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Les registres littéraires

Qu’est-ce qu’un registre littéraire ?

Un registre littéraire, appelé aussi ton ou tonalité, caractérise l’effet particulier que produit le texte sur le lecteur ou le spectateur. Selon le procédé d’écriture utilisé, ce dernier peut réagir de différentes manières : le rire, l’admiration, la peur, la compassion…

Les registres littéraires ne doivent pas être confondus ni avec les genres littéraires (tragédie, comique, drame…) ni avec les registres de langue.

Plusieurs registres peuvent se cumuler au sein d’une même œuvre littéraire.

Quels sont les différents registres littéraires ?


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Nous avons dressé la liste des principaux registres littéraires, illustrés par des exemples. Si vous souhaitez en savoir plus, un article dédié (publications à venir) approfondit chacun de ces registres.

Le registre comique

Le registre comique est un registre littéraire dont l’objectif est de divertir le spectateur ou le lecteur. 

Pour susciter le rire du public, l’auteur produit des effets comiques grâce à différents procédés : jeux de mots, effets de rupture, gestes et chutes, quiproquos, jeux de scènes, exagérations…

Très fréquentes au théâtre du Moyen-Âge, ces différentes formes de comique se retrouvent dans de célèbres pièces de Molière. Dans Les Fourberies de Scapin, Géronte répète à plusieurs reprises « Que diable allait-il faire dans cette galère ?», provoquant ainsi une situation comique par ce jeu de répétitions de mots.

SCAPIN — C'est à vous, Monsieur, d'aviser promptement aux moyens de sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse.
GÉRONTE — Que diable allait-il faire dans cette galère ?
SCAPIN — Il ne songeait pas à ce qui est arrivé.
GÉRONTE— Va-t'en, Scapin, va-t'en vite dire à ce Turc que je vais envoyer la justice après lui.
SCAPIN— La justice en pleine mer ! Vous moquez-vous des gens ?
GÉRONTE— Que diable allait-il faire dans cette galère ?

Molière, Les fourberies de Scapin, Acte II, Scène 7

Le registre comique permet également de minimiser une situation angoissante ou encore de souligner les aspects absurdes ou ridicules des personnages. L’humour est aussi un moyen de transmettre des messages sur différentes thématiques sociétales, par le biais de la critique.

En savoir plus sur le registre comique >

Le registre pathétique

Le registre pathétique provoque chez le lecteur ou le spectateur de la compassion face à une situation injuste, dans laquelle il s’identifie parfois. On le retrouve dans les romans, au théâtre mais également dans la poésie, où l’auteur a recours à divers procédés dont celui de décrire de manière très détaillée la douleur que ressent un personnage. 

Les termes du champ lexical de la souffrance sont très présents dans les textes, déclenchant des émotions fortes. Des hyperboles ou des métaphores mettent en valeur les sentiments ou le contexte difficile dans lequel le personnage évolue. Souvent, il s’agit d’un personnage innocent et sans défense.

La famille était très pauvre, et aucun des enfants n’était assez âgé pour travailler et gagner sa vie. Une année, la famine fut si grande que ces pauvres gens pensèrent à se séparer de leurs enfants.

Charles Perrault, Le Petit Poucet

Le registre tragique

Fréquemment rencontré au théâtre, le registre tragique a pour objectif d’émouvoir le lecteur, qui est touché devant l’effroyable destin des personnages. Les tragédies classiques comme Roméo et Juliette, Œdipe roi, Le Cid mettent en scène des héros ou des personnages mythologiques qui doivent faire face à de terribles dilemmes, des passions ou des conflits insolubles. 

Les discours des personnages désespérés sont ponctués d’exclamations et d’interjections, exprimant une plainte et de profondes interrogations sur leur devenir.

L’auteur utilise du vocabulaire soutenu issu des champs lexicaux de la mort, du sacrifice, du désespoir, du destin, de la faute.

Le tragique dénouement du mythe d’Œdipe illustre parfaitement le registre tragique de la pièce Œdipe roi, où les malheurs et les souffrances s’enchaînent.

JOCASTE (se frappant) — Et moi, je me punis.
Par un pouvoir affreux réservée à l’inceste,
La mort est le seul bien, le seul dieu qui me reste.
Laïus, reçois mon sang, je te suis chez les morts :
J’ai vécu vertueuse, et je meurs sans remords.


LE CHOEUR — Ô malheureuse reine ! ô destin que j’abhorre !

JOCASTE — Ne plaignez que mon fils, puisqu’il respire encore.

Prêtres, et vous Thébains, qui fûtes mes sujets,
Honorez mon bûcher, et songez à jamais
Qu’au milieu des horreurs du destin qui m’opprime,
J’ai fait rougir les dieux qui m’ont forcée au crime.

