Froment : définition de froment


Froment : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

FROMENT, subst. masc.

A.− Vieilli, BOT. Plante de la famille des Graminées dont le grain sert à la nourriture humaine. Épeautre : espèce de froment cultivé dans les terrains maigres. On le distingue des autres froments par la difficulté avec laquelle le grain se sépare des balles (Gdes heures cuis. fr., Éluard-Valette, 1964, p. 235).
[Froment + déterminant subst. ou adj. pour former différents noms vulg. de graminées] Froment d'été, d'hiver. Froment chiendent. Froment barbu. Orge à large épi. Faux froment. Avoine élevée. Froment d'Inde, de Turquie, d'Espagne. Maïs. (Dict. xixeet xxes.).
B.− Spéc. Blé. Champ, gerbe, épi, paille de froment. En maint endroit, au-dessus des terres brisées, le froment levait sa pointe verte (R. Bazin, Blé,1907, p. 385).Le pain est composé d'une multitude de grains de froment moulus ensemble; il représente les fidèles unis au Christ et ne formant qu'un corps mystique avec lui (Dict. théol. cath.t. 14, 1, 1939, p. 512):
1. J'ai été aujourd'hui à Vire. Il y avait plaisir étant à cheval à effleurer du regard les champs, les herbages, les moissons qui se jouaient sous les fraîches brises du printemps. Il y avait plaisir à passer sous les voûtes parfumées de ces acacias en fleurs qui balançaient leurs longues grappes d'albâtre sur les froments en épis qui ondoyent à leurs pieds... Chênedollé, Journal,1824, p. 127.
Empl. adj. ou en appos. Blé froment. Blé le meilleur pour la production de la farine, destiné à la consommation humaine. Le prix commun du blé froment (Say, Écon. pol.,1832, p. 337).
Couleur de froment. D'un blond doré. La terre et le firmament Et l'âme comme l'élément Tout est couleur de froment (Claudel, Poés. div.,1952, p. 866).
Rem. On relève, ds la docum., qq. attest. de le froment + subst. au sens de « la couleur blonde dorée de ». Elle dépassait presque du front Madame de Morêtre, et, près des cheveux noirs, faisait scintiller le froment de ses boucles (La Varende, Sorcière, 1954, p. 162).
En partic. (Couleur) rouge-orangé pâle de la robe de certains bovins. Il choisit le couple [de bœufs] : Que chacun soit musclé, d'un poil couleur froment, L'échine bien conduite horizontalement! (Jammes, Géorgiques, Chant 4, 1911, p. 44).
C.− P. méton.
1. Grain de froment. Le bon grain qui reste n'est pas lourd; ils vendent plus de paille que de froment (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 1, 1870, p. 230):
2. Et les filles des champs viendront nouer les gerbes, Et tressant sur leurs fronts les bluets, les pavots, Iront danser en chœur autour des tas nouveaux; Et la meule broiera le froment sous les pierres (...) Lamart., Jocelyn,1836, p. 750.
2. Farine extraite des grains de froment. Pain de pur froment. Tes lèvres ont goûté le froment et le vin (Leconte de Lisle, Poèmes ant.,1852, p. 67).Les consommateurs méridionaux d'huile et de pur froment (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 137).
Spéc., MYSTIQUE CHRÉT. Froment des élus.
a) Nourriture spirituelle de ceux qui accèdent au Paradis (Dict. xixeet xxes.).
Rem. La docum. atteste froment des anges (cf. Chateaubr., Génie, t. 1, 1803, p. 46).
b) Ensemble des martyrs considéré comme une moisson divine. Galérius rassemble de toutes les parties du monde, dans les prisons de saint Pierre, les chrétiens les plus illustres : froment des élus, récolte divine qui doit enrichir le bon pasteur! (Chateaubr., Martyrs,t. 3, 1810, p. 109).
Rem. Froment est employé dans le vocab. agricole ou dans le style relevé, en partic. lorsqu'il désigne le blé avec ses valeurs symboliques.
REM.
Fromenté, ée, adj.Qui est de couleur rouge-orangé pâle. Robe fromentée (du bœuf) (ds Littré).
Prononc. et Orth. : [fʀ ɔmɑ ̃]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1121-34 grains de furment (Ph. de Thaon, Bestiaire, 869 ds T.-L.). Du lat. class. frumentum « céréale, grain; blé ». Fréq. abs. littér. : 270. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 528, b) 341; xxes. : a) 480, b) 225. Bbg. Aebischer (P.). Les Dénominations des « céréales », du « blé » et du « froment ». In : Essais de Philol. mod. Paris, 1953, pp. 77-94. − Hehn (V.). Kulturpflanzen und Haustiere... Berlin, 1902, p. 551. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. B. de l'Inst. nat. genevois, 1905, t. 36, p. 426.

