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Nourrice

Définitions du mot « nourrice »

Trésor de la Langue Française informatisé

NOURRICE, subst. fém.

I. − Femme qui nourrit un enfant.
A. − Femme qui nourrit un enfant de son lait. Être bonne nourrice; placer un enfant en nourrice; être en nourrice; nourrice au sein. Combien j'ai eu de peine à y déterminer mon Adèle, qui se faisait une si grande joie des fatigues de l'allaitement. (...) elle a donc sacrifié courageusement à l'intérêt de son fils son droit de mère, et nous avons mis l'enfant en nourrice (Hugo, Corresp., 1823, p.373).Ne dites pas Cet enfant a fait quatre nourrices. Dites Cet enfant a têté de quatre laits (Pomier, Loc. vicieuses Hte-Loire, 1835, p.87).L'enfant ne suffisait pas à remplir sa vie. Elle n'avait pu l'allaiter; le petit dépérissait. Il avait fallu prendre une nourrice (Rolland, J.-Chr., Amies, 1910, p.1208):
. ... l'enfant a déjà des goûts, des penchans, des désirs; il emploie tous ses faibles moyens pour les manifester et les satisfaire. Il cherche le sein de sa nourrice; il le presse de ses mains débiles, pour en exprimer le fluide nourricier... Cabanis, Rapp. phys. et mor., t.1, 1808, p.103.
Vx. Nourrice sur lieu(x). Femme qui nourrit l'enfant d'une autre à domicile. Elle emporte presque toujours avec elle un nourrisson (...) l'enfant de quelque ménage qui n'est pas assez riche pour payer une nourrice sur lieux (Zola, Fécondité, 1899, p.134).
Mois de nourrice. Mois pendant lesquels un enfant se trouve en nourrice. P. méton. Montant de la rétribution. J'avais une petite fille... Je ne sais plus... J'ai oublié de payer les mois de nourrice, et on me l'a prise (Zola, M. Férat, 1868, p.213).P. plaisant. Vingt-six ans?... Sans compter les mois de nourrice, sans doute?... Vous paraissez bien plus vieille... Ce n'est pas la peine de me tromper (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p.295).
En nourrice. Dans son plus jeune âge. On a senti d'abord combien cette éducation (...) fait contraste avec ce que nous savons de Montaigne, qui apprend le latin en nourrice (Sainte-Beuve, Port-Royal, t.2, 1842, p.456).
Loc. verb.
Changer un enfant en nourrice. Substituer à un enfant qui est en nourrice un autre enfant. Mais tu es fou? On m'a changé mon enfant en nourrice (Balzac, Illus. perdues, 1837, p.128).
Battre sa nourrice, mordre le sein de sa nourrice. Montrer de l'ingratitude à celle qui vous nourrit, vous a nourri et à qui l'on doit beaucoup. (Dict. xixeet xxes.).
Avoir des seins, un embonpoint de nourrice. Cette fille, douée d'un embonpoint de nourrice, semblait près de faire éclater la cotonnade dont elle entourait son corsage (Balzac, Cous. Bette, 1846, p.418).
P. métaph. Ce qui élève, ce qui forme. La Révolution, qui était la nourrice de Napoléon, ne tarda pas à lui apparaître comme une ennemie (Chateaubr., Mém., t.2, 1848, p.647).L'astrologie fut la nourrice de l'astronomie (Alain, Propos, 1922, p.376).
B. −
