Piété : définition de piété


Piété : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PIÉTÉ, subst. fém.

A. − Vx. Synon. de pitié.Vierge de piété. (Dict. xixeet xxes.).
Mont-de-piété*.
B. −
1. Attachement fervent à Dieu; respect des croyances et des devoirs de la religion. Piété sincère, vive; accès, esprit de piété. La piété s'oppose à la dissipation d'âme, qui est le défaut et la grâce de la nation française (Staël, Corinne, t.2, 1810, p.17).Dans l'expression, il [le Pérugin] était parvenu à rendre la piété, non pas passionnée, il est vrai (...) mais cette piété qui consiste à sentir son âme devant Dieu (Stendhal, Hist. peint. Ital., t.2, 1817, p.399).V. bigotisme ex.2:
1. ... la profonde piété de saint Louis a peu de traits communs avec les inquiétudes de Philippe Auguste, souvent mélangées de quelque superstition craintive et beaucoup plus encore de scepticisme ou de mordante ironie. Faral, Vie temps st Louis, 1942, p.26.
PATHOL. Pierre* de piété.
2. Sentiment de respect pour les dieux, pour les pratiques de leur culte. Je suppose que Rome (...) s'adresse ainsi à votre éternité: «Grand prince, ayez égard à cette vieillesse où ma piété envers les dieux m'a fait parvenir. Libre comme je le suis, je m'en tiendrai toujours à la religion de mes ancêtres (Chateaubr., Martyrs, t.3, 1810, p.7).Les Katchinas sont des semi-divinités qui sont l'objet principal de la piété des Indiens Pueblos du Nouveau-Mexique (Jeux et sports, 1967, p.10):
2. ... la piété du polythéiste hellène était l'adoration des passions, des crimes, des vices de chacun. En sacrifiant, Alexandre et César n'étaient point pieux. L'amant d'Éphestion et la maîtresse de Nicomède pouvaient adorer Jupiter et Ganimède sans se repentir, puisqu'au contraire ils adoraient ainsi ce symbole de leur passion divinisée. Vigny, Journ. poète, 1852, p.1296.
3. P. méton. Expression, manifestation relative à la piété. Piété publique. Je me le disais avec une sorte de satisfaction non pas d'orgueil, mais de charité, en voyant toutes ces jeunes piétés épanouies (Sainte-Beuve, Volupté, t.2, 1834, p.226).L'émotivité est aussi à la source de diverses aberrations religieuses. Toutes les exaltations s'y nourrissent, depuis les délires hystériques collectifs, rituels dans quelques sectes, jusqu'aux fièvres malsaines de certaines piétés (Mounier, Traité caract., 1946, p.740).
4. Par personnification. Au chant VIedu Lutrin, il avait mis ces vers dans la bouche de la Piété qui se plaint à Thémis du relâchement des derniers siècles (Sainte-Beuve, Port-Royal, t.5, 1859, p.344).La Piété antique est le prototype de l'Orante, cette femme debout, les bras levés, qui symbolise à la fois le défunt et la piété (Maillet, Peint. relig., 1934, p.15):
3. De ton toit (...) Regarde s'envoler (...) L'Innocence, la Foi, la Paix, vierges augustes, Et la Piété sainte et le coeur des Lois justes. A. France, Poés., Noces, 1876, p.201.
C. − Sentiments humains alliant l'affection au respect. Piété paternelle, conjugale:
4. Les Anciens donnaient aux vertus domestiques le nom de piété: l'obéissance du fils envers le père, l'amour qu'il portait à sa mère, c'était de la piété, pietas erga parentes; l'attachement du père pour son enfant, la tendresse de la mère, c'était encore de la piété, pietas erga liberos. Tout était divin dans la famille. Sentiment du devoir, affection naturelle, idée religieuse, tout cela se confondait et ne faisait qu'un. Fustel de Coul., Cité antique, 1864, p.119.
En partic.
1. Amour respectueux des enfants pour les parents. L'amour filial, qu'on appelle aussi à juste titre la piété filiale a moins de force que l'amour paternel (Simon, Devoir, 1854, p.181):
5. ... on ne demande point autre chose au petit enfant que de profiter des bonnes choses qui l'entourent, comme lait, air pur, eau du bain. Il croît en masse et en vigueur, et c'est sa manière de dire merci. Telle est la gratitude substantielle, la première en tous, et le modèle de toutes. Le mot gratitude est fait de grâce, et rien n'égale la grâce de l'enfant. Ce qui restera après des années de ce riche amour, on le nommera piété filiale, et ce mot est encore parmi les plus forts. Alain, Propos, 1924, p.593.
2. Respect envers les morts. La piété publique lui composa de royales funérailles, et l'opinion, voulant exprimer la pensée commune, rencontra pour parler de lui des expressions qui venaient du coeur de tous (Lacord., Éloge fun. Drouot, 1847, p.7):
6. ... nous aperçûmes des fosses fraîches, marquées d'une croix de bois grossière que la piété des fossoyeurs improvisés ornait d'un casque, parfois d'une pipe, d'une photo de femme ou d'une fourragère. Ambrière, Gdes vac., 1946, p.32.
3. Attachement à la patrie, à certaines abstractions. Cette piété qui s'attache aux lieux est aussi une portion du noble sentiment qui nous unit à la patrie (Nerval, Bohême gal., 1853, p.215).Au premier étage un musée, entretenu avec piété par la Société des Fils de la Révolution, montre orgueilleusement des meubles d'époque, une antique cheminée ornée de drapeaux confédérés en faisceaux (Morand, New-York, 1930, p.53):
7. La piété envers la patrie dans laquelle nous sommes nés, et avons été nourris, est, comme la piété envers les parents, une vertu qui se rattache à la justice: nous sommes débiteurs à l'égard de notre patrie selon les bienfaits de toute sorte.... Maritain, Primauté spirit., 1927, p.135.
REM.
Pieuseté, subst. fém.,rare, synon. péj.Tu sais que j'ai été élevé avec elle [une religieuse] (...) une pieuseté! Mon enfant! Incroyable (La Varende, Centaure de Dieu, 1938, p.164).
Prononc. et Orth.: [pjete]. Homon. piéter. Ac. 1694 et 1718: pieté; dep. 1740: piété. Étymol. et Hist. 1. Fin du xes. «pitié» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 200: pïeted); 2. 1541 «fervent attachement au service de Dieu, aux devoirs et aux pratiques de la religion» (Calvin, Institution de la religion chrestienne, éd. J.-D. Benoît, l. III, chap.II, 10, p.27); 3. av. 1628 «attachement fait de tendresse et de respect» (Malherbe, trad. de Sénèque, Traité des bienfaits ds OEuvres, éd. L. Lalanne, t.2, p.193). Empr. au lat. pietas (v. pitié), d'abord au sens dér. de «pitié», pris au sens du lat. class. Fréq. abs. littér.: 1634. Fréq. rel. littér.: xixes. a) 3104, b) 2040; xxes.: a) 2311, b) 1816. Bbg. Marchand (H.). Archivum linguisticum. 1939, t.23, pp.95-98. _Wartburg (W. von). Z. rom. Philol. 1942, t.62, p.152.

