La langue française

Obombrer

Définitions du mot « obombrer »

Trésor de la Langue Française informatisé

OBOMBRER, verbe trans.

Vieilli ou littér.
A. − Couvrir d'une ombre. Quelques poils commençaient à obombrer les commissures de ses lèvres (Gautier, Fracasse, 1863, p.27).La chapelle existait toujours (...). Les échafaudages de l'Alpinic-Railway ne l'obombraient plus (Queneau, Pierrot, 1942, p.216).
En partic. [Le plus souvent dans la lang. mystique] Couvrir (d'une ombre) pour protéger; protéger. Les anges l'obombraient de leurs ailes (Ac.).Des passants noirs, obombrés de parapluies difformes, s'entrecroisaient (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p.157).L'âme (...) a trouvé la paix et la vertu du Seigneur l'obombre (Claudel, Corona Benignitatis, 1915, p.383):
1. ... tu aurais eu jusqu'au bout un compatissant appui; ma jeunesse aurait obombré ton âge, et mon bras puni le rieur qui aurait levé ton voile. Borel, Champavert, 1833, p.232.
B. − Au fig.
1. Cacher, recouvrir, dissimuler. Les caricatures de Goya renferment, dit-on, quelques allusions politiques; mais il faut bien les chercher à travers le voile épais qui les obombre (Th. Gautier dsLar. 19e):
2. L'âme, ici-bas, a créé le corps de l'autre côté du voile, dans l'aveuglement et dans la nuit. La matière a été obombrée [it. ds le texte], c'est-à-dire qu'il y a eu entre la source et l'écran interposition d'un dessin (ou d'un dessein), d'un contour, d'une idée particulière ainsi réfléchie, traduite et reproduite, création d'un champ, d'une activité fermée et assujettie à une fin propre. Claudel, Poète regarde Croix, 1938, p.175.
2. Assombrir, rendre terne, triste. Quittez cette livrée de mélancolie et de misère qui obombre vos avantages naturels et vous inspire une injuste défiance de vous-même (Gautier, Fracasse, 1863, p.97).Mon esprit subtilement actif, que n'obombre aucune inquiétude (Gide, Journal, 1930, p.1012).L'amitié que Mounnezergues avait maintenant pour lui, mais qu'obombraient en ce moment les sournois échos de sa jeunesse (Queneau, Pierrot, 1942, p.146).
En emploi part. passé adjectivé. Mais, toujours, elle apparaissait lointaine, minuscule, obombrée, comme exilée de son propre drame (Bloy, Femme pauvre, 1897, p.64).
Prononc. et Orth.: [ɔbɔ ̃bʀe]. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1. 1121-34 fig. «couvrir de son ombre» ici en parlant du Saint-Esprit, (Philippe de Thaon, Bestiaire, 2530 ds T.-L.); 2. ca 1355 veue obumbree «couverte d'une ombre» (Guillaume de Digulleville, Pélerinage de l'âme éd. J. J. Stürzinger, 302); 3.1512 «éclipser l'influence de quelqu'un» (Jean Lemaire de Belges, Illustr., éd. J. Stecher, I, p.85). Empr. au lat. obumbrare «ombrager, couvrir d'ombre; obscurcir, dissimuler, couvrir». Fréq. abs. littér.: 12.

Wiktionnaire

Verbe

obombrer \ɔ.bɔ̃.bʁe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Ombrager, couvrir de son ombre. Note : Il ne s’emploie guère que dans le sens mystique.
    • Les anges l’obombraient de leurs ailes.
    • Les ailes des anges m’ont obombré, mon cher et respectable ami ; j’ai le brevet pour Ferney plus favorable que je n’avais osé le demander et l’espérer — (Voltaire, Lettre au Comte d'Argental, 3 juin 1759)
    • Quelques poils commençaient à obombrer les commissures de ses lèvres, quoiqu’elle les arrachât soigneusement avec des pinces. — (Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse, 1863)
  2. (Littéraire) Assombrir, rendre triste.
    • La proéminence de l’arcade de l’œil, quoique très-élégamment coupée, obombre le regard et ajoute encore à cette mélancolie. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Les caricatures de Goya renferment, dit-on, quelques allusions politiques, mais en petit nombre ; elles ont rapport à Godoï, à la vieille duchesse de Benavente, aux favoris de la reine, et à quelques seigneurs de la cour, dont elles stigmatisent l’ignorance ou les vices. Mais il faut bien les chercher à travers le voile épais qui les obombre. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpentier, 1859)
    • Mon esprit subtilement actif, que n’obombre aucune inquiétude, sourit à la plus humble et plus aimable pensée, comme ma chair à l’azur, au soleil, et mon cœur à tout ce qui vit. — (André Gide, Journal, II, 1926-1950, Gallimard, Pléiade, 1997, page 232)
    • Les couleurs s’obombrent. — (Alain Damasio, La Horde du Contrevent, Folio SF, 2013, page 205)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

OBOMBRER. v. tr.
Couvrir de son ombre. Il ne s'emploie guère que dans le sens mystique. Les anges l'obombraient de leurs ailes.

