité. Il y avait hospitalité entre ces deux familles. Violer les droits de l'hospitalité. Il y avait droit d'hospitalité entre Athènes et Lacédémone.

Littré (1872-1877)

HOSPITALITÉ (o-spi-ta-li-té) s. f.
  • 1Chez les anciens, société contractée entre deux ou plusieurs personnes de différents lieux, entre des familles et même des villes entières, en vertu de laquelle on se logeait mutuellement dans les voyages, et l'on se rendait toutes sortes de services. …La reconnaissance et l'hospitalité Sur les âmes des rois n'ont qu'un droit limité, Corneille, Pomp. I, 1. Je voulais des grands dieux implorer la bonté, Surtout de Jupiter, dieu d'hospitalité, Chénier, Idylles, l'Aveugle. Il me donna jadis (ce bien seul m'est resté) Sa marque d'alliance et d'hospitalité, Chénier, ib.
  • 2Libéralité qu'on exerce en logeant gratuitement les étrangers. Il [Abraham] mena toujours une vie simple et pastorale, qui toutefois avait sa magnificence, que ce patriarche faisait paraître principalement en exerçant l'hospitalité envers tout le monde, Bossuet, Hist. I, 3. Télémaque lui demanda l'hospitalité, Fénelon, Tél. IV. Cette hospitalité est un des plus sûrs indices de l'instinct et de la destination de l'homme pour la sociabilité, Raynal, Hist. phil. XIX, 5. Mais j'y vois la sagesse auprès de la beauté, Qui m'offre son asile et l'hospitalité, Masson, Helv. II.
  • 3Obligation où sont certains religieux de recevoir les voyageurs. Il y a hospitalité dans cette abbaye.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

HOSPITALITÉ. Ajoutez : - HIST. XIIe s. Mès il [les chevaliers hospitaliers] devroient estre tel Com hospitalitez demande, Et comme charitez commande ; Tout ont lor afere changié, Q'ospitalitez n'i voi gié [je], Guiot de Provins, la Bible, V. 1803.

XIIIe s. As biens que eles [des dames] ont assenez à cel hospital pour l'ospitalité maintenir, Bibl. des ch. 6e série, t. IV, p. 159. Sovent les disoit : faites ce ke vos ai mostreit ; Et adès vos sovienge de l'hospitaliteit, P. Meyer, Rapports, 1re part. p. 196.

XIVe s. Le prieur et li freres d'Yrewals… doient lou dit hospital maintenir en boin estat et leans mettre un proudomme pour habiter et pour mantenir hospitauté, Bibl. des ch. 1876, 6e livraison, p. 358 (1301)

XVIe s. La veufve soit esleue n'ayant point moins de soixante ans, qui aura esté femme d'un mary ayant temoignage en bonnes œuvres, si elle a nourry ses enfans, si elle a receu en hospitalité, si…, I Tim. V, 10, Nouv. Testam. éd. Lefebvre d'Étaples, Paris, 1525. Faictes hospitalité les ungs aux aultres, I Pierre, IV, 9, ib. L'on nommoit la maison du comte de Savoye l'hostel S. Julian, pour estre comme une hospitalité à tous venans, Paradin, Chron. de Savoye, p. 324.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

HOSPITALITÉ, s. f. (Hist. sacrée & profane, Droit naturel & Morale.) l’hospitalité est la vertu d’une grande ame, qui tient à tout l’univers par les liens de l’humanité. Les Stoïciens la regardoient comme un devoir inspiré par Dieu même. Il faut, disoient-ils, faire du bien aux personnes qui viennent dans nos pays, moins par rapport à elles que pour notre propre intérêt, pour celui de la vertu, & pour perfectionner dans notre ame les sentimens humains, qui ne doivent point se borner aux liaisons du sang & de l’amitié, mais s’étendre à tous les mortels.

Je définis cette vertu, une libéralité exercée envers les étrangers, sur-tout si on les reçoit dans sa maison : la juste mesure de cette espece de bénéfice dépend de ce qui contribue le plus à la grande fin que les hommes doivent avoir pour but, savoir aux secours réciproques, à la fidélité, au commerce dans les divers états, à la concorde & aux devoirs des membres d’une même société civile.

De tous tems les hommes ont eu dessein de voyager, de former des établissemens, de connoître les pays & les mœurs des autres peuples ; mais comme les premiers voyageurs ne trouvoient point de lieu de retraite dans les endroits où ils arrivoient, ils étoient obligés de prier les habitans de les recevoir, & il s’en trouvoit d’assez charitables pour leur donner un domicile, les soulager dans leurs fatigues, & leur fournir les diverses choses dont ils avoient besoin.

