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Quaker, quakeresse

Sommaire

  • Définitions du mot quaker, quakeresse
  • Étymologie de « quaker »
  • Phonétique de « quaker »
  • Citations contenant le mot « quaker »
  • Images d'illustration du mot « quaker »
  • Traductions du mot « quaker »
  • Synonymes de « quaker »

Définitions du mot « quaker, quakeresse »

Trésor de la Langue Française informatisé

QUAKER, QUAKERESSE, subst.

RELIG. Membre d'une église protestante fondée au xviies. en Angleterre, qui se répandit surtout en Hollande et aux États-Unis, prêchant en particulier le pacifisme, la philanthropie et une très grande austérité de mœurs. Il s'agit de quakers, et tu sais que ceux qui sont attachés à cette secte tutoient tout le monde, sont vêtus simplement, ne vont point à la guerre, ne font jamais de serment, agissent avec flegme, et surtout ne doivent jamais se mettre en colère (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 14).L'avocat assura le navire et ensuite il partit pour le Parlement où, parlant sur l'abolition, il fit frémir l'assemblée et pleurer deux bonnes quakeresses (Vigny, Journal poète, 1839, p. 1114).La réprobation de l'esclavage a été inaugurée en Amérique par la secte des quakers (Philos., Relig., 1957, p. 44-5).
Empl. adj., p. métaph. Risler eut un vague sourire. Il se voyait déjà installé avec Frantz dans une petite maison tranquille et quakeresse comme celle-ci (A. Daudet, Fromont jeune, 1874, p. 375).
REM. 1.
Quakerien, -ienne, adj.Qui appartient, qui a rapport aux quakers. Ses vêtements étrangers, d'une simplicité quakerienne, la rendaient méconnaissable à ceux du village qui la pouvaient apercevoir (Balzac, Curé vill., 1839, p. 278).
2.
Quakeriste, adj.Relatif au quakerisme. Le music-hall est un fait anglo-saxon, né dans le monde des brusques concentrations urbaines et des grands mythes quakeristes du travail: la promotion des objets, des métaux et des gestes rêvés, la sublimation du travail par son effacement magique (R. Barthes, Mythologies, Paris, éd. du Seuil, 1957, p. 178).
Prononc. et Orth.: [kwεkœ:ʀ], fém. [-kʀ εs]. Littré, DG [kwakʀ]; Barbeau-Rodhe 1930 [kwakε:ʀ] ou à l'angl. et vieilli [kwakʀ]; Warn. 1968 [kwεkœ:ʀ] et [kwakε:ʀ]; Rob. 1985, Lar. Lang. fr. [kwεkœ:ʀ]. Ac. 1762-1878: quaker ou quacre (,,on prononce couacre``); 1935: quaker; Littré, DG: quaker ou quakre; Rob. 1985: quaker ,,on a dit et écrit quacre, quouacre``; Lar. Lang. fr.: quaker. Plur. des quakers. Étymol. et Hist. 1657 les Quakers ou Trembleurs (Du Gard, Nouv. Ordin. de Londres, II, 1453 ds Bonn., p. 184); 1698 coacre et coacresse (Misson, Observations faites par un voyageur d'apr. Bastide ds R. des Sc. pol., t. 58, p. 525); [1729] les Quakeresses (C. de Saussure, Lettres et voyages..., 29 avril 1729, 1765, éd. 1903, 337 ds Höfler Anglic.); 1735 Quakeresse (Voltaire, Lettres écrites de Londres sur les Anglais et autres sujets, 20, ibid.); 1832 adj. éducation quaker (E. de Salle, Ali le Renard ou la Conquête d'Alger, II, 37 d'apr. R. Arveiller ds Fr. mod., t. 52, p. 86). Empr. à l'angl.quaker « trembleur, qui tremble » dér. de to quake « trembler » utilisé dès 1650 pour désigner les membres de la secte religieuse fondée par G. Fox en 1648-50 Society of Friends « Société des Amis » après avoir été d'abord appliqué aux membres d'une secte de femmes ayant l'habitude d'entrer en transe, en 1647 (cf. Journal de Fox d'apr. NED). Fréq. abs. littér.: 123. Bbg. Barb. Loan-words 1921, p. 147. − Boulan 1934, p. 119. − Pauli 1921, p. 82.

