La langue française

Syllabe

Définitions du mot « syllabe »

Trésor de la Langue Française informatisé

SYLLABE, subst. fém.

A. −
1. Voyelle ou groupe de lettres qui se prononcent d'une seule émission de voix. Syllabe chantante, initiale, finale; première, dernière syllabe; nombre de syllabes; mot d'une syllabe. Ce langage enfantin composé de redoublements de syllabes identiques dont se servent les nourrices avec les enfants au berceau (Champfl., Bourgeois Molinch., 1855, p. 48).Tout ce qui brille voit. Rimbaud a dit en trois syllabes ce théorème cosmique: « Nacre voit » (Bachelard, Poét. espace, 1957, p. 48).V. escamoter B 3 b ex. de Abellio.
2. PHONÉT., PHONOL. Unité phonétique fondamentale intermédiaire entre le phonème et le mot. La syllabe n'a de valeur qu'en phonologie. Une suite de sons n'est linguistique que si elle est le support d'une idée (Sauss.1916, p. 144).L'impression de « rythmé » peut être obtenue au moyen d'édifices sonores dont les briques sont les syllabes accentuées et atones (vers de Shakespeare); ou encore les syllabes longues et brèves (vers de Pindare) (Arts et litt., 1935, p. 50-7).V. bref1ex. 3.
Syllabe accentuée*, atone*, muette*; syllabe pénultième*, antépénultième*, désinentielle*.
Syllabe ouverte ou libre. ,,Celle qui se termine par une voyelle, ainsi les deux syllabes de fi-ni`` (Mar. Lex. 1951).
Syllabe fermée ou entravée. ,,Celle qui se termine par une consonne, ainsi les deux syllabes de par-tir`` (Mar. Lex. 1951).
Rem. Le critère de délimitation de la syllabe varie suivant les spécialistes. Il peut être fonctionnel: voyelle entourée de consonnes (Rousselot); acoustique: distance entre deux minima de sonorité (Jespersen); articulatoire: opposition de phonèmes implosif et explosif (Saussure); physiologique: tension croissante puis décroissante de l'appareil phonateur (Grammont, Fouché), intensité du souffle (Stetson, Straka).
3. MÉTR., VERSIF. Unité prosodique du vers français. Vers de douze syllabes. C'est la numération syllabique qui, orientée ou non dans ses distinctions par le contenu du texte, assure l'assise du vers. D'où l'importance du compte des syllabes dont les règles, usages et variations (diérèse, synérèse, élision, apocope, syncope) constituent la prosodie du vers français (Maz.-Mol.Styl.1989, s.v. syllabe).
B. − P. ext. Très petit élément de langage, mot, parole. Écouter sans perdre une syllabe; ne pas prononcer une syllabe; peser toutes ses syllabes. Il n'y a pas une syllabe de vrai dans tout ce que vous avez dit (Mérimée, Théâtre Cl. Gazul, 1825, p. 391).Horriblement défiguré, le larynx brisé, il bredouillait, crachait dans sa barbe des syllabes incompréhensibles (Guéhenno, Journal « Révol. », 1937, p. 26).
REM. 1.
Syllaber, verbe intrans.,rare. a) Assembler les lettres par syllabes. (Ds Littré). b) Prononcer, lire, syllabe par syllabe. Synon. syllabiser.Je redoutai que la comtesse me barbât exagérément (...) pour le signifier nettement à cette digne femme, je syllabai, calme:Oh! moi, vous savez, pourvu que mon ventre n'ait pas de plis, je me fous de tout le reste! (Colette, Cl. s'en va, 1903, p. 284).
2.
Syllabifier, verbe,rare. Composer avec des syllabes. Empl. part. passé. Les fous font partie d'une nation quelconque; et leur langage, pour incohérent qu'il soit dans les paroles, est toujours syllabifié (Baudel., Hist. extr.,1856, p. 37).
Prononc. et Orth.: [sil(l)ab]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et His. 1. Ca 1160 sillebe « voyelle ou ensemble de sons prononcés d'une seule émission de voix et entrant dans la constitution d'un mot » (Enéas, 8558 ds T.-L.); ca 1210 sillabe (Dolopathos, 48, ibid.); 1550 la syllabe ph (Ronsard, Odes, Au lecteur ds Œuvres compl., éd. P. Laumonier, t. 1, p. 53, ligne 79); 2. 1690 p. ext. on n'en [du sermon] perd pas une syllabe (Fur.). Empr. au lat. class.syllaba « syllabe » puis au plur. « vers, poème », du gr. σ υ λ λ α β η ́ « id. », dér. de σ υ λ λ α μ β α ́ ν ε ι ν « rassembler, réunir », de σ υ ́ ν « avec » et de λ α μ β α ́ ν ε ι ν « prendre ». Fréq. abs. littér.: 934. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 071, b) 1 016; xxes.: a) 1 752, b) 1 459.
DÉR. 1.
Syllabation, subst. fém.Découpage en syllabes de la chaîne parlée. Synon. vx syllabisation. (dér. s.v. syllabiser).Les Latins (en Italie surtout) ont une technique à émission plus claire, entraînée par une syllabation à prédominance labiale (Arts et litt., 1935, p. 36-7). [sil(l)abasjɔ ̃]. 1reattest. 1840 (Garcia, Art chant, p. 90); de syllabe, suff. -(a)tion*.
2.
Syllabisme, subst. masc.a) Système d'écriture syllabique. (Dict. xixes. et XXes.). b) Système de versification fondé sur le vers syllabique. Les premiers poètes qui commencèrent à écrire chez nous en langue vulgaire adoptèrent le syllabisme (Jeux et sports, 1967, p. 750). [sil(l)abism̭]. 1resattest. a) 1862 « système d'écriture dans lequel on représente la syllabe par un signe unique » le syllabisme assyrien (Vivien de St-Martin, Les Fouilles de l'Assyrie et leus résultats pour l'Histoire ds R. germ. fr. et étr., t. 19, p. 500). b) 1897-1900 « théorie qui fonde le rythme des vers français sur le compte des syllabes » le syllabisme métrique (D'Indy, Compos. mus., t. 1, p. 73); de syllabe, suff. -isme*.
BBG.Chiron (Ph.). Types de syllabes du fr. BULAG. 1977, no5, pp. 75-97. − Clas (A.). Sons et lang. Montréal, 1983, pp. 138-141. − de Groot (A. W.). La Syllabe, essai de synthèse. B. Soc. Ling. 1926, t. 27, pp. 1-42. − Hála (B.). Autour du probl. de la synt. Phonetica. 1960, t. 5, pp. 159-168; 1961, t. 7, pp. 240-245; 1964, t. 11, pp. 39-50. − Marchal (A.). Élém. pour une phonét. ling. plus adéquate: introd. à une phonol. de la syllabe. Phonetica. 1978, t. 35, no6, pp. 340-370. − Nandris (O.). Sur la syllabe et la struct. du fr. Fr. mod. 1962, t. 30, pp. 35-51. − Nique (Ch.). Phonie/ graphie. Fr. auj. 1974, no25, p. 63. − Quem. DDL t. 35 (s.v. syllabifier). − Wioland (Fr.). Struct. syllabiques du fr. Genève, 1985, p. 356 p.