1. Femme qui, moyennant salaire, assure l'entretien et la garde d'un enfant. Nourrice sèche, agréée; mettre en nourrice. On n'abandonne guère un gosse de deux ans. On le met à la crèche; on lui donne une nourrice provisoire et on le met en observation (Barrès, Cahiers, t.9, 1911, p.183).Les conférences des nurses et des nourrices sur les pelouses de la Muette autour des voitures d'enfant en cercle comme des chariots de nomades (Nizan, Conspir., 1938, p.14).
Épingle* à nourrice.
Femme qui a été la nourrice de quelqu'un. (Dict. xixeet xxes.). Respecter sa vieille nourrice.
THÉÂTRE. (Dans le théâtre antique et classique) Personnage qui joue un rôle de nourrice et de confidente. Ce ne sont point des tragédies romantiques; l'ombre infernale qui débute par un monologue, la nourrice qui sert de confidente (...), le disent suffisamment (Sainte-Beuve, Tabl. poés. fr., 1828, p.248).
2. P. anal. Femelle qui allaite ses petits. (Dict. xixeet xxes.).
ZOOL. ,,Ouvrières des fourmis ou des abeilles qui soignent les oeufs, les larves et les nymphes`` (Séguy 1967).
II.
A. − TECHNOL. Réservoir muni de raccords, qui se trouve à l'intersection de plusieurs conduites. (Dict. xxes.).
B. − AUTOMOB. Réservoir portable. Nourrice d'essence. P. anal. Bidon. Une nourrice de vingt litres d'eau.
Prononc. et Orth.: [nuʀis]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. a) Ca 1140 «femme qui allaite un enfant» nurrice (Geffrei Gaimar, L'Estoire des Engleis, éd. A. Bell, 624); 1283 metre enfant a nourice (Philippe de Beaumanoir, Coutume de Beauvaisis, 63, 1813, éd. Am. Salmon, II, 418); 1485 mére nourrisse (Mistère Viel Testament, XXVII, 22954, III, 251 ds IGLF); 1675, 27 nov. enfant changé en nourrice «enfant auquel on a substitué un autre enfant pendant qu'il était en nourrice» (Mmede Sévigné, Lettres, éd. La Pléiade, II, 173); 1689 loc. fig. battre sa nourrice (La Bruyère, Les Ouvrages de l'Esprit, éd. G.Servois, t.2, p.29); 1876, 12 janv. nourrice sèche (Journal Officiel, p.335, 1recol. ds Littré Suppl.); b) 1578 «femme qui a été la nourrice de quelqu'un» (J. Grévin, César, p.31 ds IGLF); 1762 «rôle de nourrice au théâtre» (J.-J. Rousseau, Emile ou De L'Education); 2. p. métaph. 1485 «ce qui nourrit» (Mistère Viel Testament, IV, 2123, I, 83 ds IGLF: Vostre enseignement est propice Pour oster le danger d'envye Qui de tous pechez est nourrisse); 3. 1558 «en parlant des animaux, femelle qui allaite ses petits» (Du Bellay, Les Regrets, 9, 3, éd. J. Joliffre, p.66); 4. 1845 apic. (Besch.). II. Technol. 1. 1765 «pompe aspirante dans une construction hydraulique» (Encyclop. t.8, p.361a); 2. 1868 «dans les marais salants, bassin où l'on conserve l'eau de mer» (Enquête sur les sels, t.I, p.510 ds Littré Add. 1872); 3. 1903 «cylindre muni d'un certain nombre de raccords et placé là où une conduite d'eau bifurque en plusieurs directions» (Nouv. Lar. ill.); 4. 1941 «bidon» (Morand, L'Homme pressé, I, II ds Rob.). Du lat. tardif nutricia, fém. de nutricius «qui nourrit, élève», dér. de nutrix «nourrice». Fréq. abs. littér.: 1161. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1549, b) 2738; xxes.: a) 1809, b) 1059. Bbg. Meyer-Lübke (W.). Wortgeschichtliches. Z. fr. Spr. Lit. 1917, t.44, p.106.

