La langue française

Quoi

Définitions du mot « quoi »

Trésor de la Langue Française informatisé

QUOI, pron. interr. et rel.

I. − Pron. interr. ou exclam., porteur du genre inanimé
A. − [En interr. dir.]
1. [Régime prép.] De quoi parlez-vous? De quoi se mêle-t-il? De quoi donc avez-vous peur? (Zola,Bonh. dames, 1883, p. 673).À quoi s'amuse cet homme? (Malègue,Augustin, t. 2, 1933, p. 214).
Pop. Quoi que. Puisqu'il n'souffre pu, c't'homme, à quoi qu'ça sert de l'laisser dans l'lit? (Maupass.,Contes et nouv., t. 1, Réveillon, 1882, p. 54).Ce pain? Qu'est-ce que c'est, le pain? Avec quoi que c'est-i fait, le pain? (Claudel,Tête d'Or, 1901, 3epart., p. 262).
2. [Régime dir. ou attribut]
a) [De l'inf. ou du gérondif] Pour aller où, pour quoi faire? (Zola,L'Œuvre, 1886, p. 369).Et en quoi f'sant qu'y a du bon? (Courteline,Train 8 h 47, 1888, 1repart., 6, p. 66).Le pouls est tellement faible... Quoi lui faire? (Romains,Hommes bonne vol., 1938, p. 34).
[Peut se trouver rejeté en fin de phrase] Adèle: Attendre quoi? Monsieur et Madame viennent de sortir (Becque,Parisienne, 1885, ii, 3, p. 289).
b) Pop. [En tête de phrase avec un verbe pers.] Qu'est-ce que. Quoi tu viens foutre? (Céline,Mort à crédit, 1936, p. 517).
Pop. Quoi que. Et si vous n'avez pas vu, quoi donc que vous avez cru entendre? (Bernanos,Crime, 1935, p. 740).
[En fin de phrase, après un verbe pers., empl. sous l'accent en tant que forme tonique de que] Recueillies par le Christ, elles seraient devenues quoi, ces malheureuses? (Huysmans,En route, t. 1, 1895, p. 98).
3. [Suj.] Quelque chose ne te plaît pas? Quoi?
[Peut figurer dans une prop. à verbe explicite, pour peu qu'il soit séparé de celui-ci par un mot ou une prop. en incise] Quoi donc t'étonne? (Flaub.,MmeBovary, t. 2, 1857, p. 228).Quoi, dans la vie, lui donnait le droit de parler ainsi? (Daniel-Rops,Mort, 1934, p. 372).
B. − [En interr. indir.]
1. [Régime prép.] Seule, la religieuse savait à quoi s'en tenir: elle avait l'habitude (Martin du G.,Thib., Sorell., 1928, p. 1158).Gilbert devrait comprendre à quoi il s'expose (Arland,Ordre, 1929, p. 244).
[Après le présentatif voici ou voilà] Voici en quoi ses parents l'avaient contrarié dans ses goûts (Maupass.,Contes et nouv., t. 1, Boitelle, 1889, p. 271).
2. [Régime dir. d'un inf.] Quand on les interroge sur des questions capitales... c'est une vraie pitié... Ils ne savent jamais quoi répondre (Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p. 217).
3. Fam. [Régime dir. d'un verbe pers.] Ce que. Je n'ai pas besoin de te dire Quoi me font faire tes... (Ponchon,Muse cabaret, 1920, p. 104).
C. − [Dans des empl. ell. surtout dans la lang. parlée]
1. [Invite à expliquer les raisons d'une interpellation] César: Quoi? Panisse: Depuis l'âge des chaussettes, tu m'empoisonnes, tu me tyrannises, tu me tortures, tu me supprimes! (Pagnol,Fanny, 1932, ii, 7, p. 149).
[Permet d'interroger sur un élément mal compris ou insuffisamment déterminé dans l'énoncé de l'interlocuteur]
[Sur un mot ou une phrase échappée à l'attention de celui qui interroge] − Elle est à l'Olympia. − Quoi? − Elle est à l'Olympia... et moi j'ai filé (Martin du G.,Devenir, 1909, p. 32).
[Sur un élément qui ne renvoie pour le locuteur à rien de précis] « On vous jouera un sketch. » Lecouvreur arrondit les yeux: « Un quoi? » (Dabit,Hôtel Nord, 1929, p. 171).Amédée: Ce sera l'autre? L'autre quoi? Le capitaine: L'autre femme, à la fin! Ne faites pas l'innocent (Audiberti,Quoat, 1946, 1ertabl., p. 16):
1. Il indique ses sources: − L'adjudant commandant le détachement de territoriaux qui fait les corvées au Q.G. du C.A. − Au quoi? − Au quartier général du corps d'armée... Barbusse,Feu, 1916, p. 46.
[Sur un compl. qui reste inexprimé] Je ne dirai pas que j'étais malheureuse. J'attendais. Quoi? Est-ce qu'on sait? (Maran,Batouala, 1921, p. 44):
2. − Mon cher, je n'ai pas pu, j'ai été empêchée. − Par quoi? − Par des... occupations. Maupass.,Contes et nouv., t. 1, Épingle, 1885, p. 1091.
[Sur une prop. qui reste implicite] − Bah! Ce n'est pas la première fois. − Que quoi?... − Que je suis restée (Rolland,J.-Chr., Adolesc., 1905, p. 331).
2. [En début de phrase pour marquer l'étonnement] Quoi! Quoi! qu'est-ce que c'est? Y a-t-il eu délit, oui ou non? (Genevoix,Raboliot, 1925, p. 45).Quoi, cette note presque gaie dans le plus grand drame de l'histoire? (Faure,Espr. formes, 1927, p. 211).
3. [Pour réfuter une objection possible ou pour motiver ce qu'on fait] Augustin se sentait ridicule. Mais quoi?... ce ne serait pas pour bien longtemps (Malègue,Augustin, t. 2, 1933, p. 57).
[En fin de phrase ou en incise, pour établir une connivence avec l'interlocuteur à propos de l'identification de ce dont il s'agit] Oui, un remède pour guérir cette chose du chat. Un bibelot quoi, je ne sais pas au juste (Giono,Colline, 1929, p. 66).
4. Fam. [Pour manifester la menace, le défi] De quoi? − À propos, Demachy, c'est ton tour de corvée. Tu prendras un sac et tu iras aux distributions... − De quoi? (Dorgelès,Croix de bois, 1919, p. 24).Alors je suis descendu et je lui ai dit: « Assez, ça vaut mieux, ou je vais te mûrir. » Il m'a répondu: « De quoi? » (Camus,Étranger, 1942, p. 1143).
5. Fam. [Dans une interr. alternative] Ou quoi? Synon. oui ou non?Ça m'a l'air d'un garçon pas ordinaire. Arrivé à pied, ou quoi? (Bernanos,Crime, 1935, p. 746).
6. Fam. [En fin de phrase résumant une énumération] Tout ce qu'ils possédaient, leur campagne, les charrettes, brancards en l'air, leurs enclos, la route, les arbres et même les vaches, un chien avec sa chaîne, tout quoi (Céline,Voyage, 1932, p. 17).
7. Quoi de + adj.Qu'y a-t-il de, qu'est-il de + adj. Quoi de neuf? Quoi de plus drôle, par exemple, que ce mariage (Radiguet,Bal, 1923, p. 18).Quoi d'étonnant qu'elle ait envie de tout briser? (Maritain,Primauté spirit., 1927, p. 155).
8. À quoi bon.Que sert-il de? À quoi bon se mêler de leurs affaires? (Zola,Nana, 1880, p. 1281).À quoi bon? Qui pourrait entrer? Papa! Ah bien oui! (Colette,Cl. école, 1900, p. 38).
