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Encre

Définitions de « encre »

Trésor de la Langue Française informatisé

ENCRE, subst. fém.

I.− Préparation liquide, diversement colorée, servant à écrire, dessiner, imprimer.
A.−
1. Domaine concr., usuel.Encre noire; tache d'encre; tremper sa plume dans l'encre. Godefroid prit une plume et de l'encre, il écrivit et signa la lettre que lui dicta Rastignac (Balzac, Mais. Nucingen,1838, p. 645).Il agitait ses feuilles pour en faire sécher l'encre (Camus, Peste,1947, p. 1329):
1. Les lois mécaniques de la nature sont dirigées par une puissance intelligente. Par exemple, l'encre qui coule de ma plume sur le papier, pour tracer ces réflexions, obéit aveuglément à l'attraction centrale de la terre; la plume, d'où l'encre s'écoule, cède également à la direction horizontale que ma main lui donne de gauche à droite... Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature,1814, p. 204.
2. − Veuillez me dire comment vous vous y prendriez pour vous procurer de l'encre. − Mon Dieu, monsieur, il y a bien des manières; la plus simple serait d'aller en demander chez le papetier du coin... − La plaisanterie est aimable, mais ne suffirait pas à vous obtenir une note somptueuse... Tâchez de me dire avec quels ingrédients vous fabriqueriez de l'encre? − Noix de galle... Tannin... Oxyde de fer... Gomme... Colette, Claudine à l'école,1900, p. 232.
SYNT. Encre bleue, violette; encre fraîche, pâlie; encre épaisse, indélébile, pâteuse; bouteille, flacon d'encre; gomme, stylo à encre; pâté, trait d'encre; correction(s) à l'encre rouge; doigts maculés, tachés d'encre; papier qui boit l'encre; plume qui crache l'encre; encre à marquer le linge.
P. compar. D'un noir d'encre, noir comme de l'encre. Très noir. Un personnage blême, émacié, aux yeux de braise, aux cheveux d'un noir d'encre (Green, Journal,1947, p. 95).
Spécialement
Encre sympathique, de sympathie. Encre dont la trace, invisible sur le papier, n'apparaît que sous l'action de la chaleur ou d'un réactif chimique. Je reconnus qu'une encre mystérieuse et sympathique avait tracé ces lettres apparentes seulement au contact de la vive chaleur (Dumas père, Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 229).Comme il faisait des expériences et fabriquait de l'encre de sympathie, la cornue lui « sauta au visage comme une bombe » (Guéhenno, Jean-Jacques,1948, p. 107).
ARTS GRAPH. Encre de Chine. Composition solide ou liquide, à base de noir de carbone, originaire de Chine et utilisée principalement pour le dessin au lavis ou à la plume. La même netteté de dessin que Le Nôtre dut obtenir en les traçant sur le vélin avec la règle d'ivoire et l'encre de Chine (Gozlan, Notaire,1836, p. 3).
IMPR. Composition pâteuse, à base de pigments et de solvants, servant à l'impression des caractères typographiques. Encre autographique, lithographique, offset, typographique. L'odeur d'encre d'imprimerie, il n'y a que cela qui me fasse marcher (Goncourt, Journal,1862, p. 1029).Il y avait son nom (...) écrit par lui-même sur le cuir brut à l'encre grasse lithographique, qui est indélébile (Hugo, Travaill. mer,1866, p. 192):
3. À l'époque où commence cette histoire, la presse de Stanhope et les rouleaux à distribuer l'encre ne fonctionnaient pas encore dans les petites imprimeries de province. (...) L'imprimerie arriérée y employait encore les balles en cuir frottées d'encre, avec lesquelles l'un des pressiers tamponnait les caractères. Balzac, Les Illusions perdues,1843, p. 3.
2. P. métaph. ou au fig.
a) [P. réf. à la couleur de l'encre, à son aspect opaque] Nuage, nuit d'encre. Au lieu de ces clairs miroirs où l'on aperçoit si nettement l'âme des fillettes, elle avait deux trous sombres, d'une épaisseur d'encre, dans lesquels il était impossible de lire (Zola, Cap. Burle,1883, p. 155).Il contempla l'immense crucifix de bois (...) qui se réverbérait dans cette glace noire. Il (...) paraissait descendre en tournoyant dans cette étendue d'encre (Huysmans, En route,t. 2, 1895, p. 86):
4. Oh! J'ai senti alors pour la première fois, devant cette ombre immense du ciel et cette mer d'encre, moi, pauvre enfant abandonné par tout ce qui fut ma vie et mon idéal, combien était vaste ce mot seul. Mallarmé, Corresp.,1863, p. 70.
Loc. et expr.
C'est la bouteille à l'encre. C'est une situation, un fait très obscur(e) (cf. bouteille I C 3).Les Balkans, c'est la bouteille à l'encre. Personne ne s'y reconnaît (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 407):
5. Pour un homme comme vous qui sait nager dans la bouteille à l'encre de l'esprit allemand, vous vous trouverez là, comme on dit en terme de natation, en pleine eau. Tocqueville, Corresp.[avec Gobineau], 1854, p. 211.
Faire tache d'encre. Laisser une trace indélébile. Assurément nous attendons trop de ceux que nous aimons; et sur le fond d'affection le moindre déplaisir fait tache d'encre (Alain, Propos,1930, p. 957).
Se faire un sang d'encre. Se faire beaucoup de souci. Synon. se faire du mauvais sang.Les deux moulins chômaient. Grange se faisait un sang d'encre (Pourrat, Gaspard,1930, p. 34).
Suer sang et encre. Se donner beaucoup de peine pour accomplir une tâche. Synon. suer sang et eau.Après avoir péniblement sué sang et encre sur le fameux chapitre des ventouses, Rodolphe brisa sa plume qui lui brûlait les doigts (Murger, Scènes vie Boh.,1851, p. 63).
