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Sommeiller

Sommaire

Définitions du mot sommeiller

Trésor de la Langue Française informatisé

SOMMEILLER, verbe intrans.

A. −
1. Vieilli ou littér. Dormir, être plongé dans le sommeil. Notre homme dans son coin, Après force saluts, s'assit, puis avec soin Rangeant ses vêtements et fermant la paupière, S'endormit au roulis du coche dans l'ornière. Tandis qu'il sommeillait en ronflant doucement, J'examinai son air et son accoutrement (Barbier,Satires, 1865, p. 122).Tout sommeillait encore dans la pension. Seule, une vieille femme lavait le carrelage du vestibule (Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p. 437).
2. Dormir d'un sommeil peu profond, de courte durée, être à la limite du réveil ou de l'endormissement. Synon. somnoler, être assoupi.Comme les domestiques sommeillaient dans la cuisine, elle le conduisit elle-même jusqu'à la porte qui donnait sur le jardin et elle le regarda s'enfoncer dans la nuit (Maupass.,Contes et nouv., t. 2, Après, 1890, p. 106).Il se mit à penser à la toile commencée, en détail, il y pensait encore en sommeillant ... Puis il s'endormit tout à fait (Triolet,Prem. accroc, 1945, p. 243).
[Dans des expr. pléonastiques] Ce gros garçon endormi ne sommeillait jamais que d'un œil, comme les chats à l'affût devant un trou de souris (Zola,Fortune Rougon, 1871, p. 83).Étourdis et bercés, écœurés de chaleur, de fatigue et de mauvais vin, on sommeillait à moitié, trop secoués cependant pour dormir (Dorgelès,Croix de bois, 1919, p. 218).
Sommeiller sur.S'endormir sur un livre, sur son ouvrage. Cette après-midi, quand je fus introduit dans le cabinet de M. Renan, l'illustre académicien sommeillait légèrement sur d'antiques grimoires (Barrès,M. Renan, 1888, p. 35).Les fonctionnaires sommeillant sur les dossiers poussiéreux dans les locaux par extraordinaire aérés (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p. 304).
3. P. anal.
a) Vieilli, littér. Dormir du sommeil éternel. Regarde cette tombe où sommeille mon père; Chargé d'ans et de gloire il finit sa carrière (Baour-Lormian,Ossian, 1827, p. 79).
b) [Le suj. désigne la nature, un phénomène naturel] Être dans un état d'engourdissement, d'inertie le plus souvent provoqué par la saison froide. L'hiver la nature sommeille (Franceds Lar. Lang. fr.).
B. − Au fig.
1. [Le suj. désigne une pers.]
a) Être inactif, se laisser aller à la passivité. Le proverbe a bien raison: il n'est pire eau que l'eau qui dort. Moi, j'ai sommeillé quarante ans, sauf un ou deux écarts de jeunesse (Arnoux,Paris, 1939, p. 12):
Va, ne crains rien. Secoue avec un poing puissant Le siège apostolique où sommeille Innocent; Allume sa colère aux flammes de la tienne; Et qu'il songe à sauver la provence chrétienne Des légions de loups qui lui mordent les flancs... Leconte de Lisle,Poèmes trag., 1886, p. 94.
Empl. trans., rare. M. l'Églantin qui avait longtemps, à l'ombre de l'Institut, où il était conservateur de cartographie chimérique sommeillé son existence (Toulet,Comme une fantaisie, 1918, p. 96).
b) Faire preuve de négligence, de relâchement. Même le bon Homère sommeille quelquefois: les plus grands parmi nos maîtres, les plus exigeants envers eux-mêmes, ont tous sur la conscience quelque référence fausse, quelque contresens malencontreux (Marrou,Connaiss. hist.1954, p. 234).
c) [Le suj. est la personnification d'un idéal, d'une fonction, d'un comportement] Être à l'état latent en quelqu'un. La poésie est la sœur germaine de l'humour; dans tout vrai poète, un mystificateur sommeille. Malheur à lui et à nous s'il ne se réveille jamais! (Bremond,Poés. pure, 1926, p. 86).Il y a dans chaque français un plaideur qui sommeille, formaliste, obstiné, et qui sait son droit (Ambrière,Gdes vac., 1946, p. 261).
Loc. proverbiale. Tout homme a dans son cœur un cochon qui sommeille (A. Préault, 1879 ds Rob. 1985). L'homme le plus réservé peut à l'occasion se montrer licencieux en paroles ou en actes. [P. allus. littér.] Dans mon cœur dort na - na - na -na... C'est agaçant de ne pas pouvoir retrouver les paroles. Qu'est-ce qui peut bien dormir dans mon cœur?... Le cochon qui sommeille? songea-t-il en souriant (Martin du G.,Thib., Pénitenc., 1922, p. 860).
