La langue française

Rationalisme

Sommaire

  • Définitions du mot rationalisme
  • Étymologie de « rationalisme »
  • Phonétique de « rationalisme »
  • Citations contenant le mot « rationalisme »
  • Images d'illustration du mot « rationalisme »
  • Traductions du mot « rationalisme »
  • Antonymes de « rationalisme »

Définitions du mot rationalisme

Trésor de la Langue Française informatisé

RATIONALISME, subst. masc.

A. −
1. PHILOS. Doctrine d'après laquelle tout ce qui existe a sa raison d'être de telle sorte que tout est intelligible. Rationalisme déductif; rationalisme expérimental, matérialiste, spiritualiste. La science (...) est fondée sur le rationalisme des faits, c'est-à-dire sur une explication théorique qui relie rationnellement les phénomènes à leurs causes (Cl. Bernard, Princ. méd. exp.,1878, p. 53).V. chimérique ex. de Massis:
1. Notre culture, toute pénétrée du rationalisme scolastique du moyen âge, puis du rationalisme cartésien des siècles classiques, a eu le plus grand mal à imaginer que tout ne puisse s'exprimer par des idées et que l'on ne puisse même exprimer quelque chose qui ne soit pas une idée. Huyghe,Dialog. avec visible,1955, p. 284.
En partic. [P. oppos. à empirisme]
Doctrine selon laquelle toute connaissance vient de principes à priori pouvant être logiquement formulés, ne dépendant pas de l'expérience et dont nous avons une connaissance raisonnée et innée. Ce rationalisme cartésien qui, après avoir tout organisé, puis tout détruit, aspirait, une fois renforcé de jansénisme et de culture anglaise, à tout reconstruire (Faure,Hist. art,1921, p. 119).Le père du rationalisme moderne [Descartes] a tant de fois proclamé comme un dogme l'indépendance de la raison qu'on a fini par croire du moins à celle de la sienne (Gilson,Espr. philos. médiév.,1932, p. 19).
Doctrine d'après laquelle la raison, en tant que système de principes organisateurs des données empiriques, fonde la possibilité de l'expérience. Le rationalisme kantien m'est de plus en plus étranger. Ce n'est pas en tant qu'incarnation de la raison qu'un être m'intéresse; comme tel, il n'est tout de même qu'un « lui ». Kant a sans doute considérablement exagéré la valeur de l'autonomie comme source de valeurs (G. Marcel, Journal,1919, p. 207):
2. En 1781, Kant, dans sa Critique de la raison pure, venait de déclarer la « chose en soi » inconnaissable, et Laplace écrira: « Les causes premières et la nature intime des choses nous resteront éternellement inconnues. » Le rationalisme tendait donc à devenir une philosophie positive... Lefebvre,Révol. fr.,1963, p. 71.
2. THÉOL. Doctrine d'après laquelle on ne doit admettre dans les dogmes religieux que ce qui est conforme à la raison reconnue comme la seule source de la connaissance. Le rationalisme moral chrétien finit par s'intégrer à une métaphysique de la loi divine; désobéir à la raison, c'est désobéir à Dieu même: tout péché est une prévarication (Gilson,Espr. philos. médiév.,1932p. 125):
3. Dieu nous a donné la lumière sous trois formes qui se complètent l'une par l'autre, la forme intelligible, la forme sensible, la forme orale ou traditionnelle. Or, le rationalisme n'admet que les deux premières, et repousse avec la tradition la certitude invincible qui se trouve en des dogmes affirmés par Dieu. Lacord.,Conf. N.-D.,1848, p. 154.
B. − P. ext.
1. Confiance dans la raison, croyance en l'efficacité de la connaissance rationnelle. La structure de la société grecque est la base matérielle du goût des Grecs pour l'abstraction, (...) elle fut aussi la base de leur rationalisme, de leur confiance dans la puissance du raisonnement pur pour atteindre la vérité, de leur admirable technique de la démonstration (Gds cour. pensée math.,1948, p. 514).Le XVIIIesiècle s'achève dans un rationalisme scientifique qui cherche les conditions du bonheur de l'humanité et croit les trouver dans la conception d'un progrès indéfini, source d'incessantes transformations (Hist. sc.,1957, p. 1564).
2. Tournure d'esprit, mode de pensée qui n'accorde de valeur qu'à la raison, à la pensée logique. Ce que la Suisse a de plus vivant en soi, c'est le rationalisme politique; la logique y fermente avec une froide violence de Calvin à Rousseau (Michelet,Chemins Europe,1874, p. 416).Les écueils du rationalisme exagéré sont de tomber dans les systèmes, les doctrines (Cl. Bernard, Princ. méd. exp.,1878, p. 79):
4. Eh bien, quand vous parviendriez à donner à tous les enfants du village le sentiment le plus juste de ce que sont les méthodes scientifiques, quand vous auriez pénétré de rationalisme tous les esprits, vous n'auriez pas donné satisfaction à toutes les aspirations de l'homme. Barrès,Pitié églises,1914, p. 85.
PSYCHOL. Rationalisme morbide. Forme de pensée caractéristique de certains états schizophréniques, faite de raisonnements logiques poussés jusqu'à l'absurde. Le schizophrène, ayant perdu son élan vital, le sentiment d'harmonie du moi avec la vie, se dépense dans le rationalisme morbide, jeux stériles d'une raison qui tourne à vide et se replie sur elle-même au lieu de s'appliquer aux situations concrètes et d'en résoudre les problèmes (Méd. Biol.t. 31972).
C. − BEAUX-ARTS (notamment archit.). Doctrine tendant à l'appropriation exacte de la forme de l'objet à sa fonction, de la forme d'un édifice à sa destination. En Belgique l'architecture se dirige dans le sens du rationalisme avec emploi de matériaux apparents (Arts et litt.,1936, p. 10-5).
Prononc. et Orth.: [ʀasjɔnalism̭]. Att. ds Ac. dep. 1878. Étymol. et Hist. 1803 (Boiste). Dér. du lat. rationalis, suff. -isme*. Rationalism est att. en angl. en 1800 (NED). Pour les autres accept. du mot, v. Lal. Fréq. abs. littér.: 350. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 279, b) 420; xxes.: a) 409, b) 778. Bbg. Dub. Dér. 1962, p. 38. − Quem. DDL t. 29.

