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Ne pas être sorti de l'auberge : définition et origine de l’expression

Sommaire

  • Définition de l’expression « ne pas être sorti de l’auberge ».
  • Origine de l’expression « ne pas être sorti de l’auberge ».
  • Exemples d’usage de l’expression « ne pas être sorti de l’auberge ».

A quand remonte votre dernière virée dans une auberge ? Dans un bar, un café, un restaurant, si vous préférez. Ce ne sont pas là des lieux dans lesquels on reste d’ordinaire enfermés contre notre gré. Loin de là. Nous vous invitons donc à remonter jusqu’au XVe siècle pour comprendre pourquoi l’expression « ne pas être sorti de l’auberge » semble insinuer le contraire. Une fois la lecture de cet article terminée, vous pouvez parcourir les autres articles de cette section dédiée aux expressions françaises. Bonne lecture !

Définition de l’expression « ne pas être sorti de l’auberge ».

L’expression « ne pas être sorti de l’auberge » est une locution-phrase qui, au cœur d’une conversation, signifie que l’on est submergé par quelque chose – du travail, des tâches – et qu’il nous semble compliqué, voire impossible, d'en voir le bout. L’expression peut aussi servir à exprimer une forme de détresse face à une situation délicate ou une accumulation d’ennuis et de problèmes difficiles à régler.

Cette expression fait usage des deux sens du verbe sortir : le sens propre est utilisé dans cette expression (sortir d’un lieu) afin de mieux traduire le sens figuré du verbe sortir : s’échapper d’une situation donnée, (ex : « je ne m’en sors pas avec ce que j’ai à faire… »). Comme le remarque Yves Cortez :

Certains mots peuvent être tout à fait ordinaires, mais leur groupement peut donner naissance à une langue parlée comme par exemple on « n’est pas sorti de l’auberge. »

Yves Cortez, Le français que l’on parle: son vocabulaire, sa grammaire, ses origines, 2002

Origine de l’expression « ne pas être sorti de l’auberge ».

La théorie la plus probable voudrait que l’expression « ne pas être sorti de l’auberge » dont l’usage remonte au XVe siècle, trouve son origine dans l’argot des prisonniers. En effet, dans les comptes-rendus du procès de La compagnie des Coquillards (une association de malfaiteurs qui sévissait à cette époque), une liste a été dressée des particularités langagières de ces hommes. Parmi les divers mots on découvre la drôle correspondance entre l’expression « auberge de midi » et la prison.

Il a été depuis établi que, dans le lexique argotique des voleurs, l’auberge n’était qu’un autre mot pour désigner la prison, le cachot. En effet, les prisons fournissaient le gîte et le couvert pour leurs détenus sans pour autant leur laisser la liberté de passer le pas de la porte à leur guise. Une fois pris la main dans le sac, ils ne sont en effet pas sortis de l’auberge… C’est la raison pour laquelle de son usage, un rien ironique, au sens propre, l’expression est par la suite passée dans le langage courant, au sens figuré.

Pour aller plus loin : L’imaginaire collectif voudrait cependant que l’expression naquît d’un fait divers qui prit place au XIXe siècle, en Ardèche (Auvergne-Rhône-Alpe). L’auberge de Peyrebeille fut le théâtre d’un macabre manège (crimes, viols et méfaits en tout genre), désormais connu sous le nom de « l’affaire de l’Auberge rouge ». Les tenanciers de l’auberge ainsi que le valet furent condamnés et guillotinés. Toujours est-il que l’affaire prit de l’ampleur au point d’y appliquer ironiquement l’adage « on n’est pas sorti de l’auberge ». Le fait divers fit couler beaucoup d’encre – plusieurs livres s’en sont inspirés et deux films en ont fait leur scénario : L'Auberge rouge (1951) de Claude Autant-Lara, et L'Auberge rouge (2007) de Gérard Krawczyk. À noter que contrairement à ce qu'on pourrait penser, le roman L'Auberge rouge (1831) d'Honoré de Balzac n'est pas inspiré de cette histoire.

