La langue française

Cocarde

Définitions du mot « cocarde »

Trésor de la Langue Française informatisé

COCARDE, subst. fém.

A.− Insigne d'étoffe ou de métal, généralement rond, de couleurs variées indiquant un grade, l'appartenance à une nation, à une armée ou à un parti.
1. Vx. Insigne que portaient à la coiffure certains hauts fonctionnaires et les militaires de nations ou d'armées différentes consistant soit en un morceau d'étoffe plissé en rond, soit en une plaque de métal circulaire, soit en un nœud de ruban. Prendre la cocarde. Partir à l'armée :
1. Soldat libre, au léger bagage, J'ai mis ma pipe à mon chapeau, Car la malice où je m'engage N'a ni cocarde ni drapeau. Bouilhet, Dernières chansons,Soldat libre, 1869, p. 51.
2. [En France, sous la Révolution] Insigne identique porté par les partisans de la Révolution puis par la population entière en signe de ralliement. Cocarde verte, tricolore; cocarde nationale, patriotique; chapeau à cocarde. Un tricorne à cocarde tricolore (Balzac, Le Cousin Pons,1847, p. 288):
2. Comme lui, [Camille Desmoulins] je piquais à mon chapeau la feuille d'un arbre, cocarde improvisée, symbole innocent et pur qui, deux jours après, devait passer par le sang et ne plus déteindre. Gozlan, Le Notaire de Chantilly,1836, p. 52.
3. Louis XVI vint à l'Hôtel de Ville le 17 : (...); il mit à son chapeau une énorme cocarde tricolore; on le déclara, sur place, honnête homme, père des Français, roi d'un peuple libre... Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 1, 1848, p. 219.
Cocarde blanche. Emblème des royalistes. Les assistants accueillirent cette lecture par des cris mille fois répétés de « vive Louis XVIII! vive le roi! vive Louis XVIII! » et prirent tous la cocarde blanche (Maurois, Les Silences du colonel Bramble,1918, p. 218).
3. P. méton. Parti, régime dont la cocarde est le symbole. Vos conspirations, vos chartes bourgeoises et vos changements de cocarde (G. Sand, Le Compagnon du Tour de France,1840, p. 262).J'avais contribué à étouffer les conspirations, à réunir les opinions sous la même cocarde (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 3, 1848, p. 302).
B.− P. anal. Partie d'un ornement.
1. Vieux
a) Nœud de ruban ou morceau d'étoffe de forme ronde ornant le chapeau des femmes. Une cocarde de rubans (Hugo, Le Rhin,1842, p. 384).Son petit bonnet rond avec une cocarde de dentelle au milieu (G. Sand, Histoire de ma vie,t. 2, 1855, p. 218).
Ornement de tissu placé sur le dessus d'une chaussure. Des bas de soie et des souliers à larges cocardes (T. Gautier, Le Capitaine Fracasse,1863, p. 356).
En cocarde. En forme de cocarde. De larges rubans de soie noire ajustés en cocarde sur le front (Hugo, Le Rhin,1842p. 366).
b) Ornement circulaire dont on paraît la tête des chevaux lors de certaines fêtes ou cérémonies :
4. Le mariage eut donc lieu à midi (...) Il fallut subir la curiosité de la foule, les cocardes multicolores des chevaux et des cochers (...) bref tout l'appareil à la fois éclatant et vulgaire d'une noce. O. Feuillet, Un Mariage dans le monde,1875, p. 89.
2. Emplois techn.
a) CH. DE FER Partie métallique d'un signal fixe (cf. Ch. Bricka, Cours de ch. de fer, t. 1, 1894, p. 432).
Rem. Attesté Lar. encyclop.
b) TAUROM. Rosace que l'« écarteur » tente de placer sur la tête ou le cou d'une vache (courses landaises), ou d'enlever du front ou du garrot d'un taureau (courses provençales). J'allai voir de jeunes paysans, verts de frousse, planter des cocardes dans le cuir de vaches efflanquées (S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 253).
3. Argot.
a) Très fam. [P. anal. de forme ou de couleur] Coup, contusion. Synon. cocard.Ma joue est ignoble, avec sa cocarde noire et boursouflée qu'entoure un cercle rose et tuméfié (Amiel, Journal intime,1866, p. 306).
b) [P. réf. à l'endroit où se fixe habituellement la cocarde] Tête. Quand le soleil tapera sur les cocardes (H. France, Dict.-journal, 1907)
P. métaph. [En parlant d'un vin] Taper sur la cocarde. Tourner la tête, enivrer. D'où cocarde, « cuite ». Avoir sa cocarde. Être ivre. Une cocarde de temps à autre, prise à la seule fin de voir la vie en rose! (Zola, L'Assommoir,1877, p. 580).
Prononc. et Orth. : [kɔkaʀd]. Ds Ac. 1740 et 1762, s.v. coquarde; Ac. 1798, s.v. coquarde renvoie à cocarde; ds Ac. 1835-1932 sous la forme moderne. Étymol. et Hist. 1. 1468 coiffee a la coquarde « qui porte une coiffe ornée de plumes de coq ou de rubans, ressemblant à une crête de coq redressée » (Speculum des pecheurs, ap. Ler. de Lincy, Femmes celebres de l'anc. France, p. 518 ds Gdf. Compl.); 1532 bonnet à la coquarde (Chroniques gargantuines, p. 40 ds Hug.); 1552 bonnet à la cocarde (Rabelais, Le Quart Livre, ch. 30, éd. Marty-Laveaux, II, p. 375); 2. 1732 coquarde « nœud de ruban que portent les soldats de couleur différente selon leur corps » (Trév.); 1789 « insigne d'un parti politique » (Moniteur, t. 2, p. 339 : Il est également défendu d'arborer et de porter des cocardes qui marquent le parti auquel on s'est associé); 1789 la cocarde nationale (ibid., p. 530); 3. 1835 « ornement dont on garnit les chapeaux de femme » (Ac.); 4. arg. a) 1858 « tête » (Larch., p. 458); b) 1861 avoir sa cocarde « être ivre » (Larch., p. 194). Dér. du m. fr. cocard, -arde, adj. « sot, fat », 1remoitié xives. ds T.-L., dér. de coq*, avec suff. -ard*; cf. avec 4 b avoir son aigrette, son panache, son pompon d'apr. Sain Lang. par., p. 271. Fréq. abs. littér. : 223. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 398, b) 476; xxes. : a) 353, b) 140.
DÉR.
Cocardisme, subst. masc.,péj. Amour outré de la patrie. Synon. chauvinisme, nationalisme.C'était plutôt l'homme [qui l'attirait], mis à part son cocardisme et sa bigoterie [de Coppée] (Léautaud, Journal littér.,2, 1907-09, p. 205). 1reattest. 1907-09 id.; de cocarde, suff. -isme*.
BBG. − Sain. Lang. par. 1920, p. 271.