Abraham, pour commencer mes exemples par l’histoire sacrée, a été du nombre de ces gens compâtissans qui pratiquerent la noble bénéficence envers les étrangers, goûterent le plaisir de les recevoir & de leur procurer tous les secours possibles. Nous lisons dans la Genese que ce digne patriarche rencontra, en sortant de sa tente, trois voyageurs, devant lesquels il se prosterna, leur offrit de l’eau pour laver leurs piés, & du pain pour rétablir leurs force. Il ordonna en même tems à Sara de pétrir trois mesures de farine, & de faire cuire des pains sous la cendre : il fit rôtir lui-même un veau qu’il servit à ses hôtes avec les pains de Sara, du beurre & du lait.

Je ne dissimulerai point que l’exercice de l’hospitalité se trouva resserré chez les Israélites dans des bornes beaucoup trop étroites, lorsqu’ils vinrent à rompre leur commerce avec les peuples voisins ; cependant, sans parler des Iduméens & des Egyptiens qui n’étoient pas compris dans cette rupture, l’esprit de cette charité ne s’éteignit pas entierement dans leur cœur, du moins l’exercerent-ils pour leurs freres, sur-tout pendant les tristes tems des captivités, où nous voyons que Tobie étoit pénétré de ce devoir. Dans les louanges que l’écriture lui donne, elle met la distribution qu’il faisoit de trois en trois ans aux prosélytes & aux étrangers de sa part dans le dixmes. Job s’écrie au milieu de ses souffrances : « Je n’ai point laissé les étrangers dans la rue, & ma porte leur a toujours été ouverte ».

Les Egyptiens convaincus que les dieux mêmes prenoient souvent la forme de voyageurs, pour corriger l’injustice des hommes, reprimer leurs violences & leurs rapines, regarderent les devoirs de l’hospitalité comme étant les plus sacrés & les plus inviolables : les voyages fréquens des sages de la Grece en Egypte, l’accueil favorable qu’ils firent à Ménélas & à Helène du tems de la guerre de Troie, montrent assez combien ils s’occupoient de la pratique de cette vertu.

Les Ethyopiens n’étoient pas moins estimables à cet égard au rapport d’Héliodore : & c’est sans doute ce qu’Homere a voulu peindre, quand il nous dit que ce peuple recevoit les dieux, & les regaloit avec magnificence pendant plusieurs jours.

Ce grand poëte ayant une fois établi l’excellence de l’hospitalité sur l’opinion de ces prétendus voyages des dieux ; & les autres poëtes de la Grece ayant à leur tour publié que Jupiter étoit venn sur la terre, pour punir Lycaon qui égorgeoit ses hôtes, il n’est pas étonnant que les Grecs regardassent l’hospitalité comme la vertu la plus agréable aux dieux. Aussi cette vertu étoit-elle poussée si loin dans la Grece qu’on fonda dans plusieurs endroits des édifices publics où tous les étrangers étoient admis. C’est un beau trait de la vie d’Alexandre, que l’édit par lequel il déclara que les gens de bien de tous les pays étoient parens les uns des autres, & qu’il n’y avoit que les méchans qui fussent exclus de cet honneur.

Les rois de Perse retirerent de grands avantages de la reception favorable qu’ils firent à divers peuples, & sur-tout aux Grecs qui vinrent chercher dans leur empire une retraite contre la persécution de leurs citoyens.

Malgré le caractere sauvage & la pauvreté des anciens peuples d’Italie, l’hospitalité y fut connue dès les premiers tems. L’asyle donné à Saturne par Janus, & à Enée par Latinus en sont des preuves suffisantes. Elien même rapporte qu’il y avoit une loi en Lucanie qui condamnoit à l’amende ceux qui auroient refusé de loger les étrangers qui arrivoient dans leur pays après le soleil couché.