Wiktionnaire

Nom commun

syllabe \si.lab\ ou \sil.lab\ féminin

  1. (Linguistique) Voyelle ou réunion de phonèmes qui se prononcent par une seule émission de voix.
    • Et sa voix alors prenait une intonation dolente et uniforme, enflant les mots, appuyant indéfiniment sur les syllabes. Cela m’agaçait beaucoup. — (Octave Mirbeau, Contes cruels : La Chanson de Carmen (1882))
    • Et de fait ce trait qui est particulier à la physionomie de notre versification est d'autant plus important que, notre langue ne comportant pas de syllabes longues et brèves aussi tranchées que le latin, par exemple, la clausule du vers risquerait de passer parfois inaperçue. — (Paul Desfeuilles, Dictionnaire de rimes; précédé d'un petit traité de versification française, Paris : Garnier frères, s.d.(impr.1933), p.X)
    • — Bonjour ! dit-il.
      Il avait une façon de moduler les deux syllabes de son salut si bien qu’on n’en remarquait pas d’abord la brièveté et qui lui permettait de ne nommer personne.
      — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954)

Forme de verbe

syllabe \si.lab\ ou \sil.lab\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe syllaber.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe syllaber.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe syllaber.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe syllaber.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe syllaber.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SYLLABE. n. f.
Voyelle ou réunion de lettres qui se prononcent par une seule émission de voix. Rois et Lois sont des mots d'une syllabe. Dans le mot Avoir, A fait une syllabe, et Voir en fait une autre. Un mot d'une, de deux, de trois syllabes. Un vers de douze syllabes, de dix syllabes. Il appuie sur toutes les syllabes. Il n'en a pas perdu une syllabe. J'ai dit mot pour mot, syllabe pour syllabe ce que vous m'avez ordonné. Je n'y ai pas manqué d'une syllabe.

Littré (1872-1877)

SYLLABE (sil-la-b') s. f.
  • 1Son produit par une seule émission de voix, et qui se compose soit d'une voyelle seule, soit de voyelles et de consonnes. Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la cour et qu'on appelait autrefois le tyran des mots et des syllabes, Guez de Balzac, Socr. chrét. X. Ceux qui se sont figuré que l'Académie n'était qu'une troupe d'esprits bourrus qui ne faisaient autre chose que de combattre sur les syllabes, introduire des mots nouveaux, en proscrire d'autres…, Pellisson, Hist. de l'Acad. III. Des villes que tu prends les noms durs et barbares N'offrent de toutes parts que syllabes bizarres, Boileau, Épît. IV. Le nouveau Cicéron, tremblant, décoloré, Cherche en vain son discours sur sa langue égaré ; En vain, pour gagner temps, dans ses transes affreuses, Traîne d'un dernier mot les syllabes honteuses ; Il hésite, il bégaye, Boileau, Lutr. VI. Le défaut le plus ordinaire et qu'on doit éviter avec plus de soin, c'est de ne point appuyer sur les dernières syllabes, et de laisser tomber sa voix à la fin des périodes, Rollin, Traité des Ét. VI, 2° part. II, 3. Une syllabe dure gâte une pensée heureuse, Voltaire, Dict. phil. Art poét. Dix syllabes par vers mollement arrangées Se suivaient avec art, et semblaient négligées, Voltaire, Trois manières. La syllabe est un son complet qui est quelquefois composé d'une seule lettre, mais pour l'ordinaire de plusieurs ; d'où vient qu'on lui a donné le nom de syllabe, comprehensio, assemblage, Duclos, Œuv. t. IX, p. 19. L'Alhambra !… Forteresse aux crénaux festonnés et croulants, Où l'on entend la nuit de magiques syllabes, Hugo, Orient. 31.

    Syllabe longue, celle où la voix se prolonge ; syllabe brève, celle où elle passe vite. Les syllabes longues ou brèves n'ont aucune durée fixe, pas même de rapport déterminé entre leur durée, Diderot, le Neveu de Rameau.

    Syllabe pure, celle qui ne renferme qu'une seule voyelle.

    Syllabe mixte ou composée, celle qui renferme une diphthongue ou une triphthongue.

    Syllabe directe, celle qui n'a qu'une consonne au commencement.

    Syllabe inverse, celle qui n'a qu'une consonne à la fin.

    Syllabe close ou fermée, celle où la voyelle est entre deux consonnes.

  • 2 Par extension, mot, parole. Il n'y a point d'âmes, fussent-elles de fer ou de bronze… qui puissent tenir contre les moindres syllabes de Jésus-Christ, Guez de Balzac, Socr. chrét. II.

