La langue française

Sobriquet

Définitions du mot « sobriquet »

Trésor de la Langue Française informatisé

SOBRIQUET, subst. masc.

Surnom familier que l'on donne à une personne avec une intention moqueuse ou plaisante, faisant référence à des particularités physiques ou à des traits de caractère de cette personne, à son origine sociale ou géographique, à son métier, à une anecdote de sa vie ou encore formé sur un jeu de mots. Sobriquet grotesque, (peu) flatteur, (im)mérité; porter un sobriquet; affubler, gratifier d'un sobriquet; désigner sous un sobriquet. Son nom, que son accent corse lui faisait prononcer à peu près Napoilloné, lui valut des camarades le sobriquet de la paille au nez (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 79).Chez le comte de Paris il était connu sous le sobriquet du « prince » à cause de son élégance et de sa fierté (Proust,J. filles en fleurs, 1918, p. 749).V. aigrette ex. 38.
[Avec un caractère coll.] Tandis que la voix publique a imposé au peuple anglais, en le personnalisant, le nom d'un animal indompté, Jacques Bonhomme est le sobriquet que le Français d'autrefois se donna à lui-même (Barante,Hist. ducs Bourg., t. 1, 1821-24, p. 67).
P. anal. Désignation familière et imagée d'un objet, d'une notion. L'hésitation de mes périphrases, en ce moment, n'est-ce pas une dernière séquelle de cette formation chrétienne qui donne à l'instinct le sobriquet louche de « tentation »? (H. Bazin,Vipère, 1948, p. 245).
REM.
Sobriquer, verbe trans.,rare. Donner un sobriquet à quelqu'un. Je n'étais pas plutôt introduit par l'interne de service (...) dans la petite salle de six lits où couchait ce Brin d'Amour (nous l'avons, mes compagnons de chambrée et moi, sobriqué ainsi par antiphrase), que celui-ci commença à grommeler (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Mes hôp., 1891, p. 346).
Prononc. et Orth.: [sɔbʀikε]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1355 « petit coup sous le menton » (Arch. nat. JJ 84, pièce 390 ds Du Cange, s.v. barba1: Percussit super mentonem faciendo dictum le Soubriquet); 1398 (ibid. JJ 153, pièce 445, ibid.: Donna ... deux petits coups appellez Soubzbriquez, des dois de la main soubz le menton); 2. 1440-42 « raillerie, moquerie » (Lefranc, Champion des Dames, Livre III, éd. A. Fischer, 3160; cf. aussi Gdf. Compl.), sens fréq. au xvies., v. Hug.; 3. 1531 Dictionarium seu Latinal lingual Thesaurus, s.v. impouere, d'apr. K. Baldinger ds Actes du Colloque Internat. de Lexicogr., Wolfenbüttel, 1982, p. 15 « surnom » (R. Estienne). Étymol. obsc. Le sens du mot au xives. permet d'avancer l'évol. sém.: « coup, geste de dérision, attribution d'un sobriquet, sobriquet »; évol. que Bl.-W.1-5rapproche de celle du prov. escaissar « déchirer avec les dents, écorner », « se moquer, donner des surnoms », subst. verbal escais « surnom » (FEW t. 2, p. 316b). L'orig. même du mot demeure inc., soubz et briquet pouvant n'être qu'une altération d'une base qui échappe (cf. Dauzat Ling. fr., p. 259). Ni le lat. beccus « bec » (*bequet altéré en -briquet, Bugge ds Romania t. 31, 1874, p. 158), ni le m. néerl. bricke (-briquet dér. de briquer « battre le briquet » [cf. FEW t. 15, p. 278a] désignant p. anal. une chiquenaude [sous le menton], Guir. Étymol. obsc., p. 487) ne semblent des étymons satisfaisants. Fréq. abs. littér.: 120.

