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Tapisserie

Définitions du mot « tapisserie »

Trésor de la Langue Française informatisé

TAPISSERIE, subst. fém.

A. −
1. Panneau d'étoffe ouvragé que l'on pose le long des murs. Cette demeure n'était pas celle d'un cénobite qui a renoncé aux pompes mondaines. Elle comportait huit grandes pièces fastueuses, tendues de tapisseries, bourrées de meubles précieux (T'Serstevens, Itinér. esp., 1963, p. 242):
Le plafond étoit marqueté de vieilles armoiries peintes, et les murs couverts de tapisseries à grands personnages, qui sembloient suivre des yeux le chevalier, et qui servoient à cacher des portes secrètes. Vers minuit, on entendoit un bruit léger, les tapisseries s'agitoient, la lampe du paladin s'éteignoit, un cercueil s'élevoit auprès de sa couche. Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 491.
P. métaph. Le blanc cottage était assis au fond d'une petite vallée fermée de montagnes suffisamment hautes; il était comme emmailloté d'arbustes qui répandaient une tapisserie de fleurs sur les murs (Baudel., Paradis artif., 1860, p. 420).
2. Au fig.
a) Loc. subst., vieilli. L'envers de la tapisserie. L'aspect caché de quelque chose. [Eugène Sue] a vu l'envers de la tapisserie brillante de ce brillant règne [de Louis XIV] (Balzac, Œuvres div., t. 3, 1840, p. 290).
b) Loc. verb.
Vieilli. Être derrière la tapisserie; voir la tapisserie par l'envers. Savoir ce qui se passe derrière ce qui apparaît; connaître les secrets, les rouages des affaires. Nous avons vu de nos jours de ces hommes d'esprit, témoins de tout, consultés sur tout (...) ces hommes-là ont trop vu, trop regardé la tapisserie par l'envers; ils ne prennent les choses ni les personnages bien au sérieux (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 11, 1854, p. 223).
Faire tapisserie. Vieilli. Assister à une réunion sans y prendre part; ne pas participer à une activité, à une discussion collective. L'air parfaitement désintéressé de personnes qui sont là pour faire tapisserie (Gobineau, Nouv. asiat., 1876, p. 47).Elle s'appuyait tous les inconnus de passage. Drôle de fille. Détraquée. Souvent (...) elle faisait tapisserie avec les autres, en bas, dans le salon, au lieu de se mêler au cercle qui écoutait Rij déconner (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 87).En partic., usuel. [Dans un bal, une réunion dansante; le suj. désigne une femme] Ne pas danser, ne pas être invité à danser. Il y avait plusieurs femmes dont la présence ici était purement incompréhensible: des grosses mères, qui auraient pu tenir un magasin de confections ou un pensionnat, une vieille fille en crème qu'on aurait imaginé faisant tapisserie dans un bal de sous-préfecture (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 397).P. anal. Mon vieux, vous verrez que même les femmes nous lâcheront! Le capitaine de hussards fera tapisserie au bal de la sous-préfecture! (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 182).
B. −
1. Ouvrage d'art destiné à la décoration murale, composé de panneaux tissés à la main sur métier avec de la laine, de la soie, de l'or, qui se distingue de la broderie en ce que les tableaux et sujets représentés sont intégrés dans la trame même du tissu; un de ces panneaux. Tapisserie tissée sur un métier de haute, de basse lisse; tapisserie historiée, à ramages, à verdure(s); tapisserie gothique; tapisserie de Bayeux, de Beauvais, de Flandre, d'Aubusson, des Gobelins; carton* de tapisserie; suite de tapisseries. Les tapisseries de haute-lice, dont on travaille les peintures à l'envers, jusqu'à ce que mises en place on en puisse juger l'effet (Staël, Allemagne, t. 5, 1810, p. 94).Jamais les Gobelins n'ont produit tapisseries plus laides que les deux pièces représentant l'empereur et l'impératrice, d'après un carton de Winterhalter (Kunstler, Art XIXes. Fr., 1954, p. 33).
P. méton. Art de tisser à la main sur métier, pour faire une tapisserie; tissu qui résulte de cet art. Des portraits de peintres, exécutés aux Gobelins en tapisserie, décorent les murailles [de la galerie d'Apollon] encastrés dans de riches ornements (Gautier, Guide Louvre, 1872, p. 24).Il est bon de comprendre les sévères jugements théoriques d'où partit la réforme actuelle de la tapisserie et, par là, son extraordinaire renaissance (Cassou, Arts plast. contemp., 1960, p. 677).
