La langue française

Autel

Sommaire

  • Définitions du mot autel
  • Étymologie de « autel »
  • Phonétique de « autel »
  • Évolution historique de l’usage du mot « autel »
  • Citations contenant le mot « autel »
  • Traductions du mot « autel »
  • Synonymes de « autel »

Définitions du mot « autel »

Trésor de la Langue Française informatisé

AUTEL, subst. masc.

I.− RELIGION
A.− [Dans l'Antiq.]
1. Tertre, table exhaussée sur lesquels on déposait les offrandes à la divinité, on offrait les sacrifices aux dieux :
1. Ces tumulus restés blancs, malgré les années, de la blancheur du corail, et surmontés de grands arbres noirs, − évoquent les souvenirs de la terrible religion du passé; c'étaient aussi les autels où les victimes humaines étaient immolées à la mémoire des morts. Loti, Le Mariage de Loti,1882, p. 88.
2. Les iahvéistes d'Israël (...) avaient pour principe fondamental que l'autel doit être en plein air et formé de pierres non dégrossies. D'autres fois, l'autel n'était qu'un entassement de mottes de terre. E. Renan, Hist. du peuple d'Israël,t. 2, 1889, p. 258.
SYNT. Autels funéraires. Autels érigés sur la tombe des morts. Autels votifs. Autels consacrés à une divinité en reconnaissance de bienfaits reçus.
P. anal. [Religions animistes, etc.] Tout dispositif remplissant une fonction religieuse semblable.
2. P. métaph. ou au fig.
a) Autel, symbole d'adoration, d'idolâtrie, de culte, de vénération, d'amour :
3. Ô femme! Étrange objet de joie et de supplice! Mystérieux autel où, dans le sacrifice, On entend tour à tour blasphémer et prier! Musset, Rolla,1833, p. 20.
4. ... le rocher sacré de l'Acropole (...) resta debout comme l'autel du génie humain au milieu des solitudes et des ruines qu'avait faites la barbarie plus que le temps... T. Gautier, Guide de l'amateur au Musée du Louvre,1872, p. 197.
Dresser, élever des autels à qqn. Rendre à quelqu'un les honneurs que l'on voue à une divinité :
5. Et croit-on que les démagogues qui crient à la liberté lui élèvent un autel dans leur cœur? Chateaubriand, Correspondance gén.,t. 2, 1789-1824.
b) Autel, symbole de sacrifice, d'immolation :
6. Tous les mariages du monde se célèbrent d'une manière identique, avec le même cortège obligé de diners et de réceptions. Il n'y a de différence que dans la valeur de l'idéal sacrifié sur l'autel des convenances par la fiancée. P. Bourget, L'Irréparable,1884, p. 130.
7. ... C'est un symbole ce mariage [de M. de Quinsac avec Camille Duvillard]. L'apothéose de la bourgeoisie (...) la vieille noblesse sacrifiant un de ses fils sur l'autel du veau d'or... Zola, Paris,t. 2, 1898, p. 191.
SYNT. Autel de la Patrie. Mourir sur l'autel de la Patrie. Mourir pour le salut de sa patrie :
8. C'est un grand thème cher aux poètes que celui des méditations de Julien [l'Apostat] (...) qui voulut défendre les autels de la patrie, quand les dieux de l'empire s'y mouraient. Barrès, Mes cahiers,t. 9, 1912, p. 102.
B.− [Culte chrét., et en partic. culte cath.]
1. Table où l'on célèbre le sacrifice de la messe :
9. Enfin, je dus prendre à moi tout seul le fils d'Yves, que je tremblais de briser dans mes mains inhabiles, monter les marches de l'autel avec ce précieux petit fardeau, et lui faire embrasser la nappe blanche sur laquelle pose le saint sacrement. Loti, Mon frère Yves,1883, p. 198.
10. « Lorsque je regarde l'autel, ce ne sont pas des cierges allumés, des draps et des fleurs d'or, c'est la majesté romaine que je vois. Le prêtre, les fidèles, tous sont assemblés là en qualité de catholiques romains; autant dire, de Romains, n'est-ce pas? ... » Larbaud, Fermina Marquez,1911, p. 125.
SYNT. Maître-autel. Autel principal. Le sacrifice de l'autel. La messe. Le sacrement de l'autel. L'Eucharistie. S'approcher de l'autel. a) [En parlant du prêtre] Célébrer la messe. b) [En parlant des fidèles] Recevoir la communion.
En partic. L'autel devant lequel, généralement pendant la messe, se célèbre le mariage religieux.
SYNT. Aller à l'autel. Se marier. Conduire, mener, suivre (celle qui sera son épouse, celui qui sera son époux) à l'autel. Épouser quelqu'un.
2. P. méton. La religion, le culte, l'Église, le clergé.