Wiktionnaire

Nom commun

sobriquet \sɔ.bʁi.kɛ\ masculin

  1. Surnom familier donné par dérision, moquerie ou même affectueusement et qui peut être fondé sur quelque défaut de corps ou d’esprit, ou sur quelque singularité.
    • Sa mère s’appelait Jeanne Mathieu ; son père s’appelait Jean Valjean, ou Vlajean, sobriquet probablement, et contraction de Voilà Jean. — (Victor Hugo, Les Misérables)
    • Il aura beau finasser, trancher du gentilhomme, payer des généalogistes pour lui attribuer une origine princière, peine perdue : le sobriquet, obstiné corbeau, croassera de toute la puissance de son gosier et dévoilera la provenance de l'oiseau. — (Nicolas Gogol, Les âmes mortes, 1842 ; traduction de Henri Mongault, 1949)
    • Il était prénommé Victor, mais comme il est coutume de donner aux plus jeunes des sobriquets d’amitié et qu’il était retors et rusé comme un renard, on l’avait surnommé le Tors. — (Louis Pergaud, Une revanche, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Et quand en 1840, notre vin de Moselle ne fut qu'un âpre verjus, nos vignerons, par dérision et par haine du Prussien, donnèrent sarcastiquement à ce vin imbuvable le sobriquet de : Hassenpflug. — (Culture française, Association internationale pour la culture française, 1966, n°15/16, page 17)
    • Leurs premiers mots furent des moqueries à l'encontre du boche, du chleuh, du vert-de-gris, du doryphore, chacun y allant d'un sobriquet le plus méprisant possible pour qualifier l'allemand pincé par une étrille. — (Philippe Lhommet, Cauchois d'hier et d'autrefois, TheBookEdition, 2013, page 153)

Nom commun

sobriquet

  1. Sobriquet.
    • « The Bard » is a sobriquet of English playwright William Shakespeare.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SOBRIQUET. n. m.
Sorte de surnom, qui le plus souvent se donne à une personne par dérision, et qui est fondé sur quelque défaut de corps ou d'esprit, ou sur quelque singularité. Sobriquet offensant, injurieux, plaisant, ridicule. Donner un sobriquet à quelqu'un.

Littré (1872-1877)

SOBRIQUET (so-bri-kè ; le t ne se lie pas ; au pluriel, l's se lie : des so-bri-kè-z injurieux ; sobriquets rime avec traits, paix, succès) s. m.
  • Surnom qu'on donne à une personne soit par dérision, soit autrement, et qui est fondé sur quelque particularité de corps ou d'esprit. L'histoire offre beaucoup de sobriquets : Charles le Mauvais, Guillaume le Roux, Robert Courte-Heuse, etc. J'aime les sobriquets qu'un corps de garde impose ; Ils conviennent toujours ; et quant à moi je di : Louis [Monseigneur, le fils de Louis XIV] le bien nommé, c'est Louis le Hardi, La Fontaine, Poésies mêlées, LXIV. Nous n'avons eu que Louis XIII qui ait eu ce beau surnom [de juste] ; Dieu sait comme il le méritait ; ce titre de juste fut la définition d'Aristide, et le sobriquet de Louis XIII, Voltaire, Lett. Mme de Graffigny, 22 mars, 1758. Ce Cheredin, vice-roi d'Alger, est le même que les auteurs nomment Barberousse ; ce sobriquet avait été donné à son frère, conquérant d'une partie des côtes de la Barbarie, mort en 1519, Voltaire, Ann. Emp. Charles-Quint, 1537. C'était autrefois du nom de janséniste que la méchanceté gratifiait les objets de sa haine ; ce sobriquet a vieilli ; celui d'encyclopédiste y a succédé, et ne tardera pas à vieillir de même, D'Alembert, Éloges, de Hautev. note 6. N'est-on pas las d'ambitions vulgaires, De sots parés de pompeux sobriquets ? Béranger, Comète.

HISTORIQUE

XIVe s. Le suppliant donna audit Michiel deux petits coups, appelez soubzbriquez, des dois de la main soubz le menton, Du Cange, barba.