Empl. subst. Au fond, un vide secret, un « à quoi bon », caché; peut-être le sentiment du bonheur qu'il n'avait pas su saisir (Rolland,J.-Chr., Buisson ard., 1911, p. 1255).Sans cesse m'arrête un « à quoi bon? » qui me fait, depuis quelque temps, reculer devant l'effort (Gide,Journal, 1933, p. 1165).
9. Je ne sais quoi.Quelque chose que je ne suis pas en mesure de préciser. Il y a une dissertation sur l'amour, une dissertation amenée par je ne sais quoi dans son esprit (Goncourt,Journal, 1894, p. 597).Ah! Cette tare de l'instruction! Je ne sais quoi me trahissait (Frapié,Maternelle, 1904, p. 4).Elle trouvait à me représenter que je ne sais qui ou quoi attendait cependant après moi (Gide,Symph. pastor., 1919, p. 889):
3. J'ai reçu de vous, le 23, douze lignes d'une écriture plutôt atroce et signées illisiblement, qui paraissent avoir été écrites au café, dans un mouvement soudain, sous l'empire de je ne sais quoi. Bloy,Journal, 1900, p. 313.
Je ne sais quoi de + adj.Il ne me déplaît pas... dans sa vulgarité même, il dégage je ne sais quoi de puissant (Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p. 31).
[Prend la place d'un élément qu'on ne saurait préciser] Dans les rues pavoisées, des oisifs badaudent, car c'est demain la saint je ne sais quoi (Colette,Cl. école, 1900, p. 180).
Empl. subst. Judith: Quel je ne sais quoi? Merckens, à mi-voix: Le diable au corps (Becque,Corbeaux, 1882, i, 6, p. 84).Toutefois, ce je-ne-sais-quoi par lequel nous devinons que l'être est, ce je-ne-sais-quoi est de tous le plus indéterminé et le plus suprêmement laconique (Jankél.,Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 16).
II. − Pron. rel. prép.
A. − [L'antécédent est un mot neutre ou indéf.] Tout ce à quoi elle tenait, elle le connaissait par cœur (Radiguet,Bal, 1923, p. 57).
B. − [P. arch., l'antécédent est un nom de chose] André Gide, pour qui l'art est la seule contrainte acceptable et devant quoi toute morale doit fléchir (Massis,Jugements, 1924, p. 12):
4. Toile blanche des longs dimanches de l'automne Dont la blancheur fait voir que le cœur est en sang, Contraste grâce à quoi la plaie est évidente Et saigne en rouges flots parmi le linge blanc. Rodenbach,Règne sil., 1891, p. 114.
C. − [Après la loc. prép. faute de ou le part. prép. moyennant; l'antécédent est une prop.] Il s'était engagé à ne pas se servir de ces pièces moyennant quoi, d'ailleurs, le gouvernement en a fait usage tout de même (Clemenceau,Vers réparation, 1899, p. 276).
Rem. Dans l'ex. suivant, quoi est, par exception, rel. non prép.; suivi de d'autre, il se substitue à que dans ce que: La prochaine fois, tu me parleras encore de Hérold, de Quillard, ou de ce quoi d'autre que tu auras sous la main (Gide, Corresp. [avec Valéry], 1898, p. 311).
III. − Pronom. indéf.
A. − [Dans les loc. concess. quoi que et quoi qui]
1. Quoi que. Quelle que soit la chose que. Je sentais, quoi qu'on fît pour nous égayer, la solitude et la sauvagerie de ce recoin de la terre (Loti,Mariage, 1882, p. 127).Quoi qu'il fasse, il se sent goujat, et il est inconsolable de ne traîner derrière lui qu'une goujate multitude (Bloy,Journal, 1900, p. 226).Quoi que tu veuilles, quoi que tu fasses, tu te mens dans le mensonge (Foch,Mém., t. 1, 1929, p. 11).
Quoi qu'il en soit. En tout état de cause. Quoi qu'il en soit, voici, grâce à M. Pierre-Quint, une question bien posée (Bremond,Poés. pure, 1926, p. 106).
2. Rare, littér. Quoi qui. Quoi qui arrive, rien ne pourra m'enlever cela (Montherl.,Pte Inf. Castille, 1929, p. 640).
B. − [Dans la loc. quoi que ce soit; en cont. « forclusif »] Synon. quelque chose (qui est vieilli ou littér. dans cet usage).
1. [En prop. interr. ou en prop. hyp.] S'il venait à manquer quoi que ce soit dans la maison, elle n'avait qu'à le dire (Guèvremont,Survenant, 1945, p. 101).
[En dehors du cadre strict de la prop. hyp.] Croire que l'on peut arriver à la perfection en quoi que ce soit, en n'ayant plus de regards que pour cela c'est le fait d'une petite intelligence (Gide,Journal, 1889, p. 822):
5. Méphistophélès déjoue l'esprit lui-même, comme le plus grand des ridicules, quand il fait prendre un intérêt sérieux à quoi que ce soit au monde, et surtout quand il nous donne de la confiance en nos propres forces. Staël,Allemagne, t. 3, 1810, p. 72.
[Dans une alternative] Dis-moi, comment est-ce qu'il faut faire et par où commencer? Mais que tu nommes le bonheur de l'homme bien-être ou quoi que ce soit d'autre, j'ai dit qu'il n'était pas une fin en soi (Claudel,Ville, 1901, iii, p. 487).
[Dans une phrase injonctive] Allons: dites quoi que ce soit! Nous ferez-vous attendre longtemps? (Claudel,Ville, 1893, ii, p. 360).
2. [Après une princ. nég. ou une situation équivalente]
[Après une princ. nég.] Notre romancier ne voit pas « en quoi le fait d'habiter Sarcelles » a quoi que ce soit de déprimant (Le Monde, 4 juill. 1964, p. 9, col. 3).
[Après non, non que, non pas que] Non point sollicité de briguer d'eux quoi que ce soit (Saint-Exup.,Citad., 1944, p. 626).
[Après trop... pour] Mais je suis un trop vieux routier pour me scandaliser de quoi que ce soit (Claudel,Corresp.[avec Gide], 1914, p. 220).
[Après un adj., un subst. ou un verbe de sens nég.] Le prince d'Agrigente était (...) entièrement dépourvu de quoi que ce fût de princier (Proust,Guermantes 2, 1921, p. 433).Vouloir détruire ou abolir quoi que ce soit, c'est folie (Massis,Jugements, 1923, p. 99).
3. [Après avant de ou avant que] Avant de faire quoi que ce soit, Madame, pensez à vos voisins (Fargue,Piéton Paris, 1939, p. 231).
4. [Après sans ou sans que] :
6. Nous avons vécu quelque temps heureux. Nous avons eu un fils le 24 juillet 1925. Puis brusquement, sans la moindre explication, et sans que j'ai [sic] à me reprocher quoi que ce soit, mon mari m'a laissée alors que l'enfant était âgé de quinze mois. L'Astrologie à l'œuvreds Horoscope, avr. 1964, n o169, p. 47.
