La langue française

Solécisme

Définitions du mot « solécisme »

Trésor de la Langue Française informatisé

SOLÉCISME, subst. masc.

A. − GRAMM. Faute contre la syntaxe au regard de la grammaire ou de l'usage jugé correct à une époque donnée. Solécisme grossier. Le thème de concours de Charles est très bien, mais il a malheureusement fait deux solécismes (Hugo, Corresp., 1839, p. 562).Ce lettré qui avait accompagné de son éloquence châtiée et mélancolique tant de cadavres obscurs, n'eut sur sa tombe que la harangue pleine de solécismes d'un maire bègue et libre penseur (Arnoux, Écoute, 1923, p. 208).V. barbarisme ex. 1 et 3, bistourné ex. de Baudelaire.
P. méton. Mot fautif lui-même. Ce mot nous, dans l'Église catholique, est un solécisme, s'il ne se rapporte à tous (J. de Maistre, Pape, 1819, p. 81).
B. − P. ext. [Souvent suivi d'un adj. ou d'un compl. prép. de] Faute contre la règle, la norme, dans quelque domaine que ce soit. Elle remarque (...) dans les petites circonstances quotidiennes de la vie commune, de légers solécismes de goût (...) qui dénoncent chez le pauvre grand artiste les lacunes (...) de l'éducation première (Feuillet, Honn. d'artiste, 1890, pp. 199-200).Une revue littéraire, dans une chronique de quatre pages, avait salué « la beauté térébrante [sic] de ce génial solécisme artistique » (Aymé, Travelingue, 1941, p. 44).
Prononc. et Orth.: [sɔlesism̭]. Ac. 1694, 1718: solecisme; dep. 1740: -lé-. Étymol. et Hist. 1. 1265 gramm. solercisme (Brunet Latin, Trésor, I, 4, éd. F.-J. Carmody, p. 21); ca 1370 solöecisme (J. Le Fevre, Lamentations Matheolus, Leesce, I, 1089 ds T.-L.); 2. 1546 fig. id. (Rabelais, Tiers Livre, 11, éd. M. A. Screech, p. 89). Empr. au lat.soloecismus, empr. au gr. σ ο λ ο ι κ ι σ μ ο ́ ς « faute contre les règles du langage », dér. de σ ο λ ο ι κ ι ́ ζ ω « manquer aux règles du langage », dér. de σ ο ́ λ ο ι κ ο ς « qui fait des fautes en parlant », du nom d'une colonie d'Athéniens établis à Soles en Cilicie qui parlaient un mauvais patois. Fréq. abs. littér.: 38.
DÉR.
Soléciser, verbe intrans.[Corresp. à supra A] Faire des solécismes. Croyez que je ne m'exagère pas le mérite d'une phrase bien faite (...); un galant homme peut fort bien soléciser (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 5, 1863, p. 376). [sɔlesize]. 1reattest. 1548 soloeciser (Rabelais, Quart livre, Prologue, éd. R. Marichal, p. 24); de solécisme, d'apr. le gr. σ ο λ ο ι κ ι ́ ζ ω « manquer aux règles du langage », suff. -iser*.
BBG. Gohin 1903, p. 280 (s.v. soléciser).

Wiktionnaire

Nom commun

solécisme \sɔ.le.sism\ masculin

  1. (Linguistique) Faute contre les règles de la syntaxe.
    • Un barbarisme heureux reste dans une langue sans la défigurer ; des solécismes ne s’y établissent jamais sans la détruire. — (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1848)
    • Il les écoutait ainsi qu’un chef d’orchestre écoute répéter ses musiciens, et à tout moment frappant son pupitre de sa règle : « Monsieur Lefrère, monsieur Lefrère, vous faites un solécisme ! Vous ne vous rappelez donc pas la règle ?… » — (Guy de Maupassant, « La Question du Latin », dans Le Gaulois du 2 septembre 1886)
    • L’enfant dit : tu voulais que je vienne, ou : que j’aille, et il a raison. Il sait bien qu’en disant que je vinsse ou que j’allasse, ainsi que son maître, hier encore, le lui enseignait, il va se faire rire au nez de ses camarades, ce qui lui paraît beaucoup plus grave que de commettre un solécisme. — (André Gide, Incidences, Paris : Éditions de la "Nouvelle revue française", 1924)
    • Ah, Monsieur ! Que de phrases admirablement gréées ne perdîmes-nous pas du fait de l’arrêté ministériel du 26 février 1901 lequel implanta le solécisme au sein de la langue ; ne nous étonnons pas si, après cette opération inesthétique, la langue soit sujette à malformation. — (Xavier Darcos cité par Alain Bouissière, Le Bar du subjonctif, Hatier, 1999, page 50)
  2. (Figuré) Faute quelconque.
    • Si votre amant commet un solécisme et prend un orifice pour un autre, si, autrement dit, son sexe fourche, ne lui en tenez pas rigueur et enseignez-lui patiemment votre grammaire. — (Lydie Salvayre, Petit traité d’éducation lubrique, Paris : Éditions Points, 2016)
    • Le moindre solécisme en parlant vous irrite ;
      Mais vous en faites, vous, d’étranges en conduite.
      — (Molière, Les Femmes savantes, acte II, scène 7 ; Chrysale à Bélise)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SOLÉCISME. n. m.
Faute contre les règles de la syntaxe. Faire un solécisme. Il y a un solécisme dans cette phrase. Il se dit figurément et par plaisanterie d'une Faute quelconque. Un solécisme en conduite.

