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Le registre satirique

Définition du registre satirique

Le registre satirique est un registre littéraire qui consiste à critiquer les défauts des personnes et les problématiques de la société, en utilisant la moquerie. Pour cela, l’auteur a parfois recours au comique ou aux formules ironiques.

Les écrits du registre satirique sont souvent rédigés et argumentées de façon à pousser le lecteur à la réflexion et le convaincre sur les travers dénoncés. Il arrive que l’auteur emploie un ton assez brutal dans ses textes, donnant une dimension polémique au registre satirique.

On retrouve le registre satirique dans la littérature depuis l’Antiquité, et depuis le XIXe siècle, la presse (Le Canard Enchainé, Charlie Hebdo…) utilise également la caricature et la satire.


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Le registre comique caractérise les pièces de théâtre de Molière mais nombreuses de ses œuvres vont au-delà et sont de véritables satires sociales. Par exemple, la pièce de théâtre Le Tartuffe ou l’Imposteur, censurée par Louis XIV, est une satire de la religion et des mœurs de l’époque. Avec le registre satirique, il dénonce l’hypocrisie de l’être humain et l’art du faux-semblant, à travers son personnage Tartuffe, faux dévot manipulateur.

DAMIS — Votre Monsieur Tartuffe est bien heureux sans doute.

MADAME PERNELLE — C'est un homme de bien, qu'il faut que l'on écoute ;
Et je ne puis souffrir sans me mettre en courroux
De le voir querellé par un fou comme vous.

DAMIS — Quoi ? je souffrirai, moi, qu'un cagot de critique
Vienne usurper céans un pouvoir tyrannique,
Et que nous ne puissions à rien nous divertir,
Si ce beau monsieur-là n'y daigne consentir ?

DORINE —S'il le faut écouter, et croire à ses maximes,
On ne peut faire rien, qu'on ne fasse des crimes,
Car il contrôle tout, ce critique zélé.

MADAME PERNELLE — Et tout ce qu'il contrôle, est fort bien contrôlé.
C'est au chemin du Ciel qu'il prétend vous conduire ;
Et mon fils, à l'aimer, vous devrait tous induire.

Molière, Le Tartuffe, Acte 1, scène 1

Le registre satirique s’applique à certaines fables de La Fontaine, mettant en scène des animaux pour illustrer les défauts humains. La morale, implicite ou explicite, est toujours présente afin de transmettre le message. Prenons comme exemple Le Loup et l’Agneau, qui traite des inégalités entre les hommes, représentés par les animaux. La Fontaine démontre que les personnes qui ont la puissance et la supériorité, du fait de leur classe sociale et leur statut, dominent les êtres les plus faibles. Dans cette fable, la morale est placée en début de récit.

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
— Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
— Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
— Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.
— Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
— Je n'en ai point.
— C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Jean de La Fontaine, Le Loup et l’Agneau

Procédés et thèmes du registre satirique

Les écrits satiriques permettent de dénoncer les vices d’une société ou d’un individu selon l’époque ou encore de dresser des portraits à la limite de la caricature. Que ce soit dans les romans, la poésie, le théâtre, ou encore les textes argumentatifs, les auteurs abordent des thèmes comme la vie politique, les injustices sociales, les faits de société, les défauts humains, les modes de vie…

Afin de persuader le lecteur, l’auteur va utiliser des procédés d’écriture propres au registre satirique. Découvrons ensemble à quoi se reconnaît un registre satirique.

Un champ lexical péjoratif

Les textes satiriques sont rédigés avec un vocabulaire plutôt péjoratif et dévalorisant, sur un ton parfois violent et agressif. Quand l’auteur fait des allusions, au caractère comique ou ironique, le ton peut être plus léger et drôle. 

Citons comme exemple le recueil de poèmes satiriques de Victor Hugo : « Les Châtiments », recueil qui dénonce la violence avec laquelle Napoléon III a pris le pouvoir. Dans un de ses textes, il utilise une violence verbale surprenante, pour attaquer une institution dans laquelle Napoléon III est présenté comme un tyran. 

Vous, bourgeois, regardez, vil troupeau, vil limon,
Comme un glaive rougi qu'agite un noir démon,
Le coup d'Etat qui sort flamboyant de la forge !
Les tribuns pour le droit luttent : qu'on les égorge !
Routiers, condottieri, vendus, prostitués,
Frappez ! tuez Baudin ! tuez Dussoubs ! tuez !
Que fait hors des maisons ce peuple ? Qu'il s'en aille !
Soldats, mitraillez-moi toute cette canaille !
Feu ! feu ! tu voteras ensuite, ô peuple roi !
Sabrez le droit, sabrez l'honneur, sabrez la loi !
Que sur les boulevards le sang coule en rivières !
Du vin plein les bidons ! des morts plein les civières !
Qui veut de l'eau-de-vie ? En ce temps pluvieux
Il faut boire. Soldats, fusillez-moi ce vieux !
Tuez-moi cet enfant ! Qu'est-ce que cette femme ?
C'est la mère ? tuez. Que tout ce peuple infâme
Tremble, et que les pavés rougissent ses talons !
Ce Paris odieux bouge et résiste. Allons !
Qu'il sente le mépris, sombre et plein de vengeance,
Que nous, la force, avons pour lui, l'intelligence !
L'étranger respecta Paris : soyons nouveaux !
Traînons-le dans la boue aux crins de nos chevaux !
Qu'il meure ! qu'on le broie et l'écrase et l'efface !
Noirs canons, crachez-lui vos boulets à la face !