b) Proverbe. Il n'y a plus d'encre au cornet. [En parlant d'une pers.] Il ne reste plus qu'un souffle de vie, d'esprit.
Rem. Attesté ds Ac. Compl. 1835, Besch. 1845, Littré, Guérin 1892, DG.
B.− P. méton.
1. Ce qu'on écrit à l'encre; p. ext., ce qu'on écrit (article, lettre, ouvrage...). Les comédiens n'ont point échappé à ce débordement périodique d'encre, de fiel et d'injures (Jouy, Hermite,t. 2, 1812, p. 391).J'avais souvent entendu parler de ces femmes qui plongent leurs peines de cœur dans des flots d'encre (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 207).
Loc. et expr.
Faire couler beaucoup d'encre. Faire écrire beaucoup à son sujet (cf. couler1).Telle fut la querelle connue sous le nom de querelle du Cid, et qui a fait couler tant d'encre et provoqué tant de commentaires (Brasillach, Corneille,1938, p. 155).
Sentir l'encre (péj.).
[Le suj. désigne une pers.] Se complaire dans des recherches livresques. Cela (...) n'a pas fait de lui un rat de bibliothèque comme tant d'autres, qui sentent l'encre (Proust, Prisonn.,1922, p. 289).
[Le suj. désigne une œuvre, une manière d'écrire] Être excessivement littéraire, théorique. Le style qui sent l'encre, c'est-à-dire, celui qu'on n'a jamais que la plume à la main (Joubert, Pensées,t. 2, 1824, p. 83).
Rem. On rencontre chez Balzac le néol. encrophobie, subst. fém., au sens de « aversion pour l'action d'écrire ». Je n'ose vous dire quel effort je fais pour vous écrire. J'ai une plumophobie, une encrophobie qui va jusqu'à la souffrance (Lettres Étr., t. 1, 1850, p. 177).
2. Fam. Manière d'écrire à l'encre; p. ext., manière d'écrire, style. Un ouvrage de la meilleure encre. J'ai toujours pensé qu'il faut prendre dans l'écritoire de chaque auteur l'encre dont on veut le peindre (Sainte-Beuve, Poisons,1869, p. 126):
6. ... un courrier des arts donnait, sous forme d'anecdote ou de conseil, des réclames de tailleurs, avec des comptes rendus de soirées, des annonces de ventes, des analyses d'ouvrages, traitant de la même encre un volume de vers et une paire de bottes. Flaubert, L'Éducation sentimentale,t. 2, 1869, p. 42.
Loc. et expr.
(Écrire, répondre à qqn) de (la) bonne encre, de sa meilleure encre. Avec vivacité, sans ménager ses mots (cf. écrire).Si quelque mensonge imprimé te tombait sous la main (...) envoie-moi l'article et j'y répondrai de bonne encre (Sand, Corresp.,t. 2, 1812-76, p. 82).On dit que lord Russell a écrit de la bonne encre, de son encre particulière aux Allemands; ce qui n'est pas probablement le moyen d'arranger les affaires de ce côté (Mérimée, Lettres Panizzi,t. 2, 1870, p. 50):
7. « Faudra-t-il lui répondre encore? » se demanda Sixte, pour qui déjà l'attaque de son rival ne faisait plus doute. « Oui, » insista-t-il, et cette fois à voix haute, « je lui répondrai, et de ma meilleure encre... » Bourget, Le Disciple,1889, p. 49.
(Écrire un ouvrage) d'une seule encre. D'une seule venue. Ce ne fut qu'en 1826 que je me mis à écrire ce livre d'un bout à l'autre et, comme on dit, d'une seule encre (Vigny, Journal poète,1837, p. 1064).
II.− [P. anal. d'aspect avec I A] ICHTYOL. Liquide noirâtre émis par les céphalopodes (en particulier la seiche) afin de troubler l'eau et de les dissimuler. Synon. sépia.Déjà dans la seiche, la bourse de l'encre est située dans le fond du sac abdominal (Cuvier, Anat. comp., t. 4, 1805, p. 148).S'il sécrète la liberté, elle ressemble à l'encre des seiches qui se cachent (J. Vuillemin, Essai signif. mort,1949, p. 306).
Prononc. et Orth. : [ɑ ̃:kʀ ̥]. Ds Ac. 1694, s.v. ancre ou encre. Ds Ac. 1718-1932, uniquement s.v. encre. Homon. ancre. Étymol. et Hist. Mil. xies. enca (S. Alexis, éd. Chr. Storey, 281); ca 1160 [ms. A fin xiie-début xiiies.] ancre (Enéas, éd. Salverda de Grave, 8776). Du b. lat. encau(s)tum « encre de pourpre (réservée à l'empereur) » puis « encre » neutre substantivé de encaustus « peint à l'encaustique », gr. ε ́ γ κ α υ σ τ ο ν « peinture à l'encaustique » de ε ́ γ κ α υ σ τ ο ς adj., v. encaustique; le b. lat. de Gaule septentrionale a gardé l'accent gr. sur la voyelle initiale; cf. l'a. ital. incostro (xiiies., Batt.), représentant le b. lat. accentué sur la 2esyllabe; pour l'a. prov. v. Rayn. t. 3, p. 125 et Levy (E.) Prov. t. 2, p. 392. Fréq. abs. littér. : 1 229. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 270, b) 2 079; xxes. : a) 2 000, b) 1 825.
DÉR.
Encrivore, adj. et subst.a) Adj. Qui efface l'encre. Solution encrivore. b) Subst. masc. Préparation liquide servant à effacer l'encre (cf. Lebeau, Courtois, Pharm. chim., t. 1, 1929, p. 713). L'adj. et le subst. masc. sont attestés ds Lar. 19e-Lar. Lang. fr., Littré, Guérin 1892, Quillet 1965.[ɑ ̃kʀivɔ:ʀ]. 1reattest. 1870 (Lar. 19e); de encre, élément suff. -vore*.
BBG. − Gamillscheg (E.). Etymologische Miszellen. Rom. Jahrb. 1950, t. 3, pp. 283-285. − George (K.E.M.). Formules de négation et de refus en fr. pop. et arg. Fr. mod. 1970, t. 38, p. 308. − Gröber (G.). Etymologien. In : [Mél. Caix (N.) et Canello (U.A.)]. Firenze, 1886, pp. 43-44. − Peckman (L.P.G.). Arrement, its meaning and its relation to encre. Rom. R. 1941, t. 32, pp. 408-413.

