La langue française

Emboucher

Définitions du mot « emboucher »

Trésor de la Langue Française informatisé

EMBOUCHER1, verbe trans.

I.− Emploi trans.
A.− [Le compl. d'obj. désigne qqc. que l'on met contre ou dans la bouche]
1. MUS. [Le compl. d'obj. désigne un instrument à vent] Porter à sa bouche l'extrémité de cet instrument pour produire des sons. Emboucher une clarinette, sa trompette. Il empoigna son clairon, l'emboucha, sonna au ralliement (Zola, Débâcle,1892, p. 375).Il a embouché le cor de chasse. Il a soufflé dedans un grand coup et puis des rauques crevaisons... encore des couacs et des petits râles!... (Céline, Mort à crédit,1936, p. 667):
1. Leur cri [des pingouins] est celui d'une trompette mal embouchée, il ressemble aussi au cri du paon, mais est moins aigu, plus creux. Cendrars, Les Confessions de Dan Yack,1929, p. 220.
P. métaph. Il [le vent] embouche le tuyau de la pompe et corne dedans (Colette, Pays. et portr.,1954, p. 100).
Loc. fig., vieilli. Emboucher la trompette [Dans un récit] Adopter un ton trop élevé ou solennel, grandiloquent. Pourquoi tant d'emphase pour cette science prosaïque, pourquoi emboucher si fort la trompette à propos de l'art de lever le pied? (Balzac, Théor. démarche,1833, p. 615).
P. méton du suj. Trente journaux d'Europe embouchèrent la trompette pour célébrer ses vertus (Fourier, Nouv. monde industr.,1830, p. 9).
P. ext., souvent péj., vieilli. Annoncer, divulguer quelque chose à grand bruit; proclamer avec grandiloquence (cf. claironner).Emboucher la trompette épique, emboucher la trompette du pacifisme, emboucher la trompette républicaine, emboucher la trompette en l'honneur de qqn. La critique (...) emboucha sa trompette retentissante des grands jours (Fabre, Le Roman d'un peintre,1878, p. 2):
2. Il suffit qu'une pseudo-élite s'empare de Paris, et embouche la trompette de la publicité, pour que la voix du reste de la France soit étouffée. Rolland, Jean-Christophe,Dans la maison, 1909, p. 948.
Emboucher la trompette de la Renommée. Personnages pour lesquels la Renommée embouche l'une ou l'autre de ses trompettes (Balzac, Comédiens,1846, p. 304):
3. À la grille du jardin, la Renommée, sur son cheval ailé, embouchait sa trompette éternelle. Les porteurs de journaux criaient la grande victoire de Fleurus. France, Les Dieux ont soif,1912, p. 277.
Rem. On trouve, dans le même sens : Dans mes jours maussades, je me voyais mourir sur un lit de fer, haï de tous, désespéré, à l'heure même où la gloire embouchait sa trompette (Sartre, Mots, 1964, p. 156).
2. [Le compl. d'obj. désigne l'orifice d'un tuyau, l'embouchure d'un récipient, ou ce tuyau ou ce récipient lui-même] Le porter à (contre ou dans) sa bouche. Emboucher une bouteille. Gondran a embouché le canon de la fontaine. Le tuyau de fer emplit sa bouche; il tette de toutes ses forces pour faire venir l'eau (Giono, Colline,1929, p. 76).
Rem. Lar. Lang. fr. donne le syntagme emboucher une pipe.
B.− [Le compl. d'obj. désigne un être animé dans la bouche duquel on met qqc.]
