La langue française

Voguer

Sommaire

  • Définitions du mot voguer
  • Étymologie de « voguer »
  • Phonétique de « voguer »
  • Citations contenant le mot « voguer »
  • Images d'illustration du mot « voguer »
  • Traductions du mot « voguer »
  • Synonymes de « voguer »

Définitions du mot voguer

Trésor de la Langue Française informatisé

VOGUER, verbe

Vx ou littér.
A. − Empl. intrans.
1.
a) [Le suj. désigne une embarcation] Avancer sur l'eau. La barque, roulant mollement d'un bord sur l'autre, voguait à la grâce de Dieu (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 179).
Au fig. Vogue la galère* !
b) [Le suj. désigne un ou des rameurs] Ramer. La gaillarde qui tient les avirons m'a l'air de voguer comme un vieux cheval de retour (Aymé, Vogue, 1944, p. 32).
c) [Le suj. désigne un navigateur, des passagers, des marchandises] Se déplacer sur l'eau. J'ai cent tonnes de cryogène actuellement bloquées à Saint-Nazaire (...). Et il y aura, dans huit jours, cent autres tonnes de camelote qui vogueront sur l'Atlantique (Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p. 13).Tandis qu'il vogue vers la Palestine, la vue de la nuit étoilée sur la mer le plonge dans une admiration religieuse qui s'exprime par une prière aux astres-dieux (Durry, Nerval, 1956, p. 85).
d) [Le suj. désigne un animal] Nager. La nature a fait des poissons pour tous ces sites. Il y en a de ronds qui voguent en tournant avec les vagues, comme un rouet dont ils portent le nom (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 193).À certains moments, un bruit très doux de rames; il se dirigea du côté d'où venait ce bruit et reconnut une pièce d'eau sur laquelle voguait un cygne qui vint aussitôt à lui (Huysmans, En route, t. 2, 1895, p. 35).
2. P. anal. [Le suj. désigne un vêtement] Être trop large, flotter. Il avait tellement maigri, ratatiné de toute la tronche, que la coiffe de sa grande casquette, elle lui voguait sur le cassis (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 564).
3. Au fig. Errer à l'aventure. Il faut pour pénétrer de telles impressions avoir connu soi-même l'effroyable douleur où l'on vogue après la perte d'un être cher (Estaunié, Ascension M. Baslèvre, 1919, p. 303).Ainsi vogue et vague cette pensée, qui ne peut s'astreindre à tenir sa route, qui touche à tout (Faral, Vie temps st Louis, 1942, p. 245).
B. − Empl. trans., POT. Voguer l'argile. Pétrir l'argile, avant de la placer sur le tour. (Dict. xixeet xxes.).
Prononc. et Orth.: [vɔge], (il) vogue [vɔg]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Intrans. mar. 1. ca 1208 « naviguer, faire avancer un navire » (Geoffroi de Villehardouin, Conquête de Constantinople, éd. E. Faral, 469, t. 2, p. 284); spéc. 1278 « tirer sur les rames pour faire avancer un navire » (doc. ds A. Boüard, Actes et lettres de Charles Ier, roi de Sicile, 97, 102 ds Fennis Stolon., p. 535); 1461 loc. fig. vaugue la galee! (Les Menus propos ds Rec. gén. des Sotties, éd. E. Picot, t. 1, p. 111, 561); 1552 Vogue la gualere (Rabelais, Quart Livre, éd. R. Marichal, chap. 23, p. 123, 54); 2. ca 1425 p. métaph. vauguer (comme nef qui perist) « être entraîné dans des hasards dangereux (d'une personne) » (A. Chartier, Le Livre de l'Esperance, éd. Fr. Rouy, p. 8, 117); 3. 1560 id. « avoir cours » (E. Pasquier, Rech., I, 12 ds Gdf.); 1583-84 « être en vogue » (Brantôme, Des Dames ds Œuvres, éd. L. Lalanne, t. 9, p. 339); 4. 1769 id. voguer « avancer sur l'eau (d'animaux aquatiques) » (Delisle de Sales, De la Philosophie de la nature, p. 489). II. Trans. pot. 1765 (Encyclop.: Voquer, ce mot n'est pas françois, quoiqu'il se lise dans le Trévoux [cf. Trév. 1704-1752]; c'est voguer que disent les Potiers de terre et autres ouvriers. Voyez voguer [le terme de pot. n'est pas mentionné s.v. voguer]); 1771 (Trév.: Voquer v.a. Terme de Potier [...] On prétend qu'il faut dire voguer: et il paroît qu'on a raison). I est d'orig. controversée. Pour Vidos Tecn., pp. 165-168, suivi par FEW t. 17, pp. 606-607 et Bl.