P. métaph. Je ne me rappelais pas qu'à travers tous les songes de toutes les religions le fil d'or catholique courût si visiblement dans la trame de la tapisserie nervalienne (Mauriac, Mém. intér., 1959, p. 37).
2. P. anal. Ouvrage exécuté à l'aiguille dans lequel on recouvre entièrement de fils (de laine, de coton, de soie,...) un canevas; tissu qui résulte de cet ouvrage. Tapisserie au gros, au petit point; faire une tapisserie. Ces tapisseries au canevas que ma mère brodait avec patience et régularité durant nos veillées (Lacretelle, Silbermann, 1922, p. 174).C'était, avec son cabas de tapisserie et son châle jaune d'or, une de ses manières de faire la grosse (Pourrat, Gaspard, 1922, p. 185).
Métier* à tapisserie.
Loc. adj. De/en tapisserie. Qui est recouvert en tapisserie. Bergère, fauteuil, prie-dieu, tabouret de/en tapisserie; coussin, sac de/en tapisserie. Au sortir de la messe, on le voyait sur sa porte avec de belles pantoufles en tapisserie (Flaub., MmeBovary, t. 1, 1857, p. 47).Sur le banc, était posée une valise de tapisserie à ramages, passée et déchirée (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 251).
P. méton.
Art d'exécuter à l'aiguille une tapisserie. Vous ne savez rien faire comme travail manuel?...Si... de la tapisserie, du filet, du crochet... je brode aussi (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p. 121).
Canevas sur lequel les petites filles apprennent à faire de la tapisserie. Nous rentrons pour l'assommante leçon de travail à l'aiguille. Je prends ma tapisserie avec dégoût (Colette, Cl. école, 1900, p. 87).
3. P. ext.
a) Tenture murale imprimés ou incrustés sur toile ou composée de panneaux, exécutée sur des métiers mécaniques. Les habitants, catholiques, protestants ou juifs, étaient forcés de tendre leurs maisons de tapisseries, de fleurs et de feuilles (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 469).Les tapisseries de son ancienne chambre furent tendues dans la salle à manger (Maupass., Une Vie, 1883, p. 238).
b) Papier peint utilisé pour tapisser les murs des habitations. Le portrait de mon père en grand uniforme et celui de ma mère en robe de cachemire pendent au mur sur une tapisserie de papier à ramages verts (A. France, Bonnard, 1881, p. 463).Je connais les dahlias imprimés de la tapisserie de la chambre d'hôtel, au Havre, où je descends quand on repeint le Mirmidon (Audiberti, Quoat, 1946, 1ertabl., p. 40).
Prononc. et Orth.: [tapisʀi]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. [1347 d'apr. Bl.-W.1-5sans indication de sens] 1. a) 1379 « grand ouvrage fait au métier avec de la laine, de la soie... et servant à revêtir les murailles d'une salle » (Invent. du mobilier de Charles V, éd. J. Labarte, no3703, p. 379); cf. 1393 (Ménagier, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, p. 188, ligne 24); d'où α) 1671 fig. être derrière la tapisserie (Mmede Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 1, p. 244); β) 1806 faire tapisserie « (d'une femme) ne pas être invitée à danser » (Picard, Manie de briller, II, 14 ds Littré); 1837 id. plus gén. « assister à une réunion sans y prendre part » (Balzac, C. Birotteau, p. 192); b) 1549 « toute pièce de tissu ou d'autre matière que l'on tendait sur les murs » tapisserie de marriquin d'Espagne (Invent. Château d'Annecy, 64 ds IGLF); cf. 1596 tapisserie de cuyr doré (xviiieCompte de Christophe Godin, conseiller et receveur général de Philippe II ds Havard); 2. 1462 « art de tapisser » (27 juill., Reg. aux public., 1457-1465, Des sargeurs, A. Tournai ds Gdf. Compl.); 3. 1690 « ouvrage fait à l'aiguille avec de la laine, de la soie... » tapisserie ... au petit point (Fur.); 4. 1820 tapisserie de papier (Lav.); cf. 1836 changer le papier de la tapisserie (Gozlan, Notaire, 1836, p. 217). Dér. de tapis*; suff. -erie*. Fréq. abs. littér.: 912. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 981, b) 2 167; xxes.: a) 1 505, b) 974.