Wiktionnaire

Nom commun - français

encre \ɑ̃kʁ\ féminin

  1. Liquide ordinairement noir dont on se sert pour écrire, pour imprimer.
    • Le tactac des linos emplissait leurs oreilles. Fagerolle […] connaissait cette odeur poussiéreuse de plomb et de papier chargé d’encre fraîche. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 70)
    • Il y avait vraiment une malédiction du Ciel sur les ganaches de sacristie qui n’appréhendaient pas de manier une plume. Leur encre se muait aussitôt en une pâte, en un galipot, en une poix qui engluaient tout. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Cette terrible histoire des Vaudois, dois-je en parler ou m'en taire ? En parler ? Elle est trop cruelle ; personne ne la racontera sans que la plume n'hésite, et que l’encre, en écrivant, ne blanchisse de larmes. — (Jules Michelet, Le prêtre, la femme, la famille, Paris : Chamerot, 1862 (8e éd.), p.23)
    • Je soutiendrai mon opinion jusqu’à la dernière goutte de mon encre. — (Molière, Mar. forcé, 6.)
    • Mais je vois venir sur le soir Notre astronomique Émilie, Avec un vieux tablier noir, Et la main d’encre encor salie. — (Voltaire, Ép. XLV.)
    • (Figuré)Mille soupçons plus noirs que l’encre s’emparèrent de son imagination. — (Antoine Hamilton, Gramm. 8.)
    • Cœur d’encre
    • Sang d’encre
    • Mort d’encre
  2. (Zoologie) Substance très foncée projetée dans l’eau par les poulpes, seiches et calmars pour échapper à un prédateur.
    • Du côté des rochers, j’aperçois Ouma qui fouille avec son harpon dans les anfractuosités, et le nuage d’encre qui monte. — (J. M. G. Le Clézio, Le Chercheur d’or, Gallimard, 1985)
    • Le lion a ses dents 
et ses griffes ; l’éléphant, le sanglier ont leurs défenses, 
le taureau a ses cornes, la sèche a son encre, qui lui
 sert à brouiller l’eau autour d’elle ; la nature n’a donné
 à la femme pour se défendre et se protéger que la dissi
mulation ; […]. — (Arthur Schopenhauer, Essai sur les femmes, dans Pensées & Fragments, traduction par J. Bourdeau, Félix Alcan, 1900 (16e éd.))
  3. (Par métonymie) (Botanique, Phytopathologie) Maladie provoquant des écoulements noirâtres ; écoulement noirâtre en question.
    • […] nécrose cambiale en flamme au collet entourée d'un liseret [sic] noir avec parfois écoulement de sève noire oxydée à l'air (d'où le nom d'encre). Ce symptôme est rare sur châtaignier (il n'a pas le temps de s'exprimer avant la mort de l'arbre). — (INRA, La maladie de l'encre du châtaignier, mis à jour le 3 septembre 2019 → lire en ligne)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ENCRE. n. f.
Liquide dont on se sert pour écrire. Encre noire, rouge, bleue, violette, etc. Cette encre est trop blanche, trop épaisse. Bouteille à encre. Tache d'encre. Encre indélébile. Il se dit également de Certaines compositions noires et épaisses dont on se sert pour l'impression des livres, des gravures, des dessins lithographiés, etc. Encre d'imprimerie. Encre lithographique. Encre sympathique, Encre sans couleur, qui noircit lorsqu'on présente le papier au feu, ou qu'on y applique quelque agent chimique. Encre de Chine, Composition sèche et noire qui vient de Chine et dont on se sert pour dessiner. Il faut délayer l'encre de Chine pour pouvoir s'en servir. Dessin à l'encre de Chine. Fig. et fam., Écrire de bonne encre, de la bonne encre à quelqu'un. Voyez ÉCRIRE. Fig. et fam., C'est la bouteille à l'encre. Voyez BOUTEILLE.

Littré (1872-1877)

ENCRE (an-kr') s. f.
  • 1Liqueur ordinairement noire dont on se sert pour écrire, pour imprimer. L'encre pour écrire la plus employée est un tannogallate de protoxyde de fer mêlé de gomme, d'indigo ou de sucre pour lui donner du brillant. Encre indélébile. Aussi bien de penser rendre cet homme-là plus coupable qu'il ne s'est fait lui-même, ce serait jeter de l'encre sur le visage d'un More, Guez de Balzac, liv. III, lett. 7. Je soutiendrai mon opinion jusqu'à la dernière goutte de mon encre, Molière, Mar. forcé, 6. Mais je vois venir sur le soir Notre astronomique Émilie, Avec un vieux tablier noir, Et la main d'encre encor salie, Voltaire, Ép. XLV.