Froment : définition du Wiktionnaire

Nom commun

froment \fʁɔ.mɑ̃\ masculin

  1. (Agriculture) (Vieilli) Blé tendre. — Note : Se dit tant de la plante en culture que du grain récolté.
    • En m'envoyant mon froment, M. Renard me fit observer que je semais beaucoup trop tôt, que ce froment devait se semer après la récolte des betteraves en décembre, et qu'il fallait semer épais, à raison de 2 hectol. 1/2 à l'hectare, de façon que tous les pieds montassent en épi ensemble sans taller. — (Journal d'agriculture pratique, vol. 1, Librairie agricole de la maison rustique, 1899, page 718)
    • Des mortifications, des jeûnes les purifient. Ni froment, ni huile.. — (Émile Zola, Le Rêve, Georges Charpentier et Cie, Paris, 1888)
  2. (Suisse) Toute céréale à paille.

Forme de verbe

froment \Prononciation ?\

  1. Troisième personne du pluriel de l’imparfait de l’indicatif du verbe fromañ/fromiñ.
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Froment : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FROMENT. n. m.
La meilleure espèce de blé. Il se dit tant de la Plante que du grain. Terre à froment. Il se dit aussi du Grain séparé de la tige. Farine de froment. Pain de froment.

Froment : définition du Littré (1872-1877)

FROMENT (fro-man) s. m.
  • 1La meilleure espèce de blé, dite aussi froment cultivé. Du blé-froment. Terre à froment. Ou bien lorsque Cérès de froment se couronne, Régnier, Sat. X. [De vastes contrées] fournissent un riz dont la culture est beaucoup plus aisée que celle du froment et qui le fait négliger, Voltaire, Dict. phil. Arbre à pain.
  • 2Le grain du froment. Un hectolitre de froment.

    Farine de froment, farine qui, à raison du gluten qu'elle contient, est la plus propre à faire du pain.

  • 3Le froment-locar, ou froment locular, froment monocoque de certains auteurs, appelé parfois petit épeautre. L'épeautre proprement dit est le froment épeautre, regardé à tort comme une variété du froment cultivé, Legoarant

    Froment amidonnier, celui avec lequel on fabrique la semoule.

    Froment de saison, blé d'automne, par opposition au blé de mars.

    Froment d'Espagne, d'Inde, de Turquie, le maïs.

    Faux froment, un des noms vulgaires de l'avoine élevée (graminées), dite aussi fromental.

  • 4Dans le langage mystique, le froment des élus, ce qu'il y a de plus saint dans la doctrine. Une attention scrupuleuse sur tous les devoirs de la religion, où tout lui paraissait grand ; une sainte avidité pour le froment des élus, Massillon, Or. fun. Madame.

    Le froment des élus, se dit aussi des âmes les plus pures, les plus saintes. Galérius rassemble de toutes les parties du monde, dans les prisons, les chrétiens les plus illustres ; froment des élus, récolte divine qui doit enrichir le bon pasteur, Chateaubriand, Martyrs, XIX.

  • 5 Terme d'alchimie. Grain de froment des philosophes, le mercure.