XVIe s. Et voilà les sobriquets [propos railleurs] que ces soldats romains donnoient à leur empereur [J. César], qui ne s'en soucioit point, Brantôme, Bourbon. Sotbriquet, dicterium, R. Estienne, Dict. Le soubriquet de tremblant, duquel le douziesme roy de Navarre Sancho feut surnommé, Montaigne, I, 387.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SOBRIQUET. - ÉTYM. Ajoutez : M. Bugge, Romania, n° 10, p. 158, propose une conjecture : sobriquet ou soubzbriquet serait pour soubzbequet, petit coup sous le bec ; pour l'insertion de l'r comparez fanfreluche, pimprenelle. Il faut enregistrer la conjecture de M. Bugge.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

SOBRIQUET, s. m. (Littérature.) sorte de surnom, ou d’épithete burlesque, qu’on donne le plus souvent à quelqu’un pour le tourner en ridicule.

Ce ridicule ne naît pas seulement d’un choix affecté d’expressions triviales propres à rendre ces épithetes plus significatives ou plus piquantes ; mais de l’application qui s’en fait souvent à des noms de personnes considérables d’ailleurs, & qui produit un contraste singulier d’idées sérieuses & plaisantes ; nobles & viles, bisarrement opposées, telles que peuvent l’être dans un même sujet celles d’une haute naissance, avec des inclinations basses ; de la majesté royale, avec des difformités de corps, réputés honteuses par le vulgaire ; d’une dignité respectable, avec des mœurs corrompues, ou d’un titre fastueux, avec la paresse & la pusillanimité.

Ainsi lorsqu’avec les noms propres d’un souverain pontife, d’un empereur illustre, d’un grand roi, d’un prince magnifique, d’un général fameux, on trouvera joints les surnoms de Groin-de-porc, de Barberousse, de Pié-tortu, d’Eveille-chien, de Pain-en-bouche, cette union excitera presque toujours des idées d’un ridicule plus ou moins grand.

Quant à l’origine de ces surnoms, il est inutile de la rechercher ailleurs que dans la malignité de ceux qui les donnent, & dans les défauts réels ou apparens de ceux à qui on les impose : elle éclate sur-tout, à l’égard des personnes dont la prospérité ou les richesses excitent l’envie, ou dont l’autorité quelque légitime qu’elle soit, paroît insuportable ; elle ne respecte ni la tiare ni la pourpre, c’est une ressource qui ne manque jamais à un peuple opprimé ; & ces marques de sa vengeance sont d’autant plus à craindre, que non-seulement il est impossible d’en découvrir l’auteur, mais que ni l’autorité, ni la force, ni le laps de tems, ne sont capables de les effacer. On peut se rappeller à l’occasion de ce caractere indélébile, (s’il est permis d’user ici de ce terme), les efforts inutiles que fit un archiduc, appellé Frédéric, pour faire oublier le surnom de Bourse vuide dont il se trouvoit offensé : le peuple dans un pays où il étoit relegué le lui avoit donné dans le tems d’une disgrace qui l’avoit réduit à une extrème disette. Lorsqu’une fortune meilleure l’eut rétabli dans ses états, il eut beau pour marquer son opulence, faire dorer jusqu’à la couverture de son palais, le surnom lui resta toujours ; il faut aussi convenir que s’il eût fait du bien au peuple, au lieu de dorer son palais, son sobriquet eût été changé en surnom plein de gloire.

Il arriva quelque chose de semblable à Charles de Sicile, surnommé sans-terre, sobriquet qui ne lui avoit été donné, que parce qu’effectivement il fut long-tems sans états ; il ne le perdit point, lors même que Robert son pere lui eût cédé la Calabre.

Il est aisé de comprendre par ce qu’on vient d’observer de l’origine & de la nature des sobriquets, quelles sont les sources communes d’où on les tire. Toutes les imperfections du corps, tous les défauts de l’esprit des hommes, leurs mœurs, leurs passions, leurs mauvaises habitudes, leurs vices, leurs actions de quelque nature qu’elles soient, tout y contribue.