Littré (1872-1877)

SOLÉCISME (so-lé-si-sm') s. m.
  • 1Faute contre la syntaxe. Sur ce qui est observé que l'usage favorise souvent des solécismes, M. Chapelain dit qu'alors ces solécismes sont des élégances, Vaugelas, Rem. not. Th. Corn. t. I, p. 140, dans POUGENS. Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme, Boileau, Art p. I, 20. Combien de lettres supprimées par la prononciation, mais dont la suppression dans l'écriture serait un solécisme ! D'Olivet, Ess. gramm. I, 7. Tant pis pour qui ne fait pas de solécisme en parlant [dans la conversation] ; on pourrait dire que ces personnes-là lisent toujours et ne parlent jamais, D'Alembert, Œuv. t. III, p. 153. Quelquefois à la langue, en dépit du purisme, Ose faire présent d'un heureux solécisme, Scandale du grammairien, Delille, Convers. III.
  • 2 Fig. et familièrement. Faute quelconque. Le moindre solécisme en parlant vous irrite ; Mais vous en faites, vous, d'étranges en conduite, Molière, F. sav. II, 7. Il est parlé, dans les anciens auteurs, de solécismes en fait de gestes, Vigneul-Marville, Mél. d'hist. et de litt. p. 100.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SOLÉCISME, s. m. (Gram.) quelques grammairiens ont prétendu que ce mot, qui se dit en grec σολοικισμὸς, est formé de ces mots, σώου λόγου αἰκισμὸς, sani sermonis indigna corruptio, corruption d’un langage sain. Mais cette origine, quoiqu’ingénieuse & probable en soi, est démentie par l’histoire.

« Ce mot est formé de Σόλοικοι, qui signifie les habitans de la ville appellée Σόλοι, comme Ἄγροικοι, les habitans de la campagne ». [La terminaison οικοι vient de οἶκος, domus ; d’où οἰκείω, habito]. « De Σόλοικοι on a fait σολοικίζειν, imiter les habitans de la ville appellé Σόλοι, comme de Ἄγροικοι, ἀγροικίζειν, imiter les gens de la campagne ». Voyez Imitatif.

« Il y avoit deux villes de ce nom, l’une en Cilicie, sur les bords du Cydnus, l’autre dans l’île de Chypre. Ces deux villes, suivant un grand nombre d’auteurs, avoient été fondées par Solon. La ville qu’il avoit bâtie dans cette province, quitta dans la suite le nom de son fondateur, pour prendre celui de Pompée, qui l’avoit rétablie. A l’égard de celle de l’île de Chypre, Plutarque nous a conservé l’histoire de sa fondation. Solon étant passé auprès d’un roi de Chypre, acquit bientôt tant d’autorité sur son esprit, qu’il lui persuada d’abandonner la ville où il faisoit son séjour : l’assiette en étoit à la vérité fort avantageuse ; mais le terrein qui l’environnoit étoit ingrat & difficile. Le roi suivit les avis de Solon, & bâtit dans une belle plaine une nouvelle ville, aussi forte que la premiere, dont elle n’étoit pas éloignée, mais beaucoup plus grande & plus commode pour la subsistance des habitans On accourut en foule de toutes parts pour la peupler ; & il y vint sur-tout un grand nombre d’Athéniens, qui s’étant mêlés avec les anciens habitans, perdirent dans leur commerce la politesse de leur langage, & parlerent bientôt comme des barbares : de-là le nom σόλοικοι, qui est leur nom, fut substitué au mot βάρϐαροι, & σολοικίζειν, à βαρϐαρίζειν, qu’on employoit auparavant pour désigner ceux qui parloient un mauvais langage ». Mém. de l’acad. royale des Inscr. & Belles-lettr. tom. V. Hist. pag. 210.

Le nom de solécisme, dans son origine, fut donc employé dans un sens général, pour désigner toute espece de faute contre l’usage de la langue ; & il étoit d’abord synonyme de barbarisme.

Mais le langage des sciences & des arts, guidé par le même esprit que celui de la société générale, ne souffre pas plus les mots purement synonymes : ou il n’en conserve qu’un, ou il les différencie par des idées distinctives ajoutées à l’idée commune qui les rapproche. De-là la différence que les Grammairiens ont mise entre les deux mots, solécisme & barbarisme, & que M. du Marsais a exposée avec netteté au mot Barbarisme.