    Il ne dit pas une syllabe, il ne répondit pas une syllabe, il ne dit absolument rien, ne répondit absolument rien.

    Je n'y changerai pas une syllabe, je n'y changerai rien. Lépine : Me donnez-vous votre dernier mot ? - Lisette : Je n'y changerai pas une syllabe, Marivaux, le Legs, SC. 3.

    Je n'en oublierai pas une syllabe, je répéterai les paroles sans y rien omettre. Retiendrez-vous bien tout cela ? - Je n'en oublierai pas une syllabe, Dancourt, les Agiot. II, 3.

HISTORIQUE

XIVe s. Comme les letres sont parties des sillabes et les sillabes des diccions, Oresme, Éth. 253.

XVIe s. Syllabe, c'est un son entier, et peult estre d'une seule letre, comme d'une voyelle, peult aussi estre de plusieurs letres, voyelles ou consonnes, P. Ramus, dans LIVET, Gramm. franç. p. 205.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

SYLLABE, s. f. M. Duclos, dans ses remarques sur le ch. iij. de la I. partie de la grammaire générale, distingue la syllabe physique de la syllabe usuelle. « Il faut observer, dit-il, que toutes les fois que plusieurs consonnes de suite se font sentir dans un mot, il y a autant de syllabes réelles (ou physiques), qu’il y a des consonnes qui se font entendre, quoiqu’il n’y ait point de voyelle écrite à la suite de chaque consonne ; la prononciation suppléant alors un e muet, la syllabe devient réelle pour l’oreille, au lieu que les syllabes d’usage ne se comptent que par le nombre des voyelles qui se font entendre, & qui s’écrivent… Par exemple, le mot armateur est de trois syllabes d’usage, & de cinq réelles, parce qu’il faut suppléer un e muet après chaque r ; on entend nécessairement a-re-ma-teu-re ».

M. Maillet de Boullay, secrétaire pour les belles-lettres de l’académie royale des belles-lettres, sciences & arts de Rouen, dans le compte qu’il rendit à sa compagnie, des remarques de M. Duclos & du supplément de M. l’abbé Fromant, dit, en anonçant le même chapitre dont je viens de parler : « Nous ne pouvons le mieux commencer, qu’en adoptant la définition de l’abbé Girard, cité par M. Fromant. Suivant cette définition, qui est excellente, & qui nous servira de point fixe, la syllabe est un son simple ou composé, prononcé avec toutes ses articulations, par une seule impulsion de voix. Examinons sur ce principe le système adopté par M. Duclos. »

Qu’il me soit permis de faire observer à M. du Boullay, qu’il commence sa critique par une vraie pétition de principe : adopter d’abord la définition de l’abbé Girard, pour examiner d’après elle le système de M. Duclos, c’est s’étayer d’un préjugé pour en déduire des conséquences qui n’en seront que la répétition sous différentes formes. Ne seroit-on pas aussi bien fondé à adopter d’abord le système de M. Duclos pour juger ensuite de la définition de l’abbé Girard ; ou plutôt ne vaut-il pas mieux commencer par examiner la nature des syllabes en soi, & indépendamment de tout préjugé, pour apprécier ensuite le système de l’un & la définition de l’autre ?

Les élémens de la voix sont de deux sortes, les sons & les articulations. Le son est une simple émission de la voix, dont la forme constitutive dépend de celle du passage que lui prête la bouche. Voyez Son, Gramm. L’articulation est une explosion que reçoit le son, par le mouvement subit & instantanée de quelqu’une des parties mobiles de l’organe. Voyez H. Il est donc de l’essence de l’articulation, de précéder le son qu’elle modifie, parce que le son une fois échapé, n’est plus en la disposition de celui qui parle, pour en recevoir quelque modification que ce puisse être : & l’articulation doit précéder immédiatement le son qu’elle modifie, parce qu’il n’est pas possible que l’expression d’un son soit séparée du son, puisque ce n’est au fond rien autre chose que le son même sortant avec tel degré de vîtesse acquis par telle ou telle cause.

Cette double conséquence, suite nécessaire de la nature des elémens de la voix, me semble démontrer sans réplique.

1°. Que toute articulation est réellement suivie d’un son qu’elle modifie, & auquel elle appartient en propre, sans pouvoir appartenir à aucun son précédent ; & par conséquent que toute consonne est ou suivie ou censée suivie d’une voyelle qu’elle modifie, sans aucun rapport à la voyelle précédente : ainsi, les mots or, dur, qui passent pour n’être que d’une syllabe, sont réellement de deux sons, parce que les sons o & u une fois échapés, ne peuvent plus être modifiés par l’articulation r, & qu’il faut supposer ensuite le moins sensible des sons, que nous appellons e muet, comme s’il y avoit o-re, du-re.

2°. Que si l’on trouve de-suite deux ou trois articulations dans un même mot, il n’y a que la derniere qui puisse tomber sur la voyelle suivante, parce qu’elle est la seule qui la précede immédiatement ; & les autres ne peuvent être regardées en rigueur que comme des explosions d’autant d’e muets inutiles à écrire parce qu’il est impossible de ne pas les exprimer, mais aussi réels que toutes les voyelles écrites : ainsi, le mot françois scribe, qui passe dans l’usage ordinaire pour un mot de deux syllabes, a réellement quatre sons, parce que les deux premieres articulations s & k supposent chacune un e muet à leur suite, comme s’il y avoit se-ke-ri-be ; il y a pareillement quatre sons physiques dans le mot sphinx, qui passe pour n’être que d’une syllabe, parce que la lettre finale x est double, qu’elle équivaut à s, k, & que chacune de ces articulations composantes suppose après elle l’e muet, comme s’il y avoit se-phinke-se.