A l’égard de la forme, elle ne consiste pas seulement dans l’usage de simples épithetes, on les releve souvent par des expressions figurées, dont quelques-unes ne sont quelquefois que des jeux de mots, comme dans celui de biberius mero, pour Tiberius Nero, à cause de sa passion pour le vin ; & dans celui de cacoergete, appliqué à Ptolomée VII. roi d’Egypte, pour le qualifier de mauvais prince, par imitation d’évergete. qui désigne un prince bienfaisant ; tel est encore celui d’épimane, donné à Antiochus IV. qui au lieu d’épiphane ou roi illustre dont il usurpoit le titre, ne signifie qu’un furieux.

D’autres sobriquets sont ironiques & tournés en contrevérités, comme celui de poëte laureat, que les Anglois donnent aux mauvais poëtes.

Il y en a souvent dont la malignité consiste dans l’emprunt du nom de quelque animal ou de quelques personnes célebres, notées dans l’histoire par leurs figures ou leurs vices, dont on fait une comparaison avec la personne qu’on veut charger ; les Syriens tirerent de la ressemblance du nez crochu d’Antiochus VIII. au bec d’un griffon, le sobriquet de grypus qui lui est resté ; & l’on connoît assez dans l’histoire ancienne, les princes & les personnes célebres à qui on a donné ceux de bouc, ceux de cochon, d’âne, de veau, de taureau & d’ours, comme on donne aujourd’hui ceux de Silene, d’Esope, de Sardanapale, & de Messaline, aux personnes qui leur ressemblent par la figure, ou par les mœurs.

Mais de toutes les expressions figurées, celle qui forme les plus ingénieux sobriquets, (si l’on veut convenir qu’il y ait quelque sel dans cette sorte de production de l’esprit) c’est l’allusion fondée sur une connnoissance de faits singuliers, dont l’idée prête une sorte d’agrément au ridicule.

Ces différentes formes peuvent se réduire à quatre, qui font autant de genres de surnoms burlesques ; ceux dont la note est indifférente, ceux qui n’en impriment qu’une légere, ceux qui sont injurieux, & ceux qui sont honorables.

Pour donner lieu à ceux du premier genre, il n’a fallu qu’un attachement à quelque mode singuliere de coëffure ou d’habillement, quelque coutume particuliere, quelque action peu importante : ainsi les sobriquets de Pogonate ou Barbe longue, donnés à Constantin V. empereur de Constantinople ; de crépu, à Boleslas, roi de Pologne ; de grisegonelle, à Geoffroi I. comte d’Anjou ; de courte-mantel, à Henri II. roi d’Angleterre ; de longue-épée, à Guillaume, duc de Normandie ; & de hache, à Baudoin VII. comte de Flandres, n’ont jamais pu blesser la réputation de ces princes.

Les Romains appelloient signum, ce genre de surnoms, & l’action de le donner significare.

Ceux du second genre ont pour objet quelque légere imperfection du corps ou de l’esprit, certains evénemens, & certaines actions qui, quolqu’inocentes, ont une espece de ridicule. C’est ce que Cicéron a entendu par turpicula, subturpia, & quasi deformia. Si Socrate, par exemple, se montroit peu sensible au surnom de camard, beaucoup s’en trouveroient offensés : celui de cracheur n’étoit point honorable à Vladislas, roi de Bohème, &c.

Ceux du troisieme genre, sont beaucoup plus piquans, en ce qu’ils ont pour objet les difformités du corps les plus considérables, ou les plus grandes disgraces de la fortune, & dont la honte est souvent plus difficile à supporter, que la douleur qui les accompagne.

Ceux du quatrieme genre, n’ont pour objet que ce qu’il y a de plus rare dans les qualités du corps, de plus noble dans celles de l’esprit & du cœur, de plus admirable dans les mœurs, & de plus grand dans les actions. Le propre de ces surnoms est d’être caractérisés d’une maniere plaisante, & qui, quoiqu’elle tienne de la raillerie, ne laisse jamais qu’une idée honorable.