HISTORIQUE

XIIIe s. Tout frommant, tout blé, tout orge, Liv. des mét. 313. Uns hons se dit à un autre qu'il est deceuz par sa tricherie an ce qu'il se fioit en lui, d'un arpent qu'il acheta qu'il n'avoit pas veu, et li fist entendant qu'il estoit de fromentes, et il estoit de roiges [seigle], dont la chose vaut moins, Liv. de just. 116.

XIVe s. Mais vont tousjours, sanz contrester, Querre meilleur pain que froment, J. Bruyant, dans Ménagier, t. II, p. 21.

XVe s. Je voy d'amour requerir largement Amans, amans qui ne l'ont desservi [mérité], Et à autres voy cueillir le frument Qu'ils n'ont semé, labouré ne nourri, Deschamps, Poésies mss. f° 277. Quant amours a à mon cueur addressé bon et bel, preux, hardy et plain de chevalerie, leal et certain envers moy, nul ne m'en sçauroit faire partir ; car fol est qui quiert meilleur pain que du frument, Perceforest, t. VI, f° 72.

XVIe s. Il ordonna que l'on baillast de l'orge au lieu de froment aux bandes qui avoient tourné le dos les premieres, Amyot, Marcell. 43. L'huile de fourment extraite sur une enclume avec une pelle toute rouge, Paré, XXII, 15. Le nom de froment, venu directement du latin, est un peu plus particulier [que bled], comprennant neantmoins toutes sortes de grains à faire pain pour la nourriture des hommes, qui sont ceux qu'aujourd'hui nous appellons, fromens, espeautres, segles, orges, millets et avoines. En plusieurs endroits de ce roiaume, par le bled, est entendu le pur froment. Le froment rouge est celui duquel presque par tout ce roiaume, l'on se sert le plus, appellé en plusieurs endroits le rousset à cause de la couleur de sa barbe qui est rousse, etc. De Serres, 106. Avec le van on netoye le froment, et vice avec supplice et chastiment, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 74.

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Froment : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

FROMENT, s. m. triticum, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleurs sans pétales, disposés par petits paquets arrangés en forme d’épi. Chaque fleur est composée de plusieurs étamines qui sortent d’un calice écailleux, qui est le plus souvent garni de barbes. Le pistil devient dans la suite une semence oblongue, convexe d’un côté & sillonnée de l’autre : ces semences sont farineuses & enveloppées dans la bale qui a servi de calice à la fleur. Les petits paquets de fleurs sont attachés à un axe dentelé, & forment l’épi. Tournefort, instit. rei herb. Voyez Plante. (I)

Froment, (Economie rustiq.) c’est le plus pesant de tous les grains ; c’est celui de tous qui contient la farine la plus blanche, de la meilleure espece, & en plus grande quantité.

Destiné particulierement à la nourriture de l’homme, son excellence le rend la matiere d’un commerce nécessaire qui ajoûte encore à son prix. Voyez Grains, (Econom. politiq.)

M. de Buffon pense que le froment, tel que nous l’avons, n’est point une production purement naturelle ; que l’existence de ce grain précieux n’est dûe qu’à la culture & à une longue suite de soins. En effet, on ne trouve point dans la nature de froment sauvage ; mais il n’y a encore là-dessus que des expériences trop incertaines, pour que cette opinion probable soit au rang des vérités reconnues.

Le grain de froment semé en terre, germe & pousse plusieurs tiges hautes de quatre à cinq piés, droites, entrecoupées de trois ou quatre nœuds, & accompagnées de quelques feuilles longues & étroites qui enveloppent la tige jusqu’à six pouces de l’épi.

Les épis placés au sommet de la tige sont écailleux, & forment un tissu d’enveloppes dont chacune renferme un grain : ce grain est oblong, arrondi d’un côté, sillonné de l’autre, & de couleur jaune.

