La langue française

Accueil > Proverbes > « Noël au balcon, Pâques au tison » : signification et origine du proverbe

« Noël au balcon, Pâques au tison » : signification et origine du proverbe

Chaque année, ça recommence ! Il suffit qu'à l'approche de Noël, la neige soit absente et la température plutôt douce pour qu'on vous serine sur tous les tons : « Noël au balcon, Pâques au tison » !

Cette année n'échappera donc pas à la règle mais, si on y réfléchit un peu, on admettra quand même que 2020 a amplement mérité le dicton « Noël au balcon, Pâques au tison ». À double titre : d'abord parce que cette année qui s'achève détient incontestablement les plus beaux records de températures élevées, ensuite parce que, Covid oblige, le balcon est aujourd'hui vivement recommandé pour éviter de fêter Noël dans un espace clos favorisant la propagation du virus.

Tout cela ne vous empêchant pas, naturellement, de vous demander si le dicton en question n'est pas le premier responsable de cette coutume étrange qui sévit depuis quelques années, consistant à suspendre des pères Noël grandeur nature à son balcon... 

humour-de-noel-image-animee-0027

Origines du proverbe « Noël au balcon, Pâques au tison »

« Noël au balcon, Pâques au tison » fait partie de la grande famille des dictons météorologiques. Autrefois, chaque fête religieuse, chaque saint, chacun des mois de l'année étaient gratifiés d'un dicton météorologique ou agricole porteur d'un enseignement, une observation tirés de l'expérience : « S'il pleut à l'Ascension, tout va à perdition », « À la Sainte-Simone (28 octobre), il faut avoir rentré ses pommes », « S'il gèle à la Saint-Gontran (28 mars), le blé ne deviendra pas grand »... De ce lot très riche de conseils et leçons qui se transmettait oralement d'une génération à l'autre, seul un nombre extraordinairement réduit de dictons météorologiques a survécu dans le langage courant : « En avril, ne te découvre pas d'un fil... », « S'il pleut pour la Saint-Médard (8 juin), il pleut quarante jours plus tard » et, bien sûr, notre fameux « Noël au balcon, Pâques au tison ».

C'est dans le dictionnaire bilingue français-anglais de Cotgrave, daté de 1611, qu'on trouve la première citation de ce dicton, sous la forme « À Noël au perron, à Pasques au tison ».

Mais sa formulation date vraisemblablement du XVIe voire du XVe siècle, moment où de nombreux dictons météorologiques se fixèrent. Quant à l'idée même de transmettre un enseignement empirique sur les températures et les travaux des champs, elle puise sa source lointaine jusque dans Les Travaux et les Jours du poète grec de l'Antiquité Hésiode qui, au VIIIe siècle av. J.-C., fut le premier à condenser sous une forme poétique un ensemble de lois et conseils précieux pour l'agriculture. 

Signification du proverbe « Noël au balcon, Pâques au tison »

Sous sa forme bipartite composée de deux pentasyllabes, vers de cinq syllabes : No-ël-au-bal-con/ Pâ-ques-Zau-ti-son), et rimée (balcon/tison), le dicton « Noël au balcon, Pâques au tison » prend pour repères deux moments majeurs du calendrier chrétien pour délivrer un enseignement transparent : s'il fait doux à Noël au point de s'accouder à son balcon, il fera froid à Pâques. Si on a souvent tendance aujourd'hui à accorder le mot « tison » au pluriel (« Noël au balcon, Pâques aux tisons »), il était à l'origine exclusivement au singulier générique et désignait un morceau de bois incandescent, un brandon. 

En 1690, le dictionnaire de Furetière précise encore le sens de cet enseignement : « Pour dire que l'hiver est reculé et qu'on se chauffera à Pâques, si on se promène à Noël ». Un Noël doux amène donc la certitude d'un hiver tardif, ce qui entraîne un décalage dans les températures invitant à rester très prudent pour les travaux des champs qui seront réalisés jusqu'à la période de Pâques. Comme la date de Pâques peut tomber, selon les années, entre le 22 mars et le 25 avril, on peut ainsi supposer que, plus cette fête survenait tôt, plus sûrement le dicton se trouvait vérifié.