    Encre rouge, bleue, etc. liquides colorés dont on se sert quelquefois pour écrire.

    Encre d'imprimerie, pâte liquide qui consiste en un mélange de noir de fumée et d'huile de lin cuite.

    Encre lithographique, encre servant à l'impression lithographique et à peu près semblable à l'encre d'imprimerie.

    Encres autographiques, encres avec lesquelles on écrit sur un papier préparé pour transporter les caractères sur les pierres lithographiques.

    Fig. Mille soupçons plus noirs que l'encre s'emparèrent de son imagination, Hamilton, Gramm. 8.

    Suer de l'encre, être dans un embarras extrême. M. de Beauvillier, dont le rang d'opiner était le pénultième des ministres, suait de l'encre d'entendre Torcy, Saint-Simon, 305, 226.

    Écrire de la bonne encre ou de bonne encre à quelqu'un, lui écrire sans ménagement, vertement.

    C'est la bouteille à l'encre, se dit d'une affaire compliquée et rendue obscure ; et, en parlant d'une personne, se dit d'une personne qu'on ne comprend pas et qui ne se comprend pas elle-même.

    Être dans la bouteille à l'encre, être dans le secret d'une affaire, d'une intrigue. On dit plus ordinairement être dans la bouteille.

  • 2Encre de chine, composition sèche qu'on emploie en détrempe et surtout au pinceau ; elle nous est venue de Chine, où elle est en grand usage.
  • 3Encre sympathique, encre sans couleur, qui se colore et devient visible quand on traite le papier par la chaleur ou par quelque agent chimique.

    PROVERBE

    Il n'y a plus d'encre au cornet, se dit d'un homme dont la vie est près de s'éteindre et aussi dont l'esprit est épuisé.

REMARQUE

Encre a été longtemps d'un genre indécis ; Chifflet, Gramm. p. 248, dit qu'il est des deux genres. Étymologiquement, il devrait être masculin ; mais la terminaison, qui est féminine, l'a emporté.

HISTORIQUE

XIIIe s. De l'anel de son doit seela ceste lettre ; De son sang les escrist, autre enque n'il fist metre, Rutebeuf, II, 105.

XIVe s. Et se ce ne velt [veut] faire, je manderai mes hommes ; Tant en ferai venir par parchemin et aincre, Que mater le porrons et en bataille vaincre, Girart de Ross. v. 1235.

XVIe s. Le roi et la roine en escrivirent de si bonne ancre qu'on le laissa poursuivre, D'Aubigné, Hist. II, 31. Le sang qui a signé la guerre n'est pas encore sec par les champs ; et aussi peu seche l'ancre qui vient de signer la paix, D'Aubigné, ib. 252. En descrivant pathetiquement la douloureuse tragedie qui a pali mon ancre de mes larmes, D'Aubigné, ib. III, 537.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ENCRE. Ajoutez :
4Plante à encre, coriaria thymifolia (Nouvelle-Grenade), plante dont le suc est excellent pour l'écriture.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

ENCRE à écrire, s. f. (Arts.) en latin atramentum scriptorium, liqueur noire composée d’ordinaire de vitriol romain & de noix de galle concassées, le tout macéré, infusé, & cuit dans suffisante quantité d’eau, avec un peu d’alun de roche ou de gomme arabique, pour donner à la liqueur plus de consistance.

Entre tant de recettes d’encre à écrire, nous nous contenterons d’indiquer celles de MM. Lémery & Geoffroy ; le lecteur choisira, ou même les perfectionnera.

Prenez, dit M. Lémery, eau de pluie, six livres ; noix de galle concassées, seize onces. Faites-les bouillir à petit feu dans cette eau jusqu’à réduction des deux tiers, ce qui formera une forte décoction jaunâtre, dans laquelle les noix de galle ne surnageront plus ; jettez-y gomme arabique pulvérisée, deux onces, que vous aurez fait dissoudre auparavant dans du vinaigre en quantité suffisante. Mettez ensuite dans la décoction, couperose ou vitriol romain, huit onces ; donnez encore a votre décoction, devenue noire, quelques legers bouillons ; laissez-la reposer. Enfin versez-la doucement & par inclination dans un autre vaisseau pour votre usage.

Prenez, dit M. Geoffroy, eau de riviere, quatre livres ; vin blanc, deux livres ; noix de galle d’Alep pilées, six onces. Macérez pendant vingt-quatre heures, en remuant de tems en tems votre infusion. Faites-la bouillir ensuite pendant une demi-heure, en l’écumant avec un petit bâton fourchu, élargi par le bas ; retirez le vaisseau du feu. Ajoûtez à votre décoction, gomme arabique, deux onces ; vitriol romain, huit onces ; alun de roche, trois onces. Digérez de nouveau pendant vingt-quatre heures ; donnez-y maintenant quelques bouillons : enfin passez la décoction refroidie au travers d’un linge.

On fait même de l’encre sur le champ, ou du moins une liqueur noire, par le mêlange du vitriol verd avec la teinture de noix de galle. Cette couleur noire vient de la prompte revivification du fer contenu dans ce vitriol ; & cela est si vrai, que la noix de galle sans vitriol, mais seulement jointe avec de la limaille de fer, donne une pareille teinture, dès qu’elle a eu le tems de diviser ce fer qui est en limaille. Ainsi le vitriol dont on fait l’encre, est du fer dissous par un acide avec lequel il est intimement mêlé ; la noix de galle est un alkali qui s’unit avec les acides, & leur fait lâcher le fer qui reparoît dans sa noirceur naturelle. Voilà la méchanique de l’encre ; aussi des quatre especes de vitriol, celui qu’on appelle vitriol de Chypre ou de Hongrie, est le seul qui ne fasse point d’encre, parce que c’est le seul dont la base soit de cuivre, au lieu que dans les autres c’est du fer.