1. MAN. Emboucher un cheval. Lui mettre dans la bouche le mors qui lui convient. Cet éperonnier s'entend bien à emboucher un cheval (Ac.1835, 1878).
2. Au fig., fam. Emboucher qqn.Lui dicter ce qu'il doit dire. Il l'a bien embouché. On l'a mal embouché (Ac.1835, 1878).
P. ext. Emboucher qqn de qqc.Est-ce qu'il [ton mari] m'a dit un seul mot d'excuse pour les grossièretés dont il m'a embouchée comme une cuisinière (Estaunié, Bonne Dame,1891, p. 152).
II.− Emploi pronom. réfl. S'engager dans quelque chose qui est assimilé à une bouche (cf. supra I B).
A.− Vieilli. [Le suj. désigne un cours d'eau] Se déverser dans un autre cours d'eau ou dans la mer. Cette rivière, après avoir passé le long des murailles de la ville, va s'emboucher dans la mer. La Marne s'embouche dans la Seine, à deux lieues au-dessus de Paris (Ac.1835, 1878) :
4. ... son extrémité occidentale [de l'île] est défendue par le fort Degli Alberonis'embouche le chenal des grands navires. Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 4, 1848, p. 396.
B.− MAR. [Le suj. désigne un bâtiment] S'engager dans une bouque*. Synon. plus usité embouquer.
Rem. Attesté ds Ac. 1932, Rob. (Bateau qui s'embouche) et Lar. Lang. fr.
Prononc. et Orth. : [ɑ ̃buʃe], (j') embouche [ɑ ̃buʃ]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Ca 1330 enbouchier « introduire dans une ouverture » (G. de Digulleville, Pèlerinage vie hum., 10244 ds T.-L.); B. 1. 1415 mar. emboucher « pénétrer dans une bouche, une embouchure » (Fév., Réglem. gén. pour la jurid. du prév. des march., § 469, Isambert, Rec., VIII, 571 ds Gdf. Compl.); 2. 1680 mar. s'emboucher « se jeter dans (d'un fleuve) » (Rich.); p. anal. 1699 méd. s'emboucher « se déverser dans » (Du Vernay ds Mém. de l'Acad. des sc., p. 229 d'apr. Trév. 1752); C. 1. a) ca 1350 mal enboukiet « endurci, rétif » (G. Le Muisit, Poésies, I, 367 ds T.-L.); 4equart xives. mal enbouquié » (d'un cheval) qui ne cède pas à l'impression du mors » (Froiss., Chron., II, 39, Kerv. ds Gdf.); 1525 emboucher « mettre le mors dans la bouche du cheval » (Cretin, Chants roy., a une dame de Lion, fo174 ro, éd. 1527 ds Gdf. Compl.); b) 1461-67 « mettre dans la bouche de quelqu'un; entretenir bouche à bouche » (J. de Beuil, Le Jouvencel, fo238 voms. Université ds Gdf.) − xvies. ds Gdf. Compl.; xve-xvies. fig. mal embouché « qui parle grossièrement » (Le vray disant Advoc. des dames, p. 13 ds Gdf. Compl.); 1573 (Dupuys); 2. av. 1570 mus. « mettre dans sa bouche un instrument à vent » (J. Grevin, Pastorale, éd. L. Pinvert, p. 223); 1771 (Trév. : Emboucher, en style figuré et Poëtique, faire des vers. Emboucher la trompette d'Homère); 1864 id. « dire qqc. à tout le monde » (Littré). Dér. de bouche*; préf. em-(en-*); dés. -er; l'a. fr. embouchié « de mauvaise qualité mais dont on met le meilleur sur le dessus » (Cart. de Ponthieu, Richel, 1. 10112, fo159 vods Gdf.) − xves. ibid. est peut-être un mot différent, v. FEW t. 1, p. 584b). Fréq. abs. littér. : 48. Bbg. Gottsch. Redens. 1930, p. 338.