Wiktionnaire

Nom commun

quaker \kwa.kɛr\ masculin (pour une femme on dit : quakeresse)

  1. Membre d’un mouvement chrétien, la Société religieuse des Amis, établi principalement en Angleterre et aux États-Unis.
    • Le quaker était un vieillard frais qui n’avait jamais eu de maladie, parce qu’il n’avait jamais connu les passions ni l’intempérance : je n’ai point vu en ma vie d’air plus noble ni plus engageant que le sien. — (Voltaire, Lettres philosophiques, première lettre)
    • Les murs de la chambre étaient crépis et nus. Rien ne les ornait, sauf un portrait, un portrait de Benjamin Franklin. ll étalait dans un cadre grossier sa face grasse et pateline de saint laïque, son gilet noir, sa cravate de quaker, toute cette fausse bonhomie biblique qui a fait du lac Michigan un frère jumeau du lac de Genève. — (Pierre Benoit, Le lac salé, 1921, rééd. Le Livre de Poche, page 152)
    • Et puis le Blanc vint supplanter l’Indien dans ce qu’il faut bien déjà appeler un « mirage », le colon civilisateur et libre, ce citoyen de ces États tout neufs qui proposent une démocratie vertueuse et frugale. Sans avoir sillonné cette terre, Voltaire est ému par le « bon quaker », Condorcet y voit la terre du progrès infaillible. — (Le Devoir, 10 juillet 2006)
    • Partout, aussi, l’homogénéité architecturale rappelle que les premiers colons de l’île étaient d’austères quakers. — (Le Devoir, 25-26 septembre 2004)
    • Non, [James] Dean est un garçon plus compliqué, plus torturé que tu ne crois. Il a le bon sens austère d'un quaker de l'Indiana, d'où il vient, et le mécanisme de défense d'une tortue. — (Jean-Pierre Alaux, Une dernière nuit avec Jimmy, Calmann-Lévy, 2010, p. 64)

Adjectif

quaker \kwa.kɛr\ ou \kwe.kœʁ\

  1. (Christianisme) Qui appartient au mouvement des quakers.
    • Le reste de son costume semblait aussi embelli que l’est de nos jours celui d’une beauté quakeresse qui, pendant qu’elle conserve la robe et le costume de sa secte, continue de donner à sa simplicité un certain air de coquetterie qui penche un peu trop vers la vanité du monde par le choix des étoffes et surtout par la manière de les tailler. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Aux États-Unis, Edward Saïd choisit d’incorporer l’Église épiscopalienne. Son épouse était quaker. — (Le Devoir, 26 septembre 2003)
  2. Relatif au mouvement des quakers.
    • Les paysages rappellent la Suisse, on y fabrique même du fromage. Une initiative de la communauté quaker qui vit là depuis 1951. — (Le Devoir, 30-31 octobre 2004)

Nom commun

quakeresse \kwɛ.k(ə).ʁɛs\ ou \kwa.k(ə).ʁɛs\ ou \kwe.k(ə).ʁɛs\ féminin (pour un homme on dit : quaker)

  1. Femme quaker.
    • Elle était alors retirée à la Haye, où elle vit les amis, car c’est ainsi qu’on appelait alors les quakers en Hollande ; elle eut plusieurs conférences avec eux ; ils prêchèrent souvent chez elle, et s’ils ne firent pas d’elle une parfaite quakeresse, ils avouèrent au moins qu’elle n’était pas loin du royaume des cieux. — (Voltaire, Lettres philosophiques, lettre nº 4)
    • La quakeresse répéta en détail la conversation qu'elle avait entendue la veille. Sa mémoire était excellente et elle put redire mot pour mot les propos des officiers britanniques. — (Kurt Singer & Jane Sherrod, Les espions qui ont changé l’histoire, traduit de l'anglais par Bruno Bax, Paris : Presses de la Cité, 1961, p. 36)