On distingue plusieurs especes de froment ; la différence en est legere : quant à la forme du grain, elle se fait remarquer principalement dans les épis. L’espece la plus commune & la meilleure est celle dont l’épi est blanchâtre, sans barbe, & seulement écailleux. Celle qui est connue sous le nom de blé barbu, n’est cependant pas non plus sans mérite : on l’appelle ainsi, parce qu’effectivement l’épi est couvert & surmonté de barbes, comme sont les épis de seigle ; le grain en est ordinairement plus gros, la paille plus dure & plus colorée : on dit qu’il est moins sujet à verser ; mais la farine en est moins blanche que n’est celle du blé sans barbe. Le blé de Smyrne, ou blé de miracle, produit plusieurs épis assemblés en bouquet au haut de la tige. Il a quelques avantages, & encore plus d’inconvéniens.

On seme tous ces grains en automne ; ils levent, & doivent couvrir la terre pendant l’hyver : on les appelle blés d’hyver, pour les distinguer d’une autre espece de froment qu’on seme au printems, & qui est connue sous le nom de blé de Mars ; il est communément barbu ; mais on en voit aussi qui est sans barbe.

Ce blé, trop délicat pour soûtenir de fortes gelées, mûrit dans les années favorables, en même tems que celui qui a passé l’hyver. En général, il produit beaucoup moins de paille, & un peu moins de grain ; il manque souvent : cependant c’est une ressource à ne pas négliger dans les terres argilleuses, & dans celles que les pluies d’hyver battent aisément.

Quelle que soit l’espece du froment, la culture en est la même ; & c’est à cette culture que nous devons principalement nous arrêter.

On sait qu’avant de confier le blé à la terre, on la laisse reposer pendant une année, qui s’employe en préparations ; elles ont trois objets, d’ameublir la terre, de l’engraisser, & de détruire un nombre infini d’insectes dangereux & de mauvaises herbes.

On remplit le premier objet par les labours ; le second, par les fumiers, les terres, &c. le troisieme, en faisant brouter par les troupeaux les herbes qui y renaissent continuellement. Voyez Agriculture, Engrais, Labour, &c.

On donne aux terres depuis trois jusqu’à cinq labours, selon leur qualité, & quelquefois selon le hasard du tems. Lorsqu’on n’en veut donner que trois, on ne fait le premier qu’après les semailles de Mars ; mais si vous en exceptez les glaises, que souvent on ne peut labourer que trois fois, à cause de la difficulté de saisir le moment convenable, il est toûjours beaucoup plus avantageux de donner quatre labours aux terres pendant l’année de jachere. Dans ce cas, le premier labour se doit faire après les semailles des blés, c’est-à-dire pendant le mois de Novembre ; & on laisse la terre en grosses mottes, exposée à l’action des gelées qui servent beaucoup à la façonner : lorsqu’au printems elle est devenue saine, on donne le second labour ; & il est essentiel que ce soit par un tems sec, sur-tout dans les terres un peu fortes. Il est très-utile de herser la terre quelques jours après ce labour & les suivans ; elle en est mieux divisée ; & les herbes qui auroient repris racine sont arrachées de nouveau : mais il ne faut herser que par un beau tems, & lorsque la terre est saine. Le troisieme labour devient nécessaire vers le commencement de Juillet ; & à la fin d’Août, on commence à donner celui qui doit être le dernier, & qu’on appelle proprement labour à blé. Il est essentiel que ce labour soit fait au-moins quinze jours avant de semer le froment, lorsqu’on doit le couvrir avec la herse. La nielle est plus à craindre, quand on seme sur un labour frais. Pendant cette année de jachere, on choisit un intervalle entre deux labours, pour engraisser la terre. Le degré de putréfaction du fumier qu’on veut y répandre, & la facilité des charrois, reglent ce tems ; la nature & les besoins de la terre doivent décider de la qualité & de la quantité du fumier. Voyez Engrais.