a) Le trône et l'autel. Le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, la monarchie et l'Église :
11. « ... ils vont la couvrir de moines et de prêtres, bien plus par hypocrisie que par ferveur, tant ils sont persuadés et tant il est vrai que le trône et l'autel sont des alliés naturels, indispensables pour enchaîner le peuple et l'abrutir... » Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène,t. 1, 1823, p. 816.
b) Élever autel contre autel. Provoquer un schisme dans l'Église; p. ext. former une entreprise rivale.
II.− P. anal., TECHNOL. [Dans une chaudière, un four] Demi-cloison en briques réfractaires établie au fond du foyer pour forcer la flamme à remonter avant de passer dans les tubes (d'apr. Soé-Dup. 1906).
PRONONC. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [ɔtεl] ou [o-]. Passy 1914, Barbeau-Rodhe 1930, Pt Rob. et Warn. 1968 donnent les deux possibilités de prononc. Passy note une durée mi-longue sur la 1resyll. dans le cas de [o] fermé. Dub., Harrap's 1963 et Pt Lar. 1968 transcrivent uniquement [o]. Cf. aussi les dict. hist. Pour [ɔ] ouvert ou [o] fermé à l'initiale, cf. augmenter. Cf. aussi Buben 1935, p. 54, § 44. 2. Homon. : hôtel. Fér. Crit. t. 1 1787 souligne au sujet du mot : ,,Il difère d'hôtel et pour l'orthogr. et pour la prononc. et pour la signification``.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. a) Au propre, fin xies. alter « (dans la relig. chrét.) table où l'on célèbre la messe » (Alexis, strophe 34, éd. Paris et Pannier, Paris, 1872, p. 147 : Deus fist l'imagene por soe amor parler Al servitor qui serveit al alter); ca 1100 autel « id. » (Roland, ms. Châteauroux, éd. Foerster, Heilbronn, 1883, p. 365 : mot riche ofrande a desus lautel mise); b) 1644 Antiq. « sorte de table destinée à l'usage des sacrifices » (Corneille, Pompée, III, 2 ds Littré : Cependant à Pompée élevez des autels; Rendez-lui les honneurs qu'on rend aux immortels); 2. a) av. 1662 fig. autel « symbole de la relig. chrét. et du ministère des prêtres » (Pascal ds Rich. 1680 : Il est juste que ceux qui servent à l'autel, vivent de l'autel); b) 1669 « symbole de la pers. aimée (lang. amoureux class.) » (Molière, Tartuffe, III, 3 ds Littré : Ils n'ont point de faveur qu'ils n'aillent divulguer, Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie, Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie); c) 1674 (Boileau, Art poétique, IV, ibid. : A sa gloire en cent lieux fit dresser des autels). Empr. au lat. altare, surtout au plur. en lat. class. altaria « lieu élevé réservé aux sacrifices » (Pacuvius, Trag. 233 ds TLL s.v., 1725, 68); empl. plutôt au sing. par les aut. chrét., en réf. à l'A. T. (Itala, Gen., 20, 24, ibid., 1727, 68) ou au culte chrét. (Tertullien, Orat., 11, ibid., 1728, 29); cf. avec 2 a, St Jérôme, Quaest. hebr. in gen., p. 71, ibid., 1728, 57. Le chang. de la finale -er (Alexis, supra) en -el est dû prob. à une substitution du suff. -el à la finale -er, rare dans des termes désignant des objets concrets (cette substitution s'explique peut-être par une attraction paronymique avec ostel « hôpital, hôtel » à une époque où les Hôtels-Dieu étaient des maisons religieuses); le chang. de suff. a pu être favorisé par la confusion des termin. -els et -ers devenues -er au cas suj. sing. et au cas régime plur. (cf. Ph. de Thaün, Bestiaire, éd. Walberg, 2267 : alters rimant avec tels; v. aussi Pope, § 398).
STAT. − Fréq. abs. littér. : 3 286. Fréq. rel. littér. xixes. : a) 6 916, b) 5 207; xxes. : a) 5 088, b) 2 220.
BBG. − Archéol. chrét. 1924. − Bach.-Dez. 1882. − Bal.-Maq. 1968. − Bible 1912. − Bouillet 1859. − Bouyer 1963. − Canada 1930. − Chabat 1881. − Chesn. 1857. − Cohen 1946, p. 53. − Dainv. 1964. − Darm. Vie 1932, p. 50. − Dheilly 1964. − Divin. 1964. − Dupin-Lab. 1846. − Duval 1959. − Encyclop. méthod. Mécan. t. 1 1782. − Foi t. 1 1968. − France 1907. − Gay t. 1 1967 [1887]. − Goug. Lang. pop. 1929, p. 90. − Gruss 1952. − Jossier 1881. − Laborde 1872. − Lacr. 1963. − Larch. Suppl. 1880. − Lavedan 1964. − Le Roux 1752. − Marcel 1938. − Noël 1968. − Pol. 1868. − Pope 1961 [1952], § 398. − Soé-Dup. 1906. − St-Edme t. 2 1825. − Théol. bibl. 1970. − Théol. cath. t. 1, 2 1909. − Viollet 1875.