Piété : définition du Wiktionnaire

Nom commun

piété \pje.te\ féminin

  1. (Religion) Dévotion, attachement aux devoirs et aux pratiques de la religion.
    • La piété est une vertu de femme que les femmes seules se transmettent bien, et la marquise était un enfant du dix-huitième siècle dont les croyances philosophiques furent celles de son père. Elle ne suivait aucune pratique religieuse. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • Je me revois tout chétif, tout mièvre, suivant les cours du catéchisme, où j’arrivais bon premier. Ma piété, mon application épataient le bon curé, […]. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 247)
    • Installée près du lit, […] elle baisait, une à une, des images de piété insérées dans un livre vêtu de drap noir. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
  2. Sentiment humain tels que l’amour pour ses parents, le respect pour les morts, etc.
    • De qui cette lettre ? Pas de sa famille ; une fille ne garde pas, lorsqu’elle est femme, de piété filiale assez forte pour embrasser une lettre de ses parents. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • En retrait pendant les trois ans de deuil national Kim Jong Il allait apparaître comme un parangon de piété filiale — (Philippe Pons, Corée du Nord, un État-guérilla en mutation, éditions Gallimard, avril 2016, page 210)
  3. (Héraldique) Nom donné aux gouttes de sang qui s’écoulent du bec du pélican.
    • D’azur à un pélican contourné avec sa piété, sur son aire, surmonté d’une trangle tréflée de trois pièces, le tout d’argent, qui est de Vivoin → voir illustration « pélican et sa piété »