Wiktionnaire

Nom commun

tapisserie \ta.pis.ʁi\ féminin

  1. Ouvrage fait à l’aiguille sur du canevas, avec de la laine, de la soie, etc.
    • Il longeait le quai, boitant d’une jambe, le chapeau en arrière sur son crâne bossué, la barbe inculte et traînant un vieux sac de tapisserie. — (Anatole France, Le Lys rouge, 1894, réédition Le Livre de Poche, page 106)
    • Les hommes se déshabillent pour se laver et font la queue aux pompes; la plaisanterie habituelle est d’éclabousser Ragueton, qui a des pantoufles en tapisserie. — (Jean Giraudoux, Retour d’Alsace - Août 1914, 1916)
    • Le pantalon aux dimensions surhumaines, semblable à une crinoline ou à une tenture de cathédrale, drapait, dérobant dans son ampleur presque entièrement les pantoufles en tapisserie aux fleurs fabuleuses ourdies au petit point par Mme Kraquelin et Marie et Amélie, leurs filles. — (Marcel Jouhandeau, Chaminadour, Gallimard, 1941 et 1953, collection Le Livre de Poche, page 491)
  2. Grand ouvrage fait au métier avec de la laine, de la soie, etc., et servant à revêtir et à orner les murailles d’une salle, d’une chambre, etc.
    • La tapisserie pendait le long des murs en beaucoup d’endroits, tandis que, dans d’autres, elle était ternie et flétrie par les rayons du soleil, ou déchirée et fanée par le temps. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Le palier est long et étroit, le mur est tendu d’une imitation de tapisserie à ramages vert sombre où brille le cuivre d’une applique à gaz. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
  3. (Vieilli) Étoffe, tissu servant à couvrir et à orner les murailles d’une salle, d’une chambre, etc. On dit plutôt aujourd’hui « tenture ».
    • Tapisserie de cuir doré de damas, de papier peint, etc.
    • Les nymphes des tapisseries souriaient vainement, dans leur fraîcheur passée, aux hôtes qui ne les voyaient pas. — (Anatole France, Le Lys rouge, 1894, réédition Le Livre de Poche, page 57)
  4. Papier coloré ou orné de motifs qu’on utilise pour recouvrir les murs d’une pièce.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TAPISSERIE. n. f.
Ouvrage fait à l'aiguille sur du canevas, avec de la laine, de la soie, etc. Faire de la tapisserie. Tapisserie en point de Hongrie, de point d'Angleterre. Tapisserie au petit point. Fauteuil, chaise de tapisserie. Il se dit aussi de Grands ouvrages faits au métier avec de la laine, de la soie, etc., et servant à revêtir et à orner les murailles d'une salle, d'une chambre, etc. Tapisserie à personnages. Tapisserie de verdure. Tapisserie relevée d'or et de soie. Tapisserie des Gobelins, de Beauvais, de Flandre. Tenture de tapisserie. Bordure de tapisserie. Tapisserie à grande, à petite bordure. Cette tapisserie est passée. Tendre, détendre une tapisserie. Tapisserie de haute lisse, de basse lisse. Voyez LISSE. Garnir une tapisserie, La doubler de toile.

TAPISSERIE se dit encore de Toute sorte d'étoffe, de tissu servant à couvrir et à orner les murailles d'une salle, d'une chambre, etc. Tapisserie de cuir doré de damas, de papier peint, etc. On dit plutôt aujourd'hui Tenture. Fig. et fam., Faire tapisserie se dit des Personnes qui assistent à un bal ou à quelque autre grande réunion, sans y prendre part, et qui sont ordinairement rangées contre les murs de la salle.

