La langue française

Cerf

Sommaire

  • Définitions du mot cerf
  • Étymologie de « cerf »
  • Phonétique de « cerf »
  • Évolution historique de l’usage du mot « cerf »
  • Citations contenant le mot « cerf »
  • Images d'illustration du mot « cerf »
  • Traductions du mot « cerf »
  • Synonymes de « cerf »

Définitions du mot cerf

Trésor de la Langue Française informatisé

CERF, subst. masc.

A.− ZOOLOGIE
1. Mammifère, type des cervidés, à la tête garnie de bois ramifiés, à la taille élancée et à l'allure majestueuse, aux pattes fines, agile à la course et qui est un gibier très recherché, notamment pour la chasse à courre. Bois de cerf, cerf aux abois, grand cerf :
1. Lorsque le Cerf fut vraiment devant elle, elle reconnut ses lignes admirables, son port altier, sa majesté inoubliée. Les années ne l'avaient nullement amoindrie. C'était toujours cette large encolure, cette tête haut-levée que sommait une ramure parfaite, ample, ouverte, chevillée d'espois réguliers jusqu'à la double empaumure. Le regard de la Bête avait gardé le même luisant, frais et mouillé, la même clarté dormante où passaient de soudaines étincelles. (...) Et, surtout, la couleur du pelage avait changé, d'un gris pâle où les dernières nuances fauves froidissaient et s'éteignaient. C'était la couleur même des vieux chênes qui l'encadraient; ... Genevoix, La Forêt perdue,Paris, Plon, 1967, p. 203.
SYNT. 1. Relatifs aux variétés de cerfs : cerf blanc, commun, de Corse, des Ardennes, noir, tacheté. 2. Relatifs à leur âge, c'est-à-dire à leurs bois : cerf à (le cerf fait) sa 1retête « cerf dans sa 3eannée », cerf à (le cerf fait) sa 2etête « cerf dans sa 4eannée »; cerf à (le cerf fait) sa 3etête « cerf dans sa 5eannée », cerf dix-cors jeunement « cerf dans sa 6eannée », cerf dix cors « cerf dans sa 7eannée »; jeune cerf « cerf dans ses 3e, 4eet 5eannées », grand cerf « cerf dans sa 8eannée ou de 6 à 8 ans », grand vieux cerf « cerf de 9 à 12 ans », vieux cerf « cerf de plus de 12 ans » (loc. contestée); le cerf ravale ou se ravale (à partir de 16 ans jusqu'à sa mort naturelle vers 20 ans, les bois s'atrophient et les têtes s'ordonnent de façon irrégulière; cf. Druon, Les Grandes familles, t. 1, 1948, p. 14). 3. Relatifs aux particularités physiques du cerf ou à celles de sa vie : abattures du cerf, daintiers du cerf « ses testicules » (cf. Faral, La Vie quotidienne au temps de St Louis, 1942, p. 35), écuyer de cerf « jeune cerf accompagnant un vieux », larmes de cerf, massacre de cerf (cf. A. France, L'Anneau d'améthyste, 1899, p. 61), rut du cerf, tête de cerf (Flaubert, Madame Bovary, t. 2, 1857, p. 41); le cerf brame (cf. Zola, La Faute de l'Abbé Mouret, 1875, p. 1408). 4. Relatifs à la chasse : chasse au cerf, curée du cerf, fumées du cerf « ses fientes », pied du cerf « ses empreintes »; chasser le cerf, courir le cerf (cf. T. Gautier, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 35), détourner le cerf, lever un cerf (Faral, op. cit., p. 36), laisser courre le cerf; le cerf est de hautes erres, le cerf se rembûche; servir le cerf.
2. Synon. vieilli de cervidés* (cf. également bois ex. 7) :
2. ... elles [les cornes] diffèrent essentiellement des prolongements osseux qu'on nomme bois dans le genre des cerfs. Ceux-ci croissent par leur extrémité libre; ils sont recouverts par la peau pendant le temps de leur croissance; ils tombent et se reproduisent à une certaine époque de l'année. Les autres croissent par leur base; elles ne sont pas recouvertes de la peau; elles sont permanentes. Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 2, 1805, p. 614.
SYNT. Relatifs aux différentes espèces de cerfs : cerf axis (Dumont d'Urville, Voyage au Pôle Sud. t. 8, 1845, p. 17); cerf du Canada « wapiti » (Chateaubriand, Voyage en Amérique, en France et en Italie, 1827, p. 130).
Rem. Cerf désigne le genre jusqu'à la fin du xixes., époque à laquelle il est remplacé par cervidés (Lar. 19eSuppl. 1878) et comprend le cerf proprement dit, le renne, l'élan, etc. (cf. Bouillet 1859, Privat-Foc. 1870).
B.− Emplois symboliques ou fig.
1. HÉRALDIQUE :
3. ... elle épousait des armes déjà vieilles de deux cents ans, les Bargeton écartèlent d'or trois massacres de cerf de gueules, deux et un croisés de trois rencontres de bœuf de sable, un et deux et fascé d'azur et d'argent de six pièces, l'azur chargé de six coquilles d'or, trois, deux et un. Balzac, Les Illusions perdues,1843, p. 43.
SYNT. Cerf élancé (synon. de cerf courant), cerf passant, cerf ramé (dont le bois est d'un émail distinct), cerf sommé (dont le bois a neuf cors au moins), massacre de cerf (la ramure avec une partie du crâne), rencontre de cerf (la tête détachée du corps et présentée de face).
2. [Avec une valeur symbolique]
a) [Les rapports fam. avec les animaux exprimant le retour à la simplicité première] Symbole de l'innocence primitive (des mœurs) :
4. Chaque animal sauvage étant pour le chevalier un symbole, son rugissement ou son appel devient une phrase symbolique qui s'inscrit en lettres de feu sur notre esprit. (...) Chaque espèce ne vous dit qu'une phrase, (...) Le cerf, sur la pureté, (...) Et c'est d'ailleurs toujours le vieux mâle qui vous parle. Il y a derrière lui de petites faonnes ravissantes, (...) Non, c'est toujours le dix cors (...) qui vous sermonne. Giraudoux, Ondine,1939, I, 2, p. 22.
b) RELIGION
[P. réf. à sa ramure se renouvelant périodiquement] Symbole de la renaissance, de la survie de l'âme à la mort physique (cf. Symboles 1969).
[P. réf. aux abois pendant lesquels le cerf se jette à l'eau pour se désaltérer et échapper aux chiens, p. réf. également au Psaume 41, 2 de la Bible « Comme le cerf soupire après les eaux courantes, ainsi mon âme soupire après toi, ô mon Dieu » Trad. A. Crampon] Symbole de l'âme aspirant à Dieu ou à la régénérescence par le baptême :
5. Comme le cerf, dit le psaume, comme le cerf vers le bruit de l'eau qui sourd languissant et gémissant, C'est ainsi que le roi Louis, notre sire, il est là qui désire vers le Soleil Levant! Claudel, Visages radieux,La Vocation de St Louis, 1947, p. 768.
6. Une seule chose importe, c'est que, braves ou lâches, nous nous trouvions toujours là où Dieu nous veut, nous fiant à Lui pour le reste. Oui, il n'est d'autre remède à la peur que de se jeter à corps perdu dans la volonté de Dieu, ainsi qu'un cerf poursuivi par les chiens, dans l'eau fraîche et noire. Bernanos, Dialogues des Carmélites,1948, 4etabl., 8, p. 1662.
Rem. Cf. également Barrès, La Colline inspirée, 1913, p. 278.
HAGIOGRAPHIE. [P. réf. à la croix lumineuse apparue entre les bois d'un cerf à plusieurs saints au cours d'une chasse, notamment à saint Hubert] Symbole du Christ, de la révélation divine, origine de la conversion :
7. Il y a sur la porte [de la chapelle] un bas-relief très réjouissant et très gentil : c'est la rencontre de saint Hubert avec le cerf mystique qui porte un crucifix entre les cornes. Le saint est à genoux; plane au-dessus un ange qui va lui mettre une couronne sur son bonnet; à côté on voit son cheval qui regarde de sa bonne figure d'animal étonné; ses chiens jappent, et, sur la montagne dont les tranches et les facettes figurent des cristaux, le serpent rampe. Flaubert, Par les champs et par les grèves,1848, p. 176.
Rem. Cf. également cerfs portant une croix de feu entre leurs cornes (Id., L'Éducation sentimentale, t. 2, 1869, p. 155).
3. Arg. [P. réf. à la rapidité de cet animal] Se déguiser en cerf. Courir (cf. D. Poulot, Le Sublime, 1872, p. 37).
4. Pop. [P. réf. aux ramifications de ses bois et aux cornes ordinaires qui sont l'emblème du] Mari trompé :
8. Quelque temps avant que Louis XV fût arrangé avec Madame de Pompadour, elle courait après lui aux chasses. Le roi eut la complaisance d'envoyer à M. d'Étioles une ramure de cerf. Celui-ci la fit mettre dans sa salle à manger, avec ces mots « Présent fait par le roi à M. d'Étioles ». Chamfort, Caractères et anecdotes,1794, p. 99.
Rem. Cf. également Flaubert, Correspondance, 1854, p. 34.
Prononc. et Orth. : [sε:ʀ]. Passy 1914, Barbeau-Rodhe 1930, Dub., Warn. 1968, Lar. Lang. fr. admettent en outre [sε ʀf]. Pour Gattel 1841, ,,l'f ne se prononce jamais devant les consonnes``. Fél. 1851 transcrit : sêrf, avec la précision : ,,on prononce ser au pl.`` Aussi Littré peut-il légitimement considérer la prononc. de ce mot comme étant ,,loin d'être bien fixée``. Au plur., liaison en [z] admissible : les sèr-z et les daims (d'apr. Littré). Selon Fouché Prononc. 1959 : cerf [sε:ʀ], mais serf [sε ʀf]. Ds Ac. 1694-1932. Homon. (il) serre, serre, (il) sert. Étymol. et Hist. Ca 1100 (Chanson de Roland, éd. Bédier, v. 1874). Du lat. class. cervus « id. ». Fréq. abs. littér. : 558. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 215, b) 1 190; xxes. : a) 523, b) 382. Bbg. Darm. Vie 1932, p. 147. − Gottsch. Redens. 1930, pp. 42-43. − Goug. Lang. pop. 1929, p. 36. − Rommel 1954, p. 98. − Sain. Lang. par. 1920, p. 404. − Sigurs 1963/64, p. 505.