On promene aussi pendant tout le printems & la plus grande partie de l’été, les troupeaux sur les jacheres ; elles leur sont très-utiles, parce que les prairies étant occupées par le soin, il ne reste que très peu de paturages proprement dits ; & les troupeaux, beaucoup mieux que les labours, détruisent l’herbe qui renaît continuellement. On seme le froment depuis la fin de Septembre jusqu’au commencement de Novembre. En général, on peut assûrer qu’il est avantageux de le semer de bonne heure. Il est bon que la plante acquerre une certaine force avant l’hyver ; qu’elle ait le tems de s’étaler, de se faire de la racine & de la pampe. Si dans une année où l’hyver sera trop doux, ce peut être un inconvénient d’avoir semé trop tôt, l’expérience apprend qu’il y en aura dix où l’on se repentira d’avoir semé trop tard. Il faut sur-tout se presser dans les pays où il y a beaucoup de gibier, lievres, perdrix, &c.

La quantité de lievres fait au blé un tort dont on ne peut se garantir par aucune précaution ; celle de semer de bonne heure & de fumer un peu plus, est suffisante pour préserver du mal que peut faire une grande abondance de perdrix. Pour semer d’une maniere avantageuse, il faut que la terre ne soit pas trop humide ; il est à souhaiter qu’elle soit fraîche : mais il vaut mieux semer dans la poudre, que de trop attendre. La semence doit être choisie avec soin : il faut que ce soit du plus beau blé de l’année ; & les bons laboureurs vont l’acheter à quelque distance, parce que le blé, comme beaucoup d’autres plantes, dégenere si on le laisse dans la même terre : on lessive cette semence dans une eau de chaux ; quelques laboureurs y ajoûtent avec succès de l’eau putréfiée avec leur fumier ; & il y a encore d’autres préparations plus avantageuses. Voyez Nielle.

Dans les environs de Paris, on seme ordinairement un septier de blé, pesant deux cents cinquante livres, dans un arpent à vingt piés par perche : mais il est certain qu’un tiers de moins est suffisant dans une terre bien préparée par les labours & par l’engrais : on pourroit même avec succès en mettre encore moins.

Le froment semé un peu clair, est moins sujet à verser ; la paille en est plus forte ; les épis sont plus longs & plus gros ; & la recolte en grain n’en est que plus abondante.

Lorsque la terre n’est ni seche ni froide, le blé leve au bout de quinze jours : après cela, si un reste de chaleur favorise encore la végétation, ses racines s’étendent dans l’intérieur de la terre ; plusieurs tiges se préparent, & la pampe s’étale. Pendant l’hyver, la plante reste ordinairement dans un état d’inaction ; & elle prend souvent une couleur un peu jaune, lorsque la terre devient trop humide. Au printems, le premier air doux la fait reverdir ; la tige se forme & commence à monter : c’est alors qu’il faut nettoyer le blé des mauvaises herbes qui tendent à l’étouffer, & qui se multiplient malgré les précautions prises pendant l’année de jachere : il en est qu’il faut arracher avec la main, parce qu’elles ont des racines très-profondes ; telles sont une herbe connue assez généralement sous le nom de nelle, une autre appellée amaroute en beaucoup d’endroits, & celle nommée queue de renard.

Il en est d’autres, comme sont les chardons, qu’on détruit avec un instrument appellé sarcloir. Toutes ces plantes malfaisantes croissent beaucoup plus vîte que le blé ; elles l’étouffent ; & si on les laisse monter, leurs semences infectent la terre au point que la destruction ne peut plus en être faite que par un travail de plusieurs années. Il faut donc une très grande attention à sarcler le blé : mais il faut que cette opération se fasse avant que la tige soit à une certaine hauteur : sans cela, elle seroit rompue ; & on détruiroit la plante, au lieu de la favoriser.

