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Sainte-nitouche : définition et origine de l’expression

Une expression célèbre et pourtant, à l’instar de la « saint-glinglin » ou de la « saint-frusquin », aucune « Nitouche » n’est célébrée dans le calendrier …  La sainte Nitouche n’existe pas. 

Que signifie donc l’expression « prendre un air de sainte nitouche » ?

Expression apparue au XIVe siècle, elle est aujourd’hui familière, employée plutôt de manière péjorative ou par moquerie. Nous vous donnons ici toutes les explications sur son origine et sa signification. Bonne lecture !

Définition de l'expression « Sainte-nitouche »

On utilise l’expression « Sainte-nitouche » quand on parle d’une personne, une femme, qui joue l’innocente et se fait passer pour prude et chaste, en se donnant une apparence qui inspire la sagesse.

Les personnes qui tentent de cacher leurs défauts, en adoptant un air innocent et faisant preuve d’hypocrisie, peuvent être qualifiées de Sainte-nitouche.

Même si l’expression est généralement utilisée pour caractériser une femme, Antoine Furetière, dans son Dictionnaire universel du XVIIe siècle écrit « On dit aussi d’un hypocrite qu’il fait bien la sainte Nitouche. »

Par définition, une « sainte » ou « un saint » est une personne exemplaire, un bon apôtre, qui mène une vie irréprochable, conforme à la religion. Mais que dire de « Nitouche » ? C’est ce que nous allons découvrir…

Origine de l'expression « Sainte-nitouche »

C’est au XVIe siècle que l’expression « Sainte-nitouche » apparaît dans Gargantua, œuvre majeure de François Rabelais, sous la formulation « Saincte Nytouche ! » quand l’auteur évoque plusieurs saints :

Croiez que c’estoit le plus horrible spectacle qu’on veit ocnques, les uns cryoient saincte Barbe ; les aultres sainct georges ; les aultres saincte Nytouche, les aultres nostre Dame de Cunault, de Laurette, de bonnes nouvelles, de la lenou, de la rivière.

François Rabelais, Gargantua, chapitre XXVII

Le terme « nytouche » est en fait dérivé d’un jeu de mots, un calembour, dérivé d’une déformation phonétique. Il s’agit d’un raccourci pour dire « on n’y touche pas » et donc phonétiquement « on nitouche pas » ; « nitouche » désignant l’individu qui n’a pas l’air d’y toucher.

Une sainte nitouche est donc, comme le précise Alain Rey, dans son dictionnaire 200 drôles d'expressions, une « Sainte qui n'y touche pas ».

Il faut savoir qu’une personne est déclarée officiellement saint ou sainte si elle a suivi les préceptes de la Bible en menant une vie chrétienne exemplaire, modèle pour les fidèles, et qu’elle a accompli au moins deux miracles. Pour mériter cette canonisation, elle a donc respecté son vœu de chasteté avant le mariage.

Cette expression a été rapidement popularisée au XVIe siècle en qualifiant ironiquement de sainte-nitouche les personnes affectant la pruderie, qui ne semblent pas vouloir « y toucher ».

À savoir qu'il existe une variante, assez rare : Sainte Mitouche. Le mot « mie » est une négation, employée à la place de « ni » dans cette expression.

L’un à son aide appelle saint Martin,
L’autre saint Roch, l’autre sainte Mitouche.

Voltaire, La pucelle d’Orléans

Exemples d'usage de l'expression « Sainte-nitouche »

Quand elle ressortit, elle tapota délicatement ses vêtements, lissa sur ses hanches sa robe froissée et refit le couloir avec les mêmes minauderies et le même air de Sainte Nitouche.

Thomas Wolf, Le Temps et le fleuve - Chronique de la jeunesse et de sa faim

Mon Dieu, sa sœur, vous faites la discrète,
Et vous n’y touchez pas, tant vous semblez doucette :
Mais il n’est, comme on dit, pire eau, que l’eau qui dort,
Et vous menez sous chape, un train que je hais fort.

Molière, Tartuffe

Imaginez-vous une gamine, oh ! si petite, si délicate, blonde et rose comme un petit ange, et douce avec ça, d’une douceur de sainte-n’y-touche à lui donner le bon Dieu sans confession…

Émile Zola, La Bête humaine

Ne vous l’ai-je toujours pas dit ? reprit-elle. Quand le docteur Minoret n'aura plus sa tête, cette petite sainte nitouche le jettera dans la dévotion ; et, comme qui tient l’esprit tient la bourse, elle aura notre succession.

Honoré de Balzac, scènes de la vie de Province

Elle avait pris, en parlant, un petit air différent, sainte-nitouche ; et, appuyée sur les coussins, elle s’était allongée, couchée, la tête contre mon épaule, la robe un peu relevée, laissant voir un bas de soie rouge que les éclats du foyer enflammaient par instants.

Guy de Maupassant, Mlle Fifi : Nouveaux contes

Moi qui sais le tarif, voir ces saintes-nitouches
S'offrir dans l'ombre en vente et faire les farouches,
Ça m’assomme. Et je viens chercher en d’autre lieux

Victor Hugo, Les quatre vents de l’esprit

Les jeunes filles, en dansant,
faisaient un peu la nitouche ;

Henri-Joseph Dulaurens, La vérité : Vertu & vérité

En buvant, il répand la moitié de son vin sur lui, et tire le devant de sa chemise hors de sa brayette pour essuyer sa bouche ; Pour faire la sainte Nitouche, en s’écriant elle couvre soudain ses yeux avec sa main, dont elle entr’ouvre néanmoins les doigts finement, l’hypocrite qu’elle est, pour voir sans que l’on s’en aperçoive.

Charles Sorel, La Vraie Histoire comique de Francion

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