La langue française

Argousin

Définitions du mot « argousin »

Trésor de la Langue Française informatisé

ARGOUSIN, subst. masc.

Bas officier qui était chargé de la surveillance des galéries et des forçats :
1. Après avoir traversé quelques rues étroites où des galériens, vêtus de pantalons mi-partie jaunes et gris, travaillaient sous le bâton des argousins, nous arrivâmes devant Vor-Frelsers-Kirk. Verne, Voyage au centre de la terre,1864, p. 52.
P. ext., fam. et péj.
1. Agent de police :
2. Népomucène, qui flaira des agents de police, crut qu'on allait arrêter le vieillard... − Sauvez-vous, monsieur! ... Tenez, voyez-vous ces argousins? Un regard suffit à l'ancien procureur-général pour reconnaître des recors dans les agents de police, et il devina tout. Balzac, L'Initié,1848, p. 448.
2. Rare. Personne chargée de surveiller, d'enquêter :
3. la comtesse. − (...) si je ne la retrouve pas, je devrai avertir l'assurance. Ils enverront quelqu'un enquêter ici. Cela sera odieux. le comte. − Après le bal, ma chère, après le bal! Vous n'allez pas me forcer à costumer vos argousins en Louis XV, dans l'espoir qu'ils passeront inaperçus. Anouilh, La Répétition,1950, III, p. 78.
Terme d'injure. Homme grossier, brute :
4. − Monsieur, dit le prince des Voyageurs (...) vous êtes un drôle et un polisson, qui, sous peine d'être le dernier des argousins (...) devez me rendre raison de l'insulte que vous venez de me faire... Balzac, L'Illustre Gaudissart,1834, p. 46.
Arg. Contre-maître (cf. L. Rigaud, Dict. du jargon parisien, L'Arg. anc. et mod., 1878, p. 14).
PRONONC. : [aʀguzε ̃].
ÉTYMOL. ET HIST. − « Bas officier chargé de la surveillance des forçats » xves. agosin (Thomas, Mél. d'étymol. fr. ds Romania, t. 36, p. 612); 1515-22 algouzin (Ant. de Conflans, Les faits de la mar. et navigaige ds Annales marit., juill. 1842 d'apr. Jal1, s.v. algouzin); 1538 argousin (Vega in Charrière, Négoc. France lev. t. 1, p. 346 ds Jal2: les argousins); 1552 algousan (Rabelais, III, 20, éd. Marty-Laveaux ds Hug., s.v. argousin : Grand mercy... mon petit architriclin, mon comite, mon algousan. Id. IV, 19, ibid. : Comite, mon mignon. O le gentil Algousan); 1603 agozzin (Stat. de l'ord. de Saint-Jean de Hiérus, tit. XX, art. 75 apud J. Badoin, II, 267 ds Jal1); 1611 argousin « lieutenant de galère » (Cotgr.); 1621 agussin (Le père René François, Les Merveilles de nature, chap. 12, art. 51 ds Jal1, s.v. agussin); 1664, 10 août algousin (Lett. de Boucher à Colbert, Corr. adm. s.L.XIV, I, 458 ds Gdf. Compl.) − 1932-35 (Ac. : le définit au passé en précisant ,,autrefois``); 1808 péj. (Dict. du b.-lang. t. 1 : Argouzin. Sobriquet injurieux qui équivaut à iroquois, butord, lourdaud, homme stupide et grossier. C'est aussi le nom qu'on donne aux officiers subalternes qui surveillent les galériens); 1848 argousin « agent de police », supra. Terme d'orig. napolitaine et sicilienne, les dial. de ces régions l'ayant eux-mêmes empr. à l'a. cat. algutzir (de même orig. que l'esp. alguazil « alguazil* ») attesté au sens de « gouverneur d'une collectivité de Sarrasins » dep. 1343, au sens de « officier de justice », Ordenacion d'En Pere IV [1319-87] Alc.-Moll. Empr. au cat. par les dial. siciliens (algozizio, algozino « huissier principal du Tribunal qui faisait les exécutions et les citations, écrivait les sentences et passait aucunes captures : chef des sergents » dep. 1433, Costituzioni siciliane del re Alfonso d'apr. Vidos Parole, 181) et napolitain (algozino « gardien de prison », xvies. Vita di Don Pietro di Toledo, marchese di Villafranca, composta da Scipione Miccio, ibid.), à la faveur des relations maritimes entre Siciliens et Aragonais en Catalogne pendant la lutte contre les Angevins; de ces dial. le mot passa a l'ital. auzzino, aguzzino, xvies. (Transillo, Capitoli ined. 84 ds Tomm.-Bell.). Il y eut ainsi dans la péninsule, assimilation de la finale cat. en -ir à celle des mots ital. en -ino, type scalpellino, vetturino. Les formes ital. rendent compte des formes fr. à al- initial; par la suite, passage al- > ar- (Nyrop, I, § 342). De ce fait est infirmée l'hyp. de Sain. (Lang. Rab., I, 114) selon laquelle la forme algousan remonte à l'a. vénitien alguzin et la forme argousin au marseillais argousin.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 38.
BBG. − Bouillet 1859. − Bruant 1901. − Dauzat (A.). Mots français d'origine orientale... Fr. mod. 1943, t. 11, pp. 241-242. − France 1907. − Jal 1848. − Lammens 1890, pp. 13-14 (s.v. alguazil). − Larch. Suppl. 1880. − La Rue 1954. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 259. − Sar. 1920, p. 43. − St-Edme t. 1 1824. − Will. 1831. − Wind 1928, p. 42.