Wiktionnaire

Nom commun

nourrice \nu.ʁis\ féminin

  1. (Puériculture) Femme qui allaite l’enfant d’une autre.
    • La nourrice (c’en était une) tira du panier un jeune chien café au lait, s’assit dans un coin, et donna fort gravement à téter à ce nourrisson d’un nouveau genre. C’était une pasiega qui se rendait à Madrid pour être nourrice sur place, et qui craignait de voir son lait se tarir. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpentier, 1859)
    • Mounira était malade depuis quelques jours. Elle devait renoncer à nourrir son bébé. Gasbieha demandait anxieusement à son amie d'enfance de chercher une nourrice. — (Out-el-Kouloub, Zaheira, dans "Trois contes de l'Amour et de la Mort", 1940)
    • Il s’indigne qu’une fille pauvre choisisse de se faire couvrir par un amant de passage, souvent de connivence avec sa propre mère, dans l’espoir de coiffer dans dix ou onze mois le bonnet enrubanné des nourrices et de trouver chez des riches une bonne place qu’elle gardera peut-être des années, si, plus tard, de nourrice elle est promue bonne d’enfants. — (Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux, 1974, collection Folio, page 35)
  2. (Par extension) (Puériculture) Mère qui allaite son propre enfant.
    • Dans son numéro du 15 janvier 1899, le journal bimensuel parisien le Correspondant médical tirait la sonnette d’alarme en disant : « L'enfant boit ! […]. Les nourrices donnent du vin à leurs nourrissons et s’ébaudissent de leur exubérante gaîté. » — (Alberto Toscano, Critique amoureuse des Français, Fayard/Hachette littérature, 2009)
  3. Personne ou chose qui entretient, alimente.
    • Mon père n'avait eu pour famille que la nourrice qui l'avait recueilli. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 18)
  4. (Tous domaines) Bidon à poignée utilisé pour la manutention et la distribution de liquides.
  5. (Électrotechnique) Boitier comportant plusieurs prises de courant alimentées par un câble unique muni d’une fiche.
  6. (Argot policier) Personne qui cache de la drogue chez elle en contrepartie d’une rémunération.
    • À charge pour eux de recruter les transporteurs, les vendeurs et ces fameuses nourrices, terme désignant l’appartement ou la personne chez qui la drogue est cachée pour éloigner les soupçons. — (site yanndarc.com)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

NOURRICE. n. f.
Mère qui allaite son enfant. Elle a été la nourrice de tous ses enfants. Il se dit aussi d'une Femme qui allaite l'enfant d'une autre. Le médecin a recommandé une nourrice pour cet enfant. Mettre un enfant en nourrice, Le donner à une nourrice hors de chez soi. Retirer un enfant de nourrice, Le retirer de chez la nourrice. Cet enfant a été changé en nourrice, La nourrice l'a substitué à celui qu'elle avait reçu des parents. Prov., Il faut qu'il ait été changé en nourrice. Voyez CHANGER. Les mois de nourrice, Le temps qu'un enfant est resté en nourrice. Il se dit, familièrement et par plaisanterie, en parlant des Personnes qui veulent se rajeunir. Cette femme se donne vingt-cinq ans, mais elle ne compte pas les mois de nourrice. Fig., Battre sa nourrice, Attaquer les personnes ou les choses auxquelles on est redevable de son éducation, de sa fortune. Les écrivains modernes qui attaquent les anciens sont des enfants qui battent leur nourrice.

Littré (1872-1877)

NOURRICE (nou-ri-s') s. f.
  • 1Femme qui allaite l'enfant d'une autre. Je ne sais qui fut ta nourrice ; Mais ton corps me paraît en merveilleux état, La Fontaine, Fabl. II, 16. C'est une fille de ma mère nourrice que j'ai mise à la chambre, et elle est toute neuve encore, Molière, Comtesse, I, 4. Je trouve par hasard une femme de Sucy qui me dit qu'elle connaissait une nourrice admirable, Sévigné, Lett. du 8 avril 1671. Je ne vois que trois nourrices dont il soit parlé dans l'Écriture, celle de Rébecca, celle de Niphiboset, et celle de Joas, roi de Juda, Fleury, Mœurs des Israél. tit. XIV, 2e part. p. 168, dans POUGENS. Des mères qui… ont laissé le soin de la première enfance de leurs filles à des nourrices étrangères, Voltaire, Dial. 12. Ah ! ma pauvre nourrice, vous qui avez eu tant de soin de mon enfance, qui m'avez mieux aimé que vos propres enfants, vous avec qui j'ai passé vingt-cinq années les plus douces de ma vie, D'Alembert, Aux mânes de Mlle de l'Espinasse.