Wiktionnaire

Nom commun

cerf \sɛʁ\ ou \sɛʁf\ masculin (pour la femelle on dit : biche)

  1. (Zoologie) Espèce de mammifère ruminant dont le mâle porte sur la tête des cornes ramifiées appelées « bois ».
  2. (En particulier) Mâle de cette espèce.
    • Le grand cerf sauta la haie et disparut dans la forêt.
  3. (Zoologie) Cerf élaphe.
  4. (Héraldique) Meuble représentant l’animal du même nom dans les armoiries. Il est généralement représenté passant, vilené avec une ramure. À rapprocher de biche, chevreuil, daim et élan.
    • De gueules au cerf d’or, au chef ondé de sinople soutenu aussi d’or, chargé d’une moucheture d’hermine accostée de deux carpes posées en face et affrontées, le tout aussi d’or, qui est de Huelgoat du Finistère → voir illustration « armoiries avec un cerf »
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CERF. n. m.
(Au pluriel on ne prononce pas l'F.) Bête fauve, du genre des Ruminants, qui porte sur la tête des cornes ramifiées appelées Bois. Un jeune cerf. Un vieux cerf. Un cerf dix cors. Le bois d'un cerf. Un cerf qui brame. Lancer le cerf. Chasser, courir le cerf. Un cerf qui tient les abois. Un pâté de cerf. Des filets de cerf.

Littré (1872-1877)

CERF (sèr : un cerf dix cors, dites : un sèr dix cors ; l'Académie ne dit rien sur la prononciation de ce mot, qui est loin d'être bien fixée ; au singulier plusieurs font entendre l'f ; Ménage écrivait cêr, preuve que, de son temps, l'f ne se prononçait pas ; quelques-uns veulent que l'f se fasse entendre seulement quand cerf est isolé ou final : le chien a forcé le sèrf ; mais cette exception ne paraît pas fondée sur un véritable usage ; au pluriel l'f ni l's ne se prononcent : les sèr ; l's ne se lie pas : les cerfs et les daims, dites les sèr et les daims ; cependant quelques-uns disent : les sèr-z et les daims) s. m.
  • 1Nom de genre d'un ruminant à cornes pleines ou osseuses, et caduques, rondes, ramifiées ; et, en particulier, nom d'une bête fauve de nos forêts, cerf commun (cervus elaphus, L.). Le bois ou la tête d'un cerf. Les andouillers de la tête d'un cerf. Lancer, détourner, courre, prendre le cerf. Être à la mort du cerf. Un cerf bien donné aux chiens est à demi pris. Le carnage du cerf se préparant aux chiens, Rotrou, Vencesl. I, 1. Dans le cristal d'une fontaine Un cerf se mirant autrefois Louait la beauté de son bois Et ne pouvait qu'avecque peine Souffrir ses jambes de fuseaux, La Fontaine, Fabl. VI, 9. Et nous conclûmes tous d'attacher nos efforts Sur un cerf qu'un chacun nous disait cerf dix cors ; Mais moi, mon jugement, sans qu'aux marques j'arrête, Fut qu'il n'était que cerf à sa seconde tête, Molière, Fâch. II, 7.