Littré (1872-1877)

TAPISSERIE (ta-pi-se-rie) s. f.
  • 1Ouvrage fait à l'aiguille sur du canevas, avec de la laine, de la soie, de l'or, etc. Pantoufles en tapisserie. Pendant son travail [du roi d'Espagne], la reine travaillait en tapisserie, ou elle écrivait, Saint-Simon, 457, 203. Les tapisseries à l'aiguille s'appellent tapisseries de point, à cause des points d'aiguille, Voltaire, Dict. phil. Tapisserie. Il y choisit une aiguille d'or, s'empare de la soie, et voilà mon colonel qui fait de la tapisserie, Poinsinet, Cercle, sc. 2. Iris, dans le IIIe livre de l'Iliade, trouve Hélène occupée à représenter en tapisserie les maux que les Troyens et les Grecs avaient soufferts pour elle dans les combats, Lévesque, Instit. Mém. lett. et beaux-arts, t. I, p. 385.

    Tapisseries échantillonnées, commencées pour servir d'echantillon, de guide.

  • 2Grandes pièces d'ouvrages de laine ou de soie servant à revêtir les murailles d'une chambre, d'une salle, etc. On avait tendu de tous côtés des tapisseries de fin lin, de couleur de bleu céleste et d'hyacinthe, qui étaient soutenues par des cordes de fin lin teintes en écarlate, Sacy, Bible, Esth. I, 6. Si j'étais en votre place, j'achèterais une belle tenture de tapisserie de verdure, ou à personnages, que je ferais mettre dans sa chambre pour lui réjouir l'esprit et la vue, Molière, Am. méd. I, 1. Je m'amuse à faire abattre de grands arbres ; le tracas que cela fait représente au naturel ces tapisseries où l'on peint les ouvrages de l'hiver : des arbres qu'on abat, des gens qui scient, d'autres qui font des bûches, d'autres qui chargent une charrette, et moi au milieu, voilà le tableau, Sévigné, 20 nov. 1675. Les tapisseries au métier sont de haute ou de basse lisse ; pour fabriquer celles de haute lisse, l'artiste regarde le tableau placé à côté de lui ; mais, pour la basse lisse, le tableau est sous le métier, et l'artiste le déroule à mesure qu'il en a besoin, Voltaire, Dict. phil. Tapisserie. Les ouvrages en tapisserie sont quelquefois des tableaux précieux, Lévesque, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. I, p. 383.

    Garnir une tapisserie, la doubler de toile.

    Être derrière la tapisserie, être derrière un paravent garni de tapisserie. Ne soyez point du tout en peine de moi, je lis et je m'amuse ; j'ai des affaires que je fais devant l'abbé, comme s'il était derrière la tapisserie, Sévigné, 221. Néron, qui se cache derrière une tapisserie pour écouter [dans Britannicus, de Racine]…, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Bérén. Préf.

    Fig. Être derrière la tapisserie, connaître les secrets rouages des affaires. Je voudrais au moins avoir été derrière la tapisserie, Sévigné, 50. Avec quel art ne feront-elles pas [les personnes du parti dressé contre le duc de Bourgogne] jouer tous leurs ressorts de derrière les tapisseries ? Saint-Simon, 195, 413.

    Faire tapisserie, assister à un bal ou à quelque autre grande réunion sans y prendre part ; ces personnes sont ordinairement rangées le long des murs de la salle. Encore ne faut-il pas se mettre comme celles qui ne vont au bal que pour faire tapisserie, Picard, Manie de briller, II, 14.

  • 3Il se dit aussi de toute sorte d'étoffe, de tissu servant à couvrir ou à orner les murailles d'une chambre. Tapisserie de cuir doré. Tapisserie de brocatelle.

    Le papier de tenture d'une chambre.

  • 4Art, métier du tapissier.

HISTORIQUE

XIVe s. L'office des femmes est de faire provision de tapisseries, de ordonner à les tendre, Ménagier, II, 4.