Mais les Romains qui succederent surpasserent toutes les autres nations dans la pratique de cette vertu ; ils établirent à l’imitation des Grecs des lieux exprès pour domicilier les étrangers ; ils nommerent ces lieux hospitalia ou hospitia, parce qu’ils donnoient aux étrangers le nom de hospites. Pendant la solemnité des Lectisternes à Rome on étoit obligé d’exercer l’hospitalité envers toutes sortes de gens connus ou inconnus ; les maisons des particuliers étoient ouvertes à tout le monde, & chacun avoit la liberté de se servir de tout ce qu’il y trouvoit. L’ordonnance des Achéens, par laquelle ils défendoient de recevoir dans leurs villes aucun Macédonien, est appellée dans Tite-Live une exécrable violation de ; droits de l’humanité. Les plus grandes maisons tiroient leur principale gloire de ce que leurs palais étoient toûjours ouverts aux étrangers ; la famille des Marciens étoit unie par droit d’hospitalité avec Persée, roi de Macédoine ; & Jules-César, sans parler de tant d’autres Romains, étoit attaché par les mêmes nœuds à Nicomede, roi de Bithynie. « Rien n’est plus beau, disoit Cicéron, que de voir les maisons des personnes illustres ouvertes à d’illustres hôtes, & la république est intéressée à maintenir cette sorte de libéralité ; rien même, ajoûte-t-il, n’est plus utile pour ceux qui veulent acquérir, par des voies légitimes, un grand crédit dans l’état, que d’en avoir beaucoup au-dehors ».

Il est aisé de s’imaginer comment les habitans des autres villes & colonies romaines, prévenus de ces sentimens, recevoient les étrangers à l’exemple de la capitale. Ils leur tendoient la main pour les conduire dans l’endroit qui leur étoit destiné ; ils leur lavoient les piés, ils les menoient aux bains publics, aux jeux, aux spectacles, aux fêtes. En un mot, on n’oublioit rien de ce qui pouvoit plaire à l’hôte & adoucir sa lassitude.

Il n’étoit pas possible après cela que les Romains n’admissent les mêmes dieux que les Grecs pour protecteurs de l’hospitalité. Ils ne manquerent pas d’adjuger en cette qualité un des plus hauts rangs à Venus, déesse de la tendresse & de l’amitié. Minerve, Hercule, Castor & Pollux jouirent aussi du même honneur, & l’on n’eut garde d’en priver les dieux voyageurs, dii viales. Jupiter eut avec raison la premiere place ; ils le déclarerent par excellence le dieu vengeur de l’hospitalité, & le surnommerent Jupiter hospitalier, Jupiter hospitalis. Cicéron, écrivant à son frere Quintius, appelle toûjours Jupiter de ce beau nom ; mais il faut voir avec quel art Virgile annoblit cette épithete dans l’Enéide.

Jupiter, hospitibus nam te dare jura loquuntur,
Hunc lætum, Tiriisque diem, Trojâque profectis
Esse velis, nostrosque hujus meminisse minores.

Notre poësie n’a point de telles ressources, ni de si belles images.

Les Germains, les Gaulois, les Celtibériens, les peuples Atlantiques, & presque toutes les nations du monde, observerent aussi régulierement les droits de l’hospitalité. C’étoit un sacrilége chez les Germains, dit Tacite, de fermer sa porte à quelque homme que ce fût, connu ou inconnu. Celui qui a exercé l’hospitalité envers un étranger, ajoûte-t-il, va lui montrer une autre maison, où on l’exerce encore, & il y est reçu avec la même humanité. Les lois des Celtes punissoient beaucoup plus rigoureusement le meurtre d’un étranger, que celui d’un citoyen.

Les Indiens, ce peuple compatissant, qui traitoit les esclaves comme eux-mêmes, pouvoient-ils ne pas bien acueillir les voyageurs ? ils allerent jusqu’à établir, & des hospices, & des magistrats particuliers, pour leur fournir les choses nécessaires à la vie, & prendre soin des funérailles de ceux qui mouroient dans leurs pays.

Je viens de prouver suffisamment, qu’autrefois l’hospitalité étoit exercée par presque tous les peuples du monde ; mais le lecteur sera bien aise d’être instruit de quelques pratiques les plus universelles de cette vertu, & de l’étendue de ses droits : il faut tâcher de contenter sa curiosité.

Lorsqu’on étoit averti qu’un étranger arrivoit, celui qui devoit le recevoir, alloit au devant de lui, & après l’avoir salué, & lui avoir donné le nom de pere, de frere, & d’ami, plutôt selon son âge, que par rapport à sa qualité, il lui tendoit la main, le menoit dans sa maison, le faisoit asseoir, & lui présentoit du pain, du vin, & du sel. Cette cérémonie étoit une espece de sacrifice, que l’on offroit à Jupiter-Hospitalier.