    Les petits se nomment faons, pendant un an entier ; daguets, la seconde année ; cerfs à leur première tête, pendant la troisième ; cerfs à leur seconde et troisième tête, pendant la quatrième et la cinquième ; cerfs à dix cors jeunement, pendant la sixième ; cerfs à dix cors, pendant la septième ; grands cerfs, à huit ans ; et grands vieux cerfs, à neuf. Voy. TÊTE et CORS.

    Familièrement. C'est un cerf, il court avec une très grande rapidité. Il a des jambes de cerf, il a des jambes rapides ou minces comme celles du cerf.

    Os de cœur de cerf, os qui, se trouvant dans le cœur du cerf, a été employé jadis dans les maladies du cœur, mais qui est tout à fait inerte.

    Terme de blason. Cerf sommé, cerf ramé de 9, 10, 13 cors et quelquefois davantage.

    Fig. Un cerf, un couard, un lâche. Je craindrais plus, disait un militaire, une armée de cerfs commandée par un lion, qu'une armée de lions commandée par un cerf.

  • 2 Terme de vétérinaire. Mal de cerf, nom vulgaire donné au tétanos chez le cheval, à cause de la roidure de l'encolure.
  • 3Parc aux cerfs, petite maison où Louis XV avait une espèce de sérail.

HISTORIQUE

XIe s. Si com li cers s'en va devant les chiens, Ch. de Rol. CXXXIX. Les mains [ils] lui lient à courreies de cerf, ib. CCLXXII. [Il] met lui au poing de cerf le destre gant, ib. CCLXXX.

XIIe s. Si com li cers fuit devant le levrier, Roncisv. 87.

XIIIe s. Sur un bon chaceour [cheval] le cerf tant [il] parsuivi, Berte, CVIII.

XIVe s. Car un proverbe dit par vraie auctorité : Nature fait le cerf tracier au bois ramé, Guesclin, 20969. Le col estendu comme cerf en lande, Ménagier, I, 3. Quand le lion voit ou treuve un serf ou une chievre salvage, Oresme, Eth. 93.

XVIe s. Au cerf la biere, au sanglier le miere [c'est-à-dire les plaies faites par le cerf sont mortelles ; celles que fait le sanglier reclament le médecin ; proverbe qu'on trouve aussi sous la forme : au cerf la bierre, au sanglier le barbier], Le Roux, Dict. comique. Sers comme serf, ou fuy comme cerf, Leroux de Lincy, Proverbes, t. I, p. 155.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

CERF, cervulus, (Hist. anc. & mod.) espece de jeu usité parmi les payens, & dont l’usage s’étoit autrefois introduit parmi les Chrétiens : il consistoit à se travestir au nouvel an sous la forme de divers animaux. Les ecclésiastiques se déchaînerent avec raison contre un abus si indigne du Christianisme ; & ce ne fut point sans peine qu’ils parvinrent à le déraciner. Voyez le Gloss. de Ducange.

* Cerf, s. m. (Hist. nat. & Ven.) cervus, animal quadrupede, ruminant, qui a le pié fourchu, les cornes branchues, non creuses, & tombant chaque année : voilà les caracteres généraux sur lesquels on a établi le genre d’animaux qui portent le nom de cerf, cervinum genus : ce genre comprend le cerf, le dain, l’élan, le renne, le chevreuil, la giraffe, &c. Voyez ces derniers à leurs articles.

Le cerf proprement dit est de la grandeur d’un petit cheval ; son poil est de couleur fauve rougeâtre ; ses cornes sont longues, & d’une consistance très-dure ; le devant de la tête est plat ; les yeux sont grands ; les jambes longues & menues, & la queue courte.

On prétend que les cerfs vivent très-long-tems ; on a dit que la durée de leur vie s’étendoit à plusieurs siecles : on a même avancé jadis qu’ils vivoient quatre fois aussi long-tems que les corneilles, à qui l’on donnoit neuf fois la durée de la vie de l’homme. On peut juger de cette fable par le résultat, qui assigneroit aux cerfs trois mille six cens ans de vie.

Pline a assûré qu’on en avoit pris un plus de cent ans après la mort d’Alexandre, avec un collier d’or chargé d’une inscription, qui marquoit que ce collier lui avoit été donné par ce prince. On en raconte autant de César. On dit aussi que l’on trouva la biche d’Auguste plus de deux siecles après sa mort. On sait l’histoire du cerf chassé par Charles VI.

On connoît la vieillesse, mais non l’âge des cerfs, aux piés & à la tête, ainsi qu’aux allures. Ils ont à sept ans leur entiere hauteur de corps & de tête. On raconte de leurs courses, de leurs reposées, de leur pâture, ressui, diete, jeûnes, purgations, circonspection, maniere de vivre, sur-tout lorsqu’ils ont atteint l’âge de raison, une infinité de choses merveilleuses, qu’on trouvera dans Fouilloux, Salnove, &c. qui ont écrit de la chasse du cerf en enthousiastes, &c.

Age & distinction des cerfs. Depuis qu’un cerf est né jusqu’à un an passé, il ne porte point de bois, & s’appelle faon. En entrant dans la seconde année, il pousse deux petites perches qui excedent un peu les oreilles ; on appelle ces perches dagues, & ces jeunes cerfs, daguets. La troisieme année les perches qu’ils poussent se sement de petits andouillers, au nombre de deux à chaque perche. Les quatrieme & cinquieme année, la tête prend 8, 10, 12 pouces de long. La sixieme, dans laquelle le cerf s’appelle cerf dix cors jeunement, la tête prend 12 à 14 pouces. La septieme, dans laquelle il s’appelle cerf de dix cors, elle prend 16, 18, 20, & 24 pouces. La huitieme année, il prend le nom de grand cerf ; & la neuvieme, celui de grand vieux cerf.

Du rut des cerfs. Les vieux cerfs, les cerfs de dix cors, & ceux de dix cors jeunement, entrent en chaleur au commencement du mois de Septembre, quelquefois plûtôt ou plûtard de sept à huit jours : il leur prend alors une mélancholie qui dérange considérablement la sagesse de leur conduite. Ils ont la tête basse ; ils marchent jour & nuit, ce qui s’appelle muser ; ils deviennent furieux ; ils attaquent l’homme, &c. cet état dure cinq ou six jours, au bout desquels ils entrent dans la forte chaleur du rut, beuglent, ce qui s’appelle raire, ou réer, cherchent les biches, les poursuivent, & les tourmentent. Après le rut de ces cerfs, commence celui des jeunes, qui s’emparent des biches en l’absence des vieux, & se contentent de leurs restes.