    Mettre un enfant en nourrice, le donner à une nourrice hors de chez soi.

    Retirer un enfant de nourrice, le retirer de chez la nourrice.

    Changer un enfant en nourrice, substituer un autre enfant en place de celui qui a été remis à la nourrice. Y a-t-il au monde un honnête homme qui n'eût horreur de changer l'enfant d'un autre en nourrice ? Rousseau, Hél. III, 18.

    Un enfant a été changé en nourrice, la nourrice l'a substitué à celui qu'elle avait reçu des parents.

    Son enfant a été changé en nourrice, la nourrice a remplacé l'enfant de cette mère par un enfant étranger.

    Fig. Il faut qu'il ait été changé en nourrice, se dit d'un enfant qui ne ressemble point à ses parents pour les traits, pour le caractère.

    On dit dans le sens opposé : il n'a pas été changé en nourrice. Il y a ici une petite Mme de N***, qui n'y entend pas tant de finesse ; elle est belle et jeune ; elle est de la maison de M*** et n'a point été changée en nourrice, Sévigné, 27 nov. 1675.

    Mois de nourrice, le temps pendant lequel un enfant est en nourrice, et qui se compte par mois, parce que c'est par mois que la nourriture se paye ordinairement. Cette expression est surtout employée par moquerie quand une personne veut se rajeunir : J'ai vingt-deux ans à peine…- Sans compter les mois de nourrice.

    Fig. Battre sa nourrice, attaquer les choses ou les personnes auxquelles on est redevable de son éducation, de sa fortune. Quand l'on est auteur, et que l'on croit marcher tout seul, on s'élève contre eux [les anciens], on les maltraite, semblable à ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé, qui battent leur nourrice, La Bruyère, I. Dans une critique qu'on a faite à Londres du discours de M. de Fontenelle, on a osé avancer que Descartes n'était pas un grand géomètre ; ceux qui parlent ainsi peuvent se reprocher de battre leur nourrice, Voltaire, Dict. phil. Newton et Descartes.

    On dit dans le même sens : mordre le sein de sa nourrice. Il [le prince d'Orange] a montré de bonne heure ce qu'il savait faire, il a mordu le sein de sa nourrice : elle en est morte, la pauvre femme ; je m'entends, il suffit, La Bruyère, XII.

  • 2Nourrice sur lieu, femme qui allaite un enfant dans la maison de la mère.
  • 3Mère qui allaite son propre enfant. Malheur à celles qui sont enceintes ou nourrices en ce temps-là [lors de la désolation de Jérusalem] ! Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 9. Comme la véritable nourrice est la mère, le véritable précepteur est le père ; qu'ils s'accordent dans l'ordre de leurs fonctions ainsi que dans leur système, Rousseau, Ém. I.
  • 4 Fig. Ce qui entretient, alimente. La mémoire est la nourrice du génie ; pour peindre le malheur, il n'est pas besoin d'être malheureux, mais il est bon de l'avoir été, Marmontel, Élém. litt. Œuvr. t. VII, p. 116, dans POUGENS.

    Il se dit d'une province qui fournit à une ou plusieurs villes de quoi se nourrir. La Normandie est la nourrice de Paris.

  • 5 Fig. Ce qui, dans certaines professions, procure le plus de gain (sens qui vieillit). Les maladies chroniques sont les nourrices des médecins.
  • 6Jument qui allaite.

    Se dit des abeilles qui ont pour emploi de soigner les œufs et les larves.

HISTORIQUE

XIIe s. Terre norrice, par tanz, De chevaliers pruz e vaillanz, Benoit de Sainte-Maure, I, v. 1073. E sa nurrice prist l'enfand, si s'en fuid, Rois, p. 135. Une norisse [il] a demandée Por l'enfant norir, e louée, Grégoire le Grand, p. 39. Roy voudrent [ils voulurent] faire, sy doubterent, Le quel des vallez [jeunes enfants] roy feroient ; Petit erent [ils étaient petits], et poy savoient, Encore estoient à nourrice, Brut, ms. f° 50, dans LACURNE.