Si, après que l’encre est faite, on y jette quelques gouttes d’esprit de vitriol, la couleur noire disparoît, parce que le fer se réunit au nouvel acide, & redevient vitriol ; par la même raison les acides effacent les taches d’encre. C’est avec les végétaux tels que le sumac, les roses, les glands, &c. que se fait l’encre commune. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Encre noire à l’usage de l’Imprimerie. Celle dont on se sert pour l’impression des livres, est un mélange d’huile & de noir ; on convertit cette huile en vernis par la cuisson : le noir se tire de la poix-résine ; on retient artistement toutes les parties qu’exhale la fumée de cette sorte de poix quand on vient à la brûler dans une bâtisse faite exprès, nommée dans la profession sac à noir : on le décrira dans la suite de cet article.

Le vaisseau dans lequel l’on veut faire le vernis d’Imprimerie, peut être de fer, de fonte ou de cuivre ; de ce dernier métal il est fait assez ordinairement en forme de poire, & on le nomme ainsi : les autres sont tout simplement de la figure & forme d’une chaudiere ordinaire. De quelque matiere que soit le vaisseau, & quelque forme qu’on lui suppose, il doit avoir un couvercle de cuivre, avec lequel on puisse à volonté le boucher très-exactement. Le corps de ce vaisseau doit être armé vers le milieu de deux anneaux de fer, un peu plus hauts que le niveau du couvercle qui a aussi le sien : ces anneaux servent à passer un ou deux batons, au moyen desquels un homme à chaque bout peut sans risquer, porter & transporter ce vaisseau, lorsqu’on veut le retirer de dessus le feu, ou l’y remettre.

Pour se précautionner contre tous les accidens qui peuvent arriver, il est de la prudence, pour faire ce vernis, de choisir un lieu spacieux, tel qu’un jardin, & même d’éviter le voisinage d’un bâtiment.

Si, comme je le suppose, on veut faire cent livres de vernis, réduction faite ; mettez dans votre poire ou chaudiere cent dix à cent douze livres d’huile de noix ; observez que cette quantité, ou que celle que peut contenir votre vaisseau, ne le remplisse qu’au deux tiers au plus, afin de donner de l’aisance à l’huile, qui s’éleve à mesure qu’elle s’échauffe.

Votre vaisseau en cet état, bouchez-le très-exactement, & le portez sur un feu clair que vous entretiendrez l’espace de deux heures. Ce premier tems donné à la cuisson, si l’huile est enflammée, comme cela doit arriver, en ôtant votre poire de dessus le feu, chargez le couvercle de plusieurs morceaux de vieux linge ou étoffes imbibées d’eau. Laissez brûler quelque tems votre huile, à laquelle il faut procurer ce degré de chaleur, quand elle ne le prend pas par elle-même, mais avec ménagement & à différentes fois. Ce feu ralenti, découvrez votre vaisseau avec précaution, & remuez beaucoup votre huile avec la cuillere de fer : ce remuage ne peut être trop répété, c’est de lui d’où dépend en très grande partie la bonne cuisson. Ces choses faites, remettez votre vaisseau sur un feu moins vif ; & dès l’instant que votre huile reprendra chaleur, jettez dans cette quantité d’huile une livre pesant de croutes de pain seches & une douzaine d’oignons, ces choses accélerent le dégraissement de l’huile ; puis recouvrez votre vaisseau, & le laissez bouillir à très-petit feu trois heures consécutives ou environ : dans cet espace de tems votre huile doit parvenir à un degré parfait de cuisson. Pour le connoître & vous en assûrer, vous trempez la cueillere de fer dans votre huile, & vous faites égoutter la quantité que vous avez puisée sur une ardoise ou une tuile : si cette huile refroidie est gluante, & file à peu-près comme feroit une foible glue, c’est une preuve évidente qu’elle est à son point, & dès-lors elle change son nom d’huile en celui de vernis.

Le vernis ainsi fait, doit être transvasé dans des vaisseaux destinés à le conserver ; mais avant qu’il perde sa chaleur, il faut le passer à plusieurs reprises dans un linge de bonne qualité, ou dans une chausse faite exprès, afin qu’il soit net au point d’être parfaitement clarifié.

L’on doit avoir de deux sortes de vernis : l’un foible, pour le tems froid ; l’autre plus fort, pour le tems chaud. Cette précaution est d’autant plus indispensable, que souvent on se trouve obligé de modifier ou d’accroître la qualité de l’un par celle de l’autre.

On peut faire le vernis foible au même feu que le vernis fort, mais dans un vaisseau séparé : on peut aussi employer, & c’est mon avis, pour ce vernis l’huile de lin, parce qu’à la cuisson elle prend une couleur moins brune & moins chargée que celle de noix, ce qui la rend plus propre à l’encre rouge dont nous allons parler.

Le vernis foible, pour sa perfection, exige les mêmes soins & précautions que le vernis plus fait : toute la différence consiste à ne lui donner qu’un moindre degré de feu, mais ménagé de telle sorte néanmoins, qu’en lui faisant acquérir proportionnellement les bonnes qualités du vernis fort, il soit moins cuit, moins épais, & moins gluant que le fort.