Wiktionnaire

Nom commun

cocarde \kɔ.kaʁd\ féminin

  1. Insigne en étoffe ou en métal qui était porté principalement à la coiffure et surtout par les soldats.
    • Abraham Knupfer distingue son chapeau à trois cornes, ses aiguillettes de laine rouge, sa cocarde traversée d’une ganse, et sa queue nouée d’un ruban. — (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842)
    • Il sortit dans la rue avec une énorme cocarde tricolore. « Je voudrais bien savoir, dit-il, qui est-ce qui va venir m’arracher cette cocarde. » On l’aimait dans le quartier. « Personne, capitaine, personne, » lui répondit-on, et on le ramena doucement par le bras à la maison. — (Ernest Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, 1883, collection Folio, page 61.)
  2. Ornement en ruban plissé dont on garnit les chapeaux de femme.
    • Le Valentin devait faire un cadeau à sa Valentine, qui lui en donnait, sous forme d'une cocarde en ruban, un reçu scellé d'un baiser. — (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1923)
  3. (Vieilli) Insigne de certaines livrées et de certains attelages.
  4. (Tauromachie) (France) Boucle de tissu, située sur la tête d'un taureau, d'une vachette, que des joueurs tentent d'enlever.
    • La vachette apparaissait aux portes du toril, elle fonçait au milieu de la piste, en marquant un temps d'arrêt, pour regarder ceux qui l'entouraient. Les razeteurs la contournaient, en sifflant, et d'une main ils essayaient de lui enlever la cocarde accrochée aux cornes. — (Nicole Sagnimorte, Le Mas Pastourel, Éditions Publibook, 2007, p. 32)
  5. (Québec) Badge (pour s’identifier).

Forme de verbe

cocarde \kɔ.kaʁd\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe cocarder.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe cocarder.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe cocarder.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe cocarder.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe cocarder.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

COCARDE. n. f.
Insigne en étoffe ou en métal qui était porté principalement à la coiffure et surtout par les soldats. On reconnut à leurs cocardes qu'ils étaient Français. Cocarde tricolore. Cocarde noire. La cocarde espagnole est rouge. Il se dit encore d'un Ornement en ruban plissé dont on garnit les chapeaux de femme. Il désigne aussi un Insigne de certaines livrées et de certains attelages.