Les Orientaux, avant le festin, lavoient les piés à leurs hôtes ; cette pratique étoit encore en usage parmi les Juifs, & Notre-Seigneur reproche au pharisien qui le recevoit à sa table, de l’avoir négligée. Les dames même de la premiere distinction, parmi les anciens, prenoient ce soin à l’égard de leurs hôtes. Les filles de Cocalus roi de Sicile, conduisirent Dédale dans le bain, au rapport d’Athénée. Homere en fournit plusieurs autres exemples, en parlant de Nausicaa, de Polycaste, & d’Helene. Le bain étoit suivi de fêtes, où l’on n’épargnoit rien pour divertir les hôtes : les Perses, pour leur plaire encore davantage, admettoient dans ces fêtes & leurs femmes, & leurs filles.

La fête qui avoit commencé par des libations, finissoit de la même maniere, en invoquant les dieux protecteurs de l’hospitalité. Ce n’étoit ordinairement qu’après le repas, qu’on s’informoit du nom de ses hôtes, & du sujet de leur voyage, ensuite on les menoit dans l’appartement qu’on leur avoit préparé.

Il étoit de l’usage, & de la décence, de ne point laisser partir ses hôtes, sans leur faire des présens, qu’on appelloit xenia ; ceux qui les recevoient les gardoient soigneusement, comme des gages d’une alliance consacrée par la religion.

Pour laisser à la posterité une marque de l’hospitalité, qu’on avoit contractée avec quelqu’un, des familles entieres, & des villes même, formoient ensemble ce contrat. On rompoit une piece de monnoie, ou plus communément l’on scioit en deux un morceau de bois ou d’ivoire, dont chacun des contractans gardoit la moitié ; c’est ce qui est appellé par les anciens, tessera hospilitatatis, tessere d’hospitalité. Voyez tessere de l’Hospitalité.

On en trouve encore de ces tesseres dans les cabinets des curieux, où les noms des deux amis sont écrits ; & lorsque les villes accordoient l’hospitalité à quelqu’un, elles en faisoient expédier un decret en forme, dont on lui délivroit copie.

Les droits de l’hospitalité étoient si sacrés, qu’on regardoit le meurtre d’un hôte, comme le crime le plus irrémissible ; & quoiqu’il fût quelquefois involontaire, on croyoit qu’il attiroit la vengeance de tous les dieux. Le droit de la guerre même ne détruisoit point celui de l’hospitalité, parce qu’il étoit censé éternel, à moins qu’on n’y renonçât d’une maniere authentique. Une des cérémonies qui se pratiquoit en cette rencontre, étoit de briser la marque, le tessere de l’hospitalité, & de dénoncer à un ami infidele, qu’on avoit rompu pour jamais avec lui.

Nous ne connoissons plus ce beau lien de l’hospitalité, & l’on doit convenir que les tems ont produit de si grands changemens parmi les peuples & surtout parmi nous, que nous sommes beaucoup moins obligés aux lois saintes & respectables de ce devoir, que ne l’étoient les anciens.

Il semble même, que pour être tenu par la loi naturelle, aux services de l’hospitalité, pris dans toute leur étendue, il faut 1°. que celui qui les demande soit hors de sa patrie, pour quelque raison valable, ou du moins innocente ; 2°. qu’il y ait lieu de le présumer honnête homme, ou du moins qu’il n’a aucun dessein de nous porter préjudice ; 3°. enfin, qu’il ne trouve pas ailleurs, ou que nous ne trouvions pas de notre côté à le loger pour de l’argent. Ainsi cet acte d’humanité étoit incomparablement plus indispensable, lorsque des maisons publiques, commodes, & à différens prix, n’existoient point encore parmi nous.

L’hospitalité s’est donc perdue naturellement dans toute l’Europe, parce que toute l’Europe est devenue voyageante & commerçante. La circulation des especes par les lettres de change, la sûreté des chemins, la facilité de se transporter en tous lieux sans danger, la commodité des vaisseaux, des postes, & autres voitures ; les hôtelleries établies dans toutes les villes, & sur toutes les routes, pour héberger les voyageurs, ont suppléé aux secours généréux de l’hospitalité des anciens.

L’esprit de commerce, en unissant toutes les nations, a rompu les chaînons de bienfaisance des particuliers ; il a fait beaucoup de bien & de mal ; il a produit des commodités sans nombre, des connoissances plus étendues, un luxe facile, & l’amour de l’intérêt. Cet amour a pris la place des mouvemens secrets de la nature, qui lioient autrefois les hommes par des nœuds tendres & touchans. Les gens riches y ont gagné dans leurs voyages, la jouissance de tous les agrémens du pays où ils se rendent, jointe à l’accueil poli qu’on leur accorde à proportion de leur dépense. On les voit avec plaisir, & sans attachement, comme ces fleuves qui fertilisent plus ou moins les terres par lesquelles ils passent. (D. J.)