Wiktionnaire

Nom commun

autel \o.tɛl\ masculin

  1. (Religion) Table ou monument, en bois ou en pierre, à l’usage des sacrifices.
    • On trouvait dans le Latium une fontaine du soleil, auprès de laquelle étaient élevés deux autels, sur lesquels Énée arrivant en Italie sacrifia. — (Charles-François Dupuis, Abrégé de l'origine de tous les cultes, 1794)
    • Non seulement il invita ses concitoyens à déposer leurs ressentiments et leurs griefs sur l’autel de la patrie, mais il demanda encore que le bienfait de cette pacification fût étendu aux autres peuples, et que la France, introduisant parmi les nations une nouvelle diplomatie, jetât les fondements d'une alliance universelle. — (« ISNARD (Maximin) », dans la Biographie universelle et portative des contemporains ; ou, Dictionnaire historique des hommes vivants et des hommes morts depuis 1788 jusqu'à nos jours, tome 10, Paris : chez l'Éditeur, 1836, p. 2141)
  2. (En particulier) (Liturgie) Table où l’on célèbre la messe, chez les chrétiens.
    • C'était, comme je l’ai dit, une ancienne chapelle ; […]. Je cherchai des yeux s’il restait à la muraille, ou sur ce qui avait été l’autel, quelque signe de culte ; la muraille était nue, l’autel était ras. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • Quand je la menai à l’autel, j’étais bien convaincu que ma femme l’emportait en beauté sur toutes les femmes belles de la terre, […]. — (Octave Mirbeau, La tête coupée)
  3. (Figuré) Religion, culte religieux.
    • Enfin la Camarilla et le parti monastique tout entier, se sont empressés à l’envi de prédire qu’une ville si suspecte ne pouvait manquer d’être bientôt un foyer de libéralisme et de philosophie ; […] ; que c’était appeler une révolution nouvelle, et livrer l’autel et le trône à des mains impies. — (Anonyme, Espagne. - Cadiz et Gibraltar, Revue des Deux Mondes, 1829, tome 1)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