EMBOUCHER2, verbe trans.

,,Mettre un animal à l'herbage pour l'engraisser`` (St-Riquier-Delp. 1975).
Rem. Attesté ds Nouv. Lar. ill.-Lar. Lang. fr.; apparaît sous la forme embaucher dans certains dialectes (cf. étymol.).
Prononc. et Orth. : [ɑ ̃buʃe]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1890 (DG). Altération sous l'infl. de bouche* du terme dial. embaucher Centre (Jaubert et Jossier Yonne), dér. avec préf. em-(en-*), dés. -er, de l'a. fr. bauc, bauch (bau*), prob. parce que les animaux destinés à l'abattoir étaient installés d'une façon particulière (FEW t. 15, 1, pp. 38-39).

Wiktionnaire

Verbe

emboucher \ɑ̃.bu.ʃe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’emboucher)

  1. (Musique) Mettre à sa bouche un instrument à vent, afin d’en tirer des sons.
    • Emboucher une trompette, un cor.
    • Ce même Blake avait parfois des accès de douceur assez inattendus ; il embouchait alors le pipeau dont il tirait des airs naïfs ; il avait le tempérament pastoral du Parisien qui soupire après la campagne d’Argenteuil. — (Julien Green, William Blake, prophète, dans Suite anglaise, 1972, Le Livre de Poche, page 41)
  2. Munir de quelque chose qu’on met dans la bouche, en particulier à propos d’un mors.
    • Avant de sortir le cheval, le piqueur ou le palefrenier le peigne, le lisse, et, en retirant la couverture, si on le lui ordonne, il en profite pour l’emboucher. — (Gabriel Maury, Des ruses employées dans le commerce des solipèdes, Jules Pailhès, 1877)
  3. Emboucher un cheval  : Lui mettre un mors dans la bouche.
  4. (Argot) Engueuler (mais en moins agressif).
  5. (Pronominal) Commencer à passer dans un endroit resserré, en parlant d’un bateau.
  6. (Pronominal) (Argot) S’engueuler.
  7. (Marine) Entrer dans l'embouchure d'une rivière.
  8. (Familier) Emboucher quelqu'un : Lui expliquer ce qu'il doit dire ou faire, lui faire la leçon.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

EMBOUCHER. v. tr.
Mettre à sa bouche un instrument à vent, afin d'en tirer des sons. Emboucher une trompette, un cor. Fig., Emboucher la trompette, Prendre le ton élevé, sublime. Il est ironique. Fig. et pop., Être mal embouché, Avoir l'habitude de parler impertinemment, de dire ou des injures ou des paroles indécentes. Il signifie aussi Munir de quelque chose qu'on met dans la bouche. Il se dit spécialement à propos d'un Mors. Emboucher un cheval.

S'EMBOUCHER se dit d'un Bateau qui commence à passer dans quelque endroit resserré.

Littré (1872-1877)

EMBOUCHER (an-bou-ché) v. a.
  • 1 Terme de musique. Appliquer sa bouche à un instrument à vent pour en tirer des sons. Emboucher un cor, une flûte.

    Fig. et poétiquement. Emboucher la trompette, prendre un ton élevé, sublime. Nous avons vu l'auteur [Bossuet] emboucher la trompette pendant une moitié de son récit, Chateaubriand, Gén. III, IV, 4.

    Fig. et familièrement. Emboucher la trompette, dire à tout le monde, ébruiter.

  • 2 Terme de manége. Mettre les mors dans la bouche d'un cheval.

    Choisir le mors qui convient le mieux à un cheval.

  • 3 Fig. Instruire d'avance de ce qu'il faut dire, faire le bec. Avant que de l'envoyer, il faut l'emboucher, de peur qu'il ne dise quelque sottise. Mon diable d'homme, qui avait son petit intérêt dans cette affaire, courut prévenir les aumôniers, et emboucha si bien les bons prêtres que…, Rousseau, Conf. II.
  • 4 Terme de marine. Pénétrer dans une embouchure, en parlant d'un vaisseau.
  • 5S'emboucher, v. réfl. Avoir son embouchure, en parlant des rivières. La Marne s'embouche dans la Seine à six kilomètres de Paris. La Seine s'embouche dans la mer auprès du Havre.

HISTORIQUE

XVe s. Se un voisin s'est approché De ce debat là sans faintise, Chascun en sera embouché, Coquillart, les Droits nouv.

XVIe s. D'un parler sainct, plein de deception, Le faux parjure est tousjours embouché, Marot, IV, 245. Ses fiers chevaux il attele, et embouche D'escumeux freins leur braveté farouche, Du Bellay, J. IV, 38, verso. Et pour ce qu'il y avoit tous-jours quelque canon et arquebuserie qui embouchoient [battaient dans] les portes, D'Aubigné, Hist. I, 312. Ce canon de son premier coup emboucha et creva un vertueil [sorte de canon] du fort, D'Aubigné, ib. III, 21. Solon luy demanda incontinent s'il y avoit rien de nouveau, et l'estranger, que Thalès avoit embouché, respondit…, Amyot, Solon, 9. Il envoya quelqu'un de ses familiers vers luy, l'ayant embouché de dire que…, Amyot, Nicias, 46. Marsyas qui inventa la hanche [l'anche] pour emboucher le hautbois, Amyot, Comment. refrén. la colère, 12.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

EMBOUCHER, v. act. (Manége.) terme qui dans sa véritable acception signifie & désigne non-seulement l’action de donner un mors quelconque à un cheval, mais l’art de le fabriquer & de l’approprier parfaitement à l’animal auquel on le destine.