XIIIe s. Nourrices poi curieuses [soigneuses] ont mis maint enfant à mort, Beaumanoir, LXIX, 5. Il li avoit convent [fait promesse] qu'il metroit l'enfant à norrice et en bon liu, Beaumanoir, LXIII, 7.

XVe s. Et luy sembloit que le connestable estoit cause et vraye nourrice de ceste guerre, Commines, III, 11. Sachez que l'on dist que amour de mere est plus grande que amour de nourrice, Perceforest, t. III, f° 130.

XVIe s. Par la louange nourrice de vertu, sont les cueurs nobles aiguillonnez et resveillez, Du Bellay, M. Prolog. Si vous estiez mort en nourrice, Montaigne, I, 87. Cette communication, nourrice de l'amitié, Montaigne, I, 240. De grosses nourrices aulcunes fois moins de lait, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 177. Les nourrices peuvent bien dormir, les enfants s'esbatent, Leroux de Lincy, ib. p. 333. Un en bon point de nourrice, Cotgrave Peut-estre vous feroit on accroire que vous avez depucelé une nourrice, Cholières, f° 94, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

NOURRICE. Ajoutez :
7 Nourrice sèche, nourrice qui n'a point de lait, et qui élève les enfants au biberon et en leur donnant à manger, Journ. offic. 12 janv. 1876, p. 335, 1re col.
8 Terme de zoologie. Nom, dans la génération alternante, de l'individu qui, né d'un parent, ne lui ressemble pas, mais est destiné à produire par génération agame une progéniture semblable au premier parent et à mourir sans prendre les caractères de ce dernier.
9 Compartiment qui termine la série des chauffoirs, Enquête sur les sels, 1868, t. I, p. 510.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

NOURRICE, s. f. (Medec.) femme qui donne à teter à un enfant, & qui a soin de l’élever dans ses premieres années.

Les conditions nécessaires à une bonne nourrice se tirent ordinairement de son âge, du tems qu’elle est accouchée, de la constitution de son corps, particulierement de ses mamelles, de la nature de son lait, & enfin de ses mœurs.

L’âge le plus convenable d’une nourrice est depuis vingt à vingt-cinq ans jusqu’à trente-cinq à quarante. Pour le tems dans lequel elle est accouchée, on doit préferer un lait nouveau de quinze ou vingt jours à celui de trois ou de quatre mois. La bonne constitution de son corps est une chose des plus essentielles. Il faut nécessairement qu’elle soit saine, d’une santé ferme & d’un bon tempéramment ; ni trop grasse, ni trop maigre. Ses mamelles doivent être entieres, sans cicatrices, médiocrement fermes & charnues, assez amples pour contenir une suffisante quantité de lait, sans être néanmoins grosses avec excès. Les bouts des mamelles ne doivent point être trop gros, durs, calleux, enfoncés ; il faut au contraire qu’ils soient un peu élevés, de grosseur & fermeté médiocre, bien percés de plusieurs trous afin que l’enfant n’ait point trop de peine en les suçant & les pressant avec sa bouche. Son lait ne doit être ni trop aqueux, ni trop épais, s’épanchant doucement à proportion qu’on incline la main, laissant la place d’où il s’écoule un peu teinte. Il doit être très-blanc de couleur, de saveur douce & sucrée, sans aucun goût étrange à celui du lait. Enfin, outre les mœurs requises dans la nourrice, il faut qu’elle soit vigilante, sage, prudente, douce, joyeuse, gaie, sobre, & modérée dans son penchant à l’amour.

La nourrice qui aura toutes ou la plus grande partie des conditions dont nous venons de parler, sera très-capable de donner une excellente nourriture à l’enfant qui lui sera confié. Il est sur-tout important qu’elle soit exempte de toutes tristes maladies qui peuvent se communiquer à l’enfant. On ne voit que trop d’exemples de la communication de ces maladies de la nourrice à l’enfant. On a vu des villages entiers infectés du virus vénérien que quelques nourrices malades avoient communiqué en donnant à d’autres femmes leurs enfans à alaiter.