Ainsi les surnoms de bras-de-fer, & de cotte-de-fer, imposés l’un à Baudouin I. comte de Flandres, & l’autre à Edmond II, roi d’Angleterre, sont de vrais éloges de la force du corps dont ces princes étoient doués ; tel est aussi celui de temporiseur, presque toujours choquant, fait pour Fabius l’apologie de sa politique militaire, comme celui de sans-peur marque à l’égard de Richard duc de Normandie, & de Jean duc de Bourgogne, leur intrépidité.

Il y a des caracteres accidentels qui en établissent encore des genres particuliers. Les uns peuvent convenir à plusieurs personnes, comme les surnoms de borgne, de bossu, de boiteux, de mauvais : d’autres ne sont guere appliqués qu’à une seule, comme le surnom de Copronyme imposé à Constantin IV. & celui de Caracalla au quatrieme des Antonins.

Les sobriquets ou surnoms qui se donnent réciproquement les habitans d’une petite ville, d’un bourg ou d’un hameau, ne consistent ordinairement qu’en quelques épithetes si triviales & si grossieres, qu’il n’y auroit point d’honneur à en rapporter des exemples.

Il n’en est pas de même de ceux qui naissent dans l’enceinte des camps ; ils sont marqués à un coin de vivacité & de liberté particulieres aux militaires.

Il y en a enfin d’héréditaires, & qui n’ayant été d’abord attribués qu’à une seule personne, ont ensuite passé à ses descendans, & lui ont tenu lieu de nom propre. Tels sont la plupart des surnoms des Romains illustres, du tems de la république, que les auteurs de l’histoire romaine qui ont écrit en grec, ont cru leur être tellement propres, qu’ils ne leur ont ôté que la terminaison latine, comme Denis d’Halicarnasse l’a fait de ceux de Ῥοῦφος & de Κορνοῦτος ; car il ne faut pas s’imaginer, comme l’ont cru quelques antiquaires, que les magistrats sur les médailles desquels on lit les surnoms d’Ænobarbus, de Naso, de Crassipes, de Scaurus, de Bibulus, soient les hommes des familles Domitia, Axsia, Furia, Amilia, Calpurnia, qui avoient la barbe rousse, le nez long, des piés contrefaits, de gros talons, & qui étoient adonnés au vin. Il y a au contraire dans cette république, certaines familles qui n’ont tiré leur nom que d’un de ces sortes de sobriquets, que le premier de la famille a porté, comme la Claudia qui a tiré le sien d’un boiteux. La même chose est arrivée en notre pays, aussi bien que dans beaucoup d’autres.

Cependant ces surnoms tels qu’ils ont été, sont devenus d’un grand avantage dans la chronologie & dans l’histoire. Il faut convenir que si quelque chose est capable de diminuer la confusion que peut causer dans l’esprit une multitude d’objets semblables, tels que ce nombre prodigieux de rois & de souverains, qui dans les monarchies anciennes & modernes, se succedent les uns aux autres sous les mêmes noms ; c’est l’attention aux surnoms par lesquels ils y sont distingués. Ces surnoms nous aident beaucoup à reconnoître les princes, au tems desquels les événemens doivent se rapporter, & à y fixer des époques certaines.

L’usage en est nécessaire, pour donner aux généalogies des familles qui ont possedé les grands empires & les moindres états, cette clarté qui leur est essentielle.

C’est par le défaut de surnoms, que la généalogie des Pharaons, dont Josephe & Eusebe ont dit que les noms étoient plutôt de dignité que de famille, est si obscure. Combien au contraire la précaution de les avoir ajoutés aux surnoms tirés de l’ordre numéral, sauve-t-elle de méprises & d’erreurs dans l’histoire des Alexandres de Macédoine, des Ptolomées d’Egypte, des Antiochus de Syrie, des Mithridates du Pont, des Nicomedes de Bithynie, des Antonins & des Constantins de l’empire, des Louis & des Charles de France, &c. Si les épithetes de riches, de grands, de conservateurs, &c. dont les peuples honorerent autrefois quelques-uns des princes de ces familles, laissent dans la mémoire une impression plus forte que celles qui sont tirées de l’ordre progressif de premier, second, troisieme & des nombre suivans, les surnoms burlesques de nez de griffon, de ventru, de joueur de flute, d’effeminé, de martel, de fainéant, de balafré, n’y en font-ils pas une dont les traces ne sont pas moins profondes ? Horace faisant la comparaison du sérieux & du plaisant, ne feint point de donner la préférence à ce dernier.