Victor Hugo, Les Châtiments

Caricature et ironie dans le récit satirique

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Pour souligner les travers des hommes et de la société et convaincre le lecteur en le faisant rire, le registre satirique a recours à la caricature, voire la parodie. Les imperfections sont alors grossies et exagérées. 

L’ironie se définit comme le fait de dire le contraire de ce que l’on pense pour se faire comprendre par le lecteur et créer une complicité. Constant dans le conte philosophique Candide, le procédé de l’ironie permet à Voltaire de dénoncer l’absurdité de la guerre. 

Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.

Voltaire, Candide

Pour apporter cette touche d’ironie, on retrouve dans les récits satiriques des figures d’amplification comme l’antiphrase. L’hyperbole et les métaphores sont également très employées pour exagérer le récit et les travers dénoncés. 

>> Pour aller plus loin sur les figures de style, consulter notre Guide complet des figures de style 

Exemples de textes issus du registre satirique

Quelques exemples d’autres textes issus de pièces de théâtre ou romans, appartenant au registre satirique :

Molière utilise la satire pour mettre en évidence les défauts de l’être humain, allant jusqu’à ridiculiser ses personnages, comme dans Le Malade Imaginaire ou Le Médecin malgré lui. Ces pièces appartiennent au registre comique mais ce sont les médecins dont Molière se moque.

Dans l’extrait qui suit, Toinette s’est déguisée en médecin pour procéder à une auscultation d’Argan, visant à décrédibiliser M. Purgon et l’art de la médecine. La parodie du diagnostic est efficace pour faire rire le lecteur. 

TOINETTE — Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d'illustres matières à ma capacité, pour trouver des malades dignes de m'occuper, capables d'exercer les grands et beaux secrets que j'ai trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m'amuser à ce menus fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions, à ces fièvrotes, à ces vapeurs et à ces migraines. Je veux des maladies d'importance, de bonnes fièvres continues, avec des transports au cerveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies formées, de bonnes pleurésies avec des inflammations de poitrine: c'est là que je me plais, c'est là que je triomphe; et je voudrais, monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins, désespéré, à l'agonie, pour vous montrer l'excellence de mes remèdes et l'envie que j'aurais de vous rendre service.

ARGAN — Je vous suis obligé, monsieur, des bontés que vous avez pour moi.

TOINETTE — Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l'on batte comme il faut. Ah! je vous ferai bien aller comme vous devez. Ouais! ce pouls-là fait l'impertinent; je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin ?

ARGAN — Monsieur Purgon.

TOINETTE — Cet homme-là n'est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade ?

ARGAN — Il dit que c'est du foie, et d'autres disent que c'est de la rate.

TOINETTE — Ce sont tous des ignorants. C'est du poumon que vous êtes malade.

[…]

TOINETTE — Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin.

ARGAN — Oui, monsieur.

TOINETTE — Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir ?

ARGAN — Oui, monsieur.

TOINETTE — Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre nourriture ?

ARGAN — Il m'ordonne du potage.

TOINETTE — Ignorant !

ARGAN — De la volaille.

TOINETTE — Ignorant !

ARGAN —Du veau.

TOINETTE — Ignorant !

Molière, Le Malade Imaginaire

Au XVIIe siècle, les philosophes des Lumières ont publié de nombreux écrits satiriques qui portent un regard critique sur les mœurs, les croyances et les institutions françaises de cette époque. Avec son œuvre Les lettres persanes, Montesquieu dénonce plusieurs vices de la société. Les personnages principaux, Usbek et Rica, décrivent, dans leurs correspondances avec l’Orient, les traditions et les modes de vie de la société française. Dans l’extrait qui suit, Montesquieu dresse une satire de la mode et du paraître chez les Français.

Je trouve les caprices de la mode, chez les Français, étonnants. Ils ont oublié comment ils étaient habillés cet été ; ils ignorent encore plus comment ils le seront cet hiver : mais surtout on ne saurait croire combien il en coûte à un mari, pour mettre sa femme à la mode.

Que me servirait de te faire une description exacte de leur habillement et de leurs parures ? Une mode nouvelle viendrait détruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs ouvriers ; et, avant que tu eusses reçu ma lettre, tout serait changé.

Montesquieu, Les Lettres persanes
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Sujets :  registre littéraire

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