XVe s. Flacons pleins de malvoisie Seroient ma tapisserie, Basselin, XXXII.

XVIe s. Puisque vous allez à Lyon, je vous prie de me faire faire une patisserie, je voulais dire une tapisserie, de quelque nouvelle invention, D'Aubigné, Faen. IV, 16. À chaque costé de la salle il falloit trois pentes de tapisserie, D'Aubigné, ib. IV, 17. Le prince fut contraint d'aller vers Strasbourg vendre toute sa vaisselle d'argent, sa tapisserie, ses meubles, D'Aubigné, Hist. I, 340. La tapisserie dont ladite salle estoit tendue, en douze pieces ou environ, sembloit estre moderne, et faicte exprès, richement estoffée à haute lisse, Sat. Mén. les Tapisseries.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

TAPISSERIE, s. f. (Tapissier.) piece d’étoffe ou d’ouvrage dont on se sert pour parer une chambre, ou tel autre appartement d’une maison.

On peut faire cet ameublement de toutes sortes d’étoffes, comme de velours, de damas, de brocards, de brocatelle, de satin de Bruges, de calemande, de cadis, &c. mais quoique toutes ces étoffes taillées & montées se nomment tapisseries, on ne doit proprement appeller ainsi que les hautes & basses lisses, les Bergames, les cuirs dorés, les tapisseries de tenture de laine, & ces autres que l’on fait de coutil, sur lequel on imite avec diverses couleurs les personnages & les verdures de la haute-lisse.

Ce genre de tableaux, ou si l’on veut cette sorte d’ameublement, dans lequel les soies, la laine & les pinceaux

Tracent de tous côtés
Chasses & paysages,
En cet endroit des animaux,
En cet autre des personnages.

n’est point d’une invention nouvelle ; les Latins avoient de riches tapisseries, qu’ils nommoient aulæa, & les Grecs les appelloient avant eux peripetasmata. Pline nous apprend que les Romains donnerent seulement le nom aulæa aux tapisseries, lorsqu’Attale, roi de Pergame, eut institué le peuple romain héritier de ses états & de tous ses biens, parce que parmi les meubles de son palais, il y avoit des tapisseries magnifiques brodées d’or ; ainsi aulæa est dit ab auloeâ. (D. J.)

Tapisserie de haute & basse-lisse. Voyez l’article Lisse.

Tapisserie de Bergame. Voyez Bergame.

Tapisserie de cuir doré. Voyez Cuir doré.

Tapisserie de coutil. Voyez Coutil.

Tapisserie des Gobelins ; l’on nomme ainsi une manufacture royale établie à Paris au bout du fauxbourg saint Marceau, pour la fabrique des tapis- series & meubles de la couronne. Voyez Tapisserie.

La maison où est présentement cette manufacture, avoit été bâtie par les freres Gobelins, célebres teinturiers, qui avoient les premiers apporté à Paris le secret de cette belle teinture d’écarlate qui a conservé leur nom, aussi-bien que la petite riviere de Biévre, sur le bord de laquelle ils s’établirent, & que depuis l’on ne connoît guere à Paris que sous le nom de riviere des Gobelins.

Ce fut en l’année 1667, que celui-ci changea son nom de Tobie Gobelin, qu’il avoit porté jusques-là, en celui d’hôtel royal des Gobelins, en conséquence de l’édit du roi Louis XIV.

M. Colbert ayant rétabli & embelli les maisons royales, sur-tout le château du Louvre, & le palais des Tuileries, songea à faire travailler à des meubles qui répondissent à la magnificence de ces maisons. Dans ce dessein, il rassembla une partie de ce qu’il y avoit de plus habiles ouvriers dans le royaume en toutes sortes d’arts & de manufactures, particulierement de peintres, de tapissiers, de sculpteurs, d’orfévres, & d’ébénistes, & en attira d’autres de différentes nations par des promesses magnifiques, des pensions, & des priviléges considérables.

Pour rendre plus stable l’établissement qu’il projettoit, il porta le roi à faire l’acquisition du fameux hôtel des Gobelins, pour les y loger, & à leur donner des réglemens qui assurassent leur état, & qui fixassent leur police.