C. − Fam. [Dans la tournure comme quoi]
1. [Introduisant une interr. indir.] Synon. de comment.Germain raconta comme quoi il avait été forcé de ramener la petite Marie (Sand,La Mare au diable, XV ds Grev.1969, § 995).
2. [Introduisant une rel.] Synon. de selon lequel, suivant lequel.Le colonel Renaud a fait un rapport comme quoi la visite du général Bübrer a peut-être contribué (X. E.P., 10 août 1938ds Dam.-Pich. t. 7 1940, § 3107).
[L'antécédent peut être toute une prop.] Synon. de ce qui prouve que, ce qui permet de dire que, à la suite de quoi je puis dire que.Et Démophon grandit, vécut, souffrit, mourut en effet comme un homme. Comme quoi il faut laisser faire les dieux (Guéhenno,Journal « Révol. », 1938, p. 113):
7. Avec la musique en plus, un haut-parleur qui bramait « ô mon amour, à toi toujours », il y avait vraiment de quoi laisser courir le long de son échine le frisson de la douce existence; et comme quoi il est prouvé qu'on peut très bien ne pas penser à la mort de Louis XVI, et tout de même continuer à exister avec au moins une apparence humaine, et du plaisir dans le cœur. Queneau,Pierrot, 1942, p. 23.
D. − [Dans la loc. pronom. indéf. n'importe quoi] J'avais envie d'embrasser quelque chose, n'importe quoi: c'était l'amour qui préparait son piège (Maupass.,Contes et nouv., t. 1, Print., 1881, p. 387).On ne devrait jamais acheter rien qu'avec de l'amour. N'importe qui, n'importe quoi devrait toujours être à celui qui l'aime le mieux (Gide,Journal, 1896, p. 89).
E. − [Dans la tournure de quoi]
1. De quoi + inf.Ce qu'il faut, ce qui est nécessaire pour + inf. A-t-il de quoi vivre? J'ai de quoi rêver, de quoi m'émouvoir (Colette,Sido, 1929, p. 121).V. supra ex. 7.
2. Il n'y a pas de quoi + inf.Il n'y a pas lieu de. Laissez-moi tranquille, il n'y a vraiment pas de quoi mousser parce que j'ai déchiffré quelque chose (Colette,Cl. école, 1900, p. 29).Il n'y a pas de quoi, vraiment, être si fière d'une maison (Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p. 24).
[En réponse à des remerciements ou à des excuses dont on dit, par politesse, qu'ils n'ont pas de raison d'être] Le gamin haussa les épaules, disant: « Il n'y a pas de quoi! » Je lui aurais flanqué une gifle avec satisfaction (G. Leroux,Myst. ch. jaune, 1907, p. 60).
3. Fam. Avoir de quoi.Avoir les moyens. Il est honnête, il a donc de quoi (Augier,Effrontés, 1861, iii, 8 ds Le Bidois 1967, § 536).
Rare, en empl. subst. Vous avez bien le temps et le de quoi, marmonnait le vieux (Malègue,Augustin, t. 1, 1933, p. 205).
Prononc. et Orth.: [kwa], homon. coi. Ac. 1694, 1718: quoy; dep. 1740: quoi. Étymol. et Hist. A. Pron. interr. 1. a) ca 1050 en syntagme prép., dans le style dir. (Alexis, éd. Chr. Storey, 131); b) ca 1170 id., dans le style indir. (Beroul, Tristan, éd. E. Muret, 3412); 2. a) ca 1170 sans prép. (= pron. interr. que) (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 13); b) ca 1180 ell., interj. (Marie de France, Fables, II, 18 ds T.-L.). B. Pron. rel. en syntagme prép. 1. 1174-76 avec un antécédent désignant une chose ou, en a. fr., une pers. (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2991); 2. a) ca 1165 se rapportant à ce qui vient d'être dit, à la situation, etc. ici spéc. i ot de quei « il y avait de quoi, il y avait une bonne raison pour cela » (Troie, éd. L. Constans, 11946, t. 2, p. 207); 1773 il n'y a pas de quoi (D'Alembert, Lettre à Voltaire, 9 janv. ds Littré); b) 1176-81 de coi « ce qu'il faut pour cela » avoir de coi « avoir les moyens pour faire cela » (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 4834); 1260 avoir de coi « avoir les moyens, être assez riche » (E. Boileau, Métiers, XXIV, I, éd. R. de Lespinasse et F. Bonnardot, p. 53). C. Rel. indéf. 1179 loc. quei que « quelle que soit la chose que » (Philippe de Thaon, Comput, 3315, ibid.); fin xives-déb. xves. quoy que ce soit (Quinze joies de mariage, éd. J. Rychner, XI, 113); 1580 quoy qu'il en soit (Montaigne, Essais, I, 17, éd. P. Villey, p. 74). Du lat. quid « quoi, quelle chose » neutre du pron. interr. quis « qui ». Fréq. abs. littér.: 30 603. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 33 039, b) 37 993; xxes.: a) 45 624, b) 54 166. Bbg. Bonnard (H.). Le Système des pron. qui, que, quoi en fr. Fr. mod. 1961, t. 29, pp. 168-182, 241-251. − Breazeale (E.). Some observations on a modern colloquial use of quoi. Mod. Lang. J. 1939, t. 23, pp. 608-609. − Gougenheim (G.). L'Emploi des pron. interr. que et quoi devant l'inf. In: [Mél. Iordan (I.)]. Bucarest, 1958, pp. 351-355; les Pron. interr. que et quoi. Fr. mod. 1949, t. 17, pp. 85-90. − Henkel (W.), Muller (Ch.). Ce dont-de quoi. Praxis. 1972, t. 19, pp. 220-221. − Heriau (M.). Le Verbe impersonnel en fr. mod. Lille-Paris, 1980, t. 1, p. 334, 486; t. 2, pp. 922, 923. − Hirschbühler (P.). La Synt. des rel. indépendantes. In: [Mél. Pohl (J.)]. Bruxelles, 1980, pp. 115-130. − Jokinen (U.). Les Rel. en m. fr. Helsinki, 1978, pp. 23-24, 44-46, 98-119. − Koopman (H.). Qq. probl. concernant que/quoi... In: Lefebvre (Cl.). La Synt. comparée du fr. standard et pop. S.l., 1982, t. 1, pp. 135-166. − Martin (R.). Le Mot rien et ses concurrents en fr. Paris, 1966, pp. 75-81; Qq. réflexions sur le système rel.-interr. qui/cui//que-coi en anc. fr. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1967, t. 5, pp. 97-122. − Moignet (G.). Le Système du parad. qui/que/quoi. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1967, t. 5, n o1, pp. 75-95. − Morel (M.-A.). Ét. sur les moy. gramm. et lex. propres à exprimer une concess. en fr. contemp. Thèse, Paris, 1980, pp. 270-271, 425-433, 456-457. − Obenauer (H.-G.). Ét. de synt. interr. du fr.: quoi, combien et le complémenteur. Tübingen, 1976, pp. 82-132. − Quem. DDL t. 19. − Sandfeld (Kr.). Synt. du fr. contemp. 1. Les Pron. Paris, 1965, pp. 320-327; p. 353, 375, 377, 379. − Schalk (F.). Nochmals zum je ne sais quoi. Rom. Forsch. 1974, t. 86, pp. 131-138.

