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Qu'est-ce qu'une interjection ?

Une interjection est, selon la définition du TLFi, un « mot invariable, autonome, inséré dans le discours pour exprimer, d'une manière vive, une émotion, un sentiment, une sensation, un ordre, un appel, pour décrire un bruit, un cri. » Raymond Queneau, dans ses Exercices de style, en fait une liste à titre d'exemple :

Psst ! heu ! ah ! oh ! hum ! ah ! ouf ! eh ! tiens ! oh ! peuh ! pouah ! ouïe ! ou ! aïe ! eh ! hein ! heu ! pfuitt !
Tiens ! eh ! peuh ! oh ! heu ! bon !

Raymond Queneau, Exercices de style

Une interjection reflète souvent un son, qu'on produit à l'oral pour exprimer une émotion. Elle est généralement suivie d'un point d'exclamation, même si ce n'est pas une obligation. Certains grammairiens estiment qu'elle constitue à elle seule une phrase à part entière, et qu'elle est ainsi un mot-phrase.

Les types d'interjections

Les interjections stricto sensu

Les interjections stricto sensu sont des interjections qui reflètent une exclamation vocale, formée à partir de voyelles : Ah ! Eh ! Oh ! Hu ! Ha ! Hé ! Hi ! Ohé ! Olé ! Ouf ! etc.

On retrouve ce type d'interjection dans le poésie ou le théâtre classique, pour accentuer un sentiment. Par exemple, dans ces derniers vers du poème À une passante de Baudelaire, on trouve l'interjection « Ô » (on parle parfois d'« ô vocatif », à noter que cette interjection, contrairement à « oh ! » ou « ho ! », n'est jamais suivie d'un point d'exclamation, certains la considèrent seulement comme une apostrophe) :

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Charles Baudelaire, À une passante, Les Fleurs du mal

Une autre exemple est tiré d'Andromaque de Jean Racine, où on voit bien comment l'auteur accentue l'émotion de la tirade grâce à l'interjection « Ah ! » :

Ah ! si je le croyais, j’irais bientôt, Pylade,
Me jeter…

Jean Racine, Andromaque

Les onomatopées

Une onomatopée est un type précis d'interjection qui cherche à imiter le son d'un animal, d'un être humain ou d'un objet, dans le but de mieux refléter l'attitude ou les émotions du locuteur dans un discours.

Voici quelques exemples d'onomatopées :

  • D'êtres humains : Aïe ! Ouille ! Atchoum ! Berk ! Blablabla ! Bof ! Brrr ! Glouglou ! Han ! Hem ! Hum ! Hop ! Hou ! Miam-miam ! Ouf ! Ouste ! Peuh ! Pouah ! Pouih ! Patati Patata ! Prout ! Psitt ! Scrogneugneu ! Sniff ! Zou ! Ah ah ah ! Chut ! ;
  • D'animaux : piou-piou, cocorico, coin-coin, coucou, cui-cui, hi-han, meuh, miaou, ouaf-ouaf, ouh-ouh, bêêêh ;
  • À partir de bruits d'objets : Badaboum ! Bang ! Boum ! Clac ! Crac ! Flic flac ! Flop ! Pouf ! Patatras ! Plouf ! Paf ! Vlan ! Hop ! Clic-clac ! Couac ! Flonflon ! Pin-pon ! Tic-tac ! Toc-toc ! Tut-tut ! Ta ta ta ! Vroum-vroum !

Les interjections formées à partir d'un mot d'emprunt

Certaines interjections sont formées à partir d'un substantif, adverbe, verbe ou même à partir de phrases. Ce type d'interjection est parfois appelé fausse interjection. Lorsque l'interjection est formée de plusieurs mots, on parle de locution interjective.

  1. On peut former une interjection à partir d'un substantif. Celui-ci est parfois accompagné d'une préposition ou d'un déterminant.
    Exemples : Attention ! Bravo ! Ciel ! Juste ciel ! Dame ! Diable ! Au Diable ! Dieu ! Mon Dieu ! Par Dieu ! Diantre ! Minute ! Ma parole ! Ma foi ! Par exemple ! À la bonne heure ! La barbe ! Zut ! Ça alors ! Tonnerre de Brest ! etc.
  2. À l'image des interjections formées à partir d'un substantif, on peut aussi utiliser un adverbe ou une locution adverbiale.
    Exemples : Bien ! Comment ! Vite ! En avant ! Certes !
  3. Certaines interjections sont formées à partir d'un adjectif, parfois accompagné d'un adverbe :
    Exemples : Bon ! Tranquille ! Mince ! Tout doux ! Tout beau ! Bien sûr !
  4. D'autres interjections sont formées à partir de verbes, souvent conjugués à l'impératif, parfois accompagnés d'un adverbe.
    Exemples : Allons ! Gare ! Bien vu ! Tiens ! Voyons ! Ben voyons ! Tu parles ! Qui vive ! Oyez !
  5. Enfin, certaines phrases peuvent former une interjection.
    Exemples : Gare à vous ! À qui le dis-tu !

Exemples d'usage d'interjections dans la littérature

Hélas ! qui peut savoir le destin qui m’amène ?
L’amour me fait ici chercher une inhumaine ;
Mais qui sait ce qu’il doit ordonner de mon sort,
Et si je viens chercher ou la vie ou la mort ?

Jean Racine, Andromaque

O dieux ! je sens mon âme après lui s’envoler.

Corneille, L'Illusion comique

C’est comme un chapelet qu’on égrène en priant :
Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes

Arthur Rimbaud, Poésies, Les étrennes des orphelins

Hé ! sans doute, continuait le petit démon du chapiteau. Qu’ont-ils à rire ? Honorable homme Gilles Lecornu, frère de maître Jehan Lecornu, prévôt de l’hôtel du roi, fils de maître Mahiet Lecornu, premier portier du bois de Vincennes, tous bourgeois de Paris, tous mariés de père en fils !

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris

Oh ! dit le comte de Grandville, vous ne connaissez pas la France. On a dû laisser au mari le droit de se plaindre ; eh bien ! il n’y a pas dix plaintes en adultère par an.

Balzac, Honorine

Mais qu'est-ce qu'il y a au menu ? C'est plutôt maigre aujourd'hui. Des fricandeaux. Peuh ! fis-je. Je n'aime pas ça.

Blaise Cendrars, Bourlinguer

Et maintenant, c'est à vous ! Dites-nous vos interjections préférées en commentaire !

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