2. [Le suj. désigne une chose abstr. ou concr.]
a) [Le suj. désigne un affect, une faculté, une idée] Exister, être en puissance, à l'état latent en quelqu'un. Ce rôle, cette pièce, éveillèrent les coquetteries qui sommeillaient dans le cœur de Marthe (Goncourt,Ch. Demailly, 1860, p. 268).L'abstraction, la généralisation, l'analyse, la synthèse. Tous ces procédés généraux de la pensée, qui sommeillaient chez l'homme, mais que l'homme n'avait pas encore reconnus, entraient désormais au service de la raison humaine (Gds cour. pensée math., 1948, p. 229).
b)
α) Être momentanément sans objet, inactif, sans possibilité d'exister. Il m'a aimée un moment de bonne foi, ou plutôt il a cru m'aimer, mais l'ancien amour qui sommeillait a crevé le léger amour qui ne faisait que de naître et s'est rallumé plus fort que par le passé (Champfl.,Bourgeois Molinch., 1855, p. 182).L'expérience vient ensuite confirmer ces pressentiments; les besoins qui sommeillaient s'éveillent, se déterminent, prennent conscience d'eux-mêmes et s'organisent (Durkheim,Divis. trav., 1893, p. 258).
β) Être mis en sommeil, maintenu en l'état. À la suite de ce rejet, la question de l'achèvement du système monétaire de la république sommeilla jusqu'en l'an X (Shaw,Hist. monnaie, 1896, p. 138).On a décidé en effet dans une louable intention, pour que les dossiers ne sommeillent pas, que toute demande en concession serait immédiatement instruite sans attendre l'examen au fond (Chardon,Trav. publ., 1904, p. 330).
c) P. anal. Il lui a plu [au ruisseau], après avoir glissé, docile et muet, dans les prairies, de faire ici une légère pirouette et d'y amasser un peu de sable pour y sommeiller un instant avant de reprendre sa marche silencieuse et mesurée (Sand,M. Sylvestre, 1866, p. 245).
REM.
Sommeillage, subst. masc.,hapax. Fait de dormir à demi, de somnoler. D'ordinaire il dort profondément quand il en a besoin, au lieu qu'ici ce n'avait été tout le jour qu'un sommeillage, disait-il (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 196).
Prononc. et Orth.: [sɔmeje], [-mε-], (il) sommeille [-mεj]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Fin xies. judéo-fr. (Raschi Gl., éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, p. 132, 962: someil(l)ier « sommeiller »); 1remoit. xiies. « dormir » (Psautier Cambridge, éd. Fr. Michel, III, 5, p. 3: Jo dormi, e si sumeillai), vieilli dep. le xviies.; 2. 1remoit. xives. somoyller « dormir légèrement » (Roques t. 1, III, 2238); 1531 sommeiller « id. » (R. Estienne, Dictionarium, p. 137 recto ds Quem. doc. DDL). Dér. de sommeil*; dés. -er. Fréq. abs. littér.: 670. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 856, b) 1 094; xxes.: a) 1 385, b) 697.
DÉR.
Sommeillement, subst. masc.a) Action de sommeiller et, p. ext., somnolence. Un jour, M. F... fatigué par des labeurs incessants, a inventé le sommeillement, intermédiaire entre l'état de veille et celui de sommeil (Grison,Paris, 1882, p. 242).b) Mise en sommeil de quelque chose. Seule alors, elle s'installait à sa place aimée. Passant là des heures au soleil, elle usait leur lourdeur dans une vague rêvasserie de sieste, une sorte de sommeillement d'idées (Goncourt,MmeGervaisais, 1869, p. 29).[sɔmεjmɑ ̃]. 1resattest. 1869 sommeillement d'idées (Goncourt, loc. cit.), 1877 sommeillement « action de dormir » (Littré Suppl.); de sommeiller, suff. -ment1*. Cf. l'a. fr. someillement « sommeil » fin xiies. (Sermons St Bernard, 47, 22 ds T.-L.: somillement) − ca 1370 (Guillaume Briton, Vocab. lat.-fr., éd. E.-A. Escallier, p. 333, n o825: soumelemens), someillance « sommeil léger » 2emoit. xives. (Roques t. 1, IV-V, 2631: sommeillance), someillant « sommeil » xiiies. (Pass. D. N., ms. S. Brieuc, f o53c ds Gdf.: sommeillant), someillon « demi-sommeil » xiiies. ds T.-L. et Gdf.
BBG.Keller (H.-E.). Notes d'étymol. gallo-rom. et rom. Mél. Wartburg (W. von) 1968, t. 2, p. 239.