Si les meres nourrissoient leurs enfans, il y a apparence qu’ils en seroient plus forts & plus vigoureux : le lait de leur mere doit leur convenir mieux que le lait d’une autre femme ; car le fœtus se nourrit dans la matrice d’une liqueur laiteuse, qui est fort semblable au lait qui se forme dans les mamelles : l’enfant est donc déja, pour ainsi dire, accoutumé au lait de sa mere, au lieu que le lait d’une autre nourrice est une nourriture nouvelle pour lui, & qui est quelquefois assez différente de la premiere pour qu’il ne puisse pas s’y accoutumer ; car on voit des enfans qui ne peuvent s’accommoder du lait de certaines femmes, ils maigrissent, ils deviennent languissans & malades : dès qu’on s’en apperçoit, il faut prendre une autre nourrice. Si l’on n’a pas cette attention, ils périssent en fort peu de tems.

Indépendamment du rapport ordinaire du tempérament de l’enfant à celui de la mere, celle-ci est bien plus propre à prendre un tendre soin de son enfant, qu’une femme empruntée qui n’est animée que par la récompense d’un loyer mercenaire, souvent fort modique. Concluons que la mere d’un enfant, quoique moins bonne nourrice, est encore préférable à une étrangere. Plutarque & Aulu-Gelle ont autrefois prouvé qu’il étoit fort rare qu’une mere ne pût pas nourrir son fruit. Je ne dirai point avec les peres de l’Eglise, que toute mere qui refuse d’alaiter son enfant, est une marâtre barbare ; mais je crois qu’en se laissant entraîner aux exemples de luxe, elle prend le parti le moins avantageux au bien de son enfant. Est-ce donc que les dames romaines, disoit Jules-César à son retour des Gaules, n’ont plus d’enfans à nourrir, ni à porter entre leurs bras ; je n’y vois que des chiens & des singes ? Cette raillerie prouve assez que l’abandon de ses enfans à des nourrices étrangeres, ne doit son origine qu’à la corruption des mœurs.

En Turquie, après la mort d’un pere de famille, on leve trois pour cent de tous les biens du défunt ; on fait sept lots du reste, dont il y en a deux pour la veuve, trois pour les enfans mâles, & deux pour les filles ; mais si la veuve a alaité ses enfans elle-même, elle tire encore le tiers des cinq lots. Voilà une loi très-bonne à adopter dans nos pays policés.

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Étymologie de « nourrice »

Provenç. nuirissa, noyrissa, noirissa ; du lat. nutritia, de nutrire, nourrir. On serait tenté de le tirer de nutricem ; mais les noms en īcem donnent is, et non pas ice : imperatricem, empereïs ; la forme en ice dans les mots qui dérivent de mots en icem est moderne.

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Du latin nutrix, nutricis.
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Phonétique du mot « nourrice »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
nourrice nuris

Citations contenant le mot « nourrice »

