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Quelques indélicatesses du destin, de Laura Morante : le vertige des frissons immoraux

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Laura Morante est actrice et réalisatrice. Plusieurs récompenses ornent sa carrière – tel que le prestigieux David di Donatello de la meilleure actrice principale pour son rôle dans ‘La chambre du fils’ (2001). Italienne, elle a aussi su s’imposer dans le cinéma français – avec ‘La Folie des hommes’ (2000) par exemple. Connue pour choisir méticuleusement ses rôles, sa carrière brillante lui a aussi permis de jouer les maîtresses de cérémonie du 57e festival de Cannes, en 2004. Quelques indélicatesses du destin permet de découvrir l’écrivaine qui se cachait derrière l’impressionnante actrice – et quelle écrivaine !

Pour son entrée en littérature, Laura Morante a choisi la forme des nouvelles. Sa plume incisive et précise se prête parfaitement à l’exercice : en quelques phrases seulement, les décors se dressent, les protagonistes s’incarnent – si terriblement humains – et les situations se font et se défont. L’imagination amusée de l’autrice ne se fatigue jamais, et se déploie à chaque page pour tourmenter ses personnages.

Je suis en plein milieu d’une discussion avec une dame sophistiquée qui a beaucoup d’éclat et, si l’on exclut l’instant très fugace durant lequel un fantasme pervers me la montre, morte, sur le marbre d’une morgue, je retire indéniablement du plaisir à notre conversation.

Est-ce le cinéma qui a exercé Laura Morante à l’observation si aiguisée ? Est-ce lui, encore, qui lui a insufflé le goût de l’ambiguïté et du questionnement ? 


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Brividi immorali : « frissons immoraux ». Le titre italien de ce recueil de « contes et interludes » donne une idée plus précise de la tonalité des textes qui le composent. C’est que l’autrice attrape ses personnages très précisément dans l’un de leurs moments de bascule, de vertige.

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Comme si la vie consistait à avancer en équilibriste, et que le destin venait de temps en temps souffler une bourrasque. Légèrement déséquilibré, l’acrobate n’a alors plus qu’à décider – mais le décide-t-on vraiment ? – de quel côté il va se laisser tomber. Sans gravité ampoulée, les personnages de Laura Morante s’écrasent mollement sur des matelas de sécurité. 

Le destin se montre cynique – envers cette femme, par exemple, qui ment pour protéger l’infidelité de son amie, et dont le mensonge finit par briser son propre couple. Mais les personnages rivalisent de cruauté avec ce destin méchant et farceur :

Pour se venger, Susanna la regarda de la tête aux pieds, en se concentrant de préférence sur certains défauts physiques dont la dame ne pouvait pas ne pas être consciente.

Les contes et les interludes alternent, et la langue de Laura Morante, superbement traduite par Hélène Frappat, se montre aussi agile dans l’acuité que dans la musicalité poétique.

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Quelques indélicatesses du destin, de Laura Morante, traduit de l’italien par Hélène Frappat, Rivages, 20 €.

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Sujets :  critique littéraire

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