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

QUOI. Pronom relatif invariable
, qui tient lieu de Lequel, laquelle, tant au singulier qu'au pluriel, lorsqu'il est précédé d'une préposition; il ne se dit que des Choses. Ce sont des choses à quoi vous ne prenez pas garde. Il n'y a rien sur quoi l'on ait tant disputé. La raison pour quoi. Il s'emploie aussi absolument et signifie Quelle chose. Voilà de quoi je voulais vous parler. Je devine à quoi vous pensez. Il y a dans cette affaire je ne sais quoi qui me semble louche. Dites-moi en quoi je puis vous servir. Voici sur quoi je veux le questionner. Il a manqué à son ami, à son bienfaiteur, en quoi il est doublement coupable, En cela il est doublement coupable. C'est en quoi vous vous trompez, C'est en cela que vous vous trompez. De quoi, Ce qui est nécessaire pour, ce qu'il faut pour. J'ai de quoi vous répondre. Cette prétention a de quoi me surprendre. Donnez-moi de quoi écrire. Nous avons de quoi vivre, de quoi nous amuser. Pop., Avoir de quoi, Avoir de l'argent, être dans l'aisance. C'est un homme qui a de quoi. Il n'y a pas de quoi me remercier, Il n'y a pas un sujet suffisant de me faire des remerciements. On dit aussi familièrement dans ce sens : Il n'y a pas de quoi. Moyennant quoi, À cette condition. On a demandé à ce prisonnier sa parole de ne pas s'évader, moyennant quoi il a été laissé en liberté. En termes de Procédure, Quoi faisant, en quoi faisant, En faisant laquelle chose. Je ne sais quoi ou, substantivement, Un je ne sais quoi, se dit d'une Qualité, d'un sentiment indéfinissable. Elle a un je ne sais quoi, ce je ne sais quoi qui charme, qui séduit. Je ne sais quoi m'avertissait que je devais me défier de lui. Fam., Comme quoi, Comment. Prouvez-lui comme quoi il se trompe. Quoi que, Quelque chose que. Quoi qu'il arrive. Quoi qu'il en soit. Quoi que vous fassiez. Quoi qu'on en dise.