AUTEL. n. m.
Table, monument en bois ou en pierre à l'usage des sacrifices. Dresser, élever un autel. Consacrer des autels. Embrasser les autels. Profaner les autels. Se prosterner devant les autels, au pied des autels. L'encens fumait sur les autels. Les autels des faux dieux. Conduire la victime à l'autel. L'autel de Jupiter, de Mars, etc. Un autel de gazon. Chez les Hébreux, il y avait un autel des holocaustes et un autel des parfums. Fig., Il mérite qu'on lui élève, qu'on lui dresse des autels, Il est digne des plus grands honneurs, des plus grands témoignages de la reconnaissance publique. Il se dit particulièrement, en termes de Liturgie, de la Table où l'on célèbre la messe. L'autel de la Vierge. Table d'autel. Nappe d'autel. Le dessus de cet autel est de pierre, de bois, etc. On met ordinairement des reliques sous les pierres d'autel. Un devant d'autel. Les marches de l'autel. Le prêtre est à l'autel. Servir à l'autel. S'approcher de l'autel pour communier. Les saints autels. Le sacrifice de l'autel, le saint sacrifice de l'autel, La messe. Le Sacrement de l'autel, L'Eucharistie. Le maître-autel ou grand autel, Le principal autel de chaque église qui est placé dans le chœur. Autel privilégié, Autel où il est permis de dire la messe des morts les jours où on ne peut la célébrer aux autres autels. Autel portatif, Pierre plate et carrée, bénite selon les formes ordinaires de l'Église, pour célébrer la messe en pleine campagne. Prov. et fig., Qui sert à l'autel doit vivre de l'autel, ou simplement Le prêtre vit de l'autel, Il est juste que chacun vive de sa profession. Fig., et par exagération, Il prendrait sur l'autel, sur le maître-autel, se dit d'un Homme qui prend effrontément tout ce qu'il peut et partout où il peut. Fig., Élever autel contre autel, Faire un schisme dans l'Église ou dans quelque communauté. Il signifie par extension Opposer son crédit, sa puissance au crédit, à la puissance d'une autre personne; ou Former une entreprise rivale d'une autre déjà formée. Il désigne aussi figurément, surtout au pluriel, la Religion, le culte religieux. Ils s'érigèrent en défenseurs de l'autel et du trône. Attaquer, renverser les autels. Respecter les autels. Cet impie avait juré la ruine des autels. Combattre pour ses autels. Les ministres des autels. Fig., Ami jusqu'aux autels, Ami à tout faire, excepté ce qui est contraire à la conscience, à la religion.

Littré (1872-1877)

AUTEL (ô-tèl) s. m.
  • 1Sorte de table destinée à l'usage des sacrifices. Dans Rome, les autels fumaient de sacrifices, Racine, Brit. IV, 2. Si de sang et de morts le ciel est affamé, Jamais de plus de sang ses autels n'ont fumé, Racine, Iphig. V, 2. On dresse des autels de gazon, Fénelon, Tél. XXIV. Les sénateurs lui firent dresser des autels, Bossuet, Hist. III, 7. Il lui voulait dresser des autels, Bossuet, ib. II, 12. L'amour impudique eut tant d'autels…, Bossuet, ib. II, 3. Cependant à Pompée élevez des autels ; Rendez-lui les honneurs qu'on rend aux immortels, Corneille, Pomp. III, 2.

    Poétiquement. Dressons-lui des autels sur des monceaux d'idoles, Corneille, Poly. II, 6.

    Autels, monuments en forme d'autels élevés pour perpétuer la mémoire de quelque événement. Les patriarches élevaient des autels en des lieux où ils avaient reçu quelque faveur de Dieu. Il est parlé des autels d'Hercule, des autels d'Alexandre, dressés aux extrémités de leurs expéditions.

    Fig. et par extension, honneurs extraordinaires. Mériter des autels. Eux-même avec candeur, se disant immortels, De leurs mains tour à tour se dressent des autels, Gilbert, Dix-huitième siècle. Nous sommes trois, Diderot, d'Alembert et moi, qui vous dressons des autels, Voltaire, Lett. à Cath. 8. À sa gloire en cent lieux fit dresser des autels, Boileau, Art p. IV. Cette idole à qui le monde a de tout temps dressé des autels, Massillon, Dauph.

    Personne qu'on honore, qu'on adore. Ils n'ont point de faveur qu'ils n'aillent divulguer, Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie, Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie, Molière, Tart. III, 3.

  • 2Chez les chrétiens, table où l'on célèbre la messe. Le prêtre monte à l'autel. S'approcher de l'autel pour la communion. Dans le même esprit qu'ils vont à l'autel, Bossuet, Par. de Dieu, 1. Une âme qui a vécu longtemps éloignée de l'autel, Massillon, Inconst. Quoiqu'elle approchât souvent des autels, Fléchier, Mar.-Th. Un prêtre oserait-il, le même jour, s'approcher de l'autel [dire la messe] ? Pascal, Prov. 6.