Forme de verbe

piété \pje.te\

  1. Participe passé masculin singulier de piéter.
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Piété : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PIÉTÉ. n. f.
Dévotion, attachement aux devoirs et aux pratiques de la religion. Piété exemplaire. Piété solide. Piété éclairée. Piété véritable. Fausse piété. Piété apparente. Sentiments de piété. Exercices de piété. Il se dit aussi de Certains sentiments humains tels que l'amour pour ses parents, le respect pour les morts, etc. Piété filiale. Piété conjugale. Ce peuple se distingue par sa piété pour les morts, envers les morts. Mont-de-piété. Voyez MONT-DE-PIÉTÉ.

Piété : définition du Littré (1872-1877)

PIÉTÉ (pi-é-té) s. f.
  • 1Amour et respect pour les choses de la religion. Il n'y avait peut-être homme dans le royaume qui désirât la paix plus qu'il [Turenne] la désirait, quoique son intérêt fût de voir durer la guerre ; et depuis deux ans particulièrement il avait fait de grands progrès dans la piété, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 391, dans POUGENS. On ne peut excuser ses sentiments [de Montaigne] tout païens sur la mort ; car il faut renoncer à toute piété, si on ne veut au moins mourir chrétiennement, Pascal, Pens. XXIV, 24, éd. HAVET. La piété est différente de la superstition ; soutenir la piété jusqu'à la superstition, c'est la détruire, Pascal, ib. XIII, 5. Elle demande le crucifix sur lequel elle avait vu expirer la reine sa belle-mère, comme pour y recueillir les impressions de constance et de piété que cette âme vraiment chrétienne y avait laissées avec ses derniers soupirs, Bossuet, Duch. d'Orl. Ils ont une demi-piété, des sentiments imparfaits de dévotion, Bossuet, Pensées détachées, 5. De toutes les fausses piétés, je prétends qu'il n'en est point de plus indigne que cette piété mercenaire et intéressée, Bourdaloue, 5e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. II, p. 459. C'est la piété qui rectifie les passions, Maintenon, Lettre à Mme du Peron, 25 oct. 1686. La piété, qui n'est qu'une hypocrisie quand elle n'est pas intérieure, Maintenon, Lett. à Mme de la Viefville, 14 janv. 1707. La vraie piété, la solide piété, la droite piété vous donnera tout, Maintenon, ib. 20 juin 1708. C'est un homme d'honneur, de piété profonde, Et qui veut rendre à Dieu ce qu'il a pris au monde, Boileau, Sat. IX. La piété n'est pas l'ouvrage humain du goût et du caprice ; c'est le fruit divin de l'ordre et de la règle, Massillon, Confér. Zèle des ministres.
  • 2Votre Piété, titre que prirent les empereurs grecs et les rois mérovingiens.
  • 3Les poëtes l'ont quelquefois personnifiée. La Piété sincère, aux Alpes retirée, Du fond de son désert entend les tristes cris De ses sujets cachés dans les murs de Paris, Boileau, Lutr. VI.
  • 4Amour pour ses parents, respect pour les morts, etc. Piété filiale. Il [le duc d'Enghien] voit son père renversé dans un fossé ; pendant qu'il lui offre son cheval… il est blessé entre les bras d'un père si tendre, sans interrompre ses soins, ravi de satisfaire à la fois à la piété et à la gloire, Bossuet, Louis de Bourbon. Je plains mille vertus, une amour mutuelle, Sa piété pour moi, ma tendresse pour elle, Racine, Iphig. I, 1.
  • 5 Terme de blason. Piété, un pélican s'ouvrant le sein sur ses petits, pour les nourrir de son sang.
  • 6Anciennement dit pour pitié. Touché de piété la prend et la relève, Régnier, Épît. I.
  • 7Mont-de-piété, voy. MONT.