Sophocle, Œdipe-roi, Acte V, Scène 6

En savoir plus sur le registre tragique >

Le registre ironique

L’ironie se définit, selon le Robert, comme une « la manière de se moquer de quelqu’un ou de quelque chose en disant le contraire de ce qu’on veut exprimer ». L’objectif du registre ironique est d’attirer l’attention du lecteur, de le faire rire parfois, tout en dénonçant une situation ou une personne, allant parfois jusqu’à la moquerie. 

Les textes appartenant au registre ironique abordent, de façon critique, des sujets de sociétés souvent polémiques.

Renforcés par des procédés d’amplification, d’opposition ou d’exagération, les propos sont accentués, avec une ponctuation ou une intonation particulière.

Ces messieurs ne connaissaient rien à mon mal ; donc je n’étais pas malade : comment supposer que ces docteurs ne sussent pas tout ?

Jean-Jacques Rousseau, Les confessions

Le registre satirique

Le registre satirique se fonde sur la satire, qui consiste à critiquer les problématiques de société, les défauts des personnes ou des institutions, par la moquerie. L’objectif est d’amener le lecteur à la réflexion et de le convaincre en rédigeant des textes à visée argumentative.

Pour cela, quand l’auteur ne souhaite pas dénoncer les choses explicitement avec des termes souvent péjoratifs, il a recours à l’ironie ou au comique et fait des allusions. La caricature est également un procédé utilisé à des fins satiriques.

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Certaines fables de Jean de La Fontaine ont une dimension satirique. Le lion, roi des animaux régulièrement présent dans ses fables, représente symboliquement le roi de France. Dans La Cour du Lion, le poète met en évidence les défauts de la Cour du Roi Louis XIV et ses courtisans.

Sa Majesté Lionne un jour voulut connaître,
De quelles nations le Ciel l'avait fait maître.
Il manda donc par députés
Ses vassaux de toute nature,
Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture,
Avec son sceau. L’écrit portait
Qu’un mois durant le Roi tiendrait
Cour plénière, dont l’ouverture
Devait être un fort grand festin,
Suivi des tours de Fagotin.
Par ce trait de magnificence
Le Prince à ses sujets étalait sa puissance.

Jean de La Fontaine, La Cour du Lion

Le registre épique

Apparu dans l’épopée, le registre épique se retrouve dans les récits d’exploits d’héros légendaires ou d’évènements exceptionnels. 

Pour impressionner le lecteur, l’auteur va utiliser des procédés qui vont donner une ampleur phénoménale au récit. Exclamations, longues phrases contenant des adverbes d’intensité et des verbes d’action, figures de style de type hyperboles ou gradations, vont se succéder pour déclencher l’admiration du lecteur.

Grâce à un vocabulaire soutenu appartenant aux champs lexicaux de l’exploit, du combat et du merveilleux, l’auteur valorise les personnages et les actions héroïques de son récit.

L’Iliade et L’Odyssée sont deux grands chefs d’œuvre de la littérature, dans lequel le registre épique est omniprésent.

Ainsi parle-t-il, triomphant, tandis que l’ombre couvre les yeux d’Iphition et que les chars des Achéens le déchirent sous les jantes de leurs roues, aux premiers rangs de la bataille. Aprèslui, Achille s’en prend à Démoléon, vaillant défenseur des siens au combat, fils d’Anténor. Il le pique à la tempe, en traversant son casque aux couvre-joues de bronze. Le casque de bronze n’arrête pas la pointe qui le perce, furieuse, et brise l’os ; la cervelle au dedans est toute fracassée : l’homme est dompté en plein élan. C’est ensuite Hippodamas –qui vient de sauter de son char et qui s’enfuit devant lui –qu’il frappe au dos de sa pique. L’homme exhale sa vie en un mugissement ; tel mugit le taureau que les jeunes gens traînent en l’honneur du seigneur d’Hélice et qui réjouit l’Ébranleur du sol ; c’est avec un mugissement pareil que sa noble vie abandonne ses os.

Homère, L’Iliade, chant 20

Le registre merveilleux

Le registre merveilleux caractérise les contes de fées, l’épopée et les fables, dans lesquels les évènements surnaturels se déroulent.

Fées, magiciens, monstres, créatures divines sont au cœur d’un décor souvent éloigné du monde réel et passionnent les lecteurs (petits et grands). 

Cendrillon alla aussitôt cueillir la plus belle qu'elle put trouver, et la porta à sa marraine, ne pouvant deviner comment cette citrouille la pourrait faire aller au bal. Sa marraine la creusa et, n'ayant laissé que l'écorce, la frappa de sa baguette, et la citrouille fut aussitôt changée en un beau carrosse tout doré.