Si l’on veut faire ce demi-vernis de la même huile de noix dont on se sert pour le vernis fort, ce qui n’est qu’un petit inconvénient, lorsqu’il s’agit de l’employer pour faire l’encre rouge, ou s’épargner la peine de le faire séparément & de différente huile ; il est tout simple de saisir l’occasion de la premiere cuisson de l’autre à l’instant qu’on lui reconnoîtra les qualités requises, & d’en tirer la quantité desirée, & même de celle qui est sur le feu.

Les huiles de lin & de noix sont les seules propres à faire le bon vernis d’Imprimerie ; celle de noix mérite la préférence à tous égards : quant aux autres sortes, elles ne valent rien, parce qu’on ne peut les dégraisser parfaitement, & qu’elles font maculer l’impression en quelque tems qu’on la batte, ou qu’elle jaunit à mesure qu’elle vieillit.

Cependant dans quelques imprimeries on use de celles de navette & de chanvre, mais c’est pour imprimer des livres de la bibliotheque bleue : ce ménage est de si peu de conséquence, que l’on peut assûrer que c’est employer de propos délibéré de mauvaise marchandise.

Il y a des imprimeurs qui croyent qu’il est nécessaire de mettre de la terebenthine dans l’huile pour la rendre plus force, & afin qu’elle seche plûtôt. Elle fait ces effets, mais il en résulte nombre d’inconvéniens. La premiere difficulté est de la faire cuire si précisément, qu’elle n’épaississe pas trop le vernis, ce qu’il est très-rare d’éviter ; alors le vernis est si fort & si épais, qu’il effleure le papier sur la forme & la remplit en fort peu de tems : si la terebenthine est cuite à son point, elle forme une pâte assez liquide, mais remplie de petits grains durs & comme de sable qui ne se broyent jamais.

La terebenthine, ainsi que la litharge, dont quelques-uns usent, & font un secret précieux, ont encore le défaut de s’attacher si fort au caractere, qu’il est presque impossible de bien laver les formes, quelque chaude que soit la lessive ; d’ailleurs elles sechent & durcissent si promptement, qu’outre qu’elles nuisent à la distribution des lettres, tant elles sont collées les unes contre les autres, elles en remplissent encore l’œil au point qu’il n’y a plus d’espérance de le vuider, ce qui met un caractere qui a peu servi, dans l’état fâcheux d’être remis à la fonte.

Dans le cas où par défaut de précaution l’on employeroit pour faire du vernis, de l’huile très-nouvellement faite, la terebenthine est d’un usage forcé, parce qu’alors il est inévitable que l’impression ne macule pas ; dans cette conjoncture on peut mettre la dixieme partie de terebenthine que l’on fera cuire séparément, dans le même tems, en lieu pareil que le vernis & avec les mêmes précautions. On la fera bouillir deux heures environ : pour reconnoître son degré de cuisson, on y trempe un morceau de papier ; & s’il se brise net comme la poussiere, sans qu’il reste rien d’attaché dessus ce papier en le frotant si-tôt qu’il sera sec, la terebenthine est assez cuite. Votre vernis hors de dessus le feu, vous versez dans le même vaisseau cette terebenthine en remuant beaucoup avec votre cuillere de fer, ensuite on remet le tout sur le feu l’espace d’une demi-heure au plus sans cesser de remuer, afin que le vernis se mêlange avec la terebenthine. Le moyen de se dispenser de l’usage de la terebenthine & de la litharge, & de se garentir des inconvéniens qu’elles produisent, c’est de n’employer que de l’huile très vieille.

Le sac à noir est construit de quatre petits soliveaux de trois ou quatre pouces d’équarrissage & de sept à huit piés de hauteur, soûtenus de chaque côté par deux traverses ; ses dimensions en tout sens dépendent de la volonté de celui qui le fait construire ; le dessus est un plancher bien joint & bien fermé ; le fond ou rez-de-chaussée, pour plus grande sûreté & propreté, doit être ou pavé ou carrelé : vous reservez à cette espece de petite chambre une porte basse pour entrer & sortir ; vous tapissez tout le dedans de cette chambre d’une toile bonne, neuve, & serrée, le plus tendue qu’il est possible avec des clous mis à distance de deux pouces les uns des autres : cela fait, vous colez sur toute votre toile du papier très-fort, & vous avez attention de calfeutrer les jours que vous appercevrez, afin que la fumée ne puisse sortir d’aucun endroit. Un sac à noir ainsi tapissé est suffisant, mais il est de plus de durée & bouche beaucoup plus exactement garni avec des peaux de mouton bien tendues.

C’est dans ce sac que se brûle la poix résine dont on veut tirer le noir de fumée : pour y parvenir, on prépare une quantité de poix-résine, en la faisant bouillir & fondre dans un ou plusieurs pots, suivant la quantité ; avant qu’elle soit refroidie, on y pique plusieurs cornets de papier ou des meches soufrées, on pose les pots avec ordre au milieu du sac, enfin on met le feu à ces meches, & on ferme exactement la petite porte en se retirant.

La poix-résine consommée, la fumée sera attachée à toutes les parties intérieures du sac à noir ; & quand ce sac sera refroidi, vous irez couvrir les pots & refermer la porte ; puis frappant avec des baguettes sur toutes les faces extérieures, vous ferez tomber tout le noir de fumée, alors vous le ramassez & vous le mettez dans un vaisseau de terre ou autre. Comme il arrive qu’en le ramassant avec un balai il s’y mêle quelque ordure, vous avez la précaution de mettre au fond du vaisseau une quantité d’eau ; & quand elles sont précipitées, vous relevez votre noir avec une écumoire, ou au moyen de quelque autre précaution, pour le mettre dans un vaisseau propre à le conserver. Ce noir de fumée est sans contredit le meilleur que l’on puisse employer pour l’encre d’imprimerie, il en entre deux onces & demie sur chaque livre de vernis ; je suppose la livre de seize onces : cependant c’est à l’œil à déterminer par la teinte de l’encre la quantité de noir.

