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Labyrinthe

Définitions du mot « labyrinthe »

Trésor de la Langue Française informatisé

LABYRINTHE, subst. masc.

I. − MYTH. et HIST. ANTIQUE. Vaste enclos antique comportant un réseau de salles et de galeries, souterraines ou en surface, enchevêtrées de manière qu'on puisse difficilement en trouver l'issue. Le labyrinthe de Lemnos; le labyrinthe de Crète ou dédale. Ainsi le fameux labyrinthe d'Égypte représentait les douze maisons du soleil, auquel il était consacré par douze palais, qui communiquaient entre eux (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 36).Lorsqu'Ariane (...) accompagna Thésée aux portes du labyrinthe pour l'aider à tuer le monstre (Balzac, Physiol. mar.,1826, p. 70).
[P. allus. à la légende du labyrinthe de Crète] Un labyrinthe où, pour se diriger, il n'était pas besoin du fil d'Ariane (Sandeau, Sacs,1851, p. 33).Lamarck a véritablement trouvé le fil d'Ariane du labyrinthe universel (Martin du G., J. Barois,1913, p. 289).
II. − P. anal. [Gén. avec un adj. déterminatif ou un compl. prép. introd. par de précisant l'ensemble désigné (au sing.) ou la nature de ses éléments constitutifs (au plur.)] Ensemble formant un réseau compliqué d'éléments dans lesquels il est possible de se perdre.
A. − Cour. Synon. littér. dédale, lacis.Labyrinthe inextricable, immense, tortueux.
1. [Dans l'espace]
a) [Le labyrinthe concerne une construction] Labyrinthe de corridors, d'escaliers, de chambres; labyrinthe de carrefours; le labyrinthe du métro. En revenant, je me suis perdu dans ce prodigieux labyrinthe d'une ville de 1.500 mille âmes (Michelet, Journal,1834, p. 749).Battant d'un pied pressé, (...) l'écho mort de ce labyrinthe de maisons sans nom et d'hôtels borgnes (Goncourt, Ch. Demailly,1860, p. 343).Mon œil a parcouru ces docks, ce labyrinthe d'entrepôts inquiétants où la taille humaine ne peut s'évaluer (Cocteau, Crit. indir.,1932, p. 130).
SYNT. Labyrinthe de colonnes, de couloirs, de cabinets secrets, de salons, de vestiaires, de galeries; labyrinthe d'édifices, de petites rues, de jetées, de môles, de digues.
b) [Le labyrinthe concerne un paysage naturel ou aménagé] Labyrinthe de chemins, de sentiers, de vallées, de grottes, de rivières; labyrinthe aquatique, lacustre et marécageux, montagneux, souterrain. Labyrinthe de jardins, de vergers, de palais, de ruisseaux, où l'œil se perdait (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 208).Ils s'enfonçaient de plus en plus, au milieu d'un labyrinthe de buissons (Zola, Faute Abbé Mouret,1875, p. 1411).V. dédale ex. 3 et Hugo, Rhin, 1842, p. 204.
c) [Le labyrinthe concerne le corps humain] Si nous nous engageons dans l'inextricable labyrinthe du cerveau et des fonctions nerveuses (Carrel, L'Homme,1935, p. 68).Cela exige un cœur, des viscères, tout un labyrinthe de tubes et de fils (Valéry, Variété V,1944, p. 52).
d) [Le labyrinthe concerne des objets accumulés] Comme il traversoit un labyrinthe de câbles, il fut hélé (Chateaubr., Natchez,1826, p. 352).Nous avons circulé dans un labyrinthe de sacs de farine (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 71).
2. [Dans le temps] Labyrinthe d'événements obscurs; labyrinthe d'affaires, d'intrigues. On y retourne dans les songes de la nuit (...) quand on va au bout des labyrinthes du sommeil (Bachelard, Poét. espace,1957, p. 29).Nous réfugier et nous perdre dans les labyrinthes glacés, impersonnels du temps mathématique (Arnoux, Visite Mathus.,1961, p. 50).