QUOI est aussi pronom interrogatif et signifie Quelle chose? Quoi de plus heureux que ce qui vous arrive? De quoi est-il question? À quoi pensez-vous? En quoi puis-je vous être utile? Sur quoi vous fondez-vous? Absolument, Quoi? que dites-vous? Eh bien, quoi? À quoi bon? À quoi cela sert-il? Pourquoi? À quoi bon l'interroger? Il ne répondra rien.

QUOI est aussi exclamatif et sert à marquer l'étonnement, l'indignation, etc. Quoi! vous avez fait cette imprudence! Quoi donc! vous osez me braver en face! On y ajoute quelquefois l'interjection Eh. Eh quoi! vous n'êtes pas encore parti!

Littré (1872-1877)

QUOI (koi), pronom conjonctif indéclinable, signifiant quelle chose ou laquelle chose, servant pour les deux genres et les deux nombres, mais employé comme complément et non pas comme sujet ; on ne s'en sert pas en parlant des personnes ; il ne prend l'emploi de sujet que dans la locution composée quoi que, quoi qui.
  • 1Il s'emploie avec les noms indéterminés. Ce à quoi nous pensons. Ce sur quoi nous disputons. C'est en quoi vous vous trompez. Il n'est rien à quoi je ne sois disposé. C'est tout ce de quoi j'ai besoin, Malherbe, V, 7. Et tel blâme en autrui ce de quoi je l'estime, Régnier, Sat. V. Ce contre quoi vous devez être plus en garde, c'est contre cet état de tiédeur et de négligence dans les fonctions qui en anéantit tout le fruit, Massillon, Confér. Zèle contre les scandales.
  • 2Il s'emploie d'une manière indéterminée aussi, pour représenter toute une proposition. Vous avez cité Cicéron, en quoi vous vous êtes trompé. Flatter ceux du logis, à son maître complaire ; Moyennant quoi votre salaire Sera force reliefs de toutes les façons, La Fontaine, Fabl. I, 5. Un marchand grec en certaine contrée Faisait trafic ; un bassa l'appuyait, De quoi le Grec en bassa le payait, La Fontaine, ib. VIII, 18. Il [renard] relevait sa queue, il la faisait briller, Et cent mille autres badinages, Pendant quoi nul dindon n'eût osé sommeiller, La Fontaine, ib. XII, 18.

    En termes de palais, quoi faisant, en quoi faisant, en faisant laquelle chose.

    Le tout quoi, tout ce dont il s'agit.

  • 3L'Académie dit que quoi s'emploie quelquefois pour le pronom relatif lequel, laquelle, tant au singulier qu'au pluriel, tant au masculin qu'au féminin.

    On s'en sert avec les mots chose, point, qui ont quelque chose d'indéterminé. En bonne foi, ce point sur quoi vous me pressez Est une affaire aussi qui m'embarrasse assez, Molière, le Dép. II, 1. L'éducation des enfants est une chose à quoi il faut s'attacher fortement, Molière, Fourber. II, 1. Il y a de certaines choses sur quoi on se trouve disposé à souffler du bonheur, comme du temps des fées, Sévigné, 29 déc. 1679. Voilà de bien belles choses à quoi saint Clément ne pense pas, Bossuet, Nouv. myst. 14. Deux points à quoi je m'attache, et que je voudrais imprimer profondément dans vos esprits, Bourdaloue, myst. Ascens. de J. C. t. I, p. 393.

    On s'en sert aussi quand on peut assimiler la chose ou l'idée dont il s'agit à quelque chose d'indéterminé. C'est donc la pensée qui fait l'être de l'homme, et sans quoi on ne le peut concevoir, Pascal, dans COUSIN. C'est un infortuné… qui, retombant sur son propre cœur, n'y trouve que lui-même, c'est-à-dire ses peines, ses dégoûts, ses inquiétudes, ses terreurs, avec quoi il puisse s'entretenir, Massillon, Carême, Prière 2. La somme de 39238 livres de France, à quoi se monte le total des deux envois, Voltaire, Lett. à Cath. 81. Nous perdons l'unité de notre existence, en quoi consiste notre tranquillité, Buffon, Morc. choisis, p. 66. C'est encore ici une des raisons pour quoi je veux élever Émile à la campagne, Rousseau, Ém. I. La mort seule, à quoi les athées veulent tout réduire, a besoin qu'on écrive en faveur de ses droits ; car elle a peu de réalité pour l'homme, Chateaubriand, Génie, I, V, 1.

    Enfin, dans le XIIe siècle, en n'hésitait pas à employer quoi avec tous les noms de chose comme le conjonctif ordinaire, et cet usage, loin d'être à rejeter, est aussi logique qu'élégant et rapide. C'est l'assidu travail à quoi je me soumets, Racan, Ps. 29. Ce blasphème, seigneur, de quoi vous m'accusez, Corneille, Andromède, I, 2. …Avec une adresse vigoureuse à quoi il ne s'attendait pas, je lui tirai le cimeterre du fourreau, Scarron, Rom. com. II, 14. Est-ce un sujet pour quoi Vous fassiez sonner vos mérites ? La Fontaine, Fabl. IV, 3. Ce n'est pas le bonheur après quoi je soupire, Molière, Tart. III, 3. Je trouve que je manque à faire plusieurs choses à quoi je suis obligé présentement, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 7. Nous sommes en peine de savoir si vous riez quand on vous harangue ; c'est une incommodité à quoi je craignais que vous ne fussiez sujette, Sévigné, 26. M. de Longueville… ouvre la barrière derrière quoi ils étaient retranchés [les Hollandais], et tue le premier qui se trouve sous sa main, Sévigné, 3 juill. 1672. Mme de Coulanges… voulut bien nous faire part des contes avec quoi l'on amuse les dames de Versailles, Sévigné, 6 août 1677. Il en a fait une autre [lettre] qui, en vérité, est plus plate que la feuille de papier sur quoi elle est écrite, Sévigné, 16 oct. 1676. Faites-vous envoyer les Fables de la Fontaine ; elles sont divines… c'est une manière de narrer et un style à quoi l'on ne s'accoutume point, Sévigné, à Bussy, 20 juill. 1679. Cette censure du monde à quoi, malgré nous, vivants et mourants, nous sommes livrés…, Bourdaloue, Carême, t. I, p. 254.