    Le maître autel, l'autel qui est placé dans le chœur d'une église.

    Autel privilégié, autel où il est permis de dire la messe des morts le jour qu'on ne peut la célébrer aux autels qui ne sont pas privilégiés.

    Autel portatif, pierre plate et carrée, bénite selon les formes de l'Église, pour célébrer la messe en pleine campagne.

    Le sacrifice de l'autel, le saint sacrifice de l'autel, c'est-à-dire la messe ; le saint sacrement de l'autel, l'eucharistie.

    Fig. Élever autel contre autel, faire un schisme, et, par extension, lutter avec quelqu'un de crédit, de puissance, former une entreprise rivale. On élève autel contre autel, Bossuet, Annonc. 1. Harcourt saisit l'occasion de débaucher au duc de Beauvilliers son pupille ou de faire au moins autel contre autel, Saint-Simon, 232, 94.

  • 3 Fig. La religion, le culte. Respectez les autels. Les ministres des autels. Il soutint les autels que l'hérésie avait ébranlés, Fléchier, Dauph. Et les droits de l'autel sont avant ceux du trône, Raynouard, États de Blois, II, 5.

    L'autel et le trône, la religion et le pouvoir monarchique.

  • 4 Terme d'astronomie. L'Autel, constellation de l'hémisphère austral.
  • 5 Technologie. Tablette de pierre ou de fonte placée en avant de la bouche d'un four.

    Partie d'un four à réverbère, qui a pour destination d'isoler le métal du combustible.

PROVERBES

Qui sert à l'autel doit vivre de l'autel, ou le prêtre vit de l'autel, c'est-à-dire chacun vit de sa profession.

Il en prendrait sur l'autel, se dit d'un homme qui prend tout ce qu'il peut et partout où il peut.

Ami jusqu'aux autels, ami à tout faire, excepté à agir contre la religion, contre la conscience.

HISTORIQUE

XIe s. Dessus l'alter [de] Saint Sevrin le baron, Ch. de Rol. CCLXIX. Lonc un alter belement [ils] l'enterrerent, ib. CCLXXI.

XIIe s. Mout riche ofrande [il] a dessus l'autel mise, Ronc. p. 179. Idunches se dresça, E par tuz les alters à orer s'en ala, Th. le mart. 162. E de tutes les lignées de Israel [je] le eslis, que fust mis prestres ; e à mun altel muntast, e encens i portast, Rois, 9. Dunc cumandad li angeles à Gad, que il deïst à David que il en alast pur lever un alter en l'onurance nostre Seignur, ib. 218. Tant que li fossez ki deled le altel esteit, fud plein e surundad, ib. 318.

XIIIe s. Par derriere l'autel s'ert [s'était] la bele mucie [cachée], Berte, CIX. E quant tote la messe est dite, le rei vient devant l'autier, et se comenie, Ass. de Jér. I, 31. Car teil qui auteil sert, d'auteil doit vivre, Rutebeuf, 258.

XVIe s. Il en prendroit sur le grand autel, H. Estienne, Précell. p. 77.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

AUTEL, s. m. (Hist. anc. mod. & Théol.) espece de table de bois, de pierre ou de métal, élevée de quelques piés au-dessus de terre, sur laquelle on sacrifie à quelque divinité. Voyez Sacrifice.

Les Juifs avoient un autel d’airain pour les holaucaustes, & un d’or sur lequel ils brûloient l’encens. Voyez Tabernacle, &c.

Chez les Romains l’autel étoit une espece de piédestal quarré, rond, ou triangulaire, orné de sculpture, de bas-reliefs & d’inscriptions, sur lequel ils brûloient les victimes qu’ils sacrifioient aux idoles. Voyez Victime.

Servius nous apprend que les autels des dieux célestes & supérieurs étoient exhaussés & construits sur quelqu’édifice relevé ; & que ce fut pour cela qu’on les appella altaria, composé de alta & ara, qui signifient autel élevé. Ceux qu’on destinoit aux dieux terrestres étoient posés à rase terre, & on les appelloit aræ ; & pour les dieux infernaux, on fouilloit la terre, & on y faisoit des fosses qu’on appelloit βόθροιλάκκοι, scrobiculi.