Que ces e muets ne soient supprimés dans l’orthographe, que parce qu’il est impossible de ne pas les faire sentir quoique non écrits, j’en trouve la preuve non-seulement dans la rapidité excessive avec laquelle on les prononce, mais encore dans des faits orthographiques, si je puis parler ainsi. 1°. Nous avons plusieurs mots terminés en ment, dont la terminaison étoit autrefois précédée d’un e muet pur, lequel n’étoit sensible que par l’alongement de la voyelle dont il étoit lui-même précédé, comme ralliement, éternuement, enrouement, &c. aujourd’hui on supprime ces e muets dans l’orthographe, quoiqu’ils produisent toujours l’alongement de la voyelle précédente, & l’on se contente, afin d’éviter l’équivoque, de marquer la voyelle longue d’un accent circonflexe, ralliment, éternûment, enroûment. 2°. Cela n’est pas seulement arrivé après les voyelles, on l’a fait encore entre deux consonnes, & le mot que nous écrivons aujourd’hui soupçon, je le trouve écrit souspeçon avec l’e muet, dans le livre de la précellence du langage françois, par H. Estiene, (édit. 1579.) Or il est évident que c’est la même chose pour la prononciation, d’écrire soupeçon ou soupçon, pourvu que l’on passe sur l’e muet écrit, avec autant de rapidité que sur celui que l’organe met naturellement entre p & ç, quoiqu’il n’y soit point écrit.

Cette rapidité, en quelque sorte inappréciable de l’e muet ou scheva, qui suit toujours une consonne qui n’a pas immédiatement après soi une autre voyelle, est précisément ce qui a donné lieu de croire qu’en effet la consonne appartenoit ou à la voyelle précédente, ou à la suivante, quoiqu’elle en soit séparée : c’est ainsi que le mot âcre se divise communément en deux parties, que l’on appelle aussi syllabes, savoir a-cre, & que l’on apporte également les deux articulations k & r à l’e muet final : au contraire, quoique l’on coupe aussi le mot arme en deux syllabes, qui sont ar-me, on rapporte l’articulation r à la voyelle a qui précede, & l’articulation m à l’e muet qui suit : pareillement on regarde le mot or comme n’ayant qu’une syllabe, parce qu’on rapporte à la voyelle o l’articulation r, faute de voir dans l’écriture & d’entendre sensiblement dans la prononciation, une autre voyelle qui vienne après & que l’articulation puisse modifier.

Il est donc bien établi, par la nature même des élémens de la voix, combinée avec l’usage ordinaire de la parole, qu’il est indispensable de distinguer en effet les syllabes physiques des syllabes artificielles, & de prendre des unes & des autres les idées qu’en donne, sous un autre nom, l’habile secrétaire de l’académie françoise : par-là son systême se trouve justifié & solidement établi, indépendamment de toutes les définitions imaginables.

Celle de l’abbé Girard va même se trouver fausse d’après ce systême, loin de pouvoir servir à le combattre. C’est, dit-il, (vrais princip. tom. l. disc. I. pag. 12.) un son, simple ou composé, prononcé avec toutes ses articulations, par une seule impulsion de voix. Il suppose donc que le même son peut recevoir plusieurs articulations, & il dit positivement, pag. 11, que la voyelle a quelquefois plusieurs consonnes attachées à son service, & qu’elle peut les avoir à sa tête ou à sa suite : c’est précisément ce qui est démontré faux à ceux qui examinent les choses en rigueur ; cela ne peut se dire que des syllabes usuelles tout au plus, & encore ne paroît-il pas trop raisonnable de partager comme on fait les syllabes d’un mot, lorsqu’il renferme deux consonnes de suite entre deux voyelles. Dans le mot armé, par exemple, on attache r à la premiere syllabe, & m à la seconde, & l’on ne fait guere d’exception à cette regle, si ce n’est lorsque la seconde consonne est l’une des deux liquides l ou r, comme dans â-cre, ai-gle.

« Pour moi, dit M. Harduin, secretaire perpétuel de l’académie d’Arras, rem. div. sur la prononc. pag. 56. je ne vois pas que cette distinction soit appuyée sur une raison valable ; & il me paroîtroît beaucoup plus régulier que le mot armé s’épellât a-rmé… Il n’y a aucun partage sensible dans la prononciation de rmé ; & au contraire on ne sauroit prononcer ar, sans qu’il y ait un partage assez marqué : l’e féminin qu’on est obligé de suppléer pour prononcer l’r, se fait bien moins sentir & dure bien moins dans rmé que dans ar. En un mot, chaque son sur lequel on s’arrête d’une maniere un peu sensible, me paroît former & terminer une syllabe ; d’où je conclus qu’on fait distinctement trois syllabes en épellant ar-mé, au lieu qu’on n’en fait pas distinctement plus de deux, en épellant a-rmé. Ce qui se pratique dans le chant peut servir à éclaircir ma pensée. Supposons une tenue de plusieurs mesures sur la premiere syllabe du mot charme ; n’est-il pas certain qu’elle se fixe uniquement sur l’a, sans toucher en aucune maniere à l’r, quoique dans les paroles mises en musique, il soit d’usage d’écrire cette r immédiatement après l’a, & qu’elle se trouve ainsi séparée de l’m par un espace considérable ? N’est-il pas évident, nonobstant cette séparation dans l’écriture, que l’assemblage des lettres rme se prononce entierement sous la note qui suit la tenue ?

Une chose semble encore prouver que la premiere consonne est plus liée avec la consonne suivante qu’avec la voyelle précédente, à laquelle, par conséquent, on ne devroit pas l’unir dans la composition des syllabes : c’est que cette voyelle & cette premiere consonne n’ont l’une sur l’autre aucune influence directe, tandis que le voisinage des deux consonnes altere quelquefois l’articulation ordinaire de la premiere ou de la seconde. Dans le mot obtus, quoiqu’on y prononce foiblement un e féminin après le b, il arrive que le b contraint par la proximité du t, se change indispensablement en p, & on prononce effectivement optus.... Ainsi l’antipathie même qu’il y a entre les consonnes b, t, [ parce que l’une est foible & l’autre forte ], sert à faire voir que dans obtus elles sont plus unies l’une à l’autre, que la premiere ne l’est avec l’o qui la précede.