HISTORIQUE

XIIIe s. Pitiez est une vertus qui nos fait amer et servir diligemment Deu et nos parens et nos amis et nostre païs, Latini, Trésor, p. 423.

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Piété : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PIÉTÉ, DÉVOTION, RELIGION, (Synon.) le mot de religion dans un sens, en tant qu’il marque une disposition de cœur à l’égard de nos devoirs envers Dieu, est seulement synonyme avec les deux autres mots ; la piété fait qu’on s’en acquitte avec plus de respect & plus de zèle ; la dévotion y porte un extérieur plus composé.

C’est assez pour une personne du monde d’avoir de la religion ; la piété convient aux personnes qui se piquent de vertu ; la dévotion est le partage des gens entierement retirés.

La religion est plus dans le cœur qu’elle ne paroît au-dehors. La piété est dans le cœur, & paroît au dehors. La dévotion paroît quelquefois au-dehors sans être dans le cœur. Girard.

Piété, promesse faite à la, (Théologie.) S. Paul dit en termes exprès I. Thimoth. iv. 8. « que la piété a les promesses de la vie présente, comme de celle qui est à venir » : Pour avoir des justes idées de ce que cet apôtre a voulu dire, il convient de 1. déterminer quelles sont les promesses dont il parle. 2. concilier son assertion avec l’expérience.

I. Sur le premier article, il faut observer d’abord qu’il s’agit de promesses proprement dites, de déclarations formelles émanées de Dieu. Le tour des expressions de S. Paul ne permet guere d’en douter. Il parle des promesses de la vie à venir, & l’on ne peut contester qu’il n’entende pas là l’engagement que Dieu a pris par des promesses expresses de rendre les gens de bien heureux dans la vie à venir. On doit par les promesses de la vie présente, entendre aussi des déclarations précises en forme d’engagement, qui regardent la vie présente, & qui promettent des avantages dans l’économie du tems.

Ce n’est pas tout-à-fait prouver la thèse de S. Paul, que de faire valoir les avantages que la piété est capable de procurer, à la considerer en elle-même & dans sa nature ; il semble que l’apôtre parle encore de promesses temporelles, différentes même des biens de la grace. Seroit-il ici question de tout ce qui peut rendre l’homme heureux dans ce monde ? mais l’expérience démentiroit la décision de S. Paul, à la prendre en ce sens. On pourroit dire, pour mieux expliquer les paroles de l’apôtre, qu’il portoit ses vues : 1°. Sur les promesses faites à la piété dans l’ancien Testament, non sur toutes, mais sur celles qui regardent les fideles, en tant que tels en particulier. 2°. Sur les promesses faites dans l’évangile, par lesquelles celles de l’ancienne économie ont été confirmées.

Il ne s’agit pas, dans ces promesses, de grandeurs, de richesses, & d’autres biens de cet ordre ; c’est ce que Dieu n’a promis ni sous la loi, ni sous l’Evangile. Les promesses dont il s’agit sont celles par lesquelles Dieu se propose de protéger les fideles, de pourvoir à leurs besoins, & de les soutenir dans les traverses de la vie. C’est ce que S. Paul indique lui-même dans le v. 10. où il dit que Dieu est le conservateur de tous les hommes, mais principalement des fideles. Ce qui prouve encore que sa pensée ne porte que sur cette protection spéciale, sur laquelle les gens de bien peuvent compter, c’est qu’on voit regner le même principe en d’autres endroits de ses écrits. Philipp. c. iv. v. 6. « Ne soyez en inquiétude de rien ; mais en toutes choses, présentez à Dieu vos demandes par des prieres & des supplications, avec action de grace. Hebr. c. xiij. v. 5. 6. Que vos mœurs soient sans avarice, étant contens de ce que vous possédez présentement ; car Dieu lui-même a dit : je ne te délaisserai point, & ne t’abandonnerai point : tellement que nous pouvons dire avec assurance : le seigneur est mon aide, ainsi je ne craindrai point ce que l’homme me pourroit faire ». Il est évident que dans ce dernier passage S. Paul veut que les chrétiens envisagent les promesses de l’ancien Testament, qu’il cite comme des promesses qui le regardent directement. Le Sauveur lui-même (S. Matth. c. vj. v. 25. 34.) veut que ses disciples n’attendent de Dieu que sa protection, & les choses nécessaires à leur entretien ; il ne leur promet rien au-delà.