Wiktionnaire

Nom commun

rationalisme \ʁa.sjɔ.na.lism\ masculin

  1. (Philosophie) Doctrine qui pose la raison comme seule source de connaissance.
    • Le triomphe du rationalisme ne fut pas aussi grand, mais il le fut autant qu’il pouvait l’être. Descartes eut le bonheur de rencontrer deux adversaires puissants, Gassendi et Hobbes, l’un le plus érudit et le plus habile, l’autre le plus radical et le plus conséquent des sensualistes. — (Jules Simon, Introduction de : « Œuvres de Descartes », édition Charpentier à Paris, 1845)
    • Le rationalisme des Dialecticiens n’était pas sans faire courir un grave danger à la foi. — (Louis Rougier, Histoire d’une faillite philosophique : la Scolastique, 1925, éd. 1966)
    • Au cœur de l’islam, la bataille fit rage quelque temps entre ceux qu’attirait le rationalisme grec d’un côté et, de l’autre, ceux qui mettaient l’accent sur la prééminence de la Parole révélée de Dieu comme seule explication des phénomènes humains et naturels. — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992)
  2. (Par extension) Toute doctrine qui considère les choses uniquement d’après les données de la raison.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RATIONALISME. n. m.
T. de Philosophie. Il se dit de Toute doctrine qui considère les choses uniquement d'après les données de la raison.

Littré (1872-1877)

RATIONALISME (ra-sio-na li-sm') s. m.
  • Terme de philosophie. Manière d'envisager les objets par les données de la raison, et indépendamment de toute autorité. Notre temps a peut-être la tentation et l'habitude d'imprimer à toutes les époques une sorte de rationalisme politique, si je puis m'exprimer ainsi, Villemain, Littér. franç. 18e siècle, 2e part. 4e leçon.

    Système qui prétend fonder les croyances religieuses sur des principes fournis par la raison.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « rationalisme »

(1803) Du latin rationalis et -isme.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Rationnel.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « rationalisme »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
rationalisme rasjɔnalism

Citations contenant le mot « rationalisme »