Le roi ordonne & statue que lesdites manufactures seront régies & administrées par le sur-intendant des bâtimens, arts, & manufactures de France ; que les maîgres ordinaires de son hôtel prendront connoissance de toutes les actions ou procès qu’eux, leur famille, & domestique, pourroient avoir ; qu’on ne pourra faire venir des pays étrangers des tapisseries, &c.

La manufacture des Gobelins est jusqu’à présent la premiere de cette espece qu’il y ait au monde ; la quantité d’ouvrages qui en sont sortis, & le grand nombre d’excellens ouvriers qui s’y sont formés, sont incroyables.

En effet, c’est à cet établissement que la France est redevable du progrès que les arts & les manufactures y ont fait.

Rien n’égale sur-tout la beauté de ces tapisseries ; sous la sur-intendance de M. Colbert & de M. de Louvois son successeur, les tapisseries de haute & de basse-lisse, y ont acquis un degré de perfection fort superieur à tout ce que les Anglois & les Flamands ont jamais fait.

Les batailles d’Alexandre, les quatre saisons, les quatre élémens, les maisons royales, & une suite des principales actions du roi Louis XIV. depuis son mariage jusqu’à la premiere conquête de la Franche-Comté, exécutés aux Gobelins, sur les desseins du célebre M. le Brun, directeur de cette manufacture, sont des chefs-d’œuvre en ce genre.

Tapisserie de papier ; cette espece de tapisserie n’avoit long-tems servi qu’aux gens de la campagne, & au petit peuple de Paris, pour orner, & pour ainsi dire, tapisser quelques endroits de leurs cabanes, & de leurs boutiques & chambres ; mais sur la fin du dix-septieme siecle, on les a poussées à un point de perfection & d’agrément, qu’outre les grands envois qui s’en font, pour les pays étrangers & pour les principales villes du royaume, il n’est point de maison à Paris, pour magnifique qu’elle soit, qui n’ait quelque endroit, soit garde-robes, soit lieux encore plus secrets, qui n’en soit tapissé, & assez agréablement orné.

Pour faire ces tapisseries, qui sont présentement le principal objet du commerce de la dominoterie, les Dominotiers, s’ils en sont capables, sinon quelque dessinateur habile, fait un dessein de simples traits sur plusieurs feuilles de papier, collées ensemble de la hauteur & largeur que l’on desire donner à chaque piece de tapisserie.

Ce dessein achevé se coupe en morceaux, aussi hauts & aussi longs que les feuilles du papier que l’on a coutume d’employer en ces sortes d’impressions ; & chacun de ces morceaux se grave ensuite séparément sur des planches de bois de poirier, de la maniere qu’il a été dit à l’article des Graveurs sur bois.

Pour imprimer ces planches ainsi gravées, on se sert de presses assez semblables à celles des Imprimeurs en lettres ; à la réserve que la platine n’en peut être de métal, mais seulement de bois, longue d’un pié & demi, sur dix pouces de large ; & que ces presses n’ont ni chassis, ni tympans, ni frisquettes, ni cornieres, ni couplets, hors de grands tympans, propres à imprimer histoires, comme portent les anciens réglemens de la Librairie.

L’on se sert aussi de l’encre & des balles des Imprimeurs ; & de même qu’à l’Imprimerie, on n’essuie point les planches, après qu’on les a noircies, à cause du relief qu’elles ont, qui les rend plus semblables à une forme d’imprimeur, qu’à une planche en taille-douce.

Les feuilles imprimées & séchées, on les peint, & on les rehausse de diverses couleurs en détrempe, puis on les assemble pour en former des pieces ; ce que font ordinairement ceux qui les achetent ; se vendant plus communément à la main, que montées.

L’on ne dit point ici quels sont les sujets représentés sur ces legeres tapisseries, cela dépendant du goût & du génie du peintre ; mais il semble que les grotesques & les compartimens mêlés de fleurs, de fruits, d’animaux, & de quelques petits personnages, ont jusqu’ici mieux réussi que les paysages & les especes de haute-lisses, qu’on y a quelquefois voulu peindre.