  • 4Quoi non précédé d'un substantif, s'emploie pour joindre deux propositions. Dites-moi en quoi je puis vous servir. Voilà sur quoi je veux que Bajazet prononce, Racine, Bajaz. I, 3. À l'inquisition l'on force bien l'accusé de deviner de quoi on l'accuse, mais on ne le juge pas sans dire sur quoi, Rousseau, Lett. de la Mont. 6.

    Absolument. Toujours une soif et un besoin d'argent, en paix comme en guerre c'est [le jeune Sévigné] un abîme de je ne sais pas quoi ; car il n'a aucune fantaisie, Sévigné, 429.

    Ne connaître qui ni quoi (proprement, ni quelle personne, ni quelle chose), ne faire attention à rien. Comme vous êtes roi, vous ne considérez Qui ni quoi…, La Fontaine, Fabl. V, 18.

    Ni quoi ni qu'est-ce, aucune chose. Il ne dit ni quoi ni qu'est-ce. Sans dire quoi ni qu'est-ce, au mépris de sa flamme, Le causeur est allé lui chanter même gamme, Th. Corneille, l'Amour à la mode, V, 2.

  • 5De quoi…, ce qui est nécessaire pour… capable de… Cléopâtre a de quoi vous mettre tous en poudre, Corneille, Pomp. II, 2. J'ai de quoi me défendre et de quoi vous répondre, Rotrou, Vencesl. I, 1. Là, cette femme [une devineresse] emplit sa bourse, Et, sans avoir d'autre ressource, Gagne de quoi donner un rang à son mari, La Fontaine, Fabl. VII, 15. C'est un garçon de quarante ans, qui a de quoi vivre, Lesage, Diable boit. 10. Sa fille [de Charles 1er], depuis mariée au frère de Louis XIV, restait au lit, n'ayant pas de quoi se chauffer, Voltaire, Louis XIV, 4. Lorsque nous sommes méchants, nous avons de quoi devenir meilleurs, Condillac, Traité anim. II, 9. Il était dans l'âge où l'on est sensé, quand on a de quoi l'être, Marmontel, Cont. mor. Bonne mère.

    Avoir de quoi, avoir le pouvoir de, avec un nom de chose pour sujet. Sa mort a de quoi vous apprendre La honte qu'il prévient et qu'il vous faut attendre, Corneille, Pomp. IV, 1. Voici de quoi détruire et de quoi renverser Ce colosse orgueilleux si fort à terrasser, Rotrou, Bélis. IV, 5. On ne partait qu'à trois heures ; c'était de quoi dormir la grasse matinée, Sévigné, 375. Une telle imposture a de quoi me surprendre, Voltaire, Mérope, IV, 2.

    Absolument. Ne vous inquiétez pas ; en vérité, il n'y a pas de quoi, Genlis, Théât d'éduc. la Bonne mère, III, 4.

    Il n'y a pas de quoi, se dit, dans le langage familier, pour se défendre d'un remercîment qu'on trouve trop grand. Il n'en ordonne pas moins des prières pour remercier Dieu de ce qu'il n'y a eu que trois ou quatre cents malheureux qui aient été brûlés ; je m'imagine que Dieu répondra qu'il n'y a pas de quoi, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 9 janv. 1773.

    De quoi, pris substantivement. Où pourrai-je trouver de quoi te faire un don Qui puisse tenir lieu d'une reconnaissance ? Je l'ai, mon Dieu, j'ai ce de quoi Te faire une agréable offrande, Corneille, Imit. IV, 13.

  • 6De quoi, ce qui suffit. Ils trouvaient aux champs trop de quoi, La Fontaine, Fabl. I, 8. Et que, tant que le jeu me laissera de quoi, Si tu prends à crédit, j'irai payer pour toi, Th. Corneille, Galant doublé, V, 3. Un huissier… Qui vend table et couchette Et trouve encor de quoi Pour le roi, Béranger, On s'en fiche.

    Populairement. Avoir de quoi, être dans l'aisance. Vous devriez, ma fille, en l'âge où je vous voi, être riche, contente, avoir fort bien de quoi, Régnier, Sat. XII. Il faut aider les malheureux qui n'ont pas de quoi, Carmontelle, Prov. le Lièvre, sc. 2.

    Substantivement. De quoi, l'avoir. L'on ne m'a pas donné depuis trois années la moitié de ce qu'il m'a fallu pour subsister, et j'ai consommé mon petit de quoi, Lettres de Chénier, ingénieur des mines, à Colbert, 20 nov. 1668, Lettres, etc. de Colbert, IV, 582.

  • 7De quoi, de ce que. Je ne m'étonne plus de quoi je gagne tant, Corneille, Gal. du Palais, IV, 13.

    Voilà bien de quoi ! ce n'est pas la peine de tant se récrier. Hé bien ! qu'est-ce que cela, soixante ans ? voilà bien de quoi ! c'est la fleur de l'âge, Molière, l'Av. II, 6.

    Est-ce là tant de quoi ? est-ce une chose si grave ? est-ce là de quoi faire tant de bruit ? Angélique : Hé bien, ta perfidie est-elle en évidence ? - Alidor : Est-ce là tant de quoi ? Angélique : Tant de quoi ! l'impudence ! Après mille serments il me manque de foi, Et me demande encor si c'est là tant de quoi, Corneille, Place Roy. II, 3.