  • Ce que nous cultivons ici à eu pour origine une incursion du rationalisme dans les conventions d'où toute logique était bannie. De Frantisek Kupka / Réalités Nouvelles, 1950
  • Le rationalisme ne doit pas être une philosophie ; c'est une méthode de travail. Il emprunte à la science son prestige et n'existe pas sans elle. De Pierre Lecomte du Noüy / L'Homme et sa destinée
  • Cette conscience spirituelle intègre aussi le sentiment d’incertitude des post-modernes. Mais si cette attitude critique à l’égard du rationalisme et du scientisme peut être justifiée, elle ne doit pas pour autant remettre en question la possibilité de la foi qui dispose quant à elle, comme l’écrit Jean‑Marc Ferry dans La raison et la foi, de ressources supérieures à la seule rationalité conceptuelle. The Conversation, Débat : Comment la spiritualité peut nous aider à penser la crise
  • Le rationalisme est-il le nationalisme de l'Europe ? France Culture, Le rationalisme à la poursuite de la raison
  • Edouard Husson : Vous êtes sur une pente dangereuse: vous féminisez d’emblée « professeur » alors qu’il s’agit d’un métier qui a été exercé et d’un titre, qui a été porté pendant longtemps par des femmes sans que celles-ci ressentent le besoin de féminiser le mot lui-même. L’habit ne fait pas le moine. Jacqueline de Romilly ou Hannah Arendt n’avaient pas besoin de se faire appeler « professeure ». Le manque de vigilance face au nominalisme et à l’idéologie est omniprésent. Alors, évidemment, vous proposez un exemple énorme: la bonne vieille université catholique de Paris, qui laisse enseigner en son sein une personne dont les opinions sont totalement incompatibles avec le catholicisme, cela va sans dire, mais aussi ce rationalisme intégral, comme l’appelait Tresmontant, que l’Eglise catholique a su défendre pendant vingt siècles. Car la question n’est pas le « choc des valeurs » mais de garder la possibilité d’un espace de libre débat et d’argumentation rationnelle, dans le respect du réel. René Girard a résumé d’une formule la dynamique du christianisme: « C’est à partir du moment où l’on a arrêté de brûler les sorcières qu’on s’est mis à faire de la science » et non le contraire. Le christianisme permet la fin des boucs émissaires et l’avènement de la raison. Les idéologies modernes, depuis les Lumières, nous ramènent les boucs émissaires et se finissent en totalitarismes. Alice Coffin fait des hommes, des pères, les bouc émissaires de tous les maux sociaux, tels qu’elle les ressent. Alors comment une institution telle que « la Catho » peut-elle laisser recruter en son sein une militante fanatique de l’idéologie du genre? Il y a certainement une composante « catho »  sur le mode « vouloir se déniaiser à tout prix », il y a la mode, la peur de ne pas être de son temps, la peur, tout court; il y a une conception dévoyée de la liberté, la volonté de prouver que, comme chrétien, on est les plus inclusifs; il y a une façon de singer le Christ, qui mangeait à la table des pécheurs - pardon, des marginaux porteurs d’une expérience de vie atypique -, mais en dévoyant son enseignement puisque lui voulait la conversion, le changement de vie, le retour au réel, la fin des chasses aux sorcières. Cela dit, l’institut catholique n’est pas seul et ce qu’il faut reprocher aux catholiques, c’est de ne pas se distinguer dans cette époque de crise - René Girard aurait été frappé par l’accélération des emballements mimétiques et la multiplication des boucs émissaires.  Atlantico.fr, Alerte à l’aliénation idéologique : pire que les nouveaux extrémistes progressistes, les idiots utiles qui leur ouvrent les portes | Atlantico.fr
  • Michel Maffesoli relève qu'une nouvelle époque est en train d'en remplacer une autre. Une époque où le rationalisme évoluerait en prenant en compte d'avantage les sens et où le matérialisme ne prévaut plus totalement. Sud Radio, Michel Maffesoli : "Ces grandes manifestations ne font qu'exprimer la fin du grand rationalisme moderne"  - Sud Radio
  • Les effectifs de l’Union rationaliste monteront jusqu’à plus de 6000 dans les années 60. Les débats internes sont intenses. Sylvain Laurens évoque même la « guerre froide » des savants. La défense et l’illustration d’un rationalisme progressiste permettant de maintenir une unité ébranlée par l’affaire Lyssenko. Des dissidents du PCF jouent un rôle décisif. Le plus marquant fut sans doute Victor Leduc, ex résistant et fondateur de Raison présente  en 1966. Dans son numéro 200, en 2016, la rédaction de Raison présente reviendra sur les conditions de sa naissance. La distance avec le PCF s’accroit et les intellectuels restés en carte écrivent plutôt dans la revue « La Pensée ». Dans les années 70 c’est Yves Galifret, professeur agrégé et franc-maçon, longtemps secrétaire général, qui réussit à rassembler les divers courants.   Club de Mediapart, Un livre de Sylvain Laurens sur l'histoire des mouvements rationalistes | Le Club de Mediapart

Images d'illustration du mot « rationalisme »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « rationalisme »

Langue Traduction
Anglais rationalism
Espagnol racionalismo
Italien razionalismo
Allemand rationalismus
Chinois 理性主义
Arabe العقلانية
Portugais racionalismo
Russe рационализм
Japonais 合理主義
Basque arrazionalismoa
Corse raziunalismu
Source : Google Translate API

Antonymes de « rationalisme »

Partager