Le fort du rut est depuis quatre heures du soir jusqu’à neuf heures du matin : Ils ont alors entr’eux des combats où il y en a de blessés, & même de tués : leurs cornes s’entrelacent ; ils restent pris tête contre tête, & sont dévorés des loups. Ceux qui voudront lire des merveilles de leurs combats amoureux, pourront consulter les auteurs que nous avons cités plus haut.

Le rut des grands cerfs dure trois semaines, dans lesquelles ils ont quinze à seize jours de forte chaleur ; le rut des jeunes cerfs dure douze à quinze jours : ainsi le tems du rut en général est d’environ cinq semaines. Alors la chasse en est dangereuse, & pour les chasseurs & pour les chiens : le cerf répand, dit-on, dans le rut une odeur si forte & si puante, que les chiens refusent quelquefois de le chasser.

Le rut de la biche est plus tardif que celui des cerfs ; un cerf en saillit jusqu’à quinze ou seize.

La biche est plus petite que le cerf ; elle n’a point de cornes ; ses mamelles sont au nombre de quatre, comme celles de la vache ; elle porte pendant huit mois & n’a qu’un faon, qu’elle garde jusqu’au tems du rut.

Charles I. roi d’Angleterre, dont Harvey étoit Medecin, lui abandonna toutes les biches de ses parcs : ce fut au-dedans de ces animaux qu’il chercha à découvrir le mystere de la génération. Harvey, dit M. de Maupertuis, dans sa Venus physique, opuscule où l’esprit & les connoissances se sont remarquer également, immolant tous les jours quelque biche dans le tems où elles reçoivent le mâle, & disséquant leurs matrices, n’y trouva jamais de liqueur séminale du mâle, jamais d’œuf dans les trompes, jamais d’altération à l’ovaire prétendu, qu’il appelle comme d’autres Anatomistes, le testicule de la femelle. Les premiers changemens qu’il apperçût dans les organes de la génération furent à la matrice ; il trouva cette partie enflée & plus molle qu’à l’ordinaire. Dans les quadrupedes elle paroît double, quoiqu’elle n’ait qu’une seule cavité ; son fond forme comme deux réduits qu’on appelle cernes, dans lesquelles se trouve le fœtus. Ce furent ces endroits qui lui parurent les plus altérés ; Harvey y observa plusieurs excroissances spongieuses, qu’il compare au bout des tétons des femmes. Il en coupa quelques-unes qu’il trouva parsemées de petits points blancs enduits d’une matiere visqueuse ; le fond de la matrice qui formoit leurs parois, étoit gonflé & tuméfié comme les levres des enfans, lorsqu’elles ont été piquées par des abeilles, & tellement mollasse, qu’il paroissoit d’une consistance semblable à celle du cerveau.

Pendant les mois de Septembre & d’Octobre, tems auquel les biches reçoivent le cerf tous les jours, & par des expériences de plusieurs années, Harvey ne parvint jamais à découvrir dans toutes les matrices des biches, une seule goutte de liqueur séminale.

Au mois de Novembre, la tumeur de la matrice étoit diminuée, & les caroncules fongueuses devenues flasques : mais ce qui fut un nouveau spectacle pour l’observateur, des filets déliés, étendus d’une corne à l’autre de la matrice, formoient une espece de réseau semblable aux toiles d’araignée, & s’insinuant entre les rides de la membrane intérieure de la matrice, ils s’entrelaçoient autour des caroncules, à peu près comme on voit la pie-mere suivre & embrasser les contours du cerveau.

Ce réseau forma bientôt une poche dont les dehors étoient enduits d’une matiere fétide, le dedans lisse & poli contenant une liqueur semblable au blanc d’œuf, dans laquelle nageoit une autre enveloppe sphérique, remplie d’une liqueur plus claire & crystalline ; ce fut dans cette liqueur qu’il apperçut un nouveau prodige. Ce ne fut point un animal tout organisé, comme on le devoit attendre ; ce fut le principe d’un animal, un point vivant, punctum saliens. On le vit dans la liqueur crystalline sauter & battre, tirant son accroissement d’une veine qui se perd dans la liqueur où il nage.

Les parties du corps viennent bientôt s’y joindre, mais en différent ordre & en différent tems ; ce n’est d’abord qu’un mucilage divisé en deux petites masses, dont l’une forme la tête, l’autre le tronc. Vers la fin de Novembre le fœtus est formé ; & tout cet admirable ouvrage, lorsqu’il paroît une fois commencé, s’acheve promptement : huit jours après la premiere apparence du point vivant, l’animal est tellement avancé, qu’on peut distinguer son sexe. Mais cet ouvrage ne se fait que par parties ; celles du dedans sont formées avant celles du dehors ; les visceres & les intestins, avant que d’être couverts du thorax & de l’abdomen ; & ces dernieres parties destinées à mettre les autres à couvert, ne paroissent ajoûtées que comme un toît à l’édifice. Voy. la Venus Physique de M. de Maupertuis.

Nous avons rapporté ici toutes ces particularités sur la formation du faon ; parce que la génération pourroit bien s’exécuter autrement dans un autre animal, quoique Harvey ait voulu généraliser ses expériences sur les biches, & les étendre à tous les autres quadrupedes.

Retraite. Après le rut, le cerf maigre, décharné, &c. se retire au fond des forêts où il vit de gland, de feuilles, de ronces, de la pointe des bruyeres, de cresson, &c.

Attroupement. Au mois de Décembre les cerfs s’attroupent ; les vieux cerfs, ceux de dix cors, quelques-uns de dix cors jeunement, se mettent ensemble. Ceux qui sont un peu au-dessous de cet âge, forment une autre troupe ; les daguets & ceux du second bois, restent avec les biches. Il n’est pas donné à tout le monde d’appercevoir l’exactitude de ces distributions : mais quoi qu’il en soit, il est constant que plus l’hyver est rude, plus les troupes sont grandes. Ces animaux se placent fort près les uns des autres à la reposée afin de s’échauffer.

Changement de pays & de viandis. Les cerfs changent plusieurs fois l’an de pays & de viandis ; ils gardent le fond des bois en hyver, & y vivent, comme on a dit plus haut ; au printems ils vont aux buissons, bois coupé d’un an, seigle, blé, pois, seves, &c. Ils gardent les buissons tout l’été, & viandent aux mêmes endroits : en automne, ils se rapprochent des grands bois, & vivent du regain, des chaumes, des avoines, des prés.