Wiktionnaire

Nom commun

argousin \aʁ.ɡu.zɛ̃\ masculin

  1. (Justice) Bas officier qui était autrefois chargé de la surveillance dans les bagnes.
    • Trois jours encore, et il était flétri, jeté dans un bagne, d’où il se serait échappé peut-être en assassinant un argousin. — (Alexandre Dumas, La Vendée après le 29 juillet, La Revue des Deux Mondes T.1, 1831.))
    • Quand on peut casser les jambes à l'homme le plus fort par le coup que je t'ai montré!... quand on peut se battre avec trois argousins armés avec la certitude d'en mettre deux à terre avant qu'ils n'aient tiré leurs briquets, que craint-on? n'as-tu pas ta canne?... — (Honoré de Balzac, Splendeurs et misères de courtisanes, 1847)
    • Le bagne ne va pas sans l'argousin, vous n'imagineriez pas l'un sans l'autre. — (Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835)
    • Un marin chauve, aux yeux de merlan frit et aux lèvres proéminentes, l'accompagnait ; c'était l’argousin, le chef de la chiourme chargé de la garde des galériens. — (Alessandro Barbero, Les Yeux de Venise, Éditions Tallandier, 2016)
  2. (Argot) (Péjoratif) Policier.
    • Il m'a fait l'effet d'un sadique prédisposé à la violence, d'un argousin prêt à jouer de la matraque pour un oui ou pour un non. — (Glen Cook, Le Château noir, 1984)
    • Mais sans être argousin, bourreau ni romancier,
      Aux veilles du cachot on vint s’associer.
      — (Hégésippe Moreau, « Lacenaire poëte », in Poésies.)
    • Qu'il avait un petit cousin, ô gué, ô gué
      Haut placé chez les argousins, ô gué, ô gué
      — (Georges Brassens, Corne d’Aurochs)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ARGOUSIN. n. m.
Bas officier qui était autrefois chargé de la surveillance dans les bagnes. Il désigne aujourd'hui en mauvaise part un Agent de police.

Littré (1872-1877)

ARGOUSIN (ar-gou-zin) s. m.
  • Bas officier des bagnes, chargé de la garde des forçats.

HISTORIQUE

XVIe s. Le chevalier d'Aux, pour n'estre empesché en son aiguade, alla à terre pour asseoir son guet, ne s'asseurant du tout en son argousin, Du Bellay, M. 601.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

ARGOUSIN, s. m. (Marine.) c’est un bas officier de galere, qui a soin d’ôter ou de remettre les chaînes aux forçats, & qui veille sur eux pour empêcher qu’ils ne s’échapent. (Z)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « argousin »

Algosans, bas officier des galères, dans Rabelais ; ital. aguzzino. Les mots français et italien paraissent être une corruption de l'espagnol alguacil (voy. ALGUAZIL).

