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Avoir les dents du bonheur : définition et origine de l’expression

Pourquoi dit-on « avoir les dents du bonheur » ? Vous avez très certainement déjà entendu cette expression, permettant de décrire le sourire de certaines personnes dont les dents de devant sont légèrement écartées.

Mais quel est le lien entre cet espacement singulier des incisives et le fait d’avoir de la chance ou de nager dans le bonheur ? Cette particularité physique est-elle effectivement synonyme de bonne fortune et de succès ? Nous allons tenter de le découvrir dans cet article sur la définition, l’origine et l’emploi de l’expression « avoir les dents du bonheur ».

Définition de l’expression « avoir les dents du bonheur »

« Avoir les dents du bonheur » ou plus rarement « avoir les dents de la chance » est une expression de la langue française utilisée pour désigner les hommes et les femmes présentant un diastème. Ce terme scientifique et médical fait référence à des personnes dont les deux incisives supérieures sont écartées, d’un espace plus grand que la moyenne. 


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L’adage est lié à une croyance populaire selon laquelle ce diastème serait synonyme de bonheur et de chance. Il y a peut-être une part de vérité dans cette rumeur, puisqu’il est vrai que l’on emploie souvent cette formule au sujet de personnalités publiques, célèbres et fortunées, comme Vanessa Paradis, Yannick Noah, Laurent Voulzy, Jane Birkin, William Leymergie ou Béatrice Dalle en France, mais aussi Eddie Murphy, Zac Efron, Dakota Johnson, Madonna ou Elton John à l’international. 

Le diastème est à l’origine une anomalie de la structure bucco-dentaire. Celle-ci peut être innée, en conséquence d’un dérèglement hormonal ou d’une maladie congénitale ; ou acquise à la suite d’un traumatisme, d’un accident ou d’une simple déformation de la mâchoire. 

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Derrière cette image de chance, le diastème demeure contraignant, et peut entraîner certaines difficultés de la mastication, des inflammations de la gencive ou d’éventuels défauts de prononciation. Peut-être est-ce justement pour compenser ces désagréments et redonner le sourire aux personnes présentant cette particularité physique que l’on emploie cette expression renvoyant au bonheur !

Origine de l’expression « avoir les dents du bonheur »

Issu du grec diastema, le mot « diastème » signifie littéralement « intervalle ». L’origine de l’expression « avoir les dents du bonheur » pour désigner cette particularité anatomique est, quant à elle, plus confuse.

Une première théorie, assez décriée, voudrait que la formule soit née d’une analogie avec le geste de sucer son pouce pour un bébé ou un enfant en bas âge. Le bambin pose ainsi son doigt contre ses dents supérieures, dans un geste qui lui fait ressentir du réconfort, de l’apaisement et de la quiétude. L’acte de sucer son pouce ayant pour conséquence notoire de déformer la mâchoire, les personnes présentant un diastème seraient des adultes plus heureux que les autres, dont le sourire serait le reflet d’une succion du pouce particulièrement intensive durant l’enfance.

L’origine plus unanimement acceptée de cette expression nous renvoie plutôt au XIXe siècle, durant l’ère des guerres napoléoniennes. Sur le champ de bataille, les soldats avaient leurs deux mains prises, en raison du poids élevé des armes. Pour recharger les canons de leurs fusils, ils devaient donc déchirer l’emballage des rations de poudre avec leurs dents ! Aussi, les recruteurs de l’armée avaient pour habitude de récuser tous les jeunes hommes dont les incisives de devant étaient trop écartées. Ces derniers se réjouissaient alors, grâce à leur sourire si particulier, du « bonheur » d’échapper au front — d’où la naissance de l’expression.

Exemples de l’usage de l’expression « avoir les dents du bonheur »

Contrairement à ce que je redoutais, Julien Baulieu n’avait pas tiqué sur le long passage relatant les faits d’armes de Buffin chez les paras du genre RPC en Kabylie, au plus fort de ce que les manuels d’histoire maquillent sous le vocable de « pacification ». À l’aide d’un trombone déplié, il a débusqué un fil de bois de réglisse entre ses dents du bonheur. C’est très bon comme angle.

Didier Daeninckx, 12, rue Meckert

Quand Maxime riait, il fronçait le nez, plissait ses yeux brun-jaune et découvrait ses « dents du bonheur », saines et serrées sauf un intervalle entre les deux incisives du milieu. Sans veston, et sanglé dans sa meilleure ceinture, il avait, la trentaine proche, l’agréable désinvolture, l’élégance un peu populacière qui charme chez maint livreur cycliste, agile parmi la foule comme l’oiseau dans le buisson.

Colette, Œuvres 

S’ils avaient eu un bébé la seconde année de leur mariage, il serait probablement en cinquième. Ses parents se partageraient la besogne latin, mathématiques, langues vivantes, pour lui faire répéter ses leçons en fin de journée. Un fils de onze ans. Pauline avait souvent imaginé son visage lèvre supérieure retroussée en chapeau de gendarme, cheveux hérissés, dents écartées (les dents du bonheur), taches de rousseur.

Thérèse de Saint Phalle, Le Tournesol
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Nicolas Lafarge

Nicolas Lafarge est rédacteur indépendant, et prête ses mots à différents médias et entreprises. Se décrivant volontiers comme « un geek avec une plume », il se sent dans son élément naturel lorsqu’il écrit sur des sites web tels que La langue française.

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Commentaires

Sirpinpin

Il y a souvent plusieurs origines possibles à certaines expressions. Je suis chirurgien dentiste, et j'ai pratiqué l'extraction de plus de douze mille dents de sagesse incluses. Avoir un diastème incisif supérieur fait que lorsque les dents de sagesse essayent de pousser, les dents adjacentes trouvent de la place vers le milieu de la mâchoire sur l'arcade et qu' ainsi elles ne provoquent pas ou peu de douleur.Mais Je suis également un tireur à la poudre noire, et j'admets bien volontiers l'inconvénient du diastème pour déchirer l'emballage de la poudre.

Bien amicalement.

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La langue française Premium

Bonjour Sirpinpin,
Merci pour cette explication, très utile en complément de l'article ;)

À bientôt,
Nicolas

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