Séparation, mue, & chûte des têtes. Vers la mi-Fevrier, ou au commencement de Mars, les cerfs se séparent ; ils ne restent que deux ou trois ensemble pour aller aux buissons mettre bas leur tête. Il ne s’agit ici que des cerfs de dix cors, de dix cors jeunement, & vieux cerfs ; les autres se contentent de s’éloigner seulement du milieu de la forêt.

Au printems ils muent ; & il s’engendre sur eux entre cuir & chair des pustules ou ulceres, dans lesquels il se forme des vers qui leur sortent par le gosier, la gueule, les narines ; quelquefois ils en meurent : on dit que leur sang se purifie par cette voie.

C’est encore à des vers qu’on attribue la chûte de leur tête ; on dit que cette vermine se glissant le long du cou entre cuir & chair, se place entre le massacre & la tête, cernent tout cet endroit, chagrinent le cerf, & lui font agiter les cornes si violemment, qu’elles se détachent : les deux cornes ne tombent point toûjours en même tems ; ce qui fait qu’on n’en trouve assez souvent qu’une dans un même endroit.

Il y en a qui prétendent que lorsqu’un cerf a perdu son bois, il s’enfonce dans la forêt, s’y cache, & n’ose paroître. Quoi qu’il en soit, peu de tems après cette chûte, il se forme sur le massacre, ou l’endroit que les cornes ou la tête couvroient, une peau déliée garnie de poils gris de souris, sous laquelle les meules croissent & se gonflent. On entend par meules, la tige des cornes. L’accroissement & le gonflement des meules se font en cinq ou six jours. Les vieux cerfs, cerfs de dix cors, & cerfs de dix cors jeunement, mettent bas les premiers, & presque tous en même tems. Quand la peau a couvert les meules, la tête pousse ; & quinze jours après elle a un demi-pié, & les premiers andouillers ont quatre doigts : au bout de quinze autres jours, elle croît d’un autre demi-pié & davantage, & les seconds andouillers ont trois doigts ; les premiers sont augmentés d’autant ; l’accroissement continue : à la mi-Mai, les cerfs de dix cors, & de dix cors jeunement, ont poussé leur tête à demi, & toutes entieres à la fin du mois de Juillet. Les jeunes au huitieme & dixieme d’Août seulement, quoiqu’ils ne mettent bas que trois semaines après les cerfs de dix cors : quand les cerfs ont poussé leur tête, & qu’elle est dure, ils en ôtent la peau velue qui la couvre en se frottant au bois ; on nomme cette peau mousse, & frayoir la trace qu’ils font au bois : elle sert aux chasseurs à reconnoître non-seulement la présence du cerf, mais encore son âge. On dit que le cerf mange avidement toutes ces particules de peau, dont il débarrasse sa tête nouvelle.

Connoissance de la tête. Les meules sont adhérentes au massacre : cette fraise en forme de petit rocher, qui est plus haut & qui les entoure, s’appelle pierrure : ce qui s’éleve du rocher, perche ou mairin ; ce qui part des perches, andouillers. Les andouillers les plus près des meules se nomment maîtres andouillers, les suivans s’appellent seconds, troisiemes, & quatriemes andouillers & sur-andouillers. Les sur-andouillers partent de l’empaumûre. On entend par une empaumûre, une largeur placée à l’extrémité de la tête aux cerfs de dix cors, car les jeunes n’en ont point. Cette largeur a la forme de la paume de la main, & les sur-andouillers en partent comme des doigts ; le grain du bois s’appelle perlure, & les deux maîtresses rainures, dont le fond est lisse, & qu’on voit pratiquées entre la perlure, s’appellent gouttieres.

Connoissance de l’âge du cerf par le pié & l’allure. Il est aisé de confondre les grosses biches brehaines & les biches pleines avec les cerfs, sur-tout jeunes ; cependant les pinces de la biche sont plus oblongues & moins rondes. Plus un cerf est jeune, plus il a l’ongle petit & coupant. Quant aux allures, le jeune cerf met son pié de derriere dans celui de devant, n’en rompant que la moitié ; celui de dix cors jeunement, met le pié de derriere sur le bord du talon du pié de devant ; celui de dix cors, à un doigt près de celui de devant ; & le vieux cerf, à quatre doigts. Il n’y a point de regles pour les biches. Cet article est beaucoup plus étendu dans les traités de Chasse. Voyez Salnove, Fouillou, & les dons de Latone.

Des fientes ou fumées. Les fumées peuvent aussi servir à distinguer le cerf d’avec la biche, & le jeune cerf du vieux cerf ; elles changent selon les saisons : en hyver elles sont dures, seches, & en crottes de chevre ; en Mai elles deviennent molles, en bouzes, plattes, rondes & liées : en Juin, rondes, en masses, mais commençant à se détacher : sur la fin de Juin ou au commencement de Juillet, en torches, ou demi formées & séparées : sur la fin de Juillet, longues, dures, aiguillonées ou martelées. Quand les cerfs les ont en bouses, les biches bréhaines les ont massives, aiguillonées, martelées, ridées, ce qui leur dure tout l’été.

Des portées. On entend par portées, l’effet que le cerf produit contre les branches des arbres, par le frottement de son corps & le choc de son bois. Les cerf, de dix cors commencent à faire des portées à la mi-Mai, & les jeunes cerfs en Juin, leur tête étant alors à demi poussée & assez haute. Il faut que les portées soient à la hauteur de 6 piés, pour être d’un cerf de dix cors. La largeur y fait peu de chose.

De la chasse du cerf. Cette partie de notre article seroit immense, si nous voulions l’épuiser. Nous allons seulement en parcourir succinctement les points principaux : tels sont la quête, le rendez-vous, le choix du cerf, la meute, les relais, le laissé-courre, le lancer, la chasse proprement dite, les ruses, le forcer, la mort, la curée, & la retraite.

Des quêtes. Après ce que nous avons dit des changemens de pays & de viandis, on sait en quel lieu les quêtes doivent être faites, selon les différentes saisons. Lorsque l’on se propose de courre un cerf, on va au bois les uns à cheval sans limiers, les autres à pié avec les limiers. On sépare les cantons, on distribue les quêtes ou les lieux dans lesquels chacun doit s’assûrer s’il y a un cerf ou s’il n’y en a point, ce qui se fait à l’aide d’un limier qu’on conduit au trait. Lorsque le limier rencontre, on l’arrête par le trait, on examine si c’est un cerf, sans l’effrayer ni le lancer, ce qui le feroit passer d’une quête dans une autre. Quand on s’est bien assûré de sa présence, on fait des brisées. On en distingue de deux sortes ; les hautes & les basses. Faire des brisées hautes, c’est rompre des branches & les laisser pendantes : faire des brisées basses, c’est les répandre sur sa route, la pointe tournée vers l’endroit d’où le cerf vient, & le gros bout tourné où le cerf va. Alors le cerf est ce qu’on appelle détourné, & les brisées basses servent à conduire le chasseur à la réposée du cerf le jour destiné pour le courre.