Théophraste & Chrysippe avoient fait chacun un ouvrage intitulé Περὶ σολοικισμῶν ; ce qui prouve l’erreur d’Aulu-Gelle, l. V. c. xx. qui prétend que les écrivains grecs qui ont parlé purement le langage attique, n’ont jamais employé ce mot, & qu’il ne l’a vu dans aucun auteur de réputation. (B. E. R. M.)

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Étymologie de « solécisme »

(1268) Emprunté au latin soloecismus, lui-même emprunté au grec ancien σολοικισμός, soloikismós (« faute contre le langage »), dérivé de σολοικίζω, soloikízô « manquer aux règles du langage », de σόλοικος, sóloikos « qui fait des fautes en parlant », du nom d’une colonie d’Athéniens établis à Soles, qui estropiaient la langue grecque.
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Lat. solœcismus, de σολοιϰισμός (voy. SOLÉCISER).

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Phonétique du mot « solécisme »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
solécisme sɔlesism

Citations contenant le mot « solécisme »

  • N’allez pas croire que ce titre renvoie à la manière dont Jane Birkin appellerait l’apparition vengeresse qui vient châtier Don Giovanni. Point de solécisme ici, même s’il va s’agir de la plus française des Anglaises : Felicity Lott, vivant argument contre le Brexit, gratifiée en 1996 du titre de Dame Commandeur de l’Empire britannique. La commandeur, donc, jouit dans le cœur des mélomanes français d’un statut bien particulier, parce que c’est en France que sa vocation s’est véritablement décidée, parce qu’elle a notamment eu à cœur de défendre notre musique alors que nous la négligions, et parce qu’enfin elle a su au tout début de ce siècle délicieusement s’encanailler en devenant un très belle Hélène et une grande Duchesse de Gérolstein. , Les lundis musicaux : Dame Felicity Lott - Paris (Athénée) - Critique | Forum Opéra
  • Là, il dicte sa loi aux choses, dans un violent parfum de cerfeuil. Il impose aux enfants, aux messieurs, aux vieilles dames et aux vicaires à bicyclette leur façon de vivre, de mourir ou de rendre jaloux les évêques par des avertisseurs spéciaux à mailloches et à poulies quand ils font du vélocipède. Rien ne résiste à sa tyrannie. Il impose à sa clientèle les lois du lyrisme absolu. « Il n’y a pas lieu de tolérer, dit-il, que les vieilles dames meurent autrement que cravatées d’un boa de plumes… » Et les vieilles clientes se conforment. Car l’autorité de Frédérique vient d’un tact littéraire parfait. Il ne souffre aucun solécisme. Il organise le trépas des chaisières et des crocodiles selon les lois de la poésie pure. www.lechorepublicain.fr, Redécouvrir Alexandre Vialatte : Histoires noires et histoires blanches - Clermont-Ferrand (63000)
  • Notons, enfin, la présence d’un petit lexique très intéressant en fin d’ouvrage, permettant de bien distinguer, se remémorer ou vérifier le sens de certaines notions, telles que « néologisme », « locution », « pléonasme », « solécisme », etc. Contrepoints, 3 livres pour les amoureux des mots | Contrepoints
  • C’est un solécisme. Le terme qui désigne la personne à qui s’adresse l’injonction est un complément d’objet indirect. Dans « ce que l’on vous a enjoint de faire », vous répond à la question « à qui ? », non à la question « qui ? ». Aussi doit-on dire et écrire « J’ai enjoint à Pierre de répondre », ainsi doit-on dire et écrire, si l’on veut adopter une autre construction, dans laquelle Pierre soit sujet, « Pierre a reçu l’injonction de répondre ». , On n'enjoint personne et personne n'est enjoint
  • Ce qui était bon le reste (voire s’améliore : « traversait » est une traduction très acceptable de « ran through »). Le solécisme dans la traduction disparaît, puisque « did » est maintenant traduit par un verbe lexical au passé simple (ce qui ne veut pas dire que l’analyse grammaticale soit maintenant correcte), et « dôme de plaisir » est une nette amélioration. En revanche, le contresens sur « decree » aboutit à une traduction absurde de « pleasure-dome » analysé comme modificateur : qu’est-ce donc qu’un « décret en forme de dôme de plaisir » ? The Conversation, Quand Google Translate traduit la poésie de Coleridge

Traductions du mot « solécisme »

Langue Traduction
Anglais solecism
Espagnol solecismo
Italien solecismo
Allemand solecism
Chinois 谬误
Arabe الانجذاب
Portugais solecismo
Russe солецизм
Japonais ソレシズム
Basque solecism
Corse solecismu
Source : Google Translate API

Synonymes de « solécisme »

Source : synonymes de solécisme sur lebonsynonyme.fr

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