Mais cette distinction ne paroît pas suivie. Les meilleurs auteurs se servent fréquemment d’ara, comme d’un terme générique sous lequel ils comprennent également les autels des dieux célestes, terrestres & infernaux : témoin Virgile, Eclog. V.

En quatuor aras.

où assûrément altaria est bien compris dans aræ ; car il est question entr’autres de Phœbus, qui étoit un dieu céleste. De même Cicéron, pro Quint. Aras delubraque Hecates in Græciâ vidimus.

Les Grecs distinguoient aussi deux sortes d’autels ; l’un sur lequel ils sacrifioient aux dieux, qu’ils appelloient βῶμος, & qui étoit un véritable autel : l’autre, sur lequel ils sacrifioient aux héros, qui étoit plus petit, & qu’ils appelloient ἔσχαρα. Pollux fait cette distinction des deux sortes d’autels usités chez les Grecs, dans son Onomasticon : il ajoûte cependant que quelquefois les poëtes employoient le mot ἔσχαρα, pour exprimer l’autel sur lequel on sacrifioit aux dieux. Les Septante employent aussi le mot ἔσχαρα, pour un autel bas, qu’on pourroit exprimer en Latin par craticula ; attendu que c’étoit plûtôt une espece d’âtre ou foyer qu’un autel.

Varron dit qu’au commencement les autels étoient portatifs, & consistoient en un trépié sur lequel on mettoit du feu pour brûler la victime. Les autels étoient communément dans les temples ; cependant il y en avoit de placés en plein air, soit devant la porte des temples, soit dans le péristyle des palais des princes. Dans les grands temples de l’ancienne Rome il y avoit ordinairement trois autels : le premier étoit dans le sanctuaire, & au pié de la statue du dieu ; on y brûloit l’encens, les parfums, & l’on y faisoit les libations : le second étoit devant la porte du temple, & on y offroit les sacrifices : le troisieme étoit un autel portatif, nommé anclabris, sur lequel on posoit les offrandes & les vases sacrés. On juroit par les autels & sur les autels ; & ils servoient d’asyle aux malheureux. Lorsque la foudre tomboit en quelque lieu, on y élevoit un autel en l’honneur du dieu qui l’avoit lancée : Deo fulguratori aram & locum hunc religiosum ex aruspicum sententiâ, Quint. Pub. Front. posuit, dit une ancienne inscription. On en élevoit aussi pour conserver la mémoire des grands évenemens, comme il paroît par divers endroits de l’Ecriture.

Les Juifs donnoient aussi le nom d’autels à des especes de tables qu’ils dressoient au milieu de la campagne, pour sacrifier à Dieu. C’est de ces autels qu’il faut entendre plusieurs passages où on lit : En cet endroit il édifia un autel au Seigneur.

Il faut pourtant observer que ces autels ainsi dressés en pleine campagne pour sacrifier, n’ont été permis que dans la loi de nature ; car dans celle de Moyse il ne devoit y avoir pour tout le peuple d’Israël qu’un autel pour offrir des victimes ; & c’étoit celui des holocaustes qui étoit d’abord dans le tabernacle, aussi bien que l’autel des parfums : car on lit au chap. xxij. du livre de Josué, que les tribus de Ruben, de Gad, & la demi-tribu de Manassé qui en dresserent d’autres, furent obligées de se disculper, en remontrant qu’elles ne les avoient pas érigés pour sacrifier, mais seulement pour servir de monument. Il y eut dans le temple de Salomon, comme dans le tabernacle, deux autels, l’un pour les holocaustes, & l’autre pour les parfums. C’étoit violer la loi dans un point capital, que d’offrir des sacrifices en tout autre endroit : aussi les autels que Jeroboam érigea à Samarie, & ceux que les Juifs, à l’exemple de quelques-uns de leurs rois, éleverent sur les hauts lieux, furent en abomination aux yeux de Dieu.

Autel, parmi les Chrétiens, se dit d’une table quarrée, placée ordinairement à l’orient de l’église, pour y célébrer la messe. Voyez Eucharistie.