Charles Perrault, Cendrillon

En savoir plus sur le registre merveilleux >

Le registre lyrique

L’expression poétique des sentiments caractérise le registre lyrique, que ce soit l’amour, la tristesse, la joie… Le lecteur est invité à partager les émotions ressenties par l’auteur qui s’exprime à la première personne du singulier. 

Le vocabulaire choisi est très éloquent et appartient au champ lexical des émotions. Au sein de longues phrases équilibrées contenant des figures d’insistance, l’auteur joue sur les rimes et les sonorités du poème ainsi que sur le rythme.

Par exemple, Charles Baudelaire exprime ce qu’il a ressenti lors d’une rencontre amoureuse dans son poème À une passante :

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Charles Baudelaire, À une passante

Le registre laudatif

En employant le registre laudatif, l’auteur nous incite à l’admiration. Qu’il s’agisse d’une personne, d’un objet ou d’une idée, la description élogieuse qui en est faite par l’auteur est une sorte de louange. 

Des figures de style comme la comparaison ou la périphrase, des mots ou expressions modalisateurs, un vocabulaire valorisant les personnes ou les objets décrits, donnent au récit ou au discours une autre dimension. 

Marie, vous avez la joue aussi vermeille
Qu'une rose de mai, vous avez les cheveux
De couleur de châtaigne, entrefrisés de noeuds,
Gentement tortillés tout autour de l'oreille.

Pierre de Ronsard, Vous avez la joue aussi vermeille

Le registre fantastique

Le but du registre fantastique est de créer une atmosphère troublante par l’introduction de phénomènes surnaturels dans une situation réelle. Le lecteur, inquiet, est alors pris d’un doute sur l’explication de ces éléments mystérieux. 

Un auteur de récits fantastiques emploie le champ lexical de la peur et de l’étrange, des comparaisons et des métaphores ainsi que des modalisateurs de l’incertitude pour accentuer l’ambiguïté.

Le registre fantastique est très présent dans les nouvelles, comme Le Horla de Maupassant par exemple :

12 juillet. - Paris. J'avais donc perdu la tête les jours derniers ! J'ai dû être le jouet de mon imagination énervée, à moins que je ne sois vraiment somnambule, ou que j'aie subi une de ces influences constatées, mais inexplicables jusqu'ici, qu'on appelle suggestions. En tout cas, mon affolement touchait à la démence, et vingt-quatre heures de Paris ont suffi pour me remettre d'aplomb.

Maupassant, Le Horla

Le registre dramatique

Le registre dramatique caractérise les péripéties qui se succèdent dans un récit, que ce soit dans les pièces de théâtre ou dans les romans. Le déroulement rapide des actions peut surprendre le lecteur ou le spectateur et créer une certaine tension liée au suspens.

Des verbes d’action, une ponctuation importante, des figures d’insistance et d’exagération comme les hyperboles, composent les récits dramatiques. Tous ces procédés sont efficaces pour conserver le suspens et provoquer des émotions fortes.

– [...] Vous voyez ce qui se passe ; nous sommes deux enfants insensés, et nous avons joué avec la vie et la mort ; mais notre cœur est pur ; ne tuez pas Rosette, Dieu juste ! Je lui trouverai un mari, je réparerai ma faute ; elle est jeune, elle sera riche, elle sera heureuse ; ne faites pas cela, ô Dieu ! vous pouvez bénir encore quatre de vos enfants. Eh bien ! Camille, qu'y a-t-il ?
– Elle est morte. Adieu, Perdican !

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, Acte III, Scène 8

Le registre réaliste

En opposition aux registres faisant appel à l’imaginaire, le registre réaliste caractérise les textes qui s’inspirent de situations réelles. L’objectif est de rendre crédible le récit en donnant une impression authentique.

Le vocabulaire et la syntaxe des phrases choisis par l’auteur correspond à l’environnement et à la situation de personnages ordinaires, pour coller à la vie réelle. De nombreux détails alimentent le récit pour que le lecteur ait une impression de vérité.

Plusieurs écrivains du XIXe siècle ont employé le registre réaliste dans leurs romans pour illustrer la société.

Gervaise avait attendu Lantier jusqu’à deux heures du matin. Puis, toute frissonnante d’être restée en camisole à l’air vif de la fenêtre, elle s’était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes.Depuis huit jours, au sortir du Veau à deux têtes, où ils mangeaient, il l’envoyait se coucher avec les enfants et ne reparaissait que tard dans la nuit, en racontant qu’il cherchait du travail. Ce soir-là, pendant qu’elle guettait son retour, elle croyait l’avoir vu entrer au bal du Grand-Balcon, dont les dix fenêtres flambantes éclairaient d’une nappe d’incendie la coulée noire des boulevards extérieurs ; [...]

Émile Zola, L’Assommoir
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