Littré (1872-1877)

COCARDE (ko-kar-d') s. f.
  • 1Insigne différent de couleur et de position, se portant au chapeau, et distinguant entre elles les nations européennes ou issues de l'Europe.

    Spécialement, insigne des troupes des différentes nations. Combattre sous une cocarde étrangère.

    Prendre la cocarde, se faire soldat. À son voisin il s'informe S'il n'est pas venu de Rome Quelque bref portant réforme Sur les ordres du dîner. - Non, répond son camarade, Ne crains pas qu'on s'y hasarde ; Car je prendrais la cocarde Et me ferais prussien, Chansons joyeuses.

  • 2Nœud qui orne la coiffure des femmes. Nous allons glanant sur vos pas et ramassant par-ci par-là quelques petites feuilles que vous avez négligées et que nous nous attachons fièrement sur l'oreille en guise de cocarde, Diderot, Lett. à Volt.

HISTORIQUE

XVIe s. Vestu d'une robe de couleur de roy, le bonnet à la coquarde, Rabelais, Pant. V, 16.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

COCARDE, s. m. (Art. milit.) en terme de marchand de modes, est une bouffette de rubans assortissans à l’ordonnance, que les gens de guerre attachent au bouton du chapeau.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « cocarde »

(XVe siècle) De coq avec le suffixe -ard ; le sens initial est « plumes ornementales à un chapeau qui rappelle la crête de coq ».
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Cocard, coq ; angl. cokade ; ainsi dit de la crête du coq.

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Phonétique du mot « cocarde »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
cocarde kɔkard

Évolution historique de l’usage du mot « cocarde »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « cocarde »

  • Avant la naissance du drapeau national, il est intéressant de se pencher sur celle de la cocarde, accessoire que l'on place sur les chapeaux ou les vêtements, dont l'usage est antérieur à 1789. Sous Louis XV et Louis XVI, la cocarde est en tissu ou en papier, en forme de cercle ou de nœud, avec ou sans rubans. Elle est décorative mais permet aussi d'exprimer une opinion ou de signaler l'appartenance à un groupe ou une institution. Très utilisée par les militaires, la cocarde va être adoptée par les civils et l'on constate qu'elle devient très répandue dès le mois de juin 1789, pour afficher son appartenance à tel mouvement d'opinion ou son attachement à la monarchie. La couleur du roi est le blanc, celle de la garde nationale créée en juillet, le bleu et le rouge. Le 14 juillet 1789, lors de la prise de la Bastille, la cocarde tricolore n'existe pas encore ; elle est créée dans les jours qui suivent, dans des circonstances que l'on ne connaît pas vraiment. Vers le 20 juillet, les premières cocardes tricolores apparaissent, avec le blanc placé au centre. Futura, Histoire : le bleu, couleur préférée des Français ?
  • Grand bouquet de cœurs multicolores, pluie blanche et strass bleus pour évoquer les personnels mobilisés dans les hôpitaux, bouquet cocarde bleu-blanc-rouge pour symboliser l’unité nationale, pluie de paillettes d’or pour évoquer la joie ou l’espoir… , Lanvollon : un feu d'artifice créé pour dire "merci" aux personnels mobilisés | La Presse d'Armor
  • C’est affublée d’une cocarde épinglée à la poitrine et d’un masque bleu-blanc-rouge portant les deux étoiles de la Coupe du Monde que l’artiste briochine Pauline Cabioc’h, alias Clothilde de Cambronne, a effectué son devoir civique à l’hôtel de ville ce dimanche 28 juin. « J’adore voter, j’adore donner mon avis. C’est le plus beau jour de ma vie », s’est-elle exclamée devant les assesseurs du bureau. L’occasion pour l’artiste de se proclamer « bouffon officiel de la Ville de Saint-Brieuc ». Nul doute qu’elle devrait « animer » régulièrement la vie municipale… Le Telegramme, Clothilde de Cambronne s’autoproclame bouffon officiel de la Ville de Saint-Brieuc - Saint-Brieuc - Le Télégramme

Traductions du mot « cocarde »

Langue Traduction
Anglais cockade
Espagnol escarapela
Italien coccarda
Allemand kokarde
Chinois 帽徽
Arabe كوكتيل
Portugais cocar
Russe кокарда
Japonais コッカド
Basque cockade
Corse cockade
Source : Google Translate API

Synonymes de « cocarde »

Source : synonymes de cocarde sur lebonsynonyme.fr

Cocarde

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