  • 8Comme quoi, voy. COMME, n° 4.
  • 9Je ne sais quoi, voy. SAVOIR.
  • 10Quoi que, quelque chose que, toutes les choses que. Quoi qu'il arrive. Quoi qu'il en soit. Quoi que c'en soit… je craindrais fort de vous être indifférent, Guez de Balzac, liv. IV, lett. 16. Prête à souffrir un siége et soutenir pour vous Quoi que du ciel injuste eût osé le courroux, Corneille, Sophon. III, 6. À quoi qu'en reprenant on soit assujettie, Je ne m'attendais pas à cette repartie, Molière, Mis. III, 5. Tu crois, quoi que je fasse, Que mes propres périls t'assurent de ta grâce, Racine, Bajaz. II, 1. Enfin, quoi que ce puisse être que le soleil, il ne paraît nullement propre à être habité, Fontenelle, Mond. 4e soir. Souvenez-vous, quoi que le cœur vous dise, De ne former jamais nulle hantise Qu'avec des gens dans le monde approuvés, Rousseau J.-B. Épît. II, 6.

    Quoi que, avec de et un substantif. Et, quoi que mon amour ait sur moi de pouvoir, Je ne consulte pas pour suivre mon devoir, Corneille, Cid, III, 3. Quoi qu'on ait pour soi-même ou d'amour ou d'estime, Corneille, Tite et Bérén. I, 2.

    Cette façon de parler n'est pas française, il fallait dire, quelque pouvoir que mon amour ait sur moi, Acad. sentim. Cid. Cet arrêt ne peut être ratifié. La tournure est logique et bonne.

    Quoi que ce soit, avec une négation, rien. Il n'a pu réussir à quoi que ce soit. Je n'en témoignai quoi que ce soit [de ce que je savais], et je demeurai dans ma conduite ordinaire à l'égard de M. le cardinal [Mazarin], Retz, II, 74.

  • 11Quoi qui, quelque chose qui. Dans chaud, le d ne se prononce jamais, quoi qui suive, Chifflet, Gramm. p. 212. Quoi qui vous afflige, soyez toujours constant, ID. ib. p. 64. Il est dommage que cette tournure soit tombée en désuétude.
  • 12Quoi interrogatif, quelle chose ? En quoi différons-nous d'avis ? à quoi de fâcheux devons-nous nous attendre ? Hélas ! de quoi me sert ce dessein salutaire, Si pour en voir l'effet tout me devient contraire ? Corneille, Héracl. I, 1. Il [Dieu] leur donne [aux illustres païens] pour récompense la gloire des hommes ; récompense qui ne vient pas jusqu'à eux, qui s'efforce de s'attacher, à quoi ? peut-être à leurs médailles ou à leurs statues déterrées, Bossuet, Louis de Bourbon. Mais à quoi auraient abouti tant de qualités héroïques, si Dieu ne l'avait éclairé ? Fléchier, Turenne. À quoi vous divertissez-vous, à quoi passez-vous le temps ? vous demandent les sots et les gens d'esprit, La Bruyère, XXII. Si j'allais dire la même chose [qu'elle est jolie] à une demoiselle comme vous, elle me recevrait bien, je crois. - Émilie : C'est selon. - Hubert : C'est selon quoi ? Th. Leclercq, Prov. dram. les Préventions, sc. 23.

    Quoi… que ? quelle chose… si ce n'est… ? À quoi vous y occupez-vous, qu'a des inutilités dont votre foi gémit en secret ? Massillon, Avent, Concept. À quoi se réduit l'Évangile tout entier qu'à cette vérité ? Massillon, Mystères, Visitat.

    De quoi, pourquoi, d'où ? (locution vieillie). Revenez, belles fugitives ; De quoi versez-vous tant de pleurs ? Malherbe, II, 4. De quoi donc connaissez-vous monsieur ? Molière, Am. méd. II, 2.

    De quoi, pour en quoi ? (locution vieillie). De quoi peut satisfaire un cœur si généreux Le sang abject et vil de ces deux malheureux ? Corneille, Pomp. IV, 2.

  • 13Quoi pris elliptiquement peut être considéré comme sujet. Quoi ? que dit-il ? On sait ce que c'est, quoi ? Quoi de plus heureux que ce qui vous arrive ? Dict. de l'Acad. Quand on dit que le chaud n'est que le mouvement de quelques globules… cela nous étonne ; quoi ? que le plaisir ne soit que le ballet des esprits ? Pascal, Pens. XXV, 10 éd. HAVET.

    C'est cet usage qui justifie Lamartine d'avoir fait de quoi un sujet dans une phrase où il n'est pas pris elliptiquement : Quoi donc était hier ce qu'il sera demain ? Jocel. 2e époque.

  • 14Quoi ! interjection qui marque l'étonnement, l'indignation, etc. Quoi ! mes plus chers amis ! quoi ! Cinna ! quoi ! Maxime ! Les deux que j'honorais d'une si haute estime ! Corneille, Cinna, IV, 1. Son pays le crut fou, petits esprits ! mais quoi ! Aucun n'est prophète chez soi, La Fontaine, Fabl. VIII, 26. Le roi voulait le faire arrêter dans Vaux : Quoi ! au milieu d'une fête qu'il vous donne ? lui dit la reine, Racine, Fragm. hist. Fouquet. Quoi donc ! répondit Télémaque, pouvais-je refuser à Calypso de lui raconter mes malheurs ? Fénelon, Tél. IV. Quoi ! ce sénat n'avait fait évanouir tant de rois que pour tomber lui-même dans le plus bas esclavage de quelques-uns de ses plus indignes citoyens ! Montesquieu, Rom. 15.

    On y ajoute quelquefois l'interjection eh. Eh quoi ! vous n'êtes pas encore parti !