Quand donc S. Paul dit que la piété a les promesses de la vie présente, il entend par-là que Dieu a promis sa benédiction sur les besoins essentiels des fideles, & sur les soins légitimes qu’ils prendront pour subsister, outre qu’il leur accordera le don d’être contens dans les differentes situations où ils pourront se trouver.

Qu’on n’objecte donc plus qu’on voit communément des gens de bien malheureux ; le bonheur ne consiste point dans la possession des grandeurs, des richesses, & de la prospérité extérieure ; ce n’est pas ce que Dieu a promis aux fideles ; ainsi il ne manque pas à ses promesses, en ne leur accordant point ces sortes d’avantages ; cette prospérité extérieure est souvent fort trompeuse, & n’est rien moins que durable ; mais l’homme de bien est protégé de Dieu, à proportion du besoin qu’il a de son secours ; la confiance qu’il a dans l’Etre suprême, & la paix intérieure dont il jouit, le consolent dans les traverses qu’il éprouve, & c’est en cela que la piété a les promesses de la vie présente. Cette piété ne met point obstacle à la prospérité temporelle du fidele, & si elle lui nuit dans certain cas aux yeux des hommes, ces cas entrent dans la classe ordinaire des événemens dont Dieu n’a pas promis de changer le cours. (D. J.)

Piété, (Philosophie payenne.) quoiqu’Aristote ait rapporté le culte de la divinité à la seule magnificence des temples, & que la religion ne soit entrée pour rien dans son système de morale ; il paroît que plusieurs autres sages ont fait consister la piété dans les sentimens intérieurs, & non pas dans les actes extérieurs de la dévotion ; je n’en citerai pour preuve que ce beau passage de Cicéron, tiré de son livre de la nature des dieux, liv. II. ch. xxviij. Cultus autem deorum est optimus, idemque castissimus, atque sanctissimus, plenissimusque pietatis, eos semper purâ integrâ, incorruptâ, & voce, & mente, veneremur. Non enim philosophi solum, verùm etiam majores nostri, superstitionem à religione separaverunt. « La meilleure maniere de servir les dieux, le culte le plus pur, le plus saint, le plus pieux, c’est de les honorer toujours avec des sentimens & des discours purs, sinceres, droits & incorruptibles : ce ne sont pas seulement les Philosophes qui ont distingué la piété d’avec la superstition ; nos ancêtres ont aussi connu cette difference ». Séneque, Epictete, & quelques autres sages, ont tenu les mêmes discours. (D. J.)

Piété, (Mythol. Littérat. Monumens, Médailles.) cette vertu, que les Grecs appelloient Eusebie, fut déifiée par les anciens, qui l’honorerent comme déesse. Stace l’invoque dans une de ses pieces :

Summa Deum pietas, &c.


Nous voyons souvent son image sur les monumens de l’antiquité. Ils entendoient par la piété non-seulement la dévotion des hommes envers les dieux, & le respect des enfans pour leurs peres, mais aussi certaines actions pieuses des hommes envers leurs semblables. Il est peu de gens qui n’affectent cette bonne qualité, lors même qu’ils ne l’ont pas. Tous les empereurs se faisoient appeller pieux, les plus impies & les plus cruels comme les autres.

La Piété étoit représentée comme une femme assise, ayant la tête couverte d’un grand voile, tenant de la main droite un timon, & de la main gauche une corne d’abondance. Elle avoit devant ses piés une cigogne, qui est le symbole de la Piété, à cause du grand amour de cet oiseau pour ses petits. C’est pour cela que Pétrone appelle la cigogne Pietatis cultrix amatrice de la Piété. La Piété est quelquefois désignée sur des médailles par d’autres symboles, tantôt par un temple, ou par les instrumens des sacrifices ; tantôt par deux femmes qui se donnent la main sur un autel flamboyant.