Forme d’adjectif

quakeresse \kwɛ.k(ə).ʁɛs\ ou \kwa.k(ə).ʁɛs\ ou \kwe.k(ə).ʁɛs\

  1. Féminin singulier de quaker.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Littré (1872-1877)

QUAKER (koua-kr') s. m.
  • Membre d'une secte chrétienne, qui s'éleva, en Angleterre, vers 1650, et qui compte des prosélytes dans ce pays, aux États-Unis et en Hollande ; elle enseigne que Dieu donne à tous les hommes une lumière intérieure, qui dispense de l'intervention des prêtres ou pasteurs ; et qu'il n'est permis ni de faire aucun serment, ni de plaider en justice, ni de faire la guerre, ni de porter les armes. C'est ainsi que Fox, un misérable paysan, établit de nos jours la secte des quakers parmi les paysans d'une de nos provinces, Voltaire, Philos. Exam. Bolingbr. 10. Ceux que l'on appelait alors anabaptistes sont les pères de ces quakers pacifiques dont la religion a été tant tournée en ridicule, et dont on a été forcé de respecter les mœurs, Voltaire, Mœurs, 136. Les enfants [des quakers], enrichis par l'industrie de leurs pères, veulent jouir, avoir des honneurs, des boutons et des manchettes ; ils sont honteux d'être appelés quakers, et se font protestants pour être à la mode, Voltaire, Dict. phil. Quakers. L'enthousiasme qui naissait et des méditations et des discours irrita dans ces sectaires la sensibilité du genre nerveux, au point de leur occasionner des convulsions ; c'est pour cela qu'on les appela quakers, qui signifie en anglais trembleurs, Raynal, Hist. phil. XVIII, 3.

    Au féminin, quakeresse. Elle [la princesse palatine Élisabeth] eut plusieurs conférences avec eux [les quakers] ; ils prêchèrent souvent chez elle ; et, s'ils ne firent pas d'elle une parfaite quakeresse, ils avouèrent au moins qu'elle n'était pas loin du royaume des cieux, Voltaire, Dict. phil. Quakers, 2.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

QUAKER, s. m. (Hist. des sect. mod.) ce mot anglois veut dire trembleur ; c’est le sobriquet odieux qu’on s’est avisé de donner à une secte pacifique, dont la religion théorique a été cent fois tournée en ridicule, & dont on a été forcé de respecter la morale. Cette secte ne ressemble point pour les dogmes, & encore moins pour la conduite, à ces anabaptistes d’Allemagne du seizieme siecle, ramas d’hommes rustiques & féroces, qui pousserent leur fanatisme sauvage aussi loin que peut aller la nature humaine abandonnée à ses emportemens.

Les Quakers dont nous parlons, s’éleverent en Angleterre au milieu des guerres civiles du regne de Charles I. Georges Fox né dans un village du comté de Leicester, & fils d’un simple artisan, touché des malheurs de sa patrie, prêcha sans étude la morale, la charité mutuelle, l’amour de Dieu, un culte simple, & la nécessité de l’inspiration du Saint-Esprit, pour mériter le salut. Il blâma les vues intéressées des ministres anglicans ; condamna la guerre comme une fureur, & le serment comme un outrage fait à Dieu. Cromwel le fit arrêter avec sa femme ; mais cette persécution multiplia ses disciples & ses sectateurs ; on les maltraita, on sévit contre eux, on les joua sur le théâtre ; ils mépriserent les mauvais traitemens, les prisons, & les satyres.

La secte fit les progrès les plus rapides ; Cromwel fut obligé de la craindre & de la respecter. Voyant que leur nombre augmentoit sans cesse, il leur fit offrir de l’argent, pour les attirer à son parti ; mais ils furent incorruptibles ; & il dit un jour, que cette religion étoit la seule contre laquelle il n’avoit pû prévaloir avec des guinées.