Pour aller encore plus loin : Nos semblables québécois utilisent quant à eux la formule suivante : « on n’est pas sorti du bois ». Un rapport avec le petit Chaperon rouge ? Le Petit Poucet ? Plus ou moins... L’expression fait certainement référence aux bois profonds et sombres dans lesquels on perd facilement la trace de son sentier si l'on ne fait pas attention.

Fait amusant : en français, la locution verbale sortir du bois fait au contraire référence aux loups qui s’aventuraient dans les villages afin de chasser les volailles. Elle signifie donc « se manifester ».

Exemples d’usage de l’expression « ne pas être sorti de l’auberge ».

Je ne savais déjà pas très bien sur quel pied je dansais, dans cette affaire, mais si, par-dessus le marché, tout le monde fuyait comme ça devant moi, je n'étais pas sorti de l'auberge.

Léo Malet, Les rats de Montsouris, 1955

Il ne pensait pas qu'elle se soit aventurée si loin, mais s'il devait sillonner l'île, il n'était pas sorti de l'auberge ! Il explora chaque bâtiment de l'hôtel.

Jaci Burton, La chambre des délices, 2014

On avait maintenant en plus de l’équipe du Frisé, le commissaire Mandru et sa brigade au train. Je nous voyais pas sortis de l’auberge !

A. Simonin, Le Petit Simonin illustré par l’exemple, Paris, 1968

- J’ai bien compris votre allusion, lieutenant, mais qu’est-ce que ça change ?
- Ça change, ça change que… ça change que si le Klan local est vraiment dans le coup et bien nous ne sommes pas sortis de l’auberge !

John Toland, No man’s land, 1980

Il y a un proverbe guatémaltèque qui dit: si tu te trouves dans l'obscurité total au milieu d'un hôtel et que tu disposes d'une bougie et de pommes allumettes, tu n'es pas sorti de l'auberge.

Philippe Geluck, Le Chat

N'hésitez pas à compléter cet article si nécessaire et à ajouter vos réflexions sur cette expression française en commentaire.

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Commentaires

Java

Excellent. Comment ferait un traducteur qui aurait à traduire en instantané du français aussi bariolé vers une autre langue.

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Roger Rivière

Bonjour Java,

La réponse est très simple car il est rare que d’une langue à une autre correspondent exactement les proverbes, les expressions, et donc pour répondre à votre question un traducteur en  »live » usera d’un équivalent sémantique, et je vous donne un exemple : en français on dit  » Se noyer dans un verre d’eau  » pour signifier qu’une petite difficulté (nous) paraît un obstacle infranchissable, bien, et en espagnol on dit (traduit littéralement)  » Trébucher sur un pois chiche  » !!
On voit donc bien que la construction sémantique est identique, une petite chose produit un gros effet (sur nous), et tout comme la française cette expression espagnole ne peut s’appliquer qu’à un humain, ou à un animal à la limite, mais pas un être végétal ou une chose inanimée, puisque le verbe  » Trébucher  » pour l’espagnol et  » Se noyer  » pour le français sont des actions applicables aux humains, ou aux animaux.

Par contre, j’avoue que maintenant l’équivalent de notre expression ci-dessus ne me vient pas à l’esprit !

Salutations.

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LO

Merci,je suis un amoureux de cette langue qui est la nôtre ,que nous avons ramassée des ruines de la colonisation pour se l’approprier pour paraphraser le président poète .
Souvent son amour à elle fait de nous des déracinés aux yeux de l’opinion,mais loin delà ,elle nous permet de communiquer avec le reste du monde,une proprieté que nos langues locales n’ont pas.

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aris78

Quel dommage qu’en guatémaltèque on fasse une faute d’accord qui grève la citation du Chat

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Ahmed

Bonjour comment allez-vous bien mes amis je m’appelle Ahmed Hassen je viens de Mauritanie et je veux apprendre la langue française

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