Littré (1872-1877)

OBOMBRER (o-bon-bré) v. a.
  • 1 Terme mystique. Couvrir d'une ombre. Les anges l'obombraient de leurs ailes. Dieu m'a fait la grâce de m'obombrer par le P. Lacourbe, Parole de Mme Guyon, dans Mém. de Mme de Maintenon, par LABAUMELLE, t. IV, ch. 13.

    Par extension. Les ailes de mes anges [Voltaire appelait M. et Mme d'Argental ses anges] m'ont obombré, mon cher et respectable ami ; j'ai le brevet pour Ferney plus favorable que je n'avais osé le demander et l'espérer, Voltaire, Lett. d'Argental, 3 juin 1759.

  • 2 Fig. Éclipser, mettre dans l'ombre (peu usité en ce sens). M. de Vendôme ne disputa rien à M. du Maine, et il évita sagement d'en être obombré, Saint-Simon, 126, 134.

HISTORIQUE

XVIe s. Obombrer, Cotgrave

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Étymologie de « obombrer »

Lat. obumbrare, de ob, et umbra, ombre.

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Emprunt savant au latin obumbrare (« ombrager »), composé de ob- et de umbrare.
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Phonétique du mot « obombrer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
obombrer ɔbɔ̃bre

Citations contenant le mot « obombrer »

  • Bien sûr les juifs venant de pays démocratiques ont plus de mal à se convaincre de peur de perdre leurs acquis si durement gagnés. Malheureusement la démocratie et la réussite arrivent à nous détourner de droit chemin et à obombrer nos valeurs réelles et éternelles. Nous avons autant d'obligations que Dieu dans notre alliance,  lui ne nous n'oublie jamais ! AlianceFR.com, Le dilemme du juif : choisir et renoncer ou choisir sans renoncer par Brigitte BARKATZ | Alliance le premier magazine de la communauté juive, actualité juive, israel, antisémitisme info
  • Je n'avais pourtant pas fait d'effort particulier pour obombrer mon propos. Le Devoir, Vivement le retour du bon sens | Le Devoir
  • Rien, sinon l'art, où excelle la dramaturge Yasmina Reza, main de fer sous une prose de velours, d'obombrer les réjouissances, de dynamiter les conventions, saccager les familles, déchirer les couples, lézarder les amitiés, ruiner les illusions et railler l'esprit de sérieux. On verra ainsi combien il est difficile de faire tenir, fût ce en chien de fusil, un cadavre dans une valise rouge. Une scène qui mêle la noirceur de Thomas Bernhard à la drôlerie du «Père Noël est une ordure». Bibliobs, Yasmina Reza, déesse du carnage, et prix Renaudot 2016
  • Avec sa troisième épouse, de 18 ans sa cadette, le mariage va rapidement s’obombrer. L’épouse n’aurait pas accepté le fils de Lucien Godard, né de sa seconde union. Aujourd’hui trentenaire, le fils est venu raconter « les mesquineries de sa belle-mère, son emprise sur mon père, l’univers invivable. Il l’a déjà purgé sa peine, pendant les 20 ans de vie commune » souffle-t-il, encore à fleur de peau. , Monnetier-Mornex | « Mon père est devenu fou, il va tuer ma mère »
  • Mais la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 était affectée de graves erreurs, à commencer par son légicentrisme. Et n’oublions pas que, afin d’obombrer les conditions douteuses de son retour au pouvoir, De Gaulle a laissé de côté en 1958 la thématique des droits et libertés. La nouvelle Constitution a d’ailleurs repris pour l’essentiel les textes de 1946, alors sous influence marxiste… Contrepoints, « Nous souffrons d’un mal en apparence incurable : la tyrannie du statu quo. » | Contrepoints
  • À ma souvenance, la salacité peut demeurer quiète en autant que le zélateur narre le faix. Je vous saurai donc gré de ne pas trop obombrer une femme délétère, mon tout à fait libidineux Mathieu, puisqu’à l’endroit de votre jactance, votre vain babil pourra éventuellement s’en retrouver… hiémal. L’actualité, Les filles ne sont pas drôles | L’actualité

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Traductions du mot « obombrer »

Langue Traduction
Anglais obscure
Espagnol oscuro
Italien oscuro
Allemand obskur
Chinois 朦胧
Arabe غامض
Portugais obscurecer
Russe затенить
Japonais あいまい
Basque ilundu
Corse oscura
Source : Google Translate API

Synonymes de « obombrer »

Source : synonymes de obombrer sur lebonsynonyme.fr

Obombrer

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