-W.3-5, s'appuyant sur un lat. médiév. vogatium « droit de navigation » att. en 1049 (Bulle de Léon IX adressée aux Bénédictins de l'abbaye de Stavelot et relative à la Loire, citée ds Du Cange d'apr. Mabillon) qu'il croit être une latinisation de vogage dér. de voguer, voguer est empr. à l'a. b. all. *wogon « balancer », altér. de wagen « id. », et l'ital. vogare est empr. au fr. Cette hyp. se heurte à plusieurs difficultés: un terme de mar. empr. par l'ital. au fr. qui lui-même l'aurait empr. à l'a. b. all. est inhabituel, et l'on trouve en Italie du Sud des formes dial. en -c- qui ne peuvent s'expliquer par l'empr. au fr.; de plus, le lat. médiév. vogatium est dû à une mauvaise lecture de Mabillon; c'est vogatio qui est att. ds le texte original et on peut l'interpréter comme une altér. de (ad) vocatio « domaine » (cf. H. et R. Kahane, infra). C'est pourquoi les étymologistes ital. (Prati, DEI, suivis par Hope, p. 52, Cor.-Pasc. et Fennis Stolon., pp. 536-537) voient dans voguer un empr. à l'ital. vogare, att. dès le xiiies. (Novellino et sirventes pisan d'apr. Cort.-Zolli; lat. médiév. vogare en 1214 à Gênes ds Jal1), lui-même issu du lat. vocare « appeler » qui aurait pris le sens de « crier pour donner le rythme aux rameurs », puis celui de « ramer »; mais cette hyp. se heurte au fait que le lat. vocare n'a pas laissé de descendant pop. en ital.; le passage de l'empl. trans. à l'empl. intrans. fait également difficulté. Aussi, plus récemment, H. et R. Kahane (ds Mél. Hubschmid (J.), pp. 249-254; cf. Cort.-Zolli), pour qui le fr. est aussi empr. à l'ital., ont émis l'hyp. (déjà entrevue par G. Rohlfs ds Lexicon Graecanicum Italiae Inferioris, p. 83) que l'ital. vogare serait issu p. métaph. du gr. *β α υ κ α ́ ω « bercer, balancer », dér., comme la forme élargie β α υ κ α λ α ́ ω « bercer », β α υ κ α ́ λ η « berceau », d'une racine pop. anc. bauk- « bercement, balancement ». Cette hyp. a le mérite d'expliquer les formes dial. de l'Italie du Sud issues, soit de la forme longue (voculiare, vuoculiare « balancer, basculer », vócula, vócola « berceau, bascule »), soit de la forme courte (vúka, vóka « bercer », vocare, vocari, vucare « voguer, ramer », voca-voca « bascule »). II représente une altér. par fausse étymol. de voquer (dep. 1680, Rich.), à l'orig. forme dial. pic.-norm. ou occ. issue du lat. *volvicare « tourner », dér. de volvere « id. » (FEW t. 14, p. 624b et p. 625b, note 2), plutôt qu'une métaph. à partir de I avec d'abord une désonorisation inexpliquée (FEW t. 17, p. 606b et p. 607b, note 2). Fréq. abs. littér.: 405. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 970, b) 467; xxes.: a) 416, b) 389.
DÉR.
Vogueur, subst. masc.a) Vx ou littér. Rameur. P. métaph. J'ai vu des archipels sidéraux! et des îles Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur (Rimbaud, Poés., 1871, p. 131).b) Vx. Appareil à l'aide duquel une personne qui ne sait pas nager se maintient sur l'eau. (Dict. xixeet xxes.). [vɔgœ:ʀ]. Att. ds Ac. 1694-1878. 1resattest. a) [fin xiiies.?] vogueor « rameur » (charte fr. trad. d'une convention entre l'empereur Michel Paléologue et les Génois, 1261 ds Du Cange, s.v. vogherii] 1373 vaugueur (lettre de rémission, ibid.), 1543 vogueur (Selve, trad. Plutarque, Alcibiade, 75 rods Hug.), b) 1859 désigne une sorte de gilet de sauvetage (Bonn.-Paris); de voguer, suff. -eur2*.
BBG.Barb. Misc. 28 1944-52, pp. 357-358. − Hope 1971, p. 52. − Vidos (B. E.). Voguer. Neophilologus. 1942, t. 27, pp. 183-185.