Il est aussi difficile de fixer avec précision le tems où les hommes ont imaginé de réduire le cheval & de le maîtriser, en profitant adroitement de la sensibilité de sa bouche & de la disposition de cet organe à subir les diverses impressions de la main du cavalier, qu’il le seroit de déterminer véritablement celui où nous avons commencé à triompher de cet animal, & à le faire servir à nos besoins & à notre usage. D’un côté ces points de fait sont ensevelis dans une nuit dont il ne nous est pas permis de percer l’obscurité ; & de l’autre, ce que la tradition nous en apprend, en la supposant même dépouillée de toute ambiguité, ne nous conduiroit point exactement au vrai nœud de la difficulté que nous nous proposerions d’éclaircir & de resoudre. Nous ne pouvons douter que dans la langue des Grecs, une grande partie des termes consacrés à la navigation étoient adaptés à l’équitation. Nous trouvons dans Suidas celui de κέλης ou de coureur, également employé pour désigner des vaisseaux legers & des chevaux de course. Nous voyons qu’Homere appelloit les vaisseaux, des chevaux de mer, ἁλὸς ἵπποι : il nomme encore le pilote, le cocher d’un vaisseau. Pindare, le premier qui parmi les poëtes dont les ouvrages sont parvenus jusqu’à nous, ait donné Pégase pour monture à Bellérophon, & qui ait prétendu que Minerve surnommée par cette raison Chalinitis, lui a montré l’art de le dompter & de lui mettre un frein, appelle lui-même du nom de brides les ancres qui servent à fixer les vaisseaux ; tandis que Nonnus met en usage le mot καλινὸς, qui signifie frein, pour désigner les gouvernails des vaisseaux de Cadmus. Or quand nous ne serions pas fondés à inférer de ces expressions avec M. Freret (Voyez le vol. XIII. des mém. de l’acad. des Inscript. & Belles-Lett.), que le Pégase de Pindare étoit constamment un vaisseau dont Bellérophon s’empara, & la bride prétendue que Minerve lui donna, un gouvernail qu’il construisit ; & que nous pourrions croire au contraire que ce Pégase étoit un cheval, & cette bride une sorte de mors, nous n’en serions pas plus satisfaits & plus instruits, relativement à l’époque certaine de l’invention des embouchures, & relativement encore à l’espece de celle à laquelle ce même Bellérophon auroit eu recours. Des recherches sur le genre de ce frein seroient d’autant plus infructueuses, qu’aucun auteur ne nous en offre le plus leger indice ; & peut-être aussi que si quelques-uns d’entre eux l’avoient caractérisé par quelques denominations particulieres, ce qu’ils nous en auroient dit ne seroit pas plus instructif que leur silence. Il est constant, par exemple, qu’au tems où vivoit Xénophon, on embouchoit les chevaux ; non-seulement il nous donne des préceptes sur la maniere de brider l’animal, infrenetur, mais il s’exprime en termes trop clairs & trop positifs, pour que nous puissions résister à l’évidence de ce fait, ferrum freni sive lupos. Sommes-nous néanmoins plus éclairés sur la forme de ces loups, ou de ces freins louvetés dont nous parlent encore Ovide, Silius, Horace, & Virgile ?

Tempore paret equus lentis animosus habenis
Et placido duros accipit ore lupos. Ovid.

Quadrupedem flectit non cedens virga lupatis. Sil.

Lupatis temperet ora frenis. Hor.

Asper equus duris contunditur ora lupatis. Virg.

Les commentateurs se sont long-tems exercés sur ce point. Si nous nous en rapportons à eux, & principalement à Servius, nous devons penser que ces freins hérissés de pointes, ou armés & garnis de dents de loup inégales entre elles, étoient destinés aux chevaux dont la bouche étoit en quelque façon dépourvûe de sentiment. Mais comment, avec quelque connoissance de la conformation de cet organe, se persuader qu’une embouchure de cette sorte n’étoit pas plûtôt capable de desespérer l’animal, que de l’assujettir ? D’un autre côté, nous voyons dans le t. IV. du suppl. au liv. de l’antiq. du P. de Montfaucon, un mors de bride antique ; le fer, qui traversoit la bouche du cheval, est terminé d’une part par la tête d’un cheval : or ne pourroit-on pas présumer avec plus de raison, que ces mots lupata frena doivent s’entendre d’un frein qui avoit non une tête de cheval, mais une tête de loup à l’une de ses extrémités, ou à chacune d’elles ? Il est vrai que l’on peut objecter que ce mors prétendu n’en est point un, d’autant plus que sa configuration est très-extraordinaire, & dès-lors nous retomberons dans l’incertitude & dans les ténebres.