Pour bien mêler le noir de fumée avec le vernis, il suffit d’être très-attentif en les mêlant ensemble, de les mêler à différentes reprises, & de les remuer à chaque fois beaucoup, & de façon que le tout forme une bouillie épaisse, qui produise une grande quantité de fils quand on la divise par parties.

Il est d’usage dans quelques Imprimeries de ne mêler le noir de fumée dans le vernis que sur l’encrier ; le coup-d’œil décide également de la quantité des deux choses. Je ne vois à la composition de cette encre aucun inconvénient, si ce n’est celui de craindre que l’on ne broye pas assez ce mélange, parce que cela demande du tems ; ou que l’encre ainsi faite par différentes mains, ne soit pas d’une teinte égale dans la même Imprimerie : d’où j’infere qu’il vaut mieux avoir son encre également préparée, sans se fier trop aux compagnons.

Encre rouge : on se sert de cette encre assez fréquemment, & presque indispensablement dans l’impression des breviaires, diurnaux, & autres livres d’église ; quelquefois pour les affiches des livres, & par élégance aux premieres pages.

Pour l’encre rouge, le vernis moyen est le meilleur que l’on puisse employer ; il doit être fait d’huile de lin en force & nouvelle, parce qu’elle ne noircit pas en cuisant comme celle de noix, & que ce vernis ne peut être trop clair. On supplée au noir de fumée le cinnabre ou vermillon bien sec & broyé le plus fin qu’il est possible. Vous mettez dans un encrier reservé à ce seul usage, une petite quantité de ce vernis, sur lequel vous jettez partie de vermillon ; vous remuez & écrasez le tout avec le broyon ; vous relevez avec la palette de l’encrier cette premiere partie d’encre au fond de l’encrier ; vous répétez cette manœuvre à plusieurs reprises, jusqu’à ce que vous ayez employé par supposition une livre de vernis & une demi-livre de vermillon. Plusieurs personnes mêlent dans cette premiere composition, trois ou quatre cuillerées ordinaires d’esprit-de-vin ou d’eau-de-vie, dans laquelle on a fait dissoudre vingt-quatre heures avant, un morceau de colle de poisson de la grosseur d’une noix. J’ai reconnu par expérience que ce mélange ne remplissant pas toutes les vûes que l’on se proposoit, il étoit plus certain d’ajoûter pour la quantité donnée d’encre rouge, un gros & demi de carmin le plus beau ; il rectifie la couleur du vermillon, qui souvent n’est pas aussi parfaite qu’on la souhaiteroit ; il ajoûte à son éclat, & l’empêche de ternir : cela est plus dispendieux, je l’avoue, mais plus satisfaisant. Quand donc vous aurez ajoûté ces choses, vous recommencerez de broyer votre encre de façon qu’elle ne soit ni trop forte, ni trop foible, l’encre rouge forte étant très-sujette à empâter l’œil de la lettre. Si vous ne consommez pas, comme cela arrive, tout ce que vous avez fait d’encre rouge ; pour la conserver, relevez votre encrier par le bord, & remplissez-le d’eau que vous entretiendrez, afin que le vermillon ne seche pas & ne se mette pas en petites écailles sur la surface du vernis, dont il se sépare par l’effet du hâle & de la sécheresse.

Quoiqu’on n’employe ordinairement que les deux sortes d’encre dont nous venons de parler, on peut probablement en faire de différentes couleurs, en substituant au noir de fumée & au vermillon les ingrédiens nécessaires, & qui produisent les différentes couleurs. On pourroit, par exemple, faire de l’encre verte avec le verd-de-gris calciné & préparé ; de la bleue, avec du bleu de Prusse aussi préparé ; de la jaune, avec de l’orpin ; de la violette, avec de la laque fine calcinée & préparée, en broyant bien ces couleurs avec du vernis pareil à celui de notre encre rouge. La préparation du verd-de-gris, du bleu de Prusse, & de la laque fine, consiste à y mêler du blanc de céruse pour les rendre plus claires ; sans cela ces couleurs rendroient l’encre trop foncée. Cet article est de M. Le Breton.

Encre de la Chine, est une composition en pain ou en bâton, qui délayée avec de l’eau ou de la gomme arabique, & quelquefois un peu de bistre ou de sanguine, sert à tracer & laver les desseins.

Elle se prépare avec du sain-doux. Mettez en deux livres dans une terrine ; placez au milieu une meche allumée ; couvrez le tout d’un plat vernissé, ne laissant que le moins d’ouverture qu’il sera possible entre la terrine & le plat. Lorsque vous aurez laissé brûler votre meche pendant un certain tems, ramassez le noir de fumée qui se sera formé au plat ; calcinez-le, ou le dégraissez.