Le blé fleurit vers la fin de Juin ; chaque épi n’est en fleurs que pendant un ou deux jours : alors les pluies froides sont à craindre ; elles font avorter une partie des grains ; un mois se passe entre la floraison & la maturité. C’est pendant cet intervalle, qu’on redoute avec raison les brouillards, qui lorsqu’ils sont suivis du soleil, causent la maladie appellée rouille. Quelle que soit la maniere dont les brouillards agissent, leur effet malheureux n’est que trop certain, les blés qui en ont été frappés ne grossissent plus ; les grains sont retraits, legers, & presque vuides : l’expérience n’a point appris les moyens de prévenir cet accident ; & il paroît être de nature à tromper toutes les précautions que nous pourrions prendre. La rouille n’est à craindre que dans des années humides & tardives. Cette maladie, quoique très fâcheuse, l’est beaucoup moins que celle qu’on doit appeller nielle, & qui fait quelquefois de grands ravages : mais l’humanité doit tout récemment aux soins & à la sagacité de M. Tillet la découverte des causes de cette maladie, & de plusieurs remedes qui la préviendront ou même l’anéantiront dans la suite. Voyez Nielle. On donnera à cet article les différens caracteres des maladies confondues sous le nom de nielle, ou connues en divers lieux sous d’autres noms.

Lorsque le froment approche de la maturité, la tige jaunit à l’endroit nommé le collet, c’est-à-dire à l’extrémité de la tige qui approche de l’épi.

Lorsqu’il en est à ce point, rien ne retarde plus les progrès qui lui restent à faire : les pluies même semblent hâter l’instant où il sera bon à couper. Si l’on tarde trop, il s’égraine, & on en perd une partie : mais ce qu’il y a de plus essentiel à remarquer pour la récolte, c’est de ne lier le blé en gerbe, & de ne le serrer que par un tems sec ; sans quoi, il s’échaufferoit dans la grange, prendroit un mauvais goût ; & on perdroit totalement le grain & la paille.

La nouvelle méthode pour la culture des terres, & sur-tout pour celle du froment, a fait assez de bruit pour être examinée ici. Si vous voulez vous en instruire, lisez la fin de l’article Agriculture. Cette méthode a eu moins de partisans & de célébrité en Angleterre où elle est née, qu’en France où elle n’est qu’adoptive ; elle y a été soûtenue par l’activité naturelle de M. Duhamel, par son zele plein de chaleur pour le bien public, par une sorte de tendresse paternelle qui masque les défauts de ce qu’on s’est approprié. Je ne parle pas des difficultés que l’on trouve dans l’usage des instrumens qui sont nécessaires pour la nouvelle culture ; je sais par expérience, que les instrumens se perfectionnent & deviennent commodes entre les mains des cultivateurs. Il m’a paru que cette culture avoit un vice intérieur, que rien ne pourroit jamais corriger. Il est certain que de fréquens labours paroissent rendre les terres fécondes : mais il ne faut pas beaucoup d’expérience pour savoir que si les labours sont la seule préparation qu’on leur donne, ce ne sera qu’une fécondité précaire, qui amenera une stérilité très-difficile à vaincre.

Les labours fréquens divisent, atténuent les molécules de la terre : mais cet avantage forcé n’est pas à comparer à celui qui résulte de la fermentation intérieure & sourde de ces mêmes parties, qui s’opere naturellement dans le repos, & qui est encore excitée par le fumier qu’on y ajoûte. On sait, qu’indépendamment des labours, on a besoin d’aider la terre par des engrais, en proportion de la quantité de récoltes qu’on lui demande. Il peut arriver qu’une très bonne terre brisée par des labours continuels, produise pendant quelque tems avec une abondance extraordinaire ; mais ce seront ces efforts mêmes qui détruiront sa fécondité dans son principe ; le repos long qui deviendra nécessaire, anéantira les avantages qu’on s’étoit promis. Indépendamment de ces principes généraux, on peut assûrer qu’il y a eu une erreur de calcul très-considérable, dans la comparaison qui a été faite entre cette culture nouvelle & l’ancienne.