Tapisserie de tonture de laine ; c’est une espece de tapisserie faite de la laine qu’on tire des draps qu’on tond, collée sur de la toile ou du coutil.

On l’a d’abord fait à Rouen, mais d’une maniere grossiere ; car on n’y employoit au commencement que des toiles pour fonds, sur lesquelles on formoit des desseins de brocatelles avec des laines de diverses couleurs qu’on colloit dessus après les avoir hachées. On imita ensuite les verdures de haute-lisse, mais fort imparfaitement ; enfin, une manufacture de ces sortes de tapisseries s’étant établie à Paris dans le faubourg saint Antoine, on y hasarda des personnages, des fleurs, & des grotesques, & l’on y réussit assez bien.

Le fond des tapisseries de cette nouvelle manufacture peut être également de coutil ou de forte toile. Après les avoir tendues l’une ou l’autre exactement sur un chassis de toute la grandeur de la piece qu’on a dessein de faire, on trace les principaux traits & les contours de ce qu’on y veut représenter, & on y ajoute les couleurs successivement, à mesure qu’on avance l’ouvrage.

Les couleurs sont toutes les mêmes que pour les tableaux ordinaires, & on les détrempe de la même maniere avec de l’huile commune mêlée avec de la térébenthine ou telle autre huile, qui par sa ténacité puisse haper & retenir la laine, lorsque le tapissier vient à l’appliquer.

A l’égard des laines, il faut en préparer de toutes les couleurs qui peuvent entrer dans un tableau, avec toutes les teintes & les dégradations nécessaires pour les carnations & les draperies des figures humaines, pour les peaux des animaux, les plumages des oiseaux, les bâtimens, les fleurs ; enfin, tout ce que le tapissier veut copier, ou plutôt suivre sur l’ouvrage même du peintre.

On tire la plûpart de ces laines de dessus les différentes especes de draps que les tondeurs tondent ; c’en est proprement la tonture : mais comme cette tonture ne peut fournir toutes les couleurs & les teintes nécessaires, il y a des ouvriers destinés à hacher des laines, & d’autres à les réduire en une espece de poudre presque impalpable, en les passant successivement par divers sas ou tamis, & en hachant de nouveau ce qui n’a pu passer.

Les laines préparées, & le dessein tracé sur la toile ou sur le coutil, on couche horisontalement le chassis sur lequel l’un ou l’autre est étendu sur des traiteaux élevés de terre d’environ deux piés ; & alors le peintre commence à y peindre quelques endroits de son tableau, que le tapissier lainier vient couvrir de laine avant que la couleur soit seche ; parcourant alternativement l’un après l’autre toute la piece, jusqu’à ce qu’elle soit achevée. Il faut seulement observer que lorsque les pieces sont grandes, plusieurs lainiers & plusieurs peintres y peuvent travailler à la-fois.

La maniere d’appliquer la laine est si ingénieuse, mais en même tems si extraordinaire, qu’il ne faut pas moins que les yeux même pour la comprendre. On va pourtant tâcher de l’expliquer.

Le lainier ayant arrangé autour de lui des laines de toutes les couleurs qu’il doit employer, séparées dans de petites corbeilles ou autres vaisseaux semblables, prend de la main droite un petit tamis de deux ou trois pouces de longueur, de deux de largeur, & de douze ou quinze lignes de hauteur. Après quoi mettant dans ce tamis un peu de laine hachée de la couleur convenable, & le tenant entre le pouce & le second doigt, il remue légerement cette laine avec quatre doigts qu’il a dedans, en suivant d’abord les contours des figures avec une laine brune, & mettant ensuite avec d’autres tamis & d’autres laines les carnations, si ce sont des parties nues de figures humaines ; & les draperies, si elles sont nues, & à proportion de tout ce qu’il veut représenter.

Ce qu’il y a d’admirable & d’incompréhensible, c’est que le tapissier lainier est tellement maître de cette poussiere laineuse, & la sait si bien ménager par le moyen de ses doigts, qu’il en forme des traits aussi délicats qu’on pourroit le faire avec le pinceau, & que les figures sphériques, comme est, par exemple, la prunelle de l’œil, paroissent être faites au compas.