J’ajoute que la méthode commune me fournit elle-même des armes qui favorisent mon opinion. Car, 1°. j’ai déja fait remarquer que, selon cette méthode, on épelle â-cre & E-glé : on pense donc du moins qu’il y a des cas où deux consonnes placées entre deux voyelles, la premiere a une liaison plus étroite avec la seconde, qu’avec la voyelle dont elle est précédée. 2°. La même méthode enseigne assurément que les lettres st appartiennent à une même syllabe dans style, statue : pourquoi α en seroit-il autrement dans vaste, poste, mystere ? [ On peut tirer la même conséquence de pseaume, pour rapsodie ; de spécieux, pour aspect, respect, &c. de strophe, pour astronomie ; de Ptolomée, pour aptitude, optatif, &c. C’est le système même de P. R. dont il va être parlé. ] 3°. Voici quelque chose de plus fort. Qu’on examine la maniere dont s’épelle le mot axe, on conviendra que l’x tout entier est de la seconde syllabe, quoiqu’il tienne lieu des deux consonnes c, s, & qu’il représente conséquemment deux articulations. Or si ces deux articulations font partie d’une même syllabe dans le mot axe, qu’on pourroit écrire ac se, elles ne sont pas moins unies dans accès, qu’on pourroit écrire acsès : & dès qu’on avoue que l’a seul fait une syllabe dans accès, ne doit-on pas reconnoître qu’il en est de même dans armé & dans tous les cas semblables ?

» Dom Lancelot, dans sa méthode pour apprendre la langue latine, connue sous le nom de Port-Royal, (traité des lettres, ch. xiv. §. iij.) établit, sur la composition des syllabes, un système fort singulier, qui, tout différent qu’il est du mien, peut néanmoins contribuer à le faire valoir. Les consonnes, dit-il, qui ne se peuvent joindre ensemble au commencement d’un mot, ne s’y joignent pas au milieu ; mais les consonnes qui se peuvent joindre ensemble au commencement d’un mot, se doivent aussi joindre au milieu ; & Ramus prétend que de faire autrement, c’est commettre un barbarisme. Il est bien sûr que si la jonction de telle & telle consonne est réellement impossible dans une position, elle ne l’est pas moins dans une autre. M. D. Lancelot fait dépendre la possibilité de cette jonction d’un seul point de fait, qui est de savoir s’il en existe des exemples à la tête de quelques mots latins. Ainsi, suivant cet auteur, pastor doit s’épeller pa-stor, parce qu’il y a des mots latins qui commencent par st ; tels que stare, stimulus : au contraire arduus doit s’épeller ar-duus, parce qu’il n’y aucun mot latin qui commence par rd. La regle seroit embarrassante, puisqu’on ne pourroit la pratiquer sûrement, à moins que de connoître & d’avoir présens à l’esprit tous les mots de la langue qu’on voudroit épeller. Mais d’ailleurs s’il n’y a point eu chez les Latins de mot commençant par rd, est-ce donc une preuve qu’il ne pût y en avoir ? Un mot construit de la sorte seroit-il plus étrange que bdellium, Tmolus, Ctesiphon, Ptolomæus ? »

A ces excellentes remarques de M. Harduin, j’en ajouterai une, dont il me présente lui-même le germe. C’est que pour établir la possibilité de joindre ensemble plusieurs consonnes dans une même syllabe, il ne suffiroit pas de consulter les usages particuliers d’une seule langue, il faudroit consulter tous les usages de toutes les langues anciennes & modernes ; & cela même seroit encore insuffisant pour établir une conclusion universelle, qui ne peut jamais être fondée solidement que sur les principes naturels. Or il n’y a que le méchanisme de la parole qui puisse nous faire connoître d’une maniere sûre les principes de sociabilité ou d’incompatibilité des articulations, & c’est conséquemment le seul moyen qui puisse les établir. Voici, je crois, ce qui en est.

1°. Les quatre consonnes constantes m, n, l, r, peuvent précéder ou suivre toute consonne variable, foible ou forte, v, f, b, p, d, t, g, q, z, s, j, ch.

2°. Ces quatre consonnes constantes peuvent également s’associer entre elles, mn, nm, ml, lm, mr, rm, nl, ln, nr, rn, lr, rl.

3°. Toutes les consonnes variables foibles peuvent se joindre ensemble, & toutes les fortes sont également sociables entre elles.

Ces trois regles de la sociabilité des consonnes sont fondées principalement sur la compatibilité naturelle des mouvemens organiques, qui ont à se succéder pour produire les articulations qu’elles représentent : mais il y a peut-être peu de ces combinaisons que notre maniere de prononcer l’e muet écrit ne puisse servir à justifier. Par exemple, dg se fait entendre distinctement dans notre maniere de prononcer rapidement, en cas de guerre, comme s’il y avoit en-ca-dguer-re ; nous marquons jv dans les cheveux, que nous prononçons comme s’il y avoit léjveu, &c. c’est ici le cas où l’oreille doit dissiper les préjugés qui peuvent entrer par les yeux, & éclairer l’esprit sur les véritables procédés de la nature.

4°. Les consonnes variables foibles sont incompatibles avec les fortes. Ceci doit s’entendre de la prononciation, & non pas de l’écriture qui devroit toujours être à la vérité, mais qui n’est pas toujours une image fidele de la prononciation. Ainsi nous écrivons véritablement obtus, où l’on voit de suite les consonnes b, t, dont la premiere est foible & la seconde forte ; mais, comme on l’a remarqué ci-dessus, nous prononçons optus, en fortifiant la premiere à cause de la seconde. Cette pratique est commune à toutes les langues, parce que c’est une suite nécessaire du méchanisme de la parole.