Dans le détail de la dépense, ce qu’il en coûte pour sarcler devroit être doublé plus de six fois. On n’a pas vû de jardins, si l’on ne sait pas avec quelle assiduité il faut arracher les mauvaises herbes, que la culture rend vigoureuses & dominantes : la même chose arrive dans la nouvelle culture du froment ; chaque labour amene la nécessité de sarcler de nouveau : ce n’est point une opération facile & prompte, comme celle qui se fait dans les blés ordinaires. Il faut arracher avec la main des herbes fortes, dont les racines s’étendent au loin dans une terre ameublie. Si leur tige se casse, on n’a rien fait. La répétition fréquente d’une opération aussi longue devient rebutante par les soins & les frais qu’elle exige. Il y a eu une autre erreur dans la comparaison des produits : on fait le parallele de ce que rend une terre cultivée à l’ordinaire, avec ce que donne la même quantité, suivant la nouvelle méthode. On établit la comparaison sur quelques arpens dont on a pris le plus grand soin, selon la nouvelle méthode. Pour que le parallele fût juste, il faudroit qu’on supposât l’ancienne pratiquée avec autant d’exactitude qu’elle pourroit l’être. Je connois des terres de qualité moyenne, qui ne sont bien cultivées que depuis deux ans, & dont chaque arpent a produit dix septiers de blé. Si les mêmes soins leurs sont continués, il n’est pas douteux que dans la suite elles ne produisent douze septiers dans les années heureuses. D’après cela, un nouveau parallele pourroit n’être pas favorable à la nouvelle culture ; mais je ne le ferai point ici : je me contenterai de ne conseiller à personne de cultiver ses terres de cette maniere ; au reste, c’est au tems à décider de la valeur de mes présomptions. Quoi qu’on dise de la paresse & de la stupidité des laboureurs, l’intérêt les éclaire toûjours sur les choses vraiment utiles, dès qu’une fois on les leur a montrées.

Lorsque le froment a été serré bien sec, on peut le garder assez long-tems en gerbes dans la grange. Cependant l’usage de le battre sur le champ est établi dans plusieurs pays. Cette opération se fait de différentes manieres, dont aucune ne paroît avoir sur l’autre un avantage bien marqué. Le grain étant sorti de l’épi, on le vanne pour le séparer encore de la paille legere des enveloppes qui s’est détachée avec lui. Après cela on le passe par le crible pour le nettoyer mieux, & on le porte dans le grenier. Pendant les premiers six mois on fait bien de le remuer tous les quinze jours. Après cela il suffit de le faire tous les mois ; & la premiere année étant passée, on peut encore éloigner cette opération de quelques semaines Le froment se conserve de cette maniere pendant six ans au moins. M. Duhamel a éprouvé qu’on pouvoit porter cette conservation beaucoup plus loin, avec un grenier d’une construction particuliere. On y desseche d’abord le grain par le moyen d’un étuve, & l’on entretient ensuite ce premier dessechement à l’aide d’un ventilateur. M. Duhamel, sans rien oser assurer, présume avec de fortes raisons que cette maniere de traiter le blé doit le préserver d’une espece d’insectes très-dangereux, qu’on appelle charençons, & contre lesquels on n’a trouvé jusqu’à-présent aucun remede sûr. Voyez le traité de M. Duhamel sur la conservation des grains.

L’importance dont est le froment pour la vie des hommes, en a soûmis d’une maniere particuliere la conservation & le commerce à la vigilance publique. La crainte de disettes a fait faire beaucoup de réglemens précaires, & fait naître plus d’une fois l’idée des magasins publics. Mais avec une connoissance mieux approfondie des hommes & des choses, on a vû que de tels magasins seroient nécessairement mal régis, & exposeroient à un monopole odieux une denrée aussi nécessaire. Voyez l’essai sur la police des grains par M. Herbert.