Trésor de la Langue Française informatisé

SOMMEILLER, verbe intrans.

A. −
1. Vieilli ou littér. Dormir, être plongé dans le sommeil. Notre homme dans son coin, Après force saluts, s'assit, puis avec soin Rangeant ses vêtements et fermant la paupière, S'endormit au roulis du coche dans l'ornière. Tandis qu'il sommeillait en ronflant doucement, J'examinai son air et son accoutrement (Barbier,Satires, 1865, p. 122).Tout sommeillait encore dans la pension. Seule, une vieille femme lavait le carrelage du vestibule (Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p. 437).
2. Dormir d'un sommeil peu profond, de courte durée, être à la limite du réveil ou de l'endormissement. Synon. somnoler, être assoupi.Comme les domestiques sommeillaient dans la cuisine, elle le conduisit elle-même jusqu'à la porte qui donnait sur le jardin et elle le regarda s'enfoncer dans la nuit (Maupass.,Contes et nouv., t. 2, Après, 1890, p. 106).Il se mit à penser à la toile commencée, en détail, il y pensait encore en sommeillant ... Puis il s'endormit tout à fait (Triolet,Prem. accroc, 1945, p. 243).
[Dans des expr. pléonastiques] Ce gros garçon endormi ne sommeillait jamais que d'un œil, comme les chats à l'affût devant un trou de souris (Zola,Fortune Rougon, 1871, p. 83).Étourdis et bercés, écœurés de chaleur, de fatigue et de mauvais vin, on sommeillait à moitié, trop secoués cependant pour dormir (Dorgelès,Croix de bois, 1919, p. 218).
Sommeiller sur.S'endormir sur un livre, sur son ouvrage. Cette après-midi, quand je fus introduit dans le cabinet de M. Renan, l'illustre académicien sommeillait légèrement sur d'antiques grimoires (Barrès,M. Renan, 1888, p. 35).Les fonctionnaires sommeillant sur les dossiers poussiéreux dans les locaux par extraordinaire aérés (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p. 304).
3. P. anal.
a) Vieilli, littér. Dormir du sommeil éternel. Regarde cette tombe où sommeille mon père; Chargé d'ans et de gloire il finit sa carrière (Baour-Lormian,Ossian, 1827, p. 79).
b) [Le suj. désigne la nature, un phénomène naturel] Être dans un état d'engourdissement, d'inertie le plus souvent provoqué par la saison froide. L'hiver la nature sommeille (Franceds Lar. Lang. fr.).
B. − Au fig.
1. [Le suj. désigne une pers.]
a) Être inactif, se laisser aller à la passivité. Le proverbe a bien raison: il n'est pire eau que l'eau qui dort. Moi, j'ai sommeillé quarante ans, sauf un ou deux écarts de jeunesse (Arnoux,Paris, 1939, p. 12):
Va, ne crains rien. Secoue avec un poing puissant Le siège apostolique où sommeille Innocent; Allume sa colère aux flammes de la tienne; Et qu'il songe à sauver la provence chrétienne Des légions de loups qui lui mordent les flancs... Leconte de Lisle,Poèmes trag., 1886, p. 94.
Empl. trans., rare. M. l'Églantin qui avait longtemps, à l'ombre de l'Institut, où il était conservateur de cartographie chimérique sommeillé son existence (Toulet,Comme une fantaisie, 1918, p. 96).
b) Faire preuve de négligence, de relâchement. Même le bon Homère sommeille quelquefois: les plus grands parmi nos maîtres, les plus exigeants envers eux-mêmes, ont tous sur la conscience quelque référence fausse, quelque contresens malencontreux (Marrou,Connaiss. hist.1954, p. 234).
c) [Le suj. est la personnification d'un idéal, d'une fonction, d'un comportement] Être à l'état latent en quelqu'un. La poésie est la sœur germaine de l'humour; dans tout vrai poète, un mystificateur sommeille. Malheur à lui et à nous s'il ne se réveille jamais! (Bremond,Poés. pure, 1926, p. 86).Il y a dans chaque français un plaideur qui sommeille, formaliste, obstiné, et qui sait son droit (Ambrière,Gdes vac., 1946, p. 261).
Loc. proverbiale. Tout homme a dans son cœur un cochon qui sommeille (A. Préault, 1879 ds Rob. 1985). L'homme le plus réservé peut à l'occasion se montrer licencieux en paroles ou en actes. [P. allus. littér.] Dans mon cœur dort na - na - na -na... C'est agaçant de ne pas pouvoir retrouver les paroles. Qu'est-ce qui peut bien dormir dans mon cœur?... Le cochon qui sommeille? songea-t-il en souriant (Martin du G.,Thib., Pénitenc., 1922, p. 860).