Il paroît donc démontré que l’on se trompe en effet dans l’épellation ordinaire, lorsque de deux consonnes placées entre deux voyelles on rapporte la premiere à la voyelle précédente, & la seconde à la voyelle suivante. Si, pour se conformer à la formation usuelle des syllabes, on veut ne point imaginer de schéva entre les deux consonnes, & regarder les deux articulations comme deux causes qui concourent à l’explosion du même son ; il faut les rapporter toutes deux à la voyelle suivante, par la raison qu’on a déja alléguée pour une seule articulation, qu’il n’est plus tems de modifier l’explosion d’un son quand il est déja échappé.

Quant à ce qui concerne les consonnes finales, qui ne sont suivies dans l’écriture d’aucune voyelle, ni dans la prononciation d’aucun autre son que de celui de l’e muet presque insensible, l’usage de les rapporter à la voyelle précédente est absolument en contradiction avec la nature des choses, & il semble que les Chinois en ayent apperçu & évité de propos délibéré l’inconvénient ; dans leur langue, tous les mots sont mono-syllabes, ils commencent tous par une consonne, jamais par une voyelle, & ne finissent jamais par une consonne. Ils parlent d’après la nature, & l’art ne l’a ni enrichie, ni défigurée. Osons les imiter, du-moins dans notre maniere d’épeller ; & de même qu’il est prouvé qu’il faut épeller charme par cha-rme, accès par a-ccès, circonspection par circon-spe-cti-on, séparons de même la consonne finale de la voyelle antécédente, & prononçons à la suite le schéva presque insensible pour rendre sensible la consonne elle-même : ainsi acteur s’épellera a-cteu-r, Jacob sera Ja-co-b, cheval sera che-va-l, &c.

On sent bien que cette maniere d’épeller doit avoir beaucoup plus de vérité que la maniere ordinaire, qu’elle est plus simple, & par conséquent plus facile pour les enfans à qui on apprend à lire. Il n’y auroit à craindre pour eux que le danger de rendre trop sensible le schéva des consonnes, qui ne sont suivies d’aucune voyelle écrite ; mais outre la précaution de ne pas imprimer le schéva propre à la consonne finale, un maître intelligent saura bien les prévenir là-dessus, & les amener à la prononciation ferme & usuelle de chaque mot : ce sera même une occasion favorable de leur faire remarquer qu’il est d’usage de regarder la consonne finale comme faisant syllabe avec la voyelle précédente, mais que ce n’est qu’une syllabe artificielle, & non une syllabe physique.

Qu’est-ce donc qu’une syllabe physique ? C’est un son sensible prononcé naturellement en un seul coupde voix. Telles sont les deux syllabes du mot a-mi : chacune d’elles est un son a, i : chacun de ces sons est sensible, puisque l’oreille les distingue sans les confondre : chacun de ces sons est prononcé naturellement, puisque l’un est une simple émission spontanée de la voix, & que l’autre est une émission accélérée par une articulation qui le précede, comme la cause précede naturellement l’effet ; enfin chacun de ces sons est prononcé en un seul coup de voix, & c’est le principal caractere des syllabes.

Qu’est-ce qu’une syllabe artificielle ? C’est un son sensible prononcé artificiellement avec d’autres sons insensibles en un seul coup de voix. Telles sont les deux syllabes du mot trom-peur : il y a dans chacune de ces syllabes un son sensible, om dans la premiere, eu dans la seconde, tous deux distingués par l’organe qui les prononce, & par celui qui les entend : chacun de ces sons est prononcé avec un schéva insensible ; om, avec le schéva que suppose la premiere consonne t, laquelle consonne ne tombe pas immédiatement sur om, comme la seconde consonne r ; eu, avec le schéva que suppose la consonne finale r, laquelle ne peut naturellement modifier eu comme la consonne p qui précede : chacun de ces sons sensibles est prononcé artificiellement avec son schéva en un seul coup de voix ; puisque la prononciation naturelle donneroit à chaque schéva un coup de voix distinct, si l’art ne la précipitoit pour rendre le schéva insensible ; d’où il résulteroit que le mot trompeur, au-lieu des deux syllabes artificielles trom-peur auroit les quatre syllabes physiques te-rom-peu-re.

Il y a dans toutes les langues des mots qui ont des syllabes physiques & des syllabes artificielles : ami a deux syllabes physiques ; trompeur a deux syllabes artificielles ; amour a une syllabe physique & une artificielle. Ces deux sortes de syllabes sont donc également usuelles ; & c’est pour cela que j’ai cru ne devoir point, comme M. Duclos, opposer l’usage à la nature, pour fixer la distinction des deux especes que je viens de définir : il m’a semblé que l’opposition de la nature & de l’art étoit plus réelle & moins équivoque, & qu’une syllabe usuelle pouvoit être ou physique ou artificielle ; la syllabe usuelle, c’est le genre, la physique & l’artificielle en sont les especes.

Qu’est-ce donc enfin qu’une syllabe usuelle, ou simplement une syllabe ? C’est, en supprimant des définitions précédentes les caracteres distinctifs des especes, un son sensible prononcé en un seul coup de voix.

Il me semble que l’usage universel de toutes les langues nous porte à ne reconnoître en effet pour syllabes, que les sons sensibles prononcés en un seul coup de voix : la meilleure preuve que l’on puisse donner, que c’est ainsi que toutes les nations l’ont entendu, & que par conséquent nous devons l’entendre ; ce sont les syllabes artificielles, où l’on a toujours reconnu l’unité syllabique, nonobstant la pluralité des sons réels que l’oreille y apperçoit ; lieu, lien, leur, voilà trois syllabes avouées telles dans tous les tems, quoique l’on entende les deux sons i, eu dans la premiere, les deux sons i, en dans la seconde, & dans la troisieme le son eu avec le schéva que suppose la consonne r ; mais le son prépositif i dans les deux premieres, & le schéva dans la troisieme sont presque insensibles malgré leur réalité, & le tout dans chacune se prononce en un seul coup de voix, d’où dépend l’unité syllabique.