  • Jamais on n'aimera celui qu'on a mis en nourrice comme celui qu'on a nourri sous ses yeux. De Jean-Jacques Rousseau / Les confessions
  • Le premier-né n'est pas toujours l'aîné : la nourrice la plus dévouée ne peut donner à l'enfant un frère. De Massa Makan Diabaté / Kala Jata
  • O ma mère et ma nourrice ! Toi dont l’âme protectrice Me fit des jours composés Avec un bonheur si rare, Et qui ne me fus avare Ni de lait ni de baisers ! De Théodore de Banville / A Ma mère
  • Mammifères. Famille d'animaux vertébrés dont les femelles allaitent naturellement les petits, mais dont la version instruite et civilisée utilise une nourrice ou un biberon. De Ambrose Bierce / Le Dictionnaire du Diable
  • On est jusqu'à vingt ans petit pour sa nourrice. De Casimir Delavigne / Louis XI
  • La philosophie est la nourrice sèche de la vie, elle veille sur nos pas, mais ne peut nous allaiter. De Anonyme
  • C'est peu de chose d'être loué de son père, de sa nourrice et de son curé. De Proverbe français
  • La nourrice met un morceau dans la bouche de l'enfant et deux dans la sienne. De James Freeman Clarke
  • L'excès est la nourrice des médecins. De Proverbe latin
  • L'espérance est la nourrice des hommes de peu d'esprit. De Ménandre / Fragments
  • La cruauté, bien loin d'être un vice, est le premier sentiment qu'imprime en nous la nature ; l'enfant brise son hochet, mord le téton de sa nourrice, étrangle son oiseau, bien avant que d'avoir l'âge de raison. De Marquis de Sade / La philosophie dans le boudoir
  • Avec sept nourrices, l'enfant finit par ne plus avoir d'yeux. De Proverbe russe
  • Le bercement des nourrices, les câlineries maternelles, les chatteries des soeurs, transforment pour ainsi dire, en la pétrissant, la pâte masculine. De Charles Baudelaire / Les Paradis artificiels
  • La veille, les secours avaient été alertés par la nourrice qui gardait le bébé, à son domicile, non loin de Nogent-le-Rotrou. « Lorsque je suis venue le chercher, je n’ai rien constaté d’anormal », explique la nounou, âgée aujourd’hui de 41 ans. www.lechorepublicain.fr, Bébé secoué, près de Nogent-le-Rotrou : le père et la nourrice nient, le mystère demeure - Nogent-le-Rotrou (28400)
  • Dans ce cas, c’est le travail de terrain du Gless qui a payé. Le groupe de lutte contre l’économie souterraine et les stupéfiants de la sûreté départementale a réagi à une série de violences urbaines en mettant en place des surveillances afin d’identifier les meneurs. Rapidement, l’enquête préliminaire encadrée par le parquet a permis de mettre au jour un réseau de trafiquants de stupéfiants qui opérait dans le quartier. Toute la chaîne a été identifiée, depuis les donneurs d’ordre jusqu’aux « charbonneurs » (les vendeurs), en passant par la nourrice et les « chouffeurs » (les guetteurs). , Faits-divers - Justice | Trafic de drogue au Drouot : nourrice, guetteurs, revendeurs et fournisseurs derrière les barreaux
  • Les faits se seraient déroulés lors de périodes de garde d’un bébé de cinq mois chez sa nourrice en janvier 2015 à Héry-sur-Alby. La Tribune Republicaine, Annecy : une assistante maternelle accusée de violences sur un nourrisson - La Tribune Republicaine
  • Quatre d’entre eux, deux Lorientais et deux Lorientaises, âgés de 19 à 21 ans, comparaissaient, ce lundi 29 juin, devant le tribunal de Lorient. Devant les juges, la locataire de l’appartement garde le silence. Ses complices, des amis qu’elle logeait chez elle, minimisent les faits. L’un dit avoir fait le guet « deux fois ». Un autre conditionné la drogue « cinq à six fois ». Les dealers, qui venaient parfois de région parisienne, se servaient de l’appartement et de ces jeunes comme « nourrice » pour stocker la drogue et l’argent de ce trafic. Le Telegramme, L’appartement servait de nourrice à Hennebont : quatre jeunes condamnés - Lorient - Le Télégramme
  • En flagrant délit, la Bac a arrêté trois jeunes hommes, âgés de 21 et 22 ans. Il y avait le vendeur, le ravitailleur et la nourrice - celui qui gardait la marchandise chez lui, dans l'immeuble. Le ravitailleur était chargé de récupérer les produits stupéfiants chez la nourrice pour les apporter au vendeur qui, lui, servait donc les clients. leparisien.fr, Gennevilliers : cocaïne, cannabis et armes saisies aux Grésillons - Le Parisien

Images d'illustration du mot « nourrice »

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Traductions du mot « nourrice »

Langue Traduction
Anglais nurse
Espagnol enfermera
Italien infermiera
Allemand krankenschwester
Chinois 护士
Arabe ممرضة
Portugais enfermeira
Russe медсестра
Japonais ナース
Basque erizaina
Corse infermiera
Source : Google Translate API

Synonymes de « nourrice »

Source : synonymes de nourrice sur lebonsynonyme.fr

Nourrice

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