Ils établirent pour premier principe de la morale religieuse, la frugalité, la tempérance, la modestie, le recueillement. 2°. Des pasteurs qui seroient nommés par l’assemblée des fideles. 3°. Ils embrasserent l’opinion des Anabaptistes sur le baptême & les sacremens. 4°. Ils établirent que tous les hommes sont égaux par leur nature. 5°. Qu’ils ont tous des lumieres suffisantes pour obtenir le salut par une bonne conduite. 6°. Qu’on sera justifié auprès de Dieu par sa propre justice. 7°. Que l’esprit de Dieu habite en tout homme qui ne l’éteindra pas. 8°. Enfin, pour se mettre en garde contre tout indigne commerce de mensonges & de flateries, ils jugerent qu’on devoit également tutoyer les rois & les charbonniers en leur parlant ; n’avoir pour les hommes que de la charité & du respect pour les lois.

Voilà les principaux dogmes de cette secte : après cela qu’on range tant qu’on voudra les Quakers parmi les fanatiques ; ce sont toujours des fanatiques bien estimables. Je ne puis m’empêcher de déclarer, que je les estime un peuple vraiment grand, vertueux, plein d’industrie, d’intelligence, & de sagesse. Ce sont des gens animés des principes les plus étendus de bénéficence, qu’il y ait jamais eu sur la terre. Leur charité se porte sur toute la race du genre humain, ne refusant à personne les miséricordes des dieux. Ils reconnoissent publiquement que la liberté universelle est due à tout le monde. Ils condamnent les impôts, & néanmoins ils les payent, & s’y soumettent sans murmure. Enfin, c’est peut-être le seul parti chez les Chrétiens, dont la pratique du corps entier, réponde constamment à ses principes. Je n’ai point de honte d’avouer que j’ai lu & relu avec un plaisir singulier l’apologie du Quakérisme par Robert Barclay ; il m’a convaincu que c’est, tout calculé, le système le plus raisonnable & le plus parfait qu’on ait encore imaginé.

Barclay mit au jour son ouvrage en 1675 ; l’épître dédicatoire à Charles II. contient non des basses adulations, mais des vérités hardies, & des conseils justes.

« Tu as goûté, dit-il à Charles, à la fin de cette épître, de la douceur & de l’amertume, de la prospérité & des grands malheurs : tu as été chassé des pays où tu regnes ; tu as senti le poids de l’oppression, & tu dois savoir combien l’oppresseur est détestable devant Dieu & devant les hommes : que si après tant d’épreuves & de bénédictions, ton cœur s’endurcissoit & oublioit le Dieu qui s’est souvenu de toi dans les disgraces, ton crime en seroit plus grand, & la condamnation plus terrible : au lieu donc d’écouter les flatteurs de ta cour, écoute la voix de ta conscience, qui ne te flatera jamais. Je suis ton fidel ami & sujet, Barclay ».

Environ ce tems-là, parut l’illustre Guillaume Penn, qui établit la puissance des Quakers en Amérique, & qui les auroit rendus respectables en Europe, si les hommes pouvoient respecter la vertu sous des apparences ridicules. Il étoit fils unique du chevalier Penn, vice-amiral d’Angleterre, & favori du duc d’York, depuis Jacques II. Il naquit à Londres en 1644, & fut élevé avec soin dans l’université d’Oxford ; il y étudia avec un jeune quaker, qui en fit un partisan des plus zélés du Quakérisme.