Tous les pas que nous pourrions faire, nous menant donc au doute & non à des découvertes sûres & avantageuses, je crois qu’il seroit plus simple & plus naturel de penser que les premiers peuples, qui inspirés par leurs besoins, ont cherché dans le cheval des ressources favorables aux commodités de la vie & du commerce, après l’avoir adouci & rendu familier, le conduisirent d’abord au son de la voix, & dirigerent ensuite sa marche à la maniere des Numides & des Gétules, appellés par tous les auteurs, ainsi qu’Appien appelle en général les Africains, gens inscia freni, c’est-à-dire qu’ils guiderent leurs chevaux avec un bâton, à-peu-près comme les Maures le pratiquerent ensuite, & comme quelques-uns le pratiquent encore aujourd’hui. La nécessité où l’on fut d’attacher le cheval pour le fixer en un lieu quelconque, suggéra l’idée de lui passer une corde autour de l’encolure ; telle est celle que l’on observe au-bas du cou du cheval de chaque Maure dans la colonne Trajane. Cette corde servit sans doute insensiblement de frein ; Strabon même nous assûre que plusieurs Maures employoient des freins de corde : or quoique celle qui entoure l’encolure ne paroisse point captiver la tête de l’animal, il est vraissemblable qu’elle pouvoit faciliter les moyens d’arrêter & de faire tourner le cheval, puisque nous sommes chaque jour convaincus par nos propres yeux, que des paysans grossiers maîtrisent & soûmettent par cette voie leurs chevaux. Le hasard ayant peut-être encore démontré le plus grand empire de l’homme sur cet animal, lorsqu’il est assujetti & maintenu par la tête, engagea à transporter à cette partie les liens placés au cou ; peu-à-peu & à mesure que l’occasion détermina à le retenir, on s’apperçut du pouvoir qu’on acquéroit sur lui, soit en le saisissant par les nasaux, soit en contournant cette corde en forme de muserolle ; enfin on parvint à reconnoître vaguement le sentiment dont sa bouche est doüée ; delà les brides & les licous dont parle Xénophon, & qui sont représentés sur les monumens romains. J’avoüe qu’en considérant les mors que nous offrent & que nous peignent la colonne Trajane, la colonne Antonine, & les autres marbres qui nous restent, nous ne voyons que des mors sans renes, mais ceux que nous remarquons sur la colonne de Théodose en sont garnis. Je conviendrai de plus, que les unes & les autres de ces embouchures de métal ou d’une matiere quelconque, ne sont nullement assemblées à des branches, & que nous ne trouvons pas le plus leger vestige de cette chaîne que nous nommons gourmette ; d’où je concluds que toutes ces additions sont postérieures, & que nous sommes parvenus au point où nous sommes à cet égard par la même route, c’est-à-dire par la voie toûjours lente du tâtonnement.

Quoi qu’il en soit de ces différentes conjectures, notre unique objet dans cet ouvrage est d’être utiles, & non de paroître & de nous montrer érudits. Je dirai donc que la science d’emboucher les chevaux, est de toutes les parties que renferme la science de l’Eperonnier, la plus délicate & la plus épineuse : les autres ouvrages auxquels il se livre demandent l’élégance dans les formes, la solidité dans la construction, la propreté, le fini dans l’exécution ; mais, eu égard à celui-ci, ces conditions ne sont pas suffisantes Les principes d’après lesquels l’Eperonnier doit agir, doivent être nécessairement fondés sur la connoissance parfaite, 1°. de la conformation de quelques parties du cheval : 2°. des situations respectives que la nature leur a assigné dans chaque individu : 3°. des rapports de force, de sensibilité, & de mouvemens qu’elle a mis entr’elles & les autres portions du corps : 4°. des effets méchaniques de cette machine simple, destinée à entretenir comme milieu, l’intime réciprocité du sentiment de la bouche de l’animal & de la main du cavalier ; effets qu’il est indispensable d’apprécier, pour fixer avec précision les mesures des parties du mors, mais dont cependant la théorie générale des leviers ne nous donne pas toutes les solutions que nous desirerions, parce qu’il entre dans les calculs auxquels nous nous abandonnons, en la consultant, une multitude d’élémens purement physiques, dont il est presque impossible de fixer la valeur. Aussi me suis-je défendu, dans une telle complication, la desunion de ces différens objets. J’ai pensé qu’en ne les séparant pas, & en les présentant sous un seul & unique point de vûe, je deviendrois plus intelligible. Voyez Mors. Vous trouverez à cet article tout ce qui peut, relativement à cette matiere, regarder l’art & le travail de l’Eperonnier. (e)