Après que l’ouvrier a lainé toute la partie du tableau ou tapisserie que le peintre avoit enduite de couleur, il bat légerement avec une baguette le dessous du coutil ou de la toile à l’endroit de son ouvrage, ce qui le dégageant de la laine inutile, découvre les figures, qui ne paroissoient auparavant qu’un mélange confus de toutes sortes de couleurs.

Lors enfin que la tapisserie est finie par ce travail alternatif du peintre & du lainier, on la laisse sécher sur son chassis qu’on dresse de haut en bas dans l’attelier ; après qu’elle est parfaitement seche, on donne quelques traits au pinceau dans les endroits qui ont besoin de force, mais seulement dans les bruns.

Ces sortes de tapisseries, qui, quand elles sont faites de bonne main, peuvent tromper au premier coup d’œil, & passer pour des hautes-lisses, ont deux défauts considérables auxquels il est impossible de remédier ; l’un, qu’elles craignent extrèmement l’humidité, & qu’elles s’y gâtent en peu de tems ; l’autre, qu’on ne sauroit les plier comme les tapisseries ordinaires pour les serrer dans un garde-meuble, ou les transporter d’un lieu dans un autre, & qu’on est obligé, lorsqu’elles ne sont pas tendues, de les tenir roulées sur de gros cylindres de bois, ce qui occupe beaucoup de place, & est extrèmement incommode.

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Étymologie de « tapisserie »

De tapis, avec le suffixe -erie.
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Tapisser ; bourg. taipisserie.

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Phonétique du mot « tapisserie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tapisserie tapisri

Citations contenant le mot « tapisserie »

  • Le reste du monde a la valeur des personnages d’une tapisserie pour deux amants. De Honoré de Balzac / Le cabinet des antiques
  • L’esprit est tel une tapisserie richement tissée dont les couleurs dérivent de l’expériences des sens, et dont le motif serait tiré des circonvolutions de l’esprit. De Carson McCullers / Reflections on a Golden Eye
  • Les hommes sont trop instables pour bâtir une famille, qui n'est autre chose qu'une tapisserie tissée par des femmes… De José Carlos Llop / Parle-moi du troisième homme
  • Les musées de Bayeux, comme la célèbre tapisserie, sont impactés par l'absence d'une partie de la clientèle étrangère, et le protocole sanitaire réduit drastiquement le nombre de visiteurs quotidiens. tendanceouest.com, Bayeux. La Tapisserie de Bayeux ne peut accueillir que 500 visiteurs par jour
  • © Cité internationale de la tapisserie Télérama, Art, design, mode : à Aubusson, la tapisserie prend du galon
  • La Cité internationale de la tapisserie tisse des liens avec l'art contemporain. Au premier plan, "Panorama polyphonique" de Cécile Le Talec (2011). LExpress.fr, A Aubusson, la tapisserie réinventée - L'Express
  • Jusqu’au 30 septembre, les visiteurs du château d’Angers pourront profiter du parcours ludique installé au sein du logis royal pour découvrir d’une manière différente la fameuse tapisserie de l’Apocalypse, chef d’oeuvre du Moyen-Age. Angers.Villactu.fr, Le château d’Angers met la tapisserie de l'Apocalypse au cœur d'un parcours ludique - Actualité Angers Villactu
  • ### Découvrez cette ancienne manufacture aubussonnaise, lieu de production de tapisseries d’Aubusson et de tapis de savonnerie pendant près de 100 ans. Unidivers, Découverte de l’ancienne manufacture Manufacture de tapisserie Braquenié Aubusson samedi 19 septembre 2020

Images d'illustration du mot « tapisserie »

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Traductions du mot « tapisserie »

Langue Traduction
Anglais tapestry
Espagnol tapiz
Italien arazzo
Allemand tapisserie
Chinois 挂毯
Arabe نسيج
Portugais tapeçaria
Russe гобелен
Japonais タペストリー
Basque tapiz
Corse tappezzeria
Source : Google Translate API

Synonymes de « tapisserie »

Source : synonymes de tapisserie sur lebonsynonyme.fr

Tapisserie

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