Il ne faut pas oublier ici le temple bâti dans Rome à la Piété par Acilius, en mémoire de cette belle action d’une fille envers sa mere. Voici comme Valere-Maxime raconte la chose. Une femme de condition libre, convaincue d’un crime capital, avoit été condamnée par le préteur, & livrée à un triumvir pour être exécutée dans la prison. Celui-ci n’osant poser ses mains sur cette criminelle, qui lui paroissoit digne de compassion, résolut de la laisser mourir de faim, sans autre supplice. Il permit même à une fille qu’elle avoit d’entrer dans la prison ; mais avec cette précaution, qu’il la faisoit fouiller exactement, de peur qu’elle ne portât à sa mere de quoi vivre. Plusieurs jours se passent, & la femme est toujours en vie : le triumvir étonné observa la fille, & découvrit qu’elle donnoit à teter à sa mere. Il alla aussi-tôt rendre compte au préteur d’une chose si extraordinaire : le préteur en fit son rapport aux juges, qui firent grace à la criminelle. Il fut même ordonné que la prison seroit changée en un temple consacré à la Piété, selon Pline, & les deux femmes furent nourries aux dépens du public. Les Peintres ont suivi cette tradition dans les tableaux où ils ont représenté cette histoire, qu’on appelle communément des charités romaines.

Festus, & quelques autres historiens, mettent un pere au lieu d’une mere dans l’anecdote qu’on vient de lire ; mais cette circonstance ne change rien au fait. Ce temple-ci étoit dans le marché aux herbes : Pline parle d’un autre temple consacré à la Piété, & situé dans le neuvieme quartier près du théâtre de Marcellus. Nardini doute si ces deux temples ne sont pas le même. Ce qui est certain, c’est qu’elle avoit divers temples & statues dans les provinces.

Nous avons dans Boissard une statue de femme vétue de la stole, coëffée en cheveux, à la maniere de Matidie. Elle est de bout ; sa main droite est appliquée sur sa poitrine. De la gauche elle tient un pan de sa robe. Devant elle est un autel sur lequel est une préféricule & une patere. Au bas sont gravés ces deux mots, Pietati Augustæ.

Elle est aussi quelquefois représentée sous la figure d’une femme nue, tenant un oiseau dans sa main.

Dans les Miscellanès de Spon se trouve une inscription à la Piété d’Hadrien. Il y en a quatre autres dans Grutter. (D. J.)

Piété, s. f. (Ornithol.) en latin phalaris. Cet oiseau est fort commun dans le Soissonnois & le Beauvoisis ; il est plus grand qu’une cercelle, & moindre qu’un morillon : il y en a quelquefois de toutes blanches, & d’autres qui ont du noir dans le champ de leur pennage ; mais leur couleur la plus commune, est d’avoir le dessous de la gorge & du ventre tout blanc, & le dessus du corps noir ; les aîles comme celles d’une pie ; les piés & la queue comme celle du morillon ; son bec est rond, & n’est point vouté par-dessus ; mais il est dentelé par les bords ; elle a une hupe à l’endroit où lui commence le cou sur le derriere de la nuque. (D. J.)

Piété, s. f. (Blason.) On se sert de ce terme dans le blason, pour signifier les petits d’un pélican, qui s’ouvre le sein pour les nourrir de son sang. Les le Camus de Paris, originaires de Poitou, portent dans leurs armes un pélican avec sa piété, le tout de gueule. Ménétrier. (D. J.)

Piété, monts de, Voyez l’article Monts de piété.

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Étymologie de « piété »

Étymologie de piété - Wiktionnaire

(Vers 980) pietad (« pitié »). Du latin pietas, désignant le sentiment dû aux dieux et aux parents et dérivé de pius, pieux au sens religieux ou profane.
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Étymologie de piété - Littré

Provenç. pietat, piatat, pitat, pidat ; catal. pietat ; espagn. piedad ; portug. peidade ; it. pietà ; du lat. pietatem (de pius, voy. PIE, adj.), qui a donné pieté et pitié, double sens qui ne s'est distingué que tardivement en ces deux formes.