L’autel des Chrétiens ne ressemble pour sa construction, ni à ceux des Payens, ni à ceux des Juifs : mais il est fait comme une table, parce que l’eucharistie fut instituée par J. C. à un souper, & sur une table : ainsi on pourroit l’appeller, comme on fait en effet en quelques endroits, table de communion. Voy. Communion.

Ce n’est pas que le nom d’autel n’y convienne aussi ; car l’eucharistie étant véritablement un sacrifice, la table sacrée sur laquelle se consomme ce mystere est bien aussi véritablement un autel. Voyez Messe.

Dans la primitive Eglise les autels n’étoient que de bois, & se transportoient souvent d’une place à une autre : mais un concile de Paris de l’an 509 défendit de construire à l’avenir des autels d’autre matiere que de pierre.

Dans les premiers siecles il n’y avoit qu’un seul autel dans chaque église : mais le nombre en augmenta bientôt ; & nous apprenons de S. Grégoire le grand, qui vivoit dans le sixieme siecle, que de son tems il y en avoit douze & quinze dans certaines églises. A la cathédrale de Magdebourg il y en a quarante-neuf.

L’autel n’est quelquefois soûtenu que par une seule colonne, comme dans les chapelles soûterraines de sainte Cécile à Rome, & ailleurs : quelquefois il l’est par quatre colonnes, comme l’autel de S. Sébastien, in Crypta arenaria : mais la méthode la plus ordinaire est de poser la table d’autel sur un massif de pierre.

Ces autels ressemblent en quelque chose à des tombeaux : & en effet nous lisons dans l’histoire de l’Eglise, que les premiers Chrétiens tenoient souvent leurs assemblées aux tombeaux des martyrs, & y célébroient les saints mysteres. C’est de-là qu’est venu l’usage qui s’observe encore à présent, de ne point bâtir d’autel sans mettre dessous quelque relique de saint. Voyez Relique, Saint, Cimetiere.

L’usage de la consécration des autels est assez ancien, & la cérémonie en est réservée aux évêques. Depuis qu’il n’a plus été permis d’offrir que sur des autels consacrés, on a fait des autels portatifs, pour s’en servir dans les lieux où il n’y avoit point d’autels consacrés. Hincmar & Bede en font mention. Les Grecs se servent à la place d’autels de linges benis, qu’ils nomment ἀντιμήνσια, c’est-à-dire, qui tiennent lieu d’autel.

Autel de prothese, altare protheis, est un petit autel préparatoire sur lequel les Grecs bénissent le pain avant que de le porter au grand autel, où se fait tout le reste de la célébration.

Cet autel a beaucoup de rapport avec ce que nous appellons dans nos églises crédence.

Le pere Goar prétend que cette table de prothese étoit anciennement dans la sacristie, ou le vestiaire ; & son sentiment paroît appuyé par quelques manuscrits Grecs, où en effet le mot sacristie est employé au lieu de celui de prothese. Voyez Sacristie.

Autel se trouve aussi employé dans l’Histoire ecclésiastique, pour signifier les oblations ou les revenus casuels de l’église. Voyez Oblation.

Dans les premiers tems on mettoit une distinction entre l’église & l’autel : on appelloit l’église, les dixmes & autres revenus fixes ; & l’autel, les revenus casuels. Voyez Dixme.

On dit même encore en ce sens que le prêtre doit vivre de l’autel ; ce qui signifie qu’il est juste que se devoüant tout entier au service de Dieu, il puisse être sans inquiétude sur les besoins de la vie. (G)

Autel, s. m. (Astron. & Myth.) c’est une constellation méridionale composée de sept étoiles, &, selon quelques auteurs, d’un plus grand nombre ; car il y en a qui en comptent huit, comme Bayer ; & d’autres veulent qu’elle soit formée de douze étoiles. Suivant la fiction des poëtes elle est l’autel sur lequel les dieux prêterent serment de fidélité à Jupiter avant la guerre contre les Titans, & que ce dieu mit entre les astres après sa victoire ; ou bien l’autel sur lequel Chiron le centaure immola un loup, dont la constellation est dans le ciel proche de cet autel. Voyez Loup. (O)

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Étymologie de « autel »