Il n’est donc pas exact de dire, comme M. Duclos, (loc. cit.) que nous avons des vers qui sont à-la-fois de douze syllabes d’usage, & de vingt-cinq à trente syllabes physiques. Toute syllabe physique usitée dans la langue en est aussi une syllabe usuelle, parce qu’elle est un son sensible prononcé en un seul coup de voix ; par conséquent on ne trouvera jamais dans nos vers plus de syllabes physiques que de syllabes usuelles. Mais on peut y trouver plus de sons physiques que de sons sensibles, & de-là même plus de sons que de syllabes ; parce que les syllabes artificielles, dont le nombre est assez grand, renferment nécessairement plusieurs sons physiques ; mais un seul est sensible, & les autres sont insensibles.

On divise communément les syllabes usuelles, ou par rapport au son, ou par rapport à l’articulation.

Par rapport au son, les syllabes usuelles sont ou incomplexes ou complexes.

Une syllabe usuelle incomplexe est un son unique, qui n’est pas le résultat de plusieurs sons élémentaires, quoiqu’il y ait d’ailleurs quelque schéva supposé par quelque articulation : telles sont les premieres syllabes des mots, a-mi, ta-mis, ou-vrir, cou-vrir, en-ter, plan-ter.

Une syllabe usuelle complexe est un son double, qui comprend deux sons élémentaires prononcés distinctement & consécutivement, mais en un seul coup de voix : telles sont les premieres syllabes des mots oi-son, cloi-son, hui-lier, tui-lier.

Par rapport à l’articulation, les syllabes usuelles sont ou simples ou composées.

Une syllabe usuelle simple est un son unique ou double, qui n’est modifié par aucune articulation : telles sont les premieres syllabes des mots a-mi, ou-vrir, en-ter, oi-son, hui-lier.

Une syllabe usuelle composée est un son unique ou double, qui est modifié par une ou par plusieurs articulations : telles sont les premieres syllabes des mots ta-mis, cou-vrir, plan-ter, cloi-son, tui-lier.

Pour terminer cet article, il reste à examiner l’origine du nom de syllabe. Il vient du verbe grec συλλαμϐανω, comprehendo ; R. R. σὺν, cùm ; & λαμϐάνω, prehendo, capio : de-là vient le nom συλλαϐὴ, syllabe. Priscien & les grammairiens latins qui l’ont suivi, ont tous pris ce mot dans le sens actif : syllaba, dit Priscien, est comprehensio litterarum, comme s’il avoit dit, id quod comprehendit litteras. Mais 1°. cette pluralité de lettres n’est nullement essentielle à la nature des syllabes, puisque le mot a-mi a réellement deux syllabes également nécessaires à l’intégrité du mot, quoique la premiere ne soit que d’une lettre. 2°. Il est évidemment de la nature des syllabes, telle que je viens de l’exposer, que le comprehensio des Latins & le συλλαϐὴ des Grecs doivent être pris dans le sens passif, id quod uno vocis impulsu comprehenditur ; ce qui est exactement conforme à la définition de toutes les especes de syllabes, & apparemment aux vues des premiers nomenclateurs. (E. R. M. B.)

Syllabe, (Versif. franç.) comme le nombre des syllabes fait la mesure des vers françois, il seroit à souhaiter qu’il y eût des regles fixes & certaines pour déterminer le nombre des syllabes de chaque mot ; car il y a des mots douteux à cet égard, & il y en a même qui ont plus de syllabes en vers qu’en prose ; les noms qui se terminent en ieux, en iel, en ien, en ion, en ier, &c. causent beaucoup d’embarras à ceux qui se piquent d’exactitude : odieux, précieux, sont de trois syllabes, & cependant cieux, lieux, dieux, n’ont qu’une syllabe. De même, fiel, miel, bien, mien, sont monosyllabes, mais dans lien, ancien, magicien, académicien, musicien, la terminaison en ien est de deux syllabes. Dans les mots fier, altier, métier, la rime en ier est d’une seule syllabe, & de deux dans bouclier, ouvrier, meurtrier & fier quand il est verbe. Toutes ces différences demandent une application particuliere pour ne s’y pas tromper, & ne pas faire un sollécisme de quantité. En général, il faut consulter l’oreille, qui doit être le principal juge du nombre des syllabes, & pour lors la prononciation la plus douce & la plus naturelle doit être préférée. Mourgues. (D. J.)

Syllabe, s. f. en Musique, συλλαϐὴ, est, au rapport de Nicomaque, le nom que donnent quelquefois les anciens à la consonance de la quarte, qu’ils appelloient communément diatessaron. Voyez Diatessaron.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « syllabe »

Provenç. sillaba ; espagn. silaba ; ital. sillaba ; du lat. syllaba, qui vient de συλλαϐὴ, syllabe, de συλλαϐάνειν, prendre avec, de σὺν, avec, et λαμϐάνειν, prendre.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

(XIIe siècle) sillebe en ancien français; (XIIIe siècle) sillabe; (XVIe siècle) syllabe, du latin syllaba (sens identique) du grec συλλαβή syllabè (sens identique) de syn- (« avec ») et du verbe lambanein (« prendre »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « syllabe »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
syllabe silab

Citations contenant le mot « syllabe »