Wiktionnaire

Verbe

voguer \vɔ.ɡe\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Marine) Être poussé sur l’eau à force de rames ; nager à la rame.
    • Comme le vent tombe, les deux galères voguent à quartier, puis avant tout jusqu'à Sète, où elles entrent à l'aube... et n'en sortent pas de sitôt, […]. — (André Zysberg, Les Galériens: vies et destins de 60 000 forçats sur les galères de France 1680-1748, Éditions du Seuil, 1991, page 361)
    • Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
      On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
      Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
      Tes flots harmonieux.
      — (Alphonse de Lamartine, Le Lac, Premières Méditations poétiques)
  2. (Par extension) Naviguer de quelque manière que ce soit.
    • Bientôt nous perdons de vue la dernière île, et nous voguons vers cette Islande qui doit nous apparaître dans deux jours et que nous entrevoyons déjà à travers le prisme de l'imagination. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 37)
    • Il ne parvenait pas à s’imaginer qu’il avançât, tant le ballon voguait insensiblement dans le vent. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 88 de l’éd. de 1921)
  3. (Acadie) Se mouvoir.
    • Il vogue dans la maison sans but.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

VOGUER. v. intr.
Être poussé sur l'eau à force de rames. Les galères commençaient à voguer. Fig. et fam., Vogue la galère, Arrive ce qui pourra.

VOGUER signifie, par extension, Naviguer de quelque manière que ce soit. Nous voguions à pleines voiles. Notre vaisseau voguait en pleine mer.

Littré (1872-1877)

VOGUER (vo-ghé), je voguais, nous voguions, vous voguiez ; que je vogue, que nous voguions, que vous voguiez v. n.
  • 1Être poussé sur l'eau à force de rames. Les galères commençaient à voguer.
  • 2Ramer, faire aller avec la rame (emploi qui a vieilli, et pour lequel on dit aujourd'hui ramer, nager). Les forçats de cette galère voguaient vigoureusement.

    Vogue avant ! commandement pour mettre en mouvement les rameurs de la vogue.

    On disait de même : vogue tribord ! vogue bâbord ! comme on dit aujourd'hui : nage ou avant tribord ! nage ou avant bâbord !

    S. m. Vogue-avant, rameur qui tient la queue de la rame et lui donne le branle ; le rameur le plus de l'avant.

  • 3Dans une acception plus générale, naviguer de quelque manière que ce soit (emploi pour lequel les marins disent aujourd'hui plutôt marcher, aller de l'avant). Voguer à pleines voiles. Il vogue vers Bysance, Voltaire, Irène, I, 2. Eh ! vogue ma nacelle, Nous trouverons un port ! Béranger, Nacelle. Mais, Dieu ! le vaisseau trop rapide Déjà vogue vers d'autres cieux, Béranger, M. Stuart.

    Fig. Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, poussés d'un bout vers l'autre, Pascal, Pens. I, 1, éd. HAVET. On parla des passions : Ah ! qu'elles sont funestes ! dit Zadig. Ce sont les vents qui enflent les voiles du vaisseau, repartit l'hermite : elles le submergent quelquefois, mais sans elles il ne pourrait voguer, Voltaire, Zadig, 20.

    Fig. Voguer à pleines voiles, avoir toute sorte de succès. Lorsque sur cette mer [de la fortune] on vogue à pleines voiles, Qu'on croit avoir pour soi le vent et les étoiles, Il est bien malaisé de régler ses désirs, La Fontaine, Élég. pour Fouquet.