(Fin du XIe siècle) De l’ancien français alter (« table où l’on célèbre la messe »), du latin altare, surtout usité au pluriel altaria. La substitution du suffixe -er par -el est rare dans des termes désignant des objets concrets ; cette substitution s’explique peut-être par une attraction paronymique avec ostel (« hôpital, hôtel ») à une époque où les Hôtels-Dieu étaient des maisons religieuses.
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Bourguig. autai ; provenç. altar, autar ; espagn. altar ; ital. altare ; du latin altare, proprement, ce qu'on met dessus l'autel (Quintilien, Decl. XII, 26 : aris altaria imponere), ce qui exhausse, de altus, haut (voy. ce mot). Altare a donné régulièrement alter ou altier ou autier ; la forme autel s'est glissée à côté, par l'affinité entre l'l et l'r, et peut-être aussi par le grand usage de l'adjectif autel, semblable, mot très usité dans ces temps : l'on sait combien les langues ont de tendance à assimiler les mots qui ont peu de différence ; tendance funeste et qui rend bien des choses confuses et même inintelligibles.

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Phonétique du mot « autel »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
autel otɛl

Évolution historique de l’usage du mot « autel »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « autel »

  • Le diable a pris les offrandes, mais il reste l’autel. De Proverbe tchèque
  • Le sang humain est le ciment de l’autel de la liberté. De Benoît Gagnon
  • C'est peu que de vouloir, sous un couteau mortel, Me montrer votre coeur fumant sur un autel. De Jean Racine / Iphigénie
  • Aie en ton âme une place pour l'hôte que tu n'attends pas et un autel pour le dieu inconnu. De Henri-Frédéric Amiel
  • Le jour où la fiancée marche vers l’autel est le jour où commence pour elle le deuil d’un sombre et malheureux avenir. De Serrurier / Du mariage considéré dans ses rapports physiques et moraux
  • La terre entière, continuellement imbibée de sang, n'est qu'un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu'à la consommation des choses, jusqu'à l'extinction du mal, jusqu'à la mort de la mort. De Joseph de Maistre / Les soirées de Saint-Pétersbourg
  • Elle a les yeux couleur de ma vague chimère, O toute poésie, ô toute extase, ô Mère ! A l'autel de ses pieds je l'honore en pleurant, Je suis toujours petit pour elle, quoique grand. De Emile Nelligan / Ma mère
  • Contemplez hardiment tous ceux qui sont costumés De se sacrifier à l’autel des beautés Vous verrez que le vent de leur légèreté Leur éteint le brasier aussitôt qu’ils l’allument. De Jean de Sponde / Premier recueil de poésie
  • Ils ont cherché une façon symbolique de rendre hommage à cette personne qui venait toujours se recueillir sur cet autel lorsqu’elle venait à l’église. , Seine-et-Marne. A Villiers-Saint-Georges, l'autel de l'église restauré en hommage à une habitante | La République de Seine et Marne
  • L’office a ensuite déroulé son rituel, animé par la chorale et accompagné à l’orgue par Dominique Robert. Le moment fort a été la consécration du nouvel autel, au cours d’un cérémonial bien particulier. Avec, tout d’abord, la dépose des reliques au cœur de la table, l’onction du saint chrême, le rite de l’encens, la pose de la parure et l’illumination. Des symboles qui ont précédé la célébration de l’Eucharistie. , Dinard. Le nouvel autel de l’église a été consacré - Redon.maville.com
  • France 2 nous emmène aujourd’hui à la découverte des croyances mongoles. À travers ce reportage immersif, nous partons à la rencontre d’une famille nomade, où petits et grands cohabitent à l’intérieur d’un espace divin : la yourte. Au centre de cette demeure traditionnelle est installé l’autel familial ainsi que des photos et objets d’une grande valeur émotionnelle. POSITIVR, VIDÉO. « Cet autel, c’est le cœur et l’âme de notre famille » : le témoignage d’une famille mongole

Traductions du mot « autel »

Langue Traduction
Anglais altar
Espagnol altar
Italien altare
Allemand altar
Chinois
Arabe مذبح
Portugais altar
Russe алтарь
Japonais 祭壇
Basque aldare
Corse altare
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Synonymes de « autel »

Source : synonymes de autel sur lebonsynonyme.fr
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