B. − Spécialement
1. DÉCORATION EXTÉRIEURE. Petit bosquet aux allées entrelacées formant des méandres compliqués, au milieu d'un parc ou d'un jardin. Le labyrinthe de Versailles; le labyrinthe du Jardin des Plantes. (Dict. xixeet xxes.).
2. ARCHIT. Dallage en méandres du pavement de certaines églises au Moyen Âge. Synon. dédale, chemin de Jérusalem (Dict. xixeet xxes.).
3. ANAT. Système de canaux et de cavités communiquant entre eux (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971). Labyrinthe de l'oreille (interne); labyrinthe membraneux, osseux. Labyrinthe du rein (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971).
4. Labyrinthe optique. Ensemble de petits cabinets enchevêtrés et recouverts de miroirs sur toutes les faces de manière à égarer celui qui s'y est engagé (d'apr. Lar. Lang. fr.).
C. − Au fig. Enchevêtrement inextricable d'éléments d'une grande complexité pour l'esprit. Synon. dédale, imbroglio, maquis.
1. Domaine des instit. ou des créations intellectuelles.Labyrinthe de la chicane, de la jurisprudence, de la loi, des règlements. Mon père me jeta dans le labyrinthe inextricable de ce vaste procès d'où dépendait notre avenir (Balzac, Peau chagr.,1831, p. 88).C'est avec étonnement que je l'ai vu (...) s'enfoncer dans le labyrinthe de la psychiatrie (Duhamel, Terre promise,1934, p. 126).
2. Domaine de l'action.Labyrinthe de difficultés. Cet épineux labyrinthe d'idées ou d'affaires qui font l'existence de l'homme (Michelet, Journal,1858, p. 403).Il parut dire (...) qu'on s'était jeté de gaieté de cœur dans l'embarras et le labyrinthe où l'on était (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 5, 1859, p. 543).
3. Domaine de l'esprit ou du cœur.Labyrinthe des conjectures, des déductions; labyrinthe des contradictions, des erreurs, des incertitudes; labyrinthe de la passion, des sentiments. Elle s'engagerait dans un labyrinthe de vexations et d'iniquités, qui n'aurait plus de terme (Constant, Princ. pol.,1815, p. 142).Ils ne se glorifient pas de leur labyrinthe intérieur (...); ils ne s'y perdent pas (Mauriac, Vie Racine,1928, p. 228).
REM.
Labyrinthé, -ée, adj.,hapax. Qui se présente sous la forme d'un labyrinthe. Des liens invisibles se renouant d'eux-mêmes, artistement tissus, labyrinthés et redoublés (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 227).
Prononc. et Orth. : [labiʀ ε ̃:t]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1418 labarinte « édifice, composé d'un grand nombre de pièces disposées de telle sorte qu'il était difficile d'en trouver l'issue » (Caumont, Voy. d'Outrem., p. 42 ds Gdf. Compl.); 1553 (Du Bellay, Antiquitez de Rome, éd. H. Chamard, II, 8 : Et son vieux Labyrinth' la Crete n'oublira); 2. 1540 fig. labyrinthe (Amadis de Gaule, éd. H. Vaganay, 1erlivre, p. 87); 3. 1677 labyrinthe « (dans un parc) petit bois coupé d'allées entrelacées » (Perrault ds Havard); 4. 1690 anat. (Fur.). Empr. au lat.labyrinthus « bâtiment dont il est difficile de trouver l'issue », attesté au sens fig. dès le b. lat., du gr. λ α β υ ́ ρ ι ν θ ο ς de mêmes sens. Au sens 3 l'angl. labyrinth est attesté dès 1611 ds NED; le fr. utilise le mot dedalus en 1477 : Extraits des comptes et mémoriaux du Roi René, éd. A. Lecoy de la Marche, p. 92, no253. Fréq. abs. littér. : 584. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 081, b) 698; xxes. : a) 593, b) 829. Bbg. Zographakis (G.). Labrys et labyrinthe. Salonique, 1933, pp. 1-23.

Wiktionnaire

Nom commun

labyrinthe \la.bi.ʁɛ̃t\ masculin

  1. (Antiquité) Édifice composé d’un grand nombre de chambres et de galeries dont la disposition était telle, que ceux qui s’y engageaient parvenaient difficilement à en trouver l’issue.
    • Le labyrinthe de Crète fut construit par Dédale pour le roi Minos.
    • Le plus célèbre labyrinthe était celui d’Égypte que nous a décrit Hérodote.
  2. Tracé sinueux, muni ou non d’embranchements, destiné à égarer celui qui s’y engage.
    • Quoique très-poissonneux, le Rhône n'est pas exploité fructueusement sous le rapport de la pêche; on se borne à enfermer et saisir dans des labyrinthes analogues à ceux des bourdigues, connus sous le nom de casteoux, le poisson qui circule du fleuve au marais par les roubines. — (M. de Rivière, « Mémoire sur la Camargue », dans les Annales de l'agriculture française, 2e série, tome 34, Paris : chez Madame Huzard, avril 1826, p. 82)
    • (Par analogie)Achevons de nous mêler aux soixante mille habitants que renferme actuellement la capitale géorgienne. Perdons-nous à travers le labyrinthe de ses rues, au milieu de sa population cosmopolite. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. I, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • Il fournit l'idée qui séduisit la marquise, tout en obtenant l'approbation de Mme de Matefelon : établir autour du bassin un labyrinthe, tel qu'il était de mode d'en avoir dans les anciens jardins français.
      Un maître jardinier de Chinon apporta des dessins à choisir ; on adopta le plus compliqué, et le petit bois inextricable fut planté le prochain hiver.
      On respecta le bouquet d'arbres de haute futaie qui environnait la colonnade, mais pour l'atteindre, il fallait connaître le secret du labyrinthe, sous peine de se perdre une demi-journee dans un dédale d'allées et de contre-allées sans issue.
      — (René Boylesve, La leçon d’amour dans un parc, Calmann-Lévy, 1920, collection Le Livre de Poche, page 68)
    • Il paraît, nous a-t-on dit un jour, qu'il existe à Châteauneuf-le-Rouge un labyrinthe de buis si vaste que le jardinier a besoin de l'année entière pour le tailler : il commence à un bout, et, lorsqu'il arrive à la fin du tracé, recommence un nouveau circuit et une nouvelle année. — (Michel Racine & Françoise Binet, Jardins de Provence, Édisud, 1987, p. 132)
    • Derrière le labyrinthe disgracieux en béton, ces tours sans fin où se nichent plus de 500 logements, neuf bacs à compost en bois sont désormais installés, qu’alimentent 80 foyers. — (Pascale Krémer, « Un maître-composteur en plein Paris », Le Monde, 28 juillet 2017)
  3. Grand embarras ; complication ; embrouillamini.
    • Mais tous font état d’un système d’une complexité inouïe. […]. Un véritable labyrinthe de papier — pour ne pas dire de paperasserie — dans lequel ils redoutent de se perdre à jamais. — (Olivier James, Reach : Le casse-tête des industriels, dans L'Usine nouvelle, no 3195 du 3 juin 2010)
    • S’engager dans le labyrinthe de la procédure.
    • Cette affaire est un labyrinthe d’où il ne sortira qu’à grand-peine.
  4. (Anatomie) Cavité intérieure de l’oreille, parce qu’elle contient plusieurs conduits diversement dirigés.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LABYRINTHE. n. m.
T. d'Antiquité. Édifice composé d'un grand nombre de chambres et de galeries dont la disposition était telle, que ceux qui s'y engageaient parvenaient difficilement à en trouver l'issue. Le plus célèbre labyrinthe était celui d'Égypte que nous a décrit Hérodote. Le labyrinthe de Crète, Labyrinthe qui, suivant la mythologie, fut construit par Dédale pour le roi Minos.

LABYRINTHE, en termes de Jardinage, se dit d'un Petit bois coupé d'allées tellement entrelacées qu'on peut s'y égarer facilement. Le labyrinthe de Versailles. Il désigne au figuré un Grand embarras, une complication d'affaires embrouillées. S'engager dans le labyrinthe de la procédure. Cette affaire est un labyrinthe d'où il ne sortira qu'à grand-peine.

LABYRINTHE, en termes d'Anatomie, se dit de la Cavité intérieure de l'oreille, parce qu'elle contient plusieurs conduits diversement dirigés.

Littré (1872-1877)

LABYRINTHE (la-bi-rin-t') s. m.
  • 1 Terme d'antiquité. Édifice composé d'un grand nombre de chambres et de passages disposés tellement, qu'une fois engagé on n'en pouvait trouver l'issue. Le plus célèbre de tous et le modèle de tous les autres était le labyrinthe d'Égypte. Ce que nous avons dit sur le jugement qu'on doit porter des pyramides, peut être appliqué aussi au labyrinthe, qu'Hérodote, qui l'avait vu, nous assure avoir été encore plus surprenant que les pyramides, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 24, dans POUGENS.

    Le labyrinthe de Crète, celui qui fut construit par Dédale pour Minos ; sa fille Ariadne remit à Thésée, qui allait y combattre le Minotaure, un peloton de fil sans lequel il n'aurait pu retrouver la sortie. C'est moi, prince, c'est moi, dont l'utile secours Vous eût du labyrinthe enseigné les détours, Racine, Phèdre, II, 5.

    Fig. Le chemin de la justice n'est pas de ces chemins tortueux qui, semblables à des labyrinthes, vous font toujours craindre de vous perdre, Bossuet, Polit. VIII, III, 5.

    Caverne qui existe dans l'île de Candie, autrefois la Crète. Le fameux labyrinthe de l'île de Candie n'est pas l'ouvrage de la nature toute seule ; M. de Tournefort assure que les hommes y ont beaucoup travaillé, et on doit croire que cette caverne n'est pas la seule que les hommes aient augmentée, Buffon, Hist nat. Preuv. théor. terr. Œuv. t. II, p. 362.

  • 2Petit bois qu'on place dans les jardins et qui est coupé d'allées tellement entrelacées, qu'on peut s'y égarer facilement. Le labyrinthe du Jardin des plantes. À propos de labyrinthe, celui-ci [celui des Rochers] est fort joli, Sévigné, 1er juin 1689.
  • 3 Terme d'anatomie. Ensemble des cavités flexueuses situées entre le tympan et le conduit auditif interne ; on le nomme aussi oreille interne.
  • 4Labyrinthe de carrière, confusion qui s'établit entre les conduits d'une carrière depuis longtemps exploitée.

    Terme de métallurgie. Suite de canaux qui sont disposés auprès d'un bocard, et dans lesquels un courant d'eau entraîne et dépose la matière pilée.

  • 5 Terme d'archéologie. Petits carreaux alternatifs formés de lignes croisées, qui se voient fréquemment sur les vases grecs, sur les médailles de Gnosse en Crète.

    Se dit aussi des compartiments de pavés, formés par des plates-bandes, en marbres de couleurs différentes, de manière à imiter le plan d'un labyrinthe.

  • 6 Fig. Grand embarras, complication d'affaires embrouillées. Que dis-tu [Henri IV mort] de cette belle âme [Marie de Médicis], Quand tu la vois si dignement Adoucir toutes nos absinthes, Et se tirer des labyrinthes Où la met ton éloignement ? Malherbe, III, 3. Ô triste labyrinthe et de peine et d'amour, Rotrou, Bélis. II, 1. Pour sortir d'un labyrinthe où il nous a mis, Sévigné, 445. Je m'y trouvai dans un labyrinthe d'embarras, de difficultés, Rousseau, Prom. 3. Grâce à l'Ariane Suzon, je tiens le fil du labyrinthe, et le Minotaure est cerné, Beaumarchais, Mère coupable, II, 7.
  • 7Difficultés, questions obscures. Assis près d'un ruisseau, Les labyrinthes d'un cerveau L'occupaient [Démocrite], La Fontaine, Fabl. VIII, 26. La mauvaise humeur où il [Jurieu] entre parce qu'il ne sait par où se tirer de ce labyrinthe [ses propositions sur la Trinité], Bossuet, 6e avert. 1. Cet esprit philosophique qui doit dominer partout, et qui est le fil de tous les labyrinthes, Voltaire, Élog. Marq. du Chatel.

    Adjectivement. Ceci n'est-il point un peu labyrinthe ? l'entendez-vous ? Sévigné, 74.

  • 8Pensées qui se croisent. Je viens d'en faire un [voyage] dans mon labyrinthe où votre aimable et chère idée m'a tenu fidèle compagnie ; je vous avoue que c'est un de mes plaisirs que de me promener toute seule ; je trouve quelques labyrinthes de pensées dont on a peine à sortir ; mais on a du moins la liberté de penser à ce qu'on veut, Sévigné, 29 juill. 1671.

HISTORIQUE

Des affaires qui sont pleines D'un labyrinthe de peines, Ronsard, 395.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

LABYRINTHE.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

LABYRINTHE, s. m. en Anatomie, signifie la seconde cavité de l’oreille interne, qui est creusée dans l’os pierreux, & qui est ainsi nommée à cause de différens contours que l’on y observe.

Cette cavité est divisée en trois parties : la premiere se nomme le vestibule, parce qu’elle conduit dans les deux autres ; la seconde comprend trois canaux courbés en demi-cercle, & appellés à cause de cela canaux demi-circulaires, qui sont placés d’un côté du vestibule, vers la partie postérieure de la tête ; la troisieme appellée le limaçon, est située de l’autre côté du vestibule. Voyez Limaçon, Vestibule, &c.

Vieussens observe que l’os dans lequel se trouve le labyrinthe, est blanc, dur, & fort compact ; afin que la matiere des sons venant à frapper contre, ne perde point ou peu de son mouvement, mais le communique tout entier aux nerfs de l’oreille. Voyez Ouie, Son, &c.

Labyrinthe, (Architect. antiq.) en latin labyrinthus ; grand édifice dont il est difficile de trouver l’issue.

Les anciens font mention de quatre fameux labyrinthes, qu’il n’est pas possible de passer sous silence.

1°. Le labyrinthe d’Egypte : c’est le premier du monde à tous égards. Il étoit bâti un peu au-dessus du lac Moëris, auprès d’Arsinoé, autrement nommée la ville des crocodiles. Ce labyrinthe, selon Pomponius Méla, qui le décrit brièvement l. I. a. ix. contenoit trois mille appartemens & douze palais, dans une seule enceinte de murailles ; il étoit construit & couvert de marbre ; il n’offroit qu’une seule descente, au bout de laquelle on avoit pratiqué intérieurement une infinité de routes où l’on passoit & repassoit, en faisant mille détours qui jettoient dans l’incertitude, parce qu’on se retrouvoit souvent au même endroit ; de sorte qu’après bien des fatigues, on revenoit au même lieu d’où l’on étoit parti, sans savoir comment se tirer d’embarras. Je m’exprimerai plus noblement, en empruntant le langage de Corneille.

Mille chemins divers avec tant d’artifice,
Coupoient de tous côtés ce fameux édifice,
Que, qui pour en sortir, croyoit les éviter,
Rentroit dans les sentiers qu’il venoit de quitter.

Le nombre des appartemens dont parle Méla, paroît incroyable ; mais Hérodote qui avoit vû de ses yeux ce célebre labyrinthe debout & entier, explique le fait, en remarquant qu’il y avoit la moitié de ces appartemens souterrains, l’autre moitié au-dessus.

Il faut donc lire la description que cet historien a faite de ce pompeux édifice il y a plus de deux mille ans, & y joindre celle de Paul Lucas, qui en a vû les restes au commencement de notre siecle. Ce qu’en rapporte le voyageur moderne, me semble d’autant plus intéressant, que c’est un commentaire & une explication du récit d’Hérodote.

Non seulement le tems a détruit les trois quarts des restes de ce labyrinthe ; mais les habitans d’Héracléopolis jaloux de ce monument, & ensuite les Arabes, qui ont cru y trouver des trésors immenses, l’ont démoli, & ont renversé quantité d’autres bâtimens des environs qui composoient, selon les apparences, les vastes édifices qu’il falloit parcourir avant que d’entrer dans l’endroit qui subsiste encore de nos jours.

On ne doit pas être surpris de la diversité des relations que les anciens auteurs ont faites de ce labyrinthe, puisqu’il y avoit tant de choses à considérer, tant de chambres à parcourir, tant d’édifices différens par lesquels il falloit passer, que chacun s’attachoit à ce qui lui paroissoit le plus admirable, & négligeoit, ou oublioit dans son recit, ce qui l’avoit le moins frappé.

Une derniere reflexion est que le labyrinthe d’Egypte étoit un temple immense, dans lequel se trouvoient renfermés des chapelles à l’honneur de toutes les divinités de l’Egypte. Les anciens ne parlent que du nombre prodigieux d’idoles qu’on y avoit mises, & dont les figures de différentes grandeurs, s’y voyent de tous côtés. Mais quoique ce labyrinthe fût une espece de Panthéon consacré à tous les dieux d’Egypte, il étoit cependant dédié plus particulierement au soleil, la grande divinité des Egyptiens. Cela n’empêche pas toutefois qu’on n’y ait pu enterrer des crocodiles & autres animaux consacrés à ces mêmes divinités.

L’histoire ne dit point quel a été le prince qui a fait bâtir le labyrinthe, dont nous parlons, ni en quel tems il a été construit. Pomponius Méla en attribue la gloire à Psammétichus : on pourroit penser que c’étoit l’ouvrage du même prince, qui avoit fait creuser le lac Moëris, & lui avoit donné son nom, si Pline ne disoit qu’on en faisoit honneur à plusieurs rois. De plus, Hérodote assure qu’il étoit l’ouvrage des douze rois qui, regnant conjointement, partagerent l’Egypte en autant de parties, & que ces princes avoient laissé de concert ce monument à la postérité.

2°. Le labyrinthe de l’île de Crete parut ensuite sous le regne de Minos. Pline, liv. XXXVI. c. xvij. dit que quoique ce labyrinthe fût de la main de Dédale, sur le modele de celui d’Egypte, il n’en imita pas la centieme partie, & que cependant il contenoit tant de tours & de détours, qu’il n’étoit pas possible de s’en démêler ; il n’en restoit aucun vestige du tems de cet historien. Il avoit été bâti auprès de Gnose, selon Pausanias, & l’on présume qu’il étoit découvert par l’étrange maniere dont la fable a supposé que Dédale & son fils Icare s’en tirerent, au lieu que celui d’Egypte étoit couvert & obscur.

Ovide, sans avoir jamais vu le labyrinthe de Crete, l’a décrit aussi ingénieusement dans ses métamorphoses, liv. VIII. v. 157. que s’il l’eût bâti lui-même. Voyez la jolie comparaison qu’il en fait avec le cours du Méandre.

C’est ce même labyrinthe que designe Virgile, quand il dit qu’on y trouvoit mille sentiers obscurs & mille routes ambiguës, qui égaroient sans espérance de retour ; mais sa peinture est unique pour la beauté des termes imitatifs.

Parjetibus textum cacis iter, ancipitemque
Mille viis habuisse dolum, quâ signa sequendi
Falleret indeprensus, & irremeabilis error.

Ænéid. liv. V. v. 589.

Qu’on me rende en françois l’indeprensus, & l’irremeabilis error du poëte latin !

Au reste, il est vraissemblable que ce labyrinthe étoit une espece de prison magnifique, dont on ne pouvoit s’évader.

J’ajoute ici que le labyrinthe de Crete, décrit par M. de Tournefort dans ses voyages & dans les mémoires de l’académie des Sciences, année 1702, n’est point le fameux labyrinthe de Dédale ; c’est un conduit soûterrein naturel, en maniere de rues, qui par, cent détours pris en tous sens, & sans aucune régularité, parcourt tout l’intérieur d’une colline située au pié du mont Ida, du côté du midi, à trois milles de l’ancienne ville de Gortyne : il ne sert de retraite qu’à des chauve-souris.

3°. Le labyrinthe de l’île de Lemnos, selon Pline, liv. XXXVI. c. xiij. étoit semblable aux précédens pour l’embarras des routes. Ce qui le distinguoit, c’étoit cent cinquante colonnes, si également ajustées dans leurs pivots, qu’un enfant pouvoit les faire mouvoir, pendant que l’ouvrier les travailloit. Ce labyrinthe étoit l’ouvrage des architectes Zmilus, Rholus, & Théodore de Lemnos : on en voyoit encore des vestiges du tems de Pline.

4°. Le labyrinthe d’Italie fut bâti au-dessous de Clusium, par Porsenna roi d’Etrurie, qui voulut se faire un magnifique tombeau, & procurer à l’Italie la gloire d’avoir en ce genre surpassé la vanité des rois étrangers. Ce qu’on en disoit, étoit si peu croyable, que Pline n’a osé prendre sur soi le recit qu’il en fait, & a mieux aimé employer les termes de Varron. Le monument de Porsenna, dit ce dernier, étoit de pierres de taille : chaque côté avoit trois cens piés de largeur, & cinquante de hauteur. Dans le milieu étoit le labyrinthe, dont on ne pouvoit trouver la sortie, sans un peloton de fil. Au-dessus, il y avoit cinq pyramides de soixante & quinze piés de largeur à leur base, & de cent cinquante de hauteur, &c. Il ne restoit plus rien de ce monument du tems de Pline. (D. J.)

Labyrinthe, (Jardinage.) appellé autrefois dédale, est un bois coupé de diverses allées pratiquées avec tant d’art, qu’on peut s’y égarer facilement. Les charmilles, les bancs, les figures, les fontaines, les berceaux qui en font l’ornement, en corrigent la solitude, & semblent nous consoler de l’embarras qu’il nous cause. Un labyrinthe doit être un peu grand, afin que la vûe ne puisse point percer à-travers les petits quarrés de bois, ce qui en ôteroit l’agrément. Il n’y faut qu’une entrée qui servira aussi de sortie.

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Étymologie de « labyrinthe »

Du latin labyrinthus, issu du grec ancien λαβύρινθος, labúrinthos.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Λαβύρινθος, qu'on fait venir de ra mare, en égyptien porte ou palais du roi Mare, avec le suffixe grec ινθος.

ÉTYMOLOGIE

Ajoutez : M. Mariette (Revue critique, 22 mars 1872, p. 182) conjecture avec plus de vraisemblance que c'est la transcription de l'égyptien Rope-ro-h'unt ou Lopero-h'unt, le temple de Ro-h'unt ; Ro-h'unt est une ville auprès de laquelle était le Labyrinthe.

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Phonétique du mot « labyrinthe »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
labyrinthe labirɛ̃t

Citations contenant le mot « labyrinthe »

  • Quiconque a essayé un jour d'entrer dans Internet sait qu'il ne faudrait pas parler d'«autoroutes» de l'information mais plutôt de labyrinthes. De Jacques Attali / Le Monde - 9 Novembre 1995
  • Le femme est le premier labyrinthe de l'homme. De Jacques Attali / Les chemins de la sagesse
  • Les poteaux indicateurs peuvent transformer une chaussée en labyrinthe. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
  • La vie est un labyrinthe dans lequel nous prenons la mauvaise direction avant d’apprendre à marcher. De Cyril Connolly
  • Il n'est pas nécessaire de construire un labyrinthe quand l'Univers déjà en est un. De Jorge Luis Borges / L'Aleph
  • Rien n’est plus tragique que de rencontrer un individu à bout de souffle, perdu dans le labyrinthe de la vie. De Martin Luther King / The Measure of the man
  • Le rien est le mot de reconnaissance des nobles voyageurs. C'est l'entrée et c'est l'issue du labyrinthe. De Oskar Wadyslaw de Lubicz Milosz / Les Arcanes
  • Ce qu'un homme ne sait pas ou ce dont il n'a aucune idée se promène dans la nuit à travers le labyrinthe de l'esprit. De Johann Wolfgang von Goethe
  • Le dictionnaire regorge de sentiers qui se croisent et s'entrecoupent. Un labyrinthe où il est agréable de se perdre, un dédale où l'on bute à chaque pas sur des pierres précieuses. De Jean-Yves Soucy / La Buse et l'araignée
  • Pour le petit Parisien, il existe un instant crucial, initiatique, c'est celui où, ayant compris le système des correspondances du métro, il contemple le petit rectangle de carton qui lui livre l'immense labyrinthe et avec lui toute la ville. De Michel Tournier / A l’ombre d’une de ces entrées...
  • Quatrième épisode de notre série "Les mystères de la cathédrale de Reims". La présence d'un labyrinthe dans la cathédrale de Reims, légende ou réalité ? France Bleu, Les mystères de la cathédrale de Reims : le labyrinthe - Episode 4
  • Plusieurs artistes envisagent d’installer les de manière dispersée dans le labyrinthe, ladepeche.fr, Sengouagnet. Le Labyrinthe prépare sa prochaine saison - ladepeche.fr
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  • L’opération de secours a été compliquée : la grotte du Coutal est un véritable labyrinthe s’étalant sur 8 km de galeries. Son entrée se caractérise par une descente en rappel sur une vingtaine de mètres. La première mission des pompiers a été de localiser la victime afin de pouvoir ensuite l’évacuer. Autre difficulté, les équipes en surface ont dû affronter des températures extrêmes : dans la nuit, le mercure a baissé jusqu’à moins 10 degrés.  France 3 Occitanie, Lozère : le spéléologue coincé dans une grotte extrait blessé après une nuit de secours par les pompiers
  • Ce 8 janvier,  l’ASBL Pour mon village, l'ASBL Tourisme ainsi que l’administration communale de Momignies ont décoré à nouveau le RAVeL. Une sculpture nichoirs, de JC Dresse, se trouve à présent à côté du banc couvert au labyrinthe végétal.  Télésambre, RAVeL Momignies - Chimay : une nouvelle sculpture nichoirs - Télévision locale de Charleroi et sa région - Thuin - Chimay - Basse Sambre

Traductions du mot « labyrinthe »

Langue Traduction
Anglais labyrinth
Espagnol laberinto
Italien labirinto
Allemand labyrinth
Chinois 迷宫
Arabe المتاهة
Portugais labirinto
Russe лабиринт
Japonais ラビリンス
Basque labirintoa
Corse labirintu
Source : Google Translate API

Synonymes de « labyrinthe »

Source : synonymes de labyrinthe sur lebonsynonyme.fr

Labyrinthe

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