    Fig. Vogue la galère, arrive ce qui pourra. Vogue la galère ; le bon temps n'est que pour ceux qui le peuvent prendre ou attraper, Patin, Lett. t. II, p. 12, dans POUGENS. Je pars le jour même de la Toussaint par Bagnols, de Bagnols à Rouanne, et puis, vogue la galère, Mme de Coulanges, Lett. à Mme de Sévigné, p. 14, dans POUGENS. Adieu, madame ; faisons tous deux comme nous pourrons ; vogue la galère, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 5 juin 1772.

  • 4 Terme de chapellerie. Faire voguer l'étoffe, faire voler sur une claie les matières dont on veut faire les capades.

    Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

HISTORIQUE

XVIe s. Les mathelots sur l'un et l'autre banc D'un ordre egal voguent de ranc en ranc, Du Bellay, J. VIII, 15, recto. Les Romains courans au devant de ceste galere, et marchans coste à coste d'elle à mesure qu'on la voguoit tout bellement…, Amyot, P. Aem. 59. L'empereur Caligula, voguant avecques une grande flotte en la coste de la Romanie, Montaigne, II, 180.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

VOGUER, v. n. (Marine.) c’est siller, faire route par le moyen des rames.

Voguer, (terme de Chapelier.) faire voguer l’étoffe, c’est faire voguer sur une claie par le moyen de la corde qui est tendue sur l’instrument qu’on appelle un arçon, le poil, la laine ou autres matieres, dont on veut faire les capades d’un chapeau. (D. J.)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « voguer »

Provenc. vogar ; espagn. bogar ; portug. vogar ; ital. vogare ; de l'anc. haut-allem. vagôn, altéré en wogôn, se mouvoir, d'où l'allem. moderne wogen, flotter (voy. VAGUE, s. f.).

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(1208) De l’italien vogare (« voguer, être bercé par les flots ») [1] apparenté au grec ancien βαυκάλη, baukálê (« berceau »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « voguer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
voguer vɔge

Citations contenant le mot « voguer »

  • Les passions sont les vents qui enflent les voiles du navire ; elles le submergent quelquefois, mais sans elles il ne pourrait voguer. De Voltaire / Zadig ou la destinée
  • Ainsi, il pouvait désormais aller jusqu’à l’île de Madagascar, prudemment, en faisant attention aux diverses embûches qui parsèment le parcours. Premier danger, la drague, où « le petit René, quand il m’apercevait levait son câble pour me permettre de passer ». Puis arrivé sous le pont qui n’était alors qu’une passerelle avec une douzaine d’arches, il fallait faire avec le courant, très important. « Jusqu’au milieu, c’était très bien, mais une fois sorti, on pouvait tourner en rond pendant 30 minutes dans les remous. » Une fois cet obstacle franchi, il n’a plus qu’à tracer tout droit jusqu’à apercevoir l’église Sainte-Brigitte de Villechaud. Des balades auxquelles Alain Bonnet s’adonnait avec ses amis mais aussi seul, prenant le temps de voguer et d’admirer la nature. www.lejdc.fr, Alain Bonnet, constructeur de bateaux et fou amoureux de la Loire - Cosne-Cours-sur-Loire (58200)
  • En Allemagne, le Borussia Dortmund s’est préparé à voir sa pépite anglaise Jadon Sancho (20 ans) voguer vers d’autres cieux. Dans son pays, plus précisément, où Manchester United est annoncé comme le club en pole dans ce dossier, même s’il ne compte pas payer les 120 M€ que réclame le BVB. Foot Mercato : Info Transferts Football - Actu Foot Transfert, OL : le Borussia Dortmund se place pour Memphis Depay
  • Un bilan à mi-parcours sur le nombre de signatures sera fait en janvier 2021. La pétition pourra être signée durant un an, avant de voguer vers d’autres cieux. , Indépendance et nucléaire : La pétition de Temaru est lancée et payante | La Dépêche de Tahiti

Images d'illustration du mot « voguer »

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Traductions du mot « voguer »

Langue Traduction
Anglais to sail
Espagnol para navegar
Italien salpare
Allemand segeln
Chinois 扬帆
Arabe للإبحار
Portugais navegar
Russe плыть
Japonais 航海する
Basque itsasoratzeko
Corse navigà
Source : Google Translate API

Synonymes de « voguer »

Source : synonymes de voguer sur lebonsynonyme.fr
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