Du rendez-vous. C’est ainsi qu’on appelle un lieu indiqué dans la forêt, où tous les chasseurs se rassemblent & d’où ils se séparent pour la chasse. Il faut le choisir le plus commode qu’il est possible.

Du choix du cerf. Lorsqu’il se trouve du cerf dans plusieurs quêtes, il faut préférer celle qui n’a qu’une refuite à celle qui en a deux (on entend par refuite, le lieu par lequel le cerf a coûtume de sortir) ; celle où il n’y a qu’un seul cerf, à celle où il y en a plusieurs ; attaquer au buisson plûtôt qu’au grand bois, & préférer le cerf de dix cors au jeune cerf.

Il y en a qui distinguent trois especes de cerfs, les bruns, les fauves, & les rougeâtres. Les bruns passent pour les plus forts & les plus vîtes ; les fauves pour avoir la tête haute & le bois foible ; les rougeâtres pour jeunes & vigoureux. On estime sur-tout ceux qui ont sur le dos une raie d’un brun noir. La regle est de n’attaquer que les cerfs de dix cors.

De la meute. Une meute est au moins de cent chiens ; alors on la divise en cinq parties. Les vingt qui donneront les premiers, s’appellent chiens de meute ; les vingt du premier relais, vieille meute ; les vingt du second relais, seconde vieille meute ; le dernier relais, relais de six chiens ; le nombre en est cependant beaucoup plus grand, & il est à propos de réserver les meilleurs. On a encore quelquefois un relais volant. Ce relais se transporte & suit la chasse, au lieu que les autres l’attendent.

Des relais. C’est un proverbe parmi les chasseurs, qu’un cerf bien donné aux chiens est à demi-pris. Il est donc à propos que ceux qui ont la conduite des relais connoissent les lieux & soient entendus dans la chasse, soit pour les placer convenablement, soit pour les donner à tems. Il faut aussi des relais de chevaux ; il faut placer les meilleurs coureurs au premier relais.

Du laissé-courre. On donne ce nom au moment & au lieu où on lâche les chiens, quand on est arrivé à l’endroit où le cerf a été détourné. Lorsque les relais sont placés, on suit les brisées & l’on s’avance jusqu’aux environs de cet endroit ; ensuite on lâche quelques-uns des meilleurs chiens. Ceux qui doivent faire chasser les chiens se nomment piqueurs ; il est essentiel de les avoir excellens. Leur talent principal est de savoir animer les chiens du cor & de la voix, & avertir exactement les chasseurs des mouvemens du cerf.

Du lancer. On lançoit jadis avec les limiers, aujourd’hui on découple dans l’enceinte ; & le lancer est proprement le premier bond du cerf hors de sa reposée. Le piqueur l’annonce en criant gare ; il crie vauceletz s’il voit la réposée, & tayau s’il voit l’animal.

De la chasse proprement dite : elle commence à ce moment, & consiste à suivre le même cerf sans relâche, malgré ses ruses, & à le forcer.

Des ruses : on en raconte une infinité ; tantôt le cerf chassé en substitue un autre à sa place, tantôt il se jette dans la harde ou troupe des biches, se mêle à des bestiaux, revient sur ses pas, tâche à dérouter les chiens par des bonds, suit un courant, &c. mais il y a des chiens auxquels il ne donne jamais le change. Le piqueur doit les connoître, & s’en tenir à ce qu’ils indiquent.

On a remarqué qu’un cerf blessé aux parties génitales ou châtré dans sa jeunesse, ne porte point de bois, reste comme une biche, & devient seulement plus fort de corps ; que si l’accident lui est arrivé après avoir déjà porté son bois, il continue de pousser mais avec peine, & ne parvient jamais à sa perfection ; & que si son bois étoit à sa perfection il ne le perd plus.

Mort du cerf. Lorsque le cerf est forcé, le piqueur crie halali, lui coupe le jarret & sonne la mort. Cependant un autre lui enleve le pié droit de devant, & va le présenter au grand veneur. On met le reste sur un chariot, & on le porte au lieu destiné pour la curée.

De la curée. Les valets de chien mettent le cerf sur le dos & le dépecent. Ils commencent par couper les daintiers, puis ils ouvrent la nappe ou peau, la fendant sous la gorge jusqu’où étoient les daintiers. Ils prennent le pié droit, dont ils coupent la peau à l’entour de la jambe, & l’ouvrent jusqu’au milieu de la poitrine ; ils en font autant aux autres piés, & ils achevent la dépouille. Cela fait, ils ouvrent le ventre, & l’on distribue l’animal par morceaux. On enlevera la panse, qui sera vuidée & lavée ; le membre génital ; l’os ou cartilage du cœur ; une partie du cœur, du foie, & de la ratte, que les valets de limiers distribueront à leurs chiens ; les épaules, les petits filets, le cimier, les grands filets, les feuillets, & les nombres. On a conservé le sang ; on a deux ou trois seaux de lait ; on coupe la panse & les boyaux nettoyés avec le reste de la ratte & du foie ; on mêle le tout avec le sang, le lait, & du pain : en hyver qu’on a peu de lait, on y substitue du sain-doux. On verse la moüée sur la nappe, on la remue, alors la curée est prête. Reste le coffre du cerf & les petits boyaux qu’on appelle le forhu. On met le coffre sur une place herbue à quelque distance de la moüée, & le forhu sur une fourche de bois émoussée. Enfin on abandonne les chiens à la moüée, & ensuite au coffre, puis au forhu, non sans avoir sonné toutes ces manœuvres. On sonne en dernier lieu la retraite. Nos ayeux exécutoient toutes les parties, tant de la chasse que de la curée, avec autant & plus de cérémonies qu’on n’en fait dans aucune occasion importante. Ils chassoient un cerf à peu près comme ils attaquoient une femme, & il étoit presqu’aussi humiliant pour eux d’échoüer dans l’une de ces entreprises que dans l’autre. Le goût de la chasse du cerf s’est augmenté parmi nous ; quant au cérémonial qui l’accompagnoit, il a presqu’entierement disparu, & la chasse ne s’en fait pas plus mal.