2. [Le suj. désigne une chose abstr. ou concr.]
a) [Le suj. désigne un affect, une faculté, une idée] Exister, être en puissance, à l'état latent en quelqu'un. Ce rôle, cette pièce, éveillèrent les coquetteries qui sommeillaient dans le cœur de Marthe (Goncourt,Ch. Demailly, 1860, p. 268).L'abstraction, la généralisation, l'analyse, la synthèse. Tous ces procédés généraux de la pensée, qui sommeillaient chez l'homme, mais que l'homme n'avait pas encore reconnus, entraient désormais au service de la raison humaine (Gds cour. pensée math., 1948, p. 229).
b)
α) Être momentanément sans objet, inactif, sans possibilité d'exister. Il m'a aimée un moment de bonne foi, ou plutôt il a cru m'aimer, mais l'ancien amour qui sommeillait a crevé le léger amour qui ne faisait que de naître et s'est rallumé plus fort que par le passé (Champfl.,Bourgeois Molinch., 1855, p. 182).L'expérience vient ensuite confirmer ces pressentiments; les besoins qui sommeillaient s'éveillent, se déterminent, prennent conscience d'eux-mêmes et s'organisent (Durkheim,Divis. trav., 1893, p. 258).
β) Être mis en sommeil, maintenu en l'état. À la suite de ce rejet, la question de l'achèvement du système monétaire de la république sommeilla jusqu'en l'an X (Shaw,Hist. monnaie, 1896, p. 138).On a décidé en effet dans une louable intention, pour que les dossiers ne sommeillent pas, que toute demande en concession serait immédiatement instruite sans attendre l'examen au fond (Chardon,Trav. publ., 1904, p. 330).
c) P. anal. Il lui a plu [au ruisseau], après avoir glissé, docile et muet, dans les prairies, de faire ici une légère pirouette et d'y amasser un peu de sable pour y sommeiller un instant avant de reprendre sa marche silencieuse et mesurée (Sand,M. Sylvestre, 1866, p. 245).
REM.
Sommeillage, subst. masc.,hapax. Fait de dormir à demi, de somnoler. D'ordinaire il dort profondément quand il en a besoin, au lieu qu'ici ce n'avait été tout le jour qu'un sommeillage, disait-il (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 196).
Prononc. et Orth.: [sɔmeje], [-mε-], (il) sommeille [-mεj]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Fin xies. judéo-fr. (Raschi Gl., éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, p. 132, 962: someil(l)ier « sommeiller »); 1remoit. xiies. « dormir » (Psautier Cambridge, éd. Fr. Michel, III, 5, p. 3: Jo dormi, e si sumeillai), vieilli dep. le xviies.; 2. 1remoit. xives. somoyller « dormir légèrement » (Roques t. 1, III, 2238); 1531 sommeiller « id. » (R. Estienne, Dictionarium, p. 137 recto ds Quem. doc. DDL). Dér. de sommeil*; dés. -er. Fréq. abs. littér.: 670. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 856, b) 1 094; xxes.: a) 1 385, b) 697.
DÉR.
Sommeillement, subst. masc.a) Action de sommeiller et, p. ext., somnolence. Un jour, M. F... fatigué par des labeurs incessants, a inventé le sommeillement, intermédiaire entre l'état de veille et celui de sommeil (Grison,Paris, 1882, p. 242).b) Mise en sommeil de quelque chose. Seule alors, elle s'installait à sa place aimée. Passant là des heures au soleil, elle usait leur lourdeur dans une vague rêvasserie de sieste, une sorte de sommeillement d'idées (Goncourt,MmeGervaisais, 1869, p. 29).[sɔmεjmɑ ̃]. 1resattest. 1869 sommeillement d'idées (Goncourt, loc. cit.), 1877 sommeillement « action de dormir » (Littré Suppl.); de sommeiller, suff. -ment1*. Cf. l'a. fr. someillement « sommeil » fin xiies. (Sermons St Bernard, 47, 22 ds T.-L.: somillement) − ca 1370 (Guillaume Briton, Vocab. lat.-fr., éd. E.-A. Escallier, p. 333, n o825: soumelemens), someillance « sommeil léger » 2emoit. xives. (Roques t. 1, IV-V, 2631: sommeillance), someillant « sommeil » xiiies. (Pass. D. N., ms. S. Brieuc, f o53c ds Gdf.: sommeillant), someillon « demi-sommeil » xiiies. ds T.-L. et Gdf.
BBG.Keller (H.-E.). Notes d'étymol. gallo-rom. et rom. Mél. Wartburg (W. von) 1968, t. 2, p. 239.