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

De l'italien algozzino (« même sens ») lui même corruption de l'arabo-espagnol alguazil.
(Argot) De l'occitan argosin, d'abord garde-forçats puis par extension tout représentant de la loi[1].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « argousin »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
argousin arguzɛ̃

Évolution historique de l’usage du mot « argousin »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « argousin »

  • J'ai découvert ce qui faisait de toi un esclave : tu es ton propre argousin. Tu es seul et unique responsable de ton esclavage. Toi et personne d'autre. Moi, je te dis : ton seul libérateur c'est toi ! De Wilhelm Reich / Ecoute, petit homme !
  • Le Conseil de la vieille république avait rétabli l'autorisation des manifestations, après que gouvernement de Sa Tyrannique Malfaisance eut tenté d'en prolonger l'interdiction, alors même que l'état d'urgence sanitaire avait été levé. Dans toutes les villes du pays, les nurses, les médecins, les gardes-malades, les carabins, toutes les blouses bleues, blanches et vertes défilèrent donc en bataillons pour réclamer des écus pour ne point mourir au labeur. A Paris, le Grand Gouverneur de la place, l'implacable Sieur Teutonic, fit donner la charge contre ces dangereux séditieux, ceux-là mêmes que le Roy avait pour projet de faire défiler un mois plus tard et de décorer en grande pompe sur les Champs Elysées. Une nurse, qui avait failli mourir au front en combattant contre les miasmes méphitiques, se trouvant avec d'autres nassées et gazées par la maréchaussée royale, vit rouge et lança en direction des reitres noirs quelques pierres. Mal lui en prit. Elle fut poursuivie, matraquée violemment jusqu'à lui ouvrir le crâne, puis tirée par les cheveux par un roussin qui lui susurra fort courtoisement « tu vas la prendre, ta médaille ! », ponctuant cette charmante invite d'une grossièreté à l'encontre de la gente féminine. On félicita l'argousin et on engeôla la dangereuse séditieuse. A Marseille, la maréchaussée regarda benoîtement s'ébranler un cortège braillard et coloré. A Nimes, on assista à une scène qui mit dans une folle rage Notre Sanglant Jupithiers : les argousins déposèrent leurs képis, les soignants en firent de même avec leurs blouses, et tous s'applaudirent mutuellement. Club de Mediapart, Au temps de la grippe pangoline | Le Club de Mediapart
  • Il est aussi facile que fuyant dans la rue. Enfilé entre deux phrasés bien ficelés qui en font souvent un mot négatif. Le keuf ou l'argousin, le flic, le limier, le gardien de la paix... bref, le policier répond à nombre de quolibets. Des propos aussi moqueurs qu'attentionnés. Toujours créés par esprit autant que par cachot-terie. Mais d'où vient ce mot monosyllabique? À qui ou quoi fait-il réellement référence? Le Figaro revient sur son histoire. Le Figaro.fr, D'où vient le «keuf» ?
  • Le réveil de la jeunesse africaine autour des questions du franc CFA et le micmac de solution trouvée par Macron et son argousin ivoirien Ouattara, pouvait laisser rêver (n’est-ce pas Professeur Kako Nubukpo ?) à un sursaut d’orgueil de la France, enfin décidée à laisser les Africains voler de leurs propres ailes. Le Temps, Le Togo, cette p... de l'ambassadeur Marc Vizy... le vizir - Le Temps
  • À la brune, l’argousin avait pour habitude d’arpenter le boulevard non sans barguigner. Tous les soirs, le même scénario, il s’habillait soigneusement, franchissait l’huis de sa maison et se dirigeait vers le lupanar : « J’y vais, j’y vais pas ? » sans jamais y aller. Et pourtant, il paradait, sûr de lui comme un mâtin à la dentition aciculaire. Il faisait du fla-fla, roulait des mécaniques avec ses génitoires ostensiblement moulées dans un pantalon qui le faisait plus ressembler à un gandin qu’à un Don Juan. Club de Mediapart, 100 mots à sauver | Le Club de Mediapart