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Étymologie de « encre »

L’origine de ces mots est le latin encaustum ; en grec, le terme se traduit par encre rouge avec laquelle les empereurs grecs signaient (ce terme provient de deux mots dont l’un signifie brûlé, → voir encaustique). Le mot latin et le mot grec s’accentuaient différemment ; le latin avait l’accent sur la syllabe cau, et, comme dans tous les mots tirés du grec où l’accentuation nationale était en conflit avec l’accentuation étrangère, la prononciation de encaustum était tantôt latine (encaústum), tantôt grecque (éncaustum) ; du moins c’est ce que montrent les langues romanes qui reproduisent les unes éncaustum (le français, ses dialectes et le sicilien), les autres encaústum (l’occitan, l’espagnol et l’italien).
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Génev. encre, s. m. ; wallon, enche ; provenç. encaut ; espagn. encausto ; ital. inchiostro ; anc. vénitien, incostro ; sicilien, inga ; angl. ink. L'origine de ces mots est le latin encaustum, en grec ἐγϰαυστρον, encre rouge avec laquelle les empereurs grecs signaient (de ἐν, et ϰαυστρὸς, brûlé, voy. ENCAUSTIQUE). Le mot latin et le mot grec s'accentuaient différemment ; le latin avait l'accent sur la syllabe cau, et le grec sur la syllabe ἔγϰ ; et, comme dans tous les mots tirés du grec où l'accentuation nationale était en conflit avec l'accentuation étrangère, la prononciation de encaustum était tantôt latine : encaústum, tantôt grecque : éncaustum ; du moins c'est ce que montrent les langues romanes qui reproduisent les unes éncaustum (le français, ses patois et le sicilien), les autres encaústum (le provençal, l'espagnol et l'italien).

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Phonétique du mot « encre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
encre ɑ̃kr

Évolution historique de l’usage du mot « encre »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « encre »

  • L'encre la plus pâle vaut mieux que la meilleure mémoire. De Proverbe chinois
  • L’encre d’un écolier est plus sacrée que le sang d’un martyr. De Mahomet
  • L'encre du savant est aussi précieuse que le sang du martyr. De Proverbe arabe
  • Ne discutez jamais avec les gens qui achètent l'encre par bidon de cinq litres. De Tommy Lasorda
  • On a fait couler tellement d'encre sur Venise qu'elle se noie. De Sylvain Tesson
  • Les images improvisent les ailes et l'espace improvise l'encre. De Adonis / Zócalo
  • Le canon a tué la féodalité ; l'encre tuera la société moderne. De Napoléon Bonaparte / Pensées
  • L'encre permet d'apprendre et mesurer les choses. De François Bayrou / On n'est pas couché, 24 janvier 2015
  • Qui sait écrire ? C'est se battre avec l'encre pour se faire entendre. De Jean Cocteau / La difficulté d'être
  • L’encre d’autrui conduit vite au sommet, mais il ne faut pas attendre qu’elle sèche. De David Gilbert / Les Normaux
  • Souviens-toi de cuver ton encre. Joseph Joubert, Pensées
  • Ecrit avec de l’encre bouillante. De Paul Claudel / Journal
  • La nuit était papier -- nous étions encre De Adonis / Mémoire du vent
  • Le cinéma, c’est l’écriture moderne dont l’encre est la lumière. De Jean Cocteau
  • L'encre des billets doux pâlit vite entre les feuillets des livres de cuisine. De Georges Brassens
  • De trop me savoir fugitive, je me tairais et l'encre de mon écriture, trop vite, sécherait. De Assia Djebar / Vaste est la prison, 2002
  • De passage en Normandie, deux Irlandais de 18 et 19 ans ont été interpellés par le vigile de la grande surface Leclerc eu Neubourg (Eure) alors qu’ils venaient de voler des cartouches d’encre, le samedi 30 juin 2020 vers 13 h 30. Ils ont tenté de fuir mais le vigile a réussi à les maîtriser. www.paris-normandie.fr, Au Neubourg, deux Irlandais interpellés pour des vols de cartouches d’encre
  • Ce n’est un secret pour personne, l’impression numérique progresse un peu partout dans le monde, soutenue par une demande évoluant vers les petites et moyennes séries plutôt que vers les grandes qui rendent les procédés traditionnels plus intéressants. Pour faire face à cette hausse, Agfa investit dans une nouvelle unité de production d’encres aqueuses au siège de Mortsel, en Belgique. Ces consommables sont dédiés aux machines jet d’encre qui impriment du papier décor pour revêtements de sol laminés, des panneaux pour meubles ainsi que des emballages en carton ondulé. Ce dernier marché est jugé « prometteur » par l’entreprise. Agfa n’indique ni le montant investi ni le nombre de personnes qui travailleront dans cette unité de production, mais précise que les capacités de fabrication permettront de couvrir les taux de croissance attendus pour les cinq à dix prochaines années. emballagesmagazine.com, Agfa investit dans les encres
  • Après le succès de la première édition de Jet d’encre, Manu Guiavarc’h et sa bande vont en proposer une seconde. « Jet d’encre, le festival de dessin de presse et d’humour à faire marée » se tiendra du 1er au 30 août, au bourg de Landéda et au port de l’Aber-Wrac’h. Le Telegramme, À Landéda, Jet d’encre se lance pour une seconde édition en août - Landéda - Le Télégramme
  • Agfa va ouvrir une nouvelle usine de production d'encre pour l'impression jet d'encre à base d'eau, située au siège social d'Agfa à Mortsel en Belgique. Avec cette hausse de sa capacité de production, le groupe souhaite couvrir la demande des cinq à dix prochaines années. Associée aux structures déjà existantes, la nouvelle usine formera un centre de production flexible, dotée également d'un bureau de R&D et d'un contrôle qualité. Graphiline.com, Agfa investit dans la production d'encre à base d'eau
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Traductions du mot « encre »

Langue Traduction
Anglais ink
Espagnol tinta
Italien inchiostro
Allemand tinte
Chinois 墨水
Arabe حبر
Portugais tinta
Russe чернила
Japonais インク
Basque tinta
Corse tinta
Source : Google Translate API

Synonymes de « encre »

Source : synonymes de encre sur lebonsynonyme.fr

Encre

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