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Étymologie de « hospitalité »

Provenç. hospitalitat, ospitalitat ; espagn. hospitalidad ; ital. ospitalità ; du lat. hospitalitatem, de hospitalis, qui vient de hospes (voy. HÔTE).

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Du latin hospitalitas.
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Phonétique du mot « hospitalité »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
hospitalité ɔspitalite

Citations contenant le mot « hospitalité »

  • Au titre d’une tradition d’hospitalité inconditionnelle, les monastères sont souvent sollicités pour accueillir, en lien avec la justice, des criminels, ou des prêtres coupables d’abus sexuels. La Croix, L’hospitalité monastique, jusqu’où ?
  • Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut, Bon souper, bon gîte et le reste ? Jean de La Fontaine, Fables, les Deux Pigeons
  • Toute la révolte de l'Asie contre l'Europe provient de notre méconnaissance du droit sacré d'asile et d'hospitalité. Louis Massignon, Opera minora, Centre de documentation scolaire
  • La médisance est le prix de l'hospitalité. De Aminado
  • La générosité a souvent des épines. L’hospitalité a ses limites. De Ardashir Vakil / Beach boy
  • C'est l'affluence des hôtes qui détruit l'hospitalité. De Jean-Jacques Rousseau / Emile ou de l'éducation
  • Dans le cadre de nos deux événements course à pied, nous recherchons un(e) attaché(e) commercial(e) hospitalité pour gérer le recrutement entreprise. Vous êtes donc en charge du développement commercial de l’offre entreprise (offre, suivi, fidélisation). SportBuzzBusiness.fr, Offre de Stage : Attaché(e) Commercial(e) Hospitalité – Hugo Events - SportBuzzBusiness.fr
  • Michael Malapert a beau enchaîner les projets, pas question pour lui de ressasser un style ou une recette préétablie. Seul point commun entre les réalisations de l'architecte d'intérieur parisien, le goût de l’hospitalité et des expériences à partager, comme en témoignent ses derniers espaces conçus dans la capitale et sous de nouvelles latitudes… IDEAT, Archi d'intérieur : Michael Malapert cultive le goût de l'hospitalité - IDEAT
  • Incubation de start-up, coaching d’entrepreneurs, centre de tests de produits et de services,… L’ambition du futur Innovation Hub Les Roches Crans-Montana est vaste. Sur 200 mètres carrés, au cœur de l’école hôtelière internationale Les Roches, cet espace mettra en réseau des étudiants, des professeurs, des investisseurs, des porteurs de projets avec des experts en technologies telles que l’intelligence artificielle, l’Internet des objets connectés, la blockchain, la robotique ou encore la réalité virtuelle et augmentée. L’objectif: bâtir l’avenir de l’hospitalité, Un incubateur de start-up dédié à l’hospitalité verra le jour à Crans-Montana | Agefi.com
  • Les premiers billets hospitalité seront mis en vente à la fin de l’année 2020, précise la Fifa, alors que le tirage au sort de l'épreuve aura lieu, lui, après la fenêtre internationale de mars 2022. Europe 1, Coupe du monde 2022 au Qatar : découvrez le calendrier
  • On y voit des pèlerins de Saint Jacques sillonner les chemins autour de l’abbaye. Il ne faut pas oublier que, obéissant à un souhait de Saint Bernard, nos moines cisterciens accordaient l’hospitalité aux passants et en particulier aux pèlerins. ‘’ Tous les hôtes qui arriveront seront reçus comme le Christ car lui-même doit dire un jour J’ai demandé l’hospitalité et vous m’avez reçu . À tous, on témoignera l’honneur qui leur est dû, surtout aux proches dans la foi et aux pèlerins…’’ , Relier Valence à Condom sans voiture, uniquement à la marche - Le journal du Gers

Traductions du mot « hospitalité »

Langue Traduction
Anglais hospitality
Espagnol hospitalidad
Italien ospitalità
Allemand gastfreundschaft
Chinois 款待
Arabe حسن الضيافة
Portugais hospitalidade
Russe гостеприимство
Japonais おもてなし
Basque ostalaritza
Corse ospitalità
Source : Google Translate API

Synonymes de « hospitalité »

Source : synonymes de hospitalité sur lebonsynonyme.fr
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