REMARQUE

1. Ce pronom quoi a donné occasion à plusieurs de la compagnie de demander si cette manière de parler ordinaire à plusieurs auteurs : quoi de plus noble ? quoi de plus glorieux ? devait être tolérée, Acad. observ. sur Vaugel. p. 68, dans POUGENS. L'Académie condamna cette locution ; condamnation qui n'a pas été ratifiée.

2. Corneille l'a dit d'une personne, avec un sens indéterminé : On vous les a nommés, mais sans vous les prescrire ; On vous obéira, quoi qu'il vous plaise élire, Corneille, D. Sanche, I, 2. Voy. à l'historique des exemples de cet emploi dans Perceforest, dans Commines et dans Montaigne.

HISTORIQUE

XIe s. Et dist al rei : de quei avez pesance [chagrin] ? Ch. de Rol. LXV.

XIIe s. N'ai fil ne fille de quoi fasse mon hoir, Ronc. p. 122. [Son beau visage] Par quoi mes cuers [mon cœur] se mist en l'acointance, Couci, XVII. Bele Yolans, je vous chastoi ; Ma fille estes, faire [je] le doi. - Ma dame mere, es-vous de coi ? Romancero, p. 53. Mere, de coi me chastoiez ? Est-ce de coudre ou de tailler ? ib. p. 54. Li plus hardis des trois voussist [voudrait] estre à Paris, Pour coi Mansel [les Manceaux] ne fussent de lor vies saisi [maîtres], Sax. XXIV.

XIIIe s. Ma volonté ferez, quoi qu'il doie couster, Berte, CXII. Dont [il] i a bien de quoi je me doie esmaier, ib. XXXIX. [Impôts établis] De quoi la povre gent estoit moult malbaillie, ib. LX. Coi ! dist une autre, c'avés dit ? Lai d'Ignaurès. Bel-acueil ne s'ose complaindre, Ne dire li [à elle] quoi ne comment, la Rose, 12764. L'ocoison pour quei il sont bani, Bibl. de chartes, 2e sér. t. III, p. 423. Et le roy me respondi que il n'avoit de quoy, Joinville, 212.

XIVe s. À quoi le savez-vous ? dist la dame erranment ; Et celle li a dist : je le sais vraiement. Guesclin. 148.

XVe s. Ceux de Calais virent bien que le secours en quoi ils avoient fiance leur estoit failli, Froissart, I, I, 320. Les manieres des assauts, comment et de quoi, je le vous veux declarer, et pleinement deviser, Froissart, I, I, 257. Et se retrairent les François à leur logis et passerent la nuit à paix et aise ; ils avoient bien de quoi [sujet], Froissart, II, III, 23. Donnez-lui du vostre largement ; s'il vous demande quoi que ce soit, accordez-lui tout ; car c'est la voie par laquelle vous le gagnerez, Froissart, III, IV, 50. Et faisoit on plusieurs exactions, specialement sur ceux qu'on sçavoit avoir de quoy, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1418. [L'avocat au client :] Amis, fay la geline pondre, Et apporte assez, c'est de quoy ; Car en ton faict goute ne voy, Deschamps, dans Hist. litt. de la Fr. t. XXIV, p. 416. Andromata, qui estoit assise au plus près de Blanche, pour quoy la journée se faisoit…, Perceforest, t. III, f° 8. Les gens de quoy ils s'estoient faitz forts n'y estoient point joinctz, Commines, I, 3. Le roy envoya devant faire excuse audit connestable de quoy il l'avoit tant fait attendre, Commines, III, 11. Ainsi ala Guillaume Bernard parler au comte, lequel le mena en sa chambre et luy demanda quoy nous ne savons, le Jouvencel, f° 66, dans LACURNE.

XVIe s. Diogenes interrogé à quelle heure doibt l'homme repaistre, respondit : Le riche, quand il aura faim ; le paoure, quand il aura de quoy, Rabelais, Pant. IV, 64. La nation de quoy estoit le conte, Montaigne, I, 22. Ces circonstances à quoy ils veulent asservir leur foi, Montaigne, I, 36. À quoi faire fuit on la servitude des courts, si… ? Montaigne, I, 51. Quoy qu'il en soit, je ne vouldrois pas…, Montaigne, I, 59. Mais quoy ? les…, Montaigne, I, 73. L'un se plainct de quoy [de ce que] la mort lui rompt le train…, Montaigne, I, 79. N'avoir de quoy payer, Montaigne, I, 119. Je sçay bon gré à la fortune dequoy ce feut un gascon que…, Montaigne, I, 118. Ces vers ont je ne sçay quoy de plus vif, Montaigne, I, 222. L'ame a de quoy recevoir et de quoy donner, Montaigne, I, 279. Ce Labienus, de quoy je parle, eut plusieurs envieux de sa vertu, Montaigne, II, 89. Ils voyent que rien ne rend les hommes subjects à sa cruauté [du tyran], que les biens ; qu'il n'y a aucun crime envers luy digne de mort, que le de quoy [l'avoir], La Boétie, 67. [Le peuple] estant encor pincé par la subtile main des financiers, c'est merveille dequoy il subsiste, Lanoue, XIII. …Et c'est dequoy. nous parlerons à la fin, Lanoue, 21. Solon estoit filz d'Excestides, homme qui avoit dequoy moyennement, Amyot, Solon, 1. Sa mere estoit cousine germaine de la mere de Pisistratus ; au moyen dequoy il y eut du commencement amitié grande entre eulx, Amyot, ib. Je ne te dis chose, que je ne te montre de quoy, si tu veux venir en mon cabinet, Palissy, 46. Le tout quoy, pour obvier aux abus, sera reprins…, Coust. génér. t. II, p. 976.

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Étymologie de « quoi »

Du latin quid.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Bourg. quei ; du lat. quid (portant l'accent tonique), neutre de quis, qui.

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Du latin quid.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « quoi »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
quoi kwa

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Traductions du mot « quoi »

Langue Traduction
Anglais what
Espagnol qué
Italien che cosa
Allemand was
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Portugais o que
Russe какие
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Basque zer
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Synonymes de « quoi »

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