De retour chez le vice-amiral son pere, au lieu de se mettre à genoux devant lui, & de lui demander sa bénédiction, selon l’usage des Anglois, il l’aborda le chapeau sur la tête, & lui dit : je suis fort aise, mon cher pere de te voir en bonne santé. Le vice-amiral crut que son fils étoit devenu fou ; il apperçut bientôt qu’il étoit quaker. Il mit en usage tous les moyens que la prudence humaine peut employer, pour l’engager à vivre comme un autre ; le jeune homme ne répondit à son pere qu’en l’exhortant à se faire quaker lui-même. Enfin, le pere se relâcha à ne lui demander autre chose, sinon qu’il allât voir le roi & le duc d’York le chapeau sous le bras, & qu’il ne les tutoyât point ; Guillaume répondit que sa conscience ne lui permettoit pas, & qu’il valoit mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. Le pere au desespoir, le chassa de sa maison. Le jeune Penn remercia Dieu de ce qu’il souffroit déja pour sa cause : il alla prêcher dans la cité ; il y fit beaucoup de prosélytes. Comme il étoit beau, bienfait, vif, & naturellement éloquent, les femmes de tout rang accouroient dévotement pour l’entendre. Sur sa réputation, Georges Fox vint du fond de l’Angleterre le voir à Londres. Tous deux s’embarquerent pour la Hollande & l’Allemagne en 1677, afin de gagner des prosélytes au Quakérisme.

Leurs travaux eurent un heureux succès à Amsterdam ; mais, ce qui leur fit plus d’honneur, & ce qui mit le plus leur humilité en danger, fut la réception que leur fit la princesse Palatine Elisabeth, tante de Georges I. roi d’Angleterre, femme illustre par son esprit & par son savoir, & à qui Descartes avoit dédié son roman de Philosophie.

Elle étoit retirée à la Haye, où elle vit les Amis ; car c’est ainsi que l’on appelloit alors les Quakers en Hollande. Elle eut plusieurs conférences avec eux ; ils prêcherent souvent chez elle ; & s’ils ne firent pas d’elle une parfaite quakeresse, ils avouerent au-moins qu’elle n’étoit pas loin du royaume des cieux. Les Amis semerent aussi en Allemagne, mais ils y recueillirent peu ; on ne goûta pas la mode de tutoyer dans un pays, où il faut prononcer toujours les termes d’altesse & d’excellence.

Penn repassa bien-tôt en Angleterre, sur la nouvelle de la maladie de son pere, qui se réconcilia avec lui, le reçut avec tendresse, & finit ses jours entre ses bras. Il en hérita de grands biens, parmi lesquels il se trouvoit des dettes de la couronne, pour des avances faites par le vice-amiral, dans des expéditions maritimes. Le gouvernement donna à Guillaume Penn en 1681, au lieu d’argent, tant pour lui que pour ses successeurs, la propriété & la souveraineté d’une province de l’Amérique septentrionale, bornée au nord par les Iroquois, à l’orient par le nouveau Jersey, au midi par le Mariland, & à l’orient par le pays des Oniasontkes. Voilà un quaker devenu souverain.

Il partit pour ses nouveaux états, avec deux vaisseaux chargés de quakers, qui le suivirent. On appella dès lors le pays Pensylvania, du nom de Penn ; il y fonda la ville de Philadelphie, qui est aujourd’hui très-florissante. Il commença par faire une ligue avec les Amériquains ses voisins ; c’est le seul traité entre ces peuples & les Chrétiens, qui n’ait point été juré, & qui n’ait point été rompu. Le nouveau souverain fut aussi le législateur de la Pensylvanie ; il donna des lois très sages, dont aucune n’a été changée depuis lui. La premiere, est de ne maltraiter personne au sujet de la religion, & de regarder comme freres tous ceux qui croyent un Dieu.

A peine eut-il établi son gouvernement, que plusieurs négocians de l’Amérique vinrent peupler cette colonie. Les naturels du pays, au lieu de fuir dans les forêts, s’accoutumerent insensiblement avec les pacifiques Quakers. Autant ils détestoient les autres chrétiens, conquérans & destructeurs de l’Amérique, autant ils aimoient ces nouveaux venus. En peu de tems, ces prétendus sauvages, charmés des Quakers, vinrent en foule demander à Guillaume Penn, de les recevoir au nombre de ses vassaux. C’étoit un spectacle bien nouveau, qu’un souverain que tout le monde tutoyoit, & à qui on parloit le chapeau sur la tête, un gouvernement sans prêtres, un peuple sans armes, des citoyens tous égaux, à la magistrature près, & des voisins sans jalousie. Guillaume Penn pouvoit se vanter d’avoir apporté sur la terre l’âge d’or, dont on parle tant, & qui n’a vraissemblablement existé qu’en Pensylvanie.