Discit enim citius, meminitque libentius illud
Quod quis deridet, quam quod probat & veneratur.

Combien y a-t-il même de familles illustres dans les anciennes monarchies, & dans celle du moyen âge, dont les branches ne sont distinguées que par les sobriquets des chefs qui y ont fait des souches différentes ! On le voit dans les familles romaines, la Domina dont les deux branches ont chacune pour auteur un homme à surnom burlesque, l’un Calvinus, & l’autre Ahenobarbus ; & dans la Cornelia, de laquelle étoient les Scipions, où le premier qui a été connu par le surnom de Nasica, a donné son nom à une branche qui ne doit pas être confondue avec celle de l’Africain.

Une autre partie essentielle de l’histoire, est la représentation des caracteres des différens personnages qu’elle introduit sur la scene ; c’est ce que font les surnoms par des expressions qui sont comme des portraits en racourci des hommes les plus célebres ; mais il faut avouer que par rapport à la ressemblance qui doit faire le mérite de ces portraits, que les surnoms plaisans l’emportent de beaucoup sur ceux du genre sérieux.

Les premiers trompent rarement, parce qu’ils expriment presque toujours les caracteres dans le vrai ; ce sont des témoignages irréprochables, des décisions prononcées par la voix du peuple, des traits de crayon libres tirés d’après le naturel, des coups de pinceau hardis qui ne sont pas seulement des portraits de l’extérieur des hommes, mais qui nous représentent encore ce qu’il y a en eux de plus caché.

Ainsi l’obscurité de l’origine de Michel V. empereur de Constantinople, dont les parens calfatoient des vaisseaux, nous est rappellée par son surnom de Calaphates ; la basse naissance du pape Benoit XII, fils d’un boulanger françois, par celui de Jacques du Four, qui lui fut donné étant cardinal, & l’opprobre de l’ancienne profession de Valere Miximien devenu empereur, par celui d’Armentarius.

L’événement heureux pour le fils d’Othon, duc de Saxe, qui fut élevé à l’empire, & qui lorsqu’il s’y attendoit le moins, en apprit la nouvelle au milieu d’une partie de chasse, est signalé par le surnom de l’Oiseleur qui le distingue de tous les Henris.

L’empressement de l’empereur Léon pour détruire le culte des images, est bien marqué dans le terme d’Iconoclaste.

La mauvaise fortune qu’essuya Frédéric I. duc de Saxe, par la captivité dans laquelle son pere le tint, est devenue mémorable par le surnom de Mordu qui lui est resté.

La mort ignominieuse du dernier des Antonins, dont les soldats jetterent le cadavre dans le Tibre, après l’avoir traîné par les rues de Rome, ne s’oubliera jamais à la vue des épithetes de Tractitius & de Tiberinus, dont Aurelius Victor dit qu’il fut chargé.

Ainsi rien n’est à négliger dans l’étude de l’histoire ; les termes les plus bas, les plus grossiers ou les plus injurieux, & qui semblent n’avoir jamais été que le partage d’une vile populace, ne sont pas pour cela indignes de l’attention des savans.