La partie la meilleure à manger du cerf, est le cou avec les trois côtes qui en sont les plus proches ; le reste est dur & indigeste. Les petits cerfs, lactantes, sont les meilleurs ; puis ceux d’un an, adolescentes ; ensuite ceux de deux ans, juvenes ; passé ce tems ils sont durs & mal-sains. On dit aussi que leur chair est un mauvais aliment pendant l’été, parce qu’ils se nourrissent de serpens & de reptiles, ce que peu de gens croyent.

Propriétés médicinales. Le cerf contient dans toutes ses parties beaucoup de sel volatil & d’huile : les meules & cornes nouvelles prises en gelée facilitent l’accouchement : ses grandes cornes se rapent ; cette rapure entre dans les tisannes, les gelées, les bouillons & plusieurs poudres & électuaires ; elle est bonne pour arrêter le cours de ventre & le flux hémorrhoïdal ; elle fortifie & restaure : on la distille & on en tire un sel & une huile volatile. On la prépare philosophiquement.

L’os ou cartilage du cœur a passé pour un cordial aléxitere & bon dans les crachemens de sang. On employe la moelle de cerf en liniment dans les rhumatismes, la goutte sciatique, & les fractures. Sa graisse est émolliente, nervale, & résolutive : son sang est sudorifique : on le donne desséché & en poudre à la dose d’un demi-scrupule. Le priape excite, dit-on, la semence & soulage dans la dissenterie ; on l’ordonne dans l’un & l’autre cas depuis un demi-scrupule jusqu’à une drachme. La vessie appliquée guérit la teigne. Au reste, si ces remedes ont quelque efficacité, elle dépend uniquement du sel volatil & de l’huile.

L’huile volatile de corne de cerf est fétide : on la rectifie par plusieurs cohobations ; & lorsqu’elle est claire & sans mauvaise odeur, on l’employe dans les affections nerveuses, les foulures, les paralysies, en liniment sur l’épine & l’origine des nerfs. On fait entrer le sel volatil dans les potions cordiales, sudorifiques, & anti-épileptiques, à la dose d’un scrupule. Il passe pour antispasmodique, & on l’applique sous le nez dans la catalepsie, le carus, & autres maladies, tant soporeuses que convulsives.

Ettmuller & Ludovic vantent l’esprit volatil de corne de cerf comme un grand alexipharmaque, & le recommandent dans les affections malignes.

Usages de quelques parties du cerf dans les Arts. On travaille sa peau ; & au sortir des mains du Chamoiseur & du Mégissier, après qu’elle a été passée en huile, on en fait des gants, des ceinturons, &c. Les Fourreurs en font aussi des manchons. Les Selliers se servent de sa bourre ou du poil que les Mégissiers & Chamoiseurs ont fait tomber de sa peau, pour en rembourrer en partie des selles & des bâts. Les Couteliers refendent sa corne à la scie, & en tirent des manches de couteau. On fait beaucoup plus de cas du bois de cerf enlevé de dessus la tête de cet animal tué, que de celui qu’il met bas quand il est vivant, & qu’on ramasse sur la terre.

On trouve dans les forêts de Bohème des cerfs qui ont au cou de longues touffes ou floccons noirs : ils passent pour plus vigoureux que les autres.

On dit qu’il ne se trouve point de fiel à son foie ; & l’on présume à la couleur & à l’amertume de sa queue, que c’est-là qu’il le porte.

Il y a un si grand nombre de cerfs au royaume de Siam, qu’on en tue plus de cent cinquante mille par an, dont on envoye les peaux au Japon.

Il y a aux Indes occidentales des troupeaux de cerfs privés, que des bergers menent paître dans les champs comme des moutons. Les habitans de ces contrées font des fromages de lait de biche.

Il y a plusieurs especes de cerf. Celle qui mérite le plus d’être remarquée à cause de sa petitesse, est désignée chez les Naturalistes par ces mots, cervus perpusillus, juvencus, Guineensis, & se trouve en Guinée ainsi que la phrase l’indique. Voyez Seba, tom. I. pag. 70. & nos Planches d’Histoire Naturelle, Planc. VII. fig. 3. Voyez aussi sa corne en A, même Planch. Il n’a pas plus d’un demi-pié de hauteur, prise depuis l’extrémité de son pié de devant jusqu’au-dessus de sa tête. Cette hauteur prise du pié de derriere jusqu’au-dessus de la croupe, n’a guere plus de quatre pouces ; & il n’en a pas cinq de la queue au poitrail. Il a la tête fort grosse & les oreilles fort larges, relativement au reste de son corps ; ses jambes sont très-menues. Sa corne a plus de deux pouces de long sur un demi-pouce de large à la base : elle va toûjours en diminuant & se recourbant un peu. Elle paroît creuse, & porter cinq à six rainures circulaires placées les unes au-dessus des autres, qu’une longue gouttiere qui part presque du bout de la corne vient traverser. Il a l’œil grand, & à en juger par la figure de Seba, le poil un peu hérissé. Il a deux moustaches, & quelques poils de barbe sous la mâchoire inférieure. Voilà tout ce que sa figure indique, & l’histoire ne nous en apprend pas davantage. On voit dans Seba, la patte d’un cerf, plus petit encore que celui que nous venons de décrire.

Cerf de Canada, (Hist. nat. Zoolog.) celui qui a été décrit dans les Mém. de l’Acad. royale des Sc. étoit fort grand : il avoit quatre piés depuis le haut du dos jusqu’à terre. La longueur de son bois étoit de trois piés : les premieres branches que l’on appelle andouillers avoient un pié ; les secondes branches dix pouces, & les autres à proportion. Ces branches étoient au nombre de six à chaque bois, c’est-à-dire à chaque corne. Les cornes étoient recouvertes d’une peau fort dure & garnie d’un poil épais & court de couleur fauve un peu obscure, comme le poil du corps. Celui des cornes étoit détourné en forme d’épi en plusieurs endroits, & la peau avoit une grande quantité de veines & d’arteres remplies de beaucoup de sang ; & la corne étoit creusée en sillons, dans lesquels ces vaisseaux rampoient. On n’observa dans ce cerf de Canada rien de différent de nos cerfs ordinaires.

On a joint à cette description celle de deux biches de Sardaigne. Leur hauteur étoit de deux piés huit pouces depuis le haut du dos jusqu’à terre. Le cou avoit un pié de longueur ; la jambe de derriere depuis le genou jusqu’à l’extrémité du pié, deux piés de longueur, & un pié jusqu’au talon. Le poil étoit de quatre couleurs, fauve, blanc, noir, & gris : blanc sous le ventre & au-dedans des cuisses & des jambes ; fauve-brun sur le dos ; fauve-isabelle sur les flancs ; l’un & l’autre fauve au tronc du corps, étoit marqué de taches blanches de différentes figures. Il y avoit le long du dos deux rangs de ces taches en ligne droite ; les autres étoient parsemées sans ordre. On voyoit de chaque côté une ligne blanche sur les flancs. Le cou & la tête étoient gris. La queue étoit blanche par-dessous & noire par-dessus, le poil ayant six pouces de longueur. Tome III. Part. II. Voyez Quadrupede.