Il revint en Angleterre pour les affaires de son nouveau pays, après la mort de Charles II. Le roi Jacques, qui avoit aimé son pere, eut la même affection pour le fils, & ne le considéra plus comme un sectaire obscur, mais comme un très-grand homme. La politique du roi s’accordoit en cela avec son goût. Il avoit envie de flatter les Quakers, en abolissant les lois contre les non-conformistes, afin de pouvoir introduire la religion catholique à la faveur de cette liberté. Toutes les sectes d’Angleterre virent le piége, & ne s’y laisserent pas prendre ; mais elles reçurent de Guillaume III. & de son parlement, cette même liberté qu’elles n’avoient pas voulu tenir des mains du roi Jacques. Ce fut alors que les Quakers commencerent à jouir, par la force des lois, de tous les priviléges dont ils sont en possession aujourd’hui. Penn, après avoir vu enfin sa secte établie sans contradiction dans le pays de sa naissance, alla faire un tour dans la Pensylvanie en 1700, avec sa femme & sa famille.

Les siens & les Amériquains le reçurent avec des larmes de joie, comme un pere qui revenoit voir ses enfans. Toutes ses lois avoient été religieusement observées pendant son absence ; ce qui n’étoit arrivé qu’au seul Lycurgue avant lui. Il ne resta qu’un couple d’années à Philadelphie ; & cependant n’en partit que malgré lui, pour aller solliciter à Londres des avantages nouveaux en faveur du commerce des Pensylvains. Il ne les revit plus ; la reine Anne le reçut avec beaucoup de considération, & voulut souvent l’avoir à sa cour ; mais l’air de Londres étant contraire à sa santé, il se retira en 1710 dans la province de Buckingham, où il finit ses jours en 1718, à l’âge de 74 ans.

Ce fondateur & législateur des Quakers en Amérique, & leur principal soutien en Europe, a la gloire d’avoir formé un peuple, où la probité paroît aussi naturelle que la bravoure chez les Spartiates. M. Penn est un véritable Lycurgue ; & quoique le premier ait eu la paix pour objet, comme l’autre a eu la guerre, ils se ressemblent dans la voie singuliere où ils ont mis leurs peuples, dans l’ascendant qu’ils ont eu sur des hommes libres, dans les préjugés qu’ils ont vaincus, dans les passions qu’ils ont soumises.

Le Quakérisme se soutient toujours en Pensylvanie, quoiqu’il soit vrai qu’il dépérit beaucoup à Londres. M. de Voltaire, qui m’a fourni la plus grande partie de cet article, remarque judicieusement, que par tout pays, la religion dominante, quand elle ne persécute point, engloutit à la longue toutes les autres. Les Quakers ne peuvent pas jouir des honneurs de distinction ; avoir part aux graces militaires, être membres du parlement, ni posséder aucun office, parce qu’ils condamnent la guerre, parce qu’il faudroit prêter serment, & qu’ils pensent qu’on ne doit point jurer ; ils sont donc réduits au seul commerce ; leurs enfans enrichis par l’industrie de leurs peres, veulent jouir, avoir des honneurs, des places, des emplois ; ils sont honteux d’être appellés quakers, & se font protestans pour être à la mode, & satisfaire leur ambition. (Le Chevalier de Jaucourt.)

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Étymologie de « quaker »

Angl. quaker, trembleur, de to quake, trembler, un tremblement les saisissant quand ils se sentent excités par une inspiration à prêcher.