  • Les 30 et 31 décembre 1922, Lénine dicte le texte suivant : « Un rôle fatal a été joué par la hâte de Staline dans son zèle d’administrateur… l’internationalisme du côté de la nation dite grande (encore qu’elle ne soit grande simplement comme l’est l’argousin), doit consister non seulement dans le respect de l’égalité formelle des nations, mais encore dans l’effort vers une égalité (réelle) compensant… l’inégalité qui se manifeste pratiquement dans la vie… Le Géorgien (= J. Staline, N.D.L.R.) qui considère avec dédain ce côté de l’affaire, qui lance dédaigneusement des accusations de « social-nationalisme » (alors qu’il est lui-même non seulement un vrai, un authentique social-nationaliste, mais encore un brutal argousin grand’ Russe), ce Géorgien-là porte en réalité atteinte à la solidarité prolétarienne de classe… » (Lénine : Œuvres, tome 36, p.621, 622, Edition de Moscou). Club de Mediapart, Lénine et Trotsky face à la bureaucratie, par Eric Toussaint | Le Club de Mediapart
  • Un argousin déguisé en infirme infiltre l'établissement de la suspecte. Le capitaine Hurley cuisine le voisinage, examine les actes de décès, épluche les registres du drugstore W. H. Mason, où, afin de repérer les abus, sont consignés les achats d'arsenic, poids, dates et noms des clients inclus.  LExpress.fr, Amy Archer-Gilligan, une brave dame qui vous veut du mal - L'Express
  • 5- L’activité d’assister à un spectacle : La prison de Bicêtre, qui, habituellement, baignait dans la morne platitude et  dans le silence sinistre d’un quotidien sur lequel plane une atmosphère d’un deuil en préparation et d’où s’exhale la senteur d’un profond malheur humain, où les jours se ressemblent sans rien apporter de nouveau que leur lot quotidien de douleurs  et d’angoisses causées par l’homme à l’homme, sauf que chaque jour mis de côté cède la place à un autre qui rapproche encore plus le condamné du jour de son exécution, la prison de Bicêtre, dis-je,  se réveille sur une agitation inaccoutumée. En effet, il semble qu’il va se passer quelque chose d’inhabituel et de nouveau pour le narrateur condamné : il s’agit, comme le lui apprend un garde chiourme, du ferrage des galériens et à leur transfert pour le bagne de Toulon : ‘’Fête, si l’on veut, me répondit-il. C’est aujourd’hui qu’on ferre les forçats qui doivent partir demain pour Toulon’’. Puis il l’invite au spectacle et le place dans une autre cellule qui donne sur la cour de la prison et d’où il peut voir et lui ajoute avec une pointe d’ironie ‘’Tenez, me dit-il, d’ici vous verrez et vous entendrez. Vous serez seul dans votre loge comme le roi’’. Le mot ‘’loge’’ place le récit dans son cadre dramatique théâtral. La cellule du condamné devient loge, la cour de Bicêtre une salle de spectacle, les bagnards en titre des acteurs et les aspirants des spectateurs. Une fois dans sa loge, le narrateur condamné peut voir le spectacle qui va se dérouler sous ses yeux pensant sans doute que cela lui apportera quelque ‘’amusement’’. Le spectacle se déroule en trois actes comme il dit lui-même au chapitre XIII ‘’Ainsi, après la visite des médecins, la visite des geôliers ; après la visite des geôliers, le ferrage, TROIS ACTES A CE SPECTACLE’’. L’amusement auquel il croit aller assister se transforme devant ses yeux en un drame en trois actes aussi dramatiques l’un que l’autre et où le bâton est l’instrument pédagogique par excellence : ‘’Un argousin les aligna avec son bâton’’ (Chap.XIII) ;  ‘’On n’entendit plus que le grelottement des chaînes, et par intervalles un cri et le bruit sourd du bâton des gardes-chiourme sur les membres des récalcitrants’’ (Chap. XIII) ;  ‘’Les gardes-chiourme rompirent la danse des forçats à coups de bâton’’ (Chap. XIII) ; ‘’Je vis les coups de bâton pleuvoir au hasard dans les charrettes, sur les épaules ou sur les têtes’’(Chap.XIV). L’acte sans doute le plus barbare est celui du ferrage des galériens que le narrateur condamné prend en pitié en voyant certains d’entre eux pleurer et leur départ pour une destination dont beaucoup ne reviendront jamais. OujdaCity, Le Dernier Jour d'un Condamné : Les activités du narrateur condamné - OujdaCity

Traductions du mot « argousin »

Langue Traduction
Anglais argousin
Espagnol argousin
Italien argousin
Allemand argousin
Chinois 精蛋白
Arabe أرجوزين
Portugais argousin
Russe argousin
Japonais アルゴシン
Basque argousin
Corse argousin
Source : Google Translate API

Synonymes de « argousin »

Source : synonymes de argousin sur lebonsynonyme.fr

Argousin

Retour au sommaire ➦

Partager