M. Spanheim, dans son ouvrage sur l’usage des médailles antiques, tome II. s’est un peu étendu sur l’origine des sobriquets des Romains, en les considérant par le rapport qu’ont aux médailles consulaires, ceux des principales familles de la république romaine. M. de la Roque dans son traité de l’origine des noms, auroit dû traiter ce sujet par rapport à l’histoire moderne. M. le Vayer en a dit quelque chose dans ses ouvrages. Voyez sur tout les mémoires de l’acad. des Inscrip. & Belles-lettres. (Le chevalier de Jaucourt.)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « sobriquet »

L’étymologie de ce mot est inconnue. Son sens évolua de « petit coup sous le menton » (attesté en 1355 et 1398 sous la forme « soubriquet ») puis « raillerie », « moquerie » (sens fréquent au XVIe siècle) pour donner le sens de « surnom » attesté en 1531.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Picard, surpiquet. Origine inconnue. Diez prenant en considération l'orthographe sotbriquet, le tire de sot, et du vieux français briquet, mauvais drôle ; mais cette étymologie ne peut subsister devant l'historique. Le sens primitif est coup sous le menton ; puis le sens figuré est propos railleur, bon mot et surnom. Malheureusement, cela n'apprend rien sur l'étymologie.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Du français sobriquet, issu du moyen français soubriquet.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « sobriquet »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sobriquet sɔbrikɛ

Citations contenant le mot « sobriquet »

  • Quelqu'un disait que la providence était le nom de baptême du hasard ; quelque dévot dira que le hasard est un sobriquet de la providence. De Chamfort / Maximes et pensées, caractères et anecdotes
  • De petite taille, le moustique-tigre présente des caractéristiques physiques bien précises : on le reconnaît notamment à ses rayures noires et blanches situées sur son corps et ses pattes, qui lui valent son sobriquet. Pour se protéger de ses piqûres, il est recommandé de porter des vêtements longs, amples et clairs, ainsi que de poser des moustiquaires dans son habitat et d'utiliser des produits répulsifs cutanés. LaProvence.com, Santé | Vous détestez les moustiques ? Eux, au contraire, risquent de vous aimer de plus en plus | La Provence
  • Originaire de la ville de Côtes-de-Fer dans le Sud-Est, d’où le sobriquet « Nèg Kòtdefè », Samuel a vu le jour un 17 août. Il passe la grande partie de son enfance à Port-au-Prince, et c’est dans la capitale qu’il a commencé à chanter alors qu’il n’avait que six ans. « Je suis né dans une famille chrétienne. « Tout le monde chez moi était membre de chorale, je ne pouvais que suivre le courant », relate Samy-Gee qui a fait ses premiers pas au sein de la chorale « Rayons du Christ ». En 2008, après des années au service du Seigneur, le Cotiferrois tourne le dos à l’église et intègre le groupe « V-ten » avec lequel il remporte le premier prix du concours « Rèv pa m pou katye pa m » organisé par ONU-Habitat en 2010. Malgré cette victoire, le groupe V-Ten ne fera pas long feu. Samy-Gee passera bien vite à autre chose en intégrant Nalèz Mizik, une formation musicale qui se produisait dans les restos à Pétion-Ville aux dires de l’artiste. Le Nouvelliste, Ticket | Samy-Gee Nèg Kòtdefè, un artiste à découvrir !
  • Ce sobriquet, qui va leur être appliqué quelques années plus tard, est d’origine incertaine. Le nom pourrait venir d’une remarque adressée à un juge par George Fox, lui conseillant de “trembler (to quake) devant le nom de Dieu”. Le surnom de Quaker (“trembleur”) serait resté. Une autre explication affirme que le nom provient des manifestations de tremblement vécues par des fidèles lors de certaines expériences religieuses. Quant à la dénomination d’ “amis”, il est tiré d’une remarque de Jésus rapportée dans l’évangile de Jean : “Vous, vous êtes mes amis si vous faites ce que, moi, je vous commande.” (Jean 15, 14). Reforme.net, Qui sont les Quakers ? - Reforme.net

Images d'illustration du mot « sobriquet »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « sobriquet »

Langue Traduction
Anglais nickname
Espagnol apodo
Italien soprannome
Allemand spitzname
Chinois 昵称
Arabe كنية
Portugais apelido
Russe прозвище
Japonais ニックネーム
Basque ezizena
Corse nickname
Source : Google Translate API

Synonymes de « sobriquet »

Source : synonymes de sobriquet sur lebonsynonyme.fr

Sobriquet

Retour au sommaire ➦

Partager