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De l’anglais Quaker (« trembleur »).
(Ironique) Selon George Fox : « C’est le juge Gervase Benson qui en dérision nous donna ce qualificatif, parce que je lui avais dit de trembler au nom du Seigneur » (vers 1650, traduit de l’anglais). Selon le phénomène d’appropriation du stigmate, les membres de la Société des Amis adoptèrent par la suite ce terme comme surnom.
On dit aussi que les adeptes se mettaient à trembler intérieurement ou même physiquement avant de s’exprimer durant le culte (basé sur le silence).
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Phonétique du mot « quaker »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
quaker kwakɛr

Citations contenant le mot « quaker »

  • Le mouvement quaker, ou Société religieuse des amis, a toujours accordé une grande importance à l’engagement pacifiste. Reforme.net, Qui sont les Quakers ? - Reforme.net
  • La quakeresse Ségolène Royal avait eu des paroles aimables pour le candidat Mélenchon. Sachant qu'elle a le mauvais œil, j'y avais vu un fâcheux présage et fait les signes d'exorcisme, gli scongiuri napolitains, propres à conjurer le sort, mais, hélas, le mal était fait. Là où la Ségolène passe, la joie trépasse. Le Point, Matzneff - Les orgies de La Rotonde - Le Point
  • Sans doute parce qu’elle incarne plus sûrement que quiconque les combats et les promesses des années 60, trahis par les compromis de ceux-là mêmes qui les engageaient, par l’histoire et le confor(t)misme que théorisait Theodor Adorno, la quakeresse Joan Baez était devenue pasionaria pestiférée. Le monde et les temps ont changé à rebours, et son existence constitue depuis un insupportable œil de Caïn sur nos renoncements. Son soprano douloureusement pur, son vibrato insistant, travaillé en manipulant manuellement sa pomme d’Adam, «sa voix de nonne» disent ceux qu’elle insupporte, en a découragé beaucoup, l’a ridiculisée pour d’autres au temps d’une très différente Madonna. L’époque favorise la raucité soul et le beuglant cabaret. Libération.fr, Joan Baez, peace and folk - Culture / Next
  • Il est créé et breveté en 1903 par une certaine Elizabeth Magie, quakeresse éprise des théories de l'économiste Henry George, partisan d'une taxe unique imposée sur la plus-value afin de lutter contre les bénéfices réalisés par les propriétaires fonciers. Dans une interview de l'époque, citée par Slate qui relate l'histoire, la quadragénaire expliquait que son Landlord's Game était pour elle une "démonstration pratique du système actuel d'accaparement des terres avec tous les résultats et toutes ses conséquences habituelles". Deux règles étaient prévues : l'une, d'anti-monopole, qui permettait à tous les joueurs de s'enrichir ; l'autre, qui menait à la ruine des concurrents. Le Point, Le Monopoly, à l'origine un jeu anticapitaliste ? - Le Point
  • Une thérapeute quakeresse, bien assise dans son bureau coloré, m’a conseillé le véganisme comme traitement contre une dépression brutale. J’ai consulté un psychothérapeute en soins palliatifs pendant de nombreux mois pour apprendre à gérer le décès de ma conjointe. Après ma troisième opération du genou, suite à une infection qui avait presque signé mon arrêt de mort, j’ai passé cinq mois à soigner ma jambe mutilée et douloureuse sur le canapé. La médecine m’a tellement traumatisée que mes amis se sont cotisés pour m’envoyer suivre quelques séances d’EMDR. C’était de l’argent bien dépensé, pour eux comme pour moi. Le Huffington Post, Adultes, ma sœur et moi avons suivi une thérapie qui a sauvé notre relation | Le Huffington Post LIFE

Images d'illustration du mot « quaker »

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Traductions du mot « quaker »

Langue Traduction
Anglais quaker
Espagnol cuáquero
Italien quacchero
Allemand quäker
Chinois 贵格会
Arabe كويكر
Portugais quacre
Russe квакер
Japonais クエーカー
Basque quaker
Corse quaker
Source : Google Translate API

Synonymes de « quaker »

Source : synonymes de quaker sur lebonsynonyme.fr
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