  • Voyez-vous, monsieur, si nos vers vivent après nous, toute la gloire que nous en pouvons espérer est qu'on dise que nous avons été deux excellents arrangeurs de syllabes. Honorat de Bueil, seigneur de Racan, Mémoires pour la vie de M. de Malherbe
  • Entre la honte et l’honneur, il n’y a de différent que la dernière syllabe... De Henri Jeanson / Le saint
  • Presque tous les hommes sont esclaves faute de savoir prononcer la syllabe : non. De Chamfort / Maximes et pensées, caractères et anecdotes
  • Une phrase bien écrite est celle dont on ne saurait enlever une syllabe sans fausser la mesure de la phrase. De Pierre Louÿs
  • Les voix ont un pouvoir étrange sur les mots. Une seule intonation sur une syllabe et tout change. De Claire France / Autour de toi, Tristan
  • Demain, et demain, et demain ! C’est ainsi que, à petits pas, nous nous glissons de jour en jour jusqu’à la dernière syllabe du temps inscrit sur le livre de notre destinée. De William Shakespeare / Macbeth
  • Le désespoir de parler naît avec les syllabes. De François Cariès / Aux pieds du vent du nord
  • Pour faire simple, disons que la voyelle est la partie la plus audible d’une syllabe : c’est sur la voyelle qu’on tient une longue note chantée. Alors que la semi-voyelle, comme la consonne, tient un rôle d’encadrement. Si je crie « abbaye » à un interlocuteur éloigné, celui-ci entendra : « a », « è », « i » en trois syllabes. Le dernier son (« i ») y est donc bien une voyelle. Alors que si je crie : « abeille », mon interlocuteur entendre : « a », « è » en deux syllabes : le dernier son « i » fonctionne ici comme une consonne. , Approfondir les voyelles, avec ou sans Rimbaud
  • Une personne dit un mot et la personne suivante doit dire un mot commençant par la syllabe qui a fini le mot précédent. Simple à comprendre mais pas si facile à gagner. Magazine Avantages, 10 jeux pour s'occuper en voiture, sur la route des vacances - Magazine Avantages
  • Notons ensuite que la «césure» désigne «une coupure faite dans un vers pour en faciliter la prononciation et en augmenter la cadence», note Le Littré. Ainsi, dans un alexandrin, on note douze syllabes (quand la rime est masculine). Celles-ci sont divisées par deux hémistiches de six syllabes et coupés par une césure. Cette dernière tombe sur la sixième syllabe. Le Figaro.fr, «J’ai passé l’hémistiche»: qu’a voulu dire Emmanuel Macron?
  • Genre peut ouvrir une phrase pour mettre plus d’emphase: «Genre, c’est énorme ce beat!» Mais la syllabe au statut grammatical aléatoire sert surtout à court-circuiter toutes les subordonnées du monde. C’est un raccourci saisissant qui permet d’enquiller les informations sans les mettre en relation, et vite. «La fille me regardait, genre elle voulait qu’j’mette mon masque.» On compte huit syllabes de plus pour «La fille me regardait d’un air qui m’a fait deviner qu’elle voulait qu’j’mette mon masque.» Le Temps, Dire «genre» pour parler plus vite - Le Temps
  • Jean Castex ar-ti-cule. Il découpe chaque petit bout de syllabe pour aider à la digestion de ses mots, répète ses phrases, ce n'est pas qu'il parle au ralenti, mais il veut être compris. Le phrasé a beau être un peu gourd, Claire O'Petit, députée de l'Eure, en raffole. Et même davantage, l'élue de La République en marche (LREM) retrouve des couleurs. « C'est une très bonne chose, ce changement… Je me suis dit “Enfin !” », se réjouit l'ex-commerçante, séduite tant par la forme que par le fond. « Vous êtes nos relais sur les territoires », a déclamé le nouveau Premier ministre aux parlementaires dès le soir de la nomination de son gouvernement. L'heure des champs a sonné ! Celle qui avait son rond de serviette aux « Grandes Gueules », sur RMC, se sent ragaillardie. « Je fais mon travail dans mon petit coin à l'Assemblée, mais je n'osais plus intervenir et prendre le micro. Je suis tellement mal à l'aise, je ne suis pas de leur monde… » Leur monde ? Celui de la « start-up nation », jeune, urbaine, un brin « cire-pompes », « mal élevée » et « méprisante », comme elle dit. Alors ce remaniement, l'entrée de toutes ces personnalités qui auraient pu voisiner à ses côtés à la table de l'émission la plus franchouille du Paf… La septuagénaire proche de Brigitte Macron – elle-même fan des « GG » – revit : « Ça fait du bien ! »                 , L’histoire secrète du remaniement - Elle
  • Les deux sœurs en sont persuadées : "C’est le bon moment pour le faire !" Caroline Corbeaux habite Leyme et Brigitte Nezeloff vit à Brive. Leur nom d’équipe s’inspire de la 1re syllabe de leurs prénoms : les CaBri’Folles, "car il faut bien être un peu folles pour se lancer dans cette aventure !" Elles s’entraînent la semaine et se retrouvent régulièrement le week-end comme ce samedi pour faire un point d’étape de la préparation et aussi pour s’exercer ensemble. Car ce raid sportif est aussi un raid solidaire. 100 % féminin et 100 % solidaire, le Raid Amazones en est à sa 20e année d’existence et connaît un engouement croissant. Pendant 6 jours, le matin, épreuves sportives : Trail, VTT, canoë, tir à l’arc, course, run and bike. Celles qui ont terminé attendent que la dernière ait franchi la ligne d’arrivée pour clore la matinée sportive. Solidarité. L’après-midi est consacré à la découverte des cultures, des traditions et du savoir-faire du peuple du pays hôte. Cette année, ce sera la Thaïlande. ladepeche.fr, Leyme. Objectif Raid Amazones pour Caroline Corbeaux - ladepeche.fr

Traductions du mot « syllabe »

Langue Traduction
Anglais syllable
Espagnol sílaba
Italien sillaba
Allemand silbe
Chinois 音节
Arabe مقطع
Portugais sílaba
Russe слог
Japonais 音節
Basque silaba
Corse sillaba
Source : Google Translate API

Synonymes de « syllabe »

Source : synonymes de syllabe sur lebonsynonyme.fr

Syllabe

Retour au sommaire ➦

Partager