Wiktionnaire

Verbe

sommeiller intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Dormir d’un sommeil léger, d’un sommeil imparfait.
    • Sa femme gardait Abel endormi. Moïna, posée sur la bergère comme un oiseau dans son nid, sommeillait insouciante. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • Ribadier. — C’est égal ! on a bien raison de dire que tout homme a au fond de soi un poète qui sommeille !
      Thommereux. — Permets ! On n’a jamais dit un poète ! On a dit : "Un cochon".
      Ribadier. — Tu crois ?… Enfin, je savais bien que c’était quelque chose comme ça !…
      — (Georges Feydeau, Le Système Ribadier, 1892, acte II, scène 5)
  2. (Par extension) (Poétique) Dormir.
    • La nuit, quand tout sommeille.
  3. (Figuré) Être dans un état d’inactivité, d’inertie, en parlant de certaines choses.
    • La nature sommeille. - Son esprit sommeille. - Ses sens, ses passions sommeillaient encore.
    • C’est une bonne nouvelle : en Dutertre sommeillait un juriste sourcilleux des droits de l’homme. — (Drôles de zigs, Le Canard Enchaîné, 6 septembre 2017, page 5)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SOMMEILLER. v. intr.
Dormir d'un sommeil léger, d'un sommeil imparfait. Il n'avait pu dormir depuis quinze jours, mais il a sommeillé cette nuit. Je ne dormais pas tout à fait, je ne faisais que sommeiller. Par extension, et surtout dans le style poétique, il signifie Dormir. La nuit, quand tout sommeille. Il se dit, figurément, de Certaines choses qui sont dans un état d'inactivité, d'inertie. La nature sommeille. Son esprit sommeille. Ses sens, ses passions sommeillaient encore.

Littré (1872-1877)

SOMMEILLER (so-mè-llé, ll mouillées, et non so-mè-yé) v. n.
  • 1Dormir, être dans le sommeil. La nuit quand tout sommeille. Il élevait sa queue, il la faisait briller, Et cent mille autres badinages, Pendant quoi nul dindon n'eût osé sommeiller, La Fontaine, Fabl. XII, 18. Le quartier alarmé n'a plus d'yeux qui sommeillent, Boileau, Lutr. IV. Lorsque tout sommeillait dans l'ombre de la nuit, La Harpe, Mélanie, I, 4.

    Fig. Allez, où sont allés vos pères, Dormir auprès de vos aïeux ; De ce lit où la mort sommeille, On dit qu'un jour elle s'éveille, Lamartine, Méd. II, 4.

  • 2 Particulièrement. Dormir d'un sommeil léger, d'un sommeil imparfait. Je ne dormais pas tout à fait ; je ne faisais que sommeiller. On l'a interrogé [M. Fouquet] sur les octrois : il a fort bien répondu ; pourtant il s'est allé embrouiller sur certaines dates, sur lesquelles on l'aurait fort embarrassé, si on avait été fort habile et bien éveillé ; mais, au lieu d'être alerte, M. le chancelier sommeillait doucement, Sévigné, Lett. à Pompone, 24 nov. 1664. Au prélat sommeillant elle adresse ces mots, Boileau, Lutr. I. Comme on voit sommeiller cette pâle statue Qui montre, en nos jardins, Ariane abattue Posant sur un bras faible un front décoloré, P. Lebrun, Voy. de Grèce, II, 3.

    Par extension. Ne dis plus, ô Jacob, que ton Seigneur sommeille ; Pécheurs, disparaissez ; le Seigneur se réveille, Racine, Athal. III, 7.