* Emboucher, v. act. (Luth.) il se dit en général des instrumens à vent ; les emboucher, c’est les appliquer à sa bouche de la maniere dont il convient, pour en tirer avec facilité tous les sons harmoniques qu’ils peuvent rendre.

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Étymologie de « emboucher »

(Siècle à préciser) De bouche, avec le préfixe em-.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

En 1, et bouche.

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Phonétique du mot « emboucher »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
emboucher ɑ̃buʃe

Évolution historique de l’usage du mot « emboucher »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « emboucher »

  • Suite à votre dernière conférence de presse donnée avec une fougue s’apparentant à un partisan zélé du pouvoir en place, certaines informations concernant nos clients ne nous laissent guère indifférents et nous sommes obligés d’emboucher la trompette  à l’effet de mettre la population au parfum, quant à leur caractère non avéré, car parsemées de zones d’ombre, elles ne visent qu’à ternir la réputation de nos clients, dévoués en tant que jeunes policiers à servir leur pays en intégrant la PNH. Rezo Nòdwès, Lettre ouverte au ministre Lucmane Delille | Rezo Nòdwès
  • On a ainsi vu des dictateurs impénitents emboucher des clairons pour s’autoproclamer champions de la démocratie et des Droits de l’Homme, afin de s’attirer les faveurs de la communauté des bailleurs de fonds qui, à l’époque, avaient eu la géniale idée de conditionner l’aide financière aux efforts de démocratisation, dont le respect des droits humains. Malheureusement, la dictature a la peau dure et les dictateurs ont plus d’un tour à leur sac. Aussi, la répression jadis ouverte et à la limite du défi est devenue plus insidieuse, prenant souvent des formes pernicieuses, sous des oripeaux démocratiques. camer.be, CAMEROUN :: Pius Njawé avait prédit sa mort! :: CAMEROON
  • Une mélodie n’a jamais suffi à transformer le monde, mais on l’a rarement bousculé sans chanter, taper sur un tambour ou emboucher un cuivre. Pour le meilleur et pour le pire ; dans les guerres et dans les manifestations ; dans les usines occupées et dans les rassemblements des sectes. Troublant pouvoir d’un art qui — jeu de notes, élaboration de rythmes, architecture de sons, enchevêtrement de tensions et de libérations — semble pourtant dépourvu de liens avec des objectifs concrets. Mais la musique incarne peut-être l’une des dimensions les plus précieuses de l’humanité : la capacité de faire résonner les rêves et les silences… pour rien. Pour ce luxe propre à tous les humains qu’est la mise en forme de ses émotions. Pour le plaisir et le partage. Le Monde diplomatique, Garder le banjo, par Renaud Lambert & Evelyne Pieiller (Le Monde diplomatique, juin 2020)
  • Le journaliste en mode pandémique est-il trop complaisant? Ou encore est-il trop réceptif aux humeurs du moment en raillant d’abord les lanceurs d’alerte, avant d’emboucher au contraire leurs trompettes pour réclamer les mesures les plus strictes du confinement de la population? Suivis par des centaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux et à la télévision, nous les journalistes du Palais fédéral n’avons jamais été pareillement sous les feux des projecteurs et, forcément, des critiques. Plutôt que d’y répondre, mieux vaut expliquer notre travail qui, paradoxalement, n’a jamais été aussi passionnant et aussi difficile. Le Temps, Les journalistes, ces narrateurs de l’urgence - Le Temps

Traductions du mot « emboucher »

Langue Traduction
Anglais embouch
Espagnol embouch
Italien embouch
Allemand embouch
Chinois 包子
Arabe الصمغ
Portugais embocar
Russe embouch
Japonais 包む
Basque embouch
Corse embouchure
Source : Google Translate API

Synonymes de « emboucher »

Source : synonymes de emboucher sur lebonsynonyme.fr

Emboucher

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