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L'Eternel Fiancé d'Agnès Desarthe : la mélodie du monde

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La narratrice de L’Éternel fiancé est d’abord une enfant. Une jeune musicienne, qui travaille sans relâche ni fatigue la maîtrise de son instrument avec ses sœurs, Lise et Dora. Cette enfant croise un soir le regard d’un autre, Étienne, à la messe de Noël. Et par hasard – celui de la vie, celui de la narration – ce garçon ne cessera d’apparaître à nouveau dans sa vie, comme un refrain. 

L’enfance dispose ainsi ses éléments dans la vie qui se déploie après elle – Étienne, la musique et le rapport au monde qui est celui de la narratrice ne cesseront d’habiter l’adulte qu’elle deviendra. D’un même mouvement, les premiers chapitres du texte donne à ce dernier les variations qui le composeront jusqu’à ses dernières lignes. 

Quand Étienne deviendra un homme et la narratrice une femme, ils ne cesseront de se retrouver et de se perdre, de s’aimer et de s’éloigner à nouveau, comme deux êtres à la dérive sur la mer. Et l’autrice de nous embarquer, presque par accident, vers la mort d’une mère, une journée à la campagne, un mariage ou encore une exposition d’art contemporain. 


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Le texte d’Agnès Desarthe se morcelle et se recompose sans cesse ; c’est dire à quel point l’existence se moque de la linéarité. Au contraire, l’existence se laisse capturer par instants – elle se loge dans certains lieux, elle traverse certaines rencontres, elle occupe certaines émotions. Si Étienne sert de fil conducteur à la vie amoureuse de la narratrice, c’est bel et bien l’écriture elle-même qui permet de lier entre eux les bribes du passé et du présent qui se mêle dans L’Éternel fiancé

Durant mes moments de rêverie, alors que je parcours la ville, la rue disparaît, emportant le trottoir, les oiseaux se taisent, les arbres s’abattent, les voitures sont englouties par le caniveau. Ma mémoire n’établit pas les justes hiérarchies entre les choses, pas plus qu’entre les événements. Le passé m’apparaît comme un livre dont certaines pages demeurent collées entre elles, m’interdisant l’accès au texte, tandis que d’autres, détachées à la pliure du volume, se séparent d’elles-mêmes sans que je le veuille.

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L’écriture ne cherche ainsi nullement à se mesurer à la mémoire ; à quoi bon ? Aussi imparfaite qu’arbitraire, la mémoire ne peut rien pour le souvenir. L’écriture se contente alors de parcourir – l’intimité, les émotions, les rencontres et les balades. Elle dit les désirs et les regrets, et tisse les liens possibles entre les événements, entre les gens, entre les lieux. 

La plume d’Agnès Desarthe est agile et entraînée – L’Éternel fiancé est son dixième roman. Il témoigne autant que les précédents de l’audace formelle de l’autrice, qui invente pour écrire autant qu’elle écrit pour inventer. Si les accords du monde sonnent parfois faux, elle les travaille, les fait résonner et chanter jusqu’à ce qu’advienne la mélodie. L’Éternel fiancé est un récit à la forme nouvelle ; une chanson douce, aussi gratuite qu’enchantée. 

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L’Éternel fiancé, d’Agnès Desarthe, Éditions de l’Olivier, 19€.

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Sujets :  critique littéraire

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