    Fig. Censeur de ma chère paresse, Pourquoi viens-tu me réveiller Au sein de l'aimable mollesse Où j'aime tant à sommeiller ? Bernis, Épît. X, Paresse.

  • 3 Fig. Il se dit de ce qui est dans un état d'inactivité, d'inertie. La nature sommeille. Ses passions sommeillaient encore. Dans l'erreur du soupçon votre raison sommeille, Mairet, Soliman, II, 7. Tantôt, dans un cylindre où l'homme l'amoncelle, Il [le fluide électrique] sommeille, il attend la rapide étincelle, Delille, Trois règn. I. Qu'ils renaissent pour vous ces heureux entretiens Où le choc fait jaillir la flamme qui sommeille, Millevoye, Jalousies littér.
  • 4 Fig. Se laisser aller à quelque négligence. Il n'y a guère d'auteurs qui ne sommeillent quelquefois. Il est temps que tu t'éveilles : Dans le sang innocent ta main va se plonger, Tandis que tu sommeilles, Racine, Esth. III, 3.

    Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

HISTORIQUE

XIIe s. Sumeille la meie aneme [âme] pur ennui, Liber psalm. p. 184. Je dormi e si sumeillai e relevai ; kar nostre sire me rescout, Arch. des miss. scient. t. V, p. 145. Donez les moi [mes armes] por Dieu le droiturier ; Car trop laissons Berneçon sommillier ; Or le rirons [nous irons de nouveau], se Dieu plaist, esveillier, R. de Cambrai, 149.

XIIIe s. Mere, de quoi me chastiez ? Est-ce de coudre ou de taillier ? Ou de filer ou de broissier ? Ou se c'est de trop sommillier ? Romancero, p. 54. Couchier s'en va, plus n'i atent, Semlie bien et fermement, Ren. 17526. L'université qui lors iere [était] Endormie, leva la chiere ; Du bruit du livre s'esveilla, N'onc puis gaires ne someilla, la Rose, 12032. N'ot point de couche appareillie, Ne dras de lin, ne oreiller, à terre l'estut sommellier, Rutebeuf, II, 119.

XVIe s. Heureux quand je regarde Ses beaux yeux sommeiller, Ronsard, 189. [Caton] se renfonçant dans le lict, se remeit encores à sommeiller, Montaigne, I, 340.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « sommeiller »

→ voir sommeil
(c. 1155) sumeillier.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Sommeil ; provenç. someillar, sonelhar, sonilhar ; ital. sonnecchiare.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « sommeiller »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sommeiller sɔmeje

Citations contenant le mot « sommeiller »

  • Voici la morale parfaite : vivre chaque jour comme si c’était le dernier ; Ne pas s’agiter, ne pas sommeiller, ne pas faire semblant. De Marc-Aurèle / Pensées pour moi-même...
  • Chaque homme a dans son coeur - outre l'animal qu'on dit y sommeiller - un critique d'art bien éveillé !... De Jean Simard / Hôtel de la reine
  • Par l'amour, il peut arriver qu'on livre et reçoive quelque chose d'essentiel, qu'on sente s'épanouir ce qui pouvait sommeiller de meilleur au fond de soi... De Pierre Grandpré / La Patience des justes
  • Le problème de Thérèse, c’est qu’elle a passé sa courte vie à essayer d’expliquer que la sainteté était justement pour quelqu’un comme elle, capable de pas grand-chose de spécial : ramasser deux ou trois épingles, prier en sommeillant et en riant de sommeiller, rester dans un petit jardin pour des récréations avec des sœurs, supporter un ronflement ou un dentier d’une voisine qui tombe dans la soupe, et hop, le tour est joué, simplement parce qu’elle aime d’un grand amour, et qu’elle laisse Jésus faire tout en elle. Mais nous, ce dont on se souvient finalement, c’est qu’elle est carmélite, et on imagine quelque chose de très compliqué, et avant même d’avoir fini de penser à Thérèse, on a déjà décidé que ce n’était pas pour nous. , Péché et sainteté - Vivre en chrétien - Foi chrétienne - famillechretienne.fr

Images d'illustration du mot « sommeiller »

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Traductions du mot « sommeiller »

Langue Traduction
Anglais slumber
Espagnol sueño
Italien sonno
Allemand schlummern
Chinois 睡眠
Arabe قيلولة - نعاس
Portugais sono
Russe дремота
Japonais まどろみ
Basque slumber
Corse slumber
Source : Google Translate API

Synonymes de « sommeiller »

Source : synonymes de sommeiller sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « sommeiller »

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