Il est étonnant qu’en France on ait pris pendant si long-tems de fausses mesures sur un objet dont tant d’autres dépendent. Il n’y a pas deux ans que le commerce du blé étoit défendu d’une province à l’autre. Souvent une partie des citoyens soûmis au même maître mouroit de faim, pendant que la province voisine étoit incommodée d’une abondance ruineuse pour les cultivateurs. Cet abus ne pouvoit pas échapper à la sagesse du gouvernement, & il a cessé. Mais on ne peut pas penser aux avantages infinis qui résulteroient de l’exportation libre du blé dans un royaume aussi fertile, sans être affligé que cet encouragement soit encore refusé à l’agriculture. Voy. Grains, (Economie politique.) Cet article est de M. le Roi, lieutenant des chasses du parc de Versailles.

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Étymologie de « froment »

Étymologie de froment - Littré

Berry, froument ; wallon, froumint ; provenç. fromen ; espagn. frumento ; ital. frumento, formento ; du latin frumentum, contraction de frugimentum, et se rattachant à fruges, fruor.

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Étymologie de froment - Wiktionnaire

(Vers 1160) Du latin populaire *frŭmentum, en latin classique frūmentum.
(1121-34) furment.
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Phonétique du mot « froment »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
froment frɔmɑ̃ play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « froment »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « froment »

  • Les gaufres se déclinent ici en versions sucrée et salée. À la farine de froment bio pour la première et au sarrasin bio pour la seconde. , C'est nouveau à Quimper : Les gaufres de Jeanne, rue du frout | Côté Quimper
  • En zone vulnérable, le Programme de gestion durable de l’azote impose l’implantation d’une culture intermédiaire piège à nitrate durant la période d’interculture qui suit une culture de légumineuses récoltées avant le 1er août et qui précède une culture de froment. SillonBelge.be, SillonBelge.be - Votre spécialiste de l'agriculture en Belgique
  • Le marché de quatre travées accueille aussi le stand des galettes et crêpes de Corinne, galettes de blé noir, de froment, avec aussi du cidre du verger. Avec son frère, ils sont sur ce marché depuis près de 15 ans... Franceinfo, Au marché. Les Halles de Questembert dans le Morbihan
  • Maëve Terlet est installée dans la campagne de Maël-Pestivien depuis 2015 et y élève des vaches froment du Léon, race bovine issue des Côtes-d’Armor. Artisan beurrier, c’est la profession qu’elle a choisie avec son compagnon, « sur une terre à laquelle on donne tout, qui nous tient aux tripes ». Le Telegramme, Le beurre et l’argent du beurre pour Maëve la paysanne - Paimpol - Le Télégramme
  • Le blé produit dans l'hexagone est en grande majorité du blé tendre, le froment qui sert à faire le pain, les biscuits, ou qui sert pour le fourrage des bêtes. Sa production atteint un peu plus de 31 millions de tonnes cet été, huit millions de tonnes de moins que l'an dernier, soit une chute de 21% avec de fortes disparités selon les régions. C'est le grand ouest qui a le plus souffert de la météo, en particulier en Aquitaine (-49%) et en Poitou-Charentes (-43%). Franceinfo, Sécheresse, pluies, compétition mondiale : les producteurs de blé français vivent la pire moisson depuis 16 ans
  • L'année 2020 s'annonce comme un très mauvais cru pour le blé tendre (le froment qui sert ensuite à faire du pain, des biscuits ou des fourrages). Dans les champs de l'Hexagone, les semis ont été extrêmement perturbés par les pluies d'automne dans plusieurs régions, notamment dans le Grand Ouest, selon FranceAgrimer. Les Echos, Blé : la moisson 2020 s'annonce historiquement basse | Les Echos
  • Faute de froment, les alouettes font leur nid dans le seigle. De Proverbe breton

Images d'illustration du mot « froment »

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Traductions du mot « froment »

Langue Traduction
Corse u granu
Basque garia
Japonais 小麦
Russe пшеница
Portugais trigo
Arabe قمح
Chinois 小麦
Allemand weizen
Italien grano
Espagnol trigo
Anglais wheat
Source : Google Translate API

Synonymes de « froment »

Source : synonymes de froment sur lebonsynonyme.fr


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