Cerf-volant, lucanus, (Hist. nat.) insecte du genre des scarabées. On lui a donné le nom de cerf-volant, parce qu’il a deux grosses cornes longues, branchues, & faites en quelque façon comme celles du cerf. On l’appelle aussi taureau volant, parce qu’il est très-gros en comparaison des autres insectes de son genre. Il est noir, ou d’un noir rougeâtre, principalement sur les fausses ailes & sur la poitrine. Ses deux cornes sont quelquefois aussi longues que le petit doigt ; elles sont égales, semblables l’une à l’autre, & mobiles ; leur extrémité est divisée en deux branches ; elles ont un rameau & des dentelures sur leur côté intérieur. Les yeux sont durs, prééminens, blanchâtres, & placés à côté des cornes : il y a entre-elles deux autres petites cornes ou antennes faites en forme de massue, & placées au milieu du front, & deux autres plus longues entre les grandes cornes & les yeux. Il a six pattes, dont les deux premieres sont les plus longues & les plus grosses. La tête est plus large que la poitrine. Ces insectes serrent assez fortement ce qu’ils ont saisi avec leurs grosses cornes. Ils vivent encore long-tems après qu’on a séparé la tête du reste du corps. Il y a d’autres cerfs-volans semblables aux précédens, quoique plus petits. Leonicerus a crû que les plus grands étoient les mâles ; & Mouffet assûre au contraire que ce sont les femelles. Theat. insect. Aldrovande, de Insectis. Voyez Scarabée, Insecte. (I)

Cerf-volant, c’est un nom que les Tanneurs & autres artisans qui travaillent aux gros cuirs donnent aux cuirs tannés à fort-fait, & dont ils ont ôté le ventre. Voyez Cuir.

Cerf, mal de cerf, en termes de Maréchal, est un rhûmatisme qui tombe sur les mâchoires & les parties du train du devant d’un cheval : ce mal l’empêche de manger, & se jette quelquefois sur les parties du train de derriere. Jambes de cerf. V. Jambe. (V)

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Étymologie de « cerf »

Bourguig. çar ; provenc. cerv, cer ; espagn. ciervo ; ital. cervo ; du latin cervus ; comparer le bas-breton, karô ou karv, cerf ; l'anc. haut allem. hir-uz ; allem. mod. Hirsch.

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Du latin cervus, de même sens, de racine indo-européenne, *ker- (« corne »), et parente du slave ancien *karva (« vache »), et du russe moderne корова korova (« vache ») ou du polonais moderne krowa (« vache »).
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Phonétique du mot « cerf »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
cerf sɛr

Évolution historique de l’usage du mot « cerf »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « cerf »

  • Sac à vin ! il de chien et cœur de cerf ! Homère, L'Iliade, I, 225 (traduction P. Mazon)
  • Tout cerf-volant est rattaché à un fil. De Anonyme
  • Qui est âne et veut être cerf se connaît au saut du fossé. De Proverbe français
  • L’imagination s’élève plus haut que le meilleur cerf-volant. De Lauren Bacall
  • Une femme, c'est comme un cerf-volant. Malgré ses belles couleurs, et son balancement harmonieux dans le ciel, le cerf-volant est attaché à une ficelle qui est dans les mains de quelqu'un d'autre. De Lao She / Quatre générations sous un même toit
  • Tout le monde court après sa jeunesse. A douze ans, on court après un cerf-volant. Puis, on court après son âme d'enfant. De Francis Blanche
  • L'ours en cage ne peut que satisfaire l'ambition aventureuse des faibles, tandis que le cerf sauvage évoque une liberté et une vigueur pénétrantes. De Yu Dafu / Fleurs d'Osmanthe tardives
  • Les paroles d'amour sont comme les flèches lancées par un chasseur. Le cerf qui les a reçues continue à courir et l'on ne sait pas tout de suite que la blessure est mortelle. De Maurice Magre / La Luxure de Grenade
  • L'art est toujours le résultat d'une contrainte. Croire qu'il s'élève d'autant plus haut qu'il est plus libre, c'est croire que ce qui retient le cerf-volant de monter, c'est sa corde. De André Gide / Nouveaux prétextes
  • Les hommes, ma chère, c'est comme les cerfs-volants, plus on leur rend de corde, plus on les tient. De Alexandre Dumas, fils / Francillon
  • Le cancer dont l'homme, ce grand scientifique, cherche en vain à percer les secrets alors que, Dieu merci, il a triomphalement percé ceux de la machine à sécher le linge et ceux de l'action du vent sur les cerfs-volants. De Jacques Sternberg / Lettre ouverte aux Terriens
  • Le parc animalier d’Auvergne, situé à Ardes-sur-Couze (Puy-de-Dôme), accueille avec joie un nouveau pensionnaire. Un bébé cerf de Thorold, une espèce très rare, a vu le jour le 8 juin, une première en France. Le nouveau-né et sa maman se portent très bien.   France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, INSOLITE. Naissance exceptionnelle d’un cerf de Thorold au parc animalier d’Auvergne
  • - Éventuellement, du papier crépon et des feutres pour décorer le cerf-volant. Le Point, Comment fabriquer votre cerf-volant - Le Point
  • Le plantain corne-de-cerf (Plantago coronopus) est une petite plante bisannuelle qui pousse de façon sauvage, à l'origine, dans les lieux sableux, surtout sur le littoral. D'ailleurs, on dit de ce plantain que lorsqu'il constitue la végétation dominante d'une dune, celle-ci risque l'érosion rapide, ce qui permet de la protéger en interdisant son accès, grâce au plantain corne-de-cerf, plante "témoin". Binette & Jardin, Plantain corne-de-cerf (Plantago coronopus), légume oublié : plantation, culture
  • La 21e édition du festival international de cerf-volant de Dieppe, qui devait se tenir du 12 au 20 septembre 2020 est reportée à septembre 2021, annonce la Ville de Dieppe, le samedi 20 juin 2020. Réunis en assemblée générale, les membres de l'association, en lien avec leurs partenaires financiers, au premier rang desquels la Ville de Dieppe, ont pris cette décision. www.paris-normandie.fr, Le festival international du cerf-volant de Dieppe reporté à 2021

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Traductions du mot « cerf »

Langue Traduction
Anglais deer
Espagnol ciervo
Italien cervo
Allemand hirsch
Portugais veado
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Synonymes de « cerf »

Source : synonymes de cerf sur lebonsynonyme.fr
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