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Phonétique du mot « piété »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
piété piete play_arrow

Citations contenant le mot « piété »

  • Par conséquence, le seul critère de différenciation entre les Hommes est le comportement et, sur le plan religieux, la piété. Opinion Internationale, Anouar Kbibech, Président du RMF (Rassemblement des Musulmans de France), ex-Président du CFCM : « L’ère de l’antiracisme : les musulmans sont-ils concernés ? » - Opinion Internationale
  • Pour l’heure exclus des aides renforcées du plan tourisme, les magasins de souvenirs et commerces d’objets de piété peinent à tenir bon alors que les élus se battent pour qu’ils soient incorporés dans les aides à venir. nrpyrenees.fr, Les commerces du bas de la ville privés d’une aide vitale - nrpyrenees.fr
  • Les magasins sont ouverts mais le cœur n’y est pas. Dans le bas de la ville, dans les rues voisines du Sanctuaire, les commerces d’objets de piété reprennent doucement leur activité bien que les pèlerins des groupes organisés soient absents. Pour eux, la difficulté est double. "Normalement, nous avons les pèlerinages organisés qui sont l’essentielle de notre clientèle, détaille l’un des gérants d’un commerce situé devant la porte Saint-Joseph. C’est un peu notre gâteau et les quelques touristes et pèlerins individuels sont la cerise sur ce gâteau. Cette année, nous n’avons que la cerise." Résultat, le chiffre d’affaires des boutiques ne dépasse pas les 10 à 20% d’une année normale. "Au lieu d’employer une trentaine de personnes pour l’été, nous tournons à quatre", souffle un autre gérant. ladepeche.fr, Lourdes : les commerces du bas de la ville privés d’une aide vitale - ladepeche.fr
  • Ponctuation sur les chemins de randonnée ou les itinéraires vicinaux, les oratoires constituent un emblème du petit patrimoine religieux local, le témoignage historique d’une piété religieuse et une signature de ce territoire de l’Avesnois. La Voix du Nord, Au fil des chemins de rando, les oratoires de l’Avesnois et leur architecture originale
  • Je n’ai qu’une seule hâte : que tout revienne à la normale et que l’on ait plus de latitude. Un sanctuaire, ça fonctionne avec des groupes. Or, là, on ne peut pas les accueillir. Je ne suis pas inquiet pour l’été, nous préparons un accueil particulier. 80 % des gens qui viennent ici sont des touristes, nous voulons les aider à découvrir l’aspect spirituel du Mont. Nous aurons des séminaristes, des bénévoles, des scouts. Avec sainte Odile, nous pouvons parler du baptême, de la miséricorde. Nous aurons des moments axés sur la piété populaire : des chemins de croix, des veillées, une procession aux flambeaux, etc. On essaie de capter des gens qui ne vont pas forcément à la messe, en faisant quelque chose de simple. , Père Christophe Schwalbach : « Des moments de piété populaire » - Pèlerinages et rassemblements - Église - famillechretienne.fr
  • Le mal n'est pas à notre porte, il rôde en chacun de nous, parfois habilement déguisé par l'idéalisme et la piété religieuse. De Amos Oz / Les Deux Morts de ma grand-mère
  • Dans culture il y a culte et toute culture est une manière de piété. L’esprit humain se forme à accepter, non à décider si une oeuvre est belle mais à réfléchir sur une oeuvre belle. De Alain / Préliminaires à la mythologie
  • La piété est tout aussi aveugle que l'amour et les autres passions. De Pierre Karch / Jeux de patience
  • La connaissance de l'histoire est le premier aliment de la vertu de piété. De Félix-Antoine Savard / Le Barachois
  • La piété est le tout de l'homme. Jacques Bénigne Bossuet, Oraison funèbre de Louis de Bourbon, prince de Condé

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Traductions du mot « piété »

Langue Traduction
Corse devozione
Basque debozio
Japonais 献身
Russe преданность
Portugais devoção
Arabe الإخلاص
Chinois 奉献
Allemand hingabe
Italien devozione
Espagnol devoción
Anglais devotion
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Synonymes de « piété »

Source : synonymes de piété sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « piété »



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