« Noël au balcon, Pâques au(x) tison(s) » est la seule forme que nous connaissions aujourd'hui de ce dicton, mais au fil des siècles, il y en a eu de nombreuses déclinaisons : 

  • « À Noël au perron, à Pâques au tison » (1611)
  • « Quand Noël a son pignon, Pâques a son tison » (1690) (pignon : partie de la façade qui avance sur la rue que Littré assimile à la fenêtre)
  • « Noël au buisson, Pâques au tison » (au buisson : on est dehors)
  • « À Noël, les moucherons (les moucherons ne se multipliant que par temps doux)
    À Pâques, les glaçons » 
  • « Vert Noël,
    Blanches Pâques »
  • « Qui prend le soleil à Noël
    À Pâques se gèle »
  • « Quand pour Noël on s'ensoleille,
    Pour Pâques on brûle le bois »
  • « Qui se chauffe au soleil à Noël, le saint jour,
    Devra brûler du bois quand Pâques aura son tour »
  • « Quand à Noël, tu prends le soleil
    À Pâques, tu te rôtiras l'orteil » (au feu)

Et la liste n'est pas exhaustive ! Une chose est sûre : toutes ces variantes scandent à l'envi la certitude qu'un Noël doux implique des Pâques froides. 

Exemples d'usage du proverbe « Noël au balcon, Pâques au tison »

Le dicton « Noël au balcon, Pâques au tison » est aussi invoqué par les Anglais (« Christmas on the porch, Easter by the fire ») et les Espagnols (« Navidad al balcón, Pascua al tizón »).

Contrairement aux proverbes qui ont un contenu métaphorique adaptable à de nombreuses situations - ainsi qu'on l'a vu dans les huit proverbes déjà analysés sur le site -, le dicton météorologique ne véhicule qu'un sens concret et objectif (avertissement, conseil, mise en garde). 

On peut néanmoins, comme dans le cas de n'importe quel proverbe, être séduit par sa prosodie et avoir envie d'en jouer pour produire des formes détournées :

« Noël au balcon, enrhumé comme un con », pour suggérer que si, trop confiant dans la température douce de Noël, on reste dehors peu couvert, on est sûr d'attraper froid.

« Noël en baston, Pâques en prison ».

« Noël aux tisanes (ou en cabane), Pâques aux rabannes » (la ''rabane'' est un tissu en fibres végétales de raphia, ce qui est plutôt bienvenu quand il s'agit de railler le couturier Paco Rabanne qui, au tournant du XXIe siècle, se répandit en prophéties paranormales dans les médias).

Sans oublier, bien sûr, la version la plus noire de toutes, proposée par Pierre Desproges : 

« Noël au scanner, Pâques au cimetière ».

Et l'on peut aussi, aujourd'hui qu'on possède des instruments de mesure des températures et qu'on dispose de statistiques météorologiques établies sur plusieurs décennies, vouloir vérifier le bien-fondé du dicton « Noël au balcon, Pâques au tison ». C'est ce qu'ont fait Météo-France et le quotidien Ouest-France en 2018, qui en concluent que le dicton « n'a, en réalité, aucun fondement climatologique. Il n'y a pas de lien direct entre le temps qu'il fait à Noël et à Pâques ». De fait, si l'on se base sur des relevés recueillis de 1947 à 2017, il apparaît que le dicton n'a eu raison que quinze fois en soixante-dix ans !

Pour en savoir plus sur les proverbes...




Sylvie Brunet

Sylvie Brunet, auteure de nombreux livres sur la langue française, est "parémiologue", c'est-à-dire qu'elle étudie les proverbes. Elle nous livre ici tous les secrets de nos proverbes préférés.

En savoir plus sur Sylvie Brunet >

S'inscrire à notre lettre d'information

Inscrivez-vous à notre lettre d'information pour recevoir tous les nouveaux articles de lalanguefrancaise.com, gratuitement. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.


Commentaires

Géronimal

Noël au balcon, enrhumé comme un con 🙂

Répondre
Sylvie Brunet

Je note la formule! Merci, Geronimal.

Répondre
Annie Faust

En Allemand existe aussi, « Weihnachten im Klee, Ostern im Schnee » : Noël dans le trèfle, Pâques dans la neige.

Répondre
Sylvie Brunet

C’est la même idée, en effet. Merci d’enrichir mon lot d’expressions étrangères!

Répondre

Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour écrire un commentaire.